Texte
Actes 1:8 ; Actes 5:32
En bref
Être un témoin, insiste Booth, ce n’est pas plaider une cause, mais attester ce qu’on a vu et ressenti — et une Église qui a cessé de témoigner a d’ordinaire cessé de faire l’expérience. Elle presse chaque croyant, savant ou sans instruction, vers le même devoir tout simple : dire ce que le Seigneur a fait pour son âme.
Encore et encore, la même vocation et la même mission sont conférées aux apôtres et aux disciples. Jusqu’aux extrémités de la terre et jusqu’à la fin des temps, cette mission descend sur chacun de ceux qui appartiennent au Seigneur, car il dit : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création ; et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Cela nous embrasse. Et à tout disciple qui nous a précédés, ou qui doit nous suivre, est promise sa divine Présence dans cette œuvre glorieuse de témoigner pour lui.
Dieu a besoin de témoins dans ce monde.
Pourquoi ? Parce que le monde entier est en révolte contre lui. Le monde s’est éloigné de Dieu. Le monde ignore Dieu, nie et contredit son témoignage, se méprend sur son caractère, son gouvernement et ses desseins, et s’en est allé dans une révolte et une rébellion totales et universelles. Or, si Dieu veut garder quelque prise sur l’homme et avoir sur lui quelque influence, il faut qu’il soit représenté ici-bas. Il n’y avait pas d’autre moyen de le faire. Si une province de ce royaume tombait dans l’anarchie et la rébellion, à moins qu’il n’y ait dans la province quelques personnes dont le devoir est de représenter la Reine et son Gouvernement, elle sombrerait tout entière et serait perdue pour le royaume à jamais. Ainsi Dieu doit être représenté, et, loué soit son nom, il a eu ses fidèles témoins depuis le commencement jusqu’à maintenant. Comme le dit l’Apôtre : « Il ne s’est point laissé sans témoignage. » Depuis les jours d’Hénoc, qui marcha avec Dieu, jusqu’à cette heure présente, Dieu a toujours eu ses vrais et fidèles témoins. Dans les temps les plus mauvais, il y a eu quelques flambeaux ardents et brillants. Parfois rares et espacés, parfois, comme Noé, un seul homme solitaire dans toute une génération d’hommes, témoignant pour Dieu — mais il y en a eu au moins un. Dieu ne s’est pas laissé sans témoignage.
Mais Jésus-Christ le Fils — le bien-aimé du Père — il était le grand témoin. Il vint tout spécialement pour manifester le Père, pour rendre témoignage de lui et le révéler aux hommes. Ce fut là sa grande œuvre. Il vint non pour témoigner de lui-même, mais de son Père, non pour dire ses propres paroles, mais les paroles que son Père lui donnait à dire. Il vint révéler Dieu aux hommes. Il était le « témoin fidèle et véritable ». Et lorsqu’il dut quitter le monde et retourner à son Père, alors il chargea ses disciples de prendre sa place et d’être les témoins de Dieu sur la terre. Et oh ! mes amis, le vrai peuple de Dieu est son seul témoin. Il ne veut pas permettre aux anges — nous ignorons pourquoi — de témoigner pour lui ici. Il a appelé l’homme à témoigner pour lui, son peuple : « vous serez mes témoins ».
Jésus « fit une belle confession », n’est-ce pas ? Il rendit noblement, fidèlement, courageusement témoignage de son Père, et scella son témoignage de son sang. Le monde le traita comme il a traité la plupart des fidèles témoins de Dieu depuis le commencement ; il le persécuta ; il le mit à mort, comme il ferait de tout fidèle témoin de Dieu — si Dieu le permettait — et se laisserait sans une seule lumière spirituelle : car l’esprit qui agit dans les fils de la rébellion nourrit une haine éternelle et diabolique contre tout enfant de Dieu réel, vivant et spirituel. Il le hait comme il haït le Fils lui-même, et ce n’est pas la faute du Diable s’il n’éteint et n’extermine pas tout témoin de ce genre. C’est parce que Dieu ne le lui permet pas, mais nous tient, nous garde, nous sauve, en dépit de lui.
Le Seigneur chargea donc ses disciples d’être ses témoins, et il dit — oh ! quelles belles paroles, et pourtant, que de choses elles renferment que peu de gens comprennent : « Comme tu m’as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. » Oui : comme tu m’as envoyé pour être ton représentant dans le monde, pour me dépenser et me laisser dépenser pour toi, et verser mon sang pour toi, s’il le fallait, ainsi je les envoie — et ainsi il les envoya, et ils eurent exactement le même sort que leur Maître, et beaucoup d’entre eux exactement la même fin. Mais ils furent de fidèles témoins, et ils allèrent de l’avant et témoignèrent partout, aux Juifs et aux païens, dans le Temple et sur la place du Marché, le long des chemins et par les routes et les haies — ils allèrent et témoignèrent de ce Sauveur, et accusèrent les méchants Juifs de sa crucifixion, et Dieu accompagna leur témoignage par l’Esprit, et des milliers et des milliers furent convertis — détournés de leur rébellion vers Dieu.
Or, le fait même que le témoignage soit nécessaire montre qu’il y a dans le monde une controverse au sujet des choses et des droits de Dieu — qu’il y a deux camps en présence. La grande masse des hommes dit que la vérité de Dieu est un mensonge. Elle le dit virtuellement, si elle ne le dit pas en paroles ; et beaucoup de milliers d’entre eux, hélas, le disent aussi en paroles. Beaucoup nient jusqu’à son existence même, et disent qu’il n’y a ni Ciel ni Enfer — que Jésus-Christ n’était qu’un simple homme — que la religion est un mythe, et qu’il n’existe pas de chose telle que la connaissance du pardon des péchés — que ce témoignage est une grande illusion de l’imagination, et rien de plus.
Or, Christ appelle son peuple à aller et à être témoins de ces faits. Les témoins, vous le savez, doivent traiter de faits, non de théories — non de ce qu’ils pensent simplement, ou supposent, ou ont entendu dire, mais de ce qu’ils savent. Or, Dieu veut que son peuple témoigne de faits — de quelque chose qui a été fait, et qui se fait encore — quelque chose qui est et demeure un fait.
Et il veut aussi que nous soyons de BONS témoins. Oh ! combien de choses dépendent du caractère d’un témoin, même dans un tribunal terrestre. Si l’on peut jeter le discrédit sur le caractère ou la véracité d’un témoin, on ébranle son témoignage et on lui ôte sa valeur. Oh ! qu’il est important que les témoins de Christ soient de bons témoins — c’est-à-dire qu’ils le représentent, lui et sa vérité, avec droiture et fidélité — car, s’ils le représentent mal, quelqu’un sera sûrement damné par leur inconséquence — et quelle chose affreuse que d’avoir le sang des âmes sur les pans de notre vêtement ! Représenter faussement un homme, une femme ou un enfant, c’est déjà assez grave, mais représenter faussement Dieu ! — donner une caricature de la religion de Jésus-Christ ! — mener une vie mauvaise et professer pourtant d’être chrétien, disant aux gens, virtuellement : « Regardez-moi, ma façon de vivre et d’agir — CE QUE JE SUIS — voilà la religion de Jésus-Christ. » Je le dis, il vaudrait bien mieux pour un tel homme qu’on lui pendît une meule au cou et qu’on le noyât dans les profondeurs de la mer. Là, du moins, ce serait la fin de son méfait ; mais un faux témoin en faveur de Jésus-Christ est le traître le plus malfaisant qui soit sur la face de la terre. Il fait plus de mal que mille faux témoins hostiles contre lui. Oh ! mes amis, soyons de bons témoins pour Jésus-Christ. Plus un témoin est censé connaître la vérité dont il témoigne, plus grande est sa responsabilité. Oh ! quelle chose qu’un ministre qui est un mauvais témoin, comme le furent certains des prophètes d’autrefois. Voyez les choses terribles que Dieu dit de ceux qui conduisent son peuple dans le fossé, se souciant plus de la toison que des brebis — c’est affreux ! Qu’une mère soit un mauvais témoin dans sa famille, et conduise ses petits enfants, accrochés aux pans de sa robe, jusqu’au bord même de la fosse ! Qu’un maître soit un mauvais témoin — qu’il professe d’être chrétien et soit un mauvais témoin devant ses ouvriers ; qu’un moniteur d’école du dimanche soit un mauvais témoin, inconséquent et faux, de Jésus-Christ dans sa classe ; que des membres d’Églises chrétiennes soient de mauvais témoins les uns pour les autres et pour le monde ; qui peut dire les résultats effroyables ? Oh ! c’est ce témoignage inconséquent qui a abaissé et abaissé encore le niveau du christianisme pratique, au point qu’il ne nous reste plus aucun niveau — au point que les repères sont si effacés qu’on n’en voit plus aucun.
Des témoins FIDÈLES ! Il veut que nous soyons de fidèles témoins.
Je veux relever une ou deux qualités d’un fidèle Témoin, et, oh, que le Saint-Esprit nous vienne en aide.
La première qualité, donc, d’un fidèle témoin, c’est une connaissance personnelle des faits dont il témoigne. Si un témoin, dans un tribunal, se met à parler de ce qu’il pense, ressent et croit, « Oh ! chut, chut », dit le juge, « nous ne pouvons pas admettre cela ; nous voulons savoir ce que VOUS, VOUS SAVEZ — ce que vous avez vu, entendu et ressenti de cette affaire » ; et voilà le genre de témoins que Jésus-Christ veut, ceux qui peuvent se lever et dire : « JE SAIS ! » Le genre de témoin qu’était saint Paul, qui pouvait regarder son juge en face et dire : « plaise à Dieu que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, vous deveniez tels que je suis, à l’exception de ces liens ! » Quel homme impudent il devait être, s’il n’était pas un homme sanctifié. Quel suprême égoïste ! Voilà le genre de témoins. Comme Agrippa dut se sentir, à cet instant. Comme les rôles étaient renversés. « Oh ! me voici mis au banc des accusés, et voilà le prisonnier qui prend place sur le siège du juge. » Voilà le genre de témoignage que nous voulons. « plaise à Dieu que vous deveniez tels que je suis, à l’exception de ces liens ! » Pourriez-vous vous tenir debout au banc des accusés et dire cela ? Pourriez-vous vous tenir debout dans votre propre maison et le dire ? Pourriez-vous vous tenir debout n’importe où et le dire ? Voilà ce que le Seigneur Jésus-Christ veut — des gens qui savent, qui font l’expérience, qui réalisent, qui vivent les choses dont ils témoignent. C’est de cela que le monde se meurt — des gens qui peuvent se lever et dire : « JE SAIS. » Le Seigneur veut des gens qui disent au monde qu’ils sont sauvés. Le pouvez-vous ? Alors ils commenceront à vous écouter. Vous commencerez à avoir quelque effet sur eux. Ils commenceront à ouvrir les yeux et les oreilles, et à se demander s’il serait possible que Dieu les sauve. Cela est tout autre chose qu’une théorie subtilement filée sur la religion — leur dire que Dieu vous a SAUVÉ. Non pas ce que nous avons appris dans les livres. Le monde en est écœuré. Je ne m’étonne pas que des hommes intelligents fuient la religion. Je puis trouver bien des excuses quand je songe à ce que beaucoup d’entre eux ont à écouter de dimanche en dimanche. Comme un monsieur me l’a dit : « Il y a de quoi écœurer n’importe qui. Nous trouvons bien quelque chose dans le Times, mais, ma parole, je n’arrive pas à rester éveillé à l’église. Ce n’est pas que je ne le voudrais pas, si je le pouvais, mais je ne le peux pas. » Pauvre homme ! comme je l’ai plaint.
Non ! non pas ce qu’on tire des livres ; non pas une théorie sèche et subtilement filée, sur un simple ouï-dire. Quand un témoin commence par ce qu’il a entendu dire à quelqu’un : « Oh, chut ! » dit le juge, « nous ne voulons pas de cela, nous voulons savoir ce que vous avez vu. Tenez-vous-en aux faits. » Jésus-Christ veut que vous vous en teniez aux faits. Dites-leur, comme dit Jean, ce que vous avez vu, entendu, touché et réalisé de la vérité de Dieu. Une connaissance personnelle ! Il est merveilleux de voir combien le langage du salut est simple, lorsqu’on l’a appris par l’expérience et qu’on est disposé à parler clairement aux gens.
Ensuite, un fidèle témoin doit dire la vérité, et toute la vérité. Il ne doit rien retenir par crainte d’un désagrément personnel, d’une souffrance, d’une perte ou d’un gain, mais il doit dire toute la vérité. Oh ! je tremble en songeant à ce que sera le sort de certains qui s’érigent en docteurs, et qui ont « retenu une partie » de la vérité parce que, à leur idée, elle n’était pas agréable ou profitable au genre humain. Qu’ai-je à faire de cela ? J’ai à prêcher la vérité — la belle, entière, parfaite vérité, le diamant lumineux de la lumière divine, et non une imitation vile, boueuse, de pacotille, des demi-vérités transformées en erreurs damnables, par lesquelles Satan attire des milliers d’âmes en Enfer. Donnez aux hommes toute la vérité — les deux côtés : le côté qui a trait à Dieu, et le côté qui a trait à l’homme ; et finissez-en avec l’absurdité de faire que Dieu se contredise lui-même, car « Dieu est lumière, et il n’y a point en lui de ténèbres ». S’il y avait des contradictions, il y aurait des ténèbres. Non ; les ténèbres sont dans nos pauvres cerveaux aveugles et chétifs, et non en Dieu ni dans son Livre. Dans son Livre, bien interprété, il n’y a absolument aucune contradiction. Toute la vérité : la vérité qui convainc aussi bien que la vérité qui guérit ; l’épée aussi bien que le baume ; l’enfoncement du couteau divin aussi bien que l’effusion de l’huile divine. Comme le dit Paul, au chapitre vingt-six et au verset dix-huit : « afin que tu leur ouvres les yeux, pour qu’ils passent des ténèbres à la lumière et de la puissance de Satan à Dieu, pour qu’ils reçoivent, par la foi en moi, le pardon des péchés. » Il dit qu’il prêcha aux Juifs et aux païens qu’ils devaient se repentir. C’est là l’apôtre Paul, le grand exposant de la Justification par la Foi, « qu’ils devaient se repentir », et quoi encore ? — oh, toi le légaliste Paul, quoi ? « Pratiquez des œuvres dignes de la repentance. » Oh, Paul, je te croyais entièrement sauvé des œuvres, et en avoir fini avec la Loi. Oh ! tu prêches les œuvres, et la pratique d’œuvres dignes de la repentance. Ce n’est pas là l’Évangile, Paul ! Il ajoute de façon significative : « Voilà pourquoi les Juifs se sont saisis de moi dans le temple, et ont tâché de me faire périr » ; et pour cette même cause les pharisiens n’ont cessé depuis lors de chercher à tuer les vrais témoins de Dieu, ceux de toute la vérité, car ils n’aiment pas la doctrine qui tranche en deux les idoles et le péché, et qui dit : « Produisez du fruit digne de la repentance. »
Le fidèle témoin doit donner toute la vérité, et il doit la donner personnellement, lui aussi. Un fidèle témoin doit la donner lui-même. Il ne peut pas témoigner par procuration. Il peut payer cent cinquante évangélistes pour aller témoigner à sa place : c’est très bien. Ce n’est pas plus qu’il ne doit faire — deux cent cinquante, s’il a assez d’argent — car le Maître réclame tout ce qu’il possède, peu ou beaucoup, jusqu’au dernier sou, quel que soit le nombre de prédicateurs qu’il puisse envoyer et entretenir.
Ainsi, il ne peut jamais faire plus qu’il ne doit, mais cela ne le dégagera pas de l’obligation personnelle. Dieu lui dira : Si j’ai mis ma bougie en toi, c’est afin qu’elle brille au profit de quelqu’un d’autre. Si je t’ai donné le pain de vie, c’est à toi d’aller le rompre pour les multitudes affamées autour de toi. VOUS êtes mes témoins. Vous pouvez payer le ministre et le missionnaire, mais vous devez le faire vous-mêmes, vous aussi, car comment un seul témoin pourrait-il en remplacer deux ? Il est vrai que Dieu veut que le ministre témoigne, et ce n’est pas plus que son devoir s’il témoigne tout le jour, aussi longtemps qu’il vit. Mais cela ne suppléera jamais à votre manque de service. C’est VOUS qui devez témoigner ; et il y a certaines âmes sur lesquelles vous avez plus d’influence que tout autre être vivant — certaines âmes que vous pouvez mieux atteindre que quiconque — certaines âmes qui, si vous ne les sauvez pas, ne seront probablement jamais sauvées du tout. Vous êtes mes témoins, et, si vous avez la grâce, l’amour et la lumière de Dieu, c’est au péril de votre âme que vous les cachez.
Ensuite, en second lieu, les fidèles témoins doivent parler ouvertement, ne pas mâcher leurs mots — ne pas « marmonner », comme on dit au tribunal. Le juge fait parler le témoin à voix haute afin que chacun puisse l’entendre. Il faut qu’on l’entende. « Parlez haut. » Et pourquoi les témoins du Seigneur ne parleraient-ils pas ouvertement ? Je me demande quand nous en aurons fini avec cette religion furtive, cachottière, honteuse ! Je me demande quand l’Angleterre chrétienne cessera d’avoir honte de son Dieu ! La seule nation sous le Ciel qui ait honte de sa religion et de son Dieu, c’est celle qui a le vrai Dieu à adorer et à aimer. Quelle anomalie ! Parlez haut !
David ne connaissait rien de cette religion mièvre, tiède, fade comme de l’eau claire. David se réjouissait de proclamer sa justice devant la grande assemblée. Il parlait sans cesse de sa bonté et de sa Loi, et il chantait à ce sujet tout le long du jour, dansant parfois devant l’arche, et faisant toutes sortes de choses démonstratives pour glorifier son Dieu. Et cela ne suffisait pas, car après avoir appelé tout le genre humain à le louer, il appela les collines et les arbres à battre des mains et à danser de joie. Nous avons besoin d’un peu de cette sorte de religion de nos jours. On parle de la nouvelle dispensation ; je voudrais bien que nous puissions retrouver un peu de l’ancienne.
Les intérêts de la vérité exigent ce franc-parler. Comment combattre l’erreur, sinon par la proclamation hardie de la vérité ? Les émissaires de Satan, qui refilent à l’humanité ses mensonges — sans relâche, nuit et jour — comment les faire taire, sinon par des témoins qui crient fidèlement à leurs oreilles : « Ceci est un mensonge, et cela est un mensonge. Ceci est la vérité et ceci est le chemin ; nous savons, nous voyons, nous sentons — marchez-y. » Revenez, revenez ! pourquoi voudriez-vous mourir ? Il leur faut des témoins au franc-parler. Il y a aujourd’hui quantité de faux témoins, comme il y en eut toujours, et que veut Jésus-Christ ? Il veut que ses vrais témoins sortent et leur fassent face, et soient de taille à les affronter — non qu’ils se dérobent dans des trous et des recoins, et aient honte de leur religion, et parlent d’une « religion discrète » — sornettes que cette discrétion. Cela n’existe pas ! Sortez devant le monde. Comme dit Élie : « Si l’Éternel est Dieu, suivez-le, servez-le, parlez pour lui ; » « mais si Baal » est Dieu, « alors suivez-le. » Alors à bas toutes ces sornettes, vos sanctuaires, vos Bibles et votre profession de foi — finissez-en avec tout cela et suivez Baal. Soyez d’un côté ou de l’autre. Il me semble qu’il faudrait un Élie aujourd’hui pour venir le clamer à travers toute l’Angleterre. J’aimerais voir un homme se lever et faire une franche reconnaissance de Dieu, et un appel à lui, dans nos Chambres du Parlement, et j’aimerais voir comment il serait accueilli.
Je songeais, en passant devant le Royal Exchange et en voyant au sommet : « A l’Éternel la terre et ce qu’elle renferme », combien de ceux qui marchaient sous son ombre y croyaient. Je me demande ce qu’on penserait de quiconque en viendrait à reconnaître ce fait dans la pratique. « Oh ! » diraient-ils, « il n’est pas fait pour son poste — il va falloir le renvoyer ; il a l’esprit un peu dérangé. » Oh ! vous savez qu’il en est ainsi ; mais on ne se moque pas de Dieu, quoique les hommes le pensent. Dieu siège dans le cercle du Ciel, et bien que les peuples s’agitent, et que les nations méditent un vain projet, et que les rois de la terre se dressent, il rit d’eux, et bientôt viendra leur calamité.
Nous disons que le monde se meurt ; de quoi ? De sermons ? Non. De périodiques ? Non. D’histoires religieuses ? Oh ! grand non. Il n’y a aucun risque d’en manquer pour bien des longues années à venir. Se meurt-il faute de dissertations ? Non. De théories subtilement filées ? Non. De credo et de confessions de foi ? Oh ! vous pourriez en avoir à la douzaine. De quoi se meurt-il donc ? — d’un témoignage direct, franc, honnête, aimant et fervent sur ce que Dieu peut FAIRE POUR LES ÂMES. Voilà ce qu’il lui faut. Voilà ce qu’il faut à ces pauvres hommes dans les boutiques, à ceux qui vont et viennent le long d’Oxford Street, dans les théâtres, dans les salles de bal, dans les salles de concert, partout, voilà ce que veulent les hommes : quelqu’un qui vienne les prendre avec amour par le collet et leur dise que DIEU EST DIEU, et qu’il peut les sauver. « Il m’a sauvé, mon frère, et il peut te sauver ! » Voilà ce que veut le monde. Une seule parole de ce genre vaut mieux qu’un sermon, et elle fera davantage pour Dieu et pour le salut du monde. Oh oui, des hommes disent, en fait par tout ce pays — des milliers : « Me voici ; je suis un pauvre esclave du péché. Je le sais. » Ils le disent dans leur conscience, même s’ils ne vous le disent pas. Ils nous le disent souvent lorsqu’ils sont acculés dans un coin par l’épée de l’Esprit. « Je sais que je suis dans l’erreur, pécheur, mauvais. » Ainsi ce cher John Allen, dont je racontais la vie, dit un jour, alors qu’il était assis à jurer, entouré de ses compagnons, et que quelqu’un lui demanda : « Jock, si tu venais à mourir, que deviendrais-tu ? » « J’irais tout droit en enfer ! » C’était un homme honnête. Il savait où il allait, et il le disait.
J’ai dit à un monsieur : « Monsieur Untel, qu’en est-il de votre âme ? » Il répondit : « Elle est dans un état diabolique. » Pauvre homme ! Il savait où il allait, et il y en a des milliers comme lui. Croyez-vous qu’ils ne sentent pas leur servitude ? N’ont-ils pas un esprit et une conscience ? N’ont-ils pas un meilleur côté, comme vous dites, dans leur nature ? Dieu n’a-t-il pas fait jaillir la lumière de son Saint-Esprit sur leurs âmes obscures, et n’ont-ils pas lutté et combattu ? Oui, mais ils disent : « Il n’y a rien de bon en nous ; il n’y a pas de secours pour nous. Nous avons cessé de prendre des résolutions et d’essayer de devenir meilleurs ; nous ne le pouvons pas. Il n’y a en nous aucune espérance. » Et les voilà qui attendent que quelqu’un vienne leur dire qu’il y a du SECOURS EN DIEU. Ils disent : « Je ne vois vraiment que peu de différence chez vous, les gens religieux. Je n’ai jamais connu personne à qui la religion ait semblé faire grand-chose. » Et, quand on leur dit de croire, ils se rient de vous, et je ne m’en étonne pas. La pauvre conscience humaine est mieux instruite que beaucoup de ses maîtres. Elle veut être remise DROITE, et elle dit : Y a-t-il quelque espérance ? Dieu peut-il sauver un être tel que moi ? A-t-il sauvé quelqu’un comme moi de cet asservissement, de cet esclavage, de cette misère, de cette chute perpétuelle dans la boue ? A-t-il jamais sauvé quelqu’un COMME MOI ? Et parfois il va à la chapelle ou à l’église, et espère que le ministre le lui dira, quand voilà que celui-ci entame une dissertation sur la résurrection, ou sur la divinité de Christ, ou sur quelque chose que l’homme a cru toute sa vie, et le voilà de nouveau déçu, et il dit : « Cela ne me sert à rien. » Oh ! mes amis, je dis les choses que je sais par le témoignage de dizaines d’âmes. En vérité, je ne saurais le répéter, cela vous ferait rougir le visage d’entendre ce que des hommes d’intelligence, de réflexion et de rang m’ont dit dans mainte antichambre où j’ai travaillé. Il est temps qu’un changement se produise. Le monde dépérit faute de vrai pain spirituel. Il veut quelque chose à manger, et vous lui donnez une pierre ! mais Dieu suscite un peuple qui sait ce qu’il lui faut et comment le lui donner, qui sait rompre le pain de vie et témoigner de ce que Dieu a fait pour lui, et de ce qu’il peut faire pour d’autres pauvres âmes affamées ; qui peut aller et dire : « Tiens, mon ami, il peut sauver un être tel que toi. J’étais moi-même autrefois un tel homme. J’étais esclave du péché, esclave de la boisson, ou blasphémateur, ou menteur, ou voleur, ou adonné à quelque mauvaise habitude secrète pire que toutes celles-là. J’étais un tel esclave, et il m’a sauvé. Il a brisé mes chaînes et m’a rendu libre, et je suis l’affranchi du Seigneur. Il m’a sauvé et il peut te sauver. » Voilà ce que veut le monde — LE TÉMOIGNAGE.
Vous a-t-il sauvés, l’un de vous ? Témoignez-vous auprès de vos pauvres semblables, affamés et sombrant ? Les regardez-vous jamais en songeant où ils vont ? Avez-vous pitié d’eux, les aimez-vous, soupirez-vous après eux dans les entrailles de Jésus-Christ ? Connaissez-vous quelque chose de ce désir ardent ? S’il en est ainsi, comment pouvez-vous vous retenir de témoigner ? « Vous êtes mes témoins de ces choses », partout, en tout temps, parmi tous les peuples !
Il est dans la nature même des choses qu’un témoin doive témoigner devant d’autres, devant des auditeurs vivants. C’est là le lieu du témoignage, et devant des ennemis, et alors qu’il ignore de quel côté le vent soufflera, ou comment les paroles de Dieu seront reçues. Il doit être un vrai témoin, dût-il sceller son témoignage de son sang.
C’était là le genre de témoignage que rendaient les martyrs. Je me demande souvent s’il y aurait des martyrs aujourd’hui. Parfois je pense que le plus grand bienfait pour l’Église de Christ serait un temps de persécution. Je le crois. Je crois qu’il nous pousserait vers Dieu et les uns vers les autres. Nous découvririons alors si nous étions prêts à tout abandonner pour le suivre. Vous savez que si les martyrs avaient adopté le niveau de vie religieuse qui existe aujourd’hui, ils n’auraient jamais été martyrs. Ils auraient veillé sur leur propre peau et laissé au Seigneur le soin de veiller sur l’Évangile. Si on leur avait permis un peu de marge, et qu’ils fussent allés à mi-chemin, il n’y aurait pas eu de martyrs, car presque tous auraient pu s’en tirer ainsi ; mais ils sentaient qu’il fallait être fidèles jusqu’au bout, et tenir ferme pour toute la vérité jusqu’au dernier iota et au dernier trait, et alors qu’ils auraient pu s’en tirer en disant trois mots sur un papier, ils refusèrent de le faire, et allèrent au bûcher, et laissèrent les flammes lécher leur sang. Voilà les témoins que le Seigneur veut au-dehors, partout, sans jamais s’y relâcher. Toujours à témoigner. « Toujours », dites-vous. Oui, toujours. Pourquoi ? Parce que des hommes sont toujours en train de mourir et d’être damnés ! Si la Bible est vraie — partout — vos amis et vos voisins autour de vous. Vous recevez une lettre : « Oh ! Monsieur Untel est mort — malade seulement trois jours — trente-six heures — vingt-quatre heures — parti ! » Ah ! et l’écho, ensuite, dans mainte âme, est celui-ci : que ne donnerais-je pour une occasion d’aller m’entretenir une fois avec lui. Mais il est parti — quelque part ! Où est-il allé ? S’il était non lavé, non pardonné et non sauvé — où est-il allé ? Je me suis un jour tellement tourmentée sur ce point que je crus en perdre la raison. Je ne pouvais pas dormir la nuit à force de penser à l’état de ceux qui meurent non sauvés. Osé-je y penser ? OÙ EST-IL ALLÉ ? Oh ! c’est cette manière de voir la chose qui me conduisit à ouvrir la bouche pour la première fois en public pour Dieu.
J’ai promis à quelques amis, ici ce soir, de donner cette illustration tirée de ma propre expérience, sans quoi je n’y fais que rarement allusion. J’avais longtemps porté en mon âme une controverse sur cette question. En fait, depuis le moment de ma conversion, l’Esprit de Dieu m’avait constamment poussée vers des voies d’utilité et de labeur qui me paraissaient impossibles. Peut-être quelques-uns d’entre vous auraient-ils peine à croire que j’étais l’une des disciples les plus timides et les plus craintives que le Seigneur Jésus ait jamais sauvées. Pendant dix années de ma vie chrétienne, ma vie fut un combat quotidien avec la croix — non que je refusasse volontairement, comme beaucoup le font, car cela je n’osai jamais le faire. Oh non ! je prenais la résolution d’obéir, je me décidais et me proposais de le faire, puis, quand l’heure venait, je faillissais faute de courage. Je n’aurais pas eu à faillir. Je vois maintenant combien j’étais insensée, et combien j’avais tort ; mais, quelque quatre ou cinq mois avant que je ne commence à parler, s’était réveillée de façon marquante dans mon âme la controverse que Dieu y avait éveillée des années auparavant, mais que, par des idées fausses, par la peur et la timidité, j’avais laissée presque s’éteindre. Je fus amenée à cette époque à de très sévères examens de conscience. Je n’avais plus autant réalisé la présence divine. J’avais perdu une grande part de la puissance et du bonheur dont j’avais joui autrefois. Pendant une période de maladie, un jour, il sembla que le Seigneur me révélait tout cela par son Esprit. Je n’eus pas de vision, mais une révélation à mon esprit. Il sembla me ramener au temps où j’avais quinze et seize ans, lorsque je lui donnai mon cœur pour la première fois. Il sembla me montrer, tout au long de ce chemin amer, comment cette seule chose avait été la mouche dans le pot de parfum, l’amertume dans la coupe, et m’avait empêchée de réaliser ce que j’aurais fait autrement. Je sentis combien elle avait entravé la révélation de lui-même à moi, et m’avait empêchée de croître dans la grâce et d’apprendre davantage des choses profondes de Dieu. Il me la montra, et alors je me souviens de m’être prosternée le visage contre terre devant lui, et je lui promis, là, dans la chambre de la maladie : « Seigneur, si tu veux revenir à moi, comme aux jours d’autrefois, et me visiter de nouveau par ces impulsions de ton Esprit que j’avais coutume d’éprouver, j’obéirai, dussé-je en mourir. Peu m’importe ; j’obéirai. » Cependant, le Seigneur ne me visita pas de nouveau immédiatement. Il me laissa me rétablir, et je repris mes occupations. Environ trois mois après cela, je me rendis à la chapelle dont mon mari était le ministre, et il tenait un service extraordinaire. Même alors, il essayait toujours quelque chose de nouveau pour atteindre les gens du dehors. On y tenait une réunion à laquelle des ministres et des amis de la ville prenaient part, tous rendant leur témoignage et parlant pour Dieu. J’étais dans le banc du ministre, avec mon aîné, alors âgé de quatre ans, et il y avait là quelque mille personnes. Je me sentais bien plus abattue que d’ordinaire en mon esprit, et sans rien attendre de particulier ; mais, à mesure que les témoignages se succédaient, je sentis l’Esprit venir sur moi. Vous seuls qui l’avez éprouvé savez ce que cela signifie. Cela ne peut se décrire. Je le sentis jusqu’au bout de mes doigts et de mes orteils. Il sembla qu’une voix me disait : « Maintenant, si tu allais témoigner, tu sais que je le bénirais pour ta propre âme aussi bien que pour les âmes du peuple », et je suffoquai de nouveau, et je dis, dans mon âme : « Oui, Seigneur, je crois que tu le ferais, mais je ne le puis pas. » J’avais oublié mon vœu — il ne me revint pas du tout à l’esprit. Tout à coup, après avoir dit cela au Seigneur, il me sembla voir la chambre où j’avais été étendue, et me voir moi-même comme si j’avais été là, prosternée devant le Seigneur, lui promettant cela, et alors la voix sembla me dire : « Ceci est-il conforme à cette promesse ? » et je faillis me lever d’un bond et dire : « Non, Seigneur, c’est la vieille histoire qui recommence, mais je ne le puis pas », et je sentis que j’aimerais mieux mourir que de le faire. Et alors le Diable dit : « D’ailleurs, tu n’es pas préparée à parler. Tu auras l’air d’une sotte, et tu n’auras rien à dire. » Il se trompa. Pour une fois, il en fit trop. Ce fut ce mot qui trancha la question. Je dis : « Ah ! voilà justement le point. Je n’ai encore jamais été disposée à être une folle pour Christ ; maintenant je vais en être une » ; et sans m’arrêter un instant de plus, je me levai à ma place et remontai la chapelle. Mon cher mari allait justement conclure. Il crut que quelque chose m’était arrivé, et le peuple aussi. Nous étions là depuis deux ans, et ils connaissaient ma nature timide et craintive. Il descendit pour me demander : « Qu’y a-t-il, ma chère ? » Je dis : « Je veux dire un mot. » Il fut si surpris qu’il put seulement dire : « Ma chère femme veut dire un mot », et il s’assit. Il avait essayé de me persuader de le faire pendant dix ans. Lui et une dame de l’Église, cette semaine-là même, avaient essayé de me persuader d’aller prendre la parole à une petite réunion de chaumière, réunissant une vingtaine d’ouvriers, mais sans y parvenir. Je me levai — Dieu seul sait comment — et si jamais un mortel s’est suspendu au bras de la Toute-Puissance, ce fut moi. J’avais l’impression de m’accrocher à quelque bras humain — et pourtant c’était un bras divin — qui me soutenait. Je me levai simplement et racontai aux gens comment cela était arrivé. Je confessai, comme je pense que chacun devrait le faire lorsqu’il a été dans l’erreur et a mal représenté la religion de Jésus-Christ. Je dis aux gens que, bien que j’eusse occupé toutes les positions ordinaires d’une femme de ministre, quoique je fusse jeune alors, j’avais fait bien plus que mainte femme âgée ne le fait dans l’Église de Dieu, pour ce qui est de rencontrer les croyants, de visiter et de travailler dans les coulisses, de sorte qu’ils m’avaient tous regardée comme une femme très dévouée, et je le leur dis. Je dis : « J’ose croire que beaucoup d’entre vous m’ont regardée comme une femme très dévouée, et comme quelqu’un qui a vécu fidèlement pour Dieu ; mais j’en suis venue à savoir que j’ai vécu dans la désobéissance, et que dans cette mesure j’ai amené les ténèbres et la disette dans mon âme ; mais j’ai fait une promesse au Seigneur il y a trois ou quatre mois, et je n’ose pas désobéir. Je suis venue vous dire ceci, et promettre au Seigneur que je serai obéissante à la vision céleste. »
Mais oh ! combien peu je voyais alors ce que cela impliquait. Je n’imaginai jamais la vie de notoriété où cela allait m’entraîner, et d’épreuves aussi ; car il ne me fut plus jamais accordé un autre sabbat tranquille, où j’aurais pu parler ou me lever. Tout ce que je fis là, ce fut le pas du moment. Je ne voyais pas d’avance, mais le Seigneur, comme il le fait toujours lorsque son peuple est honnête envers lui et obéissant, ouvrit les fenêtres du Ciel et répandit une telle bénédiction qu’il n’y avait pas de place pour la contenir.
Il y eut plus de pleurs, dit-on, dans la chapelle ce jour-là, qu’il n’y en avait jamais eu auparavant. Beaucoup datèrent de ce moment même un renouveau dans la justice, et commencèrent une vie de dévotion et de consécration à Dieu.
Or, j’aurais pu leur tenir de beaux discours jusqu’à maintenant, que cela ne serait jamais arrivé. Cette confession honnête, ce fait de sortir et de témoigner de la vérité, accomplit ce que vingt années de discours n’auraient jamais accompli.
L’œuvre se poursuivit. Chaque fois que je parlais, la chapelle était comble jusqu’à sa dernière place, et nombreux étaient ceux qui se convertissaient. Non à moi, mais à Dieu soit toute la gloire. Honte à moi de n’avoir pas commencé plus tôt. Ce n’est pas moi qui fis cela, mais le Saint-Esprit, l’Esprit saint de Dieu.
Le Seigneur agit envers moi d’une manière tout à fait admirable. Trois mois après cela, mon cher mari tomba malade pour la première fois, et il fut obligé de partir à la campagne. Une délégation vint me trouver pour me demander de prendre en charge ses prédications en ville. Je dis que je ne pouvais songer à une telle chose. Que ferais-je de cette grande assemblée ? Il ne fallait pas me le demander — et ils s’en allèrent. Ils revinrent pour savoir si je prendrais les soirées ; ils me supplièrent et m’importunèrent jusqu’à ce que je promisse. Vous voyez donc que Dieu me contraignit à commencer à réfléchir et à travailler. J’y fus obligée, et je le fis avec quatre petits enfants, l’aîné âgé alors de quatre ans et trois mois. Cela paraissait un moment bien inopportun, n’est-ce pas, pour commencer à prêcher ? On eût dit que le Seigneur avait dû se tromper. Cependant, il me donna la grâce et la force, et me rendit capable de le faire ; et tandis que j’allaitais mon bébé, bien des fois je songeais à ce que j’allais dire le dimanche suivant, et dans l’intervalle je notais au crayon les pensées à mesure qu’elles me venaient. Et puis je paraissais parfois avec un plan griffonné au crayon, me confiant au Seigneur pour qu’il me donnât la puissance de son Saint-Esprit ; et je crois pouvoir dire que depuis ce jour — et il y a environ dix-neuf ans et neuf mois de cela — il ne m’a jamais permis d’ouvrir la bouche sans me donner des signes de sa présence et de sa bénédiction. Ne voyez-vous pas que, tandis que le Diable me tenait dans le silence, il me tenait comparativement stérile ? Maintenant j’ai des raisons d’espérer et de m’attendre à rencontrer dans la Gloire des centaines d’âmes que Dieu m’a rendue capable de sauver. Le Seigneur agit très tendrement envers moi, me donnant de grands encouragements, mais certaines choses me furent d’abord terribles. Je ne voulais pas monter en chaire tant que le peuple ne le réclamerait pas. Et la première fois que je vis mon nom sur un mur ! Jamais je n’oublierai cette sensation. Alors mon cher mari dit : « Quand tu t’es donnée au Seigneur, ne lui as-tu pas donné ton nom ? » C’est ainsi qu’il passait d’une chose à une autre, jusqu’à ce que maintenant j’aie appris à me glorifier de la Croix. L’autre jour, comme une chère amie parlait de l’immense entreprise que c’était d’aller en France et d’y commencer, je dis : « Mon cher monsieur, je ne me sentirais pas plus troublée d’aller en France et d’y commencer dimanche prochain que de paraître à St. Andrew’s Hall, pour cette simple raison que je crois que Dieu est le même en tout lieu, et que la même foi, les mêmes vérités et la même fidélité l’amèneront à notre secours. » « Vous êtes mes témoins, dit l’Éternel, et voici, je suis avec vous TOUS LES JOURS ! »
Serez-vous encouragée, ma sœur ? Ne vous souciez pas de trembler. J’ai tremblé. Ne vous souciez pas des battements de votre cœur. Le mien battait à se rompre. Ne vous souciez pas de votre faiblesse. Je suis allée bien des fois du lit à la chaire, et de la chaire au lit. Ce n’est ni par la puissance, ni par la sagesse, ni par la force, ni par la vigueur humaines — c’est par mon Esprit, dit le Seigneur. Il aime à se servir des choses faibles, afin que l’excellence soit reconnue comme venant de Dieu. Si vos voisins étaient atteints de quelque peste dévastatrice, et que vous puissiez aller les secourir, ne le feriez-vous pas ? Diriez-vous : « Je ne suis qu’une femme, et je ne le puis pas » ? « Oh », diriez-vous, « laissez-moi y aller, comme Miss Nightingale le fit auprès des soldats malades et blessés. Laissez-moi y aller. » Or, ce ne sont pas les corps, mais les âmes. Elles se meurent. Elles vont à une mort éternelle. Ne vous lèverez-vous pas ? Oh ! supposez que tous les chrétiens présents dans cette salle ce soir se missent, dès cette heure, à être fidèles, et à témoigner partout avec constance pour Jésus, quelle commotion il y aurait ! Combien, pensez-vous, seraient convertis en l’espace d’un mois ? Comme ils commenceraient à accourir en foule, comme des colombes vers leurs fenêtres ? Comme certains des ministres commenceraient à se réveiller ? Le peuple irait les supplier matin, midi et soir. Dieu veut que vous témoigniez ouvertement partout, dans les cours et les ruelles les plus sombres comme dans Oxford Street. Commencez, et l’Esprit de Dieu tombera sur vous, et quelque effort qu’ils fassent pour se débarrasser du Saint-Esprit, ils n’y parviendront pas lorsque Dieu se sera emparé d’eux. Nous prenons de la sorte des milliers de gens qui n’avaient jamais eu l’intention de se convertir. Chaque jour que je vis, je suis de plus en plus convaincue que si le peuple de Dieu voulait être d’un zèle acharné, des milliers seraient gagnés ; mais il n’est guère probable qu’ils soient gagnés par la manière policée de leur présenter la vérité — si commune de nos jours — parce que personne ne se croit en aucun danger ! Si vous le croyez, commencez. L’Apôtre dit que vous devez être de bons et vaillants soldats de Jésus-Christ : les anciens chrétiens étaient tout cela ; ils combattirent le bon combat, et ils vainquirent le Diable par « le sang de l’agneau et la parole de leur témoignage ». Soyez des soldats pour le Seigneur, et il donnera la victoire, et vous irez faire des prisonniers. De grands géants, des infidèles au cœur noir, des blasphémateurs au cœur noir, tomberont devant vous comme de petits enfants, parce que l’Éternel des armées mettra son Esprit en vous. « Vous êtes mes témoins. » Témoignez ! TÉMOIGNEZ ! de moi partout et toujours. Que le Seigneur vous vienne en aide. Amen.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.