Texte
Luc 15:11-32
En bref
Sur la plus connue de toutes les paraboles, Lloyd-Jones lit le pays lointain, le retour en soi-même et le Père qui court — et se tourne aussi vers le frère aîné, dont le péché est plus respectable et, pour cette raison même, plus dangereux.
IL N’EST AUCUNE PARABOLE NI AUCUNE PAROLE DE NOTRE SEIGNEUR qui soit aussi connue et aussi familière que la parabole du fils prodigue. Aucune parabole n’est citée aussi fréquemment dans les discussions religieuses, ni utilisée aussi souvent pour appuyer des théories et des thèses. Il est vraiment stupéfiant de constater le nombre presque infini de manières dont on s’en sert ainsi, et la variété presque illimitée des conclusions auxquelles elle mènerait, nous dit-on. Toutes les écoles de pensée semblent revendiquer un droit sur elle ; on s’en sert pour prouver toutes sortes de théories et d’idées qui se détruisent mutuellement et qui s’excluent les unes les autres. Il est donc tout à fait clair que cette parabole peut très facilement et très aisément être maltraitée et mal interprétée. Comment éviter ce danger ? Quels sont les principes qui doivent nous guider lorsque nous l’interprétons ? Il me semble qu’il existe deux principes fondamentaux qui, s’ils sont observés, garantiront une interprétation correcte.
Le premier, c’est que nous devons toujours nous garder d’interpréter un passage quelconque de l’Écriture d’une manière qui contredise l’enseignement général de l’Écriture ailleurs. Le Nouveau Testament doit être abordé comme un tout. C’est une révélation complète et entière, donnée par Dieu par l’intermédiaire de ses serviteurs, une révélation qui a été communiquée par parties et par sections, lesquelles s’assemblent toutes pour former un tout complet. Il n’y a donc évidemment aucune contradiction entre ces différentes parties, aucun heurt, aucun passage ni aucune déclaration inconciliables. Cela ne veut pas dire que nous puissions comprendre chaque déclaration, jusqu’à la dernière. Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas de contradictions dans l’Écriture. Suggérer que les enseignements de Jésus-Christ et de Paul, ou les enseignements de Paul et des autres apôtres, ne s’accordent pas, c’est saper toute la prétention du Nouveau Testament lui-même, ainsi que celle que l’Église a soutenue pour lui à travers les siècles, jusqu’à l’apparition de la prétendue école de la haute critique, il y a une centaine d’années. Je n’ai pas besoin d’entrer dans cette question ce soir. Qu’il suffise de dire que ce ne sont que les critiques les plus superficiels, qui ont désormais bien des années de retard sur leur temps, qui essaient encore de créer et d’imposer une antithèse entre ce qu’ils appellent « la religion de Jésus » et la « foi de saint Paul ». L’Écriture doit être comparée avec l’Écriture. Toute théorie que nous élaborons doit être éprouvée par le corps solide de doctrine et de dogme que l’on trouve dans la Bible entière et que l’Église a défini. Si l’on se souvenait de cette règle toute simple, la grande majorité des hérésies ne seraient jamais apparues.
La seconde règle est un peu plus particulière. C’est que nous devons toujours éviter le danger de tirer des conclusions négatives de l’enseignement d’une parabole. Cela s’applique non seulement à cette parabole-ci, mais à toutes les paraboles. Une parabole n’est jamais destinée à être un exposé complet de la vérité. Sa fonction est de transmettre une grande leçon, de présenter un grand aspect de la vérité positive. Puisque tel est son objet et son but, rien n’est plus insensé que d’en tirer des conclusions négatives. Que certaines choses ne soient pas dites dans la parabole ne signifie rien. Une parabole est importante, et n’a de valeur, non du point de vue de ce qu’elle ne dit pas, mais du point de vue de ce qu’elle dit. Sa valeur est entièrement et exclusivement positive, et en aucun cas négative.
Or je vous suggère que c’est l’oubli de cette simple règle qui est responsable de la plupart des théories et des idées étranges et fantaisistes que l’on a avancées, soi-disant sur la base de la parabole du fils prodigue. Que cela ait même été possible est assurément étonnant, car si ceux qui l’ont fait avaient seulement regardé les deux autres paraboles du même chapitre, ils auraient vu immédiatement combien leur démarche était injustifiable. Pourquoi ne pas tirer des conclusions négatives de celles-là aussi ? Et ainsi de toutes les paraboles ?
Mais, en dehors de cela, combien il est absolument ridicule et illogique de fonder son système de doctrine sur ce qui n’est pas dit ! Combien c’est malhonnête ! Cela supprime toute autorité et ne vous laisse d’autre règle que vos propres préjugés, vos propres désirs et votre propre imagination. Or c’est là, je le dis, ce que l’on a fait si souvent avec cette parabole.
Permettez-moi de l’illustrer en vous rappelant quelques-unes des fausses conclusions que l’on en a tirées. N’est-ce pas à cette parabole que se réfèrent constamment ceux qui essaient de prouver que les idées de justice, de jugement et de colère sont totalement et entièrement étrangères à la nature de Dieu et à l’enseignement de Jésus à son sujet ? « Il n’y a rien ici, disent-ils, de la colère du père, ni des exigences du père qui réclamerait certains actes de la part du fils : rien que l’amour, l’amour pur, rien que l’amour. » C’est un exemple typique de conclusion négative tirée de la parabole. Parce qu’elle n’enseigne pas positivement la justice et la colère de Dieu, on nous dit que de telles qualités n’appartiennent pas du tout à Dieu. Que Jésus-Christ souligne ailleurs ces qualités, voilà bien entendu ce que l’on ignore aussi complètement et entièrement.
Un autre exemple, c’est la manière dont on nous dit que cette parabole supprime l’absolue nécessité de la repentance. J’ai entendu parler d’un prédicateur qui essayait de prouver que le prodigue était un imposteur, même lorsqu’il est revenu à la maison, qu’il avait décidé de dire quelque chose qui sonnait juste, bien qu’il n’y crût pas du tout, afin d’impressionner son père, et que la répétition exacte de ses paroles prouve la chose. Le fin mot de l’affaire, c’est qu’en dépit de cela, en dépit d’une répétition hypocrite, en dépit de tout, le père a pardonné. L’argument final et décisif de ce prédicateur était que le père n’a rien dit au sujet de la repentance. Par conséquent, puisqu’il n’a rien dit, la repentance n’a pas d’importance ; puisque la repentance n’est pas enseignée et inculquée au fils par le père, la repentance envers Dieu n’a pas d’importance !
Mais peut-être la plus grave de toutes les fausses conclusions est-elle celle qui nous dit qu’aucun médiateur entre Dieu et l’homme n’est nécessaire, et que l’idée de l’expiation est étrangère à l’Évangile et doit plutôt être attribuée à l’esprit légaliste de Paul. « Il n’est fait mention dans la parabole, disent-ils, de personne qui vienne s’interposer entre le père et le fils. Il n’est absolument pas question d’un autre qui paierait une rançon, ou ferait une expiation ; il y a simplement le rapport direct entre le père et le fils, conditionné uniquement par le retour de ce dernier du pays lointain. » Parce que ces choses ne sont pas expressément mentionnées et soulignées dans la parabole, on s’accorde à dire qu’elles ne comptent pas du tout et n’ont réellement aucune importance. Comme si le but de notre Seigneur, dans la parabole, avait été de donner un exposé complet de l’ensemble de la vérité chrétienne, et non simplement d’enseigner un aspect de la vérité ! Il doit pourtant vous paraître évident que si l’on adoptait une démarche semblable pour toutes les paraboles, la situation serait totalement chaotique. Nous nous trouverions devant une masse de contradictions.
La fonction d’une parabole est donc de nous présenter et de nous enseigner une grande vérité positive. Et si jamais cela doit être clair et évident, c’est bien dans ce cas particulier. Ce n’est pas par simple hasard que cette parabole est l’une de trois paraboles. Notre Seigneur semble avoir pris soin, tout spécialement, de nous protéger contre le danger même dont je viens de parler. Mais, indépendamment même de cela, la clé de toute la situation nous est fournie dans les deux premiers versets du chapitre, qui nous donnent l’arrière-plan et le contexte essentiels : « Tous les publicains et les gens de mauvaise vie s’approchaient de Jésus pour l’entendre. Et les pharisiens et les scribes murmuraient, disant: Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux. » (Luc 15:1-2). Viennent ensuite ces trois paraboles, qui traitent manifestement de cette situation précise et qui sont manifestement destinées à répondre aux murmures des pharisiens et des scribes. Et, comme pour le souligner davantage encore, notre Seigneur tire une certaine morale ou conclusion à la fin de chaque parabole.
Le grand point, assurément, c’est qu’il y a de l’espérance pour tous, que l’amour de Dieu s’étend même aux publicains et aux pécheurs. La glorieuse vérité qui resplendit dans ces paraboles, et qui doit s’imprimer en nous, c’est l’amour étonnant de Dieu, son étendue et sa portée. Elle contraste tout particulièrement avec les idées des pharisiens et des scribes sur ce sujet.
Les deux premières paraboles sont destinées à imprimer en nous l’amour de Dieu comme une activité qui recherche le pécheur, qui se donne une peine infinie pour le trouver et le secourir, et à montrer la joie de Dieu et de toute l’armée du ciel lorsqu’une seule âme est sauvée. Puis vient cette parabole du fils prodigue. Pourquoi cet ajout ? Pourquoi ce développement plus poussé ? Pourquoi un homme, plutôt qu’une brebis ou une pièce d’argent perdue ? Il ne peut assurément y avoir qu’une seule réponse. De même que les deux premières paraboles ont souligné l’activité de Dieu seule, sans rien nous dire des actes, des réactions ou de l’état du pécheur, de même cette parabole est prononcée pour faire ressortir cet aspect et ce côté de la question, de peur que quelqu’un ne soit assez insensé pour penser que nous serions tous sauvés automatiquement par l’amour de Dieu, comme la brebis et la pièce perdue ont été retrouvées.
Le grand point dominant reste le même, mais son application est rendue plus directe et plus personnelle. Quel est donc l’enseignement de cette parabole, quel est son message pour nous ce soir ? Considérons-la selon les lignes suivantes.
Une parabole d’un nouveau commencement
La première vérité qu’elle proclame, c’est la possibilité d’un nouveau commencement, la possibilité d’un nouveau départ, d’une nouvelle occasion, d’une autre chance. Le contexte même et le cadre de la parabole, comme je vous l’ai déjà rappelé, le montrent parfaitement. C’est parce qu’ils avaient senti et vu cela dans son enseignement que les publicains et les pécheurs « s’approchaient de Jésus pour l’entendre » (Luc 15:1). Ils sentaient qu’il y avait une chance même pour eux, que dans les enseignements de cet homme il y avait une espérance nouvelle et fraîche. Et même les pharisiens et les scribes voyaient précisément la même chose. Ce qui les irritait, c’était que notre Seigneur ait quoi que ce soit à faire avec des publicains et des pécheurs. Ils avaient considéré de telles gens comme se trouvant totalement et entièrement au-delà de toute espérance et au-delà de toute rédemption. C’était l’opinion orthodoxe à adopter au sujet de ces gens-là. Ils étaient si désespérés qu’il fallait les ignorer entièrement. La religion était pour les gens bons et n’avait absolument rien à voir avec les mauvais. Elle n’avait certainement rien à leur donner, et elle n’ordonnait très certainement pas aux gens bons de se mêler aux mauvais, de les traiter avec bonté et de leur parler de possibilités nouvelles. Aussi les pharisiens et les scribes étaient-ils irrités par l’enseignement de notre Seigneur. Quiconque voyait la moindre espérance pour un publicain ou un pécheur devait, à leurs yeux, être entièrement dans l’erreur, et un blasphémateur. Exactement le même point ressort dans la parabole, dans les attitudes différentes du père et du frère aîné à l’égard du prodigue. La question n’est pas de savoir comment il doit être reçu de nouveau, mais s’il doit être reçu de nouveau, s’il méritait quoi que ce soit.
Voilà ce qui ressort dès la surface. Il y a une possibilité d’un nouveau départ, d’un nouveau commencement pour tous, même pour les plus désespérés. Aucun cas ne peut être pire que celui du fils prodigue. Pourtant, même lui peut recommencer. Il a touché le fond, il est tombé jusqu’à la lie, il est descendu si bas qu’il ne pouvait absolument pas descendre davantage. Jamais tableau plus désespéré n’a été peint que celui de ce garçon dans le pays lointain, parmi les carouges et les pourceaux, sans le sou et sans amis, totalement désespéré et abandonné, totalement désolé et abattu. Mais même lui reçoit un nouveau départ, même lui est appelé à prendre un nouveau commencement. Il y a un tournant qui mène à la fortune et au bonheur, même pour lui.
Quel Évangile béni, et tout particulièrement dans un monde comme celui-ci ! Quelle différence la venue de Jésus-Christ a faite ! Quelle espérance nouvelle pour l’humanité est apparue en lui ! Rien n’a jamais démontré et prouvé que l’Évangile de Jésus-Christ est la seule philosophie et la seule vision de la vie véritablement optimistes offertes à l’homme, autant que le fait que les publicains et les pécheurs s’approchaient de lui pour l’entendre. Et le message qu’ils entendaient, comme dans cette parabole du fils prodigue, était quelque chose d’entièrement nouveau.
Mais je voudrais que vous remarquiez que ce n’était pas seulement nouveau pour les Juifs et leurs chefs, mais aussi nouveau pour le monde entier. L’espérance que l’Évangile offrait aux êtres vils et désespérés ne prenait pas seulement le contre-pied du misérable système des Juifs, mais aussi de la philosophie des Grecs. Ces hommes puissants avaient élaboré leurs théories et leurs philosophies. Pourtant, pas un seul d’entre eux n’avait quoi que ce soit à offrir à ceux qui étaient tombés au plus bas. Tous exigeaient une certaine dose d’intelligence, d’intégrité morale et de pureté. Tous devaient présupposer beaucoup de la nature humaine à laquelle ils s’adressaient. Et ce n’étaient pas non plus des réalistes. Ils écrivaient et parlaient de manière savante et fascinante de leurs utopies et de leurs États idéaux, mais ils laissaient l’humanité exactement là où elle était, et ils étaient entièrement coupés de la vie ordinaire et de la manière de vivre de tous les jours. Les seules personnes qui aient jamais été en mesure ne serait-ce que d’essayer les méthodes idéalistes et humanistes pour résoudre les problèmes de la vie ont été les riches et les oisifs, et même eux ont invariablement découvert que ces méthodes ne fonctionnent pas. Il n’y avait pas, et il n’y avait jamais eu, d’espérance pour les désespérés dans le monde avant que Jésus-Christ ne vienne. Lui seul a enseigné la possibilité d’un nouveau départ et d’un nouveau commencement.
Mais cet enseignement n’était pas seulement nouveau alors, au temps de ses jours sur la terre ; il est encore nouveau. Et il est encore surprenant et étonnant, et il stupéfie le monde moderne tout autant qu’il a stupéfié le monde antique d’il y a près de 2 000 ans. Car le monde est toujours sans espérance, et la philosophie qui le gouverne est toujours profondément pessimiste. On le voit le plus clairement, peut-être, quand il essaie d’être optimiste, car nous constatons toujours que, lorsqu’il essaie de nous réconforter, il doit toujours nous orienter vers l’avenir et ses possibilités inconnues. Il nous dit que, dans la nouvelle année, les choses doivent sûrement aller mieux, qu’elles ne peuvent en tout cas pas aller plus mal. Il soutient que la crise a dû durer si longtemps que le retournement de la marée doit sûrement, par nécessité, être proche. Il est content qu’une année soit terminée et qu’une nouvelle commence.
Quel est le vrai secret d’une nouvelle année ? Son vrai secret réside en ceci : nous n’en savons absolument rien. Tout ce que nous savons est mauvais ; c’est pourquoi nous essayons de nous consoler en nous tournant vers ce qui est inconnu et en imaginant naïvement que cela doit être plus lumineux et meilleur. Écoutez-le ensuite parler de ses projets et de ses plans pour l’élévation de l’humanité. Tout ce qu’il peut vous dire, c’est qu’il essaie de construire un monde meilleur pour ses enfants, qu’il essaie de bâtir pour l’avenir et pour la postérité. Toujours dans l’avenir ! Il ne peut rien faire pour lui-même, il ne peut qu’espérer rendre les choses meilleures pour ceux qui ne sont pas encore nés. Et plus il continue d’en parler et d’essayer de le faire, plus il devient hésitant. Pour le prouver, comparez simplement le langage de 1875 avec celui de 1935, ou même celui de 1905 avec celui de 1935.
Mais si la situation est telle en ce qui concerne la société en général et dans son ensemble, combien elle est infiniment plus désespérée et remplie de désespoir lorsque nous l’envisageons dans un sens plus individuel et plus personnel ! Qu’est-ce que le monde a à offrir en guise de solution aux problèmes qui tendent à nous tourmenter le plus ! La réponse à cette question se voit dans les efforts frénétiques que font les hommes et les femmes pour tenter de résoudre leurs problèmes. Et pourtant, rien n’apparaît plus clairement que le fait que toutes leurs tentatives sont des échecs.
Année après année, les hommes et les femmes prennent de nouvelles résolutions. Ils comprennent que ce dont ils ont besoin par-dessus tout, c’est d’un nouveau départ et d’un nouveau commencement. Ils décident de tourner le dos au passé, de tourner la page, ou même de commencer un nouveau livre de leur vie. C’est leur désir, c’est leur ferme conviction et leur intention. Ils veulent rompre avec le passé, et pendant un temps ils font tout leur possible pour y parvenir, mais cela ne dure pas. Peu à peu, mais inévitablement, ils retombent dans l’ancienne position et dans l’ancien état de choses. Et après quelques expériences de ce genre, ils n’essaient plus, et ils en concluent que tout est désespéré. Jusqu’à un certain point, le combat est poursuivi et maintenu, mais la pure lassitude et la fatigue finissent par les vaincre ; la pression et la puissance du monde et de sa manière de faire semblent se trouver entièrement de l’autre côté, et ils cèdent. La situation semble totalement désespérée.
Je me demande combien il y en a, même dans ce culte en ce moment, qui ressentent cela d’une manière ou d’une autre ! Avez-vous le sentiment que votre vie a mal tourné, qu’elle s’est égarée ? Êtes-vous sans cesse nargué par « le spectre obsédant de ce qui aurait pu être » ? Avez-vous le sentiment de vous être mis dans une telle position, et dans une telle situation, que vous ne pourrez jamais en sortir et vous redresser ? Avez-vous le sentiment d’être si loin de ce que vous devriez être, et de ce que vous aimeriez être, que vous ne pourrez jamais y revenir ? Vous sentez-vous désespéré à votre propre sujet, à cause d’une situation à laquelle vous êtes confronté, ou à cause d’un enchevêtrement dans lequel vous vous êtes empêtré, ou à cause d’un péché qui vous a dominé et que vous ne pouvez vaincre ? Vous êtes-vous tourné vers vous-même pour vous dire : « À quoi bon faire un nouvel effort, à quoi bon essayer encore ? J’ai essayé et essayé bien des fois et bien des fois auparavant, mais tout cela en vain, et mon essai d’aujourd’hui ne peut aboutir qu’au même résultat. J’ai gâché ma vie, j’ai perdu ma chance et mon occasion, et désormais je n’ai plus rien d’autre à faire que de faire contre mauvaise fortune bon cœur » ?
Sont-ce là vos pensées et vos sentiments ? Est-ce là votre position : vous avez manqué votre occasion dans la vie, ce qui a été a été, si seulement vous aviez une autre chance les choses pourraient être différentes, mais cela ne se peut pas, et voilà tout ? Est-ce cela ? Hélas ! Combien sont dans une telle position ! Combien malheureuses sont les vies de l’homme et de la femme ordinaires ! Combien désespérées ! Combien tristes !
Or, la toute première parole de l’Évangile aux gens de cette sorte, c’est qu’ils doivent relever la tête, que tout n’est pas perdu, qu’il y a encore de l’espérance, encore la possibilité d’un nouveau départ et d’un nouveau commencement, ici et maintenant, sans le moindre délai, et sans compter le moins du monde sur quelque chose d’imaginaire qui appartiendrait peut-être à l’avenir inconnu, mais plutôt en s’appuyant sur quelque chose qui s’est produit dans le passé, il y a près de 2 000 ans, mais qui est aussi fort et aussi puissant aujourd’hui qu’il l’était alors. Même le prodigue peut être remis en ordre. Il y a un tournant possible, même sur la route la plus noire et la plus désespérée. Il y a un nouveau commencement offert même aux publicains et aux pécheurs.
Des conditions y sont attachées
Mais je dois me hâter de vous montrer en détail ce que j’ai déjà indiqué en passant : ce message de l’Évangile n’est pas quelque chose de vague et de général comme le message du monde, mais quelque chose à quoi sont attachées des conditions précises. Et c’est ici que nous voyons le plus clairement pourquoi notre Seigneur a prononcé cette parabole particulière en plus des deux autres. Pour profiter de ce nouveau commencement et de ce nouveau départ qu’offre l’Évangile, nous devons observer les points suivants. Oh ! laissez-moi vous faire sentir combien il est important de le faire. Si vous restez simplement assis là à écouter, et que vous vous laissez émouvoir de manière générale par le tableau éclatant de l’Évangile, vous rentrerez chez vous exactement tel que vous étiez en venant. Mais si, au contraire, vous êtes attentif, si vous notez chaque point et agissez en conséquence, vous constaterez qu’en rentrant chez vous vous êtes une personne entièrement différente. Si vous désirez ardemment profiter de l’espérance nouvelle et du nouveau départ de l’Évangile, vous devez suivre ses méthodes et ses instructions. Quelles sont-elles ?
La première, c’est que nous devons regarder notre position en face, franchement, honnêtement et sincèrement. C’est une chose que d’être dans une position mauvaise et difficile ; c’en est une tout autre que de la regarder honnêtement en face. Ce fils prodigue s’était trouvé dans une situation profondément mauvaise depuis très longtemps avant de vraiment s’en rendre compte. Un homme n’arrive pas soudainement dans l’état où il est décrit ici. Cela s’est fait peu à peu, presque à son insu. Et même après que cela s’est produit, il ne s’en est pas vraiment rendu compte pendant un certain temps. Le processus est si silencieux et si insidieux que l’homme lui-même ne le voit pour ainsi dire pas du tout. Il regarde son visage dans le miroir chaque jour et ne voit pas les changements qui s’opèrent. C’est quelqu’un qui ne le voit qu’à intervalles qui en voit le plus clairement les effets. Et souvent, quand nous commençons à percevoir notre terrible détresse, nous évitons délibérément d’y penser. Nous écartons ces pensées et nous nous occupons d’autres choses, en nous disant plus ou moins, ce faisant : « À quoi bon y penser, je suis là de toute façon. » Mais le tout premier pas du retour, c’est d’affronter la question, de regarder la situation en face, honnêtement et clairement. Il nous est dit que ce jeune homme était « rentré en lui-même » (v. 17). C’est exactement ce qu’a fait cet homme ! Il a regardé les choses en face, seul avec lui-même, et il l’a fait en toute franchise. Il a vu que ses malheurs étaient entièrement dus à ses propres actes, qu’il avait été un insensé, qu’il n’aurait jamais dû quitter son père, et qu’il n’aurait certainement jamais dû le traiter comme il l’avait fait. Il s’est regardé lui-même et pouvait à peine croire que c’était vraiment lui. Il a regardé les carouges et les pourceaux. Il a regardé la chose bien en face.
L’avez-vous fait ? Vous êtes-vous vraiment regardé vous-même ? Et si vous mettiez par écrit tous vos actes de l’année passée ? Et si vous aviez tenu un registre de toutes vos pensées et de tous vos désirs, de vos ambitions et de vos rêveries ? Consentiriez-vous à leur publication avec votre nom au bas de la page ? Qu’êtes-vous maintenant, en comparaison de ce que vous étiez autrefois ? Regardez vos mains : sont-elles propres ? Regardez vos lèvres : sont-elles pures ? Regardez vos pieds : où ont-ils marché, où sont-ils allés ? Regardez-vous ! Est-ce vraiment vous ? Puis regardez autour de vous votre position et votre entourage ! Ne vous dérobez pas ! Soyez honnête ! De quoi vivez-vous ? Est-ce de la nourriture, ou des carouges de pourceaux ?
À quoi avez-vous dépensé votre argent ? À quoi avez-vous employé un argent qui aurait peut-être dû servir à nourrir votre femme et vos enfants, ou à les vêtir ? De quoi avez-vous vécu ? Regardez ! Est-ce une nourriture digne d’un homme ? Regardez ce qui fait votre plaisir. Regardez-le calmement en face. Est-ce digne d’une créature que Dieu a créée avec l’intelligence et l’entendement ? Est-ce que cela honore l’homme, sans parler de Dieu ? Est-ce une nourriture de pourceaux, ou est-ce vraiment propre à la consommation humaine ? Il ne suffit pas que vous vous lamentiez simplement sur votre sort ou que vous vous sentiez misérable. Comment en êtes-vous jamais arrivé à un tel état, à une telle condition ? Regardez les pourceaux et les carouges, et rendez-vous compte que tout cela vient de ce que vous avez quitté la maison de votre Père, que vous êtes délibérément allé contre votre conscience, que vous avez délibérément bafoué la religion et tous ses commandements et ses préceptes, que tout cela est entièrement et absolument votre propre fait. Vous êtes là où vous êtes aujourd’hui entièrement en conséquence de votre propre choix et de vos propres actes. Regardez cela en face et reconnaissez-le. C’est le premier pas essentiel sur le chemin du retour.
Le suivant, c’est de comprendre qu’il n’y a qu’Un seul vers qui vous puissiez vous tourner, et qu’une seule chose à faire. Je n’ai pas besoin de développer ce point en détail à propos du prodigue. C’est parfaitement clair : « personne ne lui en donnait » (v. 16). Il avait essayé, et il avait épuisé ses propres efforts et les efforts de tous les autres.
Il était à bout et personne ne pouvait l’aider. Il n’en restait plus qu’un. Son père ! Le dernier, le seul espoir. L’Évangile insiste toujours pour que nous en arrivions à ce point. Tant qu’il vous reste un sou à vous, l’Évangile ne vous aidera pas. Tant que vous avez des amis ou des organismes auxquels vous pouvez demander de l’aide et dont vous croyez qu’ils peuvent vous aider, l’Évangile ne vous donnera rien. En réalité, bien sûr, tant qu’un homme pense pouvoir se maintenir à flot par quelqu’une de ces autres méthodes, il continuera d’essayer de le faire. Et le monde est encore loin d’être en faillite, à nos propres yeux. Il croit encore en ses propres méthodes et en ses propres idées.
Avec quelle pitoyable obstination nous nous y accrochons ! Nous comptons sur notre propre volonté et sur nos propres efforts. Nous misons sur les nouvelles années de notre calendrier, comme si elles changeaient le moins du monde l’état réel des choses ! Nous invoquons l’aide d’amis et de compagnons, de parents et d’êtres chers. Ah ! vous connaissez bien ce processus, non seulement dans vos tentatives de vous redresser vous-même, mais aussi dans vos tentatives de redresser d’autres personnes pour lesquelles vous êtes inquiet et soucieux. Et nous continuons ainsi jusqu’à ce que nous ayons tout épuisé. Comme le prodigue, nous continuons jusqu’à en devenir frénétiques, et jusqu’à ce que « personne ne nous en donne ». Alors, et alors seulement, nous nous tournons vers Dieu. Oh ! quelle folie !
Laissez-moi essayer de faire éclater cette illusion, ici et maintenant. Regardez-la franchement en face. Rendez-vous compte que tous vos efforts doivent échouer, comme ils ont toujours échoué. Rendez-vous compte que l’amélioration ne sera que passagère et temporaire. Cessez de vous duper vous-même. Rendez-vous compte à quel point la situation est désespérée. Rendez-vous compte, en outre, qu’il n’y a qu’une seule puissance qui puisse vous remettre en ordre : la puissance du Dieu Tout-Puissant. Vous pouvez continuer à vous fier à vous-même et aux autres, et à essayer de toutes vos forces. Mais, dans un an à pareil soir, la situation ne sera pas seulement la même, elle sera même pire. Dieu seul peut vous sauver.
Mais, en vous tournant vers lui, vous devez comprendre en outre que vous ne pouvez rien invoquer devant lui, sinon sa miséricorde et sa compassion. Quand le prodigue a quitté la maison, son grand mot était « donne-moi ».
Il réclamait ses droits. Il était plein d’assurance, et il avait même le sentiment qu’on ne lui donnait pas ce qui lui était dû ni ses droits. « Donne-moi ! » Mais lorsqu’il revient à la maison, son vocabulaire a changé, et son mot est maintenant « fais de moi ». Auparavant, il avait le sentiment d’être quelqu’un, d’être un personnage, d’être quelque chose qui pouvait réclamer des droits dignes de cette chose-là et de lui-même. Maintenant, il sent qu’il n’est personne et rien, et il comprend que son premier besoin est d’être fait quelque chose. « Fais de moi ! » a-t-il dit.
Si vous avez le sentiment d’avoir le moindre droit à exiger de Dieu le pardon et la rémission, je peux vous assurer que vous êtes damné et perdu. Si vous avez le sentiment que c’est l’affaire de Dieu et le devoir de Dieu de vous pardonner, vous ne serez très certainement pas pardonné. Si vous avez le sentiment que Dieu est dur et contre vous, vous êtes coupable du plus grand péché de tous. Si vous avez encore le sentiment d’être quelqu’un et d’avoir le droit de dire « donne-moi », vous ne recevrez rien d’autre que la misère et une détresse sans fin.
Mais si vous comprenez que vous avez péché contre Dieu et que vous l’avez irrité ; si vous sentez que vous êtes un ver de terre, et moins encore, et indigne même du nom d’homme, sans parler d’être digne de Dieu ; si vous sentez que vous n’êtes rien du tout au regard de la manière dont vous l’avez quitté, lui avez tourné le dos, l’avez ignoré et bafoué ; si vous vous jetez simplement sur lui et sur sa miséricorde, en lui demandant si, dans son infinie bonté et sa bienveillance, il peut éventuellement faire quelque chose de vous, tout sera différent. Dieu n’a jamais désiré vous voir tel que vous êtes maintenant. C’est contre son désir et sa volonté que vous vous êtes égaré au loin. Tout cela est votre propre fait. Dites-le-lui, et dites-lui en outre que ce qui vous tourmente et vous afflige le plus, ce n’est pas seulement la misère que vous avez attirée sur vous-même, mais le fait que vous lui avez désobéi, que vous l’avez insulté et que vous lui avez fait tort.
Puis, ayant compris tout cela, agissez en conséquence. Quittez le pays lointain. Vous vous êtes levé dans le champ des pourceaux et des carouges par le simple fait d’être venu dans cette chapelle. Mais sortez complètement de ce pays lointain. Laissez les pourceaux et les carouges. Tournez le dos au péché et donnez-vous à Dieu. Les sentiments, les désirs et les penchants ne vous serviront de rien.
Faites-le !
Rompez.
Allez à Dieu et mettez-vous en règle avec Dieu !
Prenez position.
Engagez-vous !
Risquez tout sur lui !
Faites-lui confiance !
Comme il aurait été ridicule que le prodigue ait pensé à tout ce qu’il a fait sans pourtant le faire ! Il serait resté dans le pays lointain. Mais il l’a fait. Il a agi selon sa décision. Il a mis à exécution sa résolution. Il est allé vers son père et s’est jeté sur sa miséricorde et sa compassion. Vous devez faire de même, de la manière que je vous ai déjà indiquée.
Une découverte étonnante
Si seulement vous le faites, vous découvrirez que dans votre cas, comme dans le cas du prodigue, il y aura un nouveau commencement et un nouveau départ réels et solides. L’impossible se produira, et vous serez stupéfait et ébahi de ce que vous découvrirez. Je passe ce soir sur la joie, le bonheur et le frisson de tout cela, afin de pouvoir imprimer en vous la réalité du nouveau départ que donne l’Évangile. Ce n’est pas quelque chose de léger et d’aérien. Ce n’est pas une simple affaire de sentiment ou d’émotions. Ce n’est pas une simple drogue ou un anesthésiant qui engourdit nos sens et nous fait ainsi rêver de quelque royaume lumineux. C’est réel et effectif. En Jésus-Christ, un nouveau départ et un nouveau commencement réels et authentiques sont possibles. Et ils ne sont possibles qu’en lui !
La grandeur de l’amour du père, dans la parabole, se voit moins dans son attitude que dans ce qu’il a fait. L’amour n’est pas un simple sentiment vague ou une disposition générale. L’amour est actif. C’est l’activité la plus puissante du monde, et il transforme tout. Voilà pourquoi, ici aussi, l’amour de Dieu seul peut réellement nous donner un nouveau départ et une nouvelle chance. L’amour de Dieu ne se contente pas de parler d’un nouveau commencement : il fait un nouveau commencement. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné » (Jean 3:16). Le père a fait des choses pour le prodigue ; Dieu seul peut faire en nous et pour nous ce qui peut nous remettre sur pied. Observons comment il le fait. Oh ! le merveilleux amour de Dieu, qui fait réellement toutes choses nouvelles, et qui seul peut le faire !
Observez comment le père efface le passé. Il va à la rencontre de son fils comme si rien ne s’était jamais passé. Il l’embrasse et lui donne des baisers, comme s’il avait toujours été parfaitement soumis et exemplaire dans toute sa conduite ! Et avec quelle promptitude il ordonne aux serviteurs d’ôter les haillons et les lambeaux du pays lointain, et d’enlever de son fils toute trace et tout vestige de son mauvais passé ! Il efface le passé par tous ces actes, d’une manière que personne d’autre n’aurait pu le faire. Lui seul pouvait réellement pardonner, lui seul pouvait effacer ce que le garçon avait fait contre la famille et contre lui-même, et il l’a fait. Il ôte toute trace du passé.
C’est toujours la première chose qui se produit lorsqu’un pécheur se tourne vers Dieu de la manière que nous avons décrite. Nous allons à lui en attendant tout aussi peu que le prodigue, qui s’attendait à être fait serviteur. Combien Dieu dépasse infiniment nos plus hautes attentes lorsqu’il commence à agir envers nous ! Tout ce que nous demandons, c’est une sorte de nouveau commencement. Dieu nous stupéfie et nous surprend, dès son tout premier acte, en effaçant notre passé. Et c’est bien là, après tout, ce que nous désirons le plus. Comment pouvons-nous être heureux et libres, au vu de notre passé ? Même si nous ne commettons plus tel acte, ou tel péché particulier, il y a un passé, il y a ce que nous avons déjà fait. Voilà le problème.
Qui peut nous délivrer de notre passé ? Qui peut effacer du livre de notre vie ce que nous avons déjà fait ? Il n’y en a qu’Un ! Et lui, il le peut ! Le monde essaie de me persuader que cela n’a pas d’importance, que je peux lui tourner le dos et l’oublier. Mais je ne peux pas l’oublier ; il ne cesse de revenir. Et il me rend misérable et malheureux. J’essaie de tout, mais mon passé demeure toujours, fait solide, affreux, terrible. Ne pourrai-je jamais m’en libérer ? Pourrai-je jamais en être débarrassé ?
Il n’y en a qu’Un seul qui puisse me l’ôter de dessus le dos. Je sais seulement que mes haillons et mes lambeaux ont réellement disparu quand je les vois sur la personne de Jésus-Christ, le Fils de Dieu, qui les a portés à ma place et qui est devenu malédiction à ma place. Le Père lui a ordonné de m’ôter mes haillons souillés, et il l’a fait. Il a porté mon iniquité, il s’est vêtu et couvert de mon péché. Il l’a ôté et l’a noyé dans la mer de l’oubli de Dieu. Et quand je vois et crois que Dieu en Christ a non seulement pardonné mais aussi oublié mon passé, qui suis-je pour essayer de le rechercher et de le retrouver ? Ma seule consolation, quand je considère le passé, c’est que Dieu l’a effacé. Personne d’autre ne pouvait le faire. Mais lui l’a fait. C’est le premier pas essentiel d’un nouveau commencement. Le passé doit être effacé, et en Christ et par sa mort expiatoire, il l’est !
Mais, pour avoir un départ vraiment nouveau, il me faut quelque chose de plus. Il ne suffit pas que toute trace de mon passé soit enlevée. Il me faut quelque chose dans le présent. Je désire être vêtu ; il faut que je sois revêtu d’une robe. J’ai besoin d’assurance pour repartir à neuf et affronter la vie, ses gens et ses problèmes. Bien que le père soit allé à la rencontre du garçon et l’ait embrassé, cela seul ne lui aurait pas donné d’assurance. Il aurait su que tout le monde regardait les haillons et la boue. Mais le père ne s’arrête pas là. Il revêt le garçon d’un habit digne d’un fils, et il lui met un anneau au doigt. Il lui donne le rang d’un fils et les preuves extérieures de ce rang. Il annonce à tous que son fils est revenu, et il le vêt de telle sorte qu’il n’ait pas honte lorsqu’il rencontre des gens. Personne d’autre que le père n’aurait pu faire cela. D’autres auraient pu accueillir le garçon et l’aider, mais personne d’autre que le père ne pouvait faire de lui un fils. Personne d’autre ne pouvait lui donner sa position et lui fournir les moyens de la tenir.
Il en va exactement de même pour nous lorsque nous nous tournons vers Dieu. Non seulement il pardonne et efface le passé, mais il fait de nous des fils. Il nous donne une vie nouvelle et une puissance nouvelle. Il vous assurera tellement de son amour que vous pourrez affronter les autres sans honte. Il vous revêtira de la robe de la justice de Christ ; il ne se contentera pas de vous dire qu’il vous considère comme un enfant, il vous fera sentir que vous en êtes un. En vous regardant, vous ne vous reconnaîtrez pas. Vous regarderez votre corps et vous y verrez cette robe inestimable ; vous regarderez vos pieds et vous les verrez chaussés à neuf ; vous regarderez votre main et vous y verrez l’anneau et le sceau de l’amour de Dieu. Et, ce faisant, vous sentirez que vous pouvez affronter le monde entier sans avoir à vous excuser, oui, et affronter aussi le diable, et toutes les puissances qui vous ont dupé dans le passé et ont ruiné votre vie. Sans ce rang et cette assurance, un nouveau départ n’est qu’une pure invention de l’imagination. Le monde essaie seulement de nettoyer le vieux costume et de lui donner un air respectable. Dieu en Christ peut seul nous revêtir de la robe neuve et nous rendre réellement forts. Que le monde essaie de nous montrer du doigt et de nous rappeler notre passé ! Qu’il fasse de son pire ; nous n’avons qu’à regarder la robe, les souliers et l’anneau, et tout va bien.
Et s’il vous faut une preuve claire de la réalité de tout cela, on la trouve dans le fait que le monde lui-même doit reconnaître que c’est vrai. Écoutez le serviteur parler au frère aîné. Que dit-il ? Est-ce : « Un homme d’aspect étrange, en haillons et en lambeaux, est arrivé de quelque part » ? Non ! « Ton frère est de retour » (15:27). Comment savait-il que c’était le frère ? Ah ! il avait vu les actes du père et entendu les paroles du père. Il n’aurait jamais reconnu le fils, mais le père, lui, l’avait reconnu, alors même qu’il était encore loin. Le père savait !
Et Dieu vous connaît. Quand vous allez à lui et que vous le laissez vous revêtir, tout le monde finira par le savoir. Même le frère aîné l’a su. C’était la dernière chose qu’il voulait savoir, mais la conclusion à tirer des chants et du bruit de l’allégresse et du bonheur était inévitable. Il est trop mesquin pour dire « mon frère », mais lui, même lui, doit dire « ton fils ». Je ne vous promets pas que tout le monde vous aimera et dira du bien de vous si vous vous donnez à Dieu en Christ. Beaucoup vous haïront certainement, vous persécuteront, essaieront de se moquer de vous et vous feront bien des choses, mais, ce faisant, ils témoigneront en fait qu’eux aussi ont vu que vous êtes un homme nouveau, que vous avez été refait à neuf et que vous avez reçu un nouveau départ.
Venez !
Voici une occasion d’un véritable nouveau commencement. C’est le seul chemin. Dieu lui-même l’a rendu possible en envoyant son Fils unique dans ce monde, pour vivre, mourir et ressusciter. Peu importe absolument ce que vous avez été, ou ce que vous êtes en ce moment. Vous n’avez qu’à venir à Dieu en confessant votre péché contre lui, en vous jetant sur sa miséricorde en Jésus-Christ, en reconnaissant que lui seul peut sauver et garder, et vous découvrirez que
Le passé sera oublié,
Une joie présente donnée,
Une grâce à venir promise,
Une glorieuse couronne au ciel.
Venez ! Amen.
Questions pour la réflexion
- Quelles sont les deux règles que donne Lloyd-Jones pour interpréter la parabole du fils prodigue ?
- Premièrement, aucune partie de l’Écriture ne peut être interprétée d’une manière qui contredise l’enseignement général de l’Écriture ailleurs, puisque « l’Écriture doit être comparée avec l’Écriture ». Deuxièmement, nous ne devons jamais tirer de conclusions négatives d’une parabole, parce qu’une parabole existe pour transmettre « une grande leçon » et « n’est jamais destinée à être un exposé complet de la vérité ».
- Pourquoi Lloyd-Jones rejette-t-il l’affirmation selon laquelle cette parabole montre qu’il n’y a besoin ni d’expiation ni de repentance ?
- Il dit que de telles affirmations sont des conclusions négatives tirées de ce que la parabole ne dit pas, ce qui est « illogique » et « malhonnête » et ne laisse d’autre règle que ses propres préjugés. Le but de notre Seigneur était d’enseigner un aspect de la vérité, et non de donner « un exposé complet de l’ensemble de la vérité chrétienne ».
- Quelles conditions, selon le sermon, sont attachées au nouveau commencement qu’offre l’Évangile ?
- Nous devons regarder notre position honnêtement en face, comme le prodigue « rentré en lui-même » ; comprendre qu’il n’y a qu’Un seul vers qui nous puissions nous tourner ; n’invoquer rien d’autre que la miséricorde de Dieu, en changeant notre mot « donne-moi » en « fais de moi » ; puis agir en conséquence, en quittant le pays lointain et en nous engageant envers Dieu.
- Comment Lloyd-Jones explique-t-il la robe, l’anneau et les souliers que donne le père en Luc 15 ?
- Il dit que le père commence par effacer le passé en ôtant les haillons du pays lointain, de même que Christ a porté nos haillons et « est devenu malédiction à ma place ». Puis la robe, l’anneau et les souliers donnent au fils le rang d’un fils, de sorte que Dieu nous revêt « de la robe de la justice de Christ » et nous donne l’assurance d’affronter le monde sans honte.
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- Lloyd-Jones, Martyn. “La parabole du fils prodigue.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-parable-of-the-prodigal-son/.
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- Martyn Lloyd-Jones, “La parabole du fils prodigue,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/the-parable-of-the-prodigal-son/.
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