Un tison arraché du feu
Affronts dus à la couleur — Conférence générale

Chapitre 23 · 4 min de lecture · 5 min d’écoute

Affronts dus à la couleur — Conférence générale

J’ARRIVAI à Rochester le 16 mars et j’y restai trois semaines, travaillant sans relâche pour mon Maître, qui m’en récompensa par le salut des âmes. Là, Dieu me visita de la même manière qu’il avait visité Élie, lorsque Élie demanda la mort. Il me fortifia et m’ordonna d’aller de l’avant, munie des promesses rapportées au premier chapitre de Josué.

Le 21 avril, je fis mes adieux à la maisonnée du frère John H. Bishop, qui m’avait reçue pendant mon séjour à Rochester, et je me rendis à Binghamton pour revoir mes parents. Je les trouvai tous en bonne santé, et je travaillai sans relâche pour le Seigneur pendant que j’étais là. Je restai à la maison jusqu’au 8 mai ; ce jour-là, je repartis une fois de plus en voyage pour le Seigneur. Il n’y avait dans la diligence qu’un seul voyageur en plus de moi. Il dit s’appeler White, semblait très mal à l’aise et, à chaque relais, il répétait : « J’ai bien peur que le public ne me prenne aujourd’hui pour un abolitionniste ; » montrant ainsi ses sombres principes esclavagistes.

Je passai une nuit à Oxford, chez M. Jackson. À six heures, le lendemain matin, je pris place à bord du coche d’eau « Governor Seward », commandé par le capitaine George Keeler. Cette nuit-là, à une heure avancée, je gagnai la cabine des dames et, trouvant une couchette vide, je me couchai. Peu après, un homme entra dans la cabine en disant que les couchettes de la cabine des messieurs étaient toutes occupées et qu’il allait dormir dans celle des dames. Puis il me montra du doigt et dit : « Cette négresse n’a rien à faire ici. Ma famille monte à bord à Utica, et elle n’ira pas là où il y a une négresse. » On appela le capitaine, qui m’ordonna de me lever ; mais je ne bougeai pas, pensant qu’il valait mieux ne quitter le lit que si l’on m’y contraignait par la force. Finalement, ils me laissèrent, et l’homme trouva à se loger parmi les matelots, en jurant de se venger des « nègres ».

La nuit suivante, le bateau fit halte dans un village, et le capitaine me procura un logement dans une auberge. J’échappai ainsi à de nouveaux outrages de la part de cet homme impie.

La deuxième nuit, nous atteignîmes Utica, où je restai jusqu’après le dimanche. Puis j’allai à Schenectady, où je demeurai quelques jours, travaillant pour mon Maître. J’allai ensuite à Albany, où j’avais autrefois vécu. Le dimanche après-midi, je prêchai à Troy, et ce même dimanche soir à Albany, devant une salle comble. Il y avait dans l’auditoire beaucoup de mes vieux amis et connaissances. Ce fut la réunion la plus solennelle et la plus intéressante que j’aie jamais tenue. L’auditoire tout entier semblait porté à la prière et aux larmes par la puissance du Saint-Esprit.

Le 21 mai, je me rendis à New York. Durant l’année qui suivit, je visitai bien trop de lieux pour pouvoir les mentionner dans ce petit ouvrage.

Je partis de Philadelphie en compagnie de trente ministres et de l’évêque Brown pour assister à la Conférence générale, qui se tint à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Les ministres avaient affrété le moyen de transport, et nous fîmes un voyage très agréable et intéressant. Les discussions pendant la journée et les réunions du soir, à bord du bateau du canal, furent instructives et captivantes. Une sœur très chère, Ann M. Johnson, m’accompagnait. Le paysage grandiose et romantique que je contemplai en traversant les monts Alleghany me remplit d’adoration et de louange envers le grand Créateur de toutes choses. Nous arrivâmes à Pittsburgh le 4 juin, et la Conférence générale de l’Église épiscopale méthodiste africaine s’ouvrit le 6 juin. La Conférence dura deux semaines et se tint à portes ouvertes.

Les affaires ordinaires de telles assemblées furent traitées avec entrain et dans l’harmonie, à quelques exceptions près. L’une fut une motion visant à interdire aux francs-maçons d’exercer le ministère dans les Églises. Une autre visait à permettre à toutes les femmes prédicatrices de devenir membres des conférences. Celle-ci fit sensation et fit se lever d’un coup bon nombre de membres. Ils parlaient tous à la fois et criaient en s’adressant à l’évêque, qui avait peine à maintenir l’ordre. La Conférence fut si irritée contre le frère qui avait présenté la pétition qu’on menaça de prendre des mesures contre lui.

Je restai plusieurs semaines, travaillant parmi les gens, pour le plus grand réconfort de mon âme et, je l’espère humblement, pour l’édification du royaume de mon cher Maître. Je trouvai les gens très aimables et bienveillants.

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