Biographie
J’ai composé la présente histoire à cette fin, premièrement, que les œuvres merveilleuses de Dieu dans son Église apparaissent à sa gloire.
La plupart des personnes dont parle le grand livre de John Foxe moururent jeunes, de mort violente, et en public. Foxe lui-même vécut jusqu’à soixante-dix ans environ et mourut paisiblement dans sa propre maison, à Londres. Il ne fut pas un martyr et ne prétendit jamais l’être. Il fut l’homme qui resta trente ans assis à sa table de travail pour que les martyrs ne soient pas oubliés — rassemblant leurs lettres, les pièces de leurs procès, les paroles de ceux qui s’étaient tenus près du bûcher —, et qui, après avoir consigné plus de bûchers qu’aucun Anglais avant lui, passa une partie de sa vieillesse à supplier sa propre reine de ne plus faire brûler personne.
Un garçon de Boston
Il naquit à Boston, dans le Lincolnshire, vers 1516 ; l’année exacte n’est pas certaine. Son père mourut lorsque John était encore tout petit, et sa mère se remaria avec Richard Melton, un fermier aisé du village voisin de Coningsby. Ce fut, semble-t-il, un foyer bienveillant. Des années plus tard, Foxe dédia l’un de ses premiers écrits, An Instruccyon of Christen Fayth, à son beau-père, avec toutes les marques de l’affection.
Il entra à Oxford et, en juillet 1538, devint membre stagiaire (probationer fellow) du Magdalen College, puis membre à part entière un an plus tard. Il enseigna la logique en 1539–1540 et obtint la maîtrise ès arts en juillet 1543. Quelque part au cours de ces années à Oxford — les sources ne disent pas exactement quand ni comment —, il passa à la foi réformée, et il y passa sans réserve.
Quitter Magdalen
Cela lui coûta sa place. Les statuts du collège exigeaient qu’un membre assiste régulièrement à la chapelle et reçoive la prêtrise dans un délai fixé, et la prêtrise, dans les années 1540, signifiait le célibat. Foxe refusa de se plier à l’une comme à l’autre de ces règles, et il s’opposa ouvertement à ce que le célibat soit imposé aux membres du collège. En 1545, il renonça à sa place de fellow.
C’était un pas difficile pour un pauvre érudit. Une place de fellow, c’était un revenu, un toit et un avenir, et il y renonça sans rien en main. Il trouva un emploi de précepteur dans la maison de sir William Lucy, à Charlecote, dans le Warwickshire, où il instruisit le jeune Thomas Lucy. C’est là que, le 3 février 1547, il épousa Agnes Randall, fille d’un marchand de Coventry. Elle allait partager toutes les épreuves qui suivirent, et lui survivre.
Puis vint Londres, et la vraie misère. Les mémoires que son fils Simeon rédigea bien des années plus tard racontent qu’un jour Foxe était assis dans la cathédrale Saint-Paul, épuisé par un long jeûne, lorsqu’un inconnu qu’il n’avait jamais vu s’assit à côté de lui, lui glissa une somme d’argent dans la main et l’exhorta à prendre courage. Quelques jours plus tard, il fut accueilli dans la maison de la duchesse de Richmond comme précepteur des enfants orphelins de son frère, le comte de Surrey, poète, qui venait d’être exécuté. Foxe, disent ces mémoires, ne découvrit jamais qui était l’inconnu. Les historiens modernes accueillent ce récit avec une certaine prudence — Simeon naquit longtemps après et écrivit à partir de souvenirs épars —, et c’est très probablement par des amis évangéliques que ce poste lui échut. Mais le poste lui-même est certain, tout comme la misère qui l’avait précédé. Foxe instruisit les enfants Howard d’environ 1547 à 1553 ; l’aîné, Thomas, deviendrait un jour duc de Norfolk. Le 24 juin 1550, Nicholas Ridley, évêque de Londres, l’ordonna diacre.
La fuite
En 1553, Marie monta sur le trône, et la foi réformée, qui avait été la loi du royaume sous son frère Édouard, devint un crime. Les bûchers commencèrent. Foxe était un homme surveillé, et en 1554 il s’enfuit.
Il s’en fallut de peu. Avec Agnes, qui attendait un enfant, il s’embarqua pour le continent. Des officiers de l’évêque Stephen Gardiner vinrent avec un mandat d’arrêt et enfoncèrent la porte de la maison où il s’était caché — mais le navire était parti. Puis une tempête le rejeta au port. Pour tromper ses poursuivants, Foxe loua un cheval et fit mine de partir pour la campagne ; cette nuit-là, il remonta discrètement à bord, supplia le capitaine de les mettre en sûreté, et il fut loin. Deux jours plus tard, ils débarquaient à Nieuport, en Flandre.
L’exil fut pauvre et instable. À Strasbourg, il rencontra Edmund Grindal et fit paraître, en 1554, une histoire latine des persécutions des fidèles depuis l’époque de Wycliffe — le germe de toute son œuvre ultérieure. À Francfort, il trouva les exilés anglais qui se querellaient âprement sur la manière dont ils devaient célébrer le culte ; il pressa Pierre Martyr de venir les réconcilier et, en janvier 1555, siégea avec John Knox, William Whittingham, Anthony Gilby et Thomas Cole dans un comité qui rédigea un ordre de culte. Il fut rejeté. Le travail de paix n’était pas toujours récompensé.
Il gagna ensuite Bâle, où la pauvreté le conduisit à l’imprimerie de Johannes Oporinus, qui l’employa comme correcteur d’épreuves. C’était un travail humble, mais il le plaçait au cœur du commerce du livre protestant. Oporinus imprima son drame latin Christus Triumphans en 1556. Et pendant tout ce temps arrivaient d’Angleterre des nouvelles, en bonne partie par l’intermédiaire de Grindal : des noms, des dates, des interrogatoires, des lettres sorties clandestinement des prisons, les dernières paroles d’hommes et de femmes brûlés à Smithfield, à Oxford et à Canterbury. Foxe rassembla tout. En 1559, Oporinus publia son grand in-folio latin de quelque 740 pages, allant de Wycliffe à Cranmer, et Foxe le dédia à son ancien élève, devenu duc de Norfolk.
Le livre
Marie mourut en novembre 1558, et Foxe revint au pays sous Élisabeth. Il vécut quelque temps dans la maison du duc de Norfolk à Aldgate, et en 1560 Grindal, devenu évêque de Londres, l’ordonna prêtre. Il se jeta dans la tâche de transformer l’ouvrage latin en quelque chose de bien plus vaste, en anglais, pour le lecteur ordinaire — et il trouva dans l’imprimeur londonien John Day un partenaire à la hauteur de la tâche.
En 1563, Day publia les Actes and Monuments : un immense in-folio de 1 827 pages. Foxe dit clairement à ses lecteurs pourquoi il l’avait écrit :
J’ai composé la présente histoire à cette fin, premièrement, que les œuvres merveilleuses de Dieu dans son Église apparaissent à sa gloire.
— John Foxe, Actes and Monuments
C’est la clé de tout cet énorme livre. Il n’est pas d’abord un catalogue de cruautés, même s’il rapporte la cruauté sans détourner les yeux. C’est une histoire de la fidélité de Dieu — la promesse du Christ que les portes de l’enfer ne prévaudraient point contre son Église, éprouvée et tenue à travers quinze siècles. Les apôtres et les persécutions romaines y sont, et les Vaudois, et Hus, et Tyndale. Mais le cœur du livre, c’est l’Angleterre sous Marie : John Rogers, le premier à être brûlé ; John Hooper ; Rowland Taylor ; Latimer et Ridley à Oxford — Ridley, qui avait fait de Foxe un diacre ; Cranmer plongeant dans la flamme la main qui avait signé sa rétractation ; et des dizaines de tisserands, de mères de famille, d’apprentis et de journaliers dont personne d’autre ne se serait souvenu. Foxe accorda aux humbles le même soin qu’aux évêques.
Le livre fut aimé et attaqué en égale mesure, et Foxe répondit à ses critiques en travaillant davantage. La deuxième édition, en 1570, en deux volumes, compta 2 354 pages, et le nombre de gravures sur bois passa d’une soixantaine à quelque cent cinquante. En 1571, la Convocation de Canterbury ordonna qu’un exemplaire de « cette histoire complète intitulée Monuments des martyrs » soit placé dans chaque cathédrale, à côté de la Bible, et que les dignitaires de l’Église en gardent des exemplaires chez eux pour que serviteurs et visiteurs puissent le lire. D’autres éditions suivirent en 1576 et en 1583, la dernière du vivant de Foxe. Enchaîné dans les églises et lu à voix haute dans les foyers pendant des générations, il devint, après la Bible, peut-être le livre le plus lu de l’Angleterre protestante. Les abrégés populaires qui portent son nom aujourd’hui encore, parmi lesquels l’édition de William Byron Forbush de 1926, réduisent son œuvre et ajoutent des chapitres qu’il n’a jamais écrits ; mais l’esprit en est le sien.
Le prédicateur et l’artisan de paix
On lui offrit des honneurs, et il en accepta peu. Sur la suggestion de l’évêque Jewel de Salisbury, il reçut en mai 1563 une prébende à la cathédrale de Salisbury, avec le bail du presbytère de Shipton. Mais il avait une objection de conscience au port du surplis, et il refusait de faire semblant. L’estime dont il jouissait était telle qu’il conserva sa prébende jusqu’à sa mort, non-conformisme compris. Son mode de vie resta simple.
Le Vendredi saint de 1570, à la demande de Grindal, il prêcha à la croix de Saint-Paul, la grande chaire en plein air de Londres. Le pape venait d’excommunier la reine, et la ville était tendue. Foxe prêcha Christ crucifié. Le sermon fut aussitôt imprimé, accompagné d’une prière, et réédité plusieurs fois de son vivant. Il y disait à ses auditeurs ce que signifie vraiment connaître la croix :
Savoir que le sacrifice crucifié du corps de Christ est une délivrance parfaite de tout son peuple, une pleine satisfaction, une fois pour toutes, pour tous nos péchés … c’est là connaître Jésus-Christ crucifié.
— John Foxe, A Sermon of Christ Crucified, prêché à la croix de Saint-Paul, 1570
Deux ans plus tard, ses loyautés furent mises à l’épreuve de la manière la plus personnelle. Son ancien élève et protecteur, le duc de Norfolk, fut condamné pour avoir conspiré avec Marie Stuart, reine d’Écosse, et la noblesse catholique contre Élisabeth. Au printemps de 1572, Foxe et Alexander Nowell, doyen de Saint-Paul, assistèrent le condamné, et le 2 juin ils l’accompagnèrent à l’échafaud. Foxe n’abandonna pas le garçon qu’il avait instruit, même lorsque ce garçon, devenu homme, avait choisi une cause que Foxe détestait.
Son travail pastoral n’était pas non plus réservé aux grands. On le connaissait comme un homme que l’on faisait appeler dans la détresse de l’âme.
« Épargnez leur vie »
Le moment le plus frappant des dernières années de Foxe survint en 1575. Au printemps, une congrégation d’anabaptistes hollandais fut arrêtée lors d’une réunion près d’Aldgate, et deux d’entre eux, Jan Pieters et Hendrik Terwoort, furent condamnés au bûcher. Foxe n’avait aucune sympathie pour leur enseignement. Mais personne n’avait été brûlé pour sa religion en Angleterre depuis dix-sept ans, depuis les bûchers du règne de Marie qu’il avait passé sa vie à consigner, et il ne pouvait supporter de les voir rallumés par des mains protestantes. Il écrivit en latin à la reine, à lord Burghley et au Lord Chief Justice, plaidant que le châtiment était sans aucune proportion avec la faute, et que des hommes égarés par aveuglement plutôt que par malice pouvaient encore être gagnés. Bannissez-les, pressait-il ; emprisonnez-les ; mais ne les brûlez pas.
Je n’ai aucune faveur pour les hérétiques, mais je suis un homme, et je voudrais épargner la vie d’un homme.
— John Foxe, d’après sa lettre latine à la reine Élisabeth, 1575 (en traduction)
Il n’obtint pas gain de cause. Un sursis d’un mois fut accordé, et le 22 juillet 1575 les deux hommes furent brûlés à Smithfield. Mais on se souvint de la lettre. Des historiens de l’Église plus tardifs, comme Thomas Fuller, en firent l’éloge, et elle demeure l’un des textes les plus humains écrits par un homme d’Église de son temps. Foxe n’était pas un partisan moderne de la tolérance ; il voulait que l’hérésie soit chassée d’Angleterre. Mais il avait trop longtemps regardé le feu pour croire que le feu pouvait servir l’Évangile.
La fin d’un long labeur
Il passa ses dernières années à Londres, dans la paroisse de St Giles, Cripplegate, à réviser encore, à prêcher encore, à écrire encore. Ses fils grandirent : Samuel, l’aîné, et Simeon, qui devint médecin et écrivit les mémoires de la vie de son père.
Selon ces mémoires familiaux, Foxe savait que sa fin était proche. Il aimait tendrement ses fils, mais il ne souhaitait pas qu’ils le voient mourir ; peu de temps avant sa mort, il envoya Samuel en voyage pour plusieurs jours afin de régler quelque affaire, et demanda que l’on ne fasse pas venir Simeon et Robert. Il voulait, semble-t-il, rencontrer son Seigneur dans le calme et seul. Il mourut le 18 avril 1587, à l’âge d’environ soixante-dix ans, et fut enseveli à St Giles, Cripplegate, où Samuel lui éleva un monument.
Il avait traversé quatre règnes et tous les tournants de la Réforme anglaise, et il ne porta jamais la couronne du martyre. Ce qu’il fit était plus simple et plus difficile : il se souvint. Il fit se souvenir toute une nation du tisserand et de l’évêque, de la femme aveugle et de l’archevêque qui refusèrent de renier Christ, et il raconta leurs histoires non pour que les lecteurs haïssent, mais pour qu’ils voient, selon ses propres mots, les œuvres merveilleuses de Dieu dans son Église. L’Église dont il écrivit l’histoire n’a pas encore failli, et le livre auquel il donna sa vie est toujours lu.
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