Un tison arraché du feu
De nouveau des visitations célestes

Chapitre 18 · 5 min de lecture · 6 min d’écoute

De nouveau des visitations célestes

PRÈS de deux mois après avoir vu l’ange pour la première fois, je dis que je ferais n’importe quoi ou irais n’importe où pour Dieu, si la chose m’était rendue claire. Il me prit au mot et m’envoya de nouveau l’ange avec ce message : « C’est toi que j’ai choisie pour aller en mon nom avertir le peuple de ses péchés. » Je baissai la tête et dis : « J’irai, Seigneur. »

À l’instant même, je ressentis une joie et une paix que je n’avais pas connues depuis des mois. Mais, si étrange que cela paraisse, il n’en est pas moins vrai qu’avant qu’une heure se fût écoulée, je commençai à raisonner ainsi : « Je suis élue pour prêcher l’Évangile sans avoir les qualités requises ; d’ailleurs, mes parents et mes amis m’abandonneront et se tourneront contre moi ; et je regrette d’avoir fait une promesse. » À cet instant, toute la joie et la paix que j’avais ressenties me quittèrent ; je crus me tenir au bord de l’enfer, et j’entendis le diable dire : « Laissez-la aller ! laissez-la aller ! Je la rattraperai. » Lecteur, pouvez-vous imaginer ce que j’éprouvai ? Si vous avez jamais été arraché à la gueule de l’enfer, vous pouvez, en partie, comprendre mes sentiments.

Je demeurai quelque temps dans cet état, lorsque, un soir de sabbat — ah ! ce mémorable soir de sabbat — tandis que j’étais plongée dans une prière fervente, la même présence surnaturelle vint à moi une fois encore et me prit par la main. À ce moment, je devins étrangère à tout ce qui est de ce monde. L’ange me conduisit en un lieu où se trouvait un grand arbre dont les branches semblaient s’étendre de part et d’autre au-delà de la vue. Sous cet arbre étaient assis, à ce que je crus, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et beaucoup d’autres encore, que je pris pour des anges. On me conduisit devant eux : ils me regardèrent de la tête aux pieds, mais ne dirent rien. Enfin le Père me dit : « Devant ces gens, fais ton choix : veux-tu m’obéir, ou t’en aller de ce lieu vers la misère et la douleur éternelles ? » Je ne répondis pas un mot. Alors il me prit par la main pour me conduire, à ce que je crus, en enfer ; je m’écriai : « Je t’obéirai, Seigneur ! » Il dirigea alors ma main vers différentes directions et me demanda si j’irais là. Je répondis : « Oui, Seigneur. » Puis il me conduisit, tous les autres suivant, jusqu’à un lieu où il y avait une grande étendue d’eau, qui ressemblait à de l’argent, et là nous fîmes halte. Ma main fut remise à Christ, qui me fit entrer dans l’eau et me dépouilla de mes vêtements, lesquels disparurent aussitôt. Christ parut alors me laver, et l’eau me semblait toute tiède.

Pendant cette opération, tous les autres se tenaient sur la rive, regardant dans un profond silence. Quand le lavage fut terminé, la plus douce musique que j’eusse jamais entendue frappa mes oreilles. Nous regagnâmes le rivage, où un ange se tenait avec une robe blanche et pure, que le Père me mit aussitôt. En un instant, je parus changée en ange. Toute la compagnie me regarda avec ravissement et se mit à faire un bruit que j’appelais des cris de joie. Nous revînmes tous en cortège, en musique. Quand nous arrivâmes à l’arbre auprès duquel l’ange m’avait d’abord conduite, il était chargé de fruits, que je n’avais pas vus auparavant. Le Saint-Esprit en cueillit et m’en donna, et les autres se servirent. Nous nous assîmes et mangeâmes de ce fruit, dont la saveur ne ressemblait à rien de ce que j’avais jamais goûté. Quand nous eûmes fini, nous nous levâmes tous et poussâmes un autre cri de joie. Alors Dieu le Père me dit : « Te voilà maintenant préparée, et tu dois aller là où je te l’ai commandé. » Je répondis : « Si j’y vais, ils ne me croiront pas. » Christ parut alors écrire quelque chose avec une plume d’or et une encre d’or, sur un papier d’or. Puis il le roula et me dit : « Mets ceci dans ton sein, et partout où tu iras, montre-le, et ils sauront que je t’ai envoyée proclamer le salut à tous. » Il me le mit alors dans le sein, et tous m’accompagnèrent, chantant et poussant des cris de joie, jusqu’à une porte brillante et resplendissante. Là ils m’embrassèrent, et je me retrouvai sur la terre.

Quand je revins à moi, je m’aperçus que plusieurs amis étaient restés auprès de moi toute la nuit, et que mon mari avait fait venir un médecin, lequel n’avait rien pu faire pour moi. Il avait ordonné à ceux qui m’entouraient de garder un grand silence ou de rentrer chez eux. Il revint le matin, et je lui racontai en partie mon histoire. Il parut stupéfait, mais ne répondit rien et me quitta.

Plusieurs amis passèrent dans la journée. En leur parlant, je portais la main à mon sein, sans y penser, pour leur montrer ma lettre d’autorité. Mais je découvris bientôt, comme mes amis me le dirent, qu’elle était dans mon cœur, et qu’elle devait se montrer dans ma vie et non dans ma main. Parmi d’autres, mon pasteur, Jehial C. Beman, vint me voir. Il me regarda très froidement et dit : « Je pense que vous reconnaîtrez votre erreur avant d’avoir vieilli de beaucoup de mois. » C’était un lettré et un bel orateur ; et la manière méprisante et indifférente dont il me parla disait très clairement :

« Vous ne savez rien. » Je répondis : « Mes dons sont bien petits, je le sais, mais je ne puis plus être ébranlée par ce que vous ou qui que ce soit pouvez penser ou dire. »

Page 1 / 1 · 5 min restantes dans le chapitre
Précédent Suivant