Toutes choses concourent au bien
De l’amour pour Dieu

Chapitre 6 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute

De l’amour pour Dieu

J’en viens à la seconde branche générale du texte : les personnes qui ont part à ce privilège. Ce sont ceux qui aiment Dieu. « Toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. »

Ceux qui méprisent et haïssent Dieu n’ont ni part ni lot dans ce privilège. C’est le pain des enfants ; il n’appartient qu’à ceux qui aiment Dieu. Parce que l’amour est le cœur même et l’âme de la religion, je traiterai ce point plus amplement ; et, pour l’examiner davantage, considérons ces cinq choses touchant l’amour pour Dieu.

1. La nature de l’amour pour Dieu. L’amour est une dilatation de l’âme, un embrasement des affections, par lequel le chrétien soupire après Dieu comme après le bien suprême et souverain. L’amour est à l’âme ce que les poids sont à l’horloge : il met l’âme en mouvement vers Dieu ; il est comme les ailes par lesquelles nous volons vers le ciel. Par l’amour, nous nous attachons à Dieu comme l’aiguille à l’aimant.

2. Le fondement de l’amour pour Dieu ; c’est-à-dire la connaissance. Nous ne pouvons aimer ce que nous ne connaissons pas. Pour que notre amour soit attiré vers Dieu, il nous faut connaître en lui ces trois choses :

(i) Une plénitude (Colossiens 1:19). Il a une plénitude de grâce pour nous purifier, et de gloire pour nous couronner ; une plénitude non seulement de suffisance, mais de surabondance. Il est une mer de bonté sans fond ni rivages.

(ii) Une gratuité. Dieu a une inclination innée à dispenser la miséricorde et la grâce ; il distille comme le rayon de miel. « Que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement » (Apocalypse 22:17). Dieu n’exige pas que nous apportions de l’argent, seulement de l’appétit.

(iii) Une appropriation, ou possession. Nous devons savoir que cette plénitude qui est en Dieu est à nous. « Voilà le Dieu qui est notre Dieu » (Psaume 48:15). Voici le fondement de l’amour : sa divinité, et la part que nous avons en lui.

3. Les sortes d’amour — que je diviserai en ces trois branches :

(i) Il y a un amour d’estime. C’est quand nous accordons à Dieu un très haut prix, comme au bien le plus sublime et infini ; nous estimons Dieu de telle sorte que, si nous l’avons, peu nous importe d’être privés de tout le reste. Les étoiles s’effacent quand le soleil paraît. Toutes les créatures s’effacent dans nos pensées quand le Soleil de justice brille dans toute sa splendeur.

(ii) Un amour de complaisance et de délices — comme un homme fait ses délices d’un ami qu’il aime. L’âme qui aime Dieu se réjouit en lui comme en son trésor, et se repose en lui comme en son centre. Le cœur est si attaché à Dieu qu’il ne désire rien de plus. « Montre-nous le Père, et cela nous suffit » (Jean 14:8).

(iii) Un amour de bienveillance — qui consiste à vouloir le bien de la cause de Dieu. Celui qui est lié d’affection à son ami lui souhaite tout bonheur. Aimer Dieu, c’est lui vouloir du bien. Nous désirons que sa cause l’emporte. Notre vœu et notre prière, c’est que son nom soit honoré ; que son Évangile, qui est le sceptre de sa puissance, fleurisse et porte du fruit comme la verge d’Aaron.

4. Les propriétés de l’amour.

(i) Notre amour pour Dieu doit être entier ; et cela, quant à son siège, il doit venir de tout le cœur. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur » (Marc 12:30). Sous l’ancienne loi, le souverain sacrificateur ne devait épouser ni une veuve ni une prostituée — non pas une veuve, parce qu’il n’aurait pas eu son premier amour ; ni une prostituée, parce qu’il n’aurait pas eu tout son amour. Dieu veut le cœur tout entier. « Leur cœur est partagé » (Osée 10:2). La vraie mère ne voulait pas que l’enfant fût partagé ; et Dieu ne veut pas que le cœur soit partagé. Dieu ne veut pas être un locataire qui n’occupe qu’une seule pièce du cœur, tandis que toutes les autres pièces sont louées au péché. Ce doit être un amour entier.

(ii) Ce doit être un amour sincère. « Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus avec sincérité » (Éphésiens 6:24). Sincère : le mot fait allusion à un miel parfaitement pur, sans cire. Notre amour pour Dieu est sincère quand il est pur et dénué d’intérêt personnel : c’est ce que les scolastiques appellent un amour d’amitié. Nous devons aimer Christ pour lui-même, comme le dit Augustin, ainsi que nous aimons un vin doux pour sa saveur. La beauté de Dieu et son amour doivent être les deux aimants qui attirent notre amour vers lui. Alexandre avait deux amis, Héphestion et Cratère, dont il disait : « Héphestion m’aime parce que je suis Alexandre ; Cratère m’aime parce que je suis le roi Alexandre. » L’un aimait sa personne, l’autre aimait ses dons. Beaucoup aiment Dieu parce qu’il leur donne le blé et le vin, et non pour ses excellences intrinsèques. Nous devons aimer Dieu davantage pour ce qu’il est que pour ce qu’il accorde. Le véritable amour n’est pas mercenaire. Il n’est pas besoin de payer une mère pour qu’elle aime son enfant : une âme profondément éprise de Dieu n’a pas besoin d’être payée par des récompenses. Elle ne peut que l’aimer pour l’éclat de beauté qui étincelle en lui.

(iii) Ce doit être un amour fervent. Le mot hébreu pour l’amour signifie l’ardeur de l’affection. Les saints doivent être des séraphins, brûlant d’un saint amour. Aimer quelqu’un froidement, c’est ne pas l’aimer du tout. Le soleil brille aussi ardemment qu’il le peut. Notre amour pour Dieu doit être intense et véhément, comme les charbons ardents du genêt, qui sont les plus vifs et les plus brûlants (Psaume 120:4). Notre amour pour les choses passagères doit être tiède ; nous devons aimer comme n’aimant pas (1 Corinthiens 7:30). Mais notre amour pour Dieu doit jaillir en flamme. L’épouse était malade d’amour pour Christ (Cantique des cantiques 2:5). Jamais nous ne pouvons aimer Dieu autant qu’il le mérite. De même que Dieu nous punit moins que nous ne le méritons (Esdras 9:13), de même nous l’aimons moins qu’il ne le mérite.

(iv) L’amour pour Dieu doit être agissant. Il est comme le feu, le plus actif des éléments ; on l’appelle le travail de la charité (1 Thessaloniciens 1:3). L’amour n’est pas une grâce oisive ; il met la tête à l’étude pour Dieu, et les pieds à la course dans la voie de ses commandements. « L’amour de Christ nous presse » (2 Corinthiens 5:14). Les prétentions d’amour ne suffisent pas. Le véritable amour ne se voit pas seulement au bout de la langue, mais au bout des doigts ; c’est le travail de la charité. Les êtres vivants dont parle Ézéchiel 1:8 avaient des ailes — emblème du bon chrétien. Il n’a pas seulement les ailes de la foi pour voler, mais aussi des mains sous ses ailes : il agit par l’amour, il dépense et se dépense pour Christ.

(v) L’amour est libéral. Il a des gages d’amour à donner (1 Corinthiens 13:4). La charité est pleine de bonté. L’amour n’a pas seulement une langue douce, mais un cœur bienveillant. Le cœur de David brûlait d’amour pour Dieu, et il ne voulait pas offrir à Dieu ce qui ne lui coûtait rien (2 Samuel 24:24). L’amour n’est pas seulement plein de bienveillance, mais de bienfaisance. L’amour, qui élargit le cœur, ne resserre jamais la main. Celui qui aime Christ sera libéral envers ses membres. Il sera des yeux pour l’aveugle et des pieds pour le boiteux. Le dos et le ventre des pauvres seront les sillons où il sèmera les semences dorées de sa libéralité. Certains disent qu’ils aiment Dieu, mais leur amour est manchot d’une main : ils ne donnent rien aux bonnes œuvres. Certes, la foi a affaire aux choses invisibles, mais Dieu hait l’amour qui reste invisible. L’amour est comme le vin nouveau, qui veut s’épancher ; il s’épanche en bonnes œuvres. L’apôtre dit à l’honneur des Macédoniens qu’ils donnèrent aux pauvres saints, non seulement selon leurs moyens, mais au-delà de leurs moyens (2 Corinthiens 8:3). L’amour est né à la cour : c’est une grâce noble et magnifique.

(vi) L’amour pour Dieu est particulier. Celui qui aime Dieu lui donne un amour tel qu’il n’en accorde à nul autre. De même que Dieu donne à ses enfants un amour qu’il n’accorde pas aux méchants — un amour qui élit et qui adopte —, de même un cœur régénéré donne à Dieu un amour si spécial et si distinctif qu’aucun autre ne peut y avoir part. « Je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure » (2 Corinthiens 11:2). Une femme fiancée à un seul époux lui donne un amour qu’elle n’a pour nul autre ; elle ne cède son amour conjugal à personne d’autre qu’à son mari. Ainsi le saint, fiancé à Christ, lui donne un amour qui lui est propre, un amour incommunicable à tout autre, c’est-à-dire un amour joint à l’adoration. Ce n’est pas seulement l’amour qui est donné à Dieu, mais l’âme. « Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée » (Cantique des cantiques 4:12). Le cœur du croyant est le jardin de Christ. La fleur qui y pousse est l’amour mêlé au culte divin, et cette fleur est réservée à l’usage de Christ seul. L’épouse garde la clef du jardin, afin que nul n’y entre que Christ.

(vii) L’amour pour Dieu est permanent. Il est comme le feu que les vestales entretenaient à Rome : il ne s’éteint pas. Le véritable amour déborde, mais ne cesse pas. L’amour pour Dieu, comme il est sincère sans hypocrisie, est aussi constant sans apostasie. L’amour est comme le pouls du corps, qui bat toujours ; ce n’est pas une eau qui reflue, mais une marée de vive-eau. De même que les méchants sont constants dans l’amour de leurs péchés — ni la honte, ni la maladie, ni la crainte de l’enfer ne leur feront abandonner leurs péchés —, de même rien ne peut arrêter l’amour du chrétien pour Dieu. Rien ne peut vaincre l’amour, ni difficultés ni oppositions. « L’amour est fort comme le sépulcre » (Cantique des cantiques 8:6). Le sépulcre engloutit les corps les plus robustes : ainsi l’amour engloutit les plus grandes difficultés. « Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour » (Cantique des cantiques 8:7) — ni les eaux douces du plaisir, ni les eaux amères de la persécution. L’amour pour Dieu demeure ferme jusqu’à la mort. « Étant enracinés et fondés dans l’amour » (Éphésiens 3:17). Les choses légères, comme la paille et les plumes, sont vite emportées par le vent, mais un arbre enraciné résiste à la tempête ; celui qui est enraciné dans l’amour persévère. Le véritable amour ne finit qu’avec la vie.

5. Le degré de l’amour. Nous devons aimer Dieu par-dessus tout autre objet. « Sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi » (Psaume 73:25). Dieu est la quintessence de tous les biens ; il est bon au plus haut degré. L’âme, voyant en Dieu une suréminence et admirant en lui cette constellation de toutes les excellences, est portée vers lui par un amour au plus haut degré. La mesure de notre amour pour Dieu, dit Bernard, doit être de l’aimer sans mesure. Dieu, qui est le principal de notre bonheur, doit avoir le principal de nos affections. La créature peut avoir le lait de notre amour, mais Dieu doit en avoir la crème. L’amour pour Dieu doit surnager au-dessus de toutes les autres choses, comme l’huile surnage au-dessus de l’eau.

Nous devons aimer Dieu plus que nos proches. Voyez Abraham offrant Isaac : Isaac étant le fils de sa vieillesse, nul doute qu’il l’aimait de tout son cœur et le chérissait tendrement ; mais quand Dieu lui dit : « Abraham, offre ton fils » (Genèse 22:2), bien que ce fût une chose qui pouvait sembler contraire non seulement à sa raison, mais à sa foi — car le Messie devait sortir d’Isaac, et s’il était retranché, où le monde trouverait-il un Médiateur ? —, telle était pourtant la force de la foi d’Abraham et l’ardeur de son amour pour Dieu, qu’il prendra le couteau du sacrifice pour verser le sang d’Isaac. Notre bienheureux Sauveur parle de haïr père et mère (Luc 14:26). Christ ne veut pas que nous soyons dénaturés ; mais si nos proches les plus chers se trouvent sur notre chemin et veulent nous retenir loin de Christ, il nous faut ou passer par-dessus eux, ou ne pas les connaître (Deutéronome 33:9). Quelques gouttes d’amour peuvent bien couler de côté vers notre parenté et nos alliés, mais le plein torrent doit se porter vers Christ. Nos proches peuvent reposer sur notre sein, mais Christ doit reposer dans notre cœur.

Nous devons aimer Dieu plus que nos biens. « Vous avez accepté avec joie l’enlèvement de vos biens » (Hébreux 10:34). Ils étaient heureux d’avoir quelque chose à perdre pour Christ. Si le monde est mis dans un plateau de la balance et Christ dans l’autre, c’est lui qui doit peser le plus lourd. En est-il ainsi ? Dieu occupe-t-il la première place dans nos affections ? Plutarque dit : « Quand un dictateur était créé à Rome, toute autre autorité était pour un temps suspendue » : de même, quand l’amour de Dieu règne dans le cœur, tout autre amour est suspendu et n’est rien en comparaison de celui-là.

Application. Sévère reproche à ceux qui n’aiment pas Dieu. Ceci peut servir de sévère reproche à ceux qui n’ont pas un gramme d’amour pour Dieu dans leur cœur — et y a-t-il encore de tels misérables en vie ? Celui qui n’aime pas Dieu est une bête à tête d’homme. Ô malheureux ! Vous vivez chaque jour de Dieu, et vous ne l’aimez pas ? Si quelqu’un avait un ami qui le pourvût continuellement d’argent et lui fournît toute sa subsistance, ne serait-il pas pire qu’un barbare s’il ne respectait ni n’honorait cet ami ? Tel est l’ami qu’est Dieu : il vous donne votre souffle, il vous accorde votre subsistance, et vous ne l’aimeriez pas ? Vous aimeriez votre prince s’il vous sauvait la vie, et vous n’aimeriez pas Dieu qui vous donne la vie ? Quel aimant est aussi puissant pour attirer l’amour que la bienheureuse Divinité ? Il est aveugle, celui que la beauté ne séduit pas ; il est stupide, celui qui ne se laisse pas attirer par les liens de l’amour. Quand le corps est froid et n’a plus de chaleur, c’est un signe de mort : il est mort, l’homme qui n’a dans son âme aucune chaleur d’amour pour Dieu. Comment peut-il attendre l’amour de Dieu, celui qui ne lui témoigne aucun amour ? Dieu mettra-t-il jamais dans son sein une telle vipère, qui crache contre lui le venin de la malice et de l’inimitié ?

Ce reproche tombe lourdement sur les impies de notre temps, qui, loin d’aimer Dieu, font tout ce qu’ils peuvent pour montrer leur haine envers lui. « Comme Sodome, ils publient leur crime » (Ésaïe 3:9). « Ils élèvent leur bouche jusqu’aux cieux » (Psaume 73:9) par l’orgueil et le blasphème, et défient ouvertement Dieu. Ce sont des monstres dans la nature, des démons sous forme humaine. Qu’ils lisent leur sentence : « Si quelqu’un n’aime pas le Seigneur, qu’il soit anathème! Maranatha » (1 Corinthiens 16:22), c’est-à-dire qu’il soit maudit de Dieu jusqu’à la venue de Christ pour le jugement. Qu’il soit héritier de la malédiction tant qu’il vit, et qu’au jour terrible du Seigneur il entende prononcer contre lui cette sentence qui déchire le cœur : « Retirez-vous de moi, maudits. »

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