Texte
Éphésiens 2:8
En bref
« C’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. » Wesley appelle le salut une réalité présente : il commence par la justification et se poursuit par la sanctification jusqu’à l’amour parfait. La foi est la seule condition de l’une et de l’autre, si bien que le croyant peut attendre le plein salut par la foi seule : « attendez-le tel que vous êtes ; et attendez-le maintenant ! »
« … vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. »
1. Rien ne peut être plus embrouillé, plus compliqué, plus difficile à comprendre que la religion, telle qu’on l’a souvent décrite. Et cela n’est pas vrai seulement de la religion des païens, même de beaucoup des plus sages d’entre eux, mais aussi de la religion de ceux qui étaient, en quelque sens, chrétiens ; oui, d’hommes de grand nom dans le monde chrétien, d’hommes qui semblaient en être les colonnes. Et pourtant, qu’elle est facile à comprendre, qu’elle est claire et simple, la véritable religion de Jésus-Christ, pourvu seulement que nous la prenions dans sa forme native, exactement telle que la décrivent les oracles de Dieu ! Le sage Créateur et Gouverneur du monde l’a exactement proportionnée à l’entendement débile et à la capacité bornée de l’homme dans son état présent. Combien cela est remarquable, et quant à la fin qu’elle se propose, et quant aux moyens d’atteindre cette fin ! La fin, en un mot, c’est le salut ; le moyen d’y parvenir, la foi.
2. On discerne aisément que ces deux petits mots, je veux dire la foi et le salut, renferment la substance de toute la Bible, la moelle, pour ainsi dire, de toute l’Écriture. Nous devons donc d’autant plus veiller à éviter toute erreur à leur sujet, et à nous former un jugement vrai et exact sur l’un comme sur l’autre.
3. Recherchons donc sérieusement :
I. Qu’est-ce que le salut ?
II. Quelle est cette foi par laquelle nous sommes sauvés ? Et,
III. Comment sommes-nous sauvés par elle ?
1. I. Et d’abord, recherchons : qu’est-ce que le salut ? Le salut dont il est ici parlé n’est pas ce qu’on entend souvent par ce mot, aller au ciel, le bonheur éternel. Ce n’est pas le départ de l’âme pour le paradis, que notre Seigneur appelle « le sein d’Abraham ». Ce n’est pas une bénédiction située au-delà de la mort, ou, comme nous disons d’ordinaire, dans l’autre monde. Les paroles mêmes du texte mettent ce point hors de toute contestation : « vous êtes sauvés ». Ce n’est pas une chose lointaine : c’est une chose présente, une bénédiction que, par la libre miséricorde de Dieu, vous possédez dès maintenant. Bien plus, ces paroles peuvent se traduire, et avec autant de justesse : vous avez été sauvés ; de sorte que le salut dont il est ici parlé pourrait s’étendre à l’œuvre entière de Dieu, depuis la première aube de la grâce dans l’âme jusqu’à sa consommation dans la gloire.
2. Si nous le prenons dans toute son étendue, il comprendra tout ce qui est opéré dans l’âme par ce qu’on appelle souvent la « conscience naturelle », mais plus proprement la « grâce prévenante » ; — tous les attraits du Père ; les désirs après Dieu, qui, si nous y cédons, croissent de plus en plus ; — toute cette lumière par laquelle le Fils de Dieu « éclaire tout homme » venant au monde, montrant à chacun ce que Dieu demande de lui : « que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu » ; — toutes les convictions que son Esprit opère de temps à autre en chaque enfant d’homme, bien qu’il soit vrai que la plupart des hommes les étouffent au plus tôt, et qu’au bout de quelque temps ils oublient, ou du moins nient, les avoir jamais eues.
3. Mais nous ne nous occupons pour l’instant que du salut dont l’apôtre parle directement. Et ce salut se compose de deux parties générales : la justification et la sanctification.
La justification est un autre mot pour le pardon. C’est la rémission de tous nos péchés, et, ce qui y est nécessairement impliqué, notre acceptation auprès de Dieu. Le prix par lequel elle nous a été acquise (ce qu’on appelle communément « la cause méritoire de notre justification »), c’est le sang et la justice de Christ ; ou, pour l’exprimer un peu plus clairement, tout ce que Christ a fait et souffert pour nous, jusqu’à ce qu’il eût livré son âme à la mort pour les coupables. Les effets immédiats de la justification sont la paix de Dieu, une paix « qui surpasse toute intelligence », et l’allégresse « dans l’espérance de la gloire de Dieu », « d’une joie ineffable et glorieuse ».
4. Et au moment même où nous sommes justifiés, oui, à cet instant précis, la sanctification commence. À cet instant nous naissons de nouveau, nous naissons d’en haut, nous naissons de l’Esprit : il y a un changement réel aussi bien que relatif. Nous sommes intérieurement renouvelés par la puissance de Dieu. Nous sentons que « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné », produisant l’amour envers tous les hommes, et plus particulièrement envers les enfants de Dieu ; chassant l’amour du monde, l’amour du plaisir, du bien-être, de l’honneur, de l’argent, avec l’orgueil, la colère, la volonté propre et toute autre disposition mauvaise ; en un mot, changeant l’esprit terrestre, sensuel, diabolique, en ces « sentiments qui étaient en Jésus-Christ ».
5. Avec quel naturel ceux qui éprouvent un tel changement s’imaginent que tout péché a disparu, qu’il est entièrement déraciné de leur cœur et n’y a plus aucune place ! Avec quelle facilité ils en tirent cette conclusion : « Je ne sens aucun péché ; donc je n’en ai point : il ne remue pas ; donc il n’existe pas : il n’a aucun mouvement ; donc il n’a point d’être ! »
6. Mais ils sont d’ordinaire bientôt détrompés, découvrant que le péché n’était que suspendu, et non détruit. Les tentations reviennent, et le péché se ranime, montrant qu’il n’était qu’étourdi, et non mort. Ils sentent maintenant en eux-mêmes deux principes manifestement contraires l’un à l’autre : « la chair a des désirs contraires à ceux de l’Esprit » ; la nature s’oppose à la grâce de Dieu. Ils ne peuvent nier que, bien qu’ils sentent encore le pouvoir de croire en Christ et d’aimer Dieu, et bien que son « Esprit » rende encore témoignage à leur esprit qu’ils sont « enfants de Dieu », ils sentent pourtant en eux-mêmes tantôt l’orgueil ou la volonté propre, tantôt la colère ou l’incrédulité. Ils sentent souvent l’un ou plusieurs de ces maux s’agiter dans leur cœur, sans toutefois triompher ; oui, peut-être les pousser avec violence pour les faire tomber ; mais le Seigneur est leur secours.
7. Avec quelle exactitude Macaire, il y a quatorze cents ans, décrivait l’expérience présente des enfants de Dieu : « Les malhabiles », ou les inexpérimentés, « lorsque la grâce opère, s’imaginent aussitôt qu’ils n’ont plus de péché. Tandis que ceux qui ont du discernement ne peuvent nier que même nous, qui avons la grâce de Dieu, nous puissions être de nouveau inquiétés. Car nous avons souvent vu des exemples de quelques-uns d’entre les frères qui avaient fait l’expérience d’une grâce telle qu’ils affirmaient n’avoir aucun péché en eux ; et pourtant, après tout, lorsqu’ils se croyaient entièrement affranchis, la corruption qui se cachait au-dedans se réveilla de nouveau, et ils furent bien près d’être consumés. »
8. Dès le moment où nous naissons de nouveau, l’œuvre graduelle de la sanctification s’accomplit. Nous sommes rendus capables, « par l’Esprit », de faire mourir « les actions du corps », de notre nature mauvaise ; et à mesure que nous sommes de plus en plus morts au péché, nous sommes de plus en plus vivants pour Dieu. Nous allons de grâce en grâce, tandis que nous prenons soin de nous abstenir « de toute espèce de mal », et que nous sommes zélés « pour les bonnes œuvres », faisant du bien à tous les hommes selon que nous en avons l’occasion ; tandis que nous marchons d’une manière irréprochable dans toutes ses ordonnances, l’y adorant en esprit et en vérité ; tandis que nous prenons notre croix et que nous nous refusons tout plaisir qui ne nous conduit pas à Dieu.
9. C’est ainsi que nous attendons la sanctification entière, un salut complet de tous nos péchés, — de l’orgueil, de la volonté propre, de la colère, de l’incrédulité ; ou, comme dit l’apôtre, nous « tendons à ce qui est parfait ». Mais qu’est-ce que la perfection ? Le mot a divers sens : ici, il signifie l’amour parfait. C’est l’amour qui exclut le péché ; l’amour qui remplit le cœur et occupe toute la capacité de l’âme. C’est l’amour « toujours joyeux », qui prie « sans cesse » et qui rend grâces « en toutes choses ».
II. Mais quelle est la foi par laquelle nous sommes sauvés ? C’est le second point à examiner.
1. La foi, en général, est définie par l’apôtre : pragmatôn elegchos ou blepomenôn. Une démonstration, une démonstration et conviction divine (le mot signifie l’une et l’autre) des choses qu’on ne voit pas ; non visibles, non perceptibles ni par la vue ni par aucun autre des sens extérieurs. Elle implique à la fois une démonstration surnaturelle de Dieu et des choses de Dieu, une sorte de lumière spirituelle présentée à l’âme, et une vue ou perception surnaturelle de cette lumière. Aussi l’Écriture parle-t-elle de Dieu qui donne tantôt la lumière, tantôt le pouvoir de la discerner. Ainsi saint Paul : Dieu, qui a dit: La lumière brillera du sein des ténèbres! a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. Et ailleurs le même apôtre parle des yeux de notre intelligence qui sont ouverts. Par cette double opération du Saint-Esprit, les yeux de notre âme étant à la fois ouverts et éclairés, nous voyons, au-delà de nos sens naturels, les choses « que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues ». Nous avons une perspective sur les choses invisibles de Dieu ; nous voyons le monde spirituel, qui est tout autour de nous, et que nos facultés naturelles ne discernent pourtant pas plus que s’il n’existait point. Et nous voyons le monde éternel, perçant le voile qui est suspendu entre le temps et l’éternité. Les nuées et les ténèbres ne reposent plus alors sur lui, mais nous voyons déjà la gloire qui doit être révélée.
2. Prenant le mot dans un sens plus particulier, la foi est une démonstration et une conviction divine, non seulement que « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même », mais aussi que Christ m’a aimé, moi, et s’est livré lui-même pour moi. C’est par cette foi (que nous l’appelions l’essence, ou plutôt une propriété de la foi) que nous recevons Christ ; que nous le recevons dans toutes ses fonctions, comme notre Prophète, notre Sacrificateur et notre Roi. C’est par elle que, « de par Dieu », il « a été fait pour nous sagesse, justice et sanctification et rédemption ».
3. « Mais est-ce là la foi d’assurance, ou la foi d’adhésion ? » L’Écriture ne fait mention d’aucune distinction de ce genre. L’apôtre dit : il y a « une seule foi », et « une seule espérance » de notre vocation ; une seule foi chrétienne, une seule foi qui sauve, de même qu’il y a « un seul Seigneur », en qui nous croyons, et « un seul Dieu et Père de tous ». Et il est certain que cette foi implique nécessairement une assurance (qui n’est ici qu’un autre mot pour démonstration, tant il est difficile de marquer la différence entre les deux) que Christ m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. Car « celui qui croit » d’une foi vraie et vivante « a ce témoignage en lui-même » : « L’Esprit lui-même rend témoignage » à son esprit qu’il est enfant de Dieu. Parce qu’il est fils, « Dieu a envoyé » dans son cœur « l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! », lui donnant l’assurance qu’il l’est, et une confiance filiale en lui. Mais qu’on remarque bien que, par la nature même de la chose, l’assurance précède la confiance. Car un homme ne peut avoir une confiance filiale en Dieu avant de savoir qu’il est enfant de Dieu. C’est pourquoi la confiance, l’abandon, l’appui, l’adhésion, ou de quelque autre nom qu’on l’appelle, n’est pas la première branche ou le premier acte de la foi, comme quelques-uns l’ont supposé, mais la seconde.
4. C’est par cette foi que nous sommes sauvés, justifiés et sanctifiés, en prenant ce mot dans son sens le plus élevé. Mais comment sommes-nous justifiés et sanctifiés par la foi ? C’est le troisième chef de notre recherche. Et comme c’est là le point principal de la question, et un point d’une importance peu commune, il ne sera pas hors de propos de lui accorder un examen plus distinct et plus particulier.
III. 1. Et d’abord, comment sommes-nous justifiés par la foi ? En quel sens faut-il l’entendre ? Je réponds : la foi est la condition, et la seule condition, de la justification. Elle en est la condition : nul n’est justifié que celui qui croit ; sans la foi, aucun homme n’est justifié. Et elle en est la seule condition : elle suffit à elle seule pour la justification. Quiconque croit est justifié, quoi qu’il ait ou n’ait pas d’autre. En d’autres termes : nul homme n’est justifié avant de croire ; tout homme, dès qu’il croit, est justifié.
2. « Mais Dieu ne nous commande-t-il pas aussi de nous repentir ? Oui, et de produire des fruits dignes de la repentance, — de cesser, par exemple, de faire le mal, et d’apprendre à faire le bien ? Et l’un et l’autre ne sont-ils pas de la plus extrême nécessité, au point que, si nous négligeons volontairement l’un ou l’autre, nous ne pouvons raisonnablement espérer d’être justifiés ? Mais s’il en est ainsi, comment peut-on dire que la foi est la seule condition de la justification ? » Dieu nous commande sans aucun doute de nous repentir et de produire des fruits dignes de la repentance ; et si nous le négligeons volontairement, nous ne pouvons raisonnablement espérer d’être justifiés : donc la repentance et les fruits dignes de la repentance sont, en quelque sens, nécessaires à la justification. Mais ils ne sont pas nécessaires dans le même sens que la foi, ni au même degré. Non au même degré : car ces fruits ne sont nécessaires que conditionnellement, s’il y a le temps et l’occasion de les produire ; autrement un homme peut être justifié sans eux, comme le fut le larron sur la croix (si toutefois nous pouvons l’appeler ainsi, car un auteur récent a découvert qu’il n’était pas un larron, mais une personne fort honnête et respectable !) ; mais il ne peut être justifié sans la foi : cela est impossible. De même, qu’un homme ait toute la repentance possible, ou tous les fruits dignes de la repentance, tout cela ne lui sert de rien : il n’est pas justifié avant de croire. Mais au moment où il croit, avec ou sans ces fruits, oui, avec plus ou moins de repentance, il est justifié. Non dans le même sens : car la repentance et ses fruits ne sont nécessaires que de loin, nécessaires en vue de la foi ; tandis que la foi est immédiatement nécessaire à la justification. Il reste donc que la foi est la seule condition qui soit immédiatement et prochainement nécessaire à la justification.
3. « Mais croyez-vous que nous soyons sanctifiés par la foi ? Nous savons que vous croyez que nous sommes justifiés par la foi ; mais ne croyez-vous pas, et n’enseignez-vous pas en conséquence, que nous sommes sanctifiés par nos œuvres ? » C’est ce qu’on a affirmé hautement et avec véhémence depuis vingt-cinq ans ; mais j’ai constamment déclaré tout le contraire, et cela de toutes les manières. J’ai sans cesse attesté, en particulier et en public, que nous sommes sanctifiés, aussi bien que justifiés, par la foi. Et, en vérité, l’une de ces grandes vérités éclaire merveilleusement l’autre. Exactement comme nous sommes justifiés par la foi, ainsi nous sommes sanctifiés par la foi. La foi est la condition, et la seule condition, de la sanctification, exactement comme elle l’est de la justification. Elle est la condition : nul n’est sanctifié, sinon celui qui croit ; sans la foi, nul homme n’est sanctifié. Et elle est la seule condition : elle suffit à elle seule pour la sanctification. Quiconque croit est sanctifié, quoi qu’il ait ou n’ait pas d’ailleurs. En d’autres termes, nul homme n’est sanctifié avant de croire ; tout homme, dès qu’il croit, est sanctifié.
4. « Mais n’y a-t-il pas une repentance qui suit la justification, aussi bien qu’une repentance qui la précède ? Et n’est-ce pas un devoir pour tous ceux qui sont justifiés d’être zélés pour les bonnes œuvres ? Bien plus, celles-ci ne sont-elles pas si nécessaires que, si un homme les néglige volontairement, il ne peut raisonnablement s’attendre à être jamais sanctifié au sens plein du mot, c’est-à-dire rendu parfait dans l’amour ? Que dis-je ? peut-il même croître tant soit peu dans la grâce, dans la connaissance pleine d’amour de notre Seigneur Jésus-Christ ? Bien plus, peut-il conserver la grâce que Dieu lui a déjà donnée ? Peut-il demeurer dans la foi qu’il a reçue, ou dans la faveur de Dieu ? N’accordez-vous pas vous-même tout cela, et ne l’affirmez-vous pas continuellement ? Mais, s’il en est ainsi, comment peut-on dire que la foi est la seule condition de la sanctification ? »
5. J’accorde tout cela, et je le soutiens continuellement comme la vérité de Dieu. J’accorde qu’il y a une repentance qui suit la justification, aussi bien qu’une repentance qui la précède. C’est un devoir pour tous ceux qui sont justifiés d’être zélés pour les bonnes œuvres. Et celles-ci sont si nécessaires que, si un homme les néglige volontairement, il ne peut raisonnablement s’attendre à être jamais sanctifié ; il ne peut croître dans la grâce, dans l’image de Dieu, dans les sentiments qui étaient en Jésus-Christ ; bien plus, il ne peut conserver la grâce qu’il a reçue ; il ne peut demeurer dans la foi, ni dans la faveur de Dieu. Quelle est la conséquence que nous devons en tirer ? Eh bien, que la repentance, bien comprise, et la pratique de toutes les bonnes œuvres, —œuvres de piété aussi bien qu’œuvres de miséricorde (désormais bonnes à proprement parler, puisqu’elles procèdent de la foi), sont, en quelque sens, nécessaires à la sanctification.
6. Je dis : « la repentance bien comprise » ; car il ne faut pas la confondre avec la repentance antérieure. La repentance qui suit la justification est fort différente de celle qui la précède. Celle-ci n’implique aucune culpabilité, aucun sentiment de condamnation, aucune conscience de la colère de Dieu. Elle ne suppose aucun doute sur la faveur de Dieu, ni aucune de cette crainte qui « suppose un châtiment ». Elle est proprement une conviction, opérée par le Saint-Esprit, du péché qui demeure encore dans notre cœur ; du phronema sarkos, l’affection de la chair, qui « demeure encore » (comme s’exprime notre Église) « même en ceux qui sont régénérés » ; bien qu’elle ne règne plus ; elle n’a plus maintenant de domination sur eux. C’est une conviction de notre penchant au mal, d’un cœur enclin à s’égarer, de la tendance toujours persistante de la chair à convoiter contre l’esprit. Tantôt, à moins que nous ne veillions et ne priions continuellement, elle convoite l’orgueil, tantôt la colère, tantôt l’amour du monde, l’amour du repos, l’amour de l’honneur, ou l’amour du plaisir plus que de Dieu. C’est une conviction de la tendance de notre cœur à la volonté propre, à l’athéisme ou à l’idolâtrie ; et, par-dessus tout, à l’incrédulité ; par laquelle, en mille manières et sous mille prétextes, nous nous éloignons toujours, plus ou moins, du Dieu vivant.
7. À cette conviction du péché qui demeure dans nos cœurs se joint une claire conviction du péché qui demeure dans notre vie, s’attachant encore à toutes nos paroles et à toutes nos actions. Dans les meilleures d’entre elles, nous discernons maintenant un mélange de mal, soit dans l’esprit, soit dans la substance, soit dans la manière ; quelque chose qui ne pourrait soutenir le juste jugement de Dieu, s’il voulait prendre garde rigoureusement à ce qui est mal fait. Là où nous le soupçonnions le moins, nous trouvons une souillure d’orgueil ou de volonté propre, d’incrédulité ou d’idolâtrie ; de sorte que nous avons maintenant plus de honte de nos meilleurs devoirs que nous n’en avions autrefois de nos pires péchés : et de là vient que nous ne pouvons que sentir que ces devoirs sont si loin d’avoir rien de méritoire, oui, si loin de pouvoir subsister devant la justice divine, que pour eux aussi nous serions coupables devant Dieu, n’était le sang de l’alliance.
8. L’expérience montre qu’avec cette conviction du péché qui demeure dans nos cœurs, et qui s’attache à toutes nos paroles et à toutes nos actions, aussi bien que de la culpabilité que nous encourrions à cause de lui, si nous n’étions continuellement aspergés du sang expiatoire, une chose encore est impliquée dans cette repentance : à savoir, une conviction de notre impuissance, de notre totale incapacité à concevoir une seule bonne pensée, ou à former un seul bon désir ; et bien moins encore à dire une seule parole comme il faut, ou à accomplir une seule bonne action, si ce n’est par sa grâce libre et toute-puissante, qui d’abord nous prévient, puis nous accompagne à chaque instant.
9. « Mais quelles sont ces bonnes œuvres dont vous affirmez que la pratique est nécessaire à la sanctification ? » Premièrement, toutes les œuvres de piété ; telles que la prière publique, la prière en famille, et la prière dans notre cabinet ; la participation à la cène du Seigneur ; la recherche des Écritures, en les écoutant, en les lisant, en les méditant ; et l’usage du jeûne ou de l’abstinence dans la mesure que permet notre santé corporelle.
10. Secondement, toutes les œuvres de miséricorde, qu’elles regardent les corps ou les âmes des hommes ; telles que nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui sont nus, recueillir l’étranger, visiter ceux qui sont en prison, ou malades, ou affligés de diverses manières ; telles que s’efforcer d’instruire les ignorants, de réveiller le pécheur endormi, de ranimer les tièdes, d’affermir les chancelants, de consoler les faibles, de secourir ceux qui sont tentés, ou de contribuer de quelque manière que ce soit à sauver des âmes de la mort. Telle est la repentance, et tel est le « fruit digne de la repentance », qui sont nécessaires à la pleine sanctification. Telle est la voie dans laquelle Dieu a ordonné à ses enfants d’attendre le salut complet.
11. On peut voir par là combien est extrêmement pernicieuse cette opinion en apparence innocente, qu’il n’y a point de péché dans un croyant ; que tout péché est détruit, racine et branches, au moment où un homme est justifié. En empêchant entièrement cette repentance, elle ferme tout à fait le chemin de la sanctification. Il n’y a point de place pour la repentance en celui qui croit qu’il n’y a de péché ni dans sa vie ni dans son cœur ; par conséquent, il n’y a point de place pour qu’il soit rendu parfait dans l’amour, ce à quoi cette repentance est indispensablement nécessaire.
12. On peut voir aussi par là qu’il n’y a aucun danger possible à attendre ainsi le plein salut. Car supposons que nous nous trompions, supposons qu’une telle bénédiction n’ait jamais été ou ne puisse jamais être obtenue, nous ne perdons pourtant rien : bien plus, cette attente même nous anime à faire usage de tous les talents que Dieu nous a donnés ; oui, à les faire tous valoir ; de sorte que, quand notre Seigneur viendra, il recevra ce qui est à lui avec un intérêt.
13. Mais revenons à notre sujet. Bien qu’on accorde que cette repentance et ses fruits sont nécessaires au plein salut, ils ne sont pourtant nécessaires ni dans le même sens que la foi, ni au même degré : —Non au même degré ; car ces fruits ne sont nécessaires que conditionnellement, s’il y a le temps et l’occasion de les produire ; autrement un homme peut être sanctifié sans eux. Mais il ne peut être sanctifié sans la foi. De même, qu’un homme ait autant qu’on voudra de cette repentance, ou autant de bonnes œuvres qu’on voudra, tout cela ne sert pourtant de rien : il n’est pas sanctifié avant de croire. Mais au moment où il croit, avec ou sans ces fruits, oui, avec plus ou moins de cette repentance, il est sanctifié. —Non dans le même sens ; car cette repentance et ces fruits ne sont nécessaires que de loin, —nécessaires en vue de la persévérance de sa foi, aussi bien que de son accroissement ; tandis que la foi est immédiatement et directement nécessaire à la sanctification. Il reste donc que la foi est la seule condition qui soit immédiatement et prochainement nécessaire à la sanctification.
14. « Mais quelle est cette foi par laquelle nous sommes sanctifiés, —sauvés du péché, et rendus parfaits dans l’amour ? » C’est une évidence et une conviction divine, premièrement, que Dieu l’a promis dans la sainte Écriture. Tant que nous ne sommes pas pleinement convaincus de cela, il n’y a pas moyen de faire un pas de plus. Et l’on s’imaginerait qu’il ne faut pas un mot de plus, pour en convaincre un homme raisonnable, que l’ancienne promesse : « L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, et tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme », et de toute ta pensée. Avec quelle clarté cela exprime le fait d’être rendu parfait dans l’amour ! —avec quelle force cela implique le fait d’être sauvé de tout péché ! Car aussi longtemps que l’amour occupe le cœur tout entier, quelle place y reste-t-il pour le péché ?
15. C’est une évidence et une conviction divine, secondement, que ce que Dieu a promis, il est puissant pour l’accomplir. Admettons donc qu’aux hommes « cela est impossible » : faire sortir un homme pur « d’un être souillé », purifier le cœur de tout péché et le remplir de toute sainteté ; cela ne crée pourtant aucune difficulté en la matière, puisque « à Dieu tout est possible ». Et assurément nul n’a jamais imaginé que cela fût possible à quelque puissance moindre que celle du Tout-Puissant ! Mais si Dieu parle, la chose se fera. Dieu dit : « Que la lumière soit! » et la lumière est !
16. C’est, troisièmement, une évidence et une conviction divine qu’il est capable et désireux de le faire maintenant. Et pourquoi non ? Un instant n’est-il pas pour lui la même chose que mille ans ? Il ne peut avoir besoin de plus de temps pour accomplir tout ce qu’il veut. Et il ne peut avoir besoin d’aucune autre dignité ou aptitude chez les personnes qu’il lui plaît d’honorer, ni l’attendre. Nous pouvons donc dire hardiment, à tout moment : « voici maintenant le jour du salut » ! « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, N’endurcissez pas vos cœurs » ! « tout est prêt, venez aux noces » !
17. À cette confiance que Dieu est à la fois capable et désireux de nous sanctifier maintenant, il faut encore ajouter une chose, —une évidence et une conviction divine qu’il le fait. À cette heure même la chose est faite : Dieu dit au plus intime de l’âme : « qu’il te soit fait selon ta foi » ! Alors l’âme est pure de toute tache de péché ; elle est purifiée « de toute iniquité ». Le croyant éprouve alors le sens profond de ces paroles solennelles : « si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché. »
18. « Mais Dieu opère-t-il cette grande œuvre dans l’âme graduellement ou instantanément ? » Peut-être est-elle opérée graduellement chez quelques-uns ; je veux dire en ce sens qu’ils ne remarquent pas le moment précis où le péché cesse d’être. Mais il est infiniment désirable, si telle était la volonté de Dieu, qu’elle se fît instantanément ; que le Seigneur détruisît le péché « par le souffle de sa bouche », en un moment, en un clin d’œil. Et c’est ainsi qu’il agit d’ordinaire ; fait manifeste, dont il y a assez de preuves pour satisfaire toute personne sans préjugé. Toi donc, attends-la à chaque instant ! Attends-la dans la voie décrite plus haut ; dans toutes ces bonnes œuvres pour lesquelles tu as été créé de nouveau « en Jésus-Christ ». Il n’y a alors aucun danger : vous ne pouvez être pire, si vous n’êtes pas meilleur, pour cette attente. Car, dussiez-vous être déçu dans votre espérance, vous ne perdez pourtant rien. Mais vous ne serez pas déçu dans votre espérance : elle viendra, et elle ne tardera pas. Attendez-la donc chaque jour, chaque heure, chaque instant ! Pourquoi pas à cette heure, à cet instant même ? Assurément vous pouvez l’attendre maintenant, si vous croyez qu’elle est par la foi. Et à ce signe vous pouvez sûrement reconnaître si vous la cherchez par la foi ou par les œuvres. Si c’est par les œuvres, vous voulez que quelque chose soit fait d’abord, avant que vous soyez sanctifié. Vous pensez : Il faut d’abord que je sois ou que je fasse ceci ou cela. Alors vous la cherchez par les œuvres jusqu’à ce jour. Si vous la cherchez par la foi, vous pouvez l’attendre tel que vous êtes ; et l’attendre maintenant. Il importe de remarquer qu’il y a une liaison inséparable entre ces trois points : —attendez-la par la foi ; attendez-la tel que vous êtes ; et attendez-la maintenant ! Nier l’un d’eux, c’est les nier tous ; admettre l’un, c’est les admettre tous. Croyez-vous que nous soyons sanctifiés par la foi ? Soyez donc fidèle à votre principe ; et attendez cette bénédiction tel que vous êtes, ni meilleur ni pire ; comme un pauvre pécheur qui n’a toujours rien pour payer, rien à alléguer, sinon que « Christ est mort ». Et si vous l’attendez tel que vous êtes, alors attendez-la maintenant. N’attendez rien d’autre : pourquoi le feriez-vous ? Christ est prêt ; et il est tout ce dont vous avez besoin. Il vous attend : il est à la porte ! Que votre âme s’écrie du plus profond d’elle-même :
Entre, entre, ô Hôte céleste !
Et ne t’en va jamais plus ;
Mais soupe avec moi, et que le festin
Soit un éternel amour.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
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- John Wesley, “La voie du salut selon l’Écriture,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-scripture-way-of-salvation/.
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