Texte
Marc 16:1-8
En bref
Les femmes vont au sépulcre sans songer à la pierre, portées par l’amour. Luther se tourne vers la parole de Paul, « ressuscité pour notre justification » : nos péchés, posés sur Christ, n’ont pu le retenir. Quand le péché remue encore, la foi et le sentiment sont deux choses différentes : « Vous avez beau attacher un porc aussi bien que vous voudrez, vous ne pouvez l’empêcher de grogner. »
1. En premier lieu, nous examinerons brièvement le texte de ce récit, puis nous parlerons des bienfaits de la résurrection de Christ et de la manière dont nous devons bâtir sur elle. Le texte dit : « Lorsque le sabbat fut passé ». Il faut nous souvenir ici que Marc parle du sabbat selon la coutume des Hébreux ; car, selon la manière de compter des Juifs, le jour commençait le soir et durait jusqu’au soir du lendemain, comme le dit le premier chapitre de la Genèse : « il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour », « le second jour », « le troisième jour », et ainsi de suite. Ainsi le premier et le plus grand sabbat commença le soir du jour où Christ fut crucifié, c’est-à-dire à l’heure du coucher du soleil, le vendredi soir. Notre manière de compter en fausse le sens. Hier était le grand sabbat, pendant lequel Christ reposa dans le sépulcre ; outre celui-là, les Juifs avaient sept jours pleins qu’ils célébraient et qu’ils appelaient tous sabbats, en les comptant à partir du premier jour de fête après le grand sabbat, qu’ils nommaient prima sabbathorum (le premier des sabbats), et le troisième jour de fête secunda sabbathorum (le second des sabbats), et ainsi de suite. En ces jours-là, ils ne mangeaient que des galettes et du pain sans levain ; c’est pourquoi l’évangéliste les appelle aussi les jours des pains sans levain. Nous devons en conclure que Christ ressuscita avant le lever du soleil, et avant que l’ange ne descendît dans le tremblement de terre. L’ange ne vint qu’ensuite pour ouvrir le sépulcre vide, etc., ainsi que les évangélistes l’ont clairement décrit.
2. Mais voici que se pose la question : comment pouvons-nous dire qu’il ressuscita le troisième jour, puisqu’il ne resta dans le sépulcre qu’un jour et deux nuits ? Selon le calcul des Juifs, ce ne fut qu’un jour et demi ; comment donc maintenir notre croyance qu’il y eut trois jours ? À cela nous répondons qu’il fut dans l’état de mort au moins une partie de chacun de ces trois jours. Car il mourut vers deux heures, le vendredi, et fut donc mort environ deux heures le premier jour. Après cette nuit-là, il reposa dans le sépulcre toute la journée, qui est le vrai sabbat. Le troisième jour, celui que nous célébrons aujourd’hui, il ressuscita des morts ; il demeura ainsi dans l’état de mort une partie de ce jour-là, tout comme nous disons qu’une chose s’est passée le jour de Pâques, bien qu’elle arrive le soir, en une portion seulement de la journée. C’est en ce sens que Paul et les évangélistes disent qu’il ressuscita le troisième jour.
3. Christ devait rester dans le sépulcre ce temps-là et pas davantage, afin que nous puissions penser que son corps demeurait naturellement intact et que la décomposition n’avait pas encore commencé. Il sortit du sépulcre si tôt que nous pouvons présumer que la corruption ne s’était pas encore produite selon le cours de la nature ; car un cadavre ne peut rester plus de trois jours sans commencer à se décomposer. C’est pourquoi Christ devait ressusciter le troisième jour, avant d’avoir vu la corruption.
4. Il faut aussi remarquer tout particulièrement ici le grand désir et l’amour des femmes pour le Seigneur : sans réfléchir et seules, elles se rendent de grand matin au sépulcre, sans penser à la grande pierre qui avait été roulée devant le tombeau. Elles auraient pu y penser et emmener un homme avec elles. Mais elles agissent comme des personnes craintives et affligées, et c’est pourquoi elles se mettent en chemin sans même songer aux choses les plus nécessaires. Elles ne pensent pas même aux gardes revêtus de leurs armures, ni à la colère de Pilate et des Juifs ; mais, hardiment, elles en courent librement le risque, et seules elles s’aventurent sur le chemin. Qu’est-ce qui poussait ces bonnes femmes à exposer leur vie et leur corps ? Ce n’était rien d’autre que le grand amour qu’elles portaient au Seigneur, et qui avait pénétré si profondément dans leur cœur que, pour l’amour de lui, elles auraient risqué mille vies. Ce courage, elles ne le tenaient pas d’elles-mêmes ; mais ici se révéla la puissance de la résurrection de Christ, dont l’Esprit rend ces femmes, craintives par nature, si hardies et si courageuses qu’elles osent faire des choses qui auraient pu effrayer un homme.
5. Ces femmes nous montrent aussi un bel exemple d’un cœur spirituel qui entreprend une tâche impossible, dont le monde entier désespérerait. Et pourtant un tel cœur tient ferme et l’accomplit, sans juger la tâche impossible. Voilà ce que nous dirons pour le moment sur ce récit ; voyons maintenant quels sont les fruits et les bienfaits de la résurrection de Christ.
II. LES FRUITS ET LES BIENFAITS DE LA RÉSURRECTION DE CHRIST.
6. Saint Paul écrit en Romains 4:25 ce qui suit : Christ « a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification. » Paul est vraiment l’homme qui exalte Christ de main de maître, en nous disant exactement pourquoi et dans quel but il a souffert, et comment nous devons nous conformer à ses souffrances, à savoir qu’il est mort pour nos péchés. C’est là une juste interprétation des souffrances de Christ, dont nous pouvons tirer profit. Et de même qu’il ne suffit pas de savoir et de croire que Christ est mort, de même il ne suffira pas de savoir et de croire qu’il est ressuscité avec un corps glorifié et qu’il est maintenant dans la joie et la félicité, n’étant plus sujet à la mort ; car tout cela ne me servirait de rien, ou de bien peu. Mais quand j’en viens à comprendre que toutes les œuvres que Dieu accomplit en Christ sont accomplies pour moi, bien plus, qu’elles me sont accordées et données, et que l’effet de sa résurrection est que moi aussi je ressusciterai et vivrai avec lui, voilà ce qui me réjouira. Il faut que cela pénètre jusqu’à nos cœurs ; nous ne devons pas seulement l’entendre avec les oreilles de notre corps, ni seulement le confesser de notre bouche.
7. Vous avez entendu, dans le récit de la Passion, comment Christ nous est dépeint comme notre modèle et notre aide, et que celui qui le suit et s’attache à lui reçoit l’Esprit, qui le rendra capable de souffrir lui aussi. Mais les paroles de Paul sont plus chrétiennes, et elles devraient toucher nos cœurs de plus près et nous consoler davantage, quand il dit que Christ « est ressuscité pour notre justification ». Ici se révèle vraiment l’Agneau dont Jean-Baptiste rend témoignage, quand il dit en Jean 1:29 : « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. » Ici s’accomplit ce qui fut dit au serpent : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t’écrasera la tête », ce qui signifie que, pour tous ceux qui croient en lui, l’enfer, la mort, le diable et le péché ont été anéantis. De la même manière s’accomplit aujourd’hui la promesse que Dieu fit à Abraham, quand il lui dit en Genèse 22:18 : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité ». C’est Christ qui est désigné ici, lui qui ôte notre malédiction et la puissance du péché, de la mort et du diable.
8. Tout cela se fait, dis-je, par la foi. Car si vous croyez que par cette postérité le serpent a été mis à mort, il est mis à mort pour vous ; et si vous croyez qu’en cette postérité toutes les nations doivent être bénies, alors vous êtes béni, vous aussi. Car chacun, pour sa part, aurait dû écraser le serpent sous ses pieds et se racheter lui-même de la malédiction, ce qui nous eût été trop difficile, bien plus, impossible. Mais maintenant cela s’est fait aisément, à savoir par Christ, qui a écrasé le serpent une fois pour toutes, qui seul nous est donné comme bénédiction et comme grâce, et qui a fait publier cet Évangile par tout le monde, afin que celui qui croit, qui l’accepte et s’y attache, le possède aussi et soit assuré qu’il en est comme il le croit. Car dans le cœur d’un tel homme la Parole devient si puissante qu’il vaincra la mort, le diable, le péché et toute adversité, comme Christ lui-même l’a fait. La Parole est si puissante que Dieu lui-même se laisserait vaincre plutôt que de laisser sa Parole être vaincue.
9. Tel est le sens de ces paroles de saint Paul : Christ « est ressuscité pour notre justification ». Ici Paul détourne mes yeux de mes péchés et les dirige vers Christ ; car si je regarde mes péchés, ils me perdront. Je dois donc regarder à Christ, qui a pris mes péchés sur lui, qui a écrasé la tête du serpent et qui est devenu la bénédiction. Désormais ils ne chargent plus ma conscience, mais ils reposent sur Christ, qu’ils veulent anéantir. Voyons comment ils le traitent. Ils le jettent à terre et le mettent à mort. Ô Dieu, où est maintenant mon Christ, mon Sauveur ? Mais alors Dieu paraît, délivre Christ et le rend à la vie ; et non seulement il le rend à la vie, mais il l’élève au ciel et le fait régner sur toutes choses. Qu’est-il maintenant advenu du péché ? Le voilà gisant sous ses pieds. Si donc je m’attache à cela, j’ai une conscience joyeuse comme Christ, parce que je suis sans péché. Désormais je puis défier la mort, le diable, le péché et l’enfer de me faire aucun mal. Parce que je suis un enfant d’Adam, ils peuvent bien faire en sorte que je doive mourir. Mais puisque Christ a pris mes péchés sur lui, qu’il est mort pour eux, qu’il s’est laissé mettre à mort à cause de mes péchés, ils ne peuvent plus me nuire ; car Christ est trop fort pour eux : ils ne peuvent le retenir, il fait irruption, il les terrasse, il monte au ciel (il emmène captifs le péché et la tristesse, éd. de 1531), et il règne là-haut sur toutes choses dans l’éternité. Maintenant j’ai une conscience pure, je suis joyeux et heureux, et je n’ai plus peur de ce tyran, car Christ m’a ôté mes péchés et les a faits siens. Mais ils ne peuvent demeurer sur lui ; que deviennent-ils donc ? Il faut qu’ils disparaissent et qu’ils soient anéantis. Tel est donc l’effet de la foi. Celui qui croit que Christ a ôté notre péché est sans péché, comme Christ lui-même ; et la mort, le diable et l’enfer sont vaincus en ce qui le concerne, et ils ne peuvent plus lui nuire.
10. Nous rapportons aussi à ceci le passage d’Osée 13:14, que Paul cite au sujet de la victoire que Christ a remportée par sa résurrection, et par laquelle il a vaincu le péché, la mort, l’enfer et tous nos ennemis. Paul dit que la mort est engloutie dans cette victoire, et il défie la mort par ces paroles : « O mort, où est ta victoire? O mort, où est ton aiguillon? » C’est comme si Paul disait : Ô mort, où sont tes dents ? Viens, arrache-moi d’une morsure l’un de mes doigts. Tu avais autrefois un dard ; qu’est-il devenu maintenant ? Christ te l’a ôté. Mort, où est maintenant ton dard, etc. ? Péché, où sont maintenant le tranchant de ton épée et ta puissance ? Paul dit que la puissance du péché, c’est la loi. Plus nous comprenons clairement la loi, plus le péché nous accable et nous pique. C’est pourquoi Paul dit que Christ a entièrement détruit et anéanti le dard et la pierre à aiguiser de la mort. Or, cet Évangile, il ne l’a pas emporté avec lui au ciel, mais il l’a fait prêcher par tout le monde, afin que, pour celui qui croit en Christ, le dard et la pierre à aiguiser, que dis-je, le péché et la mort, soient détruits. Voilà le véritable Évangile, qui donne la vie, la force, la puissance et la moelle, et dont parlent tous les passages de l’Écriture.
11. Cherchez donc Christ et apprenez à le bien connaître, car l’Écriture tout entière nous confère la justice de la vraie connaissance de Christ. Mais c’est le Saint-Esprit qui doit opérer cela. Prions donc Dieu que son Évangile prospère, que nous apprenions tous à connaître véritablement Christ, et qu’ainsi nous ressuscitions avec lui et soyons honorés de Dieu comme il a été honoré.
12. Ici se pose la question : si Christ, par sa résurrection, a ôté la mort et nos péchés et nous a justifiés, pourquoi sentons-nous encore en nous la mort et le péché ? Car nos péchés nous tourmentent encore, notre conscience nous pique, et cette mauvaise conscience fait naître la crainte de l’enfer.
13. À cela je réponds : je l’ai souvent dit déjà, sentir et croire sont deux choses différentes. Il est de la nature de la foi de ne pas sentir, de mettre de côté la raison et de fermer les yeux, de se soumettre absolument à la Parole et de la suivre dans la vie et dans la mort. Le sentiment, au contraire, ne s’étend pas au-delà de ce que peuvent saisir la raison et les sens, de ce qui peut être entendu, vu, touché et connu par les sens extérieurs ; c’est pourquoi le sentiment est opposé à la foi, et la foi est opposée au sentiment. Aussi l’auteur de l’Épître aux Hébreux écrit-il de la foi : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une démonstration de celles qu’on ne voit pas. » Car si nous voyions Christ de nos yeux dans le ciel, comme on voit le soleil, nous n’aurions pas besoin de le croire. Mais puisque Christ est mort pour nos péchés et est ressuscité pour notre justification, nous ne pouvons ni le voir ni le sentir, et nous ne pouvons pas non plus le comprendre par notre raison. C’est pourquoi nous devons faire abstraction de notre sentiment et recevoir la Parole seule, l’écrire dans notre cœur et nous y attacher, même s’il semble que mes péchés ne m’ont pas été ôtés, et même si je les sens encore en moi. Il ne faut pas avoir égard à nos sentiments, mais nous devons affirmer avec constance que la mort, le péché et l’enfer ont été vaincus, bien que je sente que je suis encore sous la puissance de la mort, du péché et de l’enfer. Car, bien que nous sentions que le péché est encore en nous, cela n’est permis qu’afin que notre foi se développe et s’affermisse, qu’en dépit de tous nos sentiments nous recevions la Parole, et que nous unissions de plus en plus nos cœurs et nos consciences à Christ. Ainsi la foi nous conduit paisiblement, à l’encontre de tout sentiment et de toute compréhension de la raison, à travers le péché, à travers la mort et à travers l’enfer. Alors nous verrons le salut devant nos yeux, et alors nous connaîtrons parfaitement ce que nous avons cru, savoir que la mort et toute affliction ont été vaincues.
14. Prenez pour exemple les poissons dans l’eau. Lorsqu’ils sont pris dans le filet, vous le menez doucement, de sorte qu’ils s’imaginent être encore dans l’eau ; mais quand vous les tirez vers le rivage, ils sont à découvert et commencent à se débattre, et c’est alors seulement qu’ils sentent qu’ils sont pris. Il en est de même des âmes prises par l’Évangile, que Christ compare à un filet, Matthieu 13:47. Lorsque le cœur a été vaincu, la Parole unit ce pauvre cœur à Christ et le tire doucement et paisiblement de l’enfer et du péché, bien que l’âme sente encore le péché et s’imagine être encore sous sa puissance. Alors commence un combat : les sentiments luttent contre l’Esprit et la foi, et l’Esprit et la foi contre nos sentiments ; et plus la foi grandit, plus nos sentiments diminuent, et inversement. Nous avons encore en nous des péchés, comme l’orgueil, l’avarice, la colère, et ainsi de suite, mais uniquement pour nous conduire à la foi, afin que la foi grandisse de jour en jour, que l’homme devienne enfin un chrétien accompli et observe le vrai sabbat, se consacrant entièrement à Christ. Alors la conscience doit devenir calme et satisfaite, et toutes les vagues déferlantes du péché s’apaiser. Car, comme sur la mer une lame suit l’autre et la heurte, comme si elles voulaient détruire le rivage, et pourtant elles doivent disparaître et se détruire elles-mêmes, ainsi nos péchés luttent contre nous et voudraient nous jeter dans le désespoir, mais à la fin ils doivent cesser, se lasser et disparaître.
15. En second lieu, la mort est encore à nos côtés. Elle aussi doit exercer la foi de celui qui croit que la mort a été mise à mort et que toute sa puissance lui a été ôtée. Or, la raison sent que la mort est encore à nos côtés et qu’elle ne cesse de nous inquiéter. Celui qui suit ses sentiments périra, mais celui qui s’attache de cœur à la Parole sera délivré. Or, si le cœur s’attache à la Parole, la raison suivra aussi ; et si la raison suit, tout suivra : le désir, l’amour et tout ce qui est dans l’homme. Oui, nous désirons que tous en viennent à tenir la mort pour morte et sans pouvoir. Mais cela ne peut arriver avant que le vieil homme, c’est-à-dire le vieil Adam, soit entièrement détruit ; et en attendant s’accomplit ce dont Christ parle en Matthieu 13:33, où il compare le royaume de Dieu au levain qu’une femme prit et cacha dans trois mesures de farine. Car, même si le pétrissage a commencé, la farine n’est pas encore entièrement levée. Il en est de même ici. Bien que le cœur s’attache à la conviction que la mort et l’enfer sont détruits, le levain ne l’a pourtant pas encore entièrement pénétré. Car il doit pénétrer et imprégner tous les membres du corps, jusqu’à ce que tout soit levé et pur, et qu’il ne reste rien qu’une foi pure. Cela n’arrivera pas avant que le vieil homme soit entièrement détruit ; alors tout ce qui est dans l’homme est semblable à Christ, du centre jusqu’à la circonférence.
16. Ces deux choses, le péché et la mort, nous restent donc afin que nous cultivions et exercions notre foi, pour qu’elle devienne plus parfaite dans notre cœur de jour en jour, qu’elle éclate enfin, et que tout ce que nous sommes, corps et âme, devienne plus semblable à Christ. Car lorsque le cœur s’attache à la Parole, les sentiments et les raisonnements doivent céder. Puis, avec le temps, la volonté aussi s’attache à la Parole, et avec la volonté tout le reste, notre désir et notre amour, jusqu’à ce que nous nous abandonnions entièrement à l’Évangile, que nous soyons renouvelés et laissions derrière nous le vieux péché. Alors vient une autre lumière, d’autres sentiments, une autre manière de voir, une autre manière d’entendre, d’agir et de parler, et aussi un autre jaillissement de bonnes œuvres. Or, nos scolastiques et nos papistes ont enseigné une piété extérieure ; ils voudraient commander aux yeux de ne pas voir et aux oreilles de ne pas entendre, et faire entrer la piété dans nos cœurs par le dehors. Ah ! combien cela est loin de la vérité ! Mais voici comment la chose se fait : lorsque le cœur et la conscience s’attachent par la foi à la Parole, ils débordent en œuvres, de sorte que, lorsque le cœur est saint, tous les membres deviennent saints, et les bonnes œuvres suivent naturellement.
17. C’est là ce que signifie le sabbat qui devait être sanctifié, et pendant lequel le Seigneur reposa paisiblement dans le sépulcre. Il signifie que nous devons nous reposer de toutes nos œuvres, ne pas bouger, que dis-je, ne permettre à aucun péché de remuer en nous, mais croire fermement que la mort, l’enfer, le péché et le diable sont détruits par la mort de Christ, et que nous sommes justes, pieux, saints, et par conséquent contents, n’éprouvant plus aucun péché. Alors tous les membres sont calmes et tranquilles, persuadés que le péché et la mort sont vaincus et terrassés. Mais cela ne peut se faire, comme je l’ai dit, avant que ce corps impuissant et misérable et le vieil Adam soient détruits. C’est pourquoi il est bien nécessaire qu’il nous soit demandé d’observer ce sabbat. Car, de même que Christ repose dans le sépulcre le jour du sabbat, sans jamais sentir ni bouger, ainsi doit-il en être de nous, comme nous l’avons entendu : nos sentiments et nos actions doivent cesser. Et je le dis encore : cela ne peut s’accomplir avant que le vieil Adam soit anéanti. Néanmoins nous éprouvons encore en nous le péché et la mort, nous luttons avec eux et combattons contre eux. Vous avez beau attacher un porc aussi bien que vous voudrez, vous ne pouvez l’empêcher de grogner (jusqu’à ce qu’il soit étranglé et tué, éd. 1530). Ainsi en est-il des péchés dans notre chair. Comme ils ne sont pas encore entièrement vaincus et mis à mort, ils sont encore actifs ; mais quand la mort vient, il faut qu’ils meurent aussi, et alors nous sommes des chrétiens parfaits et purs, mais pas avant. Voilà pourquoi nous devons mourir : afin d’être entièrement délivrés du péché et de la mort. Que ces paroles sur les fruits de la résurrection de Christ suffisent pour le moment ; nous terminerons par elles. Prions Dieu de nous faire la grâce de les comprendre et d’apprendre à bien connaître Christ.
Domaine public. Texte source de l’édition originale.
Citer ce sermon
Copiez la référence dans le style dont vous avez besoin.
- MLA
- Luther, Martin. “De la résurrection de Christ.” Sermon. Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/of-christs-resurrection/.
- Chicago
- Luther, Martin. “De la résurrection de Christ.” Sermon. Ochorus. https://ochorus.com/fr/sermons/of-christs-resurrection/.
- Chicago footnote
- Martin Luther, “De la résurrection de Christ,” sermon, Ochorus, https://ochorus.com/fr/sermons/of-christs-resurrection/.
- BibTeX
- @misc{lutherresurrection, author = {Luther, Martin}, title = {{De la résurrection de Christ}}, howpublished = {Sermon}, publisher = {Ochorus}, url = {https://ochorus.com/fr/sermons/of-christs-resurrection/} }