Amanda Smith : une autobiographie
Le camp-meeting national de Knoxville

Chapitre 18 · 22 min de lecture · 28 min d’écoute

Le camp-meeting national de Knoxville

C’était en septembre 1872, juste après le camp-meeting de Williamsville. Quand j’allai à Williamsville, je n’avais pas du tout pensé à aller à Knoxville. Mais pendant que j’y étais, plusieurs de nos amis pensèrent que je devais aller à Knoxville. Or je n’avais rien demandé au Seigneur à ce sujet, et je ne savais donc pas. Je logeais chez M. et Mme Little, qui tenaient la librairie. Il y avait un certain révérend M. Ford, qui était surintendant, ou pasteur, de l’Église méthodiste de Knoxville. C’était lui qui prenait les dispositions pour le camp-meeting et pour la venue de frère Inskip à Knoxville.

Un jour, j’entrai pendant qu’ils parlaient, et Mme Little me dit, un peu plus tard, qu’elle n’était pas du tout contente de certaines choses qu’elle leur avait entendu dire, et qu’elle ne tenait pas à y aller. « Mais, dit-elle, Henry y va, et je suppose qu’il faudra que j’y aille. »

« De quoi s’agit-il ? » demandai-je.

« Eh bien, dit-elle, ils ne veulent pas que vous y alliez, et ils disent que cela n’ira pas du tout si vous y allez. »

« Mais, dis-je, je ne pensais pas à y aller. Je n’ai rien demandé au Seigneur à ce sujet, et je ne sais pas s’il veut que j’y aille. »

« Eh bien, dit-elle, moi, j’aimerais que vous y alliez, mais c’est là-bas dans le Sud, et ils ont peur que cela nuise à leur réunion si vous y allez. »

« Je n’irais pour rien au monde, dis-je. Je désire tant que tout le monde reçoive la bénédiction de la sanctification ; je ne veux pas aller là-bas et empêcher qui que ce soit, non, pour rien au monde. »

À l’heure du dîner, je montai à la tente de la dame qui m’avait invitée à dîner. Quand j’arrivai, je trouvai cette chère sœur Inskip

et plusieurs autres en train de discuter de l’affaire. Sœur Inskip était si franche et si droite ! Quelques-uns insistaient pour que j’y aille, et étaient disposés à payer mes frais. Cette chère sœur Inskip se tourna vers moi et dit : « Ce serait très bien que sœur Amanda y aille, mais nous l’aimons trop pour la laisser aller là-bas et n’être pas traitée comme il convient ; aussi espérons-nous qu’elle n’ira pas. »

Alors je commençai à penser qu’il y avait plus de choses dans ce que m’avait dit Mme Little que je ne l’avais cru d’abord. Je dis donc : « Je veux que tout le monde soit béni, et je ne veux pas y aller à moins que le Seigneur ne le veuille. »

On n’en dit donc plus rien directement. Mais, je ne sais comment, après cela, j’acquis la conviction très profonde que je devais y aller. J’en fus fâchée, car je pensais : « Maintenant, si j’y vais après ce qu’a dit sœur Inskip, j’ai peur qu’ils ne pensent que je l’ai fait par impertinence. »

Ce soir-là, ce cher frère Wells prêcha. C’était un samedi soir. J’entendis un peu du sermon. Jusque-là, le travail avait été bien ardu. Il y avait une grande opposition au sujet de la sainteté dans toute cette partie de l’Illinois, opposition née de très graves inconséquences de la part de quelques-uns qui avaient été en vue dans la profession et l’exposition de cette grande et bienheureuse vérité.

Il y avait beaucoup de prière fervente à faire. Le Seigneur aida frère Wells à prêcher, mais je fus saisie d’une conviction si terrible à cause de ce qu’on pensait de mon voyage à Knoxville que je sortis et descendis dans le bois. Il faisait noir, très noir ; je m’agenouillai près d’un gros tronc d’arbre et je demandai au Seigneur de bien vouloir me montrer clairement si je devais aller à Knoxville. S’il disait « Va », c’était entendu.

« Mais, Seigneur, je veux savoir. Je ne veux empêcher personne de recevoir la bénédiction ; et si mon voyage doit empêcher qui que ce soit, ou entraver cette œuvre bénie, je ne veux pas y aller. Maintenant, rends ta volonté si claire en cette affaire que je ne puisse pas me tromper. Et maintenant, Seigneur, je te demande ce signe. Si c’est ta volonté que j’y aille, mets au cœur de quelqu’un de me procurer cinquante dollars. »

Les autres personnes invitées à venir aider dans l’œuvre avaient leurs frais assurés ; mais on n’avait rien prévu pour moi, pour la raison que j’ai déjà dite. Je pensai donc que je demanderais au Seigneur cette grosse somme, car il me semblait que cinquante dollars, c’était beaucoup demander, et que si je demandais autant, je

ne les obtiendrais probablement pas ; et si je ne les obtenais pas, naturellement je n’aurais pas à y aller. Mais pendant que je priais, ces paroles me vinrent : « Tout est possible à celui qui croit. » Et je dis : « Seigneur, je crois que, si tu me donnes l’argent, c’est que tu veux que j’y aille. » Et je sentis que c’était réglé.

Juste au moment où j’allais me relever, une suggestion comme celle-ci me vint :

« Tu sais que le Ku Klux est là-bas, et ils pourraient te tuer. »

Alors je m’agenouillai de nouveau et je pesai tout cela ; et je dis : « Seigneur, si le martyre pour toi devait te glorifier, c’est bien ; mais aller là-bas simplement pour être massacrée par des méchants, pour leur propre plaisir, sans aucun rapport avec ta gloire, je n’y consens pas. Et maintenant, Seigneur, aide-moi. Si tu veux que je fasse cela, même alors, donne-moi la grâce et rends-moi capable de le faire. »

Alors ces paroles me vinrent : « Ma grâce te suffit. » Et je dis : « C’est bien », et je me relevai.

Je remontai à la tente où je logeais, chez Mme Little, dans un triomphe parfait. Je n’en dis pas un mot, ni à elle ni à personne.

Le dimanche matin, à la réunion de huit heures, qui était toujours une très grande réunion, je me levai, et le Seigneur me conduisit à raconter mon expérience, comment le Seigneur avait sanctifié mon âme ; et le Saint-Esprit sembla tomber sur le peuple d’une manière très puissante pendant que je racontais mon expérience. Et l’Esprit dit à une dame : « Procure à Amanda Smith cinquante dollars pour aller à Knoxville. »

Cette dame était la femme d’un pasteur, le révérend M. Gardner. Elle avait eu un combat extraordinaire pour obtenir la bénédiction d’un cœur pur, et elle avait dit au Seigneur, au moment où elle se consacrait à lui, qu’elle ferait tout ce qu’il lui dirait. Aussi, quand l’Esprit lui suggéra cela, elle dit : « Je le ferai. »

C’est ce qu’elle me raconta par la suite. Sur le moment, je n’en savais rien.

Il y avait là une Mme Reeves, de Girard, dans l’Ohio, avec son amie, une Mme Smith, qui était venue avec elle ; j’avais déjà rencontré Mme Reeves à Urbana, dans l’Ohio ; je la connaissais donc, et j’avais été chez elle. Le dimanche après-midi, juste après la fin de la prédication de l’après-midi, elle me dit :

« Mme Smith et moi allons demain matin à Springfield voir le monument de Lincoln ; nous voulons partir vers huit heures ; n’aimeriez-vous pas venir ? »

Oh ! j’étais ravie. Je ne savais pas que nous étions dans la région où se trouvait le monument de Lincoln. Naturellement, je fus heureuse de l’occasion, et je partis avec elles. Nous fûmes absentes toute la journée. Je montai jusqu’au sommet du monument et j’écrivis sur le mur : « Rocher des siècles ».

Je n’oublierai jamais ce spectacle, si merveilleux pour moi. Je n’avais jamais rien vu de pareil de ma vie.

Après avoir fait le tour et vu ce que nous pouvions, nous revînmes, et nous fûmes de retour au camp vers cinq heures et demie. Frère et sœur Inskip, avec plusieurs autres frères et amis, avaient été invités au thé sous la tente de Mme X. Mme Little et moi avions été invitées aussi. Quand j’arrivai, ils venaient de finir le thé, et ils dirent : « Oh ! madame Smith, nous vous avons attendue, mais nous ne pouvions pas attendre plus longtemps. »

« Oh ! j’en suis bien contente ; j’arrive à l’instant même. »

Mme Inskip partait justement diriger la réunion des jeunes gens ; elle dit : « Dès que vous aurez fini, madame Smith, je voudrais que vous descendiez m’aider à la réunion des jeunes gens. »

Je remarquai que plusieurs de ces jeunes gens ne cessaient de sourire et de rire, et je ne pouvais deviner ce qui se passait.

Mme Inskip s’en alla donc, et je m’assis pour prendre mon thé. Puis je remarquai plusieurs de ces messieurs et dames qui causaient et souriaient, et je dis : « Que se passe-t-il ? Vous avez tous l’air si heureux. »

« Oh ! eh bien, madame Smith, dirent-ils, peu importe ; quand vous aurez fini, venez sous la tente ; nous voulons vous voir avant que vous alliez à la réunion de Mme Inskip. »

Ils avaient dressé une longue table au fond de la tente, dans le style des camp-meetings d’autrefois, chargée de bonnes choses.

Or je n’avais soufflé mot à âme qui vive de ce pour quoi j’avais prié. Personne, sauf Dieu, ne connaissait la prière que j’avais faite dans le bois le samedi soir précédent. Quand j’eus fini de souper, j’entrai sous la tente ; et après un petit échange de paroles aimables, un monsieur se leva et dit : « Eh bien, sœur Smith, sœur Gardner et quelques autres dames ont réuni une petite bourse pour vous, et elles veulent que je vous la remette, pour que vous alliez à Knoxville » ; puis, me la tendant, il me présenta cinquante dollars et cinquante-cinq cents.

Eh bien, voilà mon argent pour Knoxville. Mme Gardner me dit qu’elle aurait pu obtenir cent dollars aussi facilement que les cinquante ; mais la parole du Seigneur pour elle avait été : « Procure à Amanda Smith cinquante dollars pour aller à Knoxville. »

Je ne partis que lorsque la réunion eut déjà duré environ trois jours. Je pensai leur laisser le temps de voir les résultats avant mon arrivée, et ce que pourraient être les mauvais effets après mon arrivée. Mais le Seigneur était de mon côté, qu’Israël le dise maintenant, pour me donner une claire assurance, et pour faire voir clairement aux autres que je n’étais pas venue de moi-même, mais que c’était lui qui m’avait envoyée.

Ce fut terriblement ardu pendant ces trois jours. Le préjugé contre la doctrine était fort. Il y avait eu quelque bénédiction, mais pas ce qu’on appelait une percée. Et pourtant il y en avait qui craignaient un peu que le moindre signe qu’on avait pu voir ne fût retardé par mon apparition. Aussi quelques-unes de ces bonnes gens dirent-elles, quand elles apprirent que j’étais sur le terrain, qu’elles en étaient bien fâchées, car il ne fallait pas que je m’attende à être traitée comme je l’étais chez moi, c’est-à-dire dans le Nord ; les pauvres !

J’allai tout droit chez sœur Little, car elle m’avait dit que, si je venais, je devais venir directement chez eux ; ils auraient de la place dans leur tente. Ils avaient d’ordinaire une grande tente, car c’était la librairie et une sorte de bureau général. Et j’avais mon enveloppe de paillasse, que je faisais remplir d’ordinaire, et puis mon drap, ma courtepointe et mes oreillers, que j’emportais moi-même ; ainsi, le soir, quand les bureaux étaient fermés, nous mettions la cloison, je faisais mon lit par terre, et c’était magnifique. Ensuite, j’étais toujours levée de bonne heure le matin, pour ne pas gêner au moment d’ouvrir le bureau et la librairie.

C’était un samedi, vers deux heures, je crois, quand j’arrivai. Quand le culte de l’après-midi fut terminé, je vis ce cher frère Grey, de Philadelphie, debout, en train de parler très vivement avec un frère. Je ne savais pas qui était ce pasteur ; mais ils étaient tout près de la tente de frère Little, et je vis que frère Grey fit plusieurs tentatives pour s’en aller, et que chaque fois qu’il partait d’un côté, ce frère le devançait et l’arrêtait. Je connaissais frère Grey, je savais que c’était un homme de bien, et j’eus pitié de lui. À la fin, je dis à sœur Little : « Qui est cet homme qui parle à frère Grey ? »

« Oh ! dit-elle, c’est le révérend M. Un Tel », et elle me dit son nom. « Il discute sur le sujet de la sainteté. Il est terriblement acharné contre cette doctrine. »

« Quoi ! dis-je, et c’est un prédicateur, en plus ? »

« Oui, dit-elle, et voilà plus d’une heure qu’il tient frère Grey coincé contre cet arbre. Je crois qu’il est maintenant dans les affaires immobilières, ici, dans le Sud. Il ne fait pas partie du ministère régulier. »

« Eh bien, dis-je, que le Seigneur le bénisse. Il va falloir que nous priions pour lui faire lâcher prise. »

Je ne sais pas quand il laissa partir ce pauvre frère Grey, mais je sais que ce fut très tard ; il était presque l’heure du culte du soir.

Je ne sais pas qui prêcha le samedi soir, mais mon cœur était chargé dans la prière. Le dimanche matin, à huit heures, frère Little devait diriger l’agape. J’étais très contente que frère Little eût la charge de cette réunion, car je savais qu’il ne m’empêcherait pas de parler selon que le Seigneur me conduirait. Frère Inskip prêchait à onze heures. Le Seigneur me mit donc très fortement à cœur de raconter mon expérience personnelle, comment le Seigneur m’avait conduite dans la bénédiction de l’entière sanctification.

Le frère qui avait tant parlé et discuté avec frère Grey était assis tout au fond de l’assemblée. C’était sous la grande tente ; je ne l’oublierai jamais. Il y avait un côté où s’asseyaient tous les gens de couleur, tout spécialement. Je m’assis donc de ce côté, tout près du devant, et je ne cessais de regarder au Seigneur pour qu’il m’indique quand il voulait que je parle. Les témoignages et les chants se succédaient. Il y avait dans la réunion un bel esprit. Enfin vint le moment où l’Esprit m’ordonna de parler. Je me levai ; un bon frère de Philadelphie, dont j’ai oublié le nom, était assis tout près de moi, et il observait ce frère qui avait été un si grand opposant ; et tandis que je racontais comment le Seigneur m’avait conduite, et mes combats et mes difficultés, le Seigneur me bénit et me donna une grande liberté pour parler. Mon Dieu ! comme mon âme triompha ! L’Esprit de Dieu sembla tomber sur le peuple ; il saisit ce frère ; je parlai, je suppose, une quinzaine de minutes, et à peine avais-je fini et repris ma place que ce frère se leva d’un bond et, levant la main, il dit :

« Attendez, frères, attendez, attendez ! » et il s’avança vers le devant, pleurant comme un enfant. Oh ! comme il pleurait ! « Je veux dire un mot. »

Les cris, les amen et les alléluias éclataient pleinement et librement. Le frère se retourna et fit face à l’assemblée, se redressa et se raidit, afin de maîtriser son émotion jusqu’à ce qu’il pût se lancer. Enfin il dit : « Frères, je suis prédicateur méthodiste depuis tant d’années ; j’ai été converti à telle époque ; je suis entré dans le ministère », etc. « J’ai eu beaucoup de préjugés contre la venue de ces frères ici, et j’ai combattu ce sujet de la sainteté. » Et il poursuivit sa confession. Mais quelle confession ! Et il termina en disant : « Cette sœur de couleur, qui nous a raconté son expérience, que Dieu la bénisse ! » Puis il

vint vers moi, me prit la main et dit : « Que le Seigneur vous bénisse, ma sœur. » Puis il acheva son témoignage, de cette manière :

« Quand j’ai entendu cette sœur de couleur raconter comment Dieu l’avait conduite et amenée dans cette bienheureuse expérience, les ténèbres se sont dissipées, Dieu m’a sauvé, et je vois la vérité comme je ne l’avais jamais vue. Gloire à Dieu ! »

Oh ! quel cri de joie ! À partir de ce moment, la marée monta et déferla. La dernière soirée de la réunion arriva, et j’étais sous la tente de sœur Little. Il était onze heures du soir. Sœur Little n’allait pas très bien, et je me préparais à me coucher ; mais le rideau était baissé, et j’étais assise près du lit de sœur Little, causant avec elle et lui frottant le bras. Frère Inskip ne savait pas que j’étais dans la tente, et il entra ; et je l’entendis dire à frère Little : « Nous avons eu une journée magnifique ; le Seigneur a été avec nous ; et, tout compte fait, j’ai eu tort de ne pas vouloir que sœur Smith vienne. Je vous le dis, frère Little, c’est Dieu qui l’a envoyée. »

Et sœur Little voulait dire : « Amanda Smith est ici en ce moment » ; mais je dis : « Non, non, ne le dites pas ; ne le lui faites pas savoir. » Cela, je l’entendis de mes propres oreilles ; et je ne laissai pas sœur Little appeler frère Inskip. Que Dieu le bénisse, car je sais qu’il ne me voulait que du bien, et que la seule raison pour laquelle il pensait que je ne devais pas venir, c’était mon propre bien, et celui de la réunion aussi. Mais combien les voies de Dieu sont élevées au-dessus de nos voies, et ses pensées au-dessus de nos pensées ! Il est toujours sûr d’obéir, même si l’on n’est pas toujours capable de s’expliquer. Amen. Amen.

Je restai quelques jours en ville, et je tins quelques réunions avec les gens de ma race, réunions que le Seigneur bénit grandement. Un vrai réveil éclata, et un certain nombre de personnes furent converties. Le samedi après-midi, après la clôture du camp-meeting, j’étais descendue en ville faire quelques petites emplettes. En rentrant, j’entendis chanter dans l’église presbytérienne, bien que je ne susse pas alors que c’était une église presbytérienne. Le chant était magnifique ; cela ressemblait tellement à chez nous ! Ils chantaient ce cher vieux cantique, « Jésus, ami de mon âme », sur le vieil air. J’écoutai, et j’eus envie d’entrer, mais je n’osai pas. L’église était dans le même pâté de maisons que l’église méthodiste. Je me dis : « Si je n’avais pas ce paquet, j’entrerais. »

Juste en face, de l’autre côté de la rue, une jeune bonne de couleur était dehors dans la cour avec un petit enfant. Je lui dis : « Quelle sorte d’église est-ce, là où l’on chante ainsi ? »

« Je ne sais pas, dit-elle, mais je crois que c’est une presbytérienne. »

« J’entrerais si je n’avais pas ces paquets. »

« Je vais vous les garder, dit-elle ; je serai ici dehors avec l’enfant pour un bon moment. »

Je lui remis donc mes paquets, et j’entrai dans l’église. Au moment d’entrer, je vis, couché en travers de la porte, un grand chien de Terre-Neuve. Je m’arrêtai une minute, et je pensai : « Eh bien, ce doit être une assez bonne sorte de chien, pour être à l’église un samedi matin. » Je le touchai du pied. Il leva tranquillement la tête, me regarda, et se recoucha ; j’enjambai le chien, j’entrai et je m’assis sur un banc juste derrière la porte. La première chose qui me frappa fut le visage du pasteur ; il était radieux comme un rayon de soleil. Comme c’était beau ! Il s’appelait McEwen. Après avoir lu quelques annonces, il annonça son texte, Ésaïe 35:8 : « Il y aura là un chemin frayé, une route, Qu’on appellera la voie sainte », etc. Et il prêcha un sermon sur la sainteté, droit, clair et orthodoxe ; et l’Esprit du Seigneur vint sur lui et sur tout le peuple. Il n’était pas démonstratif ; il était calme, mais, oh ! profond et puissant ! Les gens pleuraient et sanglotaient. J’avais envie de crier « Gloire à Jésus ! », mais je dis : « Oh ! Seigneur, aide-moi, et tiens-moi tranquille » ; car je savais qu’ils n’étaient pas habitués à pareille chose, que cela aurait embarrassé le pasteur et troublé, sinon effrayé, l’assemblée ; et le seul bien que cela aurait fait, s’il y en avait eu un, à ce moment-là, aurait été pour moi seule.

Le Seigneur changea donc ce grand jaillissement de louange en huile, et une vague de bénédiction passa si doucement sur mon âme. Oh ! c’était comme du miel et de l’huile mêlés. C’était d’une beauté indescriptible, doux et céleste. Je ne l’oublierai jamais. Gloire au Seigneur !

Quand la réunion fut terminée, les gens sortirent. J’entendis quelques dames dire : « Qu’est-ce qui a bien pu arriver à M. McEwen ? Je ne l’ai jamais entendu prêcher ainsi. »

« Oh ! n’était-ce pas un sermon merveilleux ? » dit l’une. Et une autre dit :

« Je crois qu’il est allé à ce camp-meeting de la sainteté. »

Et en effet il y était allé, et il avait trouvé la perle du plus grand prix, la bénédiction d’un cœur pur.

Une dame vint vers moi et me dit si aimablement (car ils ne semblaient pas surpris de me voir) : « Vous êtes Amanda Smith ? »

« Oui. »

« Je vous ai vue au camp-meeting l’autre jour. Notre pasteur a reçu la bénédiction. »

« Oui, dis-je, j’en reconnais le son. »

« Voilà cinq ans que nous prions pour lui. Il a un si bel esprit ; vous aimeriez le rencontrer. »

Elle fixa donc un après-midi, et j’allai chez elle ; et quel après-midi béni je passai dans son salon, et cela à Knoxville, dans le Tennessee ! Je chantai pour eux, je priai, et je leur racontai comment le Seigneur m’avait conduite dans le bienheureux repos de l’âme après des années d’errance. Et je crois que le Seigneur en fit une bénédiction de plus pour ce cher pasteur.

Ainsi Mme McEwen, la dame qui m’avait invitée chez elle (car c’était son nom, bien qu’elle et le pasteur n’eussent aucun lien de parenté), et qui était une belle âme chrétienne, me raconta qu’elle avait reçu la bienheureuse expérience du salut complet quelques années auparavant, en lisant le livre de Mme Phebe Palmer, « The Way of Faith » ; et depuis des années elle recevait « The Guide to Holiness ». Elle me dit qu’il n’y avait personne dans leur Église qui l’eût reçue, quand elle avait cherché et trouvé la bénédiction ; mais qu’il y avait deux autres dames, de ses amies, membres de la même Église, qui, comme elle, aspiraient à une expérience plus profonde, et qu’elles avaient coutume de se réunir une fois par semaine pour prier pour le pasteur et pour elles-mêmes.

Un jour, elle monta seule dans son grenier, afin d’être loin de tout le monde, et là, tandis qu’elle était à genoux et priait, le Seigneur sembla ouvrir à son âme les écluses des cieux, et elle fut inondée de lumière et de paix. Elle me dit : « J’étais si remplie que je louai le Seigneur à pleine voix. Je descendis, je mis mon manteau et mon chapeau, et j’allai voir ma chère Mme X. Elle fut ravie, et nous eûmes un beau moment à nous réjouir ensemble. Quelques jours plus tard, elle entra pleinement dans la lumière. Puis ce fut le tour de l’autre. Maintenant, il nous faut prier plus ardemment encore pour notre pasteur, afin qu’il voie la vérité et reçoive la bénédiction. » Elle me dit qu’il était si bon, et que tout le monde l’aimait ; mais qu’il manquait pourtant à sa prédication une véritable onction. Pourtant, me dit-elle, pendant toutes ces années, elles ne lui avaient jamais soufflé mot de leurs prières pour lui. Elle lui avait parlé du « Guide », lui en avait donné un numéro plusieurs fois lors de ses visites pastorales ; mais chaque semaine, pendant cinq longues années, ces dames se réunirent et prièrent pour leur pasteur, et gardèrent le silence ; et maintenant la réponse était venue. Oh ! qu’elles étaient pleines de joie et d’allégresse !

Je pense qu’on pourrait obtenir des résultats semblables s’il y avait davantage de prière dans le cabinet pour le prédicateur. Ne parlez pas beaucoup, mais priez, unis.


« Prie, que tu puisses ou non parler,
Mais prie avec foi au nom de Jésus. »

Elle me raconta qu’un an ou deux après avoir reçu cette expérience, son mari fit faillite, et qu’ils perdirent presque tout ce qu’ils avaient. Mais elle me dit : « Le Seigneur garda mon âme si tranquille ; et je crois que, sans cette grâce, je n’aurais jamais pu traverser ce que j’ai traversé. » Elle me dit que son mari ne pouvait pas comprendre cela, et que parfois il lui en voulait de ne pas se tourmenter. « Il disait que j’avais l’air de ne pas m’en soucier. Mais oh ! comme il me fallait m’accrocher à Dieu pour lui ! Il semblait par moments qu’il allait perdre la raison. Gloire au Seigneur, il m’a gardée. Oh ! sœur Smith, par quelles eaux profondes Dieu m’a fait passer ! Que sa Parole est vraie ! »


« Beaucoup seront purifiés,
Blanchis et éprouvés ;
Mais la main qui purifie
Éprouve. »

Nous sommes donc tout à fait en sûreté. Restons seulement tranquilles. Amen.

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