Moyen court et très facile de faire oraison
L'oraison et le sacrifice

Chapitre 13 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

L'oraison et le sacrifice

L’oraison doit être à la fois demande et sacrifice.

L’oraison, selon le témoignage de saint Jean, est un encens dont le parfum monte jusqu’à Dieu. C’est pourquoi il est dit dans l’Apocalypse (chap. 8, v. 3) qu’un ange tenait un encensoir qui contenait l’encens des prières des saints.

L’oraison est un épanchement du cœur en la présence de Dieu. « Je répandais mon âme devant l’Éternel », disait la mère de Samuel (1 S 1.15). Ainsi les prières des Mages aux pieds de l’enfant Jésus, dans l’étable de Bethléhem, étaient figurées par l’encens qu’ils offrirent.

L’oraison est la chaleur de l’amour, qui fond et dissout l’âme et la porte jusqu’à Dieu. À mesure qu’elle fond, elle exhale son odeur, et cette odeur vient de l’amour qui la brûle.

C’est ce que voulait dire l’Épouse lorsqu’elle disait : « Tandis que le roi est à sa table, Mon nard exhale son parfum. » (Ct 1.12). La table, c’est le cœur. Quand Dieu y est, et que nous nous tenons près de lui, en sa présence, cette présence de Dieu fond et dissout la dureté de nos cœurs, et, à mesure qu’ils fondent, ils exhalent leur parfum. C’est pourquoi l’Époux, voyant son Épouse ainsi fondue par la parole de son Bien-Aimé, dit : « Qui est celle qui monte du désert, […] Au milieu des vapeurs de myrrhe et d’encens ? » (Ct 3.6).

Ainsi l’âme s’élève vers son Dieu. Mais pour cela il faut qu’elle se laisse détruire et anéantir par la force de l’amour. C’est là un état de sacrifice essentiel à la religion chrétienne, par lequel l’âme se laisse détruire et anéantir pour rendre hommage à la souveraineté de Dieu ; ainsi qu’il est écrit : « Grande est la puissance du Seigneur, et il est honoré par les humbles » (Si 3.20). Et la destruction de notre propre être confesse l’être souverain de Dieu.


Il faut que nous cessions d’être, afin que l’Esprit du Verbe soit en nous. Pour qu’il vienne à nous, il faut lui céder notre vie, et mourir à nous-mêmes afin qu’il vive en nous, et que, étant morts, notre vie soit cachée avec Christ en Dieu (Col 3.3).

« Venez à moi, dit Dieu, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits » (Si 24.19). Mais comment pouvons-nous être remplis de Dieu ? Seulement en nous vidant de nous-mêmes, et en sortant de nous-mêmes pour nous perdre en lui.

Or cela ne peut jamais se faire que si nous devenons néant. Le néant est la véritable oraison, qui rend à Dieu « l’honneur, la gloire, et la force, aux siècles des siècles » (Ap 5.13).

Cette oraison est l’oraison de vérité. C’est adorer le Père en esprit et en vérité. En esprit, parce que par elle nous sommes tirés de notre action humaine et charnelle pour entrer dans la pureté de l’Esprit, qui prie en nous ; et en vérité, parce que l’âme y est conduite dans la vérité du TOUT de Dieu et du RIEN de la créature.

Il n’y a que ces deux vérités, le TOUT et le RIEN. Tout le reste est mensonge.


Nous ne pouvons honorer le TOUT de Dieu que par notre NÉANT ; et nous ne sommes pas plus tôt devenus néant que Dieu, qui ne souffre pas que nous restions vides, nous remplit de lui-même. Oh ! si tous connaissaient les biens qui viennent à l’âme par cette oraison, ils ne voudraient plus d’aucune autre : c’est la perle de grand prix ; c’est le trésor caché. Celui qui le trouve vend avec joie tout ce qu’il a pour l’acheter (Mt 13.44, 46). C’est la source d’eau vive qui jaillit jusque dans la vie éternelle (Jn 4.14). C’est la pratique des pures maximes de l’Évangile.

Christ lui-même ne nous dit-Il pas que le royaume de Dieu est au-dedans de nous ? (Lc 17.21). Ce royaume s’établit de deux manières. La première, quand Dieu est si pleinement maître de nous que rien ne lui résiste : alors notre cœur est vraiment son royaume. L’autre manière, c’est qu’en possédant Dieu, qui est le Seigneur souverain, nous possédons le royaume de Dieu, qui est le comble de la félicité et la fin pour laquelle nous avons été créés. Comme on l’a dit, servir Dieu, c’est régner.

La fin pour laquelle nous avons été créés est de jouir de Dieu dès cette vie, et les hommes ne le croient pas !

Page 1 / 1 · 4 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant