Texte
2 Rois 10:15
En bref
«Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien?... donne-moi ta main.» Wesley bâtit toute une doctrine de l’amour chrétien sur la réponse de Jonadab: un homme peut différer de moi par l’opinion et par le culte, et n’être pourtant qu’un avec moi par le cœur. Il prend soin, toutefois, de dire ce qu’un esprit catholique n’est pas — ni l’indifférence à la vérité, ni un fatras spéculatif — avant de nommer ce qu’il est.
«Étant parti de là, il rencontra Jonadab, fils de Récab, qui venait au-devant de lui. Il le salua, et lui dit: Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien? Et Jonadab répondit: Il l’est. S’il l’est, répliqua Jéhu, donne-moi ta main.»
1. Ceux-là même qui ne s’acquittent pas de cette grande dette reconnaissent que l’amour est dû à tout le genre humain; la loi royale, «Tu aimeras ton prochain comme toi-même», porte en elle-même son évidence pour tous ceux qui l’entendent; et cela, non pas selon la misérable interprétation qu’en donnaient les zélateurs des temps anciens: «Tu aimeras ton prochain» — ton parent, ta connaissance, ton ami — «et tu haïras ton ennemi»; il n’en est pas ainsi. «Mais moi, je vous dis», déclara notre Seigneur, «Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils» — que vous le paraissiez ainsi à tout le genre humain — «de votre Père qui est dans les cieux; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.»
2. Mais il est certain qu’il y a un amour particulier que nous devons à ceux qui aiment Dieu. Ainsi David: «Les saints qui sont dans le pays, les hommes pieux sont l’objet de toute mon affection.» Et un plus grand que lui: «Je vous donne un commandement nouveau: Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres» (Jean 13:34, 35). C’est cet amour sur lequel l’apôtre Jean insiste si souvent et si fortement: «C’est là», dit-il, «ce que vous avez entendu dès le commencement: que nous devons nous aimer les uns les autres» (1 Jean 3:11). «Nous avons connu l’amour, en ce qu’il a donné sa vie pour nous; nous aussi, nous devons» — si l’amour nous y appelle — «donner notre vie pour les frères» (verset 16). Et encore: «Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres; car l’amour est de Dieu, et quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour» (4:7, 8). «...non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. Bien-aimés, si Dieu nous a ainsi aimés, nous devons aussi nous aimer les uns les autres» (versets 10, 11).
3. Tous les hommes approuvent cela; mais tous le pratiquent-ils? L’expérience quotidienne montre le contraire. Où sont même les chrétiens qui «s’aiment les uns les autres, selon le commandement qu’il nous a donné»? Que d’obstacles se dressent sur le chemin! Les deux grands obstacles généraux sont, premièrement, qu’ils ne peuvent pas tous penser de même, et, par voie de conséquence, deuxièmement, qu’ils ne peuvent pas tous marcher de même; mais sur plusieurs points de moindre importance, leur pratique diffère nécessairement à proportion de la différence de leurs sentiments.
4. Mais bien qu’une différence d’opinions ou de modes de culte puisse empêcher une union extérieure entière, faut-il pour autant qu’elle empêche notre union dans l’affection? Quoique nous ne puissions penser de même, ne pouvons-nous aimer de même? Ne pouvons-nous être d’un seul cœur, quoique nous ne soyons pas d’une seule opinion? Sans aucun doute, nous le pouvons. En cela, tous les enfants de Dieu peuvent s’unir, nonobstant ces moindres différences. Celles-ci demeurant telles qu’elles sont, ils peuvent s’encourager mutuellement dans l’amour et dans les bonnes œuvres.
5. Assurément, à cet égard, l’exemple de Jéhu lui-même, quelque mélangé qu’ait été son caractère, est bien digne de l’attention et de l’imitation de tout chrétien sérieux. «Étant parti de là, il rencontra Jonadab, fils de Récab, qui venait au-devant de lui. Il le salua, et lui dit: Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien? Et Jonadab répondit: Il l’est. S’il l’est, répliqua Jéhu, donne-moi ta main.»
Le texte se divise naturellement en deux parties: — Premièrement, une question posée par Jéhu à Jonadab: «Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien?» Deuxièmement, une offre faite à la réponse de Jonadab, «Il l’est»: «S’il l’est, donne-moi ta main.»
I. 1. Et, premièrement, considérons la question posée par Jéhu à Jonadab: «Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien?»
La toute première chose que nous puissions observer dans ces paroles, c’est qu’il n’y a ici aucune enquête touchant les opinions de Jonadab. Et pourtant il est certain qu’il en tenait quelques-unes fort peu communes, voire tout à fait particulières à lui-même; quelques-unes aussi qui avaient une étroite influence sur sa pratique, et auxquelles il attachait un si grand prix qu’il les imposa aux enfants de ses enfants, jusqu’à leur plus lointaine postérité. Cela ressort du récit que fit Jérémie bien des années après sa mort: «Je pris Jaazania, ses frères, tous ses fils, et toute la maison des Récabites... et je mis devant eux des coupes pleines de vin, et des calices, et je leur dis: Buvez du vin! Mais ils répondirent: Nous ne buvons pas de vin; car Jonadab» — ou Jéhonadab — «fils de Récab, notre père» (il serait moins ambigu de placer ainsi les mots: “Jéhonadab notre père, fils de Récab” — c’est par amour et révérence envers lui qu’il désira probablement que ses descendants portassent son nom), «nous a donné cet ordre: Vous ne boirez jamais de vin, ni vous, ni vos fils; et vous ne bâtirez point de maisons, vous ne sèmerez aucune semence, vous ne planterez point de vignes et vous n’en posséderez point; mais vous habiterez sous des tentes toute votre vie... Et nous suivons et pratiquons tout ce que nous a prescrit Jonadab, notre père» (Jér. 35:3–10).
2. Et pourtant Jéhu (bien qu’il semble avoir eu pour manière, dans les choses profanes comme dans les choses religieuses, de conduire avec furie) ne se met nullement en peine d’aucune de ces choses, mais laisse Jonadab abonder en son propre sens. Et ni l’un ni l’autre ne paraît avoir causé à l’autre le moindre trouble touchant les opinions qu’il soutenait.
3. Il est fort possible que bien des hommes de bien, aujourd’hui encore, nourrissent des opinions particulières; et quelques-uns d’entre eux peuvent être en cela aussi singuliers que le fut Jonadab lui-même. Et il est certain que, aussi longtemps que nous ne connaissons qu’en partie, tous les hommes ne verront pas toutes choses de la même manière. C’est une conséquence inévitable de la faiblesse et de la brièveté présentes de l’entendement humain, que plusieurs hommes soient de plusieurs avis en religion aussi bien que dans la vie commune. Il en a été ainsi depuis le commencement du monde, et il en sera ainsi «jusqu’au rétablissement de toutes choses».
4. Bien plus: quoique tout homme croie nécessairement que chaque opinion particulière qu’il tient est vraie (car croire qu’une opinion n’est pas vraie, c’est la même chose que de ne pas la tenir), nul cependant ne peut être assuré que toutes ses propres opinions, prises ensemble, soient vraies. Bien plus, tout homme qui pense est assuré qu’elles ne le sont pas, puisque humanum est errare et nescire: «Ignorer bien des choses, et se tromper en quelques-unes, est la condition nécessaire de l’humanité.» Cela donc, il le sent, est son propre cas. Il sait, en général, qu’il se trompe lui-même; quoiqu’en quels points particuliers il se trompe, il ne le sache pas, et peut-être ne le puisse-t-il savoir.
5. Je dis «peut-être ne le peut-il savoir»; car qui peut dire jusqu’où peut s’étendre une ignorance invincible? ou (ce qui revient au même) un préjugé invincible? — lequel est souvent si fixé dans les esprits tendres qu’il devient ensuite impossible d’arracher ce qui a pris une racine si profonde. Et qui peut dire, à moins de connaître toutes les circonstances qui l’accompagnent, jusqu’à quel point une erreur est coupable? puisque toute faute suppose quelque concours de la volonté, dont celui-là seul peut juger qui sonde les cœurs.
6. Tout homme sage, par conséquent, accordera aux autres la même liberté de penser qu’il désire qu’ils lui accordent; et il n’insistera pas plus pour qu’ils embrassent ses opinions qu’il ne voudrait qu’ils insistassent pour qu’il embrassât les leurs. Il supporte ceux qui diffèrent de lui, et ne pose à celui auquel il désire s’unir dans l’amour que cette seule question: «Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien?»
7. Nous pouvons, deuxièmement, observer qu’il n’est fait ici aucune enquête touchant le mode de culte de Jonadab, bien qu’il soit hautement probable qu’il y eût, à cet égard aussi, une très grande différence entre eux. Car nous pouvons bien croire que Jonadab, ainsi que toute sa postérité, adorait Dieu à Jérusalem! tandis que Jéhu ne le faisait pas: il avait plus d’égard à la politique de l’État qu’à la religion. Et c’est pourquoi, bien qu’il eût tué les adorateurs de Baal et «exterminé Baal du milieu d’Israël», il «ne se détourna point» du péché commode de Jéroboam, le culte des «veaux d’or» (2 Rois 10:29).
8. Mais même parmi les hommes au cœur droit, les hommes qui désirent «avoir une conscience sans reproche», il faut nécessairement que, tant qu’il y a des opinions diverses, il y ait des manières diverses d’adorer Dieu, puisqu’une diversité d’opinion implique nécessairement une diversité de pratique. Et de même que, dans tous les âges, les hommes n’ont jamais différé davantage que dans leurs opinions touchant l’Être suprême, de même en rien ils n’ont plus différé les uns des autres que dans la manière de l’adorer. Si cela n’avait été que dans le monde païen, cela n’aurait rien eu de surprenant: car nous savons que ceux-là, «avec» leur «sagesse, n’ont point connu Dieu», et ne pouvaient donc savoir comment l’adorer. Mais n’est-il pas étrange que, même dans le monde chrétien, quoique tous s’accordent en général à dire «Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent l’adorent en esprit et en vérité», les modes particuliers d’adorer Dieu soient presque aussi variés que parmi les païens?
9. Et comment choisirons-nous au milieu de tant de variété? Nul ne peut choisir pour un autre, ni lui prescrire. Mais chacun doit suivre les injonctions de sa propre conscience, dans la simplicité et la sincérité de Dieu. Il doit être pleinement persuadé en son propre esprit, et agir ensuite selon la meilleure lumière qu’il possède. Aucune créature n’a le pouvoir de contraindre une autre à marcher selon sa propre règle. Dieu n’a donné à aucun des enfants des hommes le droit de dominer ainsi sur la conscience de ses frères; mais tout homme doit juger pour lui-même, comme tout homme doit rendre compte de lui-même à Dieu.
10. Bien que, par conséquent, tout disciple de Christ soit obligé, par la nature même de l’institution chrétienne, d’être membre de quelque congrégation particulière, de quelque Église, comme on la nomme d’ordinaire (ce qui implique une manière particulière d’adorer Dieu, car «deux ne peuvent marcher ensemble sans en être convenus»), nul cependant ne peut être obligé par aucune puissance sur la terre, sinon par celle de sa propre conscience, de préférer telle ou telle congrégation à une autre, telle ou telle manière particulière de culte. Je sais qu’on suppose communément que le lieu de notre naissance fixe l’Église à laquelle nous devons appartenir; que celui, par exemple, qui est né en Angleterre doit être membre de celle qu’on appelle l’Église d’Angleterre, et par conséquent adorer Dieu de la manière particulière que prescrit cette Église. J’ai été autrefois un ardent défenseur de cette idée; mais je trouve bien des raisons de rabattre de cette ardeur. Je crains qu’elle ne soit accompagnée de difficultés telles qu’aucun homme raisonnable ne peut les surmonter. Non des moindres est celle-ci: que si cette règle avait prévalu, il n’aurait pu y avoir aucune Réforme du papisme, puisqu’elle détruit entièrement le droit du jugement particulier, sur lequel repose toute cette Réforme.
11. Je n’ose donc présumer d’imposer mon mode de culte à qui que ce soit. Je crois qu’il est vraiment primitif et apostolique: mais ma croyance n’est une règle pour personne d’autre. Je ne demande donc pas à celui auquel je voudrais m’unir dans l’amour: Êtes-vous de mon Église, de ma congrégation? Recevez-vous la même forme de gouvernement ecclésiastique, et admettez-vous les mêmes ministres que moi? Vous joignez-vous à la même forme de prière dans laquelle j’adore Dieu? Je ne m’enquiers pas: Recevez-vous la cène du Seigneur dans la même posture et de la même manière que moi? ni si, dans l’administration du baptême, vous convenez avec moi d’admettre des répondants pour le baptisé, quant à la manière de l’administrer, ou à l’âge de ceux auxquels il doit être administré. Bien plus, je ne vous demande pas (si assuré que je sois en mon propre esprit) si vous admettez même le baptême et la cène du Seigneur. Que toutes ces choses demeurent à part: nous en parlerons, s’il le faut, en un temps plus convenable; ma seule question, pour le présent, est celle-ci: «Ton cœur est-il sincère, comme mon cœur l’est envers le tien?»
12. Mais qu’est-ce qui est proprement impliqué dans cette question? Je ne veux pas dire: Qu’y impliquait Jéhu? Mais: Que devrait entendre par là un disciple de Christ, lorsqu’il la pose à l’un de ses frères?
La première chose qu’elle implique est celle-ci: Votre cœur est-il en règle avec Dieu? Croyez-vous à son existence et à ses perfections, à son éternité, à son immensité, à sa sagesse, à sa puissance? à sa justice, à sa miséricorde et à sa vérité? Croyez-vous qu’il «soutient maintenant toutes choses par sa parole puissante», et qu’il gouverne jusqu’aux choses les plus infimes, jusqu’aux plus nuisibles, pour sa propre gloire et pour le bien de ceux qui l’aiment? Avez-vous une évidence divine, une conviction surnaturelle, des choses de Dieu? «Marchez-vous par la foi, et non par la vue», regardant non aux choses temporelles, mais aux choses éternelles?
13. Croyez-vous au Seigneur Jésus-Christ, «qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni éternellement»? Est-il révélé en votre âme? Connaissez-vous Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié? Habite-t-il en vous, et vous en lui? Est-il formé en votre cœur par la foi? Ayant absolument renoncé à toutes vos propres œuvres, à votre propre justice, vous êtes-vous «soumis à la justice de Dieu, qui est par la foi en Jésus-Christ»? Êtes-vous «trouvé en lui, n’ayant point votre propre justice, mais celle qui s’obtient par la foi»? Et, par lui, «combattez-vous le bon combat de la foi, et saisissez-vous la vie éternelle»?
14. Votre foi est-elle energoumene di agapes, — remplie de l’énergie de l’amour? Aimez-vous Dieu (je ne dis pas «par-dessus toutes choses», car c’est une expression à la fois non scripturaire et ambiguë, mais) «de tout votre cœur, de toute votre pensée, de toute votre âme et de toute votre force»? Cherchez-vous tout votre bonheur en lui seul? Et trouvez-vous ce que vous cherchez? Votre âme exalte-t-elle continuellement le Seigneur, et votre esprit se réjouit-il «en Dieu, votre Sauveur»? Ayant appris «à rendre grâces en toutes choses», trouvez-vous que «c’est une chose joyeuse et agréable que d’être reconnaissant»? Dieu est-il le centre de votre âme, la somme de tous vos désirs? Amassez-vous en conséquence votre trésor dans le ciel, tenant tout le reste pour de la boue et de l’ordure? l’amour de Dieu a-t-il chassé de votre âme l’amour du monde? Alors vous êtes «crucifié au monde»; vous êtes mort à tout ce qui est ici-bas, et votre «vie est cachée avec Christ en Dieu».
15. Êtes-vous occupé à faire «non votre propre volonté, mais la volonté de celui qui vous a envoyé» — de celui qui vous a envoyé ici-bas pour y séjourner un peu de temps, pour passer quelques jours en une terre étrangère, jusqu’à ce que, ayant achevé l’œuvre qu’il vous a donnée à faire, vous retourniez à la maison de votre Père? Est-ce votre nourriture et votre breuvage «de faire la volonté de votre Père qui est dans les cieux»? Votre œil est-il simple en toutes choses? toujours fixé sur lui? toujours tourné vers Jésus? Le montrez-vous du doigt en tout ce que vous faites? dans tout votre labeur, vos affaires, vos entretiens? ne visant qu’à la gloire de Dieu en tout: «Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père»?
16. L’amour de Dieu vous contraint-il à le servir avec crainte, à «vous réjouir en lui avec révérence»? Craignez-vous plus de déplaire à Dieu que la mort ou l’enfer? Rien ne vous est-il aussi terrible que la pensée d’offenser les yeux de sa gloire? Sur ce fondement, «haïssez-vous toutes les voies mauvaises», toute transgression de sa loi sainte et parfaite; et vous «exercez-vous en cela à avoir une conscience sans reproche envers Dieu et envers les hommes»?
17. Votre cœur est-il en règle envers votre prochain? Aimez-vous comme vous-même tout le genre humain, sans exception? «Si vous n’aimez que ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on?» «Aimez-vous vos ennemis»? Votre âme est-elle pleine de bienveillance, de tendre affection, envers eux? Aimez-vous même les ennemis de Dieu, les ingrats et les impies? Vos entrailles s’émeuvent-elles sur eux? Pourriez-vous vous souhaiter temporellement «anathème» pour l’amour d’eux? Et le montrez-vous en «bénissant ceux qui vous maudissent, et en priant pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent»?
18. Montrez-vous votre amour par vos œuvres? Pendant que vous en avez le temps, selon que vous en avez l’occasion, faites-vous en effet «du bien à tous les hommes», voisins ou étrangers, amis ou ennemis, bons ou mauvais? Leur faites-vous tout le bien que vous pouvez, vous efforçant de subvenir à tous leurs besoins, les assistant et de corps et d’âme, de tout votre pouvoir? — Si vous êtes ainsi disposé, peut dire tout chrétien, oui, si seulement vous le désirez sincèrement, et poursuivez jusqu’à ce que vous l’atteigniez, alors «ton cœur est sincère, comme mon cœur l’est envers le tien».
II. 1. «S’il l’est, donne-moi ta main.» Je ne veux pas dire: «Soyez de mon opinion.» Vous n’y êtes pas tenu: je ne l’attends ni ne le désire. Je ne veux pas dire non plus: «Je serai de votre opinion.» Je ne le puis; cela ne dépend pas de mon choix: je ne puis pas plus penser à mon gré que voir ou entendre à mon gré. Gardez votre opinion, et moi la mienne, et cela aussi fermement que jamais. Vous n’avez même pas à vous efforcer de venir à moi, ni de m’amener à vous. Je ne désire pas que vous disputiez sur ces points, ni que vous entendiez ou prononciez un seul mot à leur sujet. Laissez de côté toutes les opinions, d’un côté comme de l’autre: seulement, «donne-moi ta main».
2. Je ne veux pas dire: «Embrassez mes modes de culte», ou: «J’embrasserai les vôtres.» Cela non plus ne dépend ni de votre choix ni du mien. Nous devons agir l’un et l’autre selon que chacun est pleinement persuadé en son propre esprit. Tenez ferme ce que vous croyez le plus agréable à Dieu, et je ferai de même. Je crois que la forme épiscopale de gouvernement ecclésiastique est scripturaire et apostolique. Si vous pensez que la presbytérienne ou l’indépendante vaut mieux, pensez-le encore, et agissez en conséquence. Je crois que les petits enfants doivent être baptisés, et que cela peut se faire soit par immersion, soit par aspersion. Si vous êtes persuadé autrement, restez-le, et suivez votre propre persuasion. Il me paraît que les formes de prière sont d’un excellent usage, particulièrement dans la grande assemblée. Si vous jugez que la prière improvisée est d’un plus grand usage, agissez selon votre propre jugement. Mon sentiment est que je ne dois pas refuser l’eau dans laquelle on peut baptiser, et que je dois manger le pain et boire le vin, en mémorial de mon Maître mourant; toutefois, si vous n’en êtes pas convaincu, agissez selon la lumière que vous avez. Je n’ai aucun désir de disputer avec vous un seul instant sur aucun des points précédents. Que tous ces moindres points restent à l’écart. Qu’ils n’apparaissent jamais. «Si ton cœur est comme mon cœur», si tu aimes Dieu et tout le genre humain, je ne demande rien de plus: «donne-moi ta main».
3. Je veux dire, premièrement: aimez-moi; et cela non seulement comme vous aimez tout le genre humain, non seulement comme vous aimez vos ennemis, ou les ennemis de Dieu, ceux qui vous haïssent, qui vous «maltraitent et vous persécutent», non seulement comme un étranger, comme un homme dont vous ne connaissez ni le bien ni le mal — cela ne me suffit pas — non; «si ton cœur est sincère, comme le mien l’est envers le tien», alors aimez-moi d’une très tendre affection, comme un ami plus attaché qu’un frère; comme un frère en Christ, un concitoyen de la nouvelle Jérusalem, un compagnon d’armes engagé dans le même combat, sous le même Prince de notre salut. Aimez-moi comme un compagnon dans le royaume et la persévérance de Jésus, et un cohéritier de sa gloire.
4. Aimez-moi (mais à un plus haut degré que la foule des hommes) de l’amour qui est patient et plein de bonté; qui est patient — si je suis ignorant ou égaré, portant mon fardeau et ne l’augmentant pas — et qui demeure tendre, doux et compatissant; qui n’est point envieux, s’il plaît à Dieu, en quelque temps, de me faire prospérer dans son œuvre plus encore que vous. Aimez-moi de l’amour qui ne s’irrite point, ni de mes folies ni de mes infirmités, ni même de ce que j’agis (s’il vous le semble parfois) non selon la volonté de Dieu. Aimez-moi de manière à ne soupçonner aucun mal de moi, à écarter toute jalousie et tout mauvais soupçon. Aimez-moi de l’amour qui excuse tout, qui ne révèle jamais ni mes fautes ni mes infirmités; qui croit tout, toujours disposé à penser le meilleur, à donner l’interprétation la plus favorable à toutes mes paroles et à toutes mes actions; qui espère tout: ou que la chose rapportée n’a jamais été faite, ou qu’elle ne l’a pas été dans les circonstances rapportées, ou du moins qu’elle a été faite avec une bonne intention, ou dans une soudaine violence de la tentation. Et espérez jusqu’à la fin que tout ce qui est mal sera, par la grâce de Dieu, corrigé, et que tout ce qui manque sera suppléé, par les richesses de sa miséricorde en Jésus-Christ.
5. Je veux dire, deuxièmement: recommandez-moi à Dieu dans toutes vos prières; luttez avec lui en ma faveur, afin qu’il corrige promptement ce qu’il voit de mauvais, et supplée à ce qui me manque. Dans votre approche la plus intime du trône de la grâce, demandez à celui qui est alors très présent auprès de vous que mon cœur soit davantage comme le vôtre, plus droit et envers Dieu et envers les hommes; que j’aie une conviction plus pleine des choses qu’on ne voit pas, et une vue plus forte de l’amour de Dieu en Jésus-Christ; que je marche plus fermement par la foi, et non par la vue, et que je saisisse plus ardemment la vie éternelle. Priez que l’amour de Dieu et de tout le genre humain soit plus largement répandu dans mon cœur; que je sois plus fervent et plus actif à faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux, plus zélé pour les bonnes œuvres, et plus attentif à m’abstenir de toute apparence de mal.
6. Je veux dire, troisièmement: excitez-moi à l’amour et aux bonnes œuvres. Secondez votre prière, selon que vous en avez l’occasion, en me disant, avec amour, tout ce que vous croyez être pour le salut de mon âme. Ranimez-moi dans l’œuvre que Dieu m’a donnée à faire, et enseignez-moi comment l’accomplir plus parfaitement. Oui, «frappez-moi amicalement, et reprenez-moi» en tout ce où je vous parais faire plutôt ma propre volonté que la volonté de celui qui m’a envoyé. Ô parlez, et n’épargnez pas, tout ce que vous croyez pouvoir contribuer soit à corriger mes fautes, soit à fortifier ma faiblesse, soit à m’édifier dans l’amour, soit à me rendre plus propre, de quelque manière que ce soit, à l’usage du Maître.
7. Je veux dire, enfin: aimez-moi non en paroles seulement, mais en actions et avec vérité. Autant qu’en conscience vous le pouvez (retenant toujours vos propres opinions et votre propre manière d’adorer Dieu), joignez-vous à moi dans l’œuvre de Dieu, et allons de l’avant la main dans la main. Et jusque-là, il est certain, vous pouvez aller. Parlez honorablement, où que vous soyez, de l’œuvre de Dieu, par quiconque il l’accomplit, et avec bonté de ses messagers. Et, s’il est en votre pouvoir, non seulement compatissez avec eux quand ils sont dans quelque difficulté ou détresse, mais prêtez-leur un secours joyeux et efficace, afin qu’ils glorifient Dieu à votre sujet.
8. Deux choses doivent être observées touchant ce qui a été dit sous ce dernier chef: la première, que tout amour, tous les offices de l’amour, toute assistance spirituelle ou temporelle que je réclame de celui dont le cœur est sincère, comme le mien l’est envers le sien, je suis prêt, par la grâce de Dieu, selon ma mesure, à les lui donner de même; la seconde, que je n’ai pas fait cette demande en faveur de moi seul, mais de tous ceux dont le cœur est droit envers Dieu et envers les hommes, afin que nous nous aimions tous les uns les autres comme Christ nous a aimés.
III. 1. Nous pouvons tirer une conséquence de ce qui a été dit. Nous pouvons apprendre par là ce qu’est un esprit catholique.
Il n’est guère d’expression qui ait été plus grossièrement mal comprise, et plus dangereusement mal appliquée, que celle-ci; mais il sera facile à quiconque considère avec calme les observations précédentes d’en corriger toutes les méprises et d’en prévenir toute mauvaise application.
Car, de là, nous pouvons apprendre, premièrement, qu’un esprit catholique n’est pas un latitudinarisme spéculatif. Ce n’est pas une indifférence à toutes les opinions: cela est le rejeton de l’enfer, non la progéniture du ciel. Cette instabilité de la pensée, ce fait d’être «flottant çà et là et emporté à tout vent de doctrine», est une grande malédiction, non une bénédiction; un ennemi irréconciliable, non un ami, du vrai catholicisme. L’homme d’un esprit vraiment catholique n’a plus sa religion à chercher. Il est fixe comme le soleil dans son jugement touchant les principales branches de la doctrine chrétienne. Il est vrai qu’il est toujours prêt à écouter et à peser tout ce qu’on peut opposer à ses principes; mais, de même que cela ne trahit aucune hésitation en son esprit, de même cela n’en fait naître aucune. Il ne boite pas entre deux opinions, et ne s’efforce pas vainement de les fondre en une seule. Observez ceci, vous qui ne savez de quel esprit vous êtes; vous qui vous appelez hommes d’un esprit catholique seulement parce que vous êtes d’un entendement trouble, parce que votre esprit est tout dans la brume, parce que vous n’avez aucun principe arrêté et cohérent, mais que vous voulez confondre pêle-mêle toutes les opinions. Soyez convaincus que vous avez entièrement manqué votre chemin; vous ne savez où vous êtes. Vous croyez être entrés dans l’esprit même de Christ, alors qu’en vérité vous êtes plus proches de l’esprit de l’Antéchrist. Allez, d’abord, apprendre les premiers éléments de l’Évangile de Christ, et alors vous apprendrez à être d’un esprit vraiment catholique.
2. De ce qui a été dit, nous pouvons apprendre, deuxièmement, qu’un esprit catholique n’est aucune sorte de latitudinarisme pratique. Ce n’est pas une indifférence quant au culte public, ni quant à la manière extérieure de l’accomplir. Cela non plus ne serait pas une bénédiction, mais une malédiction. Loin d’y être un secours, ce serait, tant que cela subsisterait, un indicible obstacle à l’adoration de Dieu en esprit et en vérité. Mais l’homme d’un esprit vraiment catholique, ayant pesé toutes choses dans la balance du sanctuaire, n’a aucun doute, aucun scrupule, touchant le mode particulier de culte auquel il s’associe. Il est clairement convaincu que cette manière d’adorer Dieu est à la fois scripturaire et rationnelle. Il n’en connaît aucune au monde qui soit plus scripturaire, aucune qui soit plus rationnelle. C’est pourquoi, sans errer çà et là, il s’y attache étroitement, et loue Dieu de l’occasion de le faire ainsi.
3. De là, nous pouvons, troisièmement, apprendre qu’un esprit catholique n’est pas une indifférence à toutes les congrégations. C’est là une autre espèce de latitudinarisme, non moins absurde et non scripturaire que la précédente. Mais elle est bien loin de l’homme d’un esprit vraiment catholique. Il est fixé dans sa congrégation aussi bien que dans ses principes. Il est uni à l’une d’elles, non seulement en esprit, mais par tous les liens extérieurs de la communion chrétienne. Là, il participe à toutes les ordonnances de Dieu. Là, il reçoit la cène du Seigneur. Là, il répand son âme dans la prière publique, et se joint à la louange et à l’action de grâces publiques. Là, il se réjouit d’entendre la parole de la réconciliation, l’Évangile de la grâce de Dieu. Avec ces frères, les plus proches, les plus chéris, il cherche Dieu par le jeûne aux occasions solennelles. Ceux-là particulièrement, il veille sur eux dans l’amour, comme eux veillent sur son âme, s’avertissant, s’exhortant, se consolant, se reprenant, et s’édifiant en tout les uns les autres dans la foi. Ceux-là, il les regarde comme sa propre maison; et c’est pourquoi, selon la capacité que Dieu lui a donnée, il prend naturellement soin d’eux, et pourvoit à ce qu’ils aient toutes les choses nécessaires à la vie et à la piété.
4. Mais tandis qu’il est fermement fixé dans ses principes religieux, dans ce qu’il croit être la vérité telle qu’elle est en Jésus; tandis qu’il adhère fermement à ce culte de Dieu qu’il juge le plus agréable à ses yeux; et tandis qu’il est uni par les liens les plus tendres et les plus étroits à une congrégation particulière — son cœur s’élargit envers tout le genre humain, envers ceux qu’il connaît et ceux qu’il ne connaît pas; il embrasse d’une affection forte et cordiale les voisins et les étrangers, les amis et les ennemis. C’est là l’amour catholique ou universel. Et celui qui le possède est d’un esprit catholique. Car l’amour seul donne droit à ce titre: l’amour catholique est un esprit catholique.
5. Si donc nous prenons ce mot dans son sens le plus strict, un homme d’un esprit catholique est celui qui, de la manière mentionnée ci-dessus, donne la main à tous ceux dont le cœur est sincère envers le sien: celui qui sait estimer, et pour lesquels il loue Dieu, tous les avantages dont il jouit, quant à la connaissance des choses de Dieu, à la vraie manière scripturaire de l’adorer, et, par-dessus tout, à son union avec une congrégation qui craint Dieu et pratique la justice: celui qui, retenant ces bénédictions avec le plus grand soin, les gardant comme la prunelle de son œil, aime en même temps — comme des amis, comme des frères dans le Seigneur, comme des membres de Christ et des enfants de Dieu, comme des participants dès maintenant du présent royaume de Dieu, et des cohéritiers de son royaume éternel — tous ceux qui, quelle que soit leur opinion, leur culte ou leur congrégation, croient au Seigneur Jésus-Christ; qui aiment Dieu et les hommes; qui, se réjouissant de plaire à Dieu et craignant de l’offenser, sont attentifs à s’abstenir du mal et zélés pour les bonnes œuvres. Il est l’homme d’un esprit vraiment catholique, celui qui porte tous ceux-là continuellement sur son cœur; qui, ayant pour leurs personnes une indicible tendresse et aspirant à leur bien, ne cesse de les recommander à Dieu dans la prière, comme aussi de plaider leur cause devant les hommes; qui leur parle avec consolation, et travaille, par toutes ses paroles, à fortifier leurs mains en Dieu. Il les assiste de tout son pouvoir en toutes choses, spirituelles et temporelles. Il est prêt «à dépenser et à se dépenser lui-même pour eux», oui, à donner sa vie pour l’amour d’eux.
6. Vous donc, ô homme de Dieu, pensez à ces choses! Si vous êtes déjà dans cette voie, continuez. Si vous vous êtes jusqu’ici trompé de chemin, bénissez Dieu qui vous a ramené! Et maintenant, courez la course qui vous est proposée, dans la voie royale de l’amour universel. Prenez garde de n’être ni vacillant dans votre jugement, ni resserré dans vos entrailles; mais gardez un pas égal, enraciné dans la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes, et fondé dans l’amour, dans le vrai amour catholique, jusqu’à ce que vous soyez englouti dans l’amour aux siècles des siècles!
Questions pour la réflexion
- Quelle distinction Wesley tire-t-il de la question de Jéhu à Jonadab au sujet du cœur?
- Qu’une différence d’opinions ou de modes de culte n’a pas à empêcher l’«union dans l’affection». Comme il le dit dans une formule célèbre: «Quoique nous ne puissions penser de même, ne pouvons-nous aimer de même? Ne pouvons-nous être d’un seul cœur, quoique nous ne soyons pas d’une seule opinion? Sans aucun doute, nous le pouvons.»
- Pourquoi Wesley dit-il que nul ne devrait imposer à un autre ses propres opinions ou son mode de culte?
- Parce qu’«ignorer bien des choses, et se tromper en quelques-unes, est la condition nécessaire de l’humanité» — tout homme qui pense sait qu’il se trompe quelque part. Ainsi «tout homme sage... accordera aux autres la même liberté de penser qu’il désire qu’ils lui accordent», ne demandant que ceci: «Ton cœur est-il sincère?»
- Que veut dire Wesley par «donne-moi ta main» — et que ne veut-il expressément PAS dire?
- Non pas «soyez de mon opinion» ni «embrassez mes modes de culte» (gardez les vôtres, dit-il). Il veut dire: aimez-moi comme un frère en Christ, «recommandez-moi à Dieu dans toutes vos prières», «excitez-moi à l’amour et aux bonnes œuvres», et «aimez-moi non en paroles seulement, mais en actions et avec vérité», vous joignant à lui, la main dans la main, dans l’œuvre de Dieu.
- Qu’est-ce qu’un «esprit catholique» n’est PAS, selon Wesley?
- Non pas un «latitudinarisme spéculatif» — l’indifférence à toutes les opinions, «le rejeton de l’enfer, non la progéniture du ciel» — ni l’indifférence au culte public ou à toutes les congrégations. L’homme vraiment catholique est «fixe comme le soleil dans son jugement», arrêté dans son culte et sa congrégation, et pourtant il aime tous ceux qui aiment Dieu: «l’amour catholique est un esprit catholique.»
Domaine public. Texte source de l’édition originale.