Appel sérieux à une vie dévote et sainte
Du chant, ou de la psalmodie, dans nos dévotions particulières. De l’excellence et de l’utilité de ce genre de dévotion. Des grands effets qu’il produit sur nos cœurs. Des moyens de s’en acquitter de la meilleure manière

Chapitre 15 · 36 min de lecture · 46 min d’écoute

Du chant, ou de la psalmodie, dans nos dévotions particulières. De l’excellence et de l’utilité de ce genre de dévotion. Des grands effets qu’il produit sur nos cœurs. Des moyens de s’en acquitter de la meilleure manière

VOUS avez vu, dans le chapitre précédent, de quels moyens et de quelles méthodes vous devez user pour élever et accroître votre dévotion ; à quelle heure matinale vous devez commencer vos prières, et quel doit être le sujet de vos premières dévotions du matin.

Il reste encore une chose qu’il faut exiger que vous observiez, non seulement comme convenable et bonne à faire, mais comme une chose qu’on ne saurait négliger sans un grand préjudice pour vos dévotions : c’est de commencer toutes vos prières par un psaume.

Cela est si juste, si favorable à la dévotion, et a tant d’effet sur nos cœurs, qu’on peut en faire une règle commune à toutes les personnes.

Je ne veux pas dire que vous deviez lire un psaume d’un bout à l’autre, mais que vous deviez psalmodier ou chanter l’un de ces psaumes que nous appelons communément les psaumes de lecture. Car le chant est l’usage propre d’un psaume, tout autant que la supplication fervente est l’usage propre d’une formule de prière ; et un psaume qu’on se contente de lire ressemble fort à une prière qu’on se contente de parcourir des yeux.

Or la manière de psalmodier un psaume, telle qu’on la pratique dans les collèges, dans les universités et dans quelques églises, est à la portée de tout le monde. Le changement de la voix, dans cette psalmodie, est si léger et si naturel que chacun en est capable, et il suffit pourtant à éveiller et à entretenir l’allégresse de nos cœurs.

Vous devez donc regarder cette psalmodie comme un commencement nécessaire de vos dévotions, comme une chose destinée à réveiller tout ce qu’il y a en vous de bon et de saint, à rappeler vos esprits à leur véritable devoir, à vous mettre dans la meilleure disposition envers le ciel, et à accorder toutes les puissances de votre âme pour le culte et l’adoration.

Car il n’y a rien qui ouvre si bien le chemin à vos prières, rien qui dissipe si bien la torpeur du cœur, rien qui purifie si bien l’âme des passions basses et petites, rien qui ouvre si bien le ciel, ou qui porte votre cœur si près de lui, que ces cantiques de louange.

Ils font naître le sentiment de Dieu et les délices qu’on goûte en lui, ils réveillent les saints désirs, ils vous apprennent à demander, et ils obtiennent de Dieu qu’il donne. Ils allument une flamme sainte, ils changent votre cœur en autel et vos prières en encens, et les portent comme un parfum d’agréable odeur jusqu’au trône de la grâce.

La différence entre chanter et lire un psaume se comprendra aisément, si vous considérez la différence qu’il y a entre lire et chanter une chanson ordinaire que vous aimez. Tant que vous ne faites que la lire, vous ne faites que l’aimer, et c’est tout ; mais dès que vous la chantez, alors vous en jouissez, vous en sentez le charme ; elle s’est emparée de vous, vos passions marchent du même pas qu’elle, et vous sentez en vous le même esprit qui semble être dans les paroles.

Si vous disiez à quelqu’un qui possède une telle chanson qu’il n’a pas besoin de la chanter, qu’il suffit de la parcourir, il se demanderait ce que vous voulez dire ; et il vous trouverait aussi absurde que si vous lui disiez qu’il doit seulement regarder sa nourriture pour voir si elle est bonne, mais qu’il n’a pas besoin de la manger : car un cantique de louange qu’on ne chante pas ressemble fort à toute autre bonne chose dont on ne fait pas usage.

Vous direz peut-être que le chant est un talent particulier, qui n’appartient qu’à certaines personnes, et que vous n’avez ni la voix ni l’oreille qu’il faut pour faire de la musique.

Si vous aviez dit que le chant est un talent commun à tous, et que les hommes y diffèrent comme ils diffèrent en toutes les autres choses, vous auriez dit quelque chose de beaucoup plus vrai.

Car combien les hommes diffèrent prodigieusement dans le talent de penser, qui non seulement est commun à tous, mais semble être l’essence même de la nature humaine ! Avec quelle facilité certaines personnes raisonnent sur toutes choses ! et avec quelle peine d’autres raisonnent sur quoi que ce soit ! Avec quelle clarté certaines personnes discourent sur les matières les plus abstruses ! et avec quelle confusion d’autres parlent des sujets les plus simples !

Personne pourtant ne demande à être dispensé de penser, de raisonner ou de discourir, parce qu’il n’a pas ces talents au même degré que d’autres. Mais il est tout aussi juste qu’une personne se croie dispensée de penser à Dieu, de raisonner sur son devoir envers lui, ou de discourir sur les moyens du salut, parce qu’elle n’a pas ces talents à un degré éminent ; cela, dis-je, est tout aussi juste que de se croire dispensé de chanter les louanges de Dieu parce qu’on n’a pas l’oreille fine ou la voix musicale.

Car de même que c’est la parole, et non la parole gracieuse, qui est une partie requise de la prière ; de même que c’est l’inclination, et non l’inclination élégante, qui est une partie convenable de l’adoration ; de même c’est le chant, et non un chant savant et raffiné, qui est la manière requise de louer Dieu.

Si une personne s’abstenait de prier parce qu’elle a dans la voix un ton étrange, elle aurait une excuse aussi bonne que celle de l’homme qui s’abstient de chanter les psaumes parce qu’il gouverne mal sa voix. Et de même qu’un homme qui prononce ses prières, fût-ce d’un ton étrange, peut néanmoins remplir suffisamment toutes les fins de sa propre dévotion ; de même un homme qui chante un psaume, fût-ce d’une manière peu musicale, peut néanmoins remplir suffisamment toutes les fins de la réjouissance en Dieu et de sa louange.

En second lieu, cette objection pourrait avoir quelque poids si l’on vous demandait de chanter pour divertir les autres ; mais elle n’est pas recevable dans le cas présent, où l’on vous demande seulement de chanter les louanges de Dieu, comme une partie de votre dévotion particulière.

Si l’on demandait à une personne qui a une fort mauvaise voix et une méchante manière de parler d’être la bouche d’une assemblée, ce serait pour elle une excuse très légitime de dire qu’elle n’a ni la voix ni la manière de parler qui conviennent à la prière. Mais elle serait bien absurde si, pour la même raison, elle négligeait ses propres dévotions particulières.

Or c’est exactement le cas du chant des psaumes : il se peut que vous n’ayez pas le talent de chanter de manière à divertir les autres, et il est donc raisonnable de vous en excuser ; mais si, pour cette raison, vous vous dispensiez de cette manière de louer Dieu, vous seriez coupable d’une grande absurdité : car le chant n’est pas plus requis pour la musique qu’il produit, que la prière ne l’est pour les belles paroles qu’elle contient ; il l’est en tant qu’il est l’expression naturelle et propre d’un cœur qui se réjouit en Dieu.

Notre bienheureux Sauveur et ses apôtres chantèrent un cantique ; mais on peut raisonnablement supposer qu’ils se réjouissaient en Dieu plutôt qu’ils ne faisaient une belle musique.

Vivez seulement de telle sorte que votre cœur se réjouisse véritablement en Dieu, qu’il se sente touché des louanges de Dieu ; et vous verrez alors que, dans cet état, votre cœur ne manquera ni de voix ni d’oreille pour trouver un air à un psaume. Chacun, à un moment ou à un autre, se trouve capable de chanter en quelque mesure ; il y a des temps et des occasions de joie qui disposent tout le monde à exprimer ce qu’il ressent par quelque sorte d’harmonie. La joie qu’ils éprouvent les force à y faire prendre part à leur voix.

Celui donc qui dit qu’il manque de voix ou d’oreille pour chanter un psaume se trompe sur la cause : ce qui lui manque, c’est cet esprit qui se réjouit réellement en Dieu ; la torpeur est dans son cœur, et non dans son oreille : et quand son cœur ressentira une vraie joie en Dieu, quand il goûtera pleinement ce qu’expriment les Psaumes, il trouvera très doux de faire exprimer à sa voix les mouvements de son cœur.

Le chant, à la vérité, en tant qu’on en a fait un art, — en tant qu’il signifie le parcours de la voix à travers telle ou telle étendue de notes, et l’observation de la mesure parmi une variété étudiée de changements, n’est pas naturel, ni l’effet d’aucun état naturel de l’esprit ; aussi, en ce sens, n’est-il pas plus commun à tous que ne le sont à tous ces mouvements bizarres et inventés qui font la belle danse.

Mais le chant, en tant qu’il signifie un mouvement de la voix accordé aux mouvements du cœur, et un changement de ton selon le sens des paroles que nous prononçons, est aussi naturel et aussi commun à tous les hommes que de parler haut quand ils menacent dans la colère, ou de parler bas quand ils sont abattus et qu’ils demandent pardon.

Tous les hommes sont donc chanteurs, de la même manière que tous les hommes pensent, parlent, rient et se lamentent. Car le chant n’est pas plus une invention que ne le sont la douleur ou la joie.

Chaque état du cœur met naturellement le corps dans un état qui lui convient et qui est propre à le montrer aux autres. Si un homme est en colère ou plein de dédain, personne n’a besoin de lui apprendre à exprimer ces passions par le ton de sa voix. L’état de son cœur le dispose à faire de sa voix l’usage qui convient.

Si donc il n’y a que peu de chanteurs de cantiques divins, si les hommes ont besoin d’être exhortés à cette partie de la dévotion, c’est qu’il y en a peu dont le cœur soit élevé à un tel degré de piété qu’il ressente quelque mouvement de joie et de délices dans les louanges de Dieu.

Imaginez-vous que vous eussiez été avec Moïse lorsqu’il fut conduit à travers la mer Rouge ; que vous eussiez vu les eaux se diviser et se dresser en monceau de part et d’autre ; que vous les eussiez vues retenues jusqu’à ce que vous fussiez passé, puis retomber sur vos ennemis : pensez-vous qu’il vous eût alors manqué une voix ou une oreille pour chanter avec Moïse : « L’Éternel est ma force et le sujet de mes louanges; C’est lui qui m’a sauvé », etc. ? [Exode 15:2] Votre propre cœur, je le sais, vous dit qu’en une telle occasion tout le monde eût été chanteur. Que cela vous apprenne donc que c’est le cœur qui accorde la voix pour chanter les louanges de Dieu ; et que, si vous ne pouvez chanter aujourd’hui les mêmes paroles avec joie, c’est que vous n’êtes pas aussi touché du salut du monde par Jésus-Christ que les Juifs le furent, ou que vous-même l’eussiez été, de leur délivrance à la mer Rouge.

Que ce soit l’état du cœur qui dispose à se réjouir de telle ou telle sorte de chant, c’est ce qu’on peut aisément prouver par diverses observations sur la nature humaine. Un vieux débauché peut bien, selon le langage du monde, n’avoir ni voix ni oreille, si vous ne lui chantez qu’un psaume, ou une chanson à la louange de la vertu ; mais si, sur quelque air facile, vous lui chantez quelque chose qui célèbre ses débauches passées, alors, bien qu’il n’ait plus une dent dans la bouche, il vous montrera qu’il a et une voix et une oreille pour se joindre à une telle musique. Vous éveillez alors son cœur, et il chante sur de telles paroles aussi naturellement qu’il rit quand il est content. Et il en sera ainsi de toute chanson qui touche le cœur : si vous célébrez la passion dominante du cœur d’un homme, vous mettez sa voix au ton pour se joindre à vous.

Ainsi, si vous trouvez un homme dont la disposition dominante est la dévotion, dont le cœur est plein de Dieu, sa voix se réjouira dans ces cantiques de louange qui glorifient ce Dieu qui fait la joie de son cœur, bien qu’il n’ait ni voix ni oreille pour toute autre musique. Voulez-vous donc vous acquitter avec délices de cette partie de la dévotion ? il n’est pas si nécessaire d’apprendre un air ou de s’exercer sur les notes, que de préparer votre cœur ; car, comme le dit notre bienheureux Seigneur : « c’est du cœur que viennent les mauvaises pensées, les meurtres », etc. [Matthieu 15:19], et il est également vrai que c’est du cœur que viennent les saintes joies, l’action de grâces et la louange. Si vous pouvez une fois dire avec David : « Mon cœur est affermi, ô Dieu! Mon cœur est affermi » ; il vous sera très facile et très naturel d’ajouter, comme il le fit : « Je chanterai, je ferai retentir mes instruments », etc. [Psaume 57:8]

En second lieu, considérons maintenant une autre raison de ce genre de dévotion. De même que le chant est un effet naturel de la joie du cœur, de même il a aussi un pouvoir naturel de rendre le cœur joyeux.

L’âme et le corps sont si unis qu’ils ont chacun du pouvoir l’un sur l’autre dans leurs actions. Certaines pensées et certains sentiments de l’âme produisent dans le corps tels et tels mouvements et actions ; et, d’autre part, certains mouvements et actions du corps ont le même pouvoir de faire naître dans l’âme telles et telles pensées et tels sentiments. De sorte que, si le chant est l’effet naturel de la joie dans l’esprit, il est tout aussi véritablement une cause naturelle qui fait naître la joie dans l’esprit.

De même que la dévotion du cœur éclate naturellement en actes extérieurs de prière, de même les actes extérieurs de prière sont des moyens naturels de faire naître la dévotion du cœur.

Il en est ainsi de tous les états et de toutes les dispositions de l’esprit : de même que l’état intérieur de l’esprit produit des actions extérieures qui lui conviennent, de même ces actions extérieures ont un pareil pouvoir de faire naître un état intérieur de l’esprit qui leur convient. De même que la colère produit des paroles de colère, de même les paroles de colère accroissent la colère.

De sorte que, si nous considérons simplement la nature humaine, nous trouverons que chanter ou psalmodier les psaumes est aussi propre et aussi nécessaire pour élever nos cœurs jusqu’à trouver nos délices en Dieu, que la prière est propre et nécessaire pour exciter en nous l’esprit de dévotion. Toute raison en faveur de l’une est, à tous égards, une raison aussi forte en faveur de l’autre.

Si donc vous voulez connaître la raison et la nécessité du chant des psaumes, vous devez considérer la raison et la nécessité de louer Dieu et de se réjouir en lui ; car le chant des psaumes est le véritable exercice et le soutien de l’esprit d’action de grâces, tout autant que la prière est le véritable exercice et le soutien de l’esprit de dévotion. Et vous pourriez tout aussi bien croire que vous pouvez être dévot comme vous le devez sans faire usage de la prière, que croire que vous pouvez vous réjouir en Dieu comme vous le devez sans pratiquer le chant des psaumes : car ce chant est le langage naturel de la louange et de l’action de grâces, tout autant que la prière est le langage naturel de la dévotion.

L’union de l’âme et du corps n’est pas un mélange de leurs substances, comme nous voyons des corps s’unir et se mêler ensemble, mais elle consiste uniquement dans le pouvoir mutuel qu’ils ont d’agir l’un sur l’autre.

Si deux personnes étaient dans une telle dépendance l’une de l’autre que ni l’une ni l’autre ne pût agir, se mouvoir, penser, sentir, souffrir ou désirer quoi que ce soit sans mettre l’autre dans le même état, on pourrait dire avec justesse qu’elles seraient dans un état d’union étroite, bien que leurs substances ne fussent pas unies ensemble.

Or telle est l’union de l’âme et du corps : la substance de l’un ne peut être mêlée ni unie à celle de l’autre ; mais ils sont tenus ensemble dans un tel état d’union que toutes les actions et toutes les souffrances de l’un sont en même temps les actions et les souffrances de l’autre. L’âme n’a aucune pensée ni aucune passion où le corps n’ait part ; le corps n’a aucune action ni aucun mouvement qui n’affecte l’âme en quelque mesure.

Or, comme c’est la seule volonté de Dieu qui est la raison et la cause de toutes les puissances et de tous les effets que vous voyez dans le monde ; comme le soleil donne la lumière et la chaleur, non parce qu’il aurait quelque pouvoir naturel de le faire ; comme il est fixé en un certain lieu, tandis que d’autres corps se meuvent autour de lui, non parce qu’il serait dans la nature du soleil de demeurer immobile, et dans la nature des autres corps de se mouvoir autour de lui, mais uniquement parce que c’est la volonté de Dieu qu’ils soient dans cet état ; comme l’œil est l’organe ou l’instrument de la vue, non parce que les membranes, les tuniques et les humeurs de l’œil auraient un pouvoir naturel de donner la vue ; comme les oreilles sont les organes ou les instruments de l’ouïe, non parce que la structure de l’oreille aurait quelque pouvoir naturel sur les sons, mais uniquement parce que c’est la volonté de Dieu que la vue et l’ouïe soient ainsi reçues : de même, pareillement, c’est la seule volonté de Dieu, et non la nature de l’âme ou du corps humain, qui est la cause de cette union entre l’âme et le corps.

Or, si vous comprenez bien ce bref exposé de l’union de l’âme et du corps, vous pénétrerez fort avant dans la raison et la nécessité de toutes les parties extérieures de la religion.

Cette union de nos âmes et de nos corps est la raison pour laquelle nous avons à la fois si peu et tant de pouvoir sur nous-mêmes. C’est à cette union que nous devons d’avoir si peu de pouvoir sur nos âmes ; car, de même que nous ne pouvons empêcher les effets des objets extérieurs sur nos corps, de même que nous ne pouvons commander aux causes extérieures, de même nous ne pouvons pas toujours commander à l’état intérieur de nos esprits ; parce que, de même que les objets extérieurs agissent sur nos corps sans notre permission, de même nos corps agissent sur nos esprits par les lois de l’union de l’âme et du corps ; et ainsi vous voyez que c’est à cette union que nous devons d’avoir si peu de pouvoir sur nous-mêmes.

D’autre part, c’est à cette union que nous devons d’avoir tant de pouvoir sur nous-mêmes. Car, comme nos âmes dépendent en grande partie de nos corps ; comme nous avons un grand pouvoir sur nos corps ; comme nous pouvons commander à nos actions extérieures et nous astreindre à des habitudes de vie qui produisent naturellement des habitudes dans l’âme ; comme nous pouvons mortifier nos corps et nous éloigner des objets qui enflamment nos passions : de même nous avons un grand pouvoir sur l’état intérieur de nos âmes. De plus, comme nous sommes maîtres de nos actions extérieures ; comme nous pouvons nous contraindre aux actes extérieurs de la lecture, de la prière, du chant et autres semblables, et comme toutes ces actions corporelles ont un effet sur l’âme ; comme elles tendent naturellement à former en nos cœurs telles et telles dispositions : de même, en étant maîtres de ces actions extérieures et corporelles, nous avons un grand pouvoir sur l’état intérieur du cœur ; et ainsi c’est à cette union que nous devons d’avoir tant de pouvoir sur nous-mêmes.

Or vous pouvez aussi voir par là la nécessité et l’utilité du chant des psaumes, et de tous les actes extérieurs de la religion ; car si le corps a tant de pouvoir sur l’âme, il est certain que toutes les actions corporelles qui affectent l’âme sont d’un grand poids dans la religion. Non qu’il y ait aucun vrai culte, ni aucune piété, dans ces actions elles-mêmes, mais parce qu’elles sont propres à faire naître et à soutenir cet esprit qui est le vrai culte de Dieu.

Bien donc que le siège de la religion soit dans le cœur, cependant, puisque nos corps ont du pouvoir sur nos cœurs, puisque les actions extérieures à la fois procèdent du cœur et y pénètrent, il est évident que les actions extérieures ont un grand pouvoir sur cette religion qui a son siège dans le cœur.

Nous devons donc user des secours extérieurs aussi bien que de la méditation intérieure, afin de faire naître et d’affermir dans nos cœurs des habitudes de piété.

Cette doctrine peut aisément être poussée trop loin ; car, en appelant à soi trop de moyens extérieurs de culte, elle peut dégénérer en superstition ; comme, d’autre part, quelques-uns sont tombés dans l’extrême contraire. Car, parce que la religion est à juste titre placée dans le cœur, quelques-uns ont poussé cette idée si loin qu’ils ont renoncé à la prière vocale et aux autres actes extérieurs du culte, et ont réduit toute la religion à un quiétisme, ou à des commerces mystiques avec Dieu dans le silence.

Or ce sont là deux extrêmes également préjudiciables à la vraie religion ; et on ne doit les objecter ni contre le culte intérieur ni contre le culte extérieur. De même que vous ne devez pas dire que j’encourage ce quiétisme en plaçant la religion dans le cœur, de même vous ne devez pas dire que j’encourage la superstition en montrant l’utilité des actes extérieurs du culte.

Car, puisque nous ne sommes ni tout âme ni tout corps ; puisque aucune de nos actions n’est ni séparément de l’âme ni séparément du corps ; puisque nous n’avons d’autres habitudes que celles que produisent les actions de nos âmes et de nos corps ensemble ; il est certain que, si nous voulons parvenir à des habitudes de dévotion, ou à trouver nos délices en Dieu, nous devons non seulement méditer et exercer nos âmes, mais encore pratiquer et exercer nos corps à toutes les actions extérieures qui sont conformes à ces dispositions intérieures.

Si nous voulons véritablement prosterner nos âmes devant Dieu, nous devons accoutumer nos corps aux postures de l’abaissement ; si nous désirons les vraies ferveurs de la dévotion, nous devons faire de la prière le fréquent labeur de nos lèvres. Si nous voulons bannir de nos cœurs tout orgueil et toute passion, nous devons nous contraindre à toutes les actions extérieures de la patience et de la douceur. Si nous voulons sentir des mouvements intérieurs de joie et de délices en Dieu, nous devons en pratiquer tous les actes extérieurs, et faire que nos voix appellent nos cœurs.

Vous pouvez donc maintenant voir clairement la raison et la nécessité du chant des psaumes : c’est que les actions extérieures sont nécessaires pour soutenir les dispositions intérieures ; et que, par conséquent, l’acte extérieur de la joie est nécessaire pour faire naître et soutenir la joie intérieure de l’esprit.

Si des personnes abandonnaient la prière parce qu’elles trouvent rarement les mouvements de leur cœur répondre aux paroles qu’elles prononcent, vous les accuseriez d’une grande absurdité. Vous trouveriez très raisonnable qu’elles continuent leurs prières, et qu’elles soient exactes à observer toutes les heures de prière, comme le moyen le plus propre à dissiper la torpeur et l’indévotion de leurs cœurs.

Or il en est à peu près de même du chant des psaumes ; on chante souvent sans trouver en soi aucune joie intérieure qui réponde aux paroles qu’on prononce ; c’est pourquoi on y apporte de la négligence, ou on l’omet entièrement ; sans considérer qu’on agit aussi absurdement que celui qui négligerait la prière parce que son cœur n’en serait pas assez touché. Car il est certain que ce chant est le moyen naturel de faire naître dans l’esprit des mouvements de joie, tout autant que la prière est le moyen naturel de faire naître la dévotion.

Je me suis étendu plus longtemps sur ce point à cause de sa grande importance pour la vraie religion. Car il n’y a aucun état de l’esprit aussi saint, aussi excellent et aussi véritablement parfait que celui de la reconnaissance envers Dieu ; et, par conséquent, rien n’est plus important dans la religion que ce qui exerce et fortifie cette disposition de l’esprit.

Un esprit morne, inquiet et plaintif, qui est quelquefois l’esprit de ceux qui paraissent soucieux de la religion, est pourtant, de toutes les dispositions, la plus contraire à la religion ; car il renie ce Dieu qu’il prétend adorer. Car celui-là renie suffisamment Dieu, qui ne l’adore pas comme un Être d’une bonté infinie.

Si un homme ne croit pas que le monde entier est comme la famille de Dieu, où rien n’arrive par hasard, mais où tout est conduit et dirigé par le soin et la providence d’un Être qui n’est qu’amour et que bonté envers toutes ses créatures ; si un homme ne croit pas cela de tout son cœur, on ne peut dire qu’il croie véritablement en Dieu. Et pourtant celui qui a cette foi a assez de foi pour triompher du monde et pour être toujours reconnaissant envers Dieu. Car celui qui croit que tout lui arrive pour le mieux ne peut se plaindre de manquer de quelque chose de meilleur.

Si donc vous vivez dans les murmures et dans les plaintes, accusant tous les accidents de la vie, ce n’est pas parce que vous êtes une créature faible et infirme, mais c’est parce qu’il vous manque le premier principe de la religion, — une juste croyance en Dieu. Car, de même que la reconnaissance est un aveu exprès de la bonté de Dieu envers vous, de même les murmures et les plaintes sont des accusations tout aussi claires du manque de bonté de Dieu envers vous.

D’autre part, voulez-vous savoir qui est le plus grand saint du monde ? Ce n’est pas celui qui prie le plus ou qui jeûne le plus ; ce n’est pas celui qui fait le plus d’aumônes, ou qui se distingue le plus par la tempérance, la chasteté ou la justice ; mais c’est celui qui est toujours reconnaissant envers Dieu, qui veut tout ce que Dieu veut, qui reçoit toutes choses comme une marque de la bonté de Dieu, et qui a un cœur toujours prêt à l’en louer.

Toute prière et toute dévotion, les jeûnes et la repentance, la méditation et la retraite, tous les sacrements et toutes les ordonnances, ne sont qu’autant de moyens de rendre l’âme ainsi divine et conforme à la volonté de Dieu, et de la remplir de reconnaissance et de louange pour tout ce qui vient de Dieu. C’est là la perfection de toutes les vertus ; et toutes les vertus qui n’y tendent pas, ou qui n’en procèdent pas, ne sont qu’autant de faux ornements d’une âme qui n’est pas convertie à Dieu.

Vous ne devez donc plus vous étonner que j’insiste tant sur le chant d’un psaume dans toutes vos dévotions, puisque vous voyez qu’il s’agit de former votre esprit à cette joie et à cette reconnaissance envers Dieu qui sont la plus haute perfection d’une vie divine et sainte.

Si quelqu’un voulait vous enseigner le chemin le plus court et le plus sûr vers tout bonheur et toute perfection, il devrait vous dire de vous faire une règle de remercier et de louer Dieu de tout ce qui vous arrive. Car il est certain que, quelque calamité apparente qui vous arrive, si vous en remerciez et en louez Dieu, vous la changez en bénédiction. Pourriez-vous donc faire des miracles, vous ne pourriez faire davantage pour vous-même que par cet esprit de reconnaissance ; car il guérit d’une seule parole, et change en bonheur tout ce qu’il touche.

Si donc vous étiez assez fidèle à votre intérêt éternel pour vous proposer cette reconnaissance comme la fin de toute votre religion ; si vous vous mettiez seulement bien dans l’esprit que tel est l’état auquel vous devez tendre par toutes vos dévotions, vous auriez alors quelque chose de clair et de visible pour vous guider dans toutes vos actions ; vous verriez alors aisément l’effet de vos vertus, et vous pourriez juger avec sûreté de vos progrès dans la piété. Car autant vous renoncez à toutes les dispositions égoïstes et aux mouvements de votre propre volonté, et ne cherchez d’autre bonheur que dans l’accueil reconnaissant de tout ce qui vous arrive, autant l’on peut estimer avec sûreté que vous avez avancé dans la piété.

Et bien que ce soit là la plus haute disposition à laquelle vous puissiez tendre, bien que ce soit le plus noble sacrifice que le plus grand saint puisse offrir à Dieu, elle n’est pourtant liée à aucun temps, à aucun lieu, à aucune grande occasion, mais elle est toujours en votre pouvoir, et peut être l’exercice de chaque jour. Car les événements ordinaires de chaque jour suffisent à révéler et à exercer cette disposition, et peuvent vous montrer clairement jusqu’à quel point vous êtes gouverné, dans toutes vos actions, par cet esprit de reconnaissance.

Et c’est pour cette raison que je vous exhorte à cette méthode dans votre dévotion, afin que chaque jour devienne un jour d’action de grâces, et que l’esprit de murmure et de mécontentement ne puisse entrer dans un cœur si souvent occupé à chanter les louanges de Dieu.

On objectera peut-être, après tout, que, bien que la grande utilité et les excellents effets de cette pratique soient très manifestes, elle ne semble pourtant pas tout à fait aussi convenable aux dévotions particulières ; puisqu’on ne peut guère s’en acquitter sans rendre ses dévotions publiques aux yeux des autres, et qu’elle semble aussi exposée au reproche de faire sonner de la trompette pendant nos prières.

On répond donc : premièrement, qu’un grand nombre de personnes ont le pouvoir d’être aussi retirées qu’il leur plaît ; ces personnes sont donc privées de cette excuse, qui, quoi qu’il en soit pour les autres, n’en est pas une pour elles. Profitons donc de cette excellente dévotion.

Secondement, beaucoup de personnes sont, par la nécessité de leur état, comme les domestiques, les apprentis, les prisonniers et les familles logées dans de petites maisons, forcées d’être continuellement en la présence ou sous les yeux de quelqu’un.

Or ces personnes doivent-elles négliger leurs prières parce qu’elles ne peuvent prier sans être vues ? Ne sont-elles pas plutôt obligées d’y être plus exactes, afin que d’autres ne soient pas témoins de leur négligence, et ne soient pas ainsi corrompus par leur exemple ?

Or ce qui est dit ici de la dévotion peut assurément se dire de cette psalmodie, qui n’est qu’une partie de la dévotion.

La règle est celle-ci : ne priez pas pour être vus des hommes ; mais si votre condition vous oblige à être toujours sous les yeux des autres, craignez davantage d’être vu négligeant la prière que d’être vu y ayant recours.

Troisièmement, le fond de l’affaire est celui-ci : ou bien les gens peuvent mettre dans cette pratique assez de secret pour n’avoir point d’auditeurs, ou bien ils ne le peuvent pas. S’ils le peuvent, cette objection s’évanouit pour eux ; et s’ils ne le peuvent pas, ils doivent considérer la contrainte et les nécessités de leur état comme la contrainte d’une prison ; et alors ils ont un excellent modèle à suivre, — ils peuvent imiter saint Paul et Silas, qui chantèrent les louanges de Dieu dans la prison, bien qu’il nous soit expressément dit que les prisonniers les entendaient. Ils ne s’abstinrent donc pas de ce genre de dévotion par crainte d’être entendus des autres. Si donc quelqu’un est dans la même nécessité, soit en prison, soit hors de prison, que peut-il faire de mieux que de suivre cet exemple ?

Je ne puis passer sur ce passage de l’Écriture sans prier le pieux lecteur de remarquer avec quelle force nous sommes appelés ici à cet usage des psaumes, et quelle puissante recommandation en est la pratique de ces deux grands saints.

Dans leur grande détresse, en prison, dans les chaînes, sous la douleur des coups de verges, dans l’horreur de la nuit, la chose la plus divine et la plus sainte qu’ils pussent faire fut de chanter les louanges de Dieu.

Et aurons-nous besoin, après cela, de quelque exhortation à cette sainte pratique ? Laisserons-nous passer le jour sans une action de grâces qu’ils ne voulurent pas négliger durant la nuit ? Une prison, des chaînes et les ténèbres leur fourniront-elles des cantiques de louange, et n’aurons-nous point de chants dans nos cabinets ?

Remarquons en outre que, tandis que ces deux saints hommes étaient ainsi occupés à la partie la plus élevée de la dévotion, faisant sur la terre ce que les anges font dans le ciel, les fondements de la prison furent ébranlés, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les prisonniers furent rompus. [Actes 16:26]

Et demanderons-nous maintenant des motifs pour cet exercice divin, quand, au lieu d’arguments, nous avons ici de tels miracles pour nous convaincre de sa puissance auprès de Dieu ?

Dieu pourrait-il, par une voix venue du ciel, nous appeler plus expressément à ces cantiques de louange qu’en nous montrant ainsi comment il exauce, délivre et récompense ceux qui en usent ?

Mais ceci soit dit en passant. Je reviens maintenant à l’objection présente ; et je réponds, quatrièmement, que le secret de nos prières n’est pas détruit parce que nous en avons des témoins, mais parce que nous en cherchons.

Si donc personne ne vous entend, hormis ceux dont vous ne pouvez vous séparer, vous êtes tout autant dans le secret, et votre Père, qui voit dans le secret, récompensera tout aussi véritablement votre secret, que si vous n’étiez vu que de lui seul.

Cinquièmement, la prière particulière, en tant qu’elle est opposée à la prière publique, ne suppose pas que personne n’en doive être témoin. Car les maris et les femmes, les frères et les sœurs, les parents et les enfants, les maîtres et les domestiques, les précepteurs et les élèves, doivent être les uns pour les autres les témoins d’une dévotion qui peut véritablement et proprement être appelée particulière. Il s’en faut de beaucoup que ce soit un devoir de cacher une telle dévotion à des proches si étroitement liés.

Dans tous ces cas donc, où de tels proches prient quelquefois ensemble en particulier, et quelquefois à part chacun de leur côté, on ne peut rien objecter contre la psalmodie d’un psaume.

Notre bienheureux Seigneur nous commande, quand nous jeûnons, de parfumer notre tête et de laver notre visage, afin de ne pas montrer aux hommes que nous jeûnons, mais à notre Père qui est là dans le lieu secret.

Mais cela signifie seulement que nous ne devons pas faire devant le monde un étalage public de notre jeûne.

Car si personne ne pouvait jeûner en particulier, ou n’était dit jeûner en particulier, sinon celui qui n’en a aucun témoin, personne ne pourrait observer un jeûne particulier, sinon celui qui vit seul — car chaque famille doit savoir qui jeûne en son sein. Le secret du jeûne ne suppose donc pas un secret qui empêche quiconque de le connaître, mais un secret qui ne cherche pas à être connu au-dehors.

Corneille, le pieux centenier, dont l’Écriture dit qu’il donnait beaucoup et qu’il priait Dieu continuellement, dit à saint Pierre : « Il y a quatre jours que je jeûnais jusqu’à cette heure-ci. » [Actes 10:30]

Or que ce jeûne fût suffisamment secret et agréable à Dieu, c’est ce que montre la vision d’un ange dont le saint homme fut favorisé à ce moment-là.

Mais qu’il ne fût pas secret au point d’être entièrement inconnu des autres, c’est ce que montrent, outre le récit qui en est fait ici, les paroles d’un autre endroit, où il est dit qu’il « appela deux de ses serviteurs, et un soldat pieux d’entre ceux qui étaient attachés à sa personne ». [v. 7] De sorte que le jeûne de Corneille était si loin d’être inconnu de sa famille, que les soldats et les gens de sa maison étaient eux-mêmes devenus pieux en étant continuellement attachés à sa personne, c’est-à-dire en voyant ses bonnes œuvres et en y prenant part.

Voici tout le fond de l’affaire. Une grande partie du monde peut être aussi retirée qu’il lui plaît ; que ces personnes usent donc de cette excellente dévotion entre Dieu et elles-mêmes.

De même donc que le secret ou l’excellence du jeûne n’est pas détruit parce qu’il est connu de quelques personnes particulières, de même le secret ou l’excellence de vos dévotions ne souffrirait aucun dommage, quand bien même, en psalmodiant un psaume, vous seriez entendu de quelques personnes de votre famille.

Une autre grande partie du monde doit, et doit nécessairement, avoir des témoins de plusieurs de ses dévotions : que ces personnes ne négligent donc pas l’usage d’un psaume en de tels moments, puisque ceux avec qui elles vivent doivent savoir qu’elles ne négligent pas leurs prières. Car assurément il ne peut y avoir aucun mal à être connu pour chanter un psaume aux moments où l’on doit savoir que vous êtes en prière.

Et si, en d’autres temps, vous désirez être si secret dans vos dévotions que personne ne s’en doute, et que, pour cette raison, vous vous absteniez de votre psaume, je n’ai rien à y objecter, pourvu qu’aux heures connues de la prière vous n’omettiez jamais cette pratique.

Car qui ne voudrait faire souvent pendant le jour ce que saint Paul et Silas ne voulurent pas négliger au milieu de la nuit ? Et si, pendant que vous chantez ainsi, il vous venait à l’esprit comment la prison trembla et comment les portes s’ouvrirent quand saint Paul chanta, cela ne ferait aucun tort à votre dévotion.

Enfin, puisque nos imaginations ont un grand pouvoir sur nos cœurs, et peuvent nous toucher puissamment par leurs représentations, il vous serait d’une grande utilité, au commencement de vos dévotions, de vous représenter quelques images propres à échauffer et à embraser votre cœur jusqu’à une disposition qui convienne aux prières que vous êtes alors sur le point d’offrir à Dieu.

Par exemple : avant de commencer votre psaume de louange et de réjouissance en Dieu, faites cet usage de votre imagination.

Demeurez en repos, et imaginez-vous que vous voyez les cieux ouverts, et les chœurs glorieux des chérubins et des séraphins autour du trône de Dieu. Imaginez que vous entendez la musique de ces voix angéliques qui ne cessent jour et nuit de chanter les gloires de celui qui est, qui était, et qui vient.

Aidez votre imagination de passages de l’Écriture tels que ceux-ci :—

« Je regardai, et voici, il y avait dans le ciel une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d’une voix forte, en disant: Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l’agneau.

« Et tous les anges se tenaient autour du trône ; et ils se prosternèrent sur leurs faces devant le trône, et ils adorèrent Dieu, en disant: Amen! La louange, la gloire, la sagesse, l’action de grâces, l’honneur, la puissance, et la force, soient à notre Dieu, aux siècles des siècles! Amen! » [Apocalypse 7:9-12]

Pensez à cela jusqu’à ce que votre imagination vous ait emporté au-dessus des nuées ; jusqu’à ce qu’elle vous ait placé parmi ces êtres célestes, et vous ait fait désirer ardemment de prendre part à leur musique éternelle.

Si seulement vous vous accoutumez à cette méthode, et laissez votre imagination s’arrêter sur de telles représentations, vous trouverez bientôt que c’est un excellent moyen de faire naître en vous l’esprit de dévotion.

Commencez donc toujours votre psaume, ou votre cantique de louange, par ces représentations ; et, à chaque verset, imaginez-vous parmi ces compagnons célestes, imaginez que votre voix s’ajoute à la leur, que les anges se joignent à vous et vous à eux ; et que vous, d’une voix pauvre et faible, chantez sur la terre ce qu’ils chantent dans le ciel.

Une autre fois, imaginez que vous avez été de ceux qui se joignirent à notre bienheureux Sauveur lorsqu’il chanta un cantique. Efforcez-vous de vous représenter avec quelle majesté il paraissait ; figurez-vous que vous vous teniez tout près de lui, environné de sa gloire. Pensez combien votre cœur aurait été embrasé, quels transports de joie vous auriez alors ressentis en chantant avec le Fils de Dieu. Pensez encore et encore avec quelle joie et quelle dévotion vous auriez alors chanté, si tel avait été réellement votre heureux état, et quel châtiment vous auriez cru que c’eût été de garder alors le silence ; et que cela vous apprenne à être touché par les psaumes et les cantiques d’action de grâces.

Une autre fois encore, représentez-vous que vous voyez le saint roi David, les mains sur sa harpe et les yeux fixés vers le ciel, appelant dans son transport toute la création, le soleil et la lune, la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, les hommes et les anges, à se joindre à son âme ravie pour louer le Seigneur du ciel.

Arrêtez-vous sur cette image jusqu’à ce qu’il vous semble chanter avec ce divin musicien ; et qu’un tel compagnon vous apprenne à élever votre cœur vers Dieu dans le psaume suivant, dont vous pouvez faire un usage constant, en premier lieu le matin :—

Psaume 145. « Je t’exalterai, ô mon Dieu, mon roi! Et je bénirai ton nom à toujours et à perpétuité », etc.

Les psaumes suivants, comme le 34e, le 96e, le 103e, le 111e, le 146e et le 147e, sont de ceux qui exaltent merveilleusement la gloire de Dieu ; c’est pourquoi vous pouvez vous en tenir à l’un d’entre eux, à telle ou telle heure, comme il vous plaira ; ou bien vous pouvez prendre les plus beaux passages de divers psaumes et, en les assemblant, les rendre plus propres à votre propre dévotion.

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