Toutes choses concourent au bien
Pourquoi toutes choses concourent au bien

Chapitre 5 · 25 min de lecture · 33 min d’écoute

Pourquoi toutes choses concourent au bien

1. La grande raison pour laquelle toutes choses concourent au bien, c’est l’intérêt intime et précieux que Dieu porte à son peuple. Le Seigneur a fait alliance avec lui. « Ils seront mon peuple, Et je serai leur Dieu » (Jérémie 32:38). En vertu de ce pacte, toutes choses concourent, et doivent concourir, à leur bien. « Je suis Dieu, ton Dieu » (Psaume 50:7). Ce mot, « ton Dieu », est le plus doux de toute la Bible ; il implique les meilleures relations, et il est impossible que ces relations existent entre Dieu et son peuple sans que toutes choses concourent à leur bien. Cette expression, « Je suis ton Dieu », implique :

(1). La relation d’un médecin : « Je suis ton médecin. » Dieu est un médecin habile. Il sait ce qui vaut le mieux. Dieu observe les divers tempéraments des hommes et sait ce qui agira le plus efficacement sur chacun. Certains sont d’un naturel plus doux et se laissent attirer par la miséricorde. D’autres sont des pièces plus rudes et plus noueuses ; ceux-là, Dieu les traite d’une manière plus énergique. On conserve certaines choses dans le sucre, d’autres dans la saumure. Dieu ne traite pas tout le monde de la même façon ; il a des épreuves pour les forts et des cordiaux pour les faibles. Dieu est un médecin fidèle, c’est pourquoi il fera tout tourner au mieux. Si Dieu ne vous donne pas ce que vous aimez, il vous donnera ce dont vous avez besoin. Un médecin ne s’applique pas tant à flatter le goût du malade qu’à guérir sa maladie. Nous nous plaignons que de très rudes épreuves pèsent sur nous ; souvenons-nous que Dieu est notre médecin : il travaille donc à nous guérir plutôt qu’à nous complaire. Les voies de Dieu envers ses enfants, si rudes qu’elles soient, sont pourtant sûres et tendent à la guérison, « pour te faire ensuite du bien » (Deutéronome 8:16).

(2). Ce mot, « ton Dieu », implique la relation d’un père. Un père aime son enfant ; c’est pourquoi, que ce soit un sourire ou un coup, c’est pour le bien de l’enfant. Je suis ton Dieu, ton Père, donc tout ce que je fais est pour ton bien. « l’Éternel, ton Dieu, te châtie comme un homme châtie son enfant » (Deutéronome 8:5). Le châtiment de Dieu ne vise pas à détruire, mais à corriger. Dieu ne peut faire de mal à ses enfants, car il est un Père au cœur tendre : « Comme un père a compassion de ses enfants, L’Éternel a compassion de ceux qui le craignent » (Psaume 103:13). Un père cherchera-t-il la ruine de son enfant, de l’enfant qui est issu de lui, qui porte son image ? Tous ses soins et toutes ses pensées sont pour son enfant : sur qui fait-il reposer l’héritage, sinon sur son enfant ? Dieu est le tendre « Père des miséricordes » (2 Corinthiens 1:3). C’est lui qui engendre toutes les miséricordes et toutes les bontés qui se trouvent dans les créatures.

Dieu est un Père éternel (Ésaïe 9:5). Il était notre Père de toute éternité ; avant même que nous soyons ses enfants, Dieu était notre Père, et il sera notre Père pour l’éternité. Un père pourvoit aux besoins de son enfant tant qu’il vit ; mais le père meurt, et alors l’enfant peut se trouver exposé à l’injustice. Mais Dieu ne cesse jamais d’être Père. Vous qui êtes croyant, vous avez un Père qui ne meurt jamais ; et si Dieu est votre Père, vous ne pouvez jamais être perdu. Toutes choses doivent nécessairement concourir à votre bien.

(3). Ce mot, « ton Dieu », implique la relation d’un époux. C’est une relation intime et douce. Le mari cherche le bien de son épouse ; il serait dénaturé, celui qui entreprendrait de détruire sa femme. « jamais personne n’a haï sa propre chair » (Éphésiens 5:29). Il existe une relation conjugale entre Dieu et son peuple. « ton créateur est ton époux » (Ésaïe 54:5). Dieu aime son peuple de tout son être. Il le grave sur les paumes de ses mains (Ésaïe 49:16). Il le pose comme un sceau sur son cœur (Cantique des cantiques 8:6). Il donnera des royaumes pour sa rançon (Ésaïe 43:3). Cela montre combien son peuple tient de près à son cœur. S’il est un époux dont le cœur est plein d’amour, alors il cherchera le bien de son épouse. Ou bien il détournera d’elle le coup, ou bien il le fera tourner au mieux.

(4). Ce mot, « ton Dieu », implique la relation d’un ami. « tel est mon ami » (Cantique des cantiques 5:16). Un ami est, comme le dit Augustin, la moitié de soi-même. Il s’applique avec ardeur à chercher comment faire du bien à son ami ; il travaille à son bonheur comme au sien propre. Jonathan brava le déplaisir du roi pour son ami David (1 Samuel 19:4). Dieu est notre ami, c’est pourquoi il fera tourner toutes choses à notre bien. Il y a de faux amis ; Christ fut trahi par un ami : mais Dieu est le meilleur des amis.

Il est un ami fidèle. « Sache donc que c’est l’Éternel, ton Dieu, qui est Dieu. Ce Dieu fidèle garde son alliance » (Deutéronome 7:9). Il est fidèle dans son amour. Il nous a donné son cœur même, quand il nous a donné le Fils de son sein. C’était là un modèle d’amour sans égal. Il est fidèle dans ses promesses. « Dieu, qui ne ment point, a promis » (Tite 1:2). Il peut changer sa promesse, mais il ne peut la rompre. Il est fidèle dans ses voies envers nous ; quand il nous afflige, il est fidèle. « C’est par fidélité que tu m’as humilié » (Psaume 119:75). Il nous passe au crible et nous affine comme l’argent (Psaume 66:10).

Dieu est un ami immuable. « Je ne te délaisserai point, et je ne t’abandonnerai point » (Hébreux 13:5). Les amis font souvent défaut au moment critique. Beaucoup traitent leurs amis comme les femmes traitent les fleurs : tant qu’elles sont fraîches, elles les mettent à leur corsage, mais dès qu’elles commencent à se faner, elles les jettent. Ou comme le voyageur fait du cadran solaire : si le soleil brille sur le cadran, le voyageur quittera la route pour aller le regarder ; mais si le soleil ne brille pas dessus, il passera son chemin sans jamais y prêter la moindre attention. De même, si la prospérité brille sur les hommes, leurs amis les regarderont ; mais si un nuage d’adversité les couvre, ils ne s’approcheront pas d’eux. Mais Dieu est un ami pour toujours ; il a dit : « Je ne te délaisserai point. » Bien que David marchât dans l’ombre de la mort, il savait qu’il avait un ami à ses côtés. « Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Psaume 23:4). Dieu ne retire jamais entièrement son amour de son peuple. « Il les aima jusqu’à la fin » (Jean 13:1). Dieu, étant un tel ami, fera concourir toutes choses à notre bien. Il n’est point d’ami qui ne cherche le bien de son ami.

(5). Ce mot, « ton Dieu », implique une relation plus intime encore, celle qui unit la tête et les membres. Il existe une union mystique entre Christ et les saints. Il est appelé « le chef de l’Église » (Éphésiens 5:23), c’est-à-dire sa tête. La tête ne veille-t-elle pas au bien du corps ? La tête guide le corps, elle souffre avec lui, elle est la source des esprits vitaux, elle répand dans le corps son influence et son réconfort. Toutes les parties de la tête sont placées pour le bien du corps. L’œil est posté comme dans une tour de guet ; il monte la garde pour épier tout danger qui pourrait menacer le corps, et le prévenir. La langue est à la fois un dégustateur et un orateur. Si le corps est un microcosme, ou petit monde, la tête est le soleil de ce monde, d’où procède la lumière de la raison. La tête est placée pour le bien du corps. Christ et les saints forment un seul corps mystique. Notre Chef est dans le ciel, et assurément il ne permettra pas que son corps soit blessé, mais il veillera à sa sûreté et fera concourir toutes choses au bien de son corps mystique.

2. Conséquences de cette proposition : toutes choses concourent au bien des saints.

(1). Si toutes choses concourent au bien, apprenez de là qu’il existe une providence. Les choses n’agissent pas d’elles-mêmes, mais c’est Dieu qui les fait agir pour le bien. Dieu est le grand ordonnateur de tous les événements et de toutes les issues ; c’est lui qui met toute chose en mouvement. « son règne domine sur toutes choses » (Psaume 103:19). Il s’agit de son règne providentiel. Les choses de ce monde ne sont pas gouvernées par les causes secondes, par les conseils des hommes, par les étoiles et les planètes, mais par la providence divine. La providence est la reine et la gouvernante du monde. Il y a trois choses dans la providence : la prescience de Dieu, sa détermination, et la direction qu’il imprime à toutes choses vers leur terme et leur issue. Quelles que soient les choses qui agissent dans le monde, c’est Dieu qui les met en mouvement. Nous lisons, au premier chapitre d’Ézéchiel, qu’il y avait des roues, des yeux dans les roues, et que les roues se mouvaient. Les roues sont l’univers entier, les yeux dans les roues sont la providence de Dieu, le mouvement des roues est la main de la Providence, qui fait tourner toutes choses ici-bas. Ce que certains appellent hasard n’est rien d’autre que l’effet de la providence.

Apprenez à adorer la providence. La providence exerce son influence sur toutes choses ici-bas. C’est elle qui mêle les ingrédients et compose tout le remède.

(2). Considérez l’heureuse condition de tout enfant de Dieu. Toutes choses concourent à son bien, les meilleures comme les pires. « La lumière se lève dans les ténèbres pour les hommes droits » (Psaume 112:4). Les providences de Dieu les plus sombres et les plus chargées de nuages ont en elles quelque rayon de soleil. Dans quelle bienheureuse condition se trouve le vrai croyant ! Quand il meurt, il va à Dieu ; et tant qu’il vit, tout lui fera du bien. L’affliction est pour son bien. Quel mal le feu fait-il à l’or ? Il ne fait que le purifier. Quel mal le van fait-il au blé ? Il ne fait qu’en séparer la balle. Quel mal les sangsues font-elles au corps ? Elles ne font qu’en tirer le mauvais sang. Dieu ne se sert jamais de son bâton que pour en faire sortir la poussière. L’affliction fait ce que la Parole, bien souvent, ne fait pas : elle « ouvre l’oreille à l’instruction » (Job 36:10). Quand Dieu couche les hommes sur le dos, alors ils lèvent les yeux vers le ciel. Quand Dieu frappe son peuple, c’est comme le musicien qui frappe les cordes du violon et lui fait rendre un son mélodieux. Que de bien vient aux saints par l’affliction ! Quand ils sont pilés et broyés, ils exhalent leur plus doux parfum. L’affliction est une racine amère, mais elle porte un fruit doux. Elle produit « un fruit paisible de justice » (Hébreux 12:11). L’affliction est la grand-route du ciel ; si pierreuse et épineuse qu’elle soit, c’est pourtant le meilleur chemin. La pauvreté affamera nos péchés ; la maladie rendra la grâce plus vigoureuse (2 Corinthiens 4:16). L’opprobre fera que « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur nous » (1 Pierre 4:14). La mort bouchera l’outre des larmes et ouvrira la porte du paradis. Le jour où meurt le croyant est le jour de son ascension dans la gloire. De là vient que les saints ont porté leurs afflictions à l’inventaire de leurs richesses (Hébreux 11:26). Thémistocle, banni de son propre pays, gagna ensuite la faveur du roi d’Égypte, sur quoi il dit : « J’étais perdu, si je n’avais été perdu. » Ainsi un enfant de Dieu peut-il dire : « Si je n’avais pas été affligé, j’aurais été détruit ; si ma santé et mes biens n’avaient pas été perdus, mon âme aurait été perdue. »

(3). Voyez donc quel encouragement il y a ici à devenir pieux. Toutes choses concourront au bien. Oh ! puisse cela porter le monde à s’éprendre de la religion ! Peut-il y avoir un aimant plus puissant pour attirer à la piété ? Quelque chose peut-il nous persuader davantage d’être bons que ceci : toutes choses concourront à notre bien ? La religion est la vraie pierre philosophale qui change tout en or. Prenez la part la plus amère de la religion, celle de la souffrance, et il s’y trouve encore de la consolation. Dieu adoucit la souffrance par la joie ; il confit notre absinthe dans le sucre. Oh ! combien cela devrait-il nous gagner à la piété ! « Attache-toi donc à Dieu, et tu auras la paix ; Tu jouiras ainsi du bonheur » (Job 22:21). Nul n’est jamais sorti perdant de s’être attaché à Dieu. Par là, le bonheur vous viendra, une abondance de biens, les douces distillations de la grâce, la manne cachée ; oui, toutes choses concourront à votre bien. Oh ! attachez-vous donc à Dieu, épousez sa cause.

(4). Remarquez la misérable condition des méchants. Pour ceux qui sont pieux, les choses mauvaises concourent au bien ; pour ceux qui sont mauvais, les bonnes choses concourent au mal.

(i.) Les biens temporels tournent au mal pour les méchants. Les richesses et la prospérité ne sont pas des bienfaits, mais des pièges, comme le dit Sénèque. Les choses de ce monde sont données aux méchants comme Mical fut donnée à David : pour être un piège (1 Samuel 18:21). On dit que le vautour contracte une maladie à l’odeur d’un parfum : ainsi les méchants tirent-ils leur mal du doux parfum de la prospérité. Les faveurs qu’ils reçoivent sont comme du pain empoisonné qu’on jette aux chiens ; leurs tables sont somptueusement dressées, mais sous l’appât se cache un hameçon : « Que leur table soit pour eux un piège » (Psaume 69:23). Toutes leurs jouissances sont comme les cailles d’Israël, qui étaient assaisonnées de la colère de Dieu (Nombres 11:33). L’orgueil et la sensualité sont les jumeaux de la prospérité. « Tu es devenu gras » (Deutéronome 32:15). Alors il abandonna Dieu. Les richesses ne sont pas seulement inutiles, comme la toile de l’araignée, mais pernicieuses, comme l’œuf du basilic. « des richesses conservées, pour son malheur, par celui qui les possède » (Ecclésiaste 5:12). Les faveurs communes dont jouissent les méchants ne sont pas des aimants pour les attirer plus près de Dieu, mais des meules pour les faire couler plus profond en enfer (1 Timothée 6:9). Leurs mets délicieux sont comme le banquet d’Haman ; après tous leurs festins de grands seigneurs, la mort apportera la note, et ils devront la payer en enfer.

(ii.) Les biens spirituels tournent au mal pour les méchants. De la fleur des bénédictions célestes, ils sucent du poison.

Les ministres de Dieu tournent à leur mal. Le même vent qui pousse un navire au port jette un autre navire sur un rocher. Le même souffle qui, dans le ministère, pousse l’homme pieux vers le ciel, pousse le pécheur profane vers l’enfer. Ceux qui viennent la parole de vie à la bouche sont pourtant pour beaucoup une odeur de mort. « Rends insensible le cœur de ce peuple, Endurcis ses oreilles » (Ésaïe 6:10). Le prophète fut envoyé porter un triste message : prêcher leur oraison funèbre. Les méchants deviennent pires par la prédication. « Ils haïssent celui qui les reprend à la porte » (Amos 5:10). Les pécheurs s’affermissent davantage dans le péché ; que Dieu dise ce qu’il voudra, ils feront ce qui leur plaît. « Nous ne t’obéirons en rien de ce que tu nous as dit au nom de l’Éternel » (Jérémie 44:16). La parole prêchée ne les guérit pas, elle les endurcit. Et quelle chose terrible pour des hommes que d’être précipités en enfer avec des sermons !

La prière tourne à leur mal. « Le sacrifice des méchants est en horreur à l’Éternel » (Proverbes 15:8). Le méchant est dans une grande impasse : s’il ne prie pas, il pèche ; s’il prie, il pèche. « que sa prière passe pour un péché » (Psaume 109:7). Ce serait un triste jugement si toute la nourriture qu’un homme mange se changeait en humeurs mauvaises et engendrait des maladies dans son corps : il en est ainsi du méchant. La prière qui devrait lui faire du bien tourne à son mal ; il prie contre le péché, et il pèche contre sa prière ; ses devoirs sont entachés d’athéisme, piqués des vers de l’hypocrisie. Dieu les a en horreur.

La cène du Seigneur tourne à leur mal. « vous ne pouvez participer à la table du Seigneur, et à la table des démons. Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? » (1 Corinthiens 10:21-22). Certains qui faisaient profession de piété gardaient leurs festins d’idoles, et voulaient pourtant venir à la table du Seigneur. L’apôtre dit : « Provoquez-vous le Seigneur à la colère ? » Les profanes festoient avec leurs péchés, et veulent pourtant venir festoyer à la table du Seigneur. C’est là provoquer Dieu. Pour le pécheur, il y a la mort dans la coupe ; il « mange et boit un jugement contre lui-même » (1 Corinthiens 11:29). Ainsi la cène du Seigneur tourne au mal des pécheurs impénitents. Après le morceau, le diable entre.

Christ lui-même tourne au mal des pécheurs endurcis. Il est « une pierre d’achoppement Et un rocher de scandale » (1 Pierre 2:7). Il l’est à cause de la dépravation du cœur des hommes ; car au lieu de croire en lui, ils se scandalisent de lui. Le soleil, quoique pur et agréable par nature, est pourtant nuisible aux yeux malades. Jésus-Christ est destiné à amener la chute, comme le relèvement, de plusieurs (Luc 2:34). Les pécheurs trébuchent sur un Sauveur et cueillent la mort sur l’arbre de vie. Comme les huiles chimiques guérissent certains malades mais en tuent d’autres, ainsi le sang de Christ, s’il est un remède pour les uns, est pour les autres une condamnation. Voilà la misère sans pareille de ceux qui vivent et meurent dans le péché. Les meilleures choses tournent à leur mal ; les cordiaux eux-mêmes les tuent.

(5). Voyez ici la sagesse de Dieu, qui sait faire tourner les pires choses imaginables au bien des saints. Par une chimie divine, il sait extraire l’or des scories. « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! » (Romains 11:33). C’est le grand dessein de Dieu de faire éclater la merveille de sa sagesse. Le Seigneur fit de la prison de Joseph un marchepied vers l’élévation. Il n’y avait pour Jonas d’autre moyen d’être sauvé que d’être englouti. Dieu permit que les Égyptiens haïssent Israël (Psaume 106:41), et ce fut le moyen de sa délivrance. Saint Paul fut lié d’une chaîne, et cette chaîne même qui le liait servit à l’avancement de l’Évangile (Philippiens 1:12). Dieu enrichit en appauvrissant ; il fait croître la grâce en diminuant les biens. Quand la créature s’éloigne de nous, c’est pour que Christ s’approche de nous. Dieu agit d’étrange manière. Il fait sortir l’ordre de la confusion, l’harmonie de la discorde. Il se sert souvent d’hommes injustes pour accomplir ce qui est juste. « A lui la sagesse » (Job 9:4). Il sait moissonner sa gloire dans la fureur des hommes (Psaume 76:11). Ou bien les méchants ne feront pas le mal qu’ils projettent, ou bien ils feront le bien qu’ils ne projettent pas. Dieu secourt souvent quand il y a le moins d’espoir, et sauve son peuple par le moyen même qui, pense-t-il, le perdra. Il se servit de la malice du souverain sacrificateur et de la trahison de Judas pour racheter le monde. Emportés par une passion inconsidérée, nous sommes prompts à trouver à redire aux événements : c’est comme si un illettré voulait censurer la philosophie, ou un aveugle critiquer le travail d’un paysage peint. « L’homme vain voudrait être sage » (Job 11:12). De pauvres créatures insensées se mêlent d’accuser la Providence et de citer la sagesse de Dieu au tribunal de la raison. Les voies de Dieu sont « incompréhensibles » (Romains 11:33). Il faut les admirer plutôt que les sonder. Il n’est pas une providence de Dieu qui ne renferme une miséricorde ou une merveille. Combien elle est prodigieuse et infinie, cette sagesse qui fait concourir les dispensations les plus contraires au bien de ses enfants !

(6). Apprenez donc combien nous avons peu de raison d’être mécontents des épreuves et des revers extérieurs ! Quoi ! Mécontents de ce qui doit nous faire du bien ! Toutes choses concourront au bien. Il n’y a pas de péchés auxquels le peuple de Dieu soit plus sujet qu’à l’incrédulité et à l’impatience. Ils sont prêts soit à défaillir par incrédulité, soit à s’irriter par impatience. Quand les hommes s’emportent contre Dieu par mécontentement et par impatience, c’est signe qu’ils ne croient pas ce texte. Le mécontentement est un péché d’ingratitude, car nous avons plus de grâces que d’afflictions ; et c’est un péché déraisonnable, car les afflictions concourent au bien. Le mécontentement est un péché qui nous pousse au péché. « Ne t’irrite pas, ce serait mal faire » (Psaume 37:8). Celui qui s’irrite sera prêt à faire le mal : Jonas irrité était Jonas pécheur (Jonas 4:9). Le diable souffle sur les charbons de la colère et du mécontentement, puis il se chauffe au feu. Oh ! ne nourrissons pas cette vipère furieuse dans notre sein. Que ce texte produise la patience : « toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8:28). Serons-nous mécontents de ce qui concourt à notre bien ? Si un ami lançait une bourse d’argent à un autre, et qu’en la lui lançant il lui écorche la tête, celui-ci ne s’en troublerait guère, puisque par ce moyen il aurait gagné une bourse d’argent. De même le Seigneur peut nous meurtrir par des afflictions, mais c’est pour nous enrichir. Ces afflictions produisent pour nous un poids de gloire, et nous serions mécontents ?

(7). Voyez ici s’accomplir cette parole de l’Écriture : « Dieu est bon pour Israël » (Psaume 73:1). Quand nous regardons les providences contraires, et que nous voyons le Seigneur couvrir son peuple de cendre et « les enivrer d’absinthe » (Lamentations 3:15), nous pouvons être tentés de mettre en doute l’amour de Dieu et de dire qu’il traite durement son peuple. Mais, oh non, Dieu est pourtant bon pour Israël, car il fait concourir toutes choses au bien. N’est-il pas un Dieu bon, celui qui fait tout tourner au bien ? Il extirpe le péché et fait pénétrer la grâce ; n’est-ce pas là un bien ? « nous sommes châtiés par le Seigneur, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde » (1 Corinthiens 11:32). La profondeur de l’affliction est là pour nous sauver de la profondeur de la damnation. Justifions toujours Dieu ; si mauvaise que soit notre condition extérieure, disons : « Dieu est pourtant bon. »

(8). Voyez quelle raison ont les saints d’être assidus à l’action de grâces. En cela les chrétiens sont en défaut : s’ils abondent en supplications, ils sont pauvres en actions de grâces. L’apôtre dit : « Rendez grâces en toutes choses » (1 Thessaloniciens 5:18). Pourquoi ? Parce que Dieu fait concourir toutes choses à notre bien. Nous remercions le médecin, bien qu’il nous donne un remède amer qui nous rend malades, parce que c’est pour nous rendre la santé ; nous remercions quiconque nous rend un bon service ; et ne serions-nous pas reconnaissants envers Dieu, qui fait concourir toutes choses à notre bien ? Dieu aime le chrétien reconnaissant. Job rendit grâces à Dieu quand il lui ôta tout : « l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni » (Job 1:21). Beaucoup remercieront Dieu quand il donne ; Job le remercie quand il ôte, parce qu’il savait que Dieu en ferait sortir du bien. Nous lisons que des saints tenaient des harpes à la main (Apocalypse 14:2), emblème de la louange. Nous rencontrons beaucoup de chrétiens qui ont des larmes dans les yeux et des plaintes à la bouche ; mais il en est peu qui aient la harpe à la main et louent Dieu dans l’affliction. Être reconnaissant dans l’affliction est une œuvre propre au saint. Tout oiseau sait chanter au printemps, mais certains oiseaux chantent au cœur de l’hiver. Presque tout le monde sait être reconnaissant dans la prospérité, mais le vrai saint sait être reconnaissant dans l’adversité. Un bon chrétien bénira Dieu, non seulement au lever du soleil, mais aussi à son coucher. Nous pouvons bien, dans le pire de ce qui nous arrive, avoir un psaume de reconnaissance, puisque toutes choses concourent au bien. Oh ! soyez abondants à bénir Dieu : nous remercions bien celui qui nous fait du bien.

(9). Pensez-y : si les pires choses concourent au bien du croyant, que feront les meilleures — Christ et le ciel ! Combien plus celles-ci concourront-elles au bien ! Si la croix renferme tant de bien, que renfermera la couronne ? Si de si précieuses grappes poussent à Golgotha, combien délicieux est le fruit qui pousse en Canaan ? S’il y a quelque douceur dans les eaux de Mara, qu’y a-t-il dans le vin du paradis ? Si la verge de Dieu a du miel à son extrémité, qu’aura son sceptre d’or ? Si le pain de l’affliction a si bon goût, qu’est-ce donc que la manne ? Qu’est-ce que l’ambroisie céleste ? Si les coups et les châtiments de Dieu concourent au bien, que feront les sourires de sa face ? Si les tentations et les souffrances renferment un sujet de joie, que renfermera la gloire ? S’il sort tant de bien du mal, quel est donc ce bien où il n’y aura plus aucun mal ? Si les miséricordes de Dieu qui châtient sont si grandes, que seront ses miséricordes qui couronnent ? Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles.

(10). Considérez que, si Dieu fait tourner toutes choses à notre bien, combien il est juste que nous fassions tout tendre à sa gloire ! « faites tout pour la gloire de Dieu » (1 Corinthiens 10:31). Les anges glorifient Dieu, ils chantent des hymnes divins de louange. Combien plus l’homme doit-il le glorifier, lui pour qui Dieu a fait plus que pour les anges ! Il nous a élevés au-dessus d’eux en unissant notre nature à la divinité. Christ est mort pour nous, et non pour les anges. Le Seigneur nous a donné non seulement du fonds commun de sa bonté, mais il nous a enrichis des bénédictions de l’alliance ; il nous a accordé son Esprit. Il s’applique à notre bien, il fait concourir toutes choses à notre bien ; la grâce gratuite a dressé un plan pour notre salut. Si Dieu cherche notre bien, ne chercherons-nous pas sa gloire ?

Question. Comment peut-on dire proprement que nous glorifions Dieu, puisqu’il est infini dans ses perfections et ne peut recevoir de nous aucun accroissement ?

Réponse. Il est vrai qu’au sens strict nous ne pouvons apporter de gloire à Dieu, mais au sens évangélique nous le pouvons. Quand nous faisons ce qui est en notre pouvoir pour élever le nom de Dieu dans le monde, et pour amener les autres à avoir de Dieu des pensées hautes et pleines de révérence, le Seigneur considère cela comme une manière de le glorifier ; de même qu’on dit d’un homme qu’il déshonore Dieu lorsqu’il fait qu’on parle mal du nom de Dieu.

Nous avançons la gloire de Dieu de trois manières : (i.) Quand nous visons sa gloire ; quand nous faisons de lui le premier dans nos pensées et la fin dernière de nos desseins. Comme tous les fleuves courent à la mer, et comme toutes les lignes se rejoignent au centre, ainsi toutes nos actions aboutissent et se concentrent en Dieu. (ii.) Nous avançons la gloire de Dieu en étant féconds en grâce. « Si vous portez beaucoup de fruit, c’est ainsi que mon Père sera glorifié » (Jean 15:8). La stérilité jette le déshonneur sur Dieu. Nous glorifions Dieu quand nous croissons en beauté comme le lis, en hauteur comme le cèdre, en fécondité comme la vigne. (iii.) Nous glorifions Dieu quand nous lui rendons la louange et la gloire de tout ce que nous faisons. Ce fut une parole excellente et humble que celle d’un roi de Suède : il craignait que le peuple, en lui attribuant la gloire qui était due à Dieu, ne lui valût d’être retiré de ce monde avant que l’œuvre soit achevée. Quand le ver à soie tisse son ouvrage délicat, il se cache sous la soie et ne se laisse pas voir. Quand nous avons fait de notre mieux, nous devons nous effacer dans nos propres pensées et reporter sur Dieu la gloire de tout. L’apôtre Paul a dit : « j’ai travaillé plus qu’eux tous » (1 Corinthiens 15:10). On croirait que cette parole sent l’orgueil ; mais l’apôtre ôte la couronne de sa propre tête et la pose sur la tête de la grâce gratuite : « non pas moi toutefois, mais la grâce de Dieu qui est avec moi. » Constantin avait coutume d’écrire le nom de Christ au-dessus de sa porte ; ainsi devrions-nous l’écrire au-dessus de nos devoirs.

Efforçons-nous donc ainsi de rendre le nom de Dieu glorieux et renommé. Si Dieu cherche notre bien, cherchons sa gloire. S’il fait tout tendre à notre édification, faisons tout tendre à son exaltation. Voilà pour le privilège mentionné dans le texte.

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