Chapitre 3 · 21 min de lecture · 27 min d’écoute
Les meilleures choses concourent au bien des hommes pieux
NOUS examinerons d’abord quelles choses concourent au bien des hommes pieux ; et nous montrerons ici que les meilleures choses comme les pires concourent à leur bien. Commençons par les meilleures.
1. Les attributs de Dieu concourent au bien des hommes pieux.
(1). La puissance de Dieu concourt au bien. C’est une puissance glorieuse (Colossiens 1:11), et elle est engagée pour le bien des élus.
La puissance de Dieu concourt au bien en nous soutenant dans l’épreuve : « sous ses bras Éternels est une retraite » (Deutéronome 33:27). Qui a soutenu Daniel dans la fosse aux lions ? Jonas dans le ventre du poisson ? Les trois Hébreux dans la fournaise ? La seule puissance de Dieu. N’est-il pas étrange de voir un roseau froissé croître et fleurir ? Comment un chrétien faible peut-il, non seulement endurer l’affliction, mais encore s’en réjouir ? C’est que les bras du Tout-Puissant le soutiennent. « ma puissance s’accomplit dans la faiblesse » (2 Corinthiens 12:9).
La puissance de Dieu agit pour nous en pourvoyant à nos besoins. Dieu crée des consolations quand les moyens font défaut. Celui qui fit porter au prophète Élie sa nourriture par des corbeaux procurera à son peuple de quoi subsister. Dieu peut conserver « l’huile qui est dans la cruche » (1 Rois 17:14). Le Seigneur fit reculer de dix degrés l’ombre sur le cadran d’Achaz : de même, quand nos consolations extérieures déclinent et que notre soleil est près de se coucher, Dieu suscite souvent un renouveau et fait reculer le soleil de bien des degrés.
La puissance de Dieu soumet nos corruptions. « Il mettra sous ses pieds nos iniquités » (Michée 7:19). Votre péché est-il fort ? Dieu est puissant : il brisera la tête de ce léviathan. Votre cœur est-il dur ? Dieu dissoudra cette pierre dans le sang de Christ. « Le Tout-Puissant amollit mon cœur » (Job 23:16). Quand nous disons comme Josaphat : « nous sommes sans force devant cette multitude nombreuse », le Seigneur monte avec nous et nous aide à livrer nos combats. Il abat la tête de ces convoitises géantes, de ces Goliath trop forts pour nous.
La puissance de Dieu vainc nos ennemis. Il flétrit l’orgueil et brise l’assurance des adversaires. « Tu les briseras avec une verge de fer » (Psaume 2:9). Il y a de la rage chez l’ennemi, de la malice chez le diable, mais la puissance est en Dieu. Avec quelle facilité il peut mettre en déroute toutes les forces des méchants ! « Il ne t’en coûte rien, Seigneur, de secourir » (2 Chroniques 14:10). La puissance de Dieu est du côté de son Église. « Que tu es heureux, Israël! Qui est comme toi, Un peuple sauvé par l’Éternel, Le bouclier de ton secours Et l’épée de ta gloire » (Deutéronome 33:29).
(2). La sagesse de Dieu concourt au bien. La sagesse de Dieu est notre oracle pour nous instruire. Il est le Dieu puissant, et il est aussi le Conseiller (Ésaïe 9:5). Nous sommes souvent dans l’obscurité et, dans les affaires embrouillées et douteuses, nous ne savons quel chemin prendre ; c’est alors que Dieu intervient avec sa lumière. « Je te conduirai de mon œil » (Psaume 32:8). L’« œil » désigne ici la sagesse de Dieu. D’où vient que les saints voient plus loin que les politiques les plus perspicaces ? Ils prévoient le mal et se cachent ; ils discernent les sophismes de Satan. La sagesse de Dieu est la colonne de feu qui marche devant eux pour les guider.
(3). La bonté de Dieu concourt au bien des hommes pieux. La bonté de Dieu est un moyen de nous rendre bons. « la bonté de Dieu te pousse à la repentance » (Romains 2:4). La bonté de Dieu est un rayon de soleil spirituel qui fond le cœur en larmes. Oh ! dit l’âme, Dieu a-t-il été si bon envers moi ? M’a-t-il si longtemps accordé un sursis loin de l’enfer, et j’attristerais encore son Esprit ? Pécherai-je contre la bonté même ?
La bonté de Dieu concourt au bien en ce qu’elle introduit toutes les bénédictions. Les faveurs que nous recevons sont les ruisseaux d’argent qui coulent de la source de la bonté divine. Cet attribut divin, la bonté, apporte deux sortes de bénédictions. Les bénédictions communes : tous y ont part, les méchants comme les bons ; cette douce rosée tombe sur le chardon aussi bien que sur la rose. Les bénédictions qui couronnent : celles-là, les hommes pieux seuls y ont part. « Qui te couronne de bonté et de miséricorde » (Psaume 103:4). Ainsi les bienheureux attributs de Dieu concourent au bien des saints.
2. Les promesses de Dieu concourent au bien des hommes pieux.
Les promesses sont des billets signés de la main de Dieu ; n’est-il pas bon d’avoir une garantie ? Les promesses sont le lait de l’Évangile ; et le lait n’est-il pas pour le bien du nourrisson ? Elles sont appelées « précieuses promesses » (2 Pierre 1:4). Elles sont comme des cordiaux pour une âme prête à défaillir. Les promesses sont pleines de vertu.
Sommes-nous sous la culpabilité du péché ? Voici une promesse : « L’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux et compatissant » (Exode 34:6). Là, Dieu revêt pour ainsi dire sa glorieuse broderie et tend le sceptre d’or pour encourager les pauvres pécheurs tremblants à venir à lui. « L’Éternel, l’Éternel, Dieu miséricordieux. » Dieu est plus disposé à pardonner qu’à punir. La miséricorde se multiplie davantage en lui que le péché en nous. La miséricorde est sa nature. L’abeille donne naturellement le miel ; elle ne pique que lorsqu’on la provoque. « Mais, dit le pécheur coupable, je ne puis mériter la miséricorde. » Pourtant il est compatissant : il fait miséricorde, non parce que nous la méritons, mais parce qu’il prend plaisir à la miséricorde. Mais qu’est-ce que cela pour moi ? Peut-être mon nom ne figure-t-il pas dans la lettre de grâce. « qui conserve son amour jusqu’à mille générations » : le trésor de la miséricorde n’est pas épuisé. Dieu a des trésors en réserve ; pourquoi ne recevriez-vous pas votre part d’enfant ?
Sommes-nous sous la souillure du péché ? Voici une promesse qui concourt au bien : « Je réparerai leur infidélité » (Osée 14:4). Dieu n’accordera pas seulement la miséricorde, mais aussi la grâce. Et il a fait la promesse d’envoyer son Esprit (Ésaïe 44:3), qui, à cause de sa vertu sanctifiante, est comparé dans l’Écriture tantôt à l’eau, qui nettoie le vase ; tantôt au van, qui vanne le blé et purifie l’air ; tantôt au feu, qui affine les métaux. Ainsi l’Esprit de Dieu purifiera et consacrera l’âme, la rendant participante de la nature divine.
Sommes-nous dans une grande détresse ? Voici une promesse qui concourt à notre bien : « Je serai avec lui dans la détresse » (Psaume 91:15). Dieu ne conduit pas son peuple dans les épreuves pour l’y abandonner. Il se tiendra à ses côtés ; il soutiendra sa tête et son cœur quand il défaille. Et voici une autre promesse : « Il est leur protecteur au temps de la détresse » (Psaume 37:39). « Oh ! dit l’âme, je défaillirai au jour de l’épreuve. » Mais Dieu sera la force de notre cœur ; il joindra ses forces aux nôtres. Ou bien il rendra sa main plus légère, ou bien il rendra notre foi plus forte.
Craignons-nous de manquer du nécessaire ? Voici une promesse : « ceux qui cherchent l’Éternel ne sont privés d’aucun bien » (Psaume 34:11). Si une chose est bonne pour nous, nous l’aurons ; si elle n’est pas bonne pour nous, alors il est bon qu’elle nous soit refusée. « il bénira votre pain et vos eaux » (Exode 23:25). Cette bénédiction tombe comme la rosée de miel sur la feuille ; elle adoucit le peu que nous possédons. Que je manque de venaison, pourvu que j’aie la bénédiction ! Mais je crains de ne pas gagner ma vie ? Lisez attentivement cette parole de l’Écriture : « J’ai été jeune, j’ai vieilli; Et je n’ai point vu le juste abandonné, Ni sa postérité mendiant son pain » (Psaume 37:25). Comment faut-il l’entendre ? David le dit d’après sa propre observation ; il n’a jamais vu pareille éclipse, il n’a jamais vu un homme pieux réduit si bas qu’il n’ait pas eu une bouchée de pain à porter à sa bouche. David n’a jamais vu le juste et sa postérité dans le dénuement. Le Seigneur peut éprouver quelque temps par le besoin des parents pieux, mais non leur postérité aussi ; il sera pourvu à la postérité des hommes pieux. David n’a jamais vu le juste mendier son pain et être abandonné. Il peut être réduit à une grande gêne, mais non abandonné ; il demeure héritier du ciel, et Dieu l’aime.
Question. Comment les promesses concourent-elles au bien ?
Réponse. Elles sont la nourriture de la foi ; et ce qui fortifie la foi concourt au bien. Les promesses sont le lait de la foi ; la foi en tire sa nourriture comme l’enfant tète le sein. « Jacob fut très effrayé » (Genèse 32:7). Son courage était près de défaillir ; alors il se tourne vers la promesse : « Seigneur, tu as dit que tu me ferais du bien » (Genèse 32:12). Cette promesse fut sa nourriture. Il en tira tant de force qu’il put lutter avec le Seigneur toute la nuit dans la prière, et ne voulut pas le laisser aller qu’il ne l’eût béni.
Les promesses sont aussi des sources de joie. Il y a plus dans les promesses pour consoler que dans le monde pour troubler. Ursinus fut consolé par cette promesse : « personne ne peut les ravir de la main de mon Père » (Jean 10:29). Les promesses sont des cordiaux dans une défaillance. « Si ta loi n’eût fait mes délices, J’eusse alors péri dans ma misère » (Psaume 119:92). Les promesses sont comme le liège pour le filet : elles soutiennent le cœur et l’empêchent de sombrer dans les eaux profondes de la détresse.
3. Les miséricordes de Dieu concourent au bien des hommes pieux.
Les miséricordes de Dieu humilient. « Alors le roi David alla se présenter devant l’Éternel, et dit: Qui suis-je, Seigneur Éternel, et quelle est ma maison, pour que tu m’aies fait parvenir où je suis? » (2 Samuel 7:18). Seigneur, pourquoi un tel honneur m’est-il fait, à moi, que je sois roi ? Que moi, qui suivais les brebis, j’aille et je vienne devant ton peuple ? Ainsi parle un cœur touché par la grâce : « Seigneur, que suis-je, pour être mieux traité que d’autres ? Pour boire du fruit de la vigne, quand d’autres boivent non seulement une coupe d’absinthe, mais une coupe de sang (c’est-à-dire de souffrance jusqu’à la mort) ? Que suis-je, pour avoir ces miséricordes dont d’autres sont privés, eux qui valent mieux que moi ? Seigneur, d’où vient que, malgré toute mon indignité, une nouvelle marée de miséricorde monte chaque jour vers moi ? » Les miséricordes de Dieu rendent le pécheur orgueilleux, mais le saint humble.
Les miséricordes de Dieu ont sur l’âme une influence qui l’attendrit ; elles la fondent en amour pour Dieu. Les jugements de Dieu nous le font craindre, ses miséricordes nous le font aimer. Combien Saül fut touché par la bonté ! David le tenait à sa merci, et aurait pu couper non seulement le pan de son manteau, mais sa tête ; pourtant il lui laisse la vie. Cette bonté fondit le cœur de Saül. « Est-ce bien ta voix, mon fils David? Et Saül éleva la voix et pleura » (1 Samuel 24:17). Telle est l’influence attendrissante de la miséricorde de Dieu : elle fait couler des yeux des larmes d’amour.
Les miséricordes de Dieu rendent le cœur fécond. Plus on dépense pour un champ, meilleure est la récolte. Une âme touchée par la grâce honore le Seigneur de ses biens. Elle ne fait pas de ses miséricordes ce qu’Israël fit de ses joyaux et de ses boucles d’oreilles, un veau d’or ; mais, comme Salomon fit de l’argent versé au trésor, elle bâtit un temple au Seigneur. Les pluies d’or de la miséricorde produisent la fertilité.
Les miséricordes de Dieu rendent le cœur reconnaissant. « Comment rendrai-je à l’Éternel Tous ses bienfaits envers moi? J’élèverai la coupe des délivrances » (Psaume 116:12, 13). David fait allusion au peuple d’Israël qui, lors des sacrifices d’actions de grâces, avait coutume de prendre une coupe en main et de rendre grâces à Dieu pour ses délivrances. Chaque miséricorde est une aumône de la grâce gratuite ; et cela dilate l’âme dans la reconnaissance. Un bon chrétien n’est pas un tombeau où l’on enterre les miséricordes de Dieu, mais un temple où l’on chante ses louanges. Si chaque oiseau, dans son espèce, comme le dit Ambroise, gazouille sa reconnaissance envers son Créateur, combien plus le fera un chrétien au cœur bien né, dont la vie est enrichie et parfumée de miséricorde !
Les miséricordes de Dieu vivifient. Si elles sont des aimants pour l’amour, elles sont aussi des pierres à aiguiser pour l’obéissance. « Je marcherai devant l’Éternel, Sur la terre des vivants » (Psaume 116:9). Celui qui passe en revue ses bénédictions se regarde comme une personne engagée envers Dieu. De la douceur de la miséricorde il conclut à la promptitude du devoir. Il dépense et se dépense pour Christ ; il se consacre à Dieu. Chez les Romains, quand un homme en avait racheté un autre, celui-ci devait ensuite le servir. Une âme environnée de miséricordes est zélée et active au service de Dieu.
Les miséricordes de Dieu produisent la compassion envers autrui. Un chrétien est un sauveur temporel. Il nourrit les affamés, vêt ceux qui sont nus, visite la veuve et l’orphelin dans leur détresse ; parmi eux il sème les semences d’or de sa charité. « l’homme qui exerce la miséricorde et qui prête » (Psaume 112:5). La charité découle de lui librement, comme la myrrhe de l’arbre. Ainsi les miséricordes de Dieu concourent au bien des hommes pieux ; elles sont des ailes pour les élever jusqu’au ciel.
Les miséricordes spirituelles concourent aussi au bien.
La parole prêchée concourt au bien. Elle est une odeur de vie, une parole qui transforme l’âme ; elle façonne le cœur à la ressemblance de Christ ; elle produit l’assurance. « Notre Évangile ne vous a pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance, avec l’Esprit Saint, et avec une pleine assurance » (1 Thessaloniciens 1:5). Elle est le char du salut.
La prière concourt au bien. La prière est le soufflet des affections ; elle attise les saints désirs et les ardeurs de l’âme. La prière a du pouvoir auprès de Dieu. « Commandez-moi » (Ésaïe 45:11). C’est une clef qui ouvre le trésor de la miséricorde de Dieu. La prière tient le cœur ouvert à Dieu et fermé au péché ; elle apaise les ardeurs déréglées et les enflures de la convoitise. Luther conseillait à un ami, dès qu’il sentait une tentation commencer à poindre, de se mettre en prière. La prière est l’arme du chrétien, qu’il décharge contre ses ennemis. La prière est le remède souverain de l’âme. La prière sanctifie toute miséricorde (1 Timothée 4:5). Elle dissipe la tristesse : en donnant issue au chagrin, elle soulage le cœur. Quand Anne eut prié, « elle s’en alla, et ne fut plus triste » (1 Samuel 1:18). Et si elle a des effets si rares, c’est donc qu’elle concourt au bien.
La cène du Seigneur concourt au bien. Elle est une image du festin des noces de l’Agneau (Apocalypse 19:9), et un gage de la communion que nous aurons avec Christ dans la gloire. C’est un festin de mets succulents ; elle nous donne le pain du ciel, celui qui entretient la vie et prévient la mort. Elle produit des effets glorieux dans le cœur des hommes pieux. Elle ranime leurs affections, fortifie leurs grâces, mortifie leurs corruptions, ravive leurs espérances et accroît leur joie. Luther dit : « Consoler une âme abattue est une œuvre aussi grande que ressusciter les morts » ; et pourtant cela peut se faire, et se fait parfois, dans les âmes des hommes pieux, à la bienheureuse cène.
4. Les grâces de l’Esprit concourent au bien.
La grâce est à l’âme ce que la lumière est à l’œil, ce que la santé est au corps. La grâce agit envers l’âme comme une femme vertueuse envers son mari : « Elle lui fait du bien, et non du mal, Tous les jours de sa vie » (Proverbes 31:12). Combien les grâces sont incomparablement utiles ! La foi et la crainte vont la main dans la main. La foi garde le cœur joyeux, la crainte le garde sérieux. La foi empêche le cœur de sombrer dans le désespoir, la crainte l’empêche de flotter dans la présomption. Toutes les grâces déploient leur beauté : l’espérance est « le casque » (1 Thessaloniciens 5:8), la douceur « la parure » (1 Pierre 3:4), la charité « le lien de la perfection » (Colossiens 3:14). Les grâces des saints sont des armes pour les défendre, des ailes pour les élever, des joyaux pour les enrichir, des aromates pour les parfumer, des étoiles pour les orner, des cordiaux pour les ranimer. Et tout cela ne concourt-il pas au bien ? Les grâces sont nos titres pour le ciel. N’est-il pas bon d’avoir nos titres en main à l’heure de la mort ?
5. Les anges concourent au bien des saints.
Les bons anges sont prêts à rendre au peuple de Dieu tous les offices de l’amour. « Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut? » (Hébreux 1:14). Certains Pères étaient d’avis que chaque croyant a son ange gardien. Ce sujet ne mérite pas un débat passionné. Qu’il nous suffise de savoir que toute la hiérarchie des anges est employée pour le bien des saints.
Les bons anges servent les saints pendant leur vie. L’ange consola la vierge Marie (Luc 1:28). Les anges fermèrent la gueule des lions, afin qu’ils ne pussent faire aucun mal à Daniel (Daniel 6:22). Le chrétien a autour de lui une garde invisible d’anges. « il ordonnera à ses anges De te garder dans toutes tes voies » (Psaume 91:11). Les anges font partie de la garde du corps des saints, et même les premiers des anges : « Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu? » Les plus hauts des anges prennent soin des plus humbles des saints.
Les bons anges servent les saints à la mort. Les anges entourent le lit de souffrance des saints pour les consoler. Comme Dieu console par son Esprit, il console aussi par ses anges. Christ, dans son agonie, fut fortifié par un ange (Luc 22:43) ; ainsi le sont les croyants dans l’agonie de la mort ; et quand les saints rendent le dernier soupir, leur âme est portée au ciel par une escorte d’anges (Luc 16:22).
Les bons anges servent aussi les saints au jour du jugement. Les anges ouvriront les tombeaux des saints et les conduiront en la présence de Christ, quand ils seront rendus semblables à son corps glorieux. « Il enverra ses anges, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu’à l’autre » (Matthieu 24:31). Au jour du jugement, les anges délivreront les hommes pieux de tous leurs ennemis. Ici-bas, les saints sont harcelés par des ennemis. « Ils sont mes adversaires, parce que je recherche le bien » (Psaume 38:21). Eh bien, les anges remettront bientôt au peuple de Dieu un acte de délivrance et l’affranchiront de tous ses ennemis : « L’ivraie, ce sont les fils du malin ; la moisson, c’est la fin du monde; les moissonneurs, ce sont les anges. Or, comme on arrache l’ivraie et qu’on la jette au feu, il en sera de même à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l’iniquité: et ils les jetteront dans la fournaise ardente » (Matthieu 13:38-42). Au jour du jugement, les anges de Dieu prendront les méchants, qui sont l’ivraie, les lieront en gerbes et les jetteront dans la fournaise de l’enfer ; et alors les hommes pieux ne seront plus troublés par aucun ennemi : c’est ainsi que les bons anges concourent au bien. Voyez ici l’honneur et la dignité du croyant. Il porte, écrit sur lui, le nom de Dieu (Apocalypse 3:12) ; il a le Saint-Esprit qui habite en lui (2 Timothée 1:14), et une garde d’anges qui l’accompagne.
6. La communion des saints concourt au bien.
« Nous contribuons à votre joie » (2 Corinthiens 1:24). Un chrétien qui s’entretient avec un autre est pour lui un moyen d’affermissement. Comme les pierres d’une voûte se fortifient l’une l’autre, un chrétien, en communiquant son expérience, réchauffe et ranime un autre chrétien. « Excitons-nous les uns les autres à la charité et aux bonnes œuvres » (Hébreux 10:24). Comme la grâce fleurit par les saints entretiens ! Un chrétien, par un bon discours, fait tomber sur un autre cette huile qui fait brûler plus clair la lampe de sa foi.
7. L’intercession de Christ concourt au bien.
Christ est au ciel comme Aaron, avec sa lame d’or sur le front et son précieux encens ; et il prie pour tous les croyants comme il l’a fait pour les apôtres. « Ce n’est pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi » (Jean 17:20). Quand un chrétien est faible et peut à peine prier pour lui-même, Jésus-Christ prie pour lui ; et il demande trois choses. Premièrement, que les saints soient gardés du péché (Jean 17:15). « Je te prie de les préserver du mal. » Nous vivons dans le monde comme dans une maison de pestiférés ; Christ prie pour que ses saints ne soient pas infectés par le mal contagieux de leur temps. Deuxièmement, pour le progrès de son peuple dans la sainteté : « Sanctifie-les » (Jean 17:17). Qu’ils reçoivent sans cesse de nouveaux secours de l’Esprit et soient oints d’une huile fraîche. Troisièmement, pour leur glorification : « Père, je veux que là où je suis ceux que tu m’as donnés soient aussi avec moi » (Jean 17:24). Christ n’est pas satisfait tant que les saints ne sont pas dans ses bras. Cette prière qu’il a faite sur la terre est la copie et le modèle de sa prière dans le ciel. Quelle consolation : quand Satan tente, Christ prie ! Cela concourt au bien.
La prière de Christ ôte les péchés de nos prières. Un enfant, dit Ambroise, qui veut offrir un bouquet à son père, va au jardin et y cueille pêle-mêle des fleurs et des mauvaises herbes ; mais quand il arrive auprès de sa mère, elle ôte les mauvaises herbes et lie les fleurs, et c’est ainsi que le bouquet est présenté au père. De même, quand nous avons fait monter nos prières, Christ vient, arrache les mauvaises herbes, c’est-à-dire le péché de notre prière, et ne présente à son Père que des fleurs, qui sont un parfum d’agréable odeur.
8. Les prières des saints concourent au bien des hommes pieux.
Les saints prient pour tous les membres du corps mystique, et leurs prières ont une grande efficacité. Elles obtiennent la guérison des malades : « La prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera » (Jacques 5:15). Elles obtiennent la victoire sur les ennemis. « Fais donc monter une prière pour le reste qui subsiste encore » (Ésaïe 37:4). « Alors l’ange de l’Éternel sortit, et frappa dans le camp des Assyriens cent quatre-vingt-cinq mille hommes » (Ésaïe 37:36). Elles obtiennent la délivrance de prison. « L’Église ne cessait d’adresser pour lui des prières à Dieu. Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière brilla dans la prison. L’ange réveilla Pierre, en le frappant au côté, et en disant: Lève-toi promptement! Les chaînes tombèrent de ses mains » (Actes 12:5-7). L’ange fit sortir Pierre de prison, mais c’est la prière qui fit venir l’ange. Elles obtiennent le pardon du péché. « Job, mon serviteur, priera pour vous, et c’est lui que j’agréerai » (Job 42:8). Ainsi les prières des saints concourent au bien du corps mystique. Et ce n’est pas un mince privilège pour un enfant de Dieu que d’avoir en permanence un commerce de prières mené en sa faveur. En quelque lieu qu’il arrive, il peut dire : « J’ai ici des prières pour moi ; que dis-je ? dans le monde entier j’ai un fonds de prières qui travaille pour moi. Quand je suis mal disposé et désaccordé, d’autres prient pour moi, qui sont vifs et pleins d’ardeur. » Ainsi les meilleures choses concourent au bien du peuple de Dieu.
Chapitre 3 terminé
Les meilleures choses concourent au bien des hommes pieux