Appel sérieux à une vie dévote et sainte
Où l’on recommande la dévotion de trois heures, appelée dans l’Écriture la neuvième heure du jour. Le sujet de la prière à cette heure est la résignation au bon plaisir divin. De la nature et du devoir de la conformité à la volonté de Dieu dans toutes nos actions et tous nos desseins

Chapitre 22 · 27 min de lecture · 35 min d’écoute

Où l’on recommande la dévotion de trois heures, appelée dans l’Écriture la neuvième heure du jour. Le sujet de la prière à cette heure est la résignation au bon plaisir divin. De la nature et du devoir de la conformité à la volonté de Dieu dans toutes nos actions et tous nos desseins

J’AI recommandé certains sujets pour être la matière fixe et principale de vos dévotions à toutes les heures de prière qui ont déjà été considérées.

Ainsi, l’action de grâces et l’oblation de vous-même à Dieu, à vos premières prières du matin ; à neuf heures, la grande vertu de l’humilité chrétienne doit faire la principale partie de vos demandes. À midi, vous êtes appelé à prier pour obtenir toutes les grâces de l’amour universel, et à l’allumer dans votre cœur par telles intercessions générales et particulières que votre propre état et vos relations avec les autres semblent plus particulièrement exiger de vous.

À cette heure de l’après-midi, l’on vous demande de considérer la nécessité de la résignation et de la conformité à la volonté de Dieu, et de faire de cette grande vertu la principale matière de vos prières.

Il n’y a rien de sage, ni de saint, ni de juste, que la grande volonté de Dieu. Cela est aussi rigoureusement vrai, dans le sens le plus strict, que de dire que rien n’est infini et éternel que Dieu.

Nuls êtres, par conséquent, soit dans le ciel, soit sur la terre, ne peuvent être sages, ni saints, ni justes, qu’autant qu’ils se conforment à cette volonté de Dieu. C’est la conformité à cette volonté qui donne la vertu et la perfection aux plus hauts services des anges dans le ciel ; et c’est la conformité à cette même volonté qui fait que les actions ordinaires des hommes sur la terre deviennent un service agréable à Dieu.

Toute la nature de la vertu consiste à se conformer à la volonté de Dieu, et toute la nature du vice à s’en écarter. Toutes les créatures de Dieu sont créées pour accomplir sa volonté ; le soleil et la lune obéissent à sa volonté par la nécessité de leur nature ; les anges se conforment à sa volonté par la perfection de leur nature ; si donc vous voulez montrer que vous n’êtes pas un rebelle et un apostat de l’ordre de la création, vous devez agir comme les êtres qui sont au-dessus et au-dessous de vous ; il faut que ce soit le grand désir de votre âme que la volonté de Dieu soit faite par vous sur la terre, comme elle est faite dans le ciel. Il faut que ce soit le dessein arrêté et l’intention de votre cœur de ne rien vouloir, de ne rien projeter, de ne rien faire, qu’autant que vous avez raison de croire que c’est la volonté de Dieu que vous le désiriez, le projetiez et le fassiez.

Il est aussi juste et aussi nécessaire de vivre dans cette disposition de cœur, de penser ainsi de Dieu et de vous-même, que de penser que vous dépendez de lui en quelque chose. Et c’est une aussi grande rébellion contre Dieu de penser que votre volonté puisse jamais différer de la sienne, que de penser que vous n’avez pas reçu de lui le pouvoir de vouloir.

Vous devez donc vous considérer comme un être qui n’a d’autre affaire dans le monde que d’être ce que Dieu exige que vous soyez ; qui ne doit avoir ni dispositions, ni règles à lui, ne chercher ni desseins propres ni fins personnelles, mais remplir quelque place et jouer quelque rôle, dans une stricte conformité et une reconnaissante résignation au bon plaisir divin.

Penser que vous êtes à vous-même, ou à votre propre disposition, est aussi absurde que de penser que vous vous êtes créé vous-même et que vous pouvez vous conserver. C’est un premier principe aussi clair et aussi nécessaire de croire que vous êtes ainsi à Dieu, que vous lui appartenez ainsi, et que vous devez tout faire et tout souffrir dans une reconnaissante résignation à son bon plaisir, que de croire qu’en lui vous avez « la vie, le mouvement, et l’être ». [Actes 17:28]

La résignation à la volonté divine signifie une joyeuse approbation et une reconnaissante acceptation de tout ce qui vient de Dieu. Il ne suffit pas de se soumettre patiemment ; il faut que nous recevions avec reconnaissance, et que nous approuvions pleinement, tout ce qui nous arrive par l’ordre de la providence de Dieu.

Car il n’y a point de raison pour que nous soyons patients qui ne soit une raison aussi bonne et aussi forte pour que nous soyons reconnaissants. Si nous étions entre les mains d’un médecin sage et bon, qui ne pût se tromper, ni rien nous faire qui ne tendît certainement à notre bien, il ne suffirait pas d’être patient et de s’abstenir de murmurer contre un tel médecin ; mais ce serait un aussi grand manquement au devoir et à la gratitude envers lui de n’être pas content et reconnaissant de ce qu’il ferait, que ce le serait de murmurer contre lui.

Or tel est notre véritable état à l’égard de Dieu ; on ne peut pas même dire que nous croyons en lui, à moins que nous ne le croyions d’une sagesse infinie. Tout argument en faveur de la patience sous les dispositions qu’il fait de nous est donc un argument aussi fort en faveur de l’approbation et de la reconnaissance pour tout ce qu’il nous fait. Et il n’en faut pas davantage pour nous disposer à cette gratitude envers Dieu qu’une pleine croyance en lui, qu’il est cet Être d’une sagesse, d’un amour et d’une bonté infinis.

Donnez seulement votre assentiment à cette vérité, de la même manière que vous le donnez aux choses dont vous ne doutez nullement, et alors vous approuverez joyeusement tout ce que Dieu a déjà approuvé pour vous.

Car, de même que vous ne pouvez être content de la conduite d’une personne envers vous qu’autant qu’elle est pour votre bien, qu’elle est sage en elle-même, et qu’elle est l’effet de son amour et de sa bonté envers vous ; de même, quand vous êtes convaincu que Dieu ne fait pas seulement ce qui est sage, et bon, et bienveillant, mais ce qui est l’effet d’une sagesse et d’un amour infinis dans le soin qu’il prend de vous, il sera aussi nécessaire, tant que vous aurez cette foi, d’être reconnaissant et content de tout ce que Dieu choisit pour vous, que de souhaiter votre propre bonheur.

Toutes les fois donc que vous vous trouvez disposé à l’inquiétude, ou à murmurer de quelque chose qui est l’effet de la providence de Dieu sur nous, vous devez vous regarder comme niant ou la sagesse ou la bonté de Dieu. Car toute plainte suppose nécessairement cela. Vous ne vous plaindriez jamais de votre prochain si vous ne supposiez que vous pouvez montrer que sa conduite envers vous est ou imprudente, ou injuste, ou malveillante.

Or tout murmure, toute réflexion impatiente sous la providence de Dieu, est la même accusation portée contre Dieu. Une plainte suppose toujours un mauvais traitement.

Par là aussi vous pouvez voir la grande nécessité et la piété de cette disposition reconnaissante du cœur, puisque le défaut de celle-ci implique qu’on accuse Dieu de manquer ou de sagesse ou de bonté dans les dispositions qu’il fait de nous. Ce n’est donc pas quelque haut degré de perfection, fondé sur quelque subtilité de pensée peu commune ou sur des notions raffinées, mais un principe tout simple, fondé sur cette simple croyance, que Dieu est un Être d’une sagesse et d’une bonté infinies.

Or cette résignation à la volonté divine peut être considérée sous deux rapports : premièrement, en tant qu’elle signifie une reconnaissante approbation de la providence générale de Dieu sur le monde ; secondement, en tant qu’elle signifie une reconnaissante acceptation de sa providence particulière sur nous.

Premièrement, tout homme est obligé, par la loi de sa création et par le premier article de son symbole, de reconnaître la sagesse et la bonté de Dieu dans sa providence générale sur le monde entier, et d’y donner son consentement. Il doit croire que c’est l’effet de la grande sagesse et de la grande bonté de Dieu que le monde lui-même ait été formé en tel temps particulier, et de telle manière ; que l’ordre général de la nature, toute la structure des choses, est conçu et formé de la meilleure manière. Il doit croire que la providence de Dieu sur les États et les royaumes, sur les temps et les saisons, est entièrement pour le mieux : que les révolutions des États et les changements des empires, l’élévation et la chute des monarchies, les persécutions, les guerres, les famines et les pestes, sont tous permis et conduits par la providence de Dieu pour le bien général de l’homme dans cet état d’épreuve.

L’homme de bien doit croire tout cela avec la même plénitude d’assentiment qu’il croit que Dieu est en tout lieu, bien qu’il ne voie ni ne puisse comprendre la manière de sa présence.

C’est une noble magnificence de pensée, une vraie grandeur d’âme religieuse, que d’être ainsi touché de la providence générale de Dieu, admirant et magnifiant sa sagesse en toutes choses ; ne murmurant jamais contre le cours du monde ou l’état des choses, mais regardant tout ce qui nous entoure, le ciel et la terre, en spectateur satisfait, et adorant cette main invisible qui donne des lois à tous les mouvements et qui fait tourner tous les événements à des fins conformes à la plus haute sagesse et à la plus haute bonté.

Il est très ordinaire que les gens se permettent une grande liberté de trouver à redire à des choses qui n’ont que Dieu pour cause.

Chacun pense pouvoir dire avec justice dans quel climat misérable et abominable il vit. Celui-ci vous dit à tout propos quelle journée lugubre et maudite il fait, et quelles saisons insupportables nous avons. Un autre pense qu’il a fort peu de sujets de remercier Dieu, qu’il ne vaut guère la peine de vivre dans un monde si plein de changements et de révolutions. Mais ce sont là des dispositions d’une grande impiété, et qui montrent que la religion n’a pas encore son siège dans le cœur de ceux qui les ont.

Il sonne bien mieux, à la vérité, de murmurer contre le cours du monde ou l’état des choses que de murmurer contre la Providence ; de se plaindre des saisons et du temps qu’il fait que de se plaindre de Dieu ; mais si ces choses n’ont d’autre cause que Dieu et sa providence, c’est une pauvre distinction que de dire que vous n’êtes fâché que contre les choses, et non contre Celui qui en est la Cause et le Directeur.

Combien toute la structure du monde est sacrée, combien toutes choses doivent être considérées comme appartenant à Dieu et lui être rapportées, c’est ce que notre bienheureux Seigneur enseigne pleinement au sujet des serments : « Mais moi, je vous dis de ne jurer aucunement, ni par le ciel, parce que c’est le trône de Dieu; ni par la terre, parce que c’est son marchepied; ni par Jérusalem, parce que c’est la ville du grand roi. Ne jure pas non plus par ta tête, car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu » ; [Matthieu 5:34-36] c’est-à-dire parce que la blancheur ou la noirceur de ton cheveu n’est pas à toi, mais à Dieu.

Vous voyez ici que toutes choses, dans tout l’ordre de la nature, depuis les plus hauts cieux jusqu’au plus petit cheveu, doivent toujours être considérées, non pas séparément, comme elles sont en elles-mêmes, mais comme ayant quelque rapport à Dieu. Et si c’est là bien raisonner : Tu ne jureras ni par la terre, ni par une ville, ni par ton cheveu, parce que ces choses sont à Dieu et lui appartiennent d’une certaine manière ; n’est-ce pas exactement le même raisonnement de dire : Tu ne murmureras ni contre les saisons de la terre, ni contre l’état des villes, ni contre le changement des temps, parce que toutes ces choses sont entre les mains de Dieu, l’ont pour auteur, et sont dirigées et gouvernées par lui vers les fins les plus conformes à sa sage providence ?

Si vous pensez pouvoir murmurer contre l’état des choses sans murmurer contre la Providence, ou vous plaindre des saisons sans vous plaindre de Dieu, écoutez ce que notre bienheureux Seigneur dit encore au sujet des serments : « Celui qui jure par l’autel jure par l’autel et par tout ce qui est dessus; celui qui jure par le temple jure par le temple et par celui qui l’habite; et celui qui jure par le ciel jure par le trône de Dieu et par celui qui y est assis. » [Matthieu 23:20-22]

Or cette Écriture ne nous oblige-t-elle pas clairement à raisonner de cette manière ? Quiconque murmure contre le cours du monde murmure contre Dieu, qui gouverne le cours du monde. Quiconque se chagrine des saisons et du temps qu’il fait, et parle avec impatience des temps et des événements, se chagrine contre Dieu et parle de lui avec impatience, lui qui est le seul Seigneur et Gouverneur des temps, des saisons et des événements.

Comme donc, lorsque nous pensons à Dieu lui-même, nous ne devons avoir d’autres sentiments que de louange et d’action de grâces ; de même, quand nous regardons les choses qui sont sous la direction de Dieu et gouvernées par sa providence, nous devons les recevoir avec les mêmes dispositions de louange et de gratitude.

Et bien que nous ne devions pas croire justes, équitables et légitimes toutes les choses que la providence de Dieu permet — car alors rien ne pourrait être injuste, puisque rien n’est sans sa permission —, nous devons cependant adorer Dieu dans les plus grandes calamités publiques et dans les persécutions les plus cruelles, comme dans des choses que Dieu laisse arriver, ainsi que les pestes et les famines, pour des fins conformes à sa sagesse et à sa gloire dans le gouvernement du monde.

Il n’y a rien de plus convenable à la piété d’une créature raisonnable, ni à l’esprit d’un chrétien, que d’approuver, d’admirer et de glorifier ainsi Dieu dans tous les actes de sa providence générale, en considérant le monde entier comme sa famille particulière, et tous les événements comme dirigés par sa sagesse.

Chacun semble consentir à cette vérité comme à une vérité indéniable, que toutes choses doivent être comme il plaît à Dieu ; et cela ne suffit-il pas pour que chacun en soit lui-même content ? Et comment un homme peut-il se plaindre avec aigreur de quoi que ce soit qui est l’effet de la Providence, sinon en montrant que sa propre volonté et sa propre sagesse ont plus de poids auprès de lui que la volonté et la sagesse de Dieu ? Et que peut-on dire que la religion ait fait pour un homme dont le cœur est dans cet état ?

Car s’il ne peut remercier et louer Dieu aussi bien dans les calamités et les souffrances que dans la prospérité et le bonheur, il est aussi éloigné de la piété d’un chrétien que celui qui n’aime que ceux qui l’aiment est éloigné de la charité d’un chrétien. Car remercier Dieu seulement des choses qui vous plaisent n’est pas plus un véritable acte de piété que croire seulement ce que vous voyez n’est un acte de foi.

La résignation et l’action de grâces envers Dieu ne sont des actes de piété que lorsqu’elles sont des actes de foi, de confiance et d’assurance en la bonté divine.

La foi d’Abraham fut un acte de vraie piété, parce qu’elle ne s’arrêta devant aucune difficulté, et qu’elle ne fut ni altérée ni diminuée par aucune apparence humaine. Elle l’emmena d’abord, contre toute apparence de bonheur, loin de sa parenté et de son pays, dans une terre étrangère, sans savoir où il allait. Elle le fit ensuite, contre toutes les apparences de la nature, lorsque son corps était déjà usé, lorsqu’il avait près de cent ans, se reposer sur la promesse de Dieu, dans la pleine conviction que ce qu’il promet il peut aussi l’accomplir. Ce fut cette même foi qui, contre tant de raisons de la nature, contre tant d’apparences de la raison, le décida à offrir Isaac — « il pensait que Dieu est puissant, même pour ressusciter les morts ». [Hébreux 11:17, 19]

Or cette foi est le vrai modèle de la résignation chrétienne au bon plaisir divin ; vous devez remercier et louer Dieu, non seulement pour les choses qui vous sont agréables et qui ont l’apparence du bonheur et de la consolation, mais encore quand vous êtes appelé, comme Abraham, loin de toute apparence de consolation, à être pèlerin dans une terre étrangère, à vous séparer d’un fils unique ; étant aussi pleinement persuadé de la bonté divine dans toutes les choses qui vous arrivent, qu’Abraham l’était de la promesse divine lorsqu’il y avait le moins d’apparence qu’elle s’accomplît.

Telle est la vraie résignation chrétienne à Dieu, qui ne demande rien de plus pour se soutenir qu’une aussi simple assurance de la bonté de Dieu qu’Abraham en avait de sa véracité. Et si vous vous demandez quelle plus grande raison Abraham avait de se reposer sur la véracité divine que vous n’en avez de vous reposer sur la bonté divine, vous trouverez qu’on n’en peut donner aucune.

Vous ne pouvez donc regarder cela comme un degré de perfection inutilement élevé, puisque le défaut de cette résignation implique le défaut, non de quelques notions élevées, mais d’une foi simple et ordinaire aux doctrines les plus certaines de la religion tant naturelle que révélée.

Voilà pour la résignation à la volonté divine, en tant qu’elle signifie une reconnaissante approbation de la providence générale de Dieu : il faut maintenant la considérer en tant qu’elle signifie une reconnaissante acceptation de la providence particulière de Dieu sur nous.

Chaque homme doit se considérer comme un objet particulier de la providence de Dieu, sous le même soin et la même protection de Dieu que si le monde avait été fait pour lui seul. Ce n’est point par hasard qu’un homme naît en tel temps, de tels parents, et en tel lieu et en telle condition. Il est aussi certain que chaque âme vient dans le corps en tel temps et en telles circonstances par le dessein exprès de Dieu, selon quelques desseins de sa volonté et pour quelques fins particulières ; cela est aussi certain qu’il l’est que c’est par le dessein exprès de Dieu que certains êtres sont des anges et d’autres des hommes.

C’est tout autant par le conseil et le dessein éternel de Dieu que vous deviez naître dans votre état particulier, et qu’Isaac dût être le fils d’Abraham, que Gabriel dût être un ange, et Isaac un homme.

Les Écritures nous assurent que ce fut par une disposition divine que notre bienheureux Sauveur naquit à Bethléhem, et en tel temps. Or, bien que ce fût à la dignité de sa personne et à la grande importance de sa naissance que l’on dût que tant du conseil divin fût déclaré au monde touchant le temps et la manière de cette naissance, nous sommes cependant tout aussi sûrs, par ces mêmes Écritures, que le temps et la manière de la venue de tout homme dans le monde sont selon quelques desseins éternels et quelque direction de la providence divine, et en tels temps, lieux et circonstances qui sont dirigés et gouvernés par Dieu pour des fins particulières de sa sagesse et de sa bonté.

Nous en sommes aussi certains, par une révélation claire, que nous pouvons l’être de quoi que ce soit. Car s’il nous est dit que pas un passereau ne tombe à terre sans notre Père céleste, quelque chose peut-il nous enseigner plus fortement que des êtres beaucoup plus grands, tels que les âmes humaines, ne viennent pas au monde sans le soin et la direction de notre Père céleste ? S’il est dit : « Et même les cheveux de votre tête sont tous comptés », n’est-ce pas pour nous apprendre que rien, pas même les plus petites choses qu’on puisse imaginer, ne nous arrive par hasard ? Mais si les plus petites choses que nous puissions concevoir sont déclarées être sous la direction divine, avons-nous besoin, ou pouvons-nous recevoir, un enseignement plus clair, que les plus grandes choses de la vie, telles que la manière de notre venue au monde, nos parents, le temps et les autres circonstances de notre naissance et de notre condition, sont toutes selon les desseins éternels, la direction et la disposition de la providence divine ?

Quand les disciples posèrent cette question à notre bienheureux Seigneur au sujet de l’aveugle, en disant : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle? » celui qui était l’éternelle Sagesse de Dieu fit cette réponse : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. » [Jean 9:2, 3] Il déclarait clairement par là que les circonstances particulières de la naissance de chaque homme, le corps qu’il reçoit, et la condition et l’état de vie dans lequel il naît, sont réglés par une Providence secrète, qui dirige toutes choses vers leurs temps et leurs saisons particuliers et leur manière d’exister, afin que la sagesse et les œuvres de Dieu soient manifestées en elles toutes.

Puis donc qu’il est ainsi certain que nous sommes ce que nous sommes quant à la naissance, au temps et à la condition de notre entrée dans le monde ; puisque tout ce qui est particulier dans notre état est l’effet de la providence particulière de Dieu sur nous, et destiné à quelques fins particulières tant de sa gloire que de notre propre bonheur, nous sommes appelés, par les plus grandes obligations de la gratitude, à conformer et à résigner notre volonté à la volonté de Dieu sous tous ces rapports ; approuvant et acceptant avec reconnaissance tout ce qui est particulier dans notre état ; louant et glorifiant son nom de ce que nous sommes nés de tels parents et dans telles circonstances d’état et de condition ; étant pleinement assurés que ce fut pour quelques raisons d’une sagesse et d’une bonté infinies que nous sommes ainsi nés dans tels états particuliers de la vie.

Si l’homme dont il vient d’être parlé était né aveugle afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui, n’avait-il pas grande raison de louer Dieu de l’avoir désigné d’une manière si particulière pour être l’instrument de sa gloire ? Et si l’un naît ici et l’autre là ; si l’un tombe parmi les richesses et l’autre dans la pauvreté ; si l’un reçoit sa chair et son sang de ces parents-ci et l’autre de ceux-là, pour des fins aussi particulières que celles pour lesquelles cet homme naquit aveugle ; tous n’ont-ils pas la plus grande raison de bénir Dieu et d’être reconnaissants de leur état et de leur condition particulière, puisque tout ce qui y est particulier est aussi directement destiné à la gloire de Dieu et à leur propre bien que la cécité particulière de cet homme qui naquit ainsi, afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui ?

Quelle noble idée cela nous donne de l’omniscience divine présidant sur le monde entier, et gouvernant une si longue chaîne et une telle combinaison d’accidents et de hasards apparents pour l’avantage commun et particulier de tous les êtres ! En sorte que toutes les personnes, dans une si merveilleuse variété de causes, d’accidents et d’événements, tombent toutes dans tels états particuliers qui ont été prévus et préordonnés pour leur plus grand avantage, et de manière à servir le mieux aux fins sages et glorieuses du gouvernement que Dieu exerce sur le monde entier.

Si vous aviez été toute autre chose que ce que vous êtes, vous auriez été, tout bien considéré, pourvu moins sagement que vous ne l’êtes maintenant : il vous aurait manqué quelques circonstances et quelques conditions qui sont les plus propres à vous rendre heureux vous-même et utile à la gloire de Dieu.

Si vous pouviez voir tout ce que Dieu voit, toute cette heureuse chaîne de causes et de motifs qui doivent vous pousser et vous inviter à une conduite droite, vous verriez de quoi vous faire aimer l’état où vous êtes, comme plus convenable pour vous que tout autre.

Mais comme vous ne pouvez voir cela, c’est ici que votre foi chrétienne et votre confiance en Dieu doivent s’exercer, et vous rendre aussi reconnaissant et aussi plein de gratitude pour le bonheur de votre état que si vous voyiez de vos propres yeux tout ce qui y contribue.

Or si tel est le cas de tout homme au monde, ainsi favorisé de quelque état particulier qui lui est le plus convenable, combien il est raisonnable que chacun veuille ce que Dieu a déjà voulu pour lui ! et que, par une pieuse foi et une pieuse confiance en la bonté divine, il adore et magnifie avec reconnaissance cette sage providence qui, il en est sûr, a fait pour lui le meilleur choix des choses qu’il ne pouvait choisir lui-même !

Toute inquiétude au sujet de notre propre état est fondée sur la comparaison que nous en faisons avec celui des autres ; ce qui est tout aussi déraisonnable que si un homme atteint d’hydropisie se fâchait contre ceux qui lui prescrivent d’autres choses que celles qui sont prescrites aux gens en bonne santé. Car tous les différents états de la vie sont comme les différents états des maladies ; ce qui est un remède pour un homme dans son état peut être un poison pour un autre.

En sorte que murmurer parce que vous n’êtes pas comme certains autres, c’est comme si un homme atteint d’une maladie murmurait de n’être pas traité comme celui qui est atteint d’une autre. Tandis que, s’il en faisait à sa volonté, il serait tué par cela même qui sera la guérison d’un autre.

Il en est exactement ainsi dans les diverses conditions de la vie ; si vous vous abandonnez à l’inquiétude, ou si vous vous plaignez de quelque chose dans votre état, vous pouvez, pour autant que vous le sachiez, être assez ingrat envers Dieu pour murmurer contre cela même qui doit être la cause de votre salut. S’il était en votre pouvoir d’obtenir ce dont vous trouvez si fâcheux d’être privé, ce serait peut-être cela même qui, plus que toute autre chose, vous exposerait le plus à la damnation éternelle.

En sorte que, soit que nous considérions la bonté infinie de Dieu, qui ne peut mal choisir pour nous, soit notre grande ignorance de ce qui nous est le plus avantageux, rien ne peut être aussi raisonnable et aussi pieux que de n’avoir d’autre volonté que celle de Dieu, et de ne rien désirer pour nous-mêmes, dans nos personnes, notre état et notre condition, que ce que la bonne providence de Dieu nous assigne.

De plus, comme la bonne providence de Dieu nous introduit ainsi dans le monde, dans les états et les conditions de vie qui nous sont le plus convenables, de même cette même sagesse infaillible ordonne tous les événements et tous les changements de tout le cours de notre vie de manière à en faire les moyens les plus propres à exercer et à faire croître notre vertu.

Rien ne nous nuit, rien ne nous perd, que le mauvais usage de cette liberté que Dieu nous a confiée.

Nous sommes aussi sûrs que rien ne nous arrive par hasard que nous le sommes que le monde lui-même n’a pas été fait par hasard ; nous sommes aussi certains que toutes choses arrivent et concourent ensemble à notre bien que nous le sommes que Dieu est la bonté même. En sorte qu’un homme a autant de raison de vouloir tout ce qui lui arrive, parce que Dieu le veut, que de penser que ce qui est dirigé par une sagesse infinie est ce qu’il y a de plus sage.

Ce n’est point là nous abuser ou nous bercer d’un faux contentement ou d’un bonheur imaginaire ; mais c’est une satisfaction fondée sur une certitude aussi grande que l’existence et les attributs de Dieu.

Car si nous avons raison de croire que Dieu agit envers nous avec une sagesse et une bonté infinies, nous ne pouvons porter trop haut nos notions de conformité et de résignation à la volonté divine ; et nous ne pouvons jamais être trompés en pensant que ce que Dieu a fait venir sur nous est ce qu’il y a de meilleur pour nous.

Car la providence de Dieu n’a pas plus de part au gouvernement de la nuit et du jour et à la variété des saisons qu’au cours ordinaire des événements qui semblent dépendre le plus de la simple volonté des hommes. En sorte qu’il est aussi rigoureusement juste de regarder tous les accidents et tous les changements de ce monde, tous les divers tours et toutes les vicissitudes de votre propre vie, comme étant aussi véritablement les effets de la providence divine que le lever et le coucher du soleil, ou les vicissitudes des saisons de l’année. Comme donc vous devez toujours adorer la sagesse de Dieu dans la direction de ces choses, de même c’est le même devoir raisonnable de toujours magnifier Dieu comme le Directeur, tout au même titre, de tout ce qui vous arrive dans le cours de votre propre vie.

Cette sainte résignation et cette conformité de votre volonté à la volonté de Dieu étant si bien le véritable état de la piété, j’espère que vous jugerez à propos de faire de cette heure de prière un temps constant où vous vous adresserez à Dieu pour obtenir un si grand don ; afin qu’en le demandant ainsi constamment, votre cœur y soit habituellement disposé, et toujours prêt à regarder toute chose comme étant à Dieu, et à le considérer en toute chose ; afin qu’ainsi tout ce qui vous arrive soit reçu dans l’esprit de piété et devienne un moyen d’exercer quelque vertu.

Il n’y a rien qui gouverne si puissamment le cœur, qui nous excite si fortement à des actions sages et raisonnables, qu’un vrai sentiment de la présence de Dieu. Mais comme nous ne pouvons voir ni saisir l’essence de Dieu, rien ne nous tiendra si constamment dans un vif sentiment de la présence de Dieu que cette sainte résignation qui lui attribue toutes choses et qui reçoit toutes choses comme venant de lui.

Si nous pouvions voir un miracle de Dieu, de quelle sainte crainte et de quelle vénération de sa présence nos pensées seraient saisies ! Mais si nous considérons toute chose comme l’ouvrage de Dieu, soit par son ordre, soit par sa permission, nous serons alors touchés des choses communes comme le seraient ceux qui verraient un miracle.

Car, de même qu’il n’y a rien qui doive vous toucher dans un miracle, sinon en tant qu’il est l’action de Dieu et qu’il annonce sa présence ; de même, quand vous considérerez Dieu comme agissant en toutes choses et en tous les événements, alors toutes choses vous deviendront vénérables comme des miracles, et vous rempliront des mêmes sentiments de crainte respectueuse devant la présence divine.

Or il ne faut pas que vous réserviez l’exercice de cette pieuse disposition pour certains temps ou certaines occasions particulières, ni que vous vous figuriez combien vous serez résigné à Dieu si telles ou telles épreuves venaient à se présenter. Car c’est vous amuser de la notion ou de l’idée de la résignation au lieu de la vertu elle-même.

Ne vous complaisez donc pas à penser avec quelle piété vous agiriez et vous vous soumettriez à Dieu dans une peste, ou une famine, ou une persécution ; mais appliquez-vous à la perfection du jour présent ; et soyez assuré que la meilleure manière de montrer un vrai zèle est de faire des petites choses les occasions d’une grande piété.

Commencez donc par les plus petites choses et les occasions les plus ordinaires, et accoutumez votre esprit à l’exercice quotidien de cette pieuse disposition dans les moindres rencontres de la vie. Et quand un mépris, un affront, une petite injure, une perte ou une déception, ou les plus petits événements de chaque jour, élèveront continuellement votre esprit à Dieu par de convenables actes de résignation, alors vous pourrez espérer avec raison d’être compté parmi ceux qui sont résignés et reconnaissants envers Dieu dans les plus grandes épreuves et les plus grandes afflictions.

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