Appel aux inconvertis
Sermon III

Chapitre 5 · 46 min de lecture · 1 h d’écoute

Sermon III

Ézékiel 33:11.

Dis-leur: je suis vivant! Dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël?

IL a été expliqué et prouvé que Dieu prend plaisir à la conversion et au salut des hommes, mais non à leur mort ni à leur damnation. Il aimerait mieux qu’ils se convertissent et qu’ils vivent, que de les voir persévérer et mourir : — et, afin de ne laisser à l’homme aucun prétexte d’en douter, le Seigneur nous l’a confirmé par son serment. Bien plus, Dieu a tant à cœur la conversion des pécheurs, qu’il redouble avec véhémence ses commandements et ses exhortations : Revenez, revenez.

Ayant déjà éclairci et appliqué chacun de ces points, venons-en à la doctrine suivante, et écoutons vos raisons.

Doct. 6. Le Seigneur daigne discuter la cause avec les pécheurs inconvertis, et leur demander pourquoi ils veulent mourir.

Étrange débat, en vérité, tant par l’objet de la controverse que par les parties qui s’y affrontent.

1. La controverse, ou la question proposée au débat, est celle-ci : « Pourquoi les méchants veulent-ils se damner eux-mêmes ? » Ou encore : « Pourquoi aiment-ils mieux mourir que de se convertir ? » Ont-ils quelque raison suffisante d’agir ainsi ?

2. Les parties sont Dieu et l’homme ; le Dieu très saint, et les méchants, les pécheurs inconvertis.

N’est-ce pas une chose étrange que Dieu semble ici supposer, qu’un homme puisse vouloir mourir et être damné ? Bien plus, que ce soit là le cas des méchants, c’est-à-dire de la plus grande partie du monde ? Mais, direz-vous, cela ne peut être, car la nature désire sa propre conservation et son propre bonheur, et les méchants sont plus attachés à eux-mêmes que les autres, non pas moins ; comment donc un homme pourrait-il vouloir être damné ? — À quoi je réponds :

1. C’est une vérité certaine que nul homme ne peut vouloir aucun mal en tant que mal, mais seulement en tant qu’il a quelque apparence de bien ; à plus forte raison nul ne peut-il vouloir être éternellement tourmenté. La misère, comme telle, n’est désirée de personne.

2. Mais, malgré tout cela, il est très vrai, comme Dieu nous l’enseigne ici, que la cause pour laquelle les méchants meurent et sont damnés, c’est qu’ils veulent mourir et être damnés. Et cela est vrai à plusieurs égards.

1. Parce qu’ils veulent suivre le chemin qui mène en enfer, bien que Dieu et les hommes leur disent où il va et où il aboutit ; et bien que Dieu ait si souvent déclaré dans sa parole que, s’ils persistent dans cette voie, ils seront condamnés, et qu’ils ne seront point sauvés à moins de se convertir (Ésaïe 48:22 et 57:21) : « Il n’y a point de paix pour les méchants, dit l’Éternel. » (Ésaïe 59:8) : « Ils ne connaissent pas le chemin de la paix, Et il n’y a point de justice dans leurs voies; Ils prennent des sentiers détournés: Quiconque y marche ne connaît point la paix. » Ils ont pour cela la parole et le serment du Dieu vivant : s’ils ne se convertissent pas, ils n’entreront point dans son repos. — Et pourtant méchants ils sont, et méchants ils veulent demeurer, quoi que Dieu et les hommes puissent dire ; charnels ils sont, et charnels ils veulent demeurer ; mondains ils sont, et mondains ils veulent demeurer ; bien que Dieu leur ait dit que « l’amour du monde est inimitié contre Dieu ; et que si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui » (Jacques 4:4 ; 1 Jean 2:15). De sorte que, par conséquent, ces hommes veulent être damnés, quoique non directement ; ils veulent marcher dans le chemin de l’enfer, et ils aiment la cause certaine de leur tourment, bien qu’ils ne veuillent pas l’enfer lui-même, et qu’ils n’aiment pas la peine qu’ils devront endurer.

N’est-ce pas là, pécheurs, la vérité de votre cas ? Vous ne voudriez pas brûler en enfer ; mais vous voulez allumer le feu par vos péchés, et vous y jeter vous-mêmes ; vous ne voudriez pas être tourmentés avec les démons à jamais, mais vous voulez faire ce qui vous l’attirera certainement, en dépit de tout ce qu’on peut vous dire pour vous en détourner. C’est exactement comme si vous disiez : « Je veux boire ce poison, mais je ne veux pas mourir. Je veux me jeter la tête la première du haut d’un clocher, mais je ne veux pas me tuer. — Je veux m’enfoncer ce couteau dans le cœur, mais je ne veux pas m’ôter la vie. Je veux mettre ce feu au chaume de ma maison, mais je ne veux pas la brûler. » — Il en est tout à fait ainsi des méchants : ils veulent être méchants, ils veulent vivre selon la chair et selon le monde, et pourtant ils ne voudraient pas être damnés. Mais ne savez-vous pas que les moyens conduisent à la fin ? et que Dieu, par sa juste loi, a arrêté que vous devez vous repentir ou périr ? Celui qui veut prendre du poison peut tout aussi bien dire franchement : « Je veux me tuer » ; car à la fin il n’en ira pas mieux pour lui ; quand même il l’aurait aimé pour la douceur du sucre qu’on y avait mêlé, et qu’il n’aurait pas voulu se laisser persuader que c’était du poison, mais se serait imaginé pouvoir le prendre et ne s’en porter pas plus mal : ce ne sont pas ses idées ni son assurance qui lui sauveront la vie. Ainsi, si vous voulez être ivrognes, ou fornicateurs, ou mondains, ou vivre selon la chair, vous pouvez tout aussi bien dire franchement : « Nous voulons être damnés » ; car vous le serez, à moins que vous ne vous convertissiez. Ne reprendriez-vous pas la folie d’un voleur ou d’un meurtrier qui dirait : « Je veux voler et tuer, mais je ne serai pas pendu », alors qu’il sait que, s’il fait l’un, le juge veillera en toute justice à ce que l’autre se fasse ? S’il dit : « Je veux voler et assassiner », il peut tout aussi bien dire franchement : « Je veux être pendu. » Ainsi, si vous voulez continuer une vie charnelle, vous pouvez tout aussi bien dire franchement : « Nous voulons aller en enfer. »

2. De plus, les méchants ne veulent pas user des moyens sans lesquels il n’y a aucune espérance de salut pour eux. Celui qui ne veut pas manger peut tout aussi bien dire franchement qu’il ne veut pas vivre, à moins qu’il ne sache comment vivre sans nourriture ; celui qui ne veut pas faire son voyage peut tout aussi bien dire franchement qu’il ne veut pas arriver au but. Celui qui tombe à l’eau, et ne veut ni en sortir, ni souffrir qu’un autre l’aide à en sortir, peut tout aussi bien dire franchement qu’il veut se noyer. Ainsi, si vous êtes charnels et impies, et que vous ne vouliez ni être convertis, ni user des moyens par lesquels vous devriez l’être, mais que vous trouviez qu’il y a là plus d’embarras qu’il n’en faut, vous pouvez tout aussi bien dire franchement que vous voulez être damnés. Car si vous avez découvert un moyen d’être sauvés sans conversion, vous avez fait ce qui ne fut jamais fait auparavant.

3. Oui, et ce n’est pas tout : les méchants ne veulent pas même avoir part au salut lui-même. Bien qu’ils puissent désirer quelque chose qu’ils appellent du nom de ciel, le ciel lui-même, considéré dans la vraie nature de sa félicité, ils ne le désirent point ; bien plus, leur cœur y est tout à fait contraire. Le ciel est un état de sainteté parfaite, d’amour et de louange continuels envers Dieu ; et les méchants n’ont point de cœur pour cela. L’amour, la louange et la sainteté imparfaits auxquels on peut parvenir ici-bas, ils n’en ont nulle envie ; à plus forte raison de ce qui est tellement plus grand. Les joies du ciel sont d’une nature si pure et si spirituelle que le cœur du méchant ne peut les désirer.

Ainsi vous pouvez voir, à présent, sur quel fondement Dieu suppose que les méchants veulent leur propre perte : ils aiment mieux s’exposer à une misère certaine que d’être convertis ; et puis, pour se tranquilliser dans leurs péchés, ils se font croire qu’ils y échapperont néanmoins.

2. Et de même que cette controverse est un sujet d’étonnement (que des hommes soient à ce point ennemis d’eux-mêmes qu’ils rejettent volontairement leur âme), les parties le sont aussi. Que Dieu s’abaisse si bas que de plaider ainsi la cause avec l’homme ; et que les hommes soient si étrangement aveugles et obstinés qu’il leur faille tout cela dans un cas si clair ; bien plus, qu’ils résistent à tout cela, quand leur propre salut dépend de l’issue !

Il n’est pas étonnant qu’ils ne veuillent pas nous écouter, nous qui ne sommes que des hommes, puisqu’ils ne veulent pas écouter le Seigneur lui-même ; comme Dieu le dit (Ézékiel 3:7), lorsqu’il envoya le prophète aux Israélites : « La maison d’Israël ne voudra pas t’écouter, parce qu’elle ne veut pas m’écouter; car toute la maison d’Israël a le front dur et le cœur endurci » Il n’est pas étonnant qu’ils sachent plaider contre un ministre ou contre un voisin pieux, puisqu’ils plaident contre le Seigneur lui-même, et même contre les passages les plus clairs de sa parole, et pensent avoir la raison de leur côté. Quand ils fatiguent l’Éternel par leurs paroles, ils disent : « En quoi l’avons-nous fatigué? » (Malachie 2:17). Les sacrificateurs, qui méprisaient son nom, osaient demander : « En quoi avons-nous méprisé ton nom? » Et quand ils souillaient son autel et rendaient méprisable le temple du Seigneur, ils osaient dire : « En quoi t’avons-nous profané? » (Malachie 1:6, 7). Mais « Malheur à qui conteste avec son créateur! dit l’Éternel. Vase parmi des vases de terre! L’argile dit-elle à celui qui la façonne: Que fais-tu? » (Ésaïe 45:9).

Quest. Mais pourquoi Dieu veut-il discuter la cause avec l’homme ?

Rép. 1. Parce que l’homme, étant une créature raisonnable, doit être traité comme tel, et persuadé et vaincu par la raison ; Dieu a donc doué les hommes de raison, afin qu’ils en usent pour lui. On croirait qu’une créature raisonnable ne devrait pas aller contre la raison la plus claire et la plus grande qui soit au monde, quand elle est placée devant elle.

2. Du moins, les hommes verront que Dieu n’a rien exigé d’eux qui fût déraisonnable, mais que, quoi qu’il leur défende, il a de son côté toute la droite raison du monde ; et qu’eux ont toutes les raisons de lui obéir, et aucune de lui désobéir. Et ainsi les damnés eux-mêmes seront forcés de justifier Dieu, et de confesser qu’il n’était que raisonnable qu’ils se fussent convertis à lui ; et ils seront forcés de se condamner eux-mêmes, et de confesser qu’ils avaient bien peu de raison de se perdre en négligeant sa grâce au jour de leur visitation.

APPLICATION.

Cherchez vos meilleures et vos plus fortes raisons, pécheurs, si vous voulez justifier votre conduite : — vous voyez maintenant à qui vous avez affaire. — Que dis-tu, pécheur inconverti et sensuel ? Oses-tu t’aventurer à disputer avec Dieu ? Es-tu capable de le réfuter ? Es-tu prêt à entrer en lice ? Dieu te demande : Pourquoi veux-tu mourir ? Es-tu muni d’une réponse suffisante ? Entreprendras-tu de prouver que Dieu se trompe, et que c’est toi qui as raison ? Oh ! quelle entreprise que celle-là ! — Car enfin, ou lui ou vous se trompe, puisqu’il est pour votre conversion et que vous êtes contre : il vous appelle à vous convertir, et vous ne le voulez pas ; il vous ordonne de le faire sur-le-champ, aujourd’hui même, aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui, et vous tardez, et pensez qu’il sera bien assez tôt plus tard. — Il dit qu’il faut un changement total, que vous devez être saints, de nouvelles créatures, nés de nouveau ; et vous pensez que moins que cela peut suffire, et qu’il suffit de rapiécer le vieil homme, sans devenir nouveau. Qui a raison maintenant ? Dieu ou vous ? Dieu vous appelle à vous convertir et à vivre d’une vie sainte, et vous ne le voulez pas ; votre vie désobéissante montre que vous ne le voulez pas. Si vous le voulez, pourquoi ne le faites-vous pas ? Pourquoi ne l’avez-vous pas fait pendant tout ce temps ? Et pourquoi ne vous y mettez-vous pas encore ? Votre volonté commande à votre vie. Nous pouvons conclure avec certitude que vous ne voulez pas vous convertir, puisque vous ne vous convertissez pas. Et pourquoi ne le voulez-vous pas ? Pouvez-vous en donner une raison qui mérite le nom de raison ?

Moi qui ne suis qu’un ver, votre semblable, d’une intelligence bornée, j’ose défier le plus sage d’entre vous de discuter la cause avec moi, tandis que je plaide la cause de mon Créateur ; et je n’ai pas lieu de me décourager, puisque je sais que je ne plaide que la cause que Dieu plaide, et que je combats pour celui qui aura le dessus à la fin. N’eussé-je contre vous que ces deux raisons générales, je suis sûr que vous n’avez aucune bonne raison de votre côté.

1. Je suis sûr qu’il ne peut y avoir de bonne raison contre le Dieu de vérité et de raison. Ce qui est contraire au soleil ne peut être lumière. Il n’y a de connaissance en aucune créature que celle qu’elle tient de Dieu ; et c’est pourquoi nul ne peut être plus sage que Dieu. Ce serait une présomption fatale pour le plus haut des anges de se comparer à son Créateur. Qu’est-ce donc, pour un morceau de boue, un sot ignorant, qui ne se connaît pas lui-même, ni sa propre âme, qui ne connaît que peu de chose de ce qu’il voit, et qui est même plus ignorant que beaucoup de ses voisins, que de se dresser contre la sagesse du Seigneur ? C’est l’une des plus pleines révélations de l’horrible méchanceté des hommes charnels, et de la folie complète de ceux qui pèchent, qu’une si sotte taupe ose contredire son Créateur et mettre en question la parole de Dieu ; bien plus, que ces gens de nos paroisses, qui sont si ignorants qu’ils ne peuvent nous donner une réponse sensée sur les principes mêmes de la religion, soient pourtant si sages à leurs propres yeux qu’ils osent mettre en question les vérités les plus claires de Dieu, et même les contredire et chicaner contre elles, alors qu’ils savent à peine parler avec bon sens, et qu’ils ne veulent les croire qu’autant qu’elles s’accordent avec leur folle sagesse.

2. Et de même que je sais que Dieu a nécessairement raison, je sais aussi que la chose contre laquelle il plaide est si palpable et si grossière qu’aucun homme ne peut avoir de raison en sa faveur. Est-il possible qu’un homme ait quelque raison d’enfreindre les lois de son maître ? quelque raison de déshonorer le Seigneur de gloire ? quelque raison d’outrager le Seigneur qui l’a racheté ? Est-il possible qu’un homme ait quelque bonne raison de damner sa propre âme immortelle ? — Remarquez la question du Seigneur : « Revenez, revenez, pourquoi mourriez-vous ? » La mort éternelle est-elle une chose à désirer ? Êtes-vous amoureux de l’enfer ? Quelle raison avez-vous de périr volontairement ? Si vous pensez avoir une raison de pécher, ne devriez-vous pas vous souvenir que « le salaire du péché, c’est la mort » (Romains 6:23), et considérer si vous avez quelque raison de vous perdre, corps et âme, pour toujours ? — Vous ne devriez pas seulement vous demander si vous aimez la vipère, mais si vous aimez son dard. — C’est une chose telle, pour un homme, que de rejeter son bonheur éternel et de pécher contre Dieu, qu’on n’en peut donner aucune bonne raison ; mais plus quelqu’un plaide en sa faveur, plus il se montre insensé. Vous offrirait-on une seigneurie ou un royaume pour chaque péché que vous commettez, ce ne serait pas raison, mais folie, de l’accepter. Pourriez-vous obtenir, par chaque péché, la chose la plus haute de la terre que la chair désire, ce ne serait pas un prix assez considérable pour vous persuader raisonnablement de le commettre. S’il s’agissait de plaire à vos amis les plus grands ou les plus chers, ou d’obéir au plus grand prince de la terre, ou de sauver votre vie, ou d’échapper à la plus grande misère terrestre, tout cela n’est d’aucun poids pour entraîner raisonnablement un homme à commettre un seul péché. Si c’était une main droite ou un œil droit qui fît obstacle à votre salut, le parti le plus avantageux serait de le jeter loin de vous, plutôt que d’aller en enfer pour le conserver ; car on ne sauve pas une partie quand on perd le tout. Si prodigieusement grandes sont les choses de l’éternité, que rien en ce monde ne mérite seulement d’être nommé en comparaison d’elles ; et aucune chose terrestre, fût-ce la vie, ou des couronnes, ou des royaumes, ne peut être une excuse raisonnable pour négliger des choses d’une si haute et si éternelle conséquence. Un homme ne peut avoir aucune raison d’aller contre sa fin dernière. Le ciel est une chose telle que, si vous le perdez, rien ne peut en suppléer le manque ni en réparer la perte ; et l’enfer est une chose telle que, si vous le subissez, rien ne peut ôter votre misère, ni vous donner soulagement et consolation. C’est pourquoi rien ne peut être une considération valable pour vous excuser de négliger votre propre salut ; car, dit notre Sauveur : « Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme? » (Marc 8:36).

Ô mes amis, si seulement vous saviez de quelles choses nous vous parlons maintenant ! Les saints dans le ciel ont de tout autres pensées sur ces choses. Si le diable pouvait venir à ceux qui vivent dans la vue et dans l’amour de Dieu, et leur offrir une chope de bière, ou une prostituée, ou une joyeuse compagnie, ou quelque divertissement, pour les entraîner loin de Dieu et de la gloire, dites-moi, je vous prie, comment pensez-vous qu’ils accueilleraient la proposition ? Bien plus, s’il leur offrait d’être rois de la terre, pensez-vous que cela les attirerait hors du ciel ? Oh ! avec quelle haine et quel saint mépris ils dédaigneraient et rejetteraient la proposition ! Et pourquoi n’en feriez-vous pas autant, vous à la foi de qui le ciel est ouvert, si seulement vous aviez la foi pour le voir ? Il n’y a pas une âme en enfer qui ne sache, à l’heure qu’il est, que ce fut un échange insensé que de laisser aller le ciel pour le plaisir charnel, et que ce n’est pas un peu de gaieté, ou de plaisir, ou de richesses mondaines, ou d’honneur, ou la bienveillance ou la parole des hommes, qui éteindront le feu de l’enfer, ou qui empêcheront de faire une perte celui qui perd son âme. Oh ! si vous aviez entendu ce que je crois, si vous aviez vu ce que je crois, et cela sur la foi de la parole de Dieu, vous diriez qu’il ne peut y avoir aucune raison qui autorise un homme à damner son âme : vous n’oseriez pas dormir tranquillement une nuit de plus avant d’avoir résolu de vous convertir et de vivre.

Si vous voyez un homme tenir sa main dans le feu jusqu’à ce qu’elle soit consumée, vous vous en étonnerez ; mais c’est là une chose pour laquelle un homme peut avoir une raison, comme en eut l’évêque Cranmer lorsqu’il brûla sa main pour avoir souscrit au papisme. Si vous voyez un homme se faire couper une jambe ou un bras, c’est un triste spectacle ; mais c’est là une chose pour laquelle un homme peut avoir une bonne raison, comme le font bien des hommes pour sauver leur vie. Si vous voyez un homme livrer son corps pour être brûlé et réduit en cendres, et pour être tourmenté sur le chevalet, et refuser la délivrance quand elle lui est offerte, c’est là une rude épreuve pour la chair et le sang ; mais un homme peut avoir une bonne raison pour cela, comme vous pouvez le voir en Hébreux 11:33, 34, 35, 36, et comme l’ont fait bien des centaines de martyrs. Mais qu’un homme abandonne le Seigneur qui l’a fait, et coure dans le feu de l’enfer, alors qu’on l’en avertit et qu’on le supplie de se convertir afin d’être sauvé, c’est là une chose qui ne peut avoir au monde aucune raison, qui soit vraiment une raison, pour la justifier ou l’excuser. Car le ciel paiera la perte de tout ce que nous pouvons perdre pour l’obtenir ; mais rien ne peut payer la perte du ciel.

Je vous en conjure maintenant, laissez cette parole pénétrer plus près de votre cœur. Puisque vous êtes convaincus que vous n’avez aucune raison de vous perdre vous-mêmes, dites-moi donc quelle raison vous avez de refuser de vous convertir et de vivre pour Dieu ? Quelle raison le plus mondain, ou le plus ivrogne, ou le plus ignorant et insouciant pécheur d’entre vous a-t-il de ne pas être aussi saint que n’importe qui de votre connaissance, et d’avoir autant de soin de son âme que tout autre ? L’enfer ne sera-t-il pas aussi brûlant pour vous que pour les autres ? Votre âme ne devrait-elle pas vous être aussi chère que la leur l’est pour eux ? Dieu n’a-t-il pas autant d’autorité sur vous ? Pourquoi donc ne voulez-vous pas devenir un peuple sanctifié aussi bien qu’eux ?

Ô mes amis, quand Dieu ramène la question aux principes mêmes de la nature, et montre que vous n’avez pas plus de raison d’être impies que vous n’en avez de damner votre propre âme ! si malgré cela vous ne voulez pas comprendre et vous convertir, il semble que votre cas soit désespéré. Et maintenant, ou vous avez une raison pour ce que vous faites, ou vous n’en avez pas : si vous n’en avez pas, irez-vous contre la raison elle-même ? Ferez-vous ce pour quoi vous n’avez aucune raison ? Mais si vous pensez en avoir, produisez-les, et faites valoir au mieux votre cause. Discutez un peu la cause avec moi, votre semblable, ce qui est bien plus facile que de la discuter avec Dieu. Dis-moi, homme, ici devant le Seigneur, comme si tu devais mourir à cette heure même, pourquoi ne résoudrais-tu pas de te convertir aujourd’hui, avant de bouger de la place où tu te tiens ? Quelle raison as-tu de refuser, ou de différer ? As-tu quelque raison qui satisfasse ta propre conscience ? Ou quelque raison que tu oses avouer et plaider au tribunal de Dieu ? Si tu en as, faisons-les entendre, produis-les, et prouve-les. Mais, hélas ! quelle pauvre marchandise, quelles absurdités au lieu de raisons n’entendons-nous pas chaque jour de la bouche des impies ! N’était la nécessité, j’aurais honte de les nommer.

1. L’un dit : « Si personne ne doit être sauvé, sinon ces convertis et ces sanctifiés dont vous parlez, alors le ciel serait bien vide ; alors, que Dieu vienne en aide à un grand nombre ! »

Rép. Quoi ! il semble que vous pensiez que Dieu ne sait pas, ou bien qu’il ne mérite pas d’être cru ! Ne mesurez pas tout d’après vous-mêmes ; Dieu a des milliers et des millions de sanctifiés ; mais ils sont pourtant en petit nombre en comparaison du monde, comme Christ lui-même nous l’a dit (Matthieu 7:13, 14 ; Luc 12:32). Il vous convient mieux de faire de cette vérité l’usage que Christ vous enseigne : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. Car étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent ; mais large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. » (Luc 13:22, 23, 24). — « Ne crains point, petit troupeau (dit Christ à ses sanctifiés), car votre Père a trouvé bon de vous donner le royaume » (Luc 12:32).

Object. 2. Je suis sûr que, si des gens comme moi vont en enfer, nous y aurons bonne compagnie.

Rép. Et cela vous sera-t-il un soulagement ou une consolation ? Ou pensez-vous ne pas pouvoir trouver assez de compagnie dans le ciel ? Voulez-vous vous perdre pour avoir de la compagnie ? Ou refusez-vous de croire que Dieu exécutera ses menaces, parce qu’il y en a tant qui sont coupables ? Ce sont là autant d’idées sottes et déraisonnables.

Object. 3. Mais tous les hommes sont pécheurs, même les meilleurs d’entre vous ?

Rép. Mais tous ne sont pas des pécheurs inconvertis. Les hommes pieux ne vivent pas dans des péchés grossiers ; et leurs infirmités mêmes sont leur chagrin et leur fardeau, dont ils désirent chaque jour être délivrés, et pour lesquels ils prient et luttent. Le péché n’a point de pouvoir sur eux.

Object. 4. Je ne vois pas que ceux qui font profession de piété soient meilleurs que les autres hommes ; ils trompent, ils oppriment, et ils sont aussi avares que quiconque.

Rép. Quoi qu’il en soit des hypocrites, il n’en est pas ainsi de ceux qui sont sanctifiés. Dieu en a des milliers et des dizaines de milliers qui sont tout autres ; bien que le monde malveillant les accuse de ce qu’il ne pourra jamais prouver, et de ce qui n’est jamais entré dans leur cœur. Et d’ordinaire on les charge de péchés du cœur, que nul ne peut voir sinon Dieu, parce qu’on ne peut les charger, dans leur vie, d’aucune des méchancetés dont on est soi-même coupable.

Object. 5. Mais je ne suis ni débauché, ni ivrogne, ni oppresseur ; pourquoi donc m’appellerais-tu à me convertir ?

Rép. Comme si vous n’étiez pas né selon la chair, et n’aviez pas vécu selon la chair aussi bien que les autres ! N’est-ce pas un aussi grand péché que n’importe lequel de ceux-là, pour un homme, d’avoir un esprit terrestre, d’aimer le monde plus que Dieu, et d’avoir un cœur incrédule et non humilié ? Bien plus, laissez-moi vous en dire davantage : beaucoup de personnes qui évitent les péchés déshonorants sont aussi fortement collées au monde, aussi esclaves de la chair, aussi étrangères à Dieu et aussi opposées au ciel, dans leur conduite plus honnête, que d’autres le sont dans leurs péchés plus honteux et plus notoires.

Object. 6. Mais je ne veux de mal à personne, et je ne fais aucun mal ; pourquoi donc Dieu me condamnerait-il ?

Rép. N’est-ce aucun mal que de négliger le Seigneur qui t’a fait, et l’œuvre pour laquelle tu es venu au monde, de préférer la créature au Créateur, et de négliger la grâce qui t’est offerte chaque jour ? C’est le comble de votre état de péché que d’y être insensibles ; les morts ne sentent pas qu’ils sont morts. Si une fois tu étais rendu à la vie, tu verrais en toi-même bien plus de choses mauvaises, et tu t’étonnerais d’en avoir fait si peu de cas.

Object. 7. Je crois que vous voudriez rendre les hommes fous, sous prétexte de les convertir ; il y a de quoi tourmenter la cervelle des pauvres pécheurs, à méditer tant sur des choses trop hautes pour eux.

Rép. 1. Pouvez-vous être plus fous que vous ne l’êtes déjà ? Ou du moins, peut-il y avoir une folie plus dangereuse que de négliger votre bien éternel et de vous perdre volontairement ?

2. Un homme n’est jamais dans son bon sens avant d’être converti ; il ne connaît ni Dieu, ni le péché, ni Christ, ni le monde, ni lui-même, ni ce qu’il a à faire sur la terre, de manière à s’y appliquer, avant d’être converti. — L’Écriture dit « que les méchants sont des hommes déraisonnables » (2 Thessaloniciens 3:2), et que « la sagesse de ce monde est une folie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:20) ; et en Luc 15:17 il est dit de l’enfant prodigue que, « Étant rentré en lui-même », il résolut de revenir. — C’est un monde bien sage, que celui où les hommes désobéissent à Dieu et courent en enfer de peur de perdre l’esprit !

3. Qu’y a-t-il, dans l’œuvre à laquelle Christ vous appelle, qui doive faire perdre l’esprit à un homme ? Est-ce d’aimer Dieu, de l’invoquer, de penser avec consolation à la gloire à venir, d’abandonner nos péchés, de nous aimer les uns les autres, et de faire nos délices du service de Dieu ? Sont-ce là des choses qui doivent rendre les hommes fous ?

4. Et quand vous dites que ces choses sont trop hautes pour nous, vous accusez Dieu lui-même d’en avoir fait notre œuvre, de nous avoir donné sa parole, et d’avoir commandé à tous ceux qui veulent être bienheureux de la méditer jour et nuit. Les choses pour lesquelles nous sommes faits, et pour lesquelles nous vivons, sont-elles trop hautes pour que nous nous en occupions ? C’est là manifestement nous ôter notre qualité d’hommes et faire de nous des bêtes, comme si nous étions semblables à celles qui ne doivent s’occuper de rien de plus haut que ce qui appartient à la chair et à la terre. Si le ciel est trop haut pour que vous y pensiez et que vous vous y prépariez, il sera trop haut pour que vous le possédiez jamais.

5. Si Dieu permet quelquefois que des personnes à la tête faible aient l’esprit troublé à force de penser aux choses éternelles, c’est qu’elles les comprennent mal et qu’elles courent sans guide ; et, des deux, j’aimerais mieux être dans le cas d’une telle personne que dans celui du monde insensé et inconverti, qui prend sa folie pour de la sagesse.

Object. 8. Je ne pense pas que Dieu se soucie tant de ce que les hommes pensent, disent ou font, au point d’en faire une si grande affaire.

Rép. Il semble donc que vous teniez la parole de Dieu pour fausse ; et alors, que croirez-vous ? Mais votre propre raison pourrait vous mieux enseigner, si vous ne croyez pas les Écritures : car vous voyez que Dieu ne fait pas si peu de cas de nous, puisqu’il daigne nous créer, qu’il nous conserve encore, qu’il nous soutient chaque jour et pourvoit à nos besoins ; et un homme sage fera-t-il un ouvrage délicat pour rien ? Ferez-vous faire ou achèterez-vous une horloge ou une montre, pour la regarder chaque jour sans vous soucier qu’elle aille juste ou faux ? Assurément, si vous ne croyez pas à un œil particulier de la Providence qui observe vos cœurs et vos vies, vous ne pouvez croire ni attendre aucune Providence particulière qui observe vos besoins et vos peines pour vous secourir. Et si Dieu s’était aussi peu soucié de vous que vous l’imaginez, vous n’auriez jamais vécu jusqu’à présent : cent maladies se seraient disputé à qui vous détruirait la première ; bien plus, les démons vous auraient obsédé et vous auraient emporté tout vivant, comme les grands poissons dévorent les petits, et comme les oiseaux et les bêtes de proie dévorent les autres. Vous ne pouvez penser que Dieu ait fait l’homme sans aucune fin ni aucun usage ; et s’il l’a fait pour quelque fin, c’était assurément pour lui-même. Et pouvez-vous penser qu’il ne se soucie pas que ses fins soient accomplies, et que nous fassions l’œuvre pour laquelle nous sommes faits ?

Bien plus, par cette objection athée, vous faites que Dieu aurait fait et soutiendrait le monde entier en vain. Car à quoi servent toutes les autres créatures inférieures, sinon à l’homme ? Que fait la terre, sinon nous porter et nous nourrir ? et les bêtes nous servent de leurs travaux et de leur vie ; et ainsi du reste. Et Dieu aurait-il fait une si glorieuse demeure, y aurait-il établi l’homme, et lui aurait-il donné toutes choses pour serviteurs, pour ne rien attendre maintenant de sa main ? sans se soucier de ce qu’il pense, de ce qu’il dit, ou de la manière dont il vit ? Cela est tout à fait déraisonnable.

Object. 9. C’était un monde meilleur quand les hommes ne faisaient pas tant d’embarras en matière de religion.

Rép. 1. Ç’a toujours été la coutume de vanter le temps passé. Ce monde dont vous parlez avait coutume de dire que c’était un monde meilleur au temps de ses pères ; et ceux-là en disaient autant du temps de leurs pères. Ce n’est là qu’une vieille coutume, parce que nous sentons tous le mal de notre propre temps, mais nous ne voyons pas celui qui fut avant nous.

2. Peut-être parlez-vous selon ce que vous pensez : les mondains pensent que le monde est au mieux quand il est conforme à leurs goûts, et qu’ils ont le plus de gaieté et de plaisir mondain. Et je ne doute pas que le diable, aussi bien que vous, ne dise que c’était alors un monde meilleur, car il avait alors plus de service et moins de trouble. Mais le monde est au mieux quand Dieu est le plus aimé, le plus honoré et le plus obéi. Et comment saurez-vous autrement si le monde est bon ou mauvais, sinon par là ?

Object. 10. Il y a tant de voies et de religions que nous ne savons de laquelle être ; et c’est pourquoi nous resterons tels que nous sommes.

Rép. Parce qu’il y en a beaucoup, voulez-vous être de la voie dont vous pouvez être sûrs qu’elle est mauvaise ? Nul n’est plus loin du chemin que les pécheurs mondains, charnels, inconvertis ; car ils ne s’égarent pas seulement dans telle ou telle opinion, mais dans le but même et la direction de leur vie. Si vous faisiez un voyage dont votre vie dépendît, vous arrêteriez-vous, ou rebrousseriez-vous chemin, parce que vous auriez rencontré quelques carrefours, ou parce que vous auriez vu des voyageurs prendre le chemin des chevaux, d’autres le sentier des piétons, d’autres peut-être passer à travers la haie, et même quelques-uns manquer le chemin ? ou ne seriez-vous pas plutôt d’autant plus soigneux de vous enquérir du chemin ? Si vous avez des serviteurs dont quelques-uns ne savent pas faire votre ouvrage comme il faut, et d’autres sont infidèles, trouveriez-vous bon que quelqu’un des autres restât oisif pour cette raison, et ne vous rendît aucun service, parce qu’il voit ses compagnons si mauvais ?

Object. 11. Je ne vois pas que les choses aillent mieux pour ceux qui sont si pieux que pour les autres hommes ; ils sont aussi pauvres, et dans autant de peine que les autres.

Rép. Et peut-être dans bien davantage, quand Dieu le juge bon. Ils ne prennent pas la prospérité terrestre pour leur salaire ; ils ont placé leur trésor et leurs espérances dans un autre monde, ou bien ils ne sont pas vraiment chrétiens ; moins ils ont ici, plus il leur reste en réserve, et ils sont contents d’attendre jusqu’alors.

Object. 12. Quand vous aurez dit tout ce que vous pourrez, je suis résolu à bien espérer, à me confier en Dieu, à faire de mon mieux, et à ne pas faire tant d’embarras.

Rép. 1. Est-ce là faire de votre mieux, quand vous ne voulez pas vous convertir à Dieu, et que votre cœur est contraire à son service saint et diligent ? C’est bien là tout ce que vous voulez faire, en effet ; mais c’est là votre misère.

2. Mon désir est que vous espériez et que vous vous confiiez en Dieu ; mais qu’est-ce donc que vous voudriez espérer ? Est-ce d’être sauvés, si vous vous convertissez et êtes sanctifiés ? Pour cela, vous avez la promesse de Dieu ; espérez-le donc, et ne vous en privez pas. Mais si vous espérez être sauvés sans conversion et sans une vie sainte, ce n’est pas espérer en Dieu, mais en Satan, ou en vous-mêmes ; car Dieu ne vous a fait aucune promesse semblable, mais vous a dit le contraire ; ce sont Satan et l’amour de soi qui vous ont fait de telles promesses et vous ont élevés à de telles espérances. — Eh bien, si ces raisons-là, et d’autres semblables, sont tout ce que vous avez à dire contre la conversion et une vie sainte, votre tout n’est rien, et moins que rien ; et si celles-là, et d’autres semblables, vous semblent des raisons suffisantes pour vous persuader d’abandonner Dieu et de vous jeter en enfer, que le Seigneur vous délivre de telles raisons, d’intelligences si aveugles, et de cœurs si insensés et si endurcis ! Oseriez-vous soutenir une seule de ces raisons au tribunal de Dieu ? Pensez-vous qu’alors il vous servira de dire : « Seigneur, je ne me suis pas converti parce que j’avais tant à faire dans le monde, ou parce que je n’aimais pas la vie de certains de ceux qui faisaient profession de piété, ou parce que je voyais les hommes de tant d’opinions diverses ? » — Oh ! avec quelle facilité la lumière de ce jour-là couvrira de honte de tels raisonnements ! Aviez-vous le monde à soigner ? Que le monde que vous avez servi vous paie maintenant votre salaire, et vous sauve s’il le peut. N’aviez-vous pas un monde meilleur à soigner d’abord ? Et ne vous était-il pas commandé de « chercher premièrement le royaume et la justice de Dieu », avec la promesse que les autres choses vous seraient données par-dessus (Matthieu 6:33) ? Et ne vous avait-on pas dit que « la piété est utile à tout, ayant la promesse de la vie présente et de celle qui est à venir » (1 Timothée 4:8) ? Les péchés de ceux qui faisaient profession de piété vous ont-ils arrêtés ? Vous auriez dû plutôt en être plus attentifs, apprendre par leurs chutes à prendre garde, et en devenir plus soigneux, et non plus négligents. C’était l’Écriture, et non leur vie, qui était votre règle. Les nombreuses opinions de ce monde vous ont-elles arrêtés ? Eh quoi ! l’Écriture, qui était votre règle, ne vous enseignait qu’une seule voie, et c’était la bonne voie ; si vous l’aviez suivie, même dans tout ce qui en était clair et facile, vous ne vous seriez jamais égarés. De telles réponses ne vous fermeront-elles pas la bouche ? Si elles ne le font pas, Dieu en a d’autres qui le feront, quand il demandera à l’homme (Matthieu 22:12) : « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces? » C’est-à-dire : que fais-tu dans mon Église, parmi ceux qui font profession d’être chrétiens, sans un cœur et une vie saints ? Quelle réponse fit-il ? Eh bien, le texte dit qu’il eut la bouche fermée ; il n’avait rien à dire. La clarté de la cause et la majesté de Dieu fermeront alors aisément la bouche aux plus assurés d’entre vous, quoique vous ne vouliez vous laisser réduire au silence par rien de ce que nous pouvons vous dire maintenant, mais que vous prétendiez faire valoir votre cause, si mauvaise qu’elle soit. Je sais déjà qu’aucune des raisons que vous pouvez me donner maintenant ne vous sera d’aucun secours à la fin, quand votre cause devra être exposée devant le Seigneur et devant le monde entier. Bien plus, je ne pense guère que votre propre conscience soit bien satisfaite de vos raisons. Car, si elle l’est, il semble alors que vous n’ayez pas même le dessein de vous repentir. Mais si vous avez le dessein de vous repentir, il semble que vous ne mettiez pas grande confiance dans les raisons que vous apportez contre la repentance. Que dites-vous, pécheurs inconvertis ? Avez-vous quelque bonne raison à donner pour ne pas vous convertir, et vous convertir sur-le-champ, de tout votre cœur ? Ou voulez-vous aller en enfer en dépit de la raison elle-même ? Réfléchissez à temps à ce que vous faites, car il sera bientôt trop tard pour réfléchir. — Pouvez-vous trouver quelque chose à redire à Dieu, ou à son œuvre, ou à son salaire ? Est-il un mauvais maître ? Le diable, que vous servez, en est-il un meilleur ? Ou la chair en est-elle une meilleure ? Y a-t-il quelque mal dans une vie sainte ? Une vie de mondanité et d’impiété vaut-elle mieux ? Pensez-vous, dans votre conscience, qu’il vous ferait quelque mal d’être convertis et de vivre d’une vie sainte ? Quel mal cela peut-il vous faire ? Est-ce un mal pour vous d’avoir en vous l’Esprit de Christ ? Et d’avoir un cœur lavé et purifié ? S’il est mauvais d’être saint, pourquoi Dieu dit-il : « Vous serez saints, car je suis saint. » (1 Pierre 1:15, 16 ; Lévitique 20:7). Est-ce un mal que d’être semblable à Dieu ? N’est-il pas dit que « Dieu créa l’homme à son image » ? Eh bien, cette sainteté est son image. C’est elle qu’Adam perdit, et c’est elle que Christ, par sa parole et par son Esprit, voudrait vous rendre, comme il la rend à tous ceux qu’il veut sauver. Pourquoi avez-vous été baptisés dans le Saint-Esprit ? et pourquoi faites-vous baptiser vos enfants dans le Saint-Esprit comme leur sanctificateur, si vous ne voulez pas être sanctifiés par lui, mais trouvez dur d’être sanctifiés ? Dites-moi sincèrement, comme devant le Seigneur : bien qu’il vous répugne de vivre d’une vie sainte, n’aimeriez-vous pas mieux mourir dans l’état de ceux qui vivent ainsi que dans celui des autres ? Si vous deviez mourir aujourd’hui, n’aimeriez-vous pas mieux mourir dans l’état d’un homme converti que d’un inconverti ? D’un homme saint et céleste que d’un homme charnel et terrestre ? Et ne diriez-vous pas, comme Balaam (Nombres 23:10) : « Que je meure de la mort des justes, Et que ma fin soit semblable à la leur! » Et pourquoi ne voulez-vous pas être dès maintenant du sentiment dont vous serez alors ? Tôt ou tard il faudra en venir là : ou être converti, ou souhaiter de l’avoir été, quand il sera trop tard. Mais qu’est-ce donc que vous craignez de perdre, si vous vous convertissez ? Sont-ce vos amis ? Vous ne ferez qu’en changer ; Dieu sera votre ami, et Christ, et l’Esprit, seront vos amis, et tout chrétien sera votre ami. Vous gagnerez un ami qui vous sera d’un plus grand secours que n’auraient pu l’être tous les amis du monde. Les amis que vous perdrez n’auraient fait que vous attirer en enfer, mais n’auraient pu vous en délivrer ; mais l’ami que vous gagnerez vous sauvera de l’enfer et vous amènera dans son propre repos éternel.

Est-ce votre plaisir que vous craignez de perdre ? Vous pensez que vous n’aurez plus jamais un jour de gaieté, si une fois vous êtes convertis. Hélas ! que vous puissiez trouver un plus grand plaisir à vivre dans des jeux et des divertissements insensés, et à contenter votre chair, qu’à vivre dans les pensées de la foi touchant la gloire, dans l’amour de Dieu, et dans la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit, en quoi consiste l’état de grâce ! (Romains 14:17). S’il vous serait un plus grand plaisir de penser à vos terres et à votre héritage (si vous étiez seigneurs de tout le pays) qu’il ne l’est pour un enfant de jouer aux épingles, pourquoi ne vous serait-ce pas une plus grande joie de penser que le royaume des cieux est à vous, qu’à toutes les richesses ou à tous les plaisirs du monde ? De même que ce n’est qu’une folle puérilité qui fait que les enfants se plaisent tant à leurs jouets qu’ils ne les quitteraient pas pour toutes vos terres, de même ce n’est qu’une folle mondanité, une folle sensualité et une folle méchanceté, qui font que vous vous plaisez tant à vos maisons, à vos terres, au manger, au boire, au repos et aux honneurs, que vous ne voudriez pas vous en séparer pour les délices célestes. Mais que ferez-vous pour avoir du plaisir quand ces choses s’en seront allées ? N’y pensez-vous pas ? Quand vos plaisirs finiront dans l’horreur, et s’éteindront comme une mèche puante, les plaisirs des saints seront alors à leur comble. Je n’ai moi-même goûté qu’un peu des plaisirs célestes, dans l’attente anticipée du jour bienheureux qui approche et dans l’assurance présente de l’amour de Dieu en Christ ; mais j’ai bu trop profondément aux plaisirs terrestres, de sorte que vous pouvez voir que, si je suis partial, c’est de votre côté ; et pourtant je dois déclarer, d’après cette petite expérience, qu’il n’y a aucune comparaison. — Il y a plus de joie à goûter en un seul jour (si le soleil de la vie brille clairement sur nous) dans l’état de sainteté, que dans toute une vie de plaisirs coupables. « Je préfère me tenir sur le seuil de la maison de mon Dieu, Plutôt que d’habiter sous les tentes de la méchanceté. » (Psaume 84:11). « Un jour dans ses parvis vaut mieux que mille ailleurs » (Psaume 84:11). Le rire des méchants est comme le rire d’un fou, qui ne connaît pas sa propre misère ; et c’est pourquoi Salomon dit d’un tel rire : « Insensé! Et de la joie: A quoi sert-elle? » (Ecclésiaste 2:2 ; et Ecclésiaste 7:2, 3, 4, 5, 6) : « Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin; car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur. Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le cœur peut être content. Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie. Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d’entendre le chant des insensés. Car comme le bruit des épines sous la chaudière, ainsi est le rire des insensés. » Tout le plaisir des choses charnelles n’est que comme l’action de se gratter chez un homme qui a la gale ; c’est sa maladie qui le lui fait désirer ; et un homme sage aimerait mieux être privé de ce plaisir que d’être affligé de sa gale. Votre rire le plus bruyant n’est que comme celui d’un homme qu’on chatouille ; il rit quand il n’a aucun sujet de joie. Jugez, en hommes que vous êtes, si c’est là le rôle d’un homme sage. Ce n’est que votre nature charnelle et non sanctifiée qui vous fait paraître pénible une vie sainte, et plus délicieux un train de sensualité. Si seulement vous voulez vous convertir, le Saint-Esprit vous donnera une autre nature et une autre inclination, et alors il vous sera plus agréable d’être délivrés de votre péché qu’il ne l’est maintenant de le garder ; et vous direz alors que vous ne saviez pas, jusque-là, ce qu’était une vie heureuse, et que tout n’alla jamais bien pour vous jusqu’à ce que Dieu et la sainteté fussent vos délices.

Quest. Mais comment se fait-il que les hommes soient si déraisonnables dans les choses du salut ? Ils ont assez d’esprit dans les autres affaires ; qu’est-ce qui les rend si peu disposés à se convertir, qu’il faille tant de paroles dans un cas si clair, et que tout cela ne serve de rien, mais que la plupart vivent et meurent inconvertis ?

Réponse. Pour ne les nommer qu’en peu de mots, en voici les causes :

1. Les hommes sont naturellement épris de la terre et de la chair, et leur nature a de l’inimitié contre Dieu et contre la piété, comme la nature du serpent en a contre l’homme ; et quand tout ce que nous pouvons dire va contre une inclination habituelle de leur nature, il n’est pas étonnant que cela n’ait guère d’effet.

2. Ils sont dans les ténèbres, et ne connaissent pas les choses mêmes qu’ils entendent. Ils sont comme un homme né aveugle qui entend faire un grand éloge de la lumière : mais que lui servira de l’entendre, s’il ne la voit pas ? Ils ne savent pas ce qu’est Dieu, ni quelle est la puissance de la croix de Christ, ni ce qu’est l’esprit de sainteté, ni ce que c’est que de vivre dans l’amour par la foi ; ils ne connaissent ni la certitude, ni la convenance, ni l’excellence de l’héritage céleste. Ils ne savent pas ce que sont la conversion, et un esprit et une conduite saints, même quand ils en entendent parler. Ils sont dans un brouillard d’ignorance. Ils sont perdus et égarés dans le péché, comme un homme qui s’est perdu dans la nuit et ne sait ni où il est, ni comment se retrouver, jusqu’à ce que la lumière du jour le remette dans son chemin.

3. Ils sont obstinément persuadés qu’ils n’ont pas besoin de conversion, mais de quelque amendement partiel ; qu’ils sont déjà dans le chemin du ciel, et qu’ils sont convertis, alors qu’ils ne le sont pas. Et si vous rencontrez un homme qui est tout à fait hors de son chemin, vous pourrez l’appeler longtemps à rebrousser chemin, s’il ne veut pas vous croire quand vous lui dites qu’il s’est égaré.

4. Ils sont devenus esclaves de leur chair, et noyés dans le monde pour pourvoir à ses besoins. Leurs convoitises, leurs passions et leurs appétits leur ont troublé l’esprit, et ont pris sur eux un tel empire qu’ils ne savent comment les refuser, ni comment s’appliquer à quoi que ce soit d’autre. De sorte que l’ivrogne dit : « J’aime un verre de bonne boisson, et je ne puis m’en abstenir. » Le gourmand dit : « J’aime la bonne chère, et je ne puis m’en abstenir. » Le fornicateur dit : « J’aime satisfaire ma convoitise, et je ne puis m’en abstenir. » Et le joueur aime ses divertissements, et il ne peut s’en abstenir. De sorte qu’ils sont devenus de véritables esclaves captifs de leur chair, et leur obstination même est devenue une impuissance ; et ce qu’ils ne voulaient pas faire, ils disent qu’ils ne le peuvent pas. Et le mondain est si absorbé par les choses terrestres qu’il n’a ni cœur, ni esprit, ni temps pour les choses célestes ; mais, comme dans le songe de Pharaon (Genèse 41:4), « Les vaches laides à voir et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles à voir et grasses de chair », ainsi cette terre maigre et stérile dévore toutes les pensées du ciel.

5. Quelques-uns sont tellement entraînés par le courant des mauvaises compagnies, qu’ils sont prévenus de pensées dures contre une vie pieuse, pour en avoir entendu parler contre elle ; ou du moins ils pensent pouvoir se risquer à faire comme ils voient faire au plus grand nombre, et ainsi ils persistent dans leurs voies coupables ; et quand l’un d’eux est retranché et jeté en enfer, et qu’un autre est enlevé du milieu d’eux pour la même condamnation, cela ne les effraie guère, parce qu’ils ne voient pas où ils sont allés. Pauvres misérables, ils persistent malgré tout cela dans leur impiété ; car ils ne savent guère que leurs compagnons sont maintenant dans les tourments à s’en lamenter. Au chapitre 16 de Luc, le riche dans l’enfer aurait bien voulu que quelqu’un allât avertir ses cinq frères, de peur qu’ils ne vinssent aussi dans ce lieu de tourment. Il est probable qu’il connaissait leurs sentiments et leur vie, et savait qu’ils se hâtaient vers ce lieu, sans se douter le moins du monde qu’il y était ; bien plus, ils n’auraient guère cru celui qui le leur aurait dit. Je me souviens d’un fait qu’un gentilhomme encore vivant m’a raconté avoir vu sur un pont de la Severn. Un homme conduisait un troupeau d’agneaux gras ; quelque chose étant venu à leur rencontre et leur barrant le passage, l’un des agneaux sauta sur le parapet du pont, et, ses pattes glissant sous lui, il tomba dans le courant ; les autres, le voyant, sautèrent l’un après l’autre par-dessus le pont, et furent tous, ou presque tous, noyés. — Ceux qui étaient derrière ne savaient guère ce qu’étaient devenus ceux qui les avaient précédés, mais pensaient pouvoir se risquer à suivre leurs compagnons ; mais, dès qu’ils avaient franchi le parapet et tombaient la tête la première, les choses changeaient. Il en est exactement de même des hommes charnels et inconvertis. L’un meurt à côté d’eux et tombe en enfer, et un autre suit le même chemin ; et pourtant ils veulent aller après eux, parce qu’ils ne pensent pas où ils sont allés. Oh ! mais quand la mort leur aura une fois ouvert les yeux, et qu’ils verront ce qu’il y a de l’autre côté du parapet, dans un autre monde, que ne donneraient-ils pas pour être où ils étaient !

6. De plus, ils ont un ennemi subtil et malveillant, qu’ils ne voient pas, et qui joue son jeu dans les ténèbres ; et sa principale affaire est d’empêcher leur conversion, et pour cela de les garder où ils sont, en leur persuadant de ne pas croire les Écritures, ou de ne pas se troubler l’esprit de ces choses ; ou en leur persuadant de penser du mal d’une vie pieuse, ou de penser qu’il y a là plus d’embarras qu’il n’en faut, et qu’ils peuvent être sauvés sans conversion et sans tout ce remue-ménage ; et que Dieu est si miséricordieux qu’il ne damnera aucun de ceux qui leur ressemblent ; ou du moins qu’ils peuvent attendre encore un peu, prendre leur plaisir, et suivre le monde un peu plus longtemps encore, puis le laisser aller, et se repentir plus tard. Et par de telles tromperies et de tels artifices, le diable retient la plupart dans sa captivité et les conduit à sa propre misère. Ce sont ces obstacles-là, et d’autres semblables, qui retiennent tant de milliers d’hommes dans l’état d’inconversion, alors que Dieu a tant fait, que Christ a tant souffert, et que les ministres ont tant dit pour leur conversion ; quand leurs raisons sont réduites au silence, et qu’ils ne sont pas capables de répondre au Seigneur qui les rappelle : « Revenez, revenez, pourquoi mourriez-vous ? » — tout cela n’aboutit à rien pour la plus grande partie d’entre eux ; et ils ne nous laissent plus rien d’autre à faire, après tout, que de nous asseoir et de déplorer leur misère volontaire.

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