Chapitre 24 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute
Mort de mon mari et de mon père
DE Pittsburgh, j’allai à Cincinnati, où je trouvai un grand nombre de gens de couleur de différentes dénominations. Les Méthodistes avaient une fort bonne maison de réunion dans Sixth Street, en contrebas de Broad Street. Les membres semblaient jouir de la religion, mais ils ressemblaient fort au monde par leur apparence extérieure et par leur froide indifférence les uns envers les autres.
La station et le circuit s’unirent pour tenir un camp-meeting. Le pasteur me pressa très vivement d’y assister, ce que je fis. Plusieurs âmes professèrent la foi en Christ à cette réunion, mais une seule voulut le recevoir dans toute sa plénitude.
Après cette réunion, je travaillai dans bon nombre de localités de l’Ohio. En certains endroits je fus accueillie avec bonté ; en d’autres, on ne me permit pas de travailler publiquement.
Tandis que je travaillais ainsi loin de chez moi, la triste nouvelle de la mort de mon mari me parvint si soudainement que je faillis succomber sous le coup. Mais le bras de mon cher et tendre Père céleste me soutint, et je pus dire : « Quand même il me tuerait, j’espérerais encore en lui. » Je regagnai aussitôt la maison, à Boston, où j’appris les détails de la mort de mon mari, survenue à bord d’un navire plusieurs mois auparavant. Nul autre que le cher Seigneur ne savait ce que je ressentais. Je n’osais me plaindre, et jeter ainsi le mépris sur mon Sauveur béni, car je savais qu’il ne mettrait pas sur moi plus que je ne pourrais porter. Il sait délivrer de l’épreuve et de l’affliction les hommes pieux ; tous les événements lui appartiennent. Tout ce dont nous avons à nous soucier, c’est de savoir en vérité que Christ est formé dans nos cœurs, l’espérance de la gloire, et qu’il y a établi son royaume pour régner sur chaque affection et chaque désir. Gloire à l’Agneau, qui me donne la force de vivre ainsi !
Après avoir mis ordre à mes affaires à la maison, j’allai à Albany, où vivait ma sœur ; je restai peu de temps avec elle et j’y tins quelques réunions. Puis j’allai à Bethlehem, où je tins plusieurs réunions, dont une dans l’église méthodiste épiscopale, qui ne put avoir lieu qu’après une controverse considérable sur la question de laisser une femme prêcher dans leur maison. De là, j’allai à Troy, où je tins aussi des réunions. En chacun de ces lieux, ce « tison arraché du feu » fut employé par Dieu à sa gloire pour sauver des âmes précieuses. À son nom soit toute la gloire !
Je passai un dimanche à Poughkeepsie, à travailler pour Jésus. J’allai ensuite à New York, où je pris le bateau pour Boston. Nous fûmes retenus quelques heures par la rupture de l’un des arbres de la machine. Je pris un très mauvais rhume, ayant été contrainte de rester assise sur le pont toute la nuit, dans l’air froid et humide — le préjugé ne permettant pas à une personne de ma couleur d’entrer dans la cabine, si ce n’est en qualité de domestique. Ô Préjugé ! monstre cruel ! cesseras-tu jamais d’exister ? Pas avant que tous connaissent le Seigneur, et que la sainteté soit écrite sur les clochettes des chevaux — sur toutes choses sur la terre comme au ciel. Gloire à l’Agneau, à qui appartient le droit de régner !
À mon arrivée à la maison, je trouvai mon père fort malade. Il fut souffrant plusieurs mois, et je restai à la maison jusqu’après sa mort, survenue en mai 1849. Il supporta sa longue et douloureuse maladie avec une patience et une résignation chrétiennes. Juste avant de nous quitter pour le monde meilleur, il appela auprès de son lit chacun de ses enfants présents, les exhortant à vivre ici-bas de telle manière qu’ils puissent le retrouver au ciel. À moi, il dit : « Ma chère fille, sois fidèle à ta vocation céleste, et ne crains pas de prêcher le salut complet. » Après quelques paroles précieuses adressées à sa femme en pleurs, mon cher père fut recueilli dans son repos éternel. Mon âme, bénis l’Éternel pour un père chrétien et fervent ! Lecteur, j’espère qu’il vous a été donné d’avoir des parents fidèles et croyants.
Chapitre 24 terminé
Mort de mon mari et de mon père