Chapitre 3 · 54 min de lecture · 1 h 10 min d’écoute
Sermon I
Ézéchiel 33:11.
Dis-leur: je suis vivant! Dit le Seigneur, l’Éternel, ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël?
C’EST un sujet d’étonnement pour bien des hommes, comme pour moi, de lire dans la sainte Écriture combien peu seront sauvés, et que la plus grande partie, même de ceux qui sont appelés, sera exclue pour toujours du royaume des cieux et tourmentée avec les démons dans le feu éternel. Les incrédules ne le croient pas en le lisant ; c’est pourquoi il faudra qu’ils le sentent. Ceux qui le croient sont forcés de s’écrier avec Paul (Romains 11:33) : « O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles! » Mais la nature elle-même nous enseigne à tous à rejeter le blâme des mauvaises œuvres sur ceux qui les commettent ; c’est pourquoi, lorsque nous voyons commettre quelque chose d’odieux, un principe de justice nous pousse à rechercher celui qui l’a fait, afin que le mal de l’œuvre retombe sur son auteur en mal de honte. Si nous voyions un homme tué et mis en pièces, nous demanderions aussitôt : « Oh ! qui a commis cette action cruelle ? » Si la ville avait été incendiée de propos délibéré, vous demanderiez : « Quel misérable a fait cela ? » De même, quand nous lisons que la plupart seront à jamais des tisons de l’enfer, nous ne pouvons que nous demander : comment cela se fait-il ? et à qui en est la faute ? qui donc est assez cruel pour être la cause d’une telle chose ? Et nous en rencontrons peu qui veuillent s’en reconnaître coupables. Tous, il est vrai, confessent que Satan en est la cause ; mais cela ne lève pas la difficulté, car il n’en est pas la cause principale. Il ne force pas les hommes à pécher, il les y tente, et laisse à leur propre volonté de le faire ou non : il ne traîne pas les hommes au cabaret pour leur ouvrir la bouche de force et y verser la boisson ; il ne les retient pas non plus de sorte qu’ils ne puissent aller au service de Dieu ; il n’arrache pas non plus de force leur cœur aux pensées saintes. L’affaire se règle donc entre Dieu lui-même et le pécheur ; l’un des deux doit nécessairement être la cause principale de toute cette misère, quel qu’il soit, car il n’y a personne d’autre sur qui la rejeter ; or Dieu la désavoue, il ne veut pas la prendre sur lui ; et les méchants la désavouent d’ordinaire, ils ne veulent pas la prendre sur eux. Et c’est là le débat qui est conduit dans mon texte.
Le Seigneur se plaint du peuple, et le peuple pense que c’est la faute de Dieu. Le même débat est traité au chapitre 18, verset 25, où ils disent ouvertement : « La voie du Seigneur n’est pas droite. » et où Dieu dit : « ce sont leurs voies qui ne sont pas droites. » De même ici, au verset 10, ils disent : « Nos transgressions et nos péchés sont sur nous, et c’est à cause d’eux que nous sommes frappés de langueur; comment pourrions-nous vivre? » Comme s’ils disaient : s’il nous faut mourir et être malheureux, qu’y pouvons-nous ? comme si la faute n’en était pas à eux, mais à Dieu. Mais Dieu, dans mon texte, se décharge de ce blâme ; il leur dit comment ils peuvent y remédier s’ils le veulent, il les presse d’user des moyens ; et s’ils ne se laissent pas persuader, il leur fait savoir que la faute en est à eux-mêmes ; et si cela ne les satisfait pas, il ne s’abstiendra pas pour autant de les punir. C’est lui qui sera leur juge, et il les jugera selon leurs voies ; ils ne sont juges ni de lui ni d’eux-mêmes, n’ayant ni l’autorité, ni la sagesse, ni l’impartialité requises. Et ce n’est pas en chicanant Dieu qu’ils arriveront à leurs fins, ni qu’ils échapperont à l’exécution de la justice dont ils murmurent.
Les paroles de ce verset contiennent : 1. La justification que Dieu fait de lui-même quant au blâme de leur perte. Il ne le fait pas en désavouant ses jugements et leur exécution selon cette loi, ni en leur donnant le moindre espoir que la loi ne sera pas exécutée ; mais en déclarant que ce n’est pas à leur mort qu’il prend plaisir, mais plutôt à leur retour, afin qu’ils vivent ; et il le leur confirme par son serment. 2. Une exhortation expresse adressée aux méchants de revenir, où Dieu ne se contente pas de commander, mais persuade, et condescend même à raisonner avec eux : pourquoi voudraient-ils mourir ? La fin directe de son exhortation est qu’ils se convertissent et vivent. Les fins secondaires ou réservées, à supposer que celle-là ne soit pas atteinte, sont les deux suivantes : premièrement, les convaincre, par les moyens qu’il a employés, que ce n’est pas la faute de Dieu s’ils sont malheureux ; secondement, les convaincre, par leur obstination manifeste à rejeter tous ses commandements et toutes ses instances, que la faute en est à eux-mêmes, et qu’ils meurent parce qu’ils veulent mourir.
La substance du texte se ramène aux observations suivantes.
Doct. 1. C’est la loi immuable de Dieu que les méchants doivent se convertir ou mourir.
Doct. 2. C’est la promesse de Dieu que les méchants vivront, pourvu seulement qu’ils se convertissent.
Doct. 3. Dieu prend plaisir à la conversion et au salut des hommes, mais non à leur mort ni à leur damnation : il aimerait mieux qu’ils reviennent et vivent, que de les voir persévérer et mourir.
Doct. 4. C’est là une vérité très certaine, et parce que Dieu ne veut pas que les hommes la mettent en doute, il la leur a solennellement confirmée par son serment.
Doct. 5. Le Seigneur redouble ses commandements et ses instances auprès des méchants pour qu’ils se convertissent
Doct. 6. Le Seigneur condescend à raisonner avec eux, et demande aux méchants pourquoi ils veulent mourir.
Doct. 7. Si, après tout cela, les méchants ne veulent pas se convertir, ce n’est pas la faute de Dieu s’ils périssent, mais la leur ; leur propre obstination est la cause de leur damnation ; ils meurent donc parce qu’ils veulent mourir.
Ayant ainsi exposé le texte sous vos yeux en ces propositions simples, je parlerai ensuite quelque peu de chacune d’elles dans l’ordre, quoique brièvement.
Doct. 1. C’est la loi immuable de Dieu que les méchants doivent se convertir ou mourir.
Si vous voulez croire Dieu, croyez ceci : il n’y a pour tout méchant que l’une de ces deux voies, la conversion ou la damnation. Je sais que les méchants auront bien de la peine à se laisser persuader de la vérité ou de l’équité de cette loi. Rien d’étonnant si le coupable cherche querelle à la loi. Peu d’hommes sont enclins à croire ce qu’ils ne voudraient pas voir vrai, et moins encore voudraient voir vrai ce qu’ils jugent contraire à eux. Mais ce n’est pas en cherchant querelle à la loi ou au juge que le malfaiteur sera sauvé. Croire la loi et y prendre garde aurait pu prévenir sa mort ; la nier et l’accuser ne fera que la hâter. S’il n’en était pas ainsi, pour un homme qui soumettrait sa raison à la loi, cent dresseraient leur raison contre la loi. Et les hommes aimeraient mieux exposer leurs raisons de ne pas être punis, que d’écouter les commandements et les raisons de leurs gouvernants qui leur ordonnent d’obéir. La loi n’a pas été faite pour que vous la jugiez, mais pour que vous soyez gouvernés et jugés par elle.
Mais s’il y a quelqu’un d’assez aveugle pour oser mettre en question soit la vérité, soit la justice de cette loi de Dieu, je vous donnerai brièvement de l’une et de l’autre une preuve qui, me semble-t-il, devrait satisfaire un homme raisonnable.
Et d’abord, si vous doutez que ce soit là la parole de Dieu, outre cent autres textes, ces quelques-uns peuvent vous satisfaire. — Matthieu 18:3 : « Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » — Jean 3:3 : « En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » — 2 Corinthiens 5:17 : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » — Colossiens 3:9, 10 : « vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé. » — Hébreux 12:14 : « la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. » — Romains 8:8, 9 : « ceux qui vivent selon la chair ne sauraient plaire à Dieu. » — « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » — Galates 6:15 : « Car ce n’est rien que d’être circoncis ou incirconcis; ce qui est quelque chose, c’est d’être une nouvelle créature. » — 1 Pierre 1:3 : « selon sa grande miséricorde, nous a régénérés, pour une espérance vivante, » — Verset 23 : « vous avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu. » — 1 Pierre 2:1, 2 : « Rejetant donc toute malice et toute ruse, la dissimulation, l’envie, et toute médisance, désirez, comme des enfants nouveau-nés, le lait spirituel et pur, afin que par lui vous croissiez » — Psaume 9:18 : « Les méchants se tournent vers le séjour des morts, Toutes les nations qui oublient Dieu. » — Psaume 11:5 : « Et l’Éternel aime le juste, mais son âme hait le méchant. »
Comme je n’ai pas besoin de m’arrêter à expliquer ces textes, qui sont si clairs, je ne pense pas non plus avoir besoin d’en ajouter d’autres de cette multitude qui disent la même chose. Si tu es un homme qui croit la parole de Dieu, en voilà déjà assez pour te convaincre que les méchants doivent être convertis ou condamnés. Vous voilà déjà amenés au point où il vous faut ou bien confesser que cela est vrai, ou bien dire franchement que vous ne voulez pas croire la parole de Dieu. Et si une fois vous en venez là, il y a bien peu d’espoir pour vous : veillez sur vous-mêmes du mieux que vous pourrez, car il est probable que vous ne resterez pas longtemps hors de l’enfer. Vous seriez prêts à sauter au visage de celui qui vous donnerait un démenti ; et vous osez, vous, donner un démenti à Dieu ? Mais si vous dites franchement à Dieu que vous ne voulez pas le croire, ne le blâmez pas s’il ne vous avertit plus jamais, ou s’il vous abandonne et vous livre comme un cas désespéré. Car à quoi bon vous avertir, si vous ne voulez pas le croire ? Vous enverrait-il un ange du ciel, il semble que vous ne le croiriez pas. Car un ange ne peut dire que la parole de Dieu ; et si un ange vous apportait un autre Évangile, vous ne devriez pas le recevoir, mais le tenir pour anathème (Galates 1:8). Et assurément il n’est point d’ange qu’il faille croire de préférence au Fils de Dieu, qui est venu d’auprès du Père nous apporter cette doctrine. S’il ne faut pas le croire, lui, alors il ne faut croire aucun des anges du ciel. Et si vous en êtes à ces termes avec Dieu, je vous laisserai jusqu’à ce qu’il vous traite d’une manière plus convaincante. Dieu a une voix qui saura bien se faire entendre. Bien qu’il vous supplie d’écouter la voix de son Évangile, il vous fera entendre, sans supplication, la voix de sa sentence de condamnation. Nous ne pouvons pas vous faire croire malgré vous ; mais Dieu vous fera sentir malgré vous.
Mais écoutons quelle raison vous avez de ne pas vouloir croire cette parole de Dieu, qui nous dit que les méchants doivent être convertis ou condamnés. Je connais votre raison : c’est que vous jugez invraisemblable que Dieu soit si impitoyable ; vous trouvez cruel de damner des hommes éternellement pour une chose aussi petite qu’une vie de péché. Et ceci nous amène au second point, qui est de justifier l’équité de Dieu dans ses lois et dans ses jugements.
Et d’abord, vous ne nierez pas, je pense, qu’il convient au plus haut point à une âme immortelle d’être gouvernée par des lois qui promettent une récompense éternelle et menacent d’un châtiment sans fin. Autrement la loi ne serait pas appropriée à la nature du sujet, qui ne se laissera pleinement gouverner par aucun moyen inférieur à l’espérance ou à la crainte des choses éternelles. Il en est comme des peines temporelles : si l’on faisait aujourd’hui une loi portant que les crimes les plus odieux seront punis de cent ans de captivité, elle pourrait avoir quelque efficacité, cette peine égalant notre vie. Mais s’il n’y avait pas eu d’autres peines avant le déluge, quand les hommes vivaient huit ou neuf cents ans, cela n’aurait pas suffi, car les hommes auraient su qu’il leur resterait ensuite tant de centaines d’années d’impunité. Il en est de même dans le cas présent.
2. Vous avouerez, je suppose, que la promesse d’une gloire sans fin et inconcevable ne s’accorde pas si mal avec la sagesse de Dieu ni avec la condition de l’homme. Pourquoi donc ne penseriez-vous pas de même de la menace d’une misère sans fin et indicible ?
3. Quand vous trouvez dans la parole de Dieu qu’il en est ainsi et qu’il en sera ainsi, vous croyez-vous qualifiés pour contredire cette parole ? — Allez-vous citer votre Créateur à la barre, et examiner sa parole sous l’accusation de fausseté ? Allez-vous vous dresser contre lui et le juger selon la loi de vos imaginations ? Êtes-vous plus sages, meilleurs et plus justes que lui ? Faut-il que le Dieu du ciel vienne à vous apprendre la sagesse ? Faut-il que la sagesse infinie se mette à l’école de la folie ? et que la sainteté infinie soit corrigée par un pécheur égoïste qui ne saurait se garder pur une heure ? Faut-il que le Tout-Puissant comparaisse à la barre d’un ver de terre ? Ô horrible arrogance d’une poussière insensée ! Chaque taupe, chaque motte, chaque tas de fumier accusera-t-il le soleil de ténèbres, et entreprendra-t-il d’illuminer le monde ? Où étiez-vous quand le Tout-Puissant fit ces lois, pour qu’il ne vous ait pas appelés à son conseil ? Assurément il les a faites avant votre naissance, sans solliciter votre avis ! et vous êtes venus au monde trop tard pour les abroger. Si vous aviez pu accomplir une si grande œuvre, il vous aurait fallu sortir de votre néant, et contredire Christ quand il était sur la terre, ou Moïse avant lui, ou sauver Adam et sa postérité pécheresse de la mort dont ils étaient menacés, afin qu’il n’y eût nul besoin de Christ ! Et que direz-vous si Dieu retire sa patience et son soutien, et vous laisse tomber en enfer pendant que vous cherchez querelle à sa parole ? — Croirez-vous alors qu’il n’y a point d’enfer ?
4. Si le péché est un mal tel qu’il exige la mort de Christ pour son expiation, il n’est pas étonnant qu’il mérite notre misère éternelle.
5. Et si le péché des démons a mérité un tourment sans fin, pourquoi le péché de l’homme ne le mériterait-il pas aussi ?
6. Et vous devriez, ce me semble, vous apercevoir qu’il n’est pas possible aux meilleurs des hommes, et bien moins encore aux méchants, d’être des juges compétents de ce que mérite le péché. Hélas ! nous sommes à la fois aveugles et partiaux. Vous ne pouvez jamais connaître pleinement ce que mérite le péché, tant que vous ne connaissez pas pleinement le mal du péché ; et vous ne pouvez jamais connaître pleinement le mal du péché, tant que vous ne connaissez pas pleinement : 1 l’excellence de l’âme, qu’il défigure ; 2. et l’excellence de la sainteté, qu’il efface ; 3. et la raison et l’excellence de la gloire, qu’il viole ; et 4. l’excellence de la gloire, qu’il méprise ; et 5. l’excellence et l’office de la raison, qu’il foule aux pieds ; 6. non, pas même tant que vous ne connaissez pas l’infinie excellence, la toute-puissance et la sainteté de ce Dieu contre qui il est commis. Quand vous connaîtrez pleinement toutes ces choses, vous connaîtrez pleinement ce que mérite le péché. D’ailleurs, vous savez que le coupable est trop partial pour juger la loi ou la procédure du juge. Nous jugeons d’après ce que nous ressentons, et cela aveugle notre raison. Nous voyons, dans les choses ordinaires de ce monde, que la plupart des hommes pensent juste la cause qui est la leur, et injuste tout ce qui se fait contre eux ; et que les amis les plus sages, les plus justes et les plus impartiaux essaient de les persuader du contraire, c’est peine perdue. Il est peu d’enfants qui ne trouvent leur père impitoyable, ou dur envers eux, s’il les fouette. Il n’est guère de misérable, si vil soit-il, qui ne pense que l’Église lui fait tort si elle l’excommunie ; ni guère de voleur ou de meurtrier qu’on pend, qui n’accuserait la loi et le juge de cruauté, si cela pouvait le servir.
7. Pouvez-vous penser qu’une âme non sanctifiée soit propre au ciel ? Hélas ! ils ne peuvent y aimer Dieu, ni lui rendre aucun service qu’il puisse agréer. Ils sont contraires à Dieu ; ils ont en dégoût ce qu’il aime le plus, et aiment ce qu’il a en horreur ; ils sont incapables de cette communion imparfaite avec lui à laquelle ses saints ont part ici-bas. Comment donc pourraient-ils vivre dans cet amour parfait de Dieu, et dans ce plein délice et cette pleine communion avec lui, qui font la félicité du ciel ? Vous ne vous accusez pas d’être impitoyables si vous ne faites pas de votre ennemi votre conseiller intime ; et pourtant vous blâmerez le Seigneur absolu, le Souverain très sage et très miséricordieux du monde, s’il condamne les inconvertis à une misère perpétuelle.
APPLICATION.
Je vous en conjure maintenant, vous tous qui aimez vos âmes : au lieu de chercher querelle à Dieu et à sa parole, inclinez-vous aussitôt devant elle, et faites-en votre profit. Vous tous qui êtes inconvertis dans cette assemblée, recevez ceci comme la vérité indubitable de Dieu : il vous faut, avant qu’il soit longtemps, être convertis ou condamnés ; il n’y a pas d’autre voie que de se convertir ou de mourir. Quand Dieu, qui ne peut mentir, vous l’a dit ; quand vous l’entendez du Créateur et du Juge du monde, il est temps que celui qui a des oreilles entende. Vous pouvez voir désormais à quoi vous en tenir. Vous n’êtes que des hommes morts et damnés, à moins que vous ne vouliez être convertis. Si je vous disais autre chose, je vous tromperais par un mensonge. — Si je vous le cachais, je vous perdrais, et je serais coupable de votre sang, comme me l’assurent les versets qui précèdent mon texte ; verset 8 : « Quand je dis au méchant: Méchant, tu mourras! Si tu ne parles pas pour détourner le méchant de sa voie, ce méchant mourra dans son iniquité, et je te redemanderai son sang. » — Vous voyez donc que, si rude et si malvenue que soit cette doctrine, elle est de celles qu’il nous faut prêcher et qu’il vous faut entendre. Il est plus facile d’entendre parler de l’enfer que de le sentir. Si vos besoins ne l’exigeaient pas, nous n’irions pas blesser vos oreilles délicates par des vérités qui paraissent si dures et si pénibles. L’enfer ne serait pas si plein, si les gens voulaient seulement connaître leur état, et en entendre parler, et y penser. La raison pour laquelle si peu y échappent, c’est qu’ils ne s’efforcent pas d’entrer par la porte étroite de la conversion, et de suivre le chemin resserré de la sainteté pendant qu’ils en ont le temps ; et ils ne s’efforcent pas, parce qu’ils ne sont pas réveillés à un sentiment vif du danger où ils sont ; et ils ne sont pas réveillés, parce qu’ils répugnent à en entendre parler ou à y penser, et cela, en partie par une sotte délicatesse et un amour charnel d’eux-mêmes, et en partie parce qu’ils ne croient pas bien la parole qui les en menace. — Si vous ne voulez pas croire pleinement cette vérité, il me semble que son poids même devrait vous contraindre à vous en souvenir ; elle devrait vous poursuivre et ne vous laisser aucun repos jusqu’à ce que vous soyez convertis. Si vous aviez entendu une seule fois cette parole de la voix d’un ange : « Il te faut être converti ou condamné ; convertis-toi, ou meurs », ne vous resterait-elle pas dans l’esprit, ne vous hanterait-elle pas nuit et jour, de sorte qu’au milieu de vos péchés vous vous en souviendriez, comme si la voix résonnait encore à vos oreilles : « Convertis-toi, ou meurs ! » Oh ! heureuses seraient vos âmes, si elle pouvait agir ainsi en vous, et ne jamais être oubliée, ni vous laisser en paix jusqu’à ce qu’elle ait ramené votre cœur à Dieu ! Mais si vous la rejetez par l’oubli ou l’incrédulité, comment pourra-t-elle servir à votre conversion et à votre salut ? Mais emportez ceci avec vous, à votre chagrin : vous pourrez bien chasser cela de votre esprit, vous ne pourrez pas le chasser de la Bible ; il y demeurera comme une vérité établie, dont vous ferez l’expérience à jamais, qu’il n’y a pas d’autre voie que de se convertir ou de mourir.
Oh ! d’où vient donc que le cœur des pécheurs n’est pas transpercé par une vérité d’un tel poids ? On penserait que toute âme inconvertie qui entend ces paroles devrait avoir le cœur vivement touché, se dire en elle-même : c’est là mon propre cas, et n’avoir point de repos qu’elle ne se trouve convertie. — Croyez-le, messieurs, cette humeur assoupie et insouciante ne durera pas longtemps. La conversion et la condamnation sont, l’une comme l’autre, des choses qui réveillent. Je puis le prédire aussi sûrement que si je le voyais de mes yeux : la grâce ou l’enfer amènera bientôt ces choses au vif, et vous fera dire : « Qu’ai-je fait ? quelle voie insensée et méchante ai-je suivie ? » L’état moqueur et stupide des pécheurs ne durera qu’un peu de temps. Dès qu’ils se convertiront ou mourront, le rêve présomptueux prendra fin, et alors leur esprit et leur sensibilité leur reviendront.
Mais je prévois deux choses qui risquent d’endurcir les inconvertis et de me faire perdre toute ma peine, à moins qu’on ne puisse les écarter du chemin : c’est le malentendu sur ces deux mots : [les méchants] et [se convertir.] Certains se diront : il est vrai que les méchants doivent se convertir ou mourir ; mais qu’est-ce que cela me fait ? Je ne suis pas méchant, bien que je sois pécheur, comme tous les hommes. D’autres penseront : « Il est vrai que nous devons nous détourner de nos mauvaises voies ; mais je me suis converti il y a longtemps : j’espère que ce n’est pas maintenant à faire. » Et ainsi, tandis que les méchants pensent qu’ils ne sont pas méchants, mais déjà convertis, nous perdons toute notre peine à les persuader de se convertir. Avant d’aller plus loin, je vais donc vous dire ici qui l’on entend par les méchants, et qui sont ceux qui doivent se convertir ou mourir ; et aussi ce que l’on entend par se convertir, et qui sont ceux qui sont véritablement convertis. Et j’ai à dessein réservé ceci pour cet endroit, préférant la méthode qui convient à mon but.
Et vous pouvez remarquer ici que, dans le sens du texte, un méchant et un homme converti sont des contraires. Nul n’est méchant s’il est converti, et nul n’est converti s’il est méchant ; de sorte qu’être un méchant et être un inconverti, c’est tout un. C’est pourquoi, en expliquant l’un, nous expliquerons l’autre.
Avant de pouvoir vous dire ce qu’est soit la méchanceté, soit la conversion, il me faut aller jusqu’au fond et reprendre la chose depuis le commencement.
Il a plu au grand Créateur du monde de faire trois sortes de créatures vivantes. — Les anges, il les fit purs esprits, sans chair ; c’est pourquoi il ne les fit que pour le ciel, et non pour habiter la terre. Les bêtes furent faites de chair, sans âme immortelle ; c’est pourquoi elles ne furent faites que pour la terre, et non pour le ciel. L’homme est d’une nature intermédiaire entre les deux, participant à la fois de la chair et de l’esprit ; aussi est-il fait pour la terre, mais comme passage ou chemin vers le ciel, et non pour qu’elle soit sa demeure ou son bonheur. L’état bienheureux pour lequel l’homme fut fait était de contempler la glorieuse majesté du Seigneur, de le louer parmi ses saints anges, de l’aimer, et d’être rempli de son amour pour toujours. Et comme telle était la fin pour laquelle l’homme fut fait, Dieu lui donna aussi des moyens appropriés pour l’atteindre. Ces moyens étaient principalement au nombre de deux : premièrement, la juste disposition de l’esprit de l’homme ; secondement, le juste règlement de sa vie. Pour le premier, Dieu accorda la disposition de l’homme à sa fin, en lui donnant de Dieu une connaissance convenable à son état présent, et un cœur incliné vers Dieu par un saint amour. Toutefois il ne le fixa ni ne l’affermit dans cette condition ; mais, l’ayant fait agent libre, il le laissa entre les mains de son libre arbitre. Pour le second, Dieu fit ce qui lui appartenait, c’est-à-dire qu’il donna à l’homme une loi parfaite, lui demandant de persévérer dans l’amour de Dieu et de lui obéir parfaitement. Par la violation volontaire de cette loi, l’homme ne perdit pas seulement son espérance de la vie éternelle, mais il détourna aussi son cœur de Dieu et le fixa sur ces choses basses et charnelles, et par là effaça de l’âme notre image spirituelle de Dieu ; de sorte que l’homme à la fois manqua la gloire de Dieu, qui était sa fin, et se mit hors du chemin par lequel il aurait dû l’atteindre ; et cela, tant quant à la disposition de son cœur que quant à celle de sa vie. Il perdit la sainte inclination et l’amour de son âme pour Dieu, et contracta à la place une inclination et un amour pour la satisfaction de sa chair, ou de son moi charnel, au moyen des choses terrestres, devenant étranger à Dieu et familier avec la créature ; et le cours de sa vie fut accordé à l’inclination de son cœur : il vécut pour son moi charnel, et non pour Dieu ; il rechercha la créature pour satisfaire sa chair, au lieu de chercher à plaire au Seigneur. C’est avec cette nature, ou inclination corrompue, que nous naissons tous maintenant dans le monde ; car « Comment d’un être souillé sortira-t-il un homme pur? » (Job 14:4). Comme le lion a une nature féroce et cruelle avant de dévorer, et la vipère une nature venimeuse avant de piquer, ainsi dès notre enfance nous avons ces natures, ou inclinations, pécheresses, avant de penser, de parler ou d’agir mal ; et de là jaillit tout le péché de notre vie. Et non seulement cela : lorsque Dieu, dans sa miséricorde, nous a procuré un remède, à savoir le Seigneur Jésus-Christ, pour être le Sauveur de nos âmes et nous ramener à Dieu, nous aimons naturellement notre état présent, nous répugnons à en être tirés, et nous sommes par conséquent opposés aux moyens de notre relèvement. Et bien que la coutume nous ait appris à remercier Christ de sa bonne volonté, le moi charnel nous persuade pourtant de refuser ses remèdes, et de demander à être dispensés quand il nous est commandé de prendre les médecines qu’il offre, et que nous sommes appelés à tout quitter pour le suivre jusqu’à Dieu et à la gloire.
Je vous prie, relisez cette page et prenez-y garde : car en ces quelques mots vous avez une vraie description de notre état naturel, et par conséquent d’un méchant. Car tout homme qui est dans cet état de nature corrompue est un méchant, et dans un état de mort.
Par là aussi vous êtes préparés à comprendre ce que c’est qu’être converti ; à quoi il faut que vous sachiez encore que la miséricorde de Dieu, ne voulant pas que l’homme périsse dans son péché, a pourvu à un remède, en faisant prendre notre nature à son Fils, afin qu’étant en une seule personne Dieu et homme, il devînt médiateur entre Dieu et les hommes, et qu’en mourant pour nos péchés sur la croix, il nous rachetât de la malédiction de Dieu et de la puissance du diable ; et nous ayant ainsi rachetés, le Père nous a remis entre ses mains comme siens. Là-dessus, le Père et le Médiateur font pour l’homme une nouvelle loi et une nouvelle alliance : non pas semblable à la première, qui ne donnait la vie qu’à celui qui obéissait parfaitement, et condamnait l’homme pour chaque péché ; mais Christ a fait une loi de grâce, ou une promesse de pardon et de vie éternelle, pour tous ceux qui, par une vraie repentance et par la foi en Christ, sont convertis à Dieu. C’est comme une loi d’amnistie qu’un prince accorde à une troupe de rebelles, à condition qu’ils déposent les armes, se rendent, et soient à l’avenir des sujets loyaux.
Mais parce que le Seigneur sait que le cœur de l’homme est devenu si méchant que, malgré tout cela, les hommes n’accepteront pas le remède s’ils sont laissés à eux-mêmes, le Saint-Esprit a pris sur lui, comme son office, d’inspirer les apôtres, de sceller les Écritures par des miracles et des prodiges, et d’illuminer et de convertir les fils des élus.
De sorte que vous voyez par là que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ont chacun leurs œuvres propres, qui leur sont attribuées de manière éminente.
Les œuvres du Père furent de nous créer, de nous gouverner comme ses créatures raisonnables par la loi de nature, et de nous juger par elle ; et, dans sa miséricorde, de nous pourvoir d’un Rédempteur quand nous étions perdus, d’envoyer son Fils, et d’accepter sa rançon.
Les œuvres du Fils pour nous furent celles-ci : nous racheter et nous délivrer par ses souffrances et sa justice ; promulguer la promesse ou loi de grâce, et gouverner et juger le monde comme son Rédempteur, selon les termes de la grâce ; intercéder pour nous, afin que le bienfait de sa mort nous soit communiqué ; et envoyer le Saint-Esprit, ce que le Père fait aussi par le Fils. Les œuvres du Saint-Esprit pour nous sont celles-ci : dicter les saintes Écritures, en inspirant et en guidant les prophètes et les apôtres, et sceller la parole par ses dons et ses œuvres miraculeux ; illuminer et stimuler les ministres ordinaires de l’Évangile, et les rendre ainsi capables de publier cette parole, et les y aider ; et, par cette même parole, illuminer et convertir les âmes des hommes. De sorte que, comme vous n’auriez pu être des créatures raisonnables si le Père ne vous avait créés, ni avoir aucun accès auprès de Dieu si le Fils ne vous avait rachetés, de même vous ne pouvez avoir part à Christ, ni être sauvés, si le Saint-Esprit ne vous sanctifie.
De sorte que vous pouvez voir maintenant les diverses causes de cette œuvre : — Le Père envoie son Fils ; le Fils nous rachète et fait la promesse de grâce ; le Saint-Esprit dicte et scelle cet Évangile ; les apôtres sont les secrétaires de l’Esprit pour l’écrire ; les prédicateurs de l’Évangile, pour le proclamer et persuader les hommes d’y obéir ; et le Saint-Esprit rend leur prédication efficace, en ouvrant le cœur des hommes pour l’accueillir ; et tout cela pour réparer l’image de Dieu dans l’âme, pour attacher de nouveau le cœur à Dieu, et le détacher de la créature et du moi charnel vers lesquels il s’est révolté, et ainsi détourner le cours de la vie vers une voie céleste, alors qu’auparavant il était terrestre ; et tout cela par l’accueil fait par la foi à Christ, qui est le médecin de l’âme.
Par ce que j’ai dit, vous pouvez voir ce que c’est qu’être méchant et ce que c’est qu’être converti ; ce qui, je pense, vous sera plus clair encore si je les décris selon les diverses parties qui les composent. Et, pour le premier, on peut reconnaître un méchant à ces trois choses.
Premièrement, c’est un homme qui place sur la terre son principal contentement, qui aime la créature plus que Dieu, et sa prospérité charnelle plus que la félicité céleste. Il a du goût pour les choses de la chair, mais il ne discerne ni ne goûte les choses de l’esprit. — Bien qu’il dise que le ciel vaut mieux que la terre, il ne l’estime pas réellement tel pour lui-même ; s’il pouvait être assuré de la terre, il lâcherait le ciel, et aimerait mieux rester ici que d’être transporté là-haut. Une vie de parfaite sainteté, sous le regard de Dieu, dans son amour et dans sa louange à jamais dans le ciel, ne trouve pas dans son cœur autant de faveur qu’une vie de santé, de richesse et d’honneur, ici sur la terre. Et bien qu’il fasse faussement profession d’aimer Dieu par-dessus tout, il n’a jamais, en réalité, senti en lui la puissance de l’amour divin ; son esprit est attaché au monde ou aux plaisirs charnels plus qu’à Dieu. En un mot, quiconque aime la terre plus que le ciel, et la prospérité charnelle plus que Dieu, est un méchant, un inconverti.
Au contraire, l’homme converti est illuminé pour discerner l’amabilité de Dieu ; et il croit à ce point à la gloire que l’on peut avoir auprès de Dieu, que son cœur y est élevé et s’y attache plus qu’à quoi que ce soit en ce monde. Il aime mieux voir la face de Dieu, et vivre dans son amour et dans ses louanges éternelles, que de posséder toutes les richesses ou tous les plaisirs du monde ; il voit que toute autre chose n’est que vanité, et que rien sinon Dieu ne peut remplir l’âme ; c’est pourquoi, que le monde aille où il voudra, il amasse ses trésors et ses espérances dans le ciel, et pour cela il est résolu à tout lâcher. Comme le feu monte vers le haut, et comme l’aiguille touchée par l’aimant se tourne toujours vers le nord, ainsi l’âme convertie est inclinée vers Dieu. Rien d’autre ne peut le satisfaire, et il ne peut trouver de contentement ni de repos qu’en son amour. En un mot, tous ceux qui sont convertis estiment et aiment Dieu plus que le monde entier, et la félicité céleste leur est plus chère que leur prospérité charnelle. Vous trouverez la preuve de ce que j’ai dit dans ces passages de l’Écriture : Philippiens 3:18, 21. Matthieu 6:19, 20, 21. Colossiens 3:1, 2, 4, 5. Romains 8:5, 6, 7, 8, 9, 18, 23. Psaume 73:25, 26.
Secondement, le méchant est celui qui fait de la prospérité dans le monde, et de la poursuite de ses fins charnelles, la principale affaire de sa vie. Et bien qu’il puisse lire, écouter et faire beaucoup dans les devoirs extérieurs de la religion, et s’abstenir des péchés honteux, tout cela n’est pourtant qu’accessoire ; il ne fait jamais sa principale affaire de plaire à Dieu et d’obtenir la gloire éternelle ; il se débarrasse de Dieu avec les restes du monde, et ne lui rend pas plus de service que la chair n’en peut épargner ; car il ne veut pas tout abandonner pour le ciel.
Au contraire, l’homme converti est celui qui fait de plaire à Dieu et d’être sauvé le principal soin et la principale affaire de sa vie ; qui ne reçoit toutes les bénédictions de cette vie que comme des commodités pour son voyage vers une autre vie, et qui use de la créature en la subordonnant à Dieu ; il aime une vie sainte, et il aspire à être plus saint ; il n’a point de péché qu’il ne haïsse, et dont il n’aspire, ne prie et ne lutte pour être délivré. Le but et la pente de sa vie sont tournés vers Dieu ; et s’il pèche, c’est contre la pente même de son cœur et de sa vie ; c’est pourquoi il se relève et s’en lamente, et il n’ose vivre volontairement dans aucun péché connu. Il n’est rien en ce monde qui lui soit si cher qu’il ne puisse l’abandonner à Dieu et y renoncer pour lui et pour l’espérance de la gloire. — Tout cela, vous pouvez le voir en Colossiens 3:1, 2, 3, 4, 5. Matthieu 6:20, 33. Luc 18:22, 23, 29. Luc 14:18, 24, 26, 27. Romains 8:13. Galates 5:24. Luc 12:21, etc.
Troisièmement, l’âme du méchant n’a jamais véritablement discerné ni goûté le mystère de la rédemption, ni accueilli avec reconnaissance le Sauveur qui lui était offert ; il n’est pas non plus saisi par l’amour du Rédempteur, ni disposé à être gouverné par lui comme par le médecin de son âme, afin d’être sauvé de la culpabilité et de la puissance de ses péchés, et ramené à Dieu ; mais son cœur est insensible à ce bienfait indicible, et entièrement opposé aux moyens de guérison par lesquels il devrait être relevé. Bien qu’il puisse consentir à être religieux de manière charnelle, il ne remet jamais son âme à Christ, ni à l’impulsion et à la conduite de sa parole et de son esprit.
Au contraire, l’âme convertie, s’étant sentie perdue par le péché, et voyant qu’elle a perdu sa paix avec Dieu et l’espérance du ciel, et qu’elle est en danger d’une misère éternelle, accueille avec reconnaissance la nouvelle de la rédemption ; et, croyant au Seigneur Jésus comme à son seul Sauveur, elle se remet à lui pour qu’il lui soit fait sagesse, justice et sanctification et rédemption ; elle prend Christ comme la vie de son âme, vit par lui, et use de lui comme d’un baume pour chaque plaie, admirant la sagesse et l’amour de Dieu dans cette œuvre merveilleuse de la rédemption de l’homme. En un mot, Christ habite même dans son cœur par la foi, et la vie qu’il vit maintenant, il la vit dans la foi au Fils de Dieu, qui l’a aimé et qui s’est livré lui-même pour lui ; oui, ce n’est pas tant lui qui vit, que Christ en lui. Pour tout ceci, voyez Job 1:11, 12, et 3:20. Jean 15:2, 3, 4. 1 Corinthiens 1:20, et 2:2.
Vous voyez maintenant en termes clairs, d’après la parole de Dieu, qui sont les méchants et qui sont les convertis. Les ignorants pensent que si un homme n’est ni jureur, ni blasphémateur, ni insulteur, ni ivrogne, ni fornicateur, ni extorqueur, et ne fait tort à personne dans ses affaires, s’il va à l’église, dit ses prières, reçoit la sainte cène, et tend parfois la main pour le soulagement des pauvres, celui-là ne peut être un inconverti. Ou bien, si un homme qui s’est rendu coupable d’ivrognerie, de jurements, de jeu ou de vices semblables, s’en abstient seulement à l’avenir, ils pensent que c’est là un homme converti. — D’autres pensent que si un homme qui a été un ennemi et un moqueur de la piété se met seulement à l’approuver, se joint à ceux qui sont pieux, et en est haï par les méchants comme le sont les gens pieux, ce doit être assurément un homme converti. Et certains sont assez insensés pour penser qu’ils sont convertis parce qu’ils ont adopté quelque opinion nouvelle. Et certains pensent que s’ils ont seulement été effrayés par la crainte de l’enfer, s’ils ont eu des convictions et des tourments de conscience, et si là-dessus ils ont résolu et promis de s’amender, et ont embrassé une vie de conduite honnête et de religion extérieure, ce doit être là assurément une vraie conversion. Et ce sont là les pauvres âmes abusées qui risquent de perdre le bénéfice de toutes nos exhortations ; et quand elles entendent que les méchants doivent se convertir ou mourir, elles pensent que cela ne s’adresse pas à elles ; car elles ne sont pas méchantes, mais déjà converties. Et c’est pour cela que Christ dit à quelques-uns des chefs des Juifs, qui étaient plus graves et plus policés que le commun peuple, que « les publicains et les prostituées entrent avant eux dans le royaume de Christ » (Matthieu 21:31). Non qu’une prostituée ou un pécheur grossier puisse être sauvé sans conversion, mais parce qu’il était plus facile d’amener ces grands pécheurs à apercevoir leur péché et leur misère, et la nécessité d’un changement, que les gens plus policés, qui s’abusent eux-mêmes en pensant qu’ils sont déjà convertis, quand ils ne le sont pas.
Ô mes amis, la conversion est une tout autre œuvre que ne se l’imaginent la plupart ; ce n’est pas une petite affaire que d’amener au ciel un esprit terrestre, et de montrer à l’homme les aimables excellences de Dieu, jusqu’à ce qu’il soit saisi pour lui d’un amour tel qu’il ne puisse jamais s’éteindre ; de briser le cœur à cause du péché, de faire fuir l’homme vers Christ comme vers son refuge, et de le lui faire embrasser avec reconnaissance comme la vie de son âme ; de changer le but et la pente mêmes du cœur et de la vie ; de sorte qu’un homme renonce à ce qu’il prenait pour sa félicité, et place sa félicité là où il ne l’avait jamais placée, qu’il ne vit plus pour la même fin, et ne poursuit plus dans le monde le même dessein qu’autrefois. En un mot, celui qui est en Christ est une nouvelle créature : « Les choses anciennes sont passées; voici, toutes choses sont devenues nouvelles. » (2 Corinthiens 5:17). Il a une intelligence nouvelle, une volonté et une résolution nouvelles, de nouvelles douleurs, de nouveaux désirs, un nouvel amour et de nouvelles joies ; de nouvelles pensées, de nouvelles paroles, une nouvelle compagnie (si possible) et une nouvelle conduite. Le péché, qui était auparavant pour lui un sujet de plaisanterie, lui est maintenant si odieux et si terrible qu’il le fuit comme la mort. Le monde, qui était si aimable à ses yeux, ne lui paraît plus maintenant que vanité et tourment d’esprit. Dieu, qui était auparavant négligé, est maintenant l’unique bonheur de son âme ; auparavant il était oublié, et toute convoitise lui était préférée ; mais maintenant il est placé tout près du cœur, toutes choses doivent lui céder la place, le cœur est occupé à le servir et à l’observer, il est affligé quand il cache sa face, et ne se trouve jamais bien sans lui. Christ lui-même, à qui l’on avait coutume de ne guère penser, est maintenant son unique espérance et son unique refuge, et il vit de lui comme de son pain quotidien ; il ne peut prier sans lui, ni se réjouir sans lui, ni penser, ni parler, ni vivre sans lui. — Le ciel lui-même, qu’il ne regardait auparavant que comme une réserve tolérable, qui, espérait-il, lui servirait mieux que l’enfer quand il ne pourrait plus rester dans le monde, est maintenant tenu pour sa demeure, le lieu de son unique espérance et de son repos, où il verra, aimera et louera ce Dieu qui possède déjà son cœur. L’enfer, qui ne lui semblait auparavant qu’un épouvantail pour détourner les hommes du péché, lui paraît maintenant une misère réelle, qu’il ne faut ni braver ni prendre en plaisanterie. — Les œuvres de la sainteté, dont il était las auparavant, et qui lui semblaient plus d’embarras qu’il n’en fallait, sont maintenant à la fois sa récréation et son occupation, et le métier dont il vit. La Bible, qui n’était auparavant pour lui guère plus qu’un livre ordinaire, est maintenant comme la loi de Dieu, comme une lettre écrite pour lui du ciel et signée du nom de l’éternelle Majesté ; elle est la règle de ses pensées, de ses paroles et de ses actions ; ses commandements l’obligent, ses menaces sont redoutables, et ses promesses parlent de vie à son âme. Les gens pieux, qui ne lui semblaient pas différents des autres hommes, sont maintenant les plus excellents et les plus heureux de la terre. Et les méchants, qui étaient ses compagnons de jeu, sont maintenant son chagrin ; et lui, qui pouvait rire de leurs péchés, est maintenant plus prêt à pleurer sur leur péché et leur misère (Psaume 16:3 et 15:4 ; Philippiens 3:18). Bref, il a une fin nouvelle dans ses pensées, et une voie nouvelle dans ses efforts ; c’est pourquoi son cœur et sa vie sont nouveaux. Auparavant, son moi charnel était sa fin ; son plaisir, ses profits terrestres et sa réputation étaient sa voie ; et maintenant Dieu et la gloire éternelle sont sa fin ; et Christ, l’Esprit, la parole et les ordonnances, la sainteté envers Dieu, la justice et la miséricorde envers les hommes, voilà sa voie. Auparavant, le moi était le maître suprême, devant lequel les choses de Dieu et de la conscience devaient s’incliner et céder la place. Et maintenant Dieu en Christ, par l’Esprit, la parole et le ministère, est ce maître suprême, devant qui le moi et toutes les choses du moi doivent céder la place. De sorte que ce n’est pas un changement sur un, deux ou vingt points, mais dans l’âme tout entière, et dans la fin même et la pente de la conduite. Un homme peut passer d’un sentier dans un autre, et pourtant garder le visage tourné du même côté, et se diriger toujours vers le même lieu ; mais c’est tout autre chose que de faire entièrement demi-tour, et de prendre la route opposée, vers un lieu opposé. Ainsi en est-il ici : un homme peut passer de l’ivrognerie à l’économie, renoncer à ses joyeuses compagnies et à d’autres péchés grossiers et honteux, se mettre à quelques devoirs de religion, et cependant aller toujours vers la même fin qu’auparavant, recherchant son moi charnel par-dessus tout, et lui laissant toujours le gouvernement de son âme. Mais quand il est converti, ce moi est renié et abattu, Dieu est élevé, et son visage est tourné dans la direction opposée ; et lui qui auparavant était adonné à lui-même et vivait pour lui-même, est maintenant, par la sanctification, consacré à Dieu, et vit pour Dieu. Auparavant, il se demandait à lui-même ce qu’il ferait de son temps, de ses talents et de ses biens, et il les employait pour lui-même ; mais maintenant il demande à Dieu ce qu’il en fera, et les emploie pour lui. Auparavant, il voulait bien plaire à Dieu dans la mesure où cela pouvait s’accorder avec le plaisir de sa chair et de son moi charnel, mais non au prix d’un grand déplaisir pour eux. Mais maintenant il veut plaire à Dieu, quelque déplaisir qu’en éprouvent la chair et le moi. Tel est le grand changement que Dieu opérera en tous ceux qui seront sauvés.
Vous savez bien dire que le Saint-Esprit est notre sanctificateur ; mais savez-vous ce qu’est la sanctification ? Eh bien, c’est cela même que je viens de vous expliquer ; et tout homme et toute femme au monde doit l’avoir, ou être condamné à une misère éternelle. Il faut se convertir ou mourir.
Croyez-vous tout cela, oui ou non ? Assurément vous n’osez pas dire que vous ne le croyez pas ; car c’est hors de doute et de contestation. Ce ne sont pas là des controverses où un homme savant et pieux est d’un avis et un autre d’un autre ; où un parti dit ceci et un autre parti dit cela ; toutes les dénominations parmi nous qui méritent d’être appelées chrétiennes sont unanimes sur ce que j’ai dit ; et si vous ne voulez pas croire le Dieu de vérité, et cela dans un cas où tous les partis le croient, vous êtes absolument inexcusables.
Mais si vous le croyez, d’où vient que vous viviez si tranquillement dans un état d’inconversion ? Savez-vous que vous êtes convertis ? et pouvez-vous découvrir en vos âmes ce changement merveilleux ? Êtes-vous ainsi nés de nouveau, et refaits à neuf ? — Ne sont-ce pas là des choses étranges pour beaucoup d’entre vous ? des choses que vous n’avez jamais senties en vous-mêmes ? Si vous ne pouvez dire le jour ni la semaine de votre changement, ni le sermon même qui vous a convertis, trouvez-vous du moins que l’œuvre est faite, qu’un tel changement existe réellement, et que vous avez des cœurs tels que je les ai décrits ? Hélas ! la plupart vaquent à leurs affaires terrestres et ne troublent guère leur esprit de telles pensées ; et pourvu seulement qu’ils soient retenus des péchés scandaleux, et qu’ils puissent dire : « Je ne suis ni débauché, ni voleur, ni blasphémateur, ni jureur, ni buveur, ni extorqueur ; je vais à l’église et je dis mes prières », ils pensent que c’est là la vraie conversion, et qu’ils seront sauvés aussi bien que n’importe qui. Hélas ! c’est là vous tromper sottement vous-mêmes ; c’est là un trop grand mépris d’une gloire sans fin, et un trop grossier abandon de vos âmes immortelles. — Pouvez-vous faire si peu de cas du ciel et de l’enfer ? Votre corps sera bientôt couché dans la poussière, et les anges ou les démons saisiront aussitôt vos âmes ; et chacun de vous tous, hommes et femmes, sera bientôt en une autre compagnie, et dans un autre état que celui où vous êtes maintenant ; vous n’habiterez plus que peu de temps dans ces maisons, vous ne travaillerez plus que peu de temps dans vos boutiques ; vous ne serez plus assis que peu de temps sur ces bancs, et vous n’habiterez plus que peu de temps sur cette terre ; vous ne verrez plus que peu de temps de ces yeux, vous n’entendrez plus que peu de temps de ces oreilles, vous ne parlerez plus que peu de temps de ces langues, jusqu’au jour de la résurrection : et pouvez-vous trouver moyen d’oublier cela ? Oh ! en quel lieu de joie ou de tourment serez-vous bientôt ! Oh ! quel spectacle verrez-vous bientôt au ciel ou en enfer ! Oh ! quelles pensées rempliront bientôt vos cœurs d’un délice ou d’une horreur indicibles ! À quelle œuvre serez-vous employés : à louer le Seigneur avec les saints et les anges, ou à crier dans le feu qui ne s’éteint point avec les démons ! Et tout cela serait-il oublié ? Et tout cela sera sans fin, et scellé par un décret immuable ; L’ÉTERNITÉ, L’ÉTERNITÉ sera la mesure de vos joies ou de vos douleurs : et cela peut-il être oublié ? Et tout cela est vrai, très certainement vrai. — Quand vous serez encore un peu allés et venus, quand vous vous serez encore quelquefois endormis et réveillés, vous serez morts et partis, et vous trouverez vrai tout ce que je vous dis maintenant. Et pouvez-vous pourtant l’oublier à ce point aujourd’hui ? Vous vous souviendrez alors d’avoir entendu ce sermon, et que ce jour-là, de cette chaire, il vous a été rappelé ces choses ; et vous verrez qu’elles étaient mille fois plus grandes que ni vous ni moi n’aurions pu le concevoir ; et faut-il pourtant qu’elles soient maintenant si bien oubliées ?
Bien-aimés amis, si le Seigneur ne m’avait pas réveillé pour croire moi-même ces choses et les prendre à cœur, je serais demeuré dans un état de ténèbres et d’égoïsme, et j’aurais péri pour toujours ; mais s’il m’en a véritablement rendu sensible, cela me contraindra à avoir compassion de vous aussi bien que de moi-même. Si vos yeux étaient assez ouverts pour voir l’enfer, et si vous voyiez vos voisins qui étaient inconvertis y être traînés avec des cris affreux, quand même ils auraient été de ceux que vous teniez sur la terre pour d’honnêtes gens, et qui ne craignaient rien de tel pour eux-mêmes, un tel spectacle vous ferait rentrer chez vous pour y penser, et y penser encore, et vous ferait avertir tous ceux qui vous entourent, comme ce mondain damné, en Luc 16:28, aurait voulu que ses frères fussent avertis, afin qu’ils ne viennent pas aussi dans ce lieu de tourments.. Eh bien, la foi est une sorte de vue ; c’est l’œil de l’âme, la démonstration des choses qu’on ne voit pas. Si je crois Dieu, c’est presque voir ; c’est pourquoi je vous supplie de m’excuser si je vous presse sur ces choses avec moitié autant d’ardeur que si je les avais vues. Si je devais mourir demain, et qu’il fût en mon pouvoir de revenir d’un autre monde pour vous dire ce que j’aurais vu, ne seriez-vous pas disposés à m’écouter ? et ne croiriez-vous pas ce que je vous dirais, et n’y prendriez-vous pas garde ? Si je pouvais vous prêcher un sermon après ma mort, après avoir vu ce qui se passe dans le monde à venir, ne voudriez-vous pas que je vous dise franchement la vérité, et ne vous presseriez-vous pas en foule pour m’entendre ? et ne le prendriez-vous pas à cœur ? Mais cela ne doit pas être ; Dieu a sa voie établie pour vous enseigner par l’Écriture et par les ministres, et il ne complaira pas aux incrédules au point de leur envoyer des hommes d’entre les morts, et de changer sa voie établie. Si quelqu’un cherche querelle au soleil, Dieu ne lui complaira pas au point d’allumer une lumière plus claire. Amis, je vous en supplie, considérez-moi maintenant comme vous le feriez si je venais à vous d’entre les morts ; car je puis vous donner une assurance aussi pleine de la vérité de ce que je vous dis que si j’y avais été et l’avais vu de mes yeux. Car il est possible qu’un mort vous trompe ; mais Jésus-Christ ne peut jamais vous tromper. — La parole de Dieu, transmise dans l’Écriture et scellée par les miracles et les saintes opérations de l’Esprit, ne peut jamais vous tromper. Croyez ceci, ou ne croyez rien. Croyez ceci et obéissez-y, ou vous êtes perdus. Maintenant donc, aussi vrai que vous croyez la parole de Dieu, et aussi vrai que vous avez souci du salut de vos âmes, laissez-moi vous adresser cette requête raisonnable, et je vous en supplie, ne me la refusez pas : c’est que, sans plus aucun délai, quand vous serez sortis d’ici, vous vous souveniez de ce que vous avez entendu, que vous entriez dans un examen sérieux de vos cœurs, et que vous vous disiez : « En est-il vraiment ainsi ? Faut-il que je me convertisse ou que je meure ? Faut-il que je sois converti ou condamné ? Alors il est temps pour moi d’y regarder de près, avant qu’il soit trop tard. Oh ! pourquoi n’y ai-je pas pris garde jusqu’à présent ? Pourquoi ai-je si témérairement remis une si grande affaire ? Étais-je éveillé, ou dans mon bon sens ? Ô Dieu béni, quelle miséricorde que tu n’aies pas tranché ma vie pendant tout ce temps, avant que j’eusse quelque espérance certaine de la vie éternelle ! — Eh bien, à Dieu ne plaise que je néglige cette œuvre plus longtemps. En quel état est mon âme ? Suis-je converti, ou ne le suis-je pas ? Un tel changement, une telle œuvre s’est-elle jamais faite dans mon âme ? Ai-je été illuminé par la parole et l’Esprit du Seigneur pour voir le caractère odieux du péché, le besoin d’un Sauveur, l’amour de Christ, et les excellences de Dieu et de la gloire ? Mon cœur est-il brisé ou humilié en moi à cause de ma vie passée ? Ai-je accueilli avec reconnaissance mon Sauveur et Seigneur, qui s’est offert avec le pardon et la vie pour mon âme ? Est-ce que je hais ma vie passée de péché, et le reste de tout péché qui est en moi ? Est-ce que je les fuis comme mes ennemis mortels ? Est-ce que je me livre à une vie de sainteté et d’obéissance envers Dieu ? Est-ce que je l’aime et y prends plaisir ? Puis-je dire en vérité que je suis mort au monde et au moi charnel, et que je vis pour Dieu et pour la gloire qu’il a promise ? Le ciel a-t-il plus de mon estime et de ma résolution que la terre ? et Dieu est-il ce qu’il y a de plus cher et de plus haut dans mon âme ? Autrefois, j’en suis sûr, je vivais principalement pour le monde et pour la chair, et Dieu n’avait que quelques services sans cœur que le monde pouvait épargner, et qui étaient les restes de la chair. — Mon cœur est-il maintenant tourné d’un autre côté ? Ai-je un nouveau dessein, une nouvelle fin, et une nouvelle suite de saintes affections ? Ai-je placé mes espérances et mon cœur dans le ciel ? Et n’est-ce pas le but, le dessein et la pente de mon cœur et de ma vie, de parvenir heureusement au ciel, de voir la face glorieuse de Dieu, et de vivre dans son amour et sa louange éternels ? Et quand je pèche, est-ce contre la pente habituelle et le dessein de mon cœur ? Et est-ce que je surmonte tous les péchés grossiers, et suis-je las de mes infirmités et désireux d’en être délivré ? Tel est l’état d’une âme convertie, et il faut qu’il en soit ainsi de moi, ou que je périsse. En est-il vraiment ainsi de moi, ou non ? Il est temps de faire résoudre ce doute, avant que le Juge redoutable ne le résolve. Je ne suis pas si étranger à mon propre cœur et à ma propre vie que je ne puisse percevoir quelque peu si je suis ainsi converti ou non : si je ne le suis pas, il ne me servira de rien de flatter mon âme de vaines imaginations et de fausses espérances. Je suis résolu à ne plus me tromper moi-même, mais à m’efforcer de savoir au vrai, d’une manière ou d’une autre, si je suis converti, oui ou non ; afin que, si je le suis, je puisse m’en réjouir, glorifier mon Seigneur plein de grâce, et poursuivre avec consolation jusqu’à ce que j’atteigne la couronne ; et que, si je ne le suis pas, je puisse m’appliquer à demander et à rechercher la grâce qui doit me convertir, et me convertir sans plus aucun délai : — car si je découvre à temps que je suis hors du chemin, par le secours de Christ je puis me convertir et être relevé ; mais si j’attends que mon cœur soit abandonné de Dieu dans l’aveuglement ou l’endurcissement, ou que je sois emporté par la mort, il est alors trop tard. Il n’y a plus de place alors pour la repentance et la conversion : je sais qu’il faut que ce soit maintenant ou jamais. »
Mes amis, voici ma requête : que vous preniez seulement vos cœurs à partie et les examiniez ainsi, jusqu’à ce que vous voyiez, s’il se peut, si vous êtes convertis ou non ; et si vous ne pouvez le découvrir par vos propres efforts, allez trouver vos ministres, s’ils sont des hommes fidèles et expérimentés, et demandez-leur leur aide. L’affaire est grande ; que ni la timidité ni l’insouciance ne vous arrêtent. Ils sont établis sur vous pour vous conseiller en vue du salut de votre âme, comme les médecins vous conseillent pour la guérison de vos corps. Ce qui perd des milliers d’âmes, c’est qu’elles pensent être sur le chemin du salut quand elles n’y sont pas, et qu’elles se croient converties quand il n’en est rien. Et alors, quand nous les appelons à se convertir, elles s’en vont comme elles sont venues, et pensent que cela ne les concerne pas ; car elles sont déjà converties, et elles espèrent s’en tirer assez bien dans le chemin où elles sont, pourvu du moins qu’elles choisissent le sentier le plus beau et évitent quelques-uns des pas les plus souillés ; alors que, hélas ! pendant tout ce temps, elles ne vivent que pour le monde et pour la chair, sont étrangères à Dieu et à la vie éternelle, et entièrement hors du chemin du ciel. Et tout cela vient en grande partie de ce que nous ne pouvons les persuader d’accorder quelques pensées sérieuses à leur condition, et de passer quelques heures à examiner leur état. N’y a-t-il pas plus d’un misérable qui se trompe lui-même et qui m’entend aujourd’hui, qui n’a jamais consacré une heure de toute sa vie à examiner son âme, et à éprouver s’il est vraiment converti ou non ? — Ô Dieu miséricordieux, qui prends soin de tels misérables qui ne prennent pas plus soin d’eux-mêmes, et qui fais tant pour les sauver de l’enfer et les aider à gagner le ciel, eux qui font si peu pour cela ! Si tous ceux qui sont sur le chemin de l’enfer le savaient seulement, ils n’oseraient pas y persévérer. La plus grande espérance qu’ait le diable de vous mener à la damnation sans que vous soyez secourus, c’est de vous tenir les yeux bandés, dans l’ignorance de votre état, et de vous faire croire que vous pouvez vous tirer assez bien d’affaire dans le chemin où vous êtes. Si vous saviez que vous êtes hors du chemin du ciel, et perdus pour toujours si vous mouriez tels que vous êtes, oseriez-vous dormir une nuit de plus dans l’état où vous êtes ? oseriez-vous y vivre un jour de plus ? Pourriez-vous rire de bon cœur ou être joyeux dans un tel état ? Quoi ! sans savoir si vous ne serez pas emportés en enfer d’ici une heure ! Assurément cela vous contraindrait à abandonner vos anciennes compagnies et votre ancienne conduite, et à vous engager dans les voies de la sainteté et dans la communion des saints ; assurément cela vous pousserait à crier à Dieu pour obtenir un cœur nouveau, et à chercher le secours de ceux qui sont propres à vous conseiller. Il n’est assurément aucun de vous qui ne se soucie d’être damné. Eh bien donc, je vous en supplie, faites aussitôt une enquête dans vos cœurs, et ne leur laissez aucun repos jusqu’à ce que vous ayez découvert votre condition ; afin que, si elle est bonne, vous puissiez vous en réjouir et poursuivre ; et que, si elle est mauvaise, vous puissiez aussitôt chercher autour de vous votre relèvement, comme des hommes qui croient qu’il leur faut se convertir ou mourir. Que dites-vous, mes amis ? Voulez-vous vous résoudre et promettre de prendre au moins cette peine pour vos propres âmes ? Voulez-vous vous mettre à cet examen de vous-mêmes quand vous serez rentrés chez vous ? Ma requête est-elle déraisonnable ? Vos consciences savent qu’elle ne l’est pas. — Résolvez-vous-y donc avant de bouger d’ici, sachant combien cela concerne vos âmes. Je vous en supplie, au nom de ce Dieu qui vous le commande, à la barre duquel vous comparaîtrez tous bientôt, ne me refusez pas cette requête raisonnable : au nom des âmes qui doivent se convertir ou mourir, je vous en supplie, ne me la refusez pas ; faites seulement votre affaire de comprendre votre propre condition, de bâtir sur un fondement sûr, et de savoir, d’une manière ou d’une autre, si vous êtes convertis ou non ; et ne hasardez pas vos âmes sur une sécurité négligente.
Chapitre 3 terminé
Sermon I