Toutes choses concourent au bien
Les pires choses concourent au bien des hommes pieux

Chapitre 4 · 51 min de lecture · 1 h 5 min d’écoute

Les pires choses concourent au bien des hommes pieux

Ne vous méprenez pas sur ma pensée : je ne dis pas que les pires choses soient bonnes de leur propre nature, car elles sont un fruit de la malédiction ; mais, quoiqu’elles soient mauvaises par nature, la main sage et souveraine de Dieu, qui en dispose et les sanctifie, les rend moralement bonnes. Il en est comme des éléments : bien qu’ils soient de qualités contraires, Dieu les a si bien tempérés qu’ils concourent tous harmonieusement au bien de l’univers. Ou comme dans une montre : les rouages semblent tourner en sens contraire les uns des autres, et pourtant tous entretiennent le mouvement de la montre ; de même, les choses qui semblent aller à l’encontre des hommes pieux concourent néanmoins à leur bien, par la merveilleuse providence de Dieu. Parmi ces pires choses, il y a quatre maux douloureux qui concourent au bien de ceux qui aiment Dieu.

1. Le mal de l’affliction concourt au bien des hommes pieux.

C’est une considération qui apaise le cœur, dans toutes les afflictions qui nous arrivent, que Dieu y a une part particulière : « Le Tout-Puissant m’a affligée » (Ruth 1:21). Les instruments ne peuvent pas plus bouger avant que Dieu leur en ait donné commission, que la hache ne peut couper d’elle-même sans une main. Job regardait à Dieu dans son affliction ; c’est pourquoi, comme le remarque Augustin, il ne dit pas : « L’Éternel a donné, et le diable a ôté », mais : « L’Éternel a ôté. » Quel que soit celui qui nous apporte une affliction, c’est Dieu qui l’envoie.

Une autre considération qui apaise le cœur, c’est que les afflictions concourent au bien. « Comme tu distingues ces bonnes figues, ainsi je distinguerai, pour leur être favorable, les captifs de Juda, que j’ai envoyés de ce lieu dans le pays des Chaldéens » (Jérémie 24:5). La captivité de Juda à Babylone fut pour son bien. « Il m’est bon d’être humilié » (Psaume 119:71). Ce texte, comme le bois que Moïse jeta dans les eaux amères, peut rendre douces et salutaires à boire les eaux de l’affliction. Pour les hommes pieux, les afflictions sont un remède. Des drogues les plus vénéneuses, Dieu extrait notre salut. Les afflictions sont aussi nécessaires que les moyens de grâce (1 Pierre 1:6). On ne peut faire aucun vase d’or sans le feu ; de même, il est impossible que nous devenions des vases d’honneur si nous ne sommes fondus et affinés dans la fournaise de l’affliction. « Tous les sentiers de l’Éternel sont miséricorde et fidélité » (Psaume 25:10). Comme le peintre entremêle les couleurs vives et les ombres sombres, ainsi le Dieu sage mêle la miséricorde au jugement. Ces dispensations affligeantes de la providence, qui semblent préjudiciables, sont salutaires. Prenons quelques exemples dans l’Écriture. Les frères de Joseph le jettent dans une citerne ; ensuite ils le vendent ; puis il est jeté en prison ; et pourtant tout cela concourut à son bien. Son abaissement prépara son élévation : il devint le second personnage du royaume. « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l’a changé en bien » (Genèse 50:20). Jacob lutta avec l’ange, et l’emboîture de sa hanche se démit. C’était triste ; mais Dieu le tourna en bien, car c’est là qu’il vit la face de Dieu, et là que le Seigneur le bénit. « Jacob appela ce lieu du nom de Peniel : car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face » (Genèse 32:30). Qui ne consentirait à avoir un os démis, pourvu qu’il lui soit donné de voir Dieu ?

Le roi Manassé fut lié de chaînes. C’était un triste spectacle — une couronne d’or changée en fers ; mais cela concourut à son bien, car « Lorsqu’il fut dans la détresse, il implora l’Éternel, son Dieu, et il s’humilia profondément ; et l’Éternel, se laissant fléchir, exauça ses supplications » (2 Chroniques 33:11, 12). Il fut plus redevable à sa chaîne de fer qu’à sa couronne d’or : l’une l’avait rendu orgueilleux, l’autre le rendit humble.

Job fut un spectacle de misère ; il perdit tout ce qu’il avait jamais possédé ; il n’abondait plus qu’en furoncles et en ulcères. C’était triste ; mais cela concourut à son bien : sa grâce en fut éprouvée et accrue. Dieu rendit du ciel témoignage à son intégrité, et compensa sa perte en lui donnant le double de tout ce qu’il avait possédé auparavant (Job 42:10).

Paul fut frappé de cécité. C’était pénible, mais cela tourna à son bien. Par cette cécité, Dieu ouvrit le chemin à la lumière de la grâce pour qu’elle brille dans son âme ; ce fut le commencement d’une heureuse conversion (Actes 9:6).

Comme les fortes gelées de l’hiver font éclore les fleurs du printemps, comme la nuit annonce l’étoile du matin, ainsi les maux de l’affliction produisent beaucoup de bien pour ceux qui aiment Dieu. Mais nous sommes prompts à mettre cette vérité en doute et à dire, comme Marie à l’ange : « Comment cela se fera-t-il ? » C’est pourquoi je vous montrerai plusieurs manières dont l’affliction concourt au bien.

(1) En ce qu’elle est notre prédicateur et notre précepteur — « Entendez la verge » (Michée 6:9). Luther disait qu’il n’avait jamais pu bien comprendre certains psaumes avant d’être dans l’affliction. L’affliction enseigne ce qu’est le péché. Dans la Parole prêchée, nous entendons quelle chose terrible est le péché, qu’il souille et qu’il damne ; mais nous ne le craignons pas plus qu’un lion peint ; c’est pourquoi Dieu lâche l’affliction, et alors nous sentons l’amertume du péché dans son fruit. Un lit de malade enseigne souvent plus qu’un sermon. C’est dans le miroir de l’affliction que nous voyons le mieux le visage hideux du péché. L’affliction nous apprend à nous connaître nous-mêmes. Dans la prospérité, nous sommes la plupart du temps étrangers à nous-mêmes. Dieu nous fait connaître l’affliction pour que nous nous connaissions mieux nous-mêmes. Au temps de l’affliction, nous voyons dans notre cœur une corruption que nous n’aurions jamais cru y trouver. L’eau dans le verre paraît limpide ; mais mettez-la sur le feu, et l’écume monte en bouillonnant. Dans la prospérité, un homme semble humble et reconnaissant, l’eau paraît limpide ; mais mettez cet homme un peu sur le feu de l’affliction, et l’écume monte — beaucoup d’impatience et d’incrédulité apparaissent. « Oh ! dit un chrétien, je n’aurais jamais cru avoir un cœur aussi mauvais que celui que je me vois maintenant ; je n’aurais jamais cru mes corruptions si fortes, ni mes grâces si faibles. »

(2) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles servent à rendre le cœur plus droit. Dans la prospérité, le cœur est enclin à être partagé (Osée 10:2). Le cœur s’attache en partie à Dieu, en partie au monde. Il est comme une aiguille entre deux aimants : Dieu attire, et le monde attire. Alors Dieu ôte le monde, afin que le cœur s’attache plus sincèrement à lui. La correction remet le cœur d’aplomb et le redresse. Comme on tient parfois une baguette tordue au-dessus du feu pour la redresser, ainsi Dieu nous tient au-dessus du feu de l’affliction pour nous rendre plus droits et plus intègres. Oh ! qu’il est bon, quand le péché a fait dévier l’âme loin de Dieu, que l’affliction vienne la redresser !

(3) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles nous rendent conformes à Christ. La verge de Dieu est un pinceau qui trace en nous plus vivement l’image de Christ. Il est bon qu’il y ait symétrie et proportion entre la Tête et les membres. Voudrions-nous être membres du corps mystique de Christ sans lui ressembler ? Sa vie, comme le dit Calvin, fut une suite de souffrances : « homme de douleur et habitué à la souffrance » (Ésaïe 53:3). Il a pleuré, il a saigné. Sa tête a-t-elle été couronnée d’épines, et pensons-nous être couronnés de roses ? Il est bon de ressembler à Christ, fût-ce par les souffrances. Jésus-Christ a bu une coupe amère ; la seule pensée de cette coupe lui fit suer des gouttes de sang ; et, bien qu’il soit vrai qu’il a bu le poison de la coupe (la colère de Dieu), il reste pourtant dans la coupe un peu d’absinthe que les saints doivent boire. Seulement, voici la différence entre les souffrances de Christ et les nôtres : les siennes étaient satisfactoires, les nôtres ne sont que correctives.

(4) Les afflictions concourent au bien des hommes pieux en ce qu’elles détruisent le péché. Le péché est la mère, l’affliction est la fille ; et la fille aide à détruire la mère. Le péché est comme l’arbre qui engendre le ver, et l’affliction comme le ver qui ronge l’arbre. Il y a beaucoup de corruption dans le meilleur des cœurs : l’affliction l’en fait sortir peu à peu, comme le feu fait sortir les scories de l’or. « Voici tout le fruit : ôter son péché » (Ésaïe 27:9). Qu’importe que nous ayons davantage de la lime rude, si nous avons moins de rouille ! Les afflictions n’emportent rien que les scories du péché. Si un médecin disait à un malade : « Votre corps est déréglé et plein de mauvaises humeurs qu’il faut évacuer, sinon vous mourrez ; mais je vais vous prescrire un remède qui, bien qu’il puisse vous rendre malade, emportera la lie de votre maladie et vous sauvera la vie » — cela ne serait-il pas pour le bien du malade ? Les afflictions sont le remède dont Dieu se sert pour chasser nos maladies spirituelles ; elles guérissent la tympanite de l’orgueil, la fièvre de la convoitise, l’hydropisie de l’avarice. Ne concourent-elles donc pas au bien ?

(5) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles servent à détacher notre cœur du monde. Quand on dégage la terre autour de la racine d’un arbre, c’est pour détacher l’arbre de la terre : ainsi Dieu ôte nos consolations terrestres pour détacher notre cœur de la terre. Une épine pousse avec chaque fleur. Dieu voudrait que le monde tienne en nous comme une dent branlante qui, lorsqu’on l’arrache d’un coup sec, ne fait guère souffrir. N’est-il pas bon d’être sevré ? Les saints les plus avancés en âge en ont besoin. Pourquoi le Seigneur brise-t-il le conduit, sinon pour que nous allions à lui, en qui sont « toutes nos sources vives » (Psaume 87:7) ?

(6) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles ouvrent le chemin à la consolation. « La vallée d’Acor, comme une porte d’espérance » (Osée 2:17). Acor signifie trouble. Dieu adoucit la douleur du dehors par la paix du dedans. « Votre tristesse se changera en joie » (Jean 16:20). Voici l’eau changée en vin. Après une pilule amère, Dieu donne du sucre. Paul eut ses cantiques de prison. La verge de Dieu a du miel à son extrémité. Dans l’affliction, les saints ont connu de si doux ravissements de joie qu’ils se croyaient aux frontières de la Canaan céleste.

(7) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles nous magnifient. « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu le magnifies, et que tu le visites chaque matin ? » (Job 7:17). Dieu nous magnifie par l’affliction de trois manières. (1°) En ce qu’il daigne s’abaisser jusqu’à prendre garde à nous. C’est un honneur que Dieu fasse cas de la poussière et de la cendre. C’est nous magnifier que de nous juger dignes d’être frappés. Quand Dieu ne frappe pas, c’est qu’il dédaigne : « Pourquoi seriez-vous encore frappés ? » (Ésaïe 1:5). Si vous voulez persévérer dans le péché, suivez votre chemin, péchez jusqu’à vous précipiter en enfer. (2°) Les afflictions nous magnifient aussi en ce qu’elles sont des insignes de gloire, des signes de filiation. « Supportez le châtiment : c’est comme des fils que Dieu vous traite » (Hébreux 12:7). Chaque marque de la verge est un insigne d’honneur. (3°) Les afflictions tendent à magnifier les saints en ce qu’elles les rendent renommés dans le monde. Jamais des soldats n’ont été autant admirés pour leurs victoires que les saints l’ont été pour leurs souffrances. Le zèle et la constance des martyrs dans leurs épreuves les ont rendus célèbres auprès de la postérité. Combien Job fut illustre par sa patience ! Dieu a inscrit son nom dans les annales : « Vous avez entendu parler de la patience de Job » (Jacques 5:11). Job le souffrant fut plus renommé qu’Alexandre le conquérant.

(8) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles servent à nous rendre heureux. « Heureux l’homme que Dieu châtie » (Job 5:17). Quel politique, quel moraliste a jamais placé le bonheur dans la croix ? Job le fait. « Heureux l’homme que Dieu châtie. »

On dira peut-être : Comment les afflictions nous rendent-elles heureux ? Nous répondons qu’étant sanctifiées, elles nous rapprochent de Dieu. La lune, quand elle est pleine, est au plus loin du soleil : ainsi beaucoup sont plus loin de Dieu dans la pleine lune de la prospérité ; les afflictions les rapprochent de Dieu. L’aimant de la miséricorde ne nous attire pas aussi près de Dieu que les cordes de l’affliction. Quand Absalom mit le feu au grain de Joab, celui-ci accourut alors vers Absalom (2 Samuel 14:30). Quand Dieu met le feu à nos consolations terrestres, alors nous courons à lui et faisons notre paix avec lui. Quand le fils prodigue fut pressé par le besoin, alors il retourna chez son père (Luc 15:13). Quand la colombe ne put trouver de repos pour la plante de son pied, alors elle revint à tire-d’aile vers l’arche. Quand Dieu fait venir sur nous un déluge d’afflictions, alors nous fuyons vers l’arche qui est Christ. Ainsi l’affliction nous rend heureux en nous rapprochant de Dieu. La foi sait se servir des eaux de l’affliction pour nager plus vite vers Christ.

(9) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles réduisent les méchants au silence. Combien ils sont prompts à noircir et à calomnier les hommes pieux, prétendant qu’ils ne servent Dieu que par intérêt ! C’est pourquoi Dieu veut que son peuple endure des souffrances pour la religion, afin de mettre un cadenas sur les lèvres menteuses des méchants. Quand les athées de ce monde voient que Dieu a un peuple qui le sert non pour la livrée, mais par amour, cela leur ferme la bouche. Le diable accusa Job d’hypocrisie : c’était, disait-il, un mercenaire, et toute sa religion n’avait d’autres fins que l’or et l’argent. « Est-ce d’une manière désintéressée que Job craint Dieu ? Ne l’as-tu pas protégé », etc. « Eh bien, » dit Dieu, « étends ta main, touche à tout ce qui lui appartient » (Job 1:9). Le diable n’eut pas plus tôt reçu commission qu’il se mit à abattre la haie qui entourait Job ; mais Job adore toujours Dieu (Job 1:20) et professe sa foi en lui. « Quand même il me tuerait, j’espérerais encore en lui » (Job 13:15). Voilà qui réduisit au silence le diable lui-même. Quel froid cela jette au cœur des méchants, quand ils voient que les hommes pieux restent attachés à Dieu dans la souffrance, et que, perdant tout, ils gardent pourtant fermement leur intégrité !

(10) Les afflictions concourent au bien en ce qu’elles préparent le chemin à la gloire (2 Corinthiens 4:17). Non qu’elles méritent la gloire, mais elles y préparent. Comme le labour prépare la terre pour la moisson, ainsi les afflictions nous préparent à la gloire et nous en rendent propres. Le peintre pose son or sur des couleurs sombres : ainsi Dieu pose d’abord les couleurs sombres de l’affliction, puis la couleur dorée de la gloire. On apprête d’abord le vaisseau avant d’y verser le vin : les vases de miséricorde sont d’abord apprêtés par l’affliction, puis le vin de la gloire y est versé. Nous voyons ainsi que les afflictions ne sont pas préjudiciables, mais salutaires aux saints. Nous ne devrions pas tant regarder au mal de l’affliction qu’au bien ; pas tant au côté sombre de la nuée qu’à son côté lumineux. Le pire que Dieu fasse à ses enfants, c’est de les fouetter jusqu’au ciel.

2. Le mal de la tentation est tourné par Dieu au bien des hommes pieux.

Le mal de la tentation concourt au bien. Satan est appelé le tentateur (Marc 4:15). Il est toujours en embuscade ; il est continuellement à l’œuvre auprès de tel ou tel saint. Le diable a sa tournée qu’il parcourt chaque jour : il n’est pas encore entièrement jeté en prison, mais, comme un prisonnier en liberté sous caution, il rôde pour tenter les saints. C’est un grand tourment pour un enfant de Dieu. Or, touchant les tentations de Satan, il y a trois choses à considérer. (1) Sa méthode pour tenter. (2) L’étendue de son pouvoir. (3) Comment ces tentations sont tournées au bien.

(1) La méthode de Satan pour tenter. Remarquez ici deux choses. D’abord, sa violence dans la tentation ; et à cet égard il est le dragon rouge. Il s’efforce de prendre d’assaut la citadelle du cœur ; il y jette des pensées de blasphème ; il pousse à renier Dieu : ce sont là les traits enflammés qu’il lance pour embraser les passions. Ensuite, sa ruse dans la tentation ; et à cet égard il est le vieux serpent. Il y a cinq ruses principales dont le diable se sert.

(i) Il observe le tempérament et la constitution : il dispose des appâts de tentation qui leur conviennent. Comme le cultivateur, il sait quelle semence convient le mieux au sol. Satan ne tentera pas à rebours de la disposition naturelle et du tempérament. Voilà sa politique : il fait aller ensemble le vent et la marée ; là où court la marée naturelle du cœur, là souffle le vent de la tentation. Bien que le diable ne puisse connaître les pensées des hommes, il connaît pourtant leur tempérament, et il dispose ses appâts en conséquence. Il tente l’ambitieux par une couronne, le sanguin par la beauté.

(ii) Satan observe le moment le plus propice pour tenter, comme un pêcheur habile jette sa ligne quand le poisson mord le mieux. Le moment où Satan tente est d’ordinaire après un exercice du culte ; et la raison en est qu’il pense nous trouver alors le moins sur nos gardes. Quand nous avons accompli des devoirs solennels, nous sommes portés à croire que tout est fait ; nous nous relâchons et abandonnons le zèle et la rigueur d’auparavant ; tout comme un soldat qui, après une bataille, quitte son armure sans songer un instant à l’ennemi. Satan guette son heure, et, quand nous nous en doutons le moins, il lance une tentation.

(iii) Il se sert des proches ; le diable tente par procuration. C’est ainsi qu’il fit parvenir une tentation à Job par sa femme : « Tu demeures ferme dans ton intégrité ! » (Job 2:9). Une épouse, qui repose sur notre sein, peut être l’instrument du diable pour pousser au péché.

(iv) Satan pousse au mal par ceux qui sont bons ; il présente ainsi le poison dans une coupe d’or. Il tenta Christ par Pierre. Pierre le dissuade de souffrir : Maître, aie pitié de toi-même. Qui eût pensé trouver le tentateur dans la bouche d’un apôtre ?

(v) Satan pousse au péché sous prétexte de religion. Il est surtout à craindre lorsqu’il se déguise en ange de lumière. Il vint à Christ l’Écriture à la bouche : « Il est écrit. » Le diable amorce son hameçon avec la religion. Il pousse bien des hommes à l’avarice et à l’extorsion sous prétexte de pourvoir aux besoins de leur famille ; il pousse certains à se donner la mort, afin de ne plus vivre pour pécher contre Dieu ; et ainsi il les entraîne dans le péché sous prétexte d’éviter le péché. Tels sont les subtils stratagèmes dont il use pour tenter.

(2) L’étendue de son pouvoir : jusqu’où va le pouvoir de Satan dans la tentation.

(i) Il peut présenter l’objet ; ainsi il plaça un lingot d’or devant Acan.

(ii) Il peut empoisonner l’imagination et instiller de mauvaises pensées dans l’esprit. Comme le Saint-Esprit y jette de bonnes suggestions, ainsi le diable y en jette de mauvaises. Il mit au cœur de Judas de livrer Christ (Jean 13:2).

(iii) Satan peut exciter et irriter la corruption intérieure, et produire dans le cœur une certaine inclination à accueillir une tentation. Bien qu’il soit vrai que Satan ne peut forcer la volonté à donner son consentement, cependant, en soupirant obstiné qu’il est, il peut, par ses sollicitations continuelles, provoquer au mal. C’est ainsi qu’il excita David à faire le dénombrement du peuple (1 Chroniques 21:1). Le diable peut, par ses arguments subtils, nous entraîner dans le péché à force de raisonnements.

(3) Ces tentations sont tournées au bien des enfants de Dieu. L’arbre secoué par le vent s’affermit et s’enracine davantage ; de même, le souffle d’une tentation ne fait qu’affermir davantage le chrétien dans la grâce. Les tentations sont tournées au bien de huit manières :

(i) La tentation envoie l’âme à la prière. Plus Satan tente avec fureur, plus le saint prie avec ferveur. Le cerf atteint d’un trait court plus vite vers l’eau. Quand Satan lance ses traits enflammés contre l’âme, elle court alors plus vite au trône de la grâce. Quand Paul eut un ange de Satan pour le souffleter, il dit : « Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi » (2 Corinthiens 12:8). La tentation est un remède contre la fausse sécurité. Ce qui nous fait prier davantage concourt au bien.

(ii) La tentation au péché est un moyen de préserver de la perpétration du péché. Plus un enfant de Dieu est tenté, plus il combat la tentation. Plus Satan pousse au blasphème, plus le saint tremble devant de telles pensées et dit : « Retire-toi, Satan. » Quand la maîtresse de Joseph le sollicita à la folie, plus sa tentation était forte, plus sa résistance l’était aussi. La tentation dont le diable se sert comme d’un éperon pour pousser au péché, Dieu en fait une bride pour en retenir le chrétien.

(iii) La tentation concourt au bien en ce qu’elle abat l’enflure de l’orgueil. « Pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter » (2 Corinthiens 12:7). L’écharde dans la chair devait crever l’enflure de l’orgueil. Mieux vaut la tentation qui m’humilie que le devoir qui me rend orgueilleux. Plutôt que de laisser un chrétien devenir hautain d’esprit, Dieu le laissera tomber quelque temps entre les mains du diable, pour qu’il soit guéri de son abcès.

(iv) La tentation concourt au bien en ce qu’elle est une pierre de touche qui éprouve ce qu’il y a dans le cœur. Le diable tente pour tromper ; mais Dieu permet que nous soyons tentés pour nous éprouver. La tentation est une épreuve de notre sincérité. C’est la preuve que notre cœur est chaste et fidèle à Christ, quand nous pouvons regarder une tentation en face et lui tourner le dos. C’est aussi une épreuve de notre courage. « Éphraïm est comme une colombe stupide, sans cœur » (Osée 7:11). On peut en dire autant de beaucoup : ils sont sans cœur ; ils n’ont pas le cœur de résister à la tentation. Satan n’est pas plus tôt venu qu’ils cèdent ; comme un lâche qui, dès que le voleur approche, lui donne sa bourse. Mais le chrétien valeureux, c’est celui qui brandit l’épée de l’Esprit contre Satan et qui mourra plutôt que de céder. Le courage des Romains ne parut jamais davantage que lorsqu’ils furent assaillis par les Carthaginois : la vaillance et la puissance d’un saint ne paraissent jamais davantage que sur un champ de bataille, lorsqu’il combat le dragon rouge et, par la puissance de la foi, met le diable en fuite. La grâce qui peut tenir dans l’épreuve du feu et résister aux traits enflammés, voilà l’or éprouvé.

(v) Les tentations concourent au bien en ce que Dieu rend ceux qui sont tentés propres à consoler les autres dans la même détresse. Il faut qu’un chrétien ait lui-même subi les soufflets de Satan avant de pouvoir dire une parole à propos à celui qui est las. Saint Paul était versé dans les tentations. « Nous n’ignorons pas ses desseins » (2 Corinthiens 2:11). Ainsi était-il capable de faire connaître aux autres les ruses maudites de Satan (1 Corinthiens 10:13). Un homme qui a chevauché à travers un lieu plein de fondrières et de sables mouvants est le plus propre à guider les autres sur ce chemin dangereux. Celui qui a senti les griffes du lion rugissant, et qui est resté couché, sanglant, sous ses blessures, est l’homme le plus propre à s’occuper de celui qui est tenté. Nul ne peut mieux découvrir les artifices et les ruses de Satan que ceux qui ont longtemps fréquenté la salle d’armes de la tentation.

(vi) Les tentations concourent au bien en ce qu’elles éveillent en Dieu une compassion paternelle envers ceux qui sont tentés. L’enfant malade et meurtri est celui qu’on entoure le plus de soins. Quand un saint gît meurtri par les tentations, Christ prie, et Dieu le Père a pitié. Quand Satan met l’âme dans la fièvre, Dieu vient avec un cordial ; ce qui faisait dire à Luther que les tentations sont les embrassements de Christ, parce qu’alors il se manifeste à l’âme avec le plus de douceur.

(vii) Les tentations concourent au bien en ce qu’elles font soupirer davantage les saints après le ciel. Là, ils seront hors de portée du canon ; le ciel est un lieu de repos, aucune balle de tentation n’y vole. L’aigle qui plane haut dans les airs et se pose sur les arbres élevés n’est pas inquiété par la morsure du serpent : de même, quand les croyants seront montés au ciel, ils ne seront plus molestés par le vieux serpent. En cette vie, quand une tentation est passée, une autre survient. Ainsi le peuple de Dieu en vient à souhaiter que la mort sonne la retraite et le rappelle du champ de bataille où les balles volent si dru, pour recevoir une couronne de victoire, là où ce ne sont ni le tambour ni le canon, mais la harpe et la viole qui résonneront à jamais.

(viii) Les tentations concourent au bien en ce qu’elles mettent en œuvre la force de Christ. Christ est notre Ami, et quand nous sommes tentés, il met toute sa puissance à l’œuvre pour nous. « Car, ayant été tenté lui-même dans ce qu’il a souffert, il peut secourir ceux qui sont tentés » (Hébreux 2:18). Si une pauvre âme devait combattre seule contre le Goliath de l’enfer, elle serait sûre d’être vaincue ; mais Jésus-Christ fait donner ses troupes auxiliaires, il fournit de nouveaux renforts de grâce. « Et nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés » (Romains 8:37). Ainsi le mal de la tentation est tourné au bien.

Question. Mais il arrive que Satan terrasse un enfant de Dieu. Comment cela concourt-il au bien ?

Réponse. J’accorde que, par la suspension de la grâce divine et la fureur d’une tentation, un saint peut être vaincu ; cependant cette défaite dans la tentation sera tournée au bien. Par cette défaite, Dieu prépare l’accroissement de la grâce. Pierre fut tenté de présomption, il se fia à sa propre force ; et comme il voulait à toute force tenir debout tout seul, Christ le laissa tomber. Mais cela concourut à son bien ; cela lui coûta bien des larmes. « Étant sorti, il pleura amèrement » (Matthieu 26:75). Et désormais il devient plus modeste. Il n’osa pas dire qu’il aimait Christ plus que les autres apôtres. « M’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ? » (Jean 21:15). Il n’osa pas le dire : sa chute avait brisé la nuque de son orgueil. La défaite dans une tentation produit chez un enfant de Dieu plus de circonspection et de vigilance. Bien que Satan l’ait auparavant attiré dans le piège du péché, il sera désormais plus prudent. Il prendra garde de ne plus s’aventurer à portée de la chaîne du lion. Il est plus réservé et plus craintif à l’égard des occasions de péché. Il ne sort jamais sans son armure spirituelle, et il revêt son armure par la prière. Il sait qu’il marche sur un sol glissant ; c’est pourquoi il surveille sagement ses pas. Il monte une garde vigilante dans son âme, et, quand il voit venir le diable, il prend les armes et déploie le bouclier de la foi (Éphésiens 6:16). Voilà tout le mal que fait le diable. Quand il terrasse un saint par la tentation, il le guérit de sa négligence insouciante ; il le fait veiller et prier davantage. Quand des bêtes sauvages franchissent la haie et abîment le blé, on renforce sa clôture : ainsi, quand le diable a franchi la haie par une tentation, le chrétien ne manquera pas de réparer sa clôture ; il deviendra plus craintif à l’égard du péché et plus soigneux de son devoir. Ainsi le fait d’avoir le dessous dans la tentation concourt au bien.

Objection. Mais si le fait d’être vaincu concourt au bien, cela pourrait rendre les chrétiens indifférents à être ou non vaincus par les tentations.

Réponse. Il y a une grande différence entre tomber dans une tentation et courir au-devant d’une tentation. Tomber dans une tentation concourra au bien, non pas y courir. Celui qui tombe dans une rivière peut recevoir secours et pitié ; mais celui qui s’y jette en désespéré est coupable de sa propre mort. C’est folie que de courir dans la tanière d’un lion. Celui qui se jette lui-même dans une tentation est comme Saül, qui se jeta sur sa propre épée.

De tout ce qui a été dit, voyez comment Dieu déjoue le vieux serpent, en faisant tourner ses tentations au bien de son peuple. Assurément, si le diable savait combien de profit les saints retirent de la tentation, il s’abstiendrait de tenter. Luther a dit un jour : « Trois choses font un chrétien — la prière, la méditation et la tentation. » Saint Paul, dans son voyage vers Rome, rencontra un vent contraire (Actes 27:4). De même, le vent de la tentation est contraire à celui de l’Esprit ; mais Dieu se sert de ce vent contraire pour pousser les saints jusqu’au ciel.

3. Le mal du délaissement concourt au bien des hommes pieux.

Le mal du délaissement concourt au bien. L’épouse se plaint d’être délaissée : « mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu » (Cantique des cantiques 5:6). Il y a un double retrait. Il peut toucher la grâce : Dieu suspend alors l’influence de son Esprit et retient les vives opérations de la grâce. Si l’Esprit s’en va, la grâce se fige dans la froideur et l’indolence. Ou bien c’est un retrait qui touche la consolation : Dieu retient les douces manifestations de sa faveur, il ne regarde plus l’âme d’un visage aussi aimable, mais se voile la face et semble s’être tout à fait éloigné d’elle.

Dieu est juste dans tous ses retraits. Nous l’abandonnons avant qu’il nous abandonne. Nous abandonnons Dieu quand nous cessons d’entretenir avec lui une étroite communion, quand nous désertons ses vérités et n’osons pas prendre parti pour lui, quand nous quittons la direction et la conduite de sa Parole pour suivre la lumière trompeuse de nos affections et de nos passions corrompues. C’est d’ordinaire nous qui abandonnons Dieu les premiers ; nous ne pouvons donc nous en prendre qu’à nous-mêmes.

Le délaissement est une chose bien triste : de même que, lorsque la lumière se retire, les ténèbres envahissent l’air, de même, quand Dieu se retire, l’âme est plongée dans les ténèbres et la tristesse. Le délaissement est une agonie de la conscience. Dieu tient l’âme suspendue au-dessus de l’enfer : « les flèches du Tout-Puissant m’ont percé, Et mon âme en suce le venin » (Job 6:4). Les Perses avaient coutume, dans leurs guerres, de tremper leurs flèches dans le venin des serpents pour les rendre plus meurtrières. C’est ainsi que Dieu décocha contre Job la flèche empoisonnée du délaissement, et sous ces blessures son esprit gisait tout sanglant. Dans les temps de délaissement, le peuple de Dieu est enclin à l’abattement. Les croyants plaident contre eux-mêmes et pensent que Dieu les a entièrement rejetés. Je veux donc prescrire quelque consolation à l’âme délaissée. Le marin, quand aucune étoile ne le guide, a pourtant de la lumière dans sa lanterne, ce qui l’aide un peu à lire sa boussole ; de même, je poserai quatre consolations, qui seront comme la lanterne du marin, pour donner quelque lumière à la pauvre âme qui navigue dans la nuit du délaissement et à qui manque l’éclatante étoile du matin.

(1). Seuls les hommes pieux peuvent connaître le délaissement. Les méchants ne savent pas ce que signifie l’amour de Dieu, ni ce que c’est que d’en être privé. Ils savent ce que c’est que de manquer de santé, d’amis, d’affaires, mais non ce que c’est que de manquer de la faveur de Dieu. Vous craignez de n’être pas enfant de Dieu parce que vous êtes délaissé. On ne peut dire que le Seigneur retire son amour aux méchants, car ils ne l’ont jamais eu. Le fait même d’être délaissé prouve que vous êtes un enfant de Dieu. Comment pourriez-vous vous plaindre que Dieu se soit éloigné de vous, si vous n’aviez pas reçu de lui, parfois, des sourires et des gages d’amour ?

(2). La semence de la grâce peut se trouver là où ne fleurit pas la joie. La terre peut manquer d’une moisson de blé et renfermer pourtant une mine d’or. Un chrétien peut avoir la grâce au-dedans, bien que le doux fruit de la joie n’y croisse pas. Des vaisseaux richement chargés de joyaux et d’épices peuvent, en mer, être plongés dans l’obscurité et ballottés par la tempête. Une âme enrichie des trésors de la grâce peut néanmoins être dans la nuit du délaissement, et ballottée au point de croire qu’elle va périr dans la tempête. David, dans un état d’abattement, prie : « Ne me retire pas ton esprit saint » (Psaume 51:13). Il ne prie pas, dit Augustin : « Seigneur, donne-moi ton Esprit », mais : « Ne me retire pas ton Esprit » ; il avait donc toujours l’Esprit de Dieu demeurant en lui.

(3). Ces délaissements ne durent qu’un temps. Christ peut se retirer et quitter l’âme pour un moment, mais il reviendra. « Dans un instant de colère, je t’avais un moment dérobé ma face, Mais avec un amour éternel j’aurai compassion de toi » (Ésaïe 54:8). Quand la mer est au plus bas, la marée remonte toujours. « Je ne veux pas contester à toujours, Ni garder une éternelle colère, Quand devant moi tombent en défaillance les esprits, Les âmes que j’ai faites » (Ésaïe 57:16). La tendre mère, dans un moment de colère, pose son enfant à terre, mais elle le reprendra dans ses bras et l’embrassera. Dieu peut, dans sa colère, écarter l’âme, mais il la reprendra dans ses tendres embrassements et déploiera sur elle la bannière de l’amour.

(4). Ces délaissements concourent au bien des hommes pieux.

Le délaissement guérit l’âme de la paresse. Nous voyons l’épouse étendue sur le lit de la paresse : « J’étais endormie » (Cantique des cantiques 5:2). Et aussitôt Christ s’en était allé : « mon bien-aimé s’en était allé » (Cantique des cantiques 5:6). Qui voudrait parler à quelqu’un qui somnole ?

Le délaissement guérit l’attachement déréglé au monde. « N’aimez point le monde » (1 Jean 2:15). Nous pouvons tenir le monde comme un bouquet à la main, mais il ne doit pas reposer trop près de notre cœur. Nous pouvons nous en servir comme d’une auberge où l’on prend un repas, mais il ne doit pas être notre demeure. Peut-être les choses de ce siècle dérobent-elles trop notre cœur. Les hommes de bien sont parfois malades d’excès et ivres des délices capiteuses de la prospérité ; et lorsqu’ils ont taché les ailes d’argent de leur grâce et fort défiguré l’image de Dieu en la frottant contre la terre, le Seigneur, pour les en guérir, cache sa face dans une nuée. Cette éclipse produit de bons effets : elle obscurcit toute la gloire du monde et la fait disparaître.

Le délaissement concourt au bien en ce qu’il fait estimer aux saints la face de Dieu plus que jamais : « ta bonté vaut mieux que la vie » (Psaume 63:4). Pourtant, la fréquence de cette grâce la diminue dans notre estime. Quand les perles devinrent communes à Rome, on commença à les dédaigner. Dieu n’a pas de meilleur moyen de nous faire apprécier son amour que de nous le retirer quelque temps. Si le soleil ne brillait qu’une fois l’an, quel prix on y attacherait ! Quand l’âme a été longtemps plongée dans la nuit du délaissement, oh ! combien est bienvenu alors le retour du Soleil de justice !

Le délaissement concourt au bien en ce qu’il est le moyen de nous rendre le péché amer. Peut-il y avoir plus grande misère que d’encourir le déplaisir de Dieu ? Qu’est-ce qui fait l’enfer, sinon que Dieu cache sa face ? Et qu’est-ce qui fait que Dieu cache sa face, sinon le péché ? « Ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l’ont mis » (Jean 20:13). De même, nos péchés ont enlevé le Seigneur, et nous ne savons où il a été mis. La faveur de Dieu est le plus précieux des joyaux ; elle peut adoucir une prison et ôter à la mort son aiguillon. Oh ! combien odieux est donc ce péché qui nous ravit notre plus précieux joyau ! Le péché a fait que Dieu a abandonné son temple (Ézéchiel 8:6). Le péché le fait apparaître comme un ennemi et revêtir son armure. Cela pousse l’âme à poursuivre le péché d’une sainte haine et à chercher à s’en venger. L’âme délaissée donne au péché du fiel et du vinaigre à boire et, avec la lance de la mortification, en fait couler le sang du cœur.

Le délaissement concourt au bien en ce qu’il fait pleurer l’âme sur la perte de Dieu. Quand le soleil s’en est allé, la rosée tombe ; et quand Dieu s’en est allé, les larmes coulent des yeux. Combien Mica fut troublé quand il eut perdu ses dieux ! « Vous avez enlevé mes dieux, et que me reste-t-il ? » (Juges 18:24). De même, quand Dieu s’en est allé, que nous reste-t-il ? Ni la harpe ni la viole ne peuvent consoler quand Dieu s’en est allé. S’il est triste d’être privé de la présence de Dieu, il est bon pourtant de pleurer son absence.

Le délaissement pousse l’âme à chercher Dieu. Quand Christ fut parti, l’épouse court après lui ; elle le cherche « dans les rues de la ville » (Cantique des cantiques 3:2). Et ne l’ayant pas trouvé, elle crie partout après lui : « Avez-vous vu celui que mon cœur aime? » (Cantique des cantiques 3:3). L’âme délaissée fait monter des salves entières de soupirs et de gémissements. Elle frappe par la prière à la porte du ciel ; elle ne peut avoir de repos tant que ne brillent pas les rayons dorés de la face de Dieu.

Le délaissement pousse le chrétien à s’interroger. Il recherche la cause du départ de Dieu. Quelle est la chose maudite qui a irrité Dieu ? Peut-être l’orgueil, peut-être la satiété des ordonnances, peut-être l’amour du monde. « À cause de son avidité coupable, je me suis irrité ; je me suis caché » (Ésaïe 57:17). Peut-être y a-t-il quelque péché secret que l’on tolère. Une pierre dans le conduit arrête le cours de l’eau ; de même, le péché dans lequel on vit arrête le doux courant de l’amour de Dieu. Ainsi la conscience, tel un limier, découvre le péché et le rattrape, et cet Acan est lapidé à mort.

Le délaissement concourt au bien en ce qu’il nous fait voir ce que Jésus-Christ a souffert pour nous. Si une simple gorgée de la coupe est si amère, combien amère dut être celle que Christ but sur la croix ! Il but une coupe de poison mortel, qui le fit s’écrier : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? » (Matthieu 27:46). Nul ne peut apprécier les souffrances de Christ, nul ne peut brûler d’amour pour Christ, comme ceux qui ont été humiliés par le délaissement et tenus quelque temps au-dessus des flammes de l’enfer.

Le délaissement concourt au bien en ce qu’il prépare les saints à de futures consolations. Les gelées mordantes préparent les fleurs du printemps. C’est la manière de Dieu : d’abord abattre, puis consoler (2 Corinthiens 7:6). Lorsque notre Sauveur eut jeûné, les anges vinrent et le servirent. Quand le Seigneur a fait jeûner longtemps son peuple, il envoie alors le Consolateur et le nourrit de la manne cachée. « La lumière est semée pour le juste » (Psaume 97:11). Les consolations des saints peuvent être cachées comme une semence sous la terre, mais la semence mûrit ; elle grandira et s’épanouira en moisson.

Ces délaissements concourent au bien en ce qu’ils nous rendront le ciel plus doux. Ici-bas, nos consolations sont comme la lune : tantôt dans son plein, tantôt dans son déclin. Dieu se montre à nous quelque temps, puis se retire. Combien cela rehaussera le ciel, et le rendra plus délicieux et plus ravissant, quand nous jouirons d’un regard d’amour constant de la part de Dieu (1 Thessaloniciens 4:17) !

Nous voyons ainsi que les délaissements concourent au bien. Le Seigneur nous fait descendre dans l’abîme du délaissement afin de ne pas nous faire descendre dans l’abîme de la damnation. Il nous met dans un enfer apparent, afin de nous garder d’un enfer réel. Dieu nous prépare pour ce temps où nous jouirons à jamais de ses sourires, où il n’y aura plus ni nuage sur sa face ni coucher de soleil, où Christ viendra et demeurera avec son épouse, et où l’épouse ne dira plus jamais : « Mon bien-aimé s’en est allé. »

4. Le mal du péché concourt au bien des hommes pieux.

Le péché, par sa nature même, est damnable ; mais Dieu, dans sa sagesse infinie, le domine et fait naître le bien de ce qui semble lui être le plus contraire. C’est vraiment un sujet d’émerveillement que du miel puisse sortir de ce lion. Nous pouvons l’entendre en un double sens.

(1). Les péchés des autres sont dirigés par Dieu pour le bien des hommes pieux. Ce n’est pas une petite épreuve, pour un cœur touché par la grâce, que de vivre parmi les méchants : « Malheureux que je suis de séjourner à Méschec » (Psaume 120:5). Et pourtant, cela même, le Seigneur le tourne en bien. Car,

(i.) Les péchés des autres concourent au bien des hommes pieux en ce qu’ils produisent une sainte tristesse. Le peuple de Dieu pleure sur ce qu’il ne peut réformer : « Mes yeux répandent des torrents d’eaux, Parce qu’on n’observe point ta loi » (Psaume 119:136). David menait deuil sur les péchés de son temps ; son cœur était changé en source et ses yeux en rivières. Les méchants se font une fête du péché : « Quand tu fais le mal, c’est alors que tu triomphes » (Jérémie 11:15). Mais les hommes pieux sont des colombes qui gémissent ; ils s’affligent des jurons et des blasphèmes de leur siècle. Les péchés des autres, comme des lances, leur transpercent l’âme. Cette affliction pour les péchés d’autrui est bonne. Elle révèle un cœur filial, qui ressent avec douleur les injures faites à notre Père céleste. Elle révèle aussi un cœur semblable à celui de Christ : « Il était affligé de l’endurcissement de leur cœur » (Marc 3:5). Le Seigneur prend particulièrement garde à ces larmes : il lui plaît que nous pleurions quand sa gloire est atteinte. Il y a plus de grâce à s’affliger des péchés des autres que des siens propres. Nous pouvons nous affliger de nos propres péchés par crainte de l’enfer, mais s’affliger des péchés des autres procède d’un principe d’amour pour Dieu. Ces larmes tombent comme l’eau distillée des roses ; elles sont douces et parfumées, et Dieu les recueille dans son outre.

(ii.) Les péchés des autres concourent au bien des hommes pieux en ce qu’ils les poussent davantage à prier contre le péché. S’il n’y avait pas un tel esprit de méchanceté répandu dans le monde, peut-être n’y aurait-il pas un tel esprit de prière. Les péchés qui crient vers le ciel suscitent des prières qui crient vers lui. Le peuple de Dieu prie contre l’iniquité du temps, pour que Dieu mette un frein au péché, pour qu’il le couvre de honte. S’il ne peut abattre le péché par la prière, il prie du moins contre lui ; et Dieu le prend en bonne part. Ces prières seront à la fois enregistrées et récompensées. Même si nous n’obtenons pas ce que nous demandons, nous ne perdrons pas nos prières : « Ma prière revenait dans mon sein » (Psaume 35:13).

(iii.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils nous rendent plus épris de la grâce. Les péchés d’autrui sont comme le fond sombre qui fait ressortir davantage l’éclat de la grâce. Un contraire met l’autre en valeur : la laideur fait ressortir la beauté. Les péchés des méchants les défigurent grandement. L’orgueil est un péché qui défigure ; aussi, voir l’orgueil d’autrui nous rend plus épris de l’humilité ! La malice est un péché qui défigure : c’est le portrait du diable ; plus nous la voyons chez les autres, plus nous aimons la douceur et la charité. L’ivrognerie est un péché qui défigure : elle change les hommes en bêtes, elle les prive de l’usage de la raison ; plus nous voyons les autres intempérants, plus nous devons aimer la sobriété. La face noire du péché fait ressortir d’autant plus la beauté de la sainteté.

(iv.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils suscitent en nous une plus forte opposition au péché : « Les méchants transgressent ta loi ; c’est pourquoi j’aime tes commandements » (Psaume 119:126, 127). David n’aurait jamais tant aimé la loi de Dieu si les méchants ne s’étaient pas tant dressés contre elle. Plus les autres s’acharnent contre la vérité, plus les saints sont vaillants pour elle. Les poissons vivants nagent à contre-courant ; plus la marée du péché monte, plus les hommes pieux nagent contre elle. Les impiétés du temps éveillent chez les saints de saintes passions ; elle est sans péché, la colère qui s’élève contre le péché. Les péchés des autres sont comme une pierre à aiguiser qui nous donne un tranchant plus vif ; ils aiguisent d’autant notre zèle et notre indignation contre le péché.

(v.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils nous rendent plus ardents à travailler à notre salut. Quand nous voyons les méchants se donner tant de peine pour l’enfer, cela nous rend plus diligents pour le ciel. Les méchants n’ont rien pour les encourager, et pourtant ils pèchent. Ils bravent la honte et l’opprobre, ils passent outre à toute opposition. L’Écriture est contre eux, la conscience est contre eux, une épée flamboyante leur barre le chemin, et pourtant ils pèchent. Les cœurs pieux, voyant les méchants ainsi forcenés après le fruit défendu et s’épuisant au service du diable, en sont d’autant plus enhardis et stimulés dans les voies de Dieu. Ils veulent, pour ainsi dire, prendre le ciel d’assaut. Les méchants sont des dromadaires à la course rapide dans le péché (Jérémie 2:23). Et nous, ramperions-nous comme des escargots dans la religion ? Des pécheurs impurs rendront-ils plus de service au diable que nous n’en rendons à Christ ? Se hâteront-ils davantage vers une prison que nous vers un royaume ? Ne sont-ils jamais las de pécher, et serions-nous las de prier ? N’avons-nous pas un meilleur Maître qu’eux ? Les sentiers de la vertu ne sont-ils pas agréables ? N’y a-t-il pas de la joie sur le chemin du devoir, et le ciel au bout ? L’activité des fils de Bélial dans le péché est un aiguillon pour les hommes pieux, qui les presse de hâter le pas et de courir plus vite vers le ciel.

(vi.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils sont des miroirs où nous pouvons voir notre propre cœur. Voyons-nous un pécheur scélérat et impie ? Voilà le portrait de notre cœur. Tels serions-nous, si Dieu nous abandonnait. Ce qui est dans la conduite des autres hommes est dans notre nature. Le péché chez les méchants est comme le feu d’un fanal, qui flambe et jette au loin ses flammes ; le péché chez les hommes pieux est comme le feu sous la cendre. Chrétien, même si vous n’éclatez pas en une flamme de scandale, vous n’avez pourtant aucune raison de vous vanter, car il y a beaucoup de péché qui couve sous la cendre de votre nature. Vous avez en vous la racine d’amertume, et vous porteriez un fruit aussi infernal que quiconque, si Dieu ne vous retenait par sa puissance ou ne vous changeait par sa grâce.

(vii.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils sont le moyen de rendre le peuple de Dieu plus reconnaissant. Quand vous voyez un autre atteint de la peste, combien vous êtes reconnaissant que Dieu vous en ait préservé ! C’est un bon usage à faire des péchés des autres que d’en devenir plus reconnaissants. Pourquoi Dieu ne nous aurait-il pas laissés aller au même débordement de débauche ? Demandez-vous, ô chrétien, pourquoi Dieu vous serait plus propice qu’à un autre. Pourquoi vous retirerait-il de l’olivier sauvage de la nature, et non pas lui ? Combien cela doit vous porter à adorer la grâce gratuite ! Ce que le pharisien disait avec vanité, nous pouvons le dire avec reconnaissance : « O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, etc. » (Luc 18:11). Ainsi devons-nous adorer les richesses de la grâce, de ce que nous ne sommes pas comme les autres, ivrognes, jureurs, profanateurs du sabbat. Chaque fois que nous voyons des hommes se précipiter dans le péché, nous devons bénir Dieu de ce que nous ne sommes pas tels. Si nous voyons un homme pris de frénésie, nous bénissons Dieu de ce qu’il n’en est pas ainsi de nous ; à plus forte raison, quand nous voyons les autres sous la puissance de Satan, devons-nous reconnaître avec gratitude que tel n’est pas notre état. Ne prenons pas le péché à la légère.

(viii.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils sont des moyens de rendre meilleur le peuple de Dieu. Chrétien, Dieu peut vous faire gagner au péché d’autrui. Plus les autres sont impies, plus vous devez être saint. Plus un méchant s’adonne au péché, plus un homme pieux s’adonne à la prière : « Mais moi je recours à la prière » (Psaume 109:4).

(ix.) Les péchés des autres concourent au bien en ce qu’ils nous donnent l’occasion de faire le bien. S’il n’y avait pas de pécheurs, nous ne serions pas aussi à même de servir. Les hommes pieux sont souvent le moyen de la conversion des méchants ; leurs sages conseils et leur pieux exemple sont un leurre et un appât pour attirer les pécheurs à embrasser l’Évangile. La maladie du patient sert au profit du médecin : en purgeant le malade de ses humeurs nocives, le médecin s’enrichit ; de même, en ramenant les pécheurs de l’égarement de leur voie, nous voyons notre couronne s’agrandir : « ceux qui auront enseigné la justice, à la multitude brilleront comme les étoiles, à toujours et à perpétuité » (Daniel 12:3). Non pas comme des lampes ou des chandelles, mais comme les étoiles, à toujours. Nous voyons ainsi que les péchés des autres sont dirigés pour notre bien.

(2). Le sentiment de leur propre état de pécheurs sera dirigé pour le bien des hommes pieux. Ainsi nos propres péchés concourront au bien. Il faut l’entendre avec prudence : quand je dis que les péchés des hommes pieux concourent au bien, ce n’est pas qu’il y ait le moindre bien dans le péché. Le péché est comme un poison qui corrompt le sang, infecte le cœur et, sans un antidote souverain, donne la mort. Telle est la nature venimeuse du péché : il est mortel et damnable. Le péché est pire que l’enfer ; et pourtant Dieu, par sa puissance souveraine qui domine tout, fait qu’en fin de compte le péché tourne au bien de son peuple. D’où cette parole d’or d’Augustin : « Dieu ne permettrait jamais le mal, s’il ne pouvait tirer le bien du mal. » Le sentiment du péché chez les saints concourt au bien de plusieurs manières.

(i.) Le péché leur rend cette vie pesante. Que le péché soit dans les hommes pieux est triste, mais qu’il leur soit un fardeau est bon. Les afflictions de saint Paul (qu’on me pardonne l’expression) n’étaient qu’un jeu pour lui en comparaison de son péché. Il se réjouissait dans la tribulation (2 Corinthiens 7:4). Mais comme cet oiseau de paradis pleurait et gémissait sous ses péchés ! « Qui me délivrera du corps de cette mort? » (Romains 7:24). Le croyant porte ses péchés comme un prisonnier ses fers ; oh ! comme il soupire après le jour de sa libération ! Ce sentiment du péché est bon.

(ii.) Cette corruption qui demeure en eux fait estimer Christ davantage aux saints. Celui qui ressent son péché comme un malade ressent sa maladie, combien Christ, le médecin, lui est le bienvenu ! Celui qui se sent mordu par le péché, combien le serpent d’airain lui est précieux ! Quand Paul eut crié à cause d’un corps de mort, quelle reconnaissance il eut pour Christ ! « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur » (Romains 7:25). Le sang de Christ sauve du péché ; c’est l’onguent sacré qui tue ce vif-argent.

(iii.) Ce sentiment du péché concourt au bien en ce qu’il est l’occasion de pousser l’âme à six devoirs particuliers :

(a) Il pousse l’âme à s’examiner elle-même. Un enfant de Dieu, conscient de son péché, prend la chandelle et la lanterne de la Parole et sonde son cœur. Il désire connaître le pire de lui-même, comme un homme malade dans son corps désire connaître le pire de sa maladie. Bien que notre joie réside dans la connaissance de nos grâces, il y a pourtant quelque profit à connaître nos corruptions. C’est pourquoi Job prie : « Fais-moi connaître mes transgressions » (Job 13:23). Il est bon de connaître nos péchés, afin de ne pas nous flatter ni estimer notre état meilleur qu’il n’est. Il est bon de découvrir nos péchés, de peur que ce ne soient eux qui nous découvrent.

(b) La présence du péché pousse l’enfant de Dieu à s’abaisser lui-même. Le péché est laissé dans l’homme pieux comme un cancer au sein ou une bosse sur le dos, pour l’empêcher de s’enorgueillir. Le gravier et la boue sont bons pour lester un navire et l’empêcher de chavirer ; le sentiment du péché aide à lester l’âme, afin qu’elle ne chavire pas sous la vaine gloire. Nous lisons qu’il est parlé des « taches des enfants de Dieu » (Deutéronome 32:5). Quand un homme pieux regarde son visage dans le miroir de l’Écriture et y voit les taches de l’incrédulité et de l’hypocrisie, cela fait tomber les plumes de l’orgueil ; ce sont des taches qui humilient. C’est un bon usage que l’on peut faire même de nos péchés, quand ils nous donnent d’humbles pensées de nous-mêmes. Mieux vaut le péché qui m’humilie que le devoir qui me rend orgueilleux. Le saint Bradford disait de lui-même : « Je suis un hypocrite fardé » ; et Hooper disait : « Seigneur, je suis l’enfer, et tu es le ciel. »

(c) Le péché pousse l’enfant de Dieu à se juger lui-même ; il prononce une sentence contre lui-même : « je suis plus stupide que personne » (Proverbes 30:2). Il est dangereux de juger les autres, mais il est bon de nous juger nous-mêmes. « Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés » (1 Corinthiens 11:31). Quand un homme s’est jugé lui-même, Satan est démis de sa charge. Quand celui-ci porte une accusation contre un saint, le saint peut lui rétorquer : « C’est vrai, Satan, je suis coupable de ces péchés ; mais je me suis déjà jugé moi-même à leur sujet ; et puisque je me suis condamné à la cour inférieure de la conscience, Dieu m’acquittera à la cour supérieure du ciel. »

(d) Le péché pousse l’enfant de Dieu à combattre contre lui-même. Le moi spirituel combat contre le moi charnel : « l’Esprit a des désirs contraires à ceux de la chair » (Galates 5:17). Notre vie est une vie de pèlerin et une vie de guerrier. Un duel se livre chaque jour entre les deux semences. Le croyant ne laisse pas le péché en paisible possession. S’il ne peut tenir le péché dehors, il le tiendra sous ses pieds ; s’il ne peut le vaincre tout à fait, il est pourtant en train de vaincre : « À celui qui est en train de vaincre » (Apocalypse 2:7).

(e) Le péché pousse l’enfant de Dieu à veiller sur lui-même. Il sait que le péché est un traître logé dans son sein ; c’est pourquoi il s’observe avec soin. Un cœur rusé exige un œil vigilant. Le cœur est comme un château exposé à tout moment à l’assaut ; cela fait de l’enfant de Dieu une sentinelle toujours en faction, qui monte la garde autour de son cœur. Le croyant garde l’œil rigoureusement fixé sur lui-même, de peur de tomber dans quelque énormité scandaleuse et d’ouvrir ainsi une écluse par où s’écoulerait toute sa consolation.

(f) Le péché pousse l’âme à se réformer elle-même. L’enfant de Dieu ne se contente pas de découvrir le péché : il le chasse. Il pose un pied sur la nuque de ses péchés, et de l’autre il « se tourne vers les témoignages de Dieu » (Psaume 119:59). Ainsi les péchés des hommes pieux concourent au bien. Dieu fait des maladies des saints leurs remèdes.

Mais que nul n’abuse de cette doctrine. Je ne dis pas que le péché concourt au bien de l’impénitent. Non : il concourt à sa damnation ; mais il concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. Et vous qui êtes pieux, je sais que vous n’en tirerez pas une fausse conclusion, ni pour prendre le péché à la légère, ni pour en user hardiment avec lui. Si vous le faisiez, Dieu vous le ferait payer cher. Souvenez-vous de David. Il s’aventura présomptueusement dans le péché, et qu’y gagna-t-il ? Il perdit sa paix, il sentit dans son âme les terreurs du Tout-Puissant, bien qu’il eût tous les secours propres à l’égayer. Il était roi ; il était habile en musique ; et pourtant rien ne pouvait lui apporter de consolation : il se plaint de ses « os brisés » (Psaume 51:10). Et bien qu’il soit enfin sorti de cette sombre nuée, certains théologiens sont d’avis qu’il ne recouvra jamais toute sa joie jusqu’au jour de sa mort. Si quelques-uns du peuple de Dieu venaient à badiner avec le péché parce que Dieu peut le tourner en bien, le Seigneur, sans les damner, peut les envoyer en enfer dès cette vie. Il peut les jeter dans de si amères angoisses et de telles convulsions de l’âme qu’ils en soient remplis d’horreur et touchent au désespoir. Que ceci leur soit une épée flamboyante pour les empêcher d’approcher de l’arbre défendu.

Ainsi ai-je montré que les meilleures choses comme les pires, sous la main souveraine du grand Dieu, concourent ensemble au bien des saints.

Je le répète : ne prenez pas le péché à la légère.

Page 1 / 1 · 51 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant