Chapitre 6 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
À un jet de pierre
« Il arrêta la tempête, ramena le calme, Et les ondes se turent. » — Psaume 107:29
Le 19 septembre 1853, Taylor s’embarqua enfin pour la Chine à bord du Dumfries. Sa mère était venue lui dire au revoir ; elle avait lissé de ses propres mains la petite couchette de sa cabine, prié avec lui une dernière fois, puis regagné le quai. Quand le navire franchit les portes du bassin et que la vraie séparation commença, Taylor entendit jaillir d’elle un cri d’angoisse. Il raconta plus tard qu’il n’avait jamais compris les mots « Dieu a tant aimé le monde » avant ce moment-là — en voyant ce que coûte l’amour quand on laisse partir quelqu’un pour le bien des autres.
Le voyage faillit s’arrêter presque avant d’avoir commencé. À peine avaient-ils quitté le port qu’une violente tempête les surprit, et pendant douze jours ils furent ballottés en tous sens dans la mer d’Irlande, incapables de gagner le large. La tempête ne cessait de forcir. Le dimanche soir, le navire était poussé droit sur les rochers de la baie de Carnarvon ; chaque virement de bord les en rapprochait, jusqu’à n’être plus qu’à un jet de pierre du rivage. Le capitaine, un chrétien, se tourna vers le jeune missionnaire et dit tout haut ce que chacun pensait : « Nous n’en avons plus pour une demi-heure. Qu’en est-il de votre appel à travailler pour le Seigneur en Chine ? »
C’est une question brutale — toute ta foi, tout ton avenir, mis à l’épreuve contre un mur de rochers, dans le noir. Et la réponse de Taylor n’avait rien d’une fanfaronnade. Il dit que pour rien au monde il n’aurait voulu être ailleurs ; qu’il comptait toujours atteindre la Chine, mais que, sinon, le Maître dirait au moins qu’il avait bien fait de mourir en cherchant à obéir. Quelques minutes plus tard, après qu’on eut viré de bord, le capitaine revint au compas et dit : « Le vent a tourné de deux quarts en notre faveur ; nous allons pouvoir louvoyer pour sortir de la baie. » Et c’est ce qu’ils firent. Le navire était fatigué et endommagé, mais il survécut.
Voici maintenant la partie honnête et gênante que Taylor tenait à raconter — et c’est pour cela que ce chapitre n’est pas une simple histoire d’aventure. Avant le voyage, pour faire plaisir à sa mère, il avait acheté une ceinture de natation. Mais il s’était mis en tête une idée étrange : il ne pouvait pas vraiment faire confiance à Dieu tant qu’il possédait un objet de sauvetage. Alors, cette nuit terrible, quand tout espoir sembla perdu, il donna la ceinture — puis, curieusement, rassembla quelques objets légers susceptibles de flotter, sans remarquer la contradiction. Plus tard, en étudiant attentivement la Bible, il conclut que tout cela avait été une erreur. La vraie foi ne consiste pas à rejeter l’aide que Dieu fournit. Pendant des années ensuite, il emporta une ceinture de natation sans le moindre état d’âme.
Relis ça deux fois, parce que beaucoup de jeunes chrétiens sincères se trompent exactement là-dessus. Taylor croyait que la spiritualité consistait à refuser les moyens ordinaires de se protéger — comme si faire confiance à Dieu et porter une ceinture de sauvetage étaient rivaux. Ils ne le sont pas. Utiliser les moyens que Dieu donne n’est pas un manque de foi ; les négliger n’en est pas une preuve. Le Dieu qui calme la tempête est aussi celui qui a inventé la ceinture de natation.
Tu croiseras une version de cette idée. Elle se présente ainsi : « faire vraiment confiance à Dieu », ce serait ne pas réviser pour l’examen, ne pas aller chez le médecin, ne pas faire de plan — juste prier et laisser faire. Ce n’est pas de la foi ; c’est une superstition déguisée en foi, qui accuse ensuite Dieu quand elle échoue. Taylor apprit la différence à ses dépens, dans le noir, à deux pas des rochers. Fais entièrement confiance à Dieu et sers-toi de tout ce qu’il t’a mis entre les mains. Les deux n’ont jamais été ennemis.
Une chose à faire : repère le domaine où tu traites la foi et l’effort comme des contraires — la matière pour laquelle tu « fais confiance à Dieu » au lieu de te préparer, le problème pour lequel tu pries au lieu d’agir — et cette semaine, fais les deux à la fois. Prie de toutes tes forces, et ramasse la ceinture de natation. Taylor finit par comprendre qu’il n’y avait jamais eu de conflit.
Questions pour réfléchir
Réfléchis d’abord, puis touche une question pour voir une façon d’y répondre.
Qu’a dit Taylor au capitaine quand le navire n’était plus qu’à un jet de pierre des rochers ?
Qu’il ne voudrait être nulle part ailleurs ; qu’il comptait toujours atteindre la Chine et que, sinon, le Maître dirait qu’il avait bien fait de mourir en cherchant à obéir.
Qu’a conclu Taylor, plus tard, au sujet de la ceinture de natation qu’il avait donnée ?
Que c’était une erreur. La vraie foi ne consiste pas à rejeter l’aide que Dieu fournit ; faire confiance à Dieu et porter une ceinture de sauvetage ne sont pas rivaux.
Y a-t-il un domaine où tu traites la prière et la préparation comme des contraires ?
L’idée du chapitre : fais entièrement confiance à Dieu et sers-toi de tout ce qu’il te met entre les mains. Cette semaine, prie de toutes tes forces et agis aussi, que ce soit en révisant ou en faisant un plan. « Ramasse la ceinture de natation. »
Chapitre 6 terminé
À un jet de pierre