Chapitre 13 · 37 min de lecture · 48 min d’écoute
Mon appel à partir
C’était en novembre 1869. Jusque-là, Dieu m’avait clairement conduite, confirmant son œuvre par mon moyen tandis que j’allais de côté et d’autre — tantôt à Brooklyn, tantôt à Harlem, tantôt à Jersey City. Tout cela se passait parmi les miens et dans nos propres églises de couleur, bien que j’allasse souvent aussi à la vieille église de Second Street, à celles de Norfolk Street, de Willett Street, de Bedford Street, et dans différentes églises méthodistes blanches, aux réunions de classe et aux réunions de prière ; mais, en comparaison, fort peu parmi les Blancs. L’essentiel de mon travail se faisait parmi les miens. Il y avait alors bien peu de nos pasteurs qui fussent favorables à ce que les femmes prêchent ou prennent la moindre part, j’entends en public ; mais, Dieu merci, il s’est toujours trouvé quelques hommes qui osaient défendre la liberté de la femme sur ce point, si Dieu l’appelait. Parmi eux, je m’en souviens, il y avait Henry Davis, le révérend James Holland, le révérend Joshua Woodland, le révérend Joseph H. Smith, le révérend Leonard Patterson, et d’autres encore — mais aujourd’hui, c’est bien différent. Nous avons des femmes diaconesses, des femmes conductrices, et des femmes dans tous les domaines de l’œuvre de l’Église. Que Dieu, dans sa miséricorde, nous garde du formalisme de notre temps et nous ramène à la spiritualité et à la puissance d’autrefois, celles des pères et des mères. Souvent, quand je repense au passé et que je le compare au présent, j’ai envie de dire : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons! »
Je suivais le Seigneur à mesure qu’il me conduisait, et un jour, comme je priais et lui demandais de m’enseigner ce que je devais faire, j’eus l’impression que je devais quitter New York et partir. Je ne savais pas où, et cela me troublait ; je demandai donc au Seigneur de m’éclairer, et il me donna ces paroles : « Va, et j’irai avec toi. » Les paroles mêmes qu’il avait données à Moïse, il y a tant d’années.
Je dis : « Seigneur, je suis prête à partir, mais dis-moi où aller et
je t’obéirai » ; et la parole vint, claire et nette : « Salem ! » Je dis : « Salem ! Mais, Seigneur, je ne connais personne à Salem. Ô Seigneur, viens à mon aide, je t’en prie, et si c’est bien ta voix qui me parle, montre-moi clairement où je dois aller. » Et de nouveau la parole vint : « Salem. »
« Ô Seigneur, tu sais que je ne suis jamais allée à Salem, et que j’ai seulement entendu dire qu’un tel endroit existe. »
Je me souvins que, cinq ans plus tôt, alors que j’habitais Philadelphie, j’étais un matin à l’église Bethel, et que le pasteur avait annoncé que leur réunion trimestrielle se tiendrait à Salem le dimanche suivant. Je n’avais pas pu y aller — j’étais en service — et c’était tout ce que j’avais entendu dire de Salem, tout ce que j’en savais. Je dis : « Ô Seigneur, ne permets pas que Satan me trompe ; rends-moi la chose bien claire, et si c’est ta voix, parle-moi encore, oui, Seigneur, rends-la claire, de manière que je la comprenne, et je t’obéirai. Maintenant, Seigneur, j’attends de t’entendre me parler et me dire où aller » ; et j’entendis venir la parole ; j’eus peur, il me sembla que le Seigneur allait me terrasser, je me ramassai sur moi-même comme pour me cacher, et la parole vint avec puissance : « Salem » ; et je dis : « Seigneur, cela suffit, j’irai. »
Quelques semaines passèrent. Oh ! comme je fus éprouvée jusqu’au fond de l’âme, de toutes les manières ! Mon loyer était de cinq dollars par mois, et je voulais payer deux mois d’avance avant de partir. Je priai et demandai au Seigneur de m’aider à le faire. Ce fut merveilleux de voir comment il le fit. J’avais besoin d’une paire de chaussures. Je dis au Seigneur que j’étais prête à partir avec les chaussures que j’avais, s’il le voulait, mais leurs semelles étaient percées, et je dis : « Seigneur, tu sais que si je me mouille les pieds je tomberai malade ; maintenant, si c’est ta volonté que j’aie ces chaussures, donne-moi quelque travail à faire, ou mets au cœur de quelqu’un de me donner l’argent pour les acheter. » Et ces paroles vinrent de Dieu à mon cœur : « Si tu peux croire… Tout est possible à celui qui croit. » Et je dis : « Seigneur, les chaussures sont à moi », et je les mis aussi réellement que j’aie jamais mis une paire de chaussures de ma vie ! Oh ! que c’était réel ! Je les réclamai par la foi. Quand je me relevai, je marchai de long en large, et je sentis que j’avais réellement aux pieds les chaussures mêmes que j’avais demandées. Oh ! combien elle est vraie, cette précieuse promesse : « Tout ce que vous demanderez en priant, croyez que vous l’avez reçu, et vous le verrez s’accomplir. » Je connais cette vérité. Alléluia !
Quelque trois jours plus tard, je dis à mon amie, sœur Scott : « Je veux aller à Seventh Street avant de partir, car je l’ai promis à des amis depuis le camp-meeting de Sing Sing, et je n’ai
jamais eu l’occasion d’y aller ; il faut que j’y aille avant mon départ. » La veille, c’était le jour d’Action de grâces, et j’étais allée à Jersey City aider frère Lewis, qui tenait ce jour-là une réunion dans son église ; si bien qu’à Seventh Street nous eûmes une bonne réunion de prière et de témoignages. Le révérend John Parker en était le pasteur. Le Seigneur m’aida à parler, et je leur dis que le Seigneur m’avait dit d’aller à Salem, que j’y allais, et que j’étais seulement venue leur dire : « Bonjour, et au revoir. » À la fin de la réunion, des amis se pressèrent autour de moi et dirent : « Eh bien, sœur Smith, où étiez-vous hier ? Nous vous avons attendue. Nous avons eu un magnifique sermon d’Action de grâces. » Une autre dit : « Venez à ma classe. » Je répondis : « Merci, mais je ne peux pas maintenant ; il faudra attendre mon retour ; j’ai reçu des ordres d’en haut, il faut que je parte. »
Comme le cher vieux père Brummell sortait, il me dit : « Au revoir, sœur Smith. » Il me serra la main et y glissa quelque chose. Je le remerciai, le mis dans ma poche, et rentrai chez moi. Comme j’étais assise près du feu à me réchauffer — j’avais lu mon chapitre de la Bible, et je restais là à repenser à la réunion —, je commençai à avoir sommeil et à m’assoupir. « Bon, pensai-je, il faut que je me prépare à me coucher. » Juste à ce moment, cette pensée me vint : « Tu ferais bien de regarder ce qu’est cet argent que t’a donné le père Brummell. »
« Oui, pensai-je, je l’avais oublié. »
Je mis la main dans ma poche et le sortis : il y avait un billet de deux dollars et trois billets d’un dollar. Je les étalai sur la table et les comptai. C’était la première fois de ma vie qu’on me donnait autant d’argent, comme ça, pour rien, et je pensai que j’avais dû me tromper en comptant ; je recomptai donc. Oui, c’étaient bien cinq dollars. Alors je dis : « Je me suis sûrement trompée ; je dors, je suppose » ; je me frottai donc les yeux, marchai de long en large dans la pièce, puis revins compter encore une fois. Oui, c’étaient vraiment cinq dollars, et je dis : « Eh bien, comment cela se fait-il ? » Juste à ce moment, une voix murmura : « Tu sais bien que tu as prié pour tes chaussures. »
« Oh ! m’écriai-je, oui, Seigneur, je m’en souviens maintenant. Gloire au Seigneur ! Oh ! Gloire au Seigneur ! »
J’étais si heureuse que j’eus bien du mal à m’endormir. C’était l’œuvre du Seigneur, et c’était un prodige. Amen.
Après que j’eus décidé d’obéir à l’appel, et tandis que je faisais mes préparatifs, Satan m’attaqua avec violence, un jour que je repassais en priant Dieu avec ferveur. Il me dit : « Quand Jésus envoya ses disciples,
il les envoya deux à deux ; et toi, tu pars seule ; on dira que tu t’en vas te chercher un mari, comme d’autres. »
Alors je pensai à plusieurs personnes de ma connaissance qui étaient parties ainsi et qui, en effet, s’étaient mariées au bout de quelque temps ; mais en quoi cela regardait-il le vieil Accusateur, et qu’avait-il à y voir ? Cette pensée m’était pourtant si étrangère que je m’écriai : « Tu sais que c’est un mensonge. Tu sais que je ne veux que faire la volonté de Dieu. »
Le Tentateur me harcela tant que je posai mon fer, passai dans la chambre, me mis à genoux et dis : « Seigneur, aide-moi, et choisis quelqu’un pour m’accompagner, si tu veux que j’aie une compagne. Seigneur, j’aimerais que sœur Scott vienne ; je la connais et je l’aime ; nous nous entendrions si bien ensemble ; mais elle a une famille et ne peut pas partir. Il y a aussi sœur Bright, à Philadelphie, et d’autres que je connais. Si je les choisissais moi-même, nos esprits ne s’accorderaient peut-être pas, et nous ne nous entendrions pas ; alors, Seigneur, si tu veux bien me diriger vers celle que tu voudras, tout ira bien ; et maintenant, Seigneur, j’attends devant toi avec ardeur d’entendre ta parole pour moi. » Et ces paroles de Jésus me furent murmurées aussi distinctement que la voix d’un père à son enfant ; elle disait : « Ne t’ai-je pas dit que j’irais avec toi ? » Et en un instant je me rappelai ce qu’il m’avait dit auparavant : « Va, et j’irai avec toi. »
« Oh ! oui, Jésus, dis-je, c’est vrai, tu me l’as dit. » Je l’avais oublié ; et je me relevai remplie de joie et de paix. Gloire au Seigneur pour la victoire !
Quelques jours plus tard, je partis pour Salem, dans le New Jersey. Je restai une semaine à Philadelphie, et je faillis renoncer et ne pas y aller ; et cela, bien que Dieu eût clairement répondu à ma prière et m’eût rendu tout si clair. Oh ! la faiblesse et la légèreté des pauvres êtres humains ! Seigneur, aie pitié de nous pour l’amour de Jésus. Amen.
Oh ! combien il faut désapprendre pour apprendre plus parfaitement la volonté de Dieu ! Je quittai New York pour Salem, où Dieu m’envoya d’abord, en novembre 1869, et je revins en juin. Pendant ces mois d’absence, mon amie sœur Scott avait traversé de profondes épreuves — fort compliquées — qu’on ne pouvait expliquer ; seuls ceux qui en ont connu de pareilles savent ce qu’il en est. J’en savais bien des choses. Nous correspondions, elle et moi, et je priais et lui conseillais de tenir ferme : Dieu l’aiderait. Mais les choses empirèrent, et je crois que Satan réussit à l’effrayer. Son mari, quand il était en colère, proférait des menaces qui l’épouvantaient. Quand elle m’écrivit pour me le dire, je répondis : « Le diable veut te faire peur ; je ne crois pas qu’on va te tuer ; tiens ferme. »
Elle pensait que j’aurais dû rentrer pour la soutenir, mais je savais que le Seigneur ne voulait pas que je me mêle des démêlés entre mari et femme ; il était donc bon que je fusse au loin. Je lui dis : « Scott, tous les yeux sont fixés sur toi pour voir comment tu tiens bon, et si la grâce sanctifiante vaut quelque chose, c’est maintenant le moment de la mettre à l’épreuve. Ne quitte pas ton foyer. » Voilà comment je lui écrivis, et je crois que ce n’était pas ce qu’elle attendait. Dès lors, l’esprit de ses lettres me sembla tout changé. Je sentais qu’elle n’était plus la même en esprit. Puis, encouragée par son fils à quitter son foyer, elle le fit et alla s’installer, avec ses trois enfants, tout près, dans Minnetta Street. Tout en sentant qu’elle avait changé, je l’aimais tant que je me disais : « Quand je serai de retour, que je la verrai et que nous causerons, je pourrai tout expliquer et tout éclaircir ; elle me comprendra et tout ira bientôt bien. » Si bien qu’en juin j’étais pleine d’espoir et d’attente, car je ne pensais pas pouvoir vivre à New York sans l’amitié et l’affection d’autrefois de sœur S. Elle avait quitté Minnetta Street pour Dominick Street, et après avoir un peu mis de l’ordre dans ma chambre, j’avais peine à attendre le moment de la voir. Je souriais toute seule en pensant combien elle serait heureuse de me voir, et à ce qu’elle dirait ; et tout cela était si réel ; mais, oh ! imaginez ma déception et ma surprise. Quand j’allai chez elle, elle fut si froide et si cérémonieuse ! Oh ! comme mon cœur se serra ! Je lui racontai tout ce qui, je le savais, l’intéressait autrefois. Elle écouta, et je vis qu’elle faisait un effort pour être elle-même, et cela me fit tant de mal ; je la connaissais si bien. Je lui expliquai pourquoi je lui avais écrit comme je l’avais fait ; je pensais que, puisqu’elle avait tant enduré pendant tant d’années, elle aurait pu tenir bon encore un peu, et je croyais que Dieu l’aurait aidée et l’aurait fait sortir victorieuse. Je vis que le diable lui avait fait croire que je ne me souciais pas d’elle et que je n’avais aucune compassion pour elle. Nous causâmes jusqu’à minuit ; puis, comme nous priions toujours quand nous nous retrouvions, je dis : eh bien, prions. Nous nous agenouillâmes ; je priai, mais elle ne pria pas. Je sortis le cœur lourd, en proie à une terrible tentation.
« Oh ! pensai-je, si Scott s’est tournée contre moi après toutes ces années d’une amitié si secourable, que vais-je faire ? » Et ce fut comme la marche de Pierre sur les eaux. J’avais détourné les yeux de Jésus, je commençai à enfoncer, et plus j’y pensais, plus je m’enfonçais. Je retournai chez elle et la suppliai de venir me voir. J’y passai encore une fois et lui dis : « J’espérais que tu viendrais, pour que nous ayons un moment de prière ensemble » ; mais elle trouva quelque excuse, ce qui, je le savais, ne ressemblait pas à mon ancienne amie. Comme je pleurai et priai !
Je croyais que j’en mourrais, mais je vois maintenant ce que cela signifiait. Dieu voulait me mettre à part pour lui-même, et il fallait que je sois sevrée. Oh ! quelle épreuve ! Au bout d’un jour ou deux, elle vint. Je repassais, et elle s’assit sur le seuil. « Oh ! lui dis-je, entre donc » ; mais elle ne voulut pas, et s’en alla sans dire un mot de prière ; et je fus convaincue que l’esprit véritable de ma chère amie de tant d’années s’en était allé — il ne restait que la femme. Oh ! la tristesse de cet autre esprit, comme elle persiste encore aujourd’hui ! J’essayai de remettre mon fardeau au Seigneur par le jeûne, les larmes et la prière ; mais, oh ! pendant des semaines je marchai dans les ténèbres, et Satan m’accusait. J’examinai mon cœur pour voir si le conseil que j’avais donné en était la cause ; non, je sentais que j’avais eu raison. Quant à aller sans cesse lui parler et chercher à ramener mon amie à son amitié d’autrefois, il me semblait que ce n’était pas ce que le Seigneur voulait que je fasse ; mais pourquoi ces ténèbres s’étaient-elles abattues sur mon esprit ? Je dis : « Ô Seigneur, aide-moi ! » Je ne semblais pas capable de prier ; il me semblait n’avoir plus d’esprit en moi. Pourtant je ne pouvais sentir aucune condamnation précise ; mais, oh ! dans quel état j’étais ! Je savais que je n’avais rien repris à Dieu de ma consécration ; mais, oh ! ce que j’avais, je ne pouvais le dire. Les autres fois, quand je passais par de telles épreuves, mon amie venait, nous priions ensemble et nous obtenions la délivrance ; mais maintenant je n’avais pas une âme pour m’aider, et je ne pouvais l’emporter. Il y a des moments où l’on a besoin d’aide pour l’emporter auprès de Dieu, mais je n’avais aucune aide, et le diable disait : « Tu vois bien, si tu étais pleinement sanctifiée, tu pourrais prier ; mais tu as attristé l’Esprit d’une manière ou d’une autre, et c’est pourquoi Dieu ne te répond pas. »
Oh ! comme tout cela semblait réel, et pourtant je savais, d’une certaine manière, qu’il n’en était rien. J’avais peur de le dire à qui que ce soit. Satan disait : « Si tu le dis à quelqu’un, on pensera que tu as rétrogradé ; tu n’as jamais entendu parler d’une personne sanctifiée qui ait connu de telles ténèbres. »
« Non, jamais. » J’allais donc aux réunions et je parlais de ce que je connaissais du côté lumineux, de peur que les gens ne pensent que j’avais bel et bien rétrogradé. Je crois que les personnes sanctifiées devraient parler aussi de l’autre côté, car ce n’est pas un signe que l’on rétrograde quand une ombre passe sur l’esprit, même après qu’on a été entièrement sanctifié ; mais j’étais ignorante et je ne savais pas que ces questions venaient du diable. Oh ! comme il sait se déguiser en ange de lumière pour tromper !
Ma fillette était partie vivre à Philadelphie dans une très bonne famille, et j’étais fort occupée à terminer une robe afin de l’envoyer à
ma fille. Je venais de recevoir une lettre d’elle ; elle se portait très bien. Comme j’étais assise, le cœur triste, souhaitant par moments pouvoir réellement me condamner afin d’avoir accès auprès de Dieu — car je sentais que, si je pouvais éprouver une condamnation quelconque, alors je pourrais sûrement prier —, tout à coup cette pensée me vint : va à Dominick Street, à la réunion de sainteté de Mme Clark. Sœur Clark tenait cette réunion chez elle tous les jeudis après-midi. Je dis : « Oh ! je suis trop occupée, je veux finir cette robe » ; mais une profonde conviction me saisit, et je sentis que je devais y aller ; je me levai donc et partis. Je commençai à me sentir un peu plus légère. Je dis : « Je crois que le Seigneur va me bénir aujourd’hui. »
J’entrai dans la réunion ; il y avait beaucoup de monde, et environ cinq minutes après mon arrivée dans la pièce, cette terrible avalanche de ténèbres s’abattit de nouveau sur moi, et je me mis à pleurer. Oh ! comme je pleurai amèrement ; j’avais le cœur brisé. On annonça le cantique. J’étais assise à côté de sœur Clark. Juste avant qu’on chante la dernière strophe, le diable me dit : « Maintenant, ils vont te demander de prier, et tu sais bien que tu ne peux pas » ; et je dis : « Non, je ne peux pas prier. »
En effet, quand on se fut agenouillé, sœur Clark me dit : « Sœur Smith, priez. » J’avais toujours pu prier, avant comme après avoir été sanctifiée ; mais j’essayai, et je m’effondrai. Quelqu’un dit : « Amen, Seigneur, bénis sœur Smith. »
On crut que j’avais reçu une bénédiction et que j’étais très heureuse. J’essayai donc une deuxième fois de prier, mais je ne pus. Puis une troisième fois, et j’échouai encore. Oh ! je ne pouvais pas prier.
« Sœur Clark, dis-je, priez, vous ; moi, je ne peux pas » ; et elle pria, comme elle savait le faire en ce temps-là, car elle était alors puissante dans la prière. Puis nous nous relevâmes. Je restai assise à sangloter comme un bébé, écoutant les témoignages et espérant qu’un seul rayon de lumière viendrait éclairer mon esprit si sombre. Après que plusieurs eurent parlé, je me levai et confessai tout ce que je savais. J’étais allée à Philadelphie voir ma sœur, qui était très malade et qu’on ne pensait pas voir vivre. J’étais partie le samedi soir par le train de minuit et arrivée à cinq heures le dimanche matin ; j’étais repartie le dimanche soir à minuit et arrivée à Jersey City à cinq heures du matin ; aussi le diable m’avait-il dit que c’était là l’une des causes de mes ténèbres. Ensuite, j’étais sortie plusieurs fois sans emporter mes traités ; c’était là, disait-il, une autre raison. Puis j’avais l’habitude de me lever une ou deux fois la nuit pour prier, mais je ne l’avais pas fait depuis plusieurs nuits ; il m’en accusait donc. Une autre fois, après avoir travaillé dur toute la journée, j’étais fatiguée ; après avoir lu ma leçon biblique, je m’étais agenouillée pour prier et m’étais endormie à genoux, et je ne
m’étais réveillée que vers deux heures du matin ; il m’en accusait donc aussi. Mais quand je demandais au Seigneur de me pardonner tout cela, il me semblait qu’une voix disait : « Non, ce n’est pas cela » ; et je disais : « Seigneur, qu’est-ce donc ? » Je racontai donc tout cela à ces sœurs. « Et maintenant, dis-je, je voudrais savoir si l’une de vous a connu une pareille expérience, car je ne sais pas ce que j’ai ; aidez-moi, je vous en prie, si vous le pouvez. Les personnes sanctifiées connaissent-elles jamais une telle expérience ? »
« Non », dirent-elles ; elles secouèrent la tête et prirent un air très grave ; je me rassis, et chaque sœur qui parla à son tour se joignit à mon accusateur et me condamna. Elles dirent que sans aucun doute ces choses étaient très mal et étaient la cause de ces ténèbres ; et, chose étrange, alors que je désirais tant qu’il en fût ainsi, quelque chose semblait pourtant me dire : « Ce n’est pas vrai » ; et j’avais envie de dire à chacune d’elles, à mesure qu’elle parlait : « Ce n’est pas vrai. »
Il y avait une dame assise du côté de la fenêtre. Je ne l’oublierai jamais, bien que je ne me rappelle pas son nom. Elle était originaire d’Angleterre et c’était une amie de sœur Clark. Elle avait les cheveux très noirs, coiffés très simplement, deux petites coques de chaque côté ; je la connaissais si bien, des réunions de Mme Palmer et du camp-meeting de Round Lake. Que Dieu la bénisse ! Ce fut la dernière à parler ce jour-là ; toutes avaient fini, sauf elle, et toutes m’avaient condamnée ; mais quand elle se leva pour parler, elle me regarda et prononça si doucement ces paroles — je ne l’oublierai jamais —, elle dit : « Le Seigneur a un différend avec Amanda Smith, et il doit être réglé entre elle et lui seul. » Et un éclair de lumière traversa mon esprit, et je dis : « Merci, je vois. » Dieu me montra à l’instant même que je m’appuyais sur mon amie, sœur S. Oh ! comme j’étais attachée à elle ! Mais le piège était rompu. Je sortis ; ma captivité avait pris fin, et je louai le Seigneur. Rentrée chez moi, je me mis à genoux et remerciai Dieu de la lumière qui m’avait montré où j’en étais ; puis, avec larmes, je suppliai le Seigneur de couper les liens qui m’attachaient à sœur Scott. Je dis : « Seigneur, cela me tue presque, mais, oh ! délivre-moi, coupe mes liens ; même s’il faut que tu me fasses mourir, coupe mes liens. »
Oh ! quelle mort ce fut ! Il me semblait que mon cœur était lié de cordes, et que les lâcher m’ôterait la vie ; mais je criai : « Ô Seigneur, coupe mes liens » ; et ce fut comme si quelqu’un tranchait d’un coup de couteau les cordes qui enserraient mon cœur ; je respirai librement et dis : « Grâces à Dieu, j’ai la victoire. » Je me levai, louai le Seigneur, et marchai de long en large !
J’allais me rasseoir à ma couture quand je pensai : « Il
faut que je sorte acheter un timbre et que j’écrive ce soir à ma fille, pour qu’elle reçoive ma lettre demain matin. » Me voilà partie pour la pharmacie, au coin de Fourth Street et de Sixth Avenue. Au moment où je tournais d’Amity Street dans Sixth Avenue, je jetai un coup d’œil de l’autre côté, dans Cornelia Street, et je vis une personne qui ressemblait tout à fait à mon amie, sœur S. Elle sembla me regarder ; je lui fis un signe de tête et j’allais l’appeler, quand elle détourna vivement la tête et ne parut pas me voir du tout. Je pensai : « Oh ! Scott en est-elle venue au point de ne même plus me parler ? » Une douleur me traversa le cœur, et Satan, en un instant, me dit distinctement : « Tu n’as plus de joie maintenant. »
« Non, dis-je, pas la moindre. »
« Tu n’es pas heureuse non plus. »
« Non, tout est parti. » Alors, d’un ton narquois, il dit : « Où est donc toute cette sanctification et cette sainteté dont tu parlais tant ? » Et alors, pour la première fois, je compris clairement que c’était Satan lui-même qui m’accusait, et je dis : « Ah ! ah ! monsieur Satan, c’est donc vous ? Eh bien, écoutez-moi : bonheur ou pas bonheur, joie ou pas joie, sanctification ou pas sanctification, j’appartiens à Jésus ! » Et je me mis à chanter ce cantique : —
« Le sang du Christ me purifie,
Il me purifie, il me purifie,
Le sang du Christ me purifie
À l’instant, tandis que je crois. »
Je ne chantais pas fort. Des messieurs et des dames me croisaient. Ils me regardèrent d’un air assez étrange. Tandis que je chantais, je sentis cette odieuse influence, cette puissance satanique, se briser et me quitter, aussi réellement que j’aie jamais ôté un vêtement pour le mettre de côté. Il me sembla voir le diable sous la forme d’un petit chien noir, la queue entre les jambes. Il sembla me dépasser en descendant Sixth Avenue. Je ne sais pas d’où il venait. Personne n’était avec lui ; mais, juste au moment où cette puissance se brisa, je vis passer ce petit chien.
Le Seigneur avait mis fin à ma captivité. J’étais comme ceux qui font un rêve. Ma bouche était remplie de rire ; je ne pouvais m’arrêter. J’entrai dans la pharmacie, et l’homme du magasin, me voyant rire, se mit au diapason et se mit à rire lui aussi ; il était corpulent, et il en tremblait tout entier. Je dis : « Oh ! monsieur, donnez-moi un timbre de trois cents » ; et je riais, et il riait, et je sortis. Il ne me dit pas un mot, mais, oh ! comme il riait ! Et moi aussi. Je repris le chemin de la maison. Je dis :
« Je vais descendre de ce côté-ci et m’acheter une bobine de fil pendant que je suis dehors » ; et juste comme j’arrivais en face de l’endroit où Satan m’avait attaquée tout à l’heure, il avait traversé et se trouvait de l’autre côté. Il dit : « Oh ! tu es bien heureuse. »
« Oui, gloire au Seigneur ! »
« Tu ne sais pas comment va ton enfant à Philadelphie. »
« Elle va très bien ; je viens de recevoir une lettre. »
« Oh ! les gens te disent cela, mais tu ne sais pas si c’est vrai ! »
« Oh ! mais je sais que si Mazie n’allait pas bien, elle me le dirait. »
« Eh bien, tu veux aussi aller au camp-meeting, et tu n’as pas d’argent. »
Alors je reconnus de nouveau le vieil Accusateur, et je dis : « Eh bien, cela ne vous regarde pas, j’appartiens à Jésus » ; et je me remis à chanter :
« Le sang du Christ me purifie,
À l’instant, tandis que je crois » ;
et il s’en alla, mon adversaire ; et depuis ce jour jusqu’à aujourd’hui, il me semble que je sais le reconnaître quand il s’approche, sous quelque forme qu’il vienne.
Si l’on se tient tout près du sang, il s’en va bientôt, et rien ne le met en fuite aussi vite qu’un cantique ou un témoignage sur la puissance du sang.
« Gloire au sang qui m’a rachetée,
Gloire à sa puissance qui purifie.
Gloire au sang qui me garde,
Gloire, gloire, à jamais. »
Amen ! Amen !
Quelque temps après que le Seigneur eut sanctifié mon âme, je fus profondément tourmentée au sujet de la Trinité. Je ne parvenais pas à comprendre comment il pouvait exister trois personnes distinctes, et pourtant une seule. J’y pensais chaque jour et je priais pour recevoir la lumière, mais je ne semblais pas trouver de secours. Je lisais la Bible, mais aucun secours ne venait. Je voulais interroger quelqu’un, mais je craignais qu’on ne me comprenne mal et qu’on ne pense que je devenais fanatique, car cet esprit-là se répandait beaucoup à cette époque. Frère Boole était pasteur de l’église de Seventeenth Street. Comme j’habitais New York, je pensai que si je pouvais l’entendre prêcher sur le baptême du Saint-Esprit, je recevrais lumière et secours ; mais le dimanche où il devait prêcher sur ce sujet même, je ne pus y être. J’étais engagée à l’église de Janes Street
avec le révérend docteur Hamlin, et cela continua ainsi pendant des semaines. Quand j’eus fini à Janes Street, j’allai à Williamsburg aider frère Hollis. Là, le Seigneur nous bénit très abondamment. Les gens furent tous très bons, mais je ne rencontrai personne, pendant ces dix jours, en qui j’eusse assez confiance pour lui demander cette explication. Frère Richard Ryan vint le dimanche après-midi, et il raconta comment il était entré dans la bénédiction de la sanctification. Ce fut une bénédiction pour bien des âmes, et je reçus un peu d’aide sur un ou deux points ; mais comprendre la Trinité restait pour moi une grande énigme. Nous terminâmes magnifiquement le dimanche soir, et le lundi matin je rentrai chez moi à New York, au 135 Amity Street. Mes deux petites mansardes étaient bien poussiéreuses, étant restées fermées deux semaines ; la première chose que je fis fut donc de balayer et d’épousseter ; et après un petit repas, je dis : je vais laver ma vaisselle, puis je m’agenouillerai pour prier, et je resterai à genoux jusqu’à ce que le Seigneur m’ait éclairci cette question. J’avais le torchon à la main, et comme je me dirigeais vers la fenêtre, une voix sembla me parler et me dire : « Toute bénédiction que tu reçois de Dieu, tu la reçois par la foi. » Je dis : « Oui — et si c’est par la foi, pourquoi pas maintenant ? »
Je me retournai et m’agenouillai près d’une vieille malle qui se trouvait dans le coin de la chambre, et je dis au Seigneur que je voulais comprendre la Trinité, que j’avais peur du fanatisme, et que je voulais qu’il me la rende claire pour l’amour de lui-même. Je ne sais combien de temps je priai, mais, oh ! comme mon âme fut remplie de lumière sous le grand baptême qui descendit sur moi ! Je faillis tomber face contre terre, mais je tins bon pendant que Dieu se révélait si clairement à moi, et depuis lors je l’ai toujours comprise. Je ne saurais l’expliquer aux autres, mais Dieu me l’a fait comprendre, si bien que je n’ai plus eu de doute depuis. Gloire au Seigneur ! Puis il me montra trois autres choses. Oh ! quelle révélation ! La merveilleuse paternité de Dieu, la fraternité de Jésus, l’efficacité et l’ampleur de l’expiation. Elle semblait passer tout contre les portes de l’enfer. Je vis combien il était difficile à une âme d’être perdue, et combien il était facile de se laisser tromper en croyant au salut universel sans repentance. J’étais saisie de crainte et je pleurai. Je n’osais bouger. Et maintenant encore, quand j’y pense, il me semble sentir les grandes vagues de gloire mêlée de crainte qui déferlaient dans mon âme, au point que tout mon être semblait battre d’amour et de louange. Tous les points sur ces questions ont été réglés depuis ce moment-là, et, comme Élie, j’ai pu marcher avec la force de cette nourriture pendant plus de quarante jours.
Mon âme était remplie de son amour. J’étais comme éperdument éprise de Jésus. Je disais : « Oh ! il faut que je le voie de mes propres yeux » ; mais comment ? Je disais : « Si je pouvais mourir pour aller à lui, je le ferais ; mais supposons que je vive encore vingt ans et qu’il me faille attendre tout ce temps avant de pouvoir le voir ! »
Il me semblait que cette pensée était plus que je n’en pouvais supporter ; je me mis donc à faire cette prière : « Ô Seigneur Jésus, révèle-toi » ; et je ne fis aucune autre prière, ni jour ni nuit, pendant une semaine. Ce seul désir me dévorait. Je faisais partie d’un groupe avec trois sœurs. Nous nous réunissions une fois par semaine. J’avais peur de leur en parler, de crainte qu’elles ne disent quelque chose qui me détourne ; aussi, quand quelqu’un venait me voir, tandis qu’on causait, je faisais en mon cœur cette même prière : « Ô Seigneur Jésus, révèle-toi. » J’étais dans le deuil comme on l’est pour sa mère. Je voulais voir celui qui avait tant fait pour moi. Je disais : « Il faut que je le voie, mais combien de temps devrai-je attendre ? » Une semaine avait passé, et mon cœur en prière brûlait toujours de le voir. Le lundi matin arriva. J’allai d’une maison à l’autre ramasser mon linge, priant par moments, puis m’interrogeant, puis pleurant, car je brûlais de voir mon Christ bien-aimé. À midi, mon linge était ramassé, et j’étais toute prête à commencer la lessive le mardi matin à six heures. Le lundi après-midi, mon groupe se réunit chez moi.
Comme j’avais un bébé et ne pouvais guère me déplacer, les trois sœurs, sœur Scott, sœur Banks et sœur Brown, venaient toutes chez moi ; mais ce jour-là, aucune ne vint, sauf sœur Scott. C’était une femme profondément pieuse, pleine de foi et du Saint-Esprit, et, comme moi, fort accablée dans sa vie de famille. Nous nous soutînmes l’une l’autre à travers bien des orages. Gloire au Seigneur ! C’était son tour, cet après-midi-là, d’ouvrir la réunion. Nous le faisions généralement à tour de rôle : l’une ouvrait en annonçant un cantique, en lisant un chapitre, puis en priant. Ensuite nous nous racontions nos joies ou nos peines, nos victoires et nos défaites, s’il y en avait, et, si Satan nous avait souffletées, comment nous avions tenu bon ou si nous avions cédé sous la pression, etc. ; puis nous nous conseillions et nous priions les unes pour les autres. Sœur Scott semblait si bien savoir s’approcher du trône de la grâce que j’avais toujours le sentiment qu’elle serait exaucée plus vite ; aussi étais-je heureuse que ce fût son tour de prier ce jour-là ; et pendant tout le temps qu’elle priait, l’unique cri de mon âme était : « Ô Seigneur Jésus, révèle-toi. » Nous étions agenouillées dos à dos. Sœur Scott ne savait pas ce que j’avais demandé dans mes prières, et pendant qu’elle priait, tout à coup la pièce sembla remplie d’une sainte
présence ; à mesure qu’elle continuait, je sentis qu’elle avait saisi Dieu ; c’était comme un bruissement d’ailes, et sœur Scott s’écria : « Ô Seigneur Jésus, tu es ici. » Et il y était ; je le vis ; il entra par la porte ; elle était ouverte. Oh ! puis-je le décrire, ce Jésus si aimable, si beau ? Il semblait mesurer environ six pieds ; une ample robe pourpre flottante ; ses cheveux et sa barbe blancs comme la laine ; sa belle barbe lui couvrait la poitrine jusqu’à la ceinture ; son visage était d’une beauté indescriptible ! Oh ! j’en perds presque le souffle quand je revois tout cela ! Il vint se placer à mes côtés. Il ne prononça pas une parole, mais tout était dans l’expression de son visage si beau. Il semblait dire : « Maintenant, regarde-moi ; cela te suffira-t-il ? » Je m’écriai : « Oui, Seigneur Jésus », et j’étendis les bras pour l’étreindre, mais il disparut de devant mes yeux. Oh ! la gloire de cette heure-là, je ne l’oublierai jamais ; et quand je pense à l’étonnante condescendance de Dieu le Père, qui a exaucé une telle requête pour un aussi pauvre ver de terre que moi, il me semble que mon cœur va se briser !
« Il m’a sauvée de ma perdition,
Sa bonté, oh ! qu’elle est grande ! »
Et maintenant, comme Job, je suis prête à attendre tous les jours de mon temps marqué, jusqu’à ce que vienne mon changement ; et j’irai être avec lui et le contempler à tout jamais.
Une autre fois, il se manifesta de cette manière : j’avais lu quelque part dans le Cantique des cantiques que mon bien-aimé est parmi les aromates, et il me semblait que sa présence était si sensiblement proche que j’avais l’impression qu’une personne marchait à mes côtés. Mon cœur débordait d’amour pour lui tandis qu’il s’entretenait avec moi de bien des choses, et par moments je regardais autour de moi pour voir si je pouvais réellement le voir ; mais non, je ne voyais personne. Un matin, assise près de la fenêtre, je pensais à lui et à son grand amour pour moi ; je levai les yeux, et comme je regardais à travers la jalousie, il me sembla voir son visage si beau qui me regardait à travers les lames, et je m’écriai : « Oh ! Il regarde par le treillis vers moi ; je suis malade d’amour ! »
« Car il a satisfait l’âme altérée, Il a comblé de biens l’âme affamée. » Psaume 107, verset 9.
Une nuit, après avoir beaucoup prié, je me couchai et tombai bientôt dans un demi-sommeil. Il me sembla qu’on posait sur ma poitrine une belle croix de marbre blanc. Elle était froide. Comme la croix avait pressé mon front, j’en sentis le froid, et son poids qui m’écrasait.
« Oh ! dis-je, qu’elle est belle ! » mais, ma foi, qu’elle était lourde ! En un instant il me sembla comprendre tout ce qu’elle signifiait, et toute ma volonté sembla s’enrouler autour d’elle. Je m’éveillai, et c’était aussi réel que la vie même.
Tandis que je méditais et demandais au Seigneur de m’enseigner et de me donner la force de porter toujours la croix, si lourde qu’elle fût, je me rendormis — et pourtant il ne me semblait pas être vraiment endormie ; mais je me trouvai dans un lieu étrange ; on aurait dit une église, et pourtant ce n’en était pas une. Comme j’étais assise à attendre, comme on attend que les gens se rassemblent, il y avait là trois dames de couleur vêtues avec beaucoup d’élégance et plusieurs messieurs de couleur finement habillés. Ils étaient assis dans cette grande salle. Il me sembla qu’ils me regardaient d’un air renfrogné et méprisant, en toisant ma robe de la tête aux pieds. Puis ils se mirent à faire des remarques. Je sentis qu’ils ne voulaient pas de moi là ; mais je les saluai et m’efforçai d’être aimable. C’est à peine s’ils firent attention à moi. Comme je me sentis blessée ! et je dis : « Je voudrais bien être dehors. » Juste à ce moment, il me sembla entendre un bruit au-dehors. Il y avait une véranda qui donnait à l’est ; je me levai donc et sortis sur la véranda. Comme je levais les yeux, la lune brillait ; je regardai un peu vers l’ouest, dans la direction d’où j’avais cru entendre ce bruit, et je vis venir — c’était comme une grande poutre, mais ayant la forme d’un bras parfait, comme le bras droit d’un homme ! Je l’appelai un bras puissant. Je voulais que ces personnes le voient, mais je n’osais pas le leur demander ; je fis donc un mouvement et cherchai à attirer leur attention en tirant sur ma robe. Elles rirent, mais ne vinrent pas. Le bras arriva au-dessus de ma tête — il était dans les nuages, mais je le voyais distinctement. De l’épaule au coude, il était couvert d’un duvet, beau, blanc. Sur ce duvet semblait reposer la tête d’un bel oiseau, au bec pareil à celui d’un cygne. Elle était enfouie dans le duvet, et bien que le bras fût emporté avec une vitesse si puissante, cette tête reposait parfaitement tranquille et paisible. Il passa vers l’est et disparut.
Tandis que je restais là à regarder ce spectacle avec étonnement, il me sembla voir surgir quatre grands lions. Oh ! qu’ils étaient féroces ! Ils venaient droit sur moi, et il semblait que l’instant d’après ils seraient sur moi, tandis qu’ils bondissaient par-dessus les nuages pour venir me détruire. Je tremblai et m’écriai : « Au secours, Seigneur ! » Et en un instant il me sembla que deux grands nuages se rejoignaient et les engloutissaient, et je ne les vis plus.
Gloire au Seigneur, ce fut pour moi une merveilleuse leçon ; car,
peu de temps après, je fis une expérience presque identique. J’eus beaucoup à souffrir, au milieu des miens et de leur part — car la nature humaine est la même chez les Noirs et chez les Blancs. Ils s’opposent à la doctrine de la sainteté personnelle, les Blancs aussi ; mais Dieu a un reste parmi les anciens, et quelques-uns parmi les jeunes, tant prédicateurs que laïques, qui croient et connaissent par expérience la vérité de cette doctrine selon la Bible, ce qui en est la pierre de faîte. Dieu n’a-t-il pas déclaré que, sans la sainteté, personne ne verra le Seigneur ? Ma prière est celle-ci : Seigneur, multiplie les témoins de cette expérience, en vie et en puissance, parmi les prédicateurs, les évêques et les laïques. C’est le seul espoir du méthodisme dans tout le pays. Que le Seigneur nous aide, Blancs et gens de couleur ! Amen.
Mais revenons à mon récit. Comme je me retournais pour rentrer dans la salle, j’entendis le plus beau chant ; il semblait venir de plusieurs lieues, mais je n’ai jamais entendu sur la terre un chant si beau, si harmonieux, et je ne pourrai jamais décrire sa douceur céleste. À mesure qu’il approchait, je reconnus bien l’air, et quand il fut plus près encore, j’entendis ces paroles :
« Bras du Seigneur, réveille-toi, réveille-toi,
Revêts ta propre force immortelle,
Vêtu de terreur, ébranle le royaume de l’enfer,
Et foule avec fureur tes ennemis »,
Et le chant passa vers l’est, comme le bras était passé. Je l’entendais au loin, tandis qu’il s’éteignait dans le lointain. Je m’éveillai. Oh ! quelle paix et quelle consolation remplirent mon âme ! Je crois que Dieu permit cela pour encourager ma foi. Que de moyens il a pour nous apprendre à dépendre de lui, si seulement nous voulons bien apprendre ! Qu’elle est douce, sa propre parole : « … recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. » Amen. Amen.
Chapitre 13 terminé
Mon appel à partir