Sermon · 37 min de lecture· 1859 · Modéré

La grâce gratuite

Portrait de Charles H. Spurgeon Charles H. Spurgeon

Texte

Ézéchiel 36:32

En bref

Le salut n’est point « à cause de vous » : Spurgeon démonte les deux péchés enracinés jusqu’à la moelle — la confiance en soi et l’exaltation de soi — et montre que Dieu sauve à cause de son propre nom, entièrement par grâce. Ainsi le plus vil des pécheurs peut venir les mains vides, et les rachetés n’ont rien dont se glorifier, sinon le cœur tendre de Dieu.

« Ce n’est pas à cause de vous que j’agis de la sorte, dit le Seigneur, l’Éternel, sachez-le : ayez honte et rougissez de votre conduite, ô maison d’Israël. » — Ézéchiel 36:32.

Il y a deux péchés de l’homme qui sont enracinés jusqu’à la moelle, et qui se manifestent sans cesse dans la chair. L’un est la confiance en soi, et l’autre l’exaltation de soi. Il est très difficile, même aux meilleurs des hommes, de se garder de la première erreur. Les plus saints des chrétiens, et ceux qui comprennent le mieux l’Évangile de Christ, trouvent en eux-mêmes un penchant constant à regarder à la puissance de la créature, au lieu de regarder à la puissance de Dieu, et à la puissance de Dieu seule. À maintes et maintes reprises, la Sainte Écriture doit nous rappeler ce que nous ne devrions jamais oublier : que le salut est l’œuvre de Dieu du commencement à la fin, et qu’il ne vient pas de l’homme, ni par l’homme. Mais il en est ainsi : cette vieille erreur — que nous aurions à nous sauver nous-mêmes, ou que nous aurions à faire quelque chose dans l’affaire du salut — se dresse toujours, et nous nous trouvons continuellement tentés par elle de nous écarter de la simplicité de notre foi en la puissance du Seigneur notre Dieu. Eh quoi ! Abraham lui-même ne fut pas exempt de la grande erreur de se confier en sa propre force. Dieu lui avait promis qu’il lui donnerait un fils — Isaac, l’enfant de la promesse. Abraham le crut, mais à la fin, las d’attendre, il adopta l’expédient charnel de prendre pour femme Agar, et il s’imagina qu’Ismaël serait très certainement l’accomplissement de la promesse de Dieu ; mais, loin d’aider à accomplir la promesse, Ismaël apporta la douleur au cœur d’Abraham, car Dieu ne voulut point qu’Ismaël demeurât avec Isaac. « Chasse, dit l’Écriture, l’esclave et son fils ; car le fils de l’esclave n’héritera point avec le fils de la femme libre. » Or, dans l’affaire du salut, nous sommes portés à penser que Dieu tarde longtemps à accomplir sa promesse, et nous nous mettons nous-mêmes à l’œuvre pour faire quelque chose ; et que faisons-nous ? Nous nous enfonçons plus profondément dans la fange, et nous amassons pour nous-mêmes un trésor de futurs troubles et de futures épreuves. Ne lisons-nous pas qu’il en coûta au cœur d’Abraham de renvoyer Ismaël ? Ah ! et bien des chrétiens ont été affligés par ces œuvres de la nature qu’ils avaient accomplies dans le dessein d’aider le Dieu de la grâce. Ô bien-aimés, nous nous trouverons très souvent tentant la folle tâche d’assister l’Omnipotence et d’instruire l’Omniscient. Au lieu de regarder à la grâce seule pour nous sanctifier, nous nous trouvons adoptant des règles et des principes philosophiques dont nous pensons qu’ils accompliront l’œuvre divine. Nous ne ferons que la gâter ; nous introduirons l’affliction dans nos propres esprits. Mais si, au contraire, en toute œuvre nous levons les yeux vers le Dieu de notre salut pour obtenir aide, force, grâce et secours, alors notre œuvre s’avancera pour notre propre joie et consolation, et pour la gloire de Dieu. Cette erreur, dis-je, est donc dans nos os, et demeurera toujours avec nous ; et c’est pourquoi les paroles du texte sont posées comme un antidote contre cette erreur. Il est clairement déclaré dans notre texte que le salut vient de Dieu. « Ce n’est pas à cause de vous que Je fais cela. » Il ne dit rien de ce que nous avons fait ou pouvons faire. Tous les versets qui précèdent et tous ceux qui suivent parlent de ce que Dieu fait. « Je vous retirerai d’entre les nations. » « Je répandrai sur vous une eau pure. » « Je vous donnerai un cœur nouveau. » « Je mettrai mon esprit au dedans de vous. » Tout vient de Dieu : c’est pourquoi rappelons encore à notre mémoire cette doctrine, et renonçons à toute confiance en notre propre force et en notre propre puissance.

L’autre erreur à laquelle l’homme est très enclin, c’est celle de se confier en son propre mérite. Bien qu’il n’y ait aucune justice en aucun homme, il y a pourtant en chacun un penchant à se fier à quelque mérite imaginaire. Étrange qu’il en soit ainsi, mais les caractères les plus réprouvés ont encore quelque vertu, à ce qu’ils s’imaginent, sur laquelle ils s’appuient. Vous verrez l’ivrogne le plus abandonné se glorifier de n’être point un jureur. Vous verrez l’ivrogne blasphémateur se glorifier d’être du moins honnête. Vous verrez des hommes sans aucune autre vertu au monde exalter ce qu’ils s’imaginent être une vertu — le fait qu’ils ne prétendent en avoir aucune ; et ils se croient extrêmement excellents parce qu’ils ont assez d’honnêteté, ou plutôt assez d’impudence, pour confesser qu’ils sont entièrement vils. D’une manière ou d’une autre, l’esprit humain s’attache au mérite humain ; il s’y cramponnera toujours, et lorsque vous lui ôtez tout ce sur quoi vous croyez qu’il pourrait s’appuyer, en moins d’un instant il se façonne de lui-même quelque autre fondement de confiance. La nature humaine, à l’égard de son propre mérite, est semblable à l’araignée : elle porte son soutien dans ses propres entrailles, et il semble qu’elle continuerait de filer durant toute l’éternité. Vous pouvez balayer une toile, elle en forme bientôt une autre ; vous pouvez ôter le fil d’un endroit, vous le trouverez accroché à votre doigt, et lorsque vous cherchez à le balayer d’une main, vous le trouvez accroché à l’autre. Il est difficile de s’en défaire ; il est toujours prêt à filer sa toile et à se lier à quelque faux fondement de confiance. C’est contre tout mérite humain que je vais parler ce matin, et je sens que je vais offenser bien des gens ici présents. Je m’apprête à prêcher une doctrine qui est fiel et vinaigre pour la chair et le sang, une doctrine qui fera grincer des dents aux moralistes justes, et qui en fera partir d’autres, déclarant que je suis un antinomien, et peut-être à peine digne de vivre. Toutefois, cette conséquence n’est pas de celles que je déplorerai beaucoup, si à elle se joint, dans d’autres cœurs, une soumission à cette glorieuse vérité, et un abandon à la puissance et à la grâce de Dieu, qui ne nous sauvera jamais, à moins que nous ne soyons prêts à lui laisser toute la gloire.

Premièrement, je m’efforcerai d’exposer amplement la doctrine contenue dans ce texte ; en second lieu, je m’efforcerai d’en montrer la force et la véracité ; et puis, en troisième lieu, j’implorerai le Saint-Esprit de Dieu afin d’appliquer les leçons utiles et pratiques qui en doivent être tirées.

I. Je m’efforcerai d’EXPOSER CE TEXTE. « Ce n’est pas à cause de vous que je fais cela, dit le Seigneur, l’Éternel. » Le motif du salut du genre humain se trouve dans le sein de Dieu, et non dans le caractère ou la condition de l’homme. Deux races se sont révoltées contre Dieu — l’une angélique, l’autre humaine. Lorsqu’une partie de cette race angélique se révolta contre le Très-Haut, la justice les atteignit promptement ; ils furent balayés de leurs sièges étoilés dans le ciel, et depuis lors ils sont réservés dans les ténèbres pour le grand jour de la colère de Dieu. Aucune miséricorde ne leur fut jamais présentée, aucun sacrifice ne fut jamais offert pour eux ; mais ils demeurèrent sans espérance et sans miséricorde, à jamais livrés au gouffre du tourment éternel. La race humaine, bien inférieure dans l’ordre de l’intelligence, pécha tout aussi atrocement ; du moins, si les péchés de l’humanité dont nous avons entendu parler étaient rassemblés et justement pesés, je comprends à peine comment même les péchés des démons pourraient être beaucoup plus noirs que le péché du genre humain. Cependant, le Dieu qui, dans son infinie justice, passa outre aux anges, et les laissa expier à jamais leurs offenses dans les feux de l’enfer, daigna abaisser ses regards sur l’homme. Voilà une élection à grande échelle : l’élection de l’humanité et la réprobation de l’angélité déchue. Quelle en était la raison ? La raison était dans la pensée de Dieu, une raison insondable que nous ne connaissons pas, et que, si nous la connaissions, nous ne pourrions probablement pas comprendre. Si l’on nous avait mis, vous et moi, devant le choix de qui devrait être épargné, je crois bien probable que nous aurions choisi que les anges déchus fussent sauvés. Ne sont-ils pas les plus brillants ? N’ont-ils pas la plus grande force d’esprit ? S’ils avaient été rachetés, cela n’aurait-il pas glorifié Dieu davantage, à notre jugement, que le salut de vers de terre tels que nous ? Ces êtres resplendissants — Lucifer, fils de l’aurore, et ces étoiles qui marchaient à sa suite — s’ils avaient été lavés dans son sang rédempteur, s’ils avaient été sauvés par une miséricorde souveraine, quel cantique n’auraient-ils pas élevé vers le Dieu très-haut et éternel ! Mais Dieu, qui fait ce qu’il veut de ce qui est à lui, et qui ne rend compte d’aucune de ses affaires, mais qui traite ses créatures comme le potier traite son argile, ne prit point la nature des anges, mais prit la postérité d’Abraham, et choisit les hommes pour être les vases de sa miséricorde. Ce fait, nous le connaissons, mais où en est la raison ? Assurément pas dans l’homme. « Ce n’est pas à cause de vous que je fais cela. Ô maison d’Israël, ayez honte et rougissez de votre conduite. »

Ici, bien peu d’hommes soulèvent d’objection. Nous remarquons que, si nous parlons de l’élection des hommes et de la non-élection des anges déchus, il ne se trouve pas une chicane un seul instant. Tout homme approuve le calvinisme jusqu’à ce qu’il sente qu’il en est le perdant ; mais quand la chose commence à toucher ses propres os et sa propre chair, alors il regimbe contre elle. Venons-en donc plus avant. La seule raison pour laquelle un homme est sauvé, et non un autre, ne réside en aucun sens dans l’homme qui est sauvé, mais dans le sein de Dieu. La raison pour laquelle, en ce jour, l’Évangile vous est prêché, à vous et non aux païens lointains, ce n’est pas parce que, en tant que race, nous serions supérieurs aux païens ; ce n’est pas parce que nous mériterions davantage de la main de Dieu ; son choix de la Grande-Bretagne, dans l’élection du privilège extérieur, n’est point causé par l’excellence de la nation britannique, mais entièrement à cause de sa propre miséricorde et de son propre amour. Il n’y a en nous aucune raison pour que l’Évangile nous soit prêché plus qu’à toute autre nation. Aujourd’hui, quelques-uns d’entre nous ont reçu l’Évangile, en ont été transformés, et sont devenus les héritiers de la lumière et de l’immortalité, tandis que d’autres demeurent encore héritiers de la colère. Mais il n’y a en nous aucune raison pour que nous ayons été pris et d’autres laissés.

« Il n’y avait rien en nous qui méritât l’estime,

Ni qui pût réjouir le Créateur.

C’était : “ Ainsi soit-il, ô Père ! ” que sans cesse nous devons chanter,

Parce qu’il a paru bon à tes yeux. »

Et maintenant, examinons cette doctrine tout au long. La Sainte Écriture nous enseigne que, bien avant que ce monde fût fait, Dieu connaissait et prévoyait d’avance toutes les créatures qu’il se proposait de façonner ; et là, dès lors, prévoyant que le genre humain tomberait dans le péché et mériterait sa colère, il détermina, dans sa pensée souveraine, qu’une immense portion du genre humain serait ses enfants, et serait amenée au ciel. Quant au reste, il les abandonna à ce qu’ils méritaient : à semer le vent et à moissonner la tempête, à répandre le crime et à hériter du châtiment. Or, dans le grand décret de l’élection, la seule raison pour laquelle Dieu choisit les vases de miséricorde ne peut avoir été que parce qu’il voulait le faire. Il n’y avait en aucun d’eux rien qui portât Dieu à les choisir. Nous étions tous semblables, tous perdus, tous ruinés par la chute ; tous sans le moindre droit à sa miséricorde ; tous, en vérité, méritant sa vengeance la plus extrême. Son choix d’un seul, et son choix de tout son peuple, sont sans cause, pour tout ce qui les concernait. Ce fut l’effet de sa volonté souveraine, et de rien de ce qu’ils firent, purent faire, ou même voulurent faire ; car ainsi parle le texte : « Ce n’est pas à cause de vous que je fais cela, ô maison d’Israël ! »

Quant au fruit de notre élection, au temps marqué Christ vint dans ce monde, et acheta de son sang tous ceux que le Père a choisis. Venez maintenant à la croix de Christ ; apportez cette doctrine avec vous, et souvenez-vous que la seule raison pour laquelle Christ livra sa vie pour être une rançon en faveur de ses brebis, ce fut parce qu’il aimait son peuple ; mais il n’y avait rien en son peuple qui le fît mourir pour lui. Je pensais, en venant ici ce matin, que si quelqu’un s’imaginait que l’amour de Dieu envers nous fût causé par quelque chose en nous, ce serait comme si un homme regardait au fond d’un puits pour y trouver les sources de l’océan, ou creusait dans une fourmilière pour y trouver une Alpe. L’amour de Dieu est si immense, si illimité et si infini, que vous ne pouvez concevoir un seul instant qu’il ait pu être causé par quoi que ce soit en nous. Le peu de bien qui est en nous — le néant de bien qui est en nous, car il n’y en a point — ne saurait avoir causé cet amour sans bornes, sans fond, sans rivage, sans sommet, que Dieu manifeste à son peuple. Tenez-vous au pied de la croix, vous, marchands de mérite, vous qui vous complaisez en vos propres œuvres ; et répondez à cette question : pensez-vous que le Seigneur de vie et de gloire ait pu être abaissé du ciel, ait pu être formé comme un homme, et ait été conduit à mourir par quelque mérite qui fût le vôtre ? Ces veines sacrées seraient-elles ouvertes par une lancette moins aiguë que son propre amour infini ? Concevez-vous que vos pauvres mérites, tels qu’ils sont, puissent être assez efficaces pour clouer le Rédempteur au bois, et lui faire courber les épaules sous l’énorme fardeau de la faute du monde ? Vous ne pouvez l’imaginer. La conséquence est si grande, comparée à ce que vous supposez être le cas, que votre logique défaille en un instant. Vous pouvez concevoir qu’un insecte de corail élève un rocher par sa multitude, et par ses longues années de travail ; mais vous ne pouvez concevoir que tous les mérites accumulés de l’humanité, s’il existait de telles choses, aient pu faire descendre l’Éternel du trône de sa majesté, et l’aient courbé jusqu’à la mort de la croix : voilà une chose aussi clairement impossible, pour tout esprit réfléchi, que l’impossibilité peut l’être. Non ; de la croix vient le cri : « Ce n’est pas à cause de vous que je fais cela, ô maison d’Israël. »

Après la mort de Christ vient, en second lieu, l’œuvre du Saint-Esprit. Ceux que le Père a choisis, et que le Fils a rachetés, le Saint-Esprit, au temps marqué, les appelle « des ténèbres à son admirable lumière ». Or, l’appel du Saint-Esprit se fait sans aucun égard à quelque mérite en nous. Si, en ce jour, le Saint-Esprit appelait hors de cette assemblée cent hommes, et les faisait sortir de leur état de péché pour entrer dans un état de justice, vous pourriez amener ces cent hommes, les faire passer en revue, et, si vous pouviez lire dans leurs cœurs, vous seriez contraints de dire : « Je ne vois aucune raison pour laquelle l’Esprit de Dieu ait dû agir sur ceux-ci. Je ne vois rien du tout qui ait pu mériter une telle grâce — rien qui ait pu causer les opérations et les mouvements de l’Esprit dans ces hommes. » Car, voyez plutôt. Par nature, les hommes sont dits morts dans le péché. Si le Saint-Esprit vivifie, ce ne peut être à cause de quelque puissance dans les hommes morts, ni de quelque mérite en eux, car ils sont morts, corrompus et pourris dans le tombeau de leur péché. Si donc le Saint-Esprit dit : « Sortez et vivez », ce n’est point à cause de quoi que ce soit dans les ossements desséchés ; ce doit être pour quelque raison dans sa propre pensée, mais non en nous. C’est pourquoi sachez ceci, hommes et frères : nous nous tenons tous sur un même pied. Aucun de nous n’a rien qui puisse nous recommander à Dieu ; et si l’Esprit choisit d’agir dans nos cœurs pour le salut, il faut qu’il y soit porté par son propre amour suprême, car il ne saurait y être porté par aucune bonne volonté, aucun bon désir, ni aucune bonne œuvre qui demeure en nous par nature.

Pour aller un peu plus loin : cette vérité, qui tient bon jusqu’ici, tient bon jusqu’au bout. Le peuple de Dieu, après avoir été appelé par la grâce, est conservé en Jésus-Christ ; ils sont « gardés par la puissance de Dieu, par la foi, pour le salut » ; il ne leur est pas permis de dissiper par le péché leur héritage éternel, mais à mesure que les tentations s’élèvent, il leur est donné la force pour les affronter, et à mesure que le péché les noircit, ils sont lavés de nouveau, et purifiés encore. Mais remarquez-le : la raison pour laquelle Dieu garde son peuple est la même que celle qui les a faits son peuple — sa propre grâce souveraine et gratuite. Si, mon frère, tu as été délivré à l’heure de la tentation, arrête-toi et souviens-toi que tu n’as pas été délivré à cause de toi-même. Il n’y avait rien en toi qui méritât cette délivrance. Si tu as été nourri et pourvu à ton heure de détresse, ce n’est pas parce que tu as été un fidèle serviteur de Dieu, ni parce que tu as été un chrétien priant ; c’est simplement et uniquement à cause de la miséricorde de Dieu. Il n’est porté à rien de ce qu’il fait pour toi par quoi que ce soit que tu fasses pour lui ; son motif de te bénir réside tout entier et entièrement dans les profondeurs de son propre sein. Béni soit Dieu, son peuple sera gardé.

« Ni la mort, ni l’enfer n’ôteront jamais

Ses bien-aimés de son sein ;

Dans le cher giron de son amour

Il faut qu’à jamais ils reposent. »

Mais pourquoi ? Parce qu’ils sont saints ? Parce qu’ils sont sanctifiés ? Parce qu’ils servent Dieu par de bonnes œuvres ? Non, mais parce que, dans sa grâce souveraine, il les a aimés, il les aime, et il les aimera, jusqu’à la fin.

Et pour conclure mon exposition de ce texte : cette vérité tiendra bon dans le ciel même. Le jour vient où chaque enfant de Dieu, acquis par le sang et lavé dans le sang, marchera sur les rues d’or, revêtu de blanc. Nos mains porteront bientôt la palme ; nos oreilles seront charmées de mélodies célestes, et nos yeux remplis des visions ravissantes de la gloire de Dieu. Mais remarquez-le : la seule raison pour laquelle Dieu nous amènera au ciel sera son propre amour, et non parce que nous l’aurions mérité. Il nous faut combattre le combat, mais nous ne remportons pas la victoire parce que nous combattons ; il nous faut travailler, mais le salaire, au terme des jours, sera un salaire de grâce, et non une dette. Il nous faut honorer Dieu ici-bas, dans l’attente de la rétribution de la récompense ; mais cette rétribution ne nous sera pas donnée sur un fondement légal, parce que nous l’aurions méritée, mais elle nous sera donnée entièrement parce que Dieu nous a aimés, sans aucune raison qui fût en nous. Lorsque vous et moi, et chacun de nous, entrerons dans le ciel, notre cantique sera : « Non pas à nous, non pas à nous, mais à ton nom soit toute la gloire » ; et cela sera vrai, ce ne sera pas une simple exagération de la reconnaissance. Cela sera vrai ; nous serons contraints de le chanter, parce que nous ne pourrions rien chanter d’autre. Nous sentirons que nous n’avons rien fait, et que nous n’étions rien, mais que Dieu a tout fait — que nous n’avions rien en nous qui fût le motif de son action, mais que son motif résidait en lui-même ; c’est pourquoi à lui reviendra chaque parcelle de l’honneur, aux siècles des siècles.

Or, tel est, selon moi, le sens du texte ; il déplaît à la grande majorité, même des chrétiens de profession en cet âge. C’est une doctrine qui requiert beaucoup de sel, sans quoi bien peu de gens la recevront. Elle leur est fort insipide. Néanmoins, elle est là, debout. « Que Dieu soit reconnu véritable, et tout homme menteur. » C’est sa vérité que nous devons prêcher, et c’est là ce que nous devons proclamer. Le salut n’est point « des hommes, ni par l’homme ; ni de la volonté de la chair, ni du sang », ni de la naissance, mais de la volonté souveraine de Dieu, et de Dieu seul.

II. Et maintenant, en second lieu, il me faut ILLUSTRER ET APPUYER CE TEXTE.

Considérez un instant le caractère de l’homme. Cela nous humiliera, et tendra à confirmer cette vérité dans nos esprits. Permettez-moi de prendre une image. Je considérerai l’homme comme un criminel. Il l’est assurément aux yeux de Dieu, et je ne le calomnierai point. Supposez maintenant qu’un grand criminel soit enfin surpris dans son crime, et enfermé à Newgate. Il a commis haute trahison, meurtre, rébellion, et toute iniquité possible. Il a violé toutes les lois du royaume — chacune d’elles. Le cri public s’élève de toutes parts : « Cet homme doit mourir ; les lois ne peuvent être maintenues à moins qu’il ne soit fait de lui un exemple de leur rigueur. Celui qui ne porte pas l’épée en vain doit cette fois laisser l’épée goûter le sang. Cet homme doit mourir ; il le mérite amplement. » Vous parcourez son caractère : vous n’y pouvez apercevoir un seul trait qui le rachète. C’est un vieux coupable ; il a si longtemps persévéré dans son iniquité que vous êtes contraints de dire : « Le cas de cet homme est désespéré ; ses crimes ont de telles aggravations que nous ne saurions présenter d’excuse pour lui, quand même nous l’essaierions. La ruse jésuitique elle-même ne saurait imaginer aucun prétexte d’excuse, ni aucun espoir de plaidoyer pour ce misérable abandonné ; qu’il meure ! » Or, si Sa Majesté la Reine, ayant entre ses mains le pouvoir souverain de vie et de mort, choisit que cet homme ne meure point, mais qu’il soit épargné, ne voyez-vous pas, aussi clair que le plein jour, que la seule raison qui puisse la porter à épargner cet homme doit être son propre amour, sa propre compassion ? Car j’ai déjà supposé qu’il n’y a rien dans le caractère de cet homme qui puisse être un plaidoyer en faveur de la miséricorde, mais que, tout au contraire, son caractère tout entier crie à haute voix pour la vengeance contre son péché. Que cela nous plaise ou non, telle est justement la vérité qui nous concerne. Tels sont justement notre caractère et notre position devant Dieu. Ah ! mon auditeur, vous pouvez tourner les talons, dégoûté et offensé ; mais il y en a ici quelques-uns qui sentent que cela est solennellement vrai dans leur propre expérience, et ils boiront donc cette doctrine, car c’est le seul moyen par lequel ils puissent être sauvés. Mon auditeur, votre conscience vous dit peut-être ce matin que vous avez péché si odieusement qu’il n’y a dans votre caractère aucune ouverture par où un seul rayon d’espérance pût entrer. Vous avez ajouté à vos péchés ce grand péché-ci : vous vous êtes révolté contre le Très-Haut, effrontément et méchamment. Si vous n’avez pas commis tous les péchés du calendrier du crime, c’est parce que la providence a retenu votre main ; votre cœur a été assez noir pour les commettre tous. Vous sentez que la bassesse de votre imagination et de vos désirs a atteint le comble de la culpabilité humaine, et que vous ne pouviez aller plus loin. Vos péchés ont prévalu contre vous, et ont passé par-dessus votre tête. Maintenant, ô homme, le seul fondement sur lequel Dieu peut te sauver, c’est son propre amour. Il ne peut te sauver parce que tu le mérites, car tu ne le mérites pas, puisqu’il n’y a aucune excuse qui se puisse présenter pour ton péché. Non, tu es sans aucune excuse, et tu le sens. Oh ! béni soit son cher nom, de ce qu’il a conçu ce moyen par lequel il peut te sauver sur la base de son propre amour souverain et de sa grâce sans bornes, sans rien qui soit en toi. Je veux que vous retourniez encore à Newgate, auprès de ce criminel. Nous supposons maintenant que ce criminel reçoit la visite de Sa Majesté en personne. Elle va vers lui, et elle lui dit : « Rebelle, traître, meurtrier, j’ai dans mon cœur de la compassion pour toi ; tu ne la mérites point ; mais je suis venue aujourd’hui vers toi, pour te dire que si tu te repens, tu obtiendras miséricorde de ma main. » Supposez que cet homme, se dressant, la maudisse — qu’il maudisse à la face cet ange de miséricorde, crache sur elle, profère des blasphèmes, et appelle des malédictions sur sa tête. Elle se retire ; elle s’en va ; mais sa compassion est si grande que, le lendemain, elle envoie un messager, et des jours, des semaines, des mois, des années durant, elle envoie continuellement des messagers, et ceux-ci vont vers lui et disent : « Si tu veux te repentir de tes transgressions, tu obtiendras miséricorde ; non parce que tu le mérites, mais parce que Sa Majesté est compatissante, et que, de son âme gracieuse, elle désire ton salut. Veux-tu te repentir ? » Supposez que cet homme maudisse le messager, se bouche les oreilles contre le message, crache sur lui, et lui dise qu’il ne se soucie nullement de lui. Ou, pour supposer un cas meilleur — supposez qu’il se retourne sur son siège et dise : « Peu m’importe d’être pendu ou non ; je courrai ma chance avec les autres ; je ne ferai aucun cas de toi. » Et supposez, plus encore, que, se levant de son siège, il se livre de nouveau à tous les crimes pour lesquels il a déjà été condamné, et se replonge tête baissée dans les péchés mêmes qui ont mis son cou sous la corde du gibet. Or, si Sa Majesté voulait épargner un tel homme, à quelles conditions pourrait-elle le faire ? Vous dites : « Eh quoi, elle ne le peut, à moins qu’elle ne le fasse par amour ; elle ne le peut à cause d’aucun mérite en lui, car une telle bête que celle-là devrait mourir. » Et maintenant, que sommes-nous, vous et moi, par nature, sinon pareils à cela ? Et toi, mon auditeur non converti, qu’est ceci sinon ton portrait ? Dieu lui-même n’a-t-il pas visité ta conscience ? et ne t’a-t-il pas dit : « Pécheur ! viens maintenant, et plaidons ensemble ; quand tes péchés seraient comme le cramoisi, ils deviendront comme la laine. » Et qu’as-tu fait ? Tu as fermé l’oreille à la voix de la conscience — tu as maudit Dieu et juré contre lui, blasphémé son saint nom, méprisé sa Parole, et déclamé contre ses ministres. Et aujourd’hui, de nouveau, les larmes aux yeux, un serviteur de Dieu est venu vers toi, et son message est : « Crois au Seigneur Jésus-Christ, et tu seras sauvé ; je suis vivant, dit le Seigneur, je ne prends point plaisir à la mort de celui qui meurt, mais je désire plutôt qu’il se détourne vers moi et qu’il vive. » Et que feras-tu ? Eh quoi, si tu es laissé à toi-même, tu riras du message — tu le mépriseras. Il rebondira sur toi comme une flèche sur un homme ceint d’une cotte de mailles, et tu t’en iras mépriser Dieu de nouveau, comme tu l’as fait auparavant. Ne vois-tu donc pas que, si jamais Dieu te sauve, ce ne peut être à cause de toi, mais que ce doit être par son propre amour infini ; ce ne peut être pour aucune autre raison, puisque tu as rejeté Christ, méprisé son Évangile, foulé aux pieds le sang de Jésus, et refusé d’être sauvé. S’il te sauve, ce doit être par la grâce gratuite, et par la grâce gratuite seule.

Mais maintenant, dépeignons un peu plus ce criminel de Newgate. Non content d’avoir ajouté le péché au péché, et d’avoir rejeté la miséricorde pour lui-même, ce misérable s’emploie avec zèle à faire le tour de toutes les cellules où d’autres sont enfermés, et à endurcir leurs cœurs, eux aussi, contre la miséricorde de la Reine. À peine peut-il voir quelqu’un sans commencer à l’infecter du blasphème de son propre cœur ; il profère des choses injurieuses contre la majesté qui l’épargne, et s’efforce de rendre les autres aussi vils que lui-même. Or, que dit la justice ? Si cet homme ne devait pas mourir pour son propre compte, il devrait pourtant mourir à cause des autres ; et s’il est épargné, n’est-il pas clair comme le jour qu’il ne peut être épargné à cause d’aucune raison qui soit en lui ? Ce doit être à cause de l’invincible compassion du Souverain. Et maintenant, voyez plutôt : n’est-ce pas là le cas de quelques-uns ici présents ? Non seulement vous péchez vous-mêmes, mais vous entraînez les autres dans le péché ? Je sais que ce fut là l’un de mes fléaux et de mes tourments, lorsque Dieu me ramena d’abord à lui : d’avoir entraîné d’autres dans la tentation. N’y a-t-il pas ici des hommes qui en ont enseigné d’autres à jurer ? N’y a-t-il pas ici des pères qui ont contribué à perdre l’âme de leurs propres enfants ? N’y en a-t-il pas parmi vous qui sont semblables à l’arbre mortel de l’Upas ? Vous étendez vos branches, et de chaque feuille tombe du poison sur ceux qui viennent sous sa portée meurtrière. N’y en a-t-il pas ici qui ont séduit les vertueux, qui ont égaré ceux qui semblaient pieux, et qui sont peut-être si endurcis qu’ils s’en glorifient même ? Non contents d’être damnés vous-mêmes, vous cherchez à conduire les autres aussi dans le gouffre. Estimant qu’il ne vous suffit pas d’être en inimitié avec Dieu, vous voulez imiter Satan en y entraînant les autres avec vous. Ô mon auditeur, n’est-ce pas là ton cas ? Ton cœur ne le confesse-t-il pas ? Et la larme ne coule-t-elle pas le long de ta joue ? Souviens-toi donc que ceci doit être vrai : si Dieu te sauve, ce doit être parce qu’il veut le faire. Ce ne peut être parce qu’il y a en toi quelque chose de bon, car tu mériterais maintenant de mourir, et s’il t’épargne, ce doit être un amour souverain et une grâce souveraine.

Je n’userai que d’une seule autre image, et alors, je pense que j’aurai rendu le texte assez clair. Il n’y a pas autant de différence entre le noir et une nuance de noir plus foncée qu’il n’y en a entre le blanc pur et le noir. Chacun peut le voir. Or, il n’y a pas autant de différence entre l’homme et le diable qu’il n’y en a entre Dieu et l’homme. Dieu est la perfection ; nous sommes noirs de péché. Le diable n’est qu’une nuance de noir plus foncée ; et si grande que puisse être la différence entre notre péché et le péché de Satan, elle n’est pourtant pas aussi grande que la différence entre la perfection de Dieu et l’imperfection de l’homme. Maintenant, imaginez un instant que quelque part en Afrique vécût une tribu de diables, et que vous et moi eussions le pouvoir de sauver ces diables de quelque colère menaçante qui doit fondre sur eux. Si vous ou moi allions là-bas et mourions pour sauver ces diables, quel pourrait être notre motif ? D’après ce que nous savons du caractère d’un diable, le seul motif qui pût nous y porter serait l’amour. Il ne saurait y en avoir aucun autre. Ce serait simplement parce que nous aurions le cœur assez grand pour y pouvoir embrasser même des démons. Eh bien, or il n’y a pas autant de différence entre l’homme et le diable qu’entre Dieu et l’homme. Si donc le seul motif qui pût porter des hommes à sauver un diable devait être l’amour de l’homme, ne s’ensuit-il pas, avec une force irrésistible, que le seul motif qui pût porter Dieu à sauver les hommes doit être l’amour même de Dieu ? En tout cas, si cette raison n’est pas concluante, le fait, lui, est indiscutable : « Ce n’est pas à cause de vous que je fais cela, ô maison d’Israël. » Dieu nous voit, abandonnés, méchants, pervers, et méritant sa colère ; s’il nous sauve, c’est son amour sans bornes et insondable qui l’y porte — rien absolument en nous.

III. Et maintenant, ayant ainsi prêché cette doctrine et l’ayant appuyée, j’en viens à une APPLICATION PRATIQUE très solennelle. Et qu’ici Dieu le Saint-Esprit m’aide à travailler vos cœurs !

Premièrement, puisque cette doctrine est vraie, combien humble doit être un chrétien. Si tu es sauvé, tu n’y as été pour rien ; c’est Dieu qui l’a fait. Si tu es sauvé, tu ne l’as pas mérité. C’est une miséricorde imméritée que tu as reçue. Je me suis parfois réjoui en voyant la reconnaissance de caractères abandonnés envers ceux qui les avaient assistés. Je me souviens d’avoir visité une maison de refuge. Il s’y trouvait une pauvre fille tombée depuis longtemps dans le péché, et lorsqu’elle se vit adressée avec bonté et reconnue par la société, et qu’elle vit un ministre chrétien soupirer après le bien de son âme, cela lui brisa le cœur. Qu’avait à se soucier d’elle un homme de Dieu ? elle était si vile. Comment se pouvait-il qu’un chrétien lui parlât ? Ah ! mais combien plus ce sentiment ne devrait-il pas s’élever dans nos cœurs ? Mon Dieu ! je me suis révolté contre toi, et pourtant tu m’as aimé, moi qui suis si indigne, moi ! Comment cela se peut-il ? Je ne puis m’enorgueillir, il me faut me prosterner devant toi dans une reconnaissance sans paroles. Souvenez-vous, mes chers frères, que non seulement la miséricorde que vous et moi avons reçue est imméritée, mais qu’elle fut non demandée. Il est vrai que vous avez prié, mais non avant que la grâce gratuite ne vous fît prier. Vous seriez encore aujourd’hui le cœur endurci, sans Dieu et sans Christ, si la grâce gratuite ne vous avait sauvés. Pouvez-vous donc vous enorgueillir ? — vous enorgueillir d’une miséricorde qui, si je puis employer le terme, vous a été imposée ? — vous enorgueillir d’une grâce qui vous a été donnée contre votre gré, jusqu’à ce que votre volonté fût changée par la grâce souveraine ? Et pensez-y encore. Toute la miséricorde que vous avez, vous l’avez jadis refusée. Christ prend son repas avec vous ; ne vous enorgueillissez pas de sa compagnie. Souvenez-vous qu’il y eut un jour où il frappa, et où vous refusâtes — où il vint à la porte et dit : « Ma tête est couverte de rosée, et mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit ; ouvre-moi, ma bien-aimée » ; et vous la lui fermâtes au visage, et ne voulûtes point le laisser entrer. Ne t’enorgueillis donc pas de ce que tu possèdes, quand tu te souviens que tu l’as jadis rejeté. Dieu t’étreint-il dans ses bras d’amour ? Souviens-toi que jadis tu levas contre lui ta main de rébellion. Ton nom est-il écrit dans son livre ? Ah ! il fut un temps où, si cela eût été en ton pouvoir, tu aurais effacé les lignes sacrées qui contenaient ton propre salut. Pouvons-nous, osons-nous, lever avec orgueil notre tête coupable, quand toutes ces choses devraient nous faire baisser la tête dans la plus profonde humilité ? Voilà une leçon : apprenons-en une autre.

Cette doctrine est vraie, et c’est pourquoi elle devrait être un sujet de la plus grande reconnaissance. Comme je méditais sur ce texte hier, l’effet qu’il produisit sur moi fut un effet de transport et de joie. Oh ! pensais-je, à quelle autre condition aurais-je pu être sauvé ? Et je jetai un regard en arrière sur mon état passé ; je me vis pieusement élevé et instruit, mais me révoltant contre tout cela. Je vis les larmes d’une mère versées sur moi en vain, et l’avertissement d’un père perdu pour moi, et pourtant je me trouvai sauvé par la grâce, et je ne pouvais que dire : « Seigneur, je te bénis de ce que c’est par grâce, car si cela avait été par mérite, je n’aurais jamais été sauvé. Si tu avais attendu qu’il y eût en moi quelque chose de bon, tu aurais attendu jusqu’à ce que je fusse tombé dans la perdition sans espoir de l’enfer, car de bien il n’y en aurait jamais eu en l’homme, à moins que tu ne l’y eusses d’abord mis. » Et alors je pensai aussitôt : « Oh ! comme je pourrais aller prêcher cela au pauvre pécheur ! » Ah ! que j’essaie donc si je ne le puis. Ô pécheur ! tu dis que tu n’oses venir à Christ parce que tu n’as rien qui te recommande. Il ne veut rien qui te recommande ; il ne te sauvera pas si tu as quelque chose qui te recommande, car il dit : « Ce n’est pas à cause de toi que je fais cela. » Va vers Christ avec des anneaux aux oreilles, et des joyaux sur toi ; lave ton visage, et pare-toi d’or et d’argent, et présente-toi devant lui en disant : « Seigneur, sauve-moi ; je me suis lavé et vêtu moi-même ; sauve-moi ! » « Retire-toi ! Ce n’est pas à cause de vous que je ferai cela. » Va de nouveau vers lui, et dis : « Seigneur, j’ai mis une corde autour de mon cou, et un sac sur mes reins ; vois combien je suis repentant, vois combien je sens mon besoin ; sauve-moi maintenant ! » « Non, dit-il, je ne t’aurais pas sauvé à cause de tes robes fastueuses, et maintenant je ne te sauverai pas à cause de tes haillons ; je te sauverai pour rien qui soit en toi ; si je te sauve, ce sera par quelque chose qui est dans mon cœur, non par quoi que ce soit que tu ressentes. Retire-toi ! » Mais si aujourd’hui tu vas vers Christ et dis : « Seigneur Jésus, il n’y a au monde aucune raison pour que je sois sauvé — il y en a une dans le ciel ; Seigneur, je ne puis faire valoir aucun plaidoyer, je mérite d’être perdu, je n’ai aucune excuse à présenter pour tous mes péchés, aucune apologie à offrir ; Seigneur, je le mérite, et il n’y a rien en moi qui fasse que je doive être sauvé, car si tu me sauvais, je ne ferais après tout qu’un pauvre chrétien ; je crains que mes œuvres futures ne te fassent aucun honneur — je voudrais qu’elles le pussent, mais il faut que ta grâce les rende bonnes, sinon elles seront encore mauvaises. Mais, Seigneur, bien que je n’aie rien à apporter, et rien à dire pour moi-même, je dis ceci : j’ai entendu que tu es venu dans le monde pour sauver les pécheurs — ô Seigneur, sauve-moi !

“ Je suis, moi, le premier des pécheurs. ”

Je confesse que je ne le sens pas comme je le devrais, que je ne le pleure pas comme je le devrais ; je n’ai aucune repentance qui me recommande ; non, Seigneur, je n’ai pas non plus de foi qui me recommande, car je ne crois pas ta promesse comme je le devrais ; mais oh ! je m’attache à ce texte. Seigneur, tu as dit que tu ne le ferais pas à cause de moi. Je te rends grâce de l’avoir dit. Tu ne pouvais le faire à cause de moi, car je n’ai aucune raison qui t’y dût porter. Seigneur, je réclame ta gracieuse promesse. “ Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur ! ” » Ah ! vous, bonnes gens, cette doctrine ne convient pas à quelques-uns d’entre vous ; elle est trop humiliante, n’est-ce pas ? Vous qui avez fréquenté régulièrement vos églises, et qui êtes allés si pieusement aux assemblées, vous qui n’avez jamais violé le sabbat, ni jamais proféré un juron, ni jamais rien fait de mal, ceci ne vous convient pas. Vous dites que cela ira fort bien pour prêcher aux prostituées, aux ivrognes et aux jureurs, mais que cela ne conviendra pas à d’aussi bonnes gens que nous. Ah ! eh bien, voici votre texte : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs à la repentance. » Vous êtes « bien portants » — vous l’êtes ; vous « n’avez pas besoin de médecin, mais ceux qui sont malades ». Allez votre chemin. Christ est venu sauver des gens tels que vous. Vous pensez pouvoir vous sauver vous-mêmes. Faites-le, et périssez en le faisant. Mais je sens que le même Évangile qui convient à une prostituée me convient, et que cette grâce gratuite qui sauva Saul de Tarse doit me sauver, sinon je ne suis jamais sauvé. Venez, allons tous ensemble. Nous sommes tous coupables — les uns plus, les autres moins, mais tous coupables sans espoir. Allons ensemble au marchepied de sa miséricorde, et bien que nous n’osions lever les yeux, restons là couchés dans la poussière, et soupirons encore : « Seigneur, aie pitié de nous, pour qui Jésus est mort. »

« Tel que je suis, sans un seul plaidoyer,

Sinon que ton sang fut versé pour moi,

Et que tu me commandes de venir à toi,

Ô Agneau de Dieu, je viens, je viens. »

Pécheur, viens maintenant ; viens maintenant, je t’en supplie ; je t’en conjure, viens maintenant. Ô Esprit du Dieu vivant, attire-les maintenant ! Que ces paroles faibles et débiles soient le moyen d’attirer des âmes à Christ. Rejetteras-tu de nouveau mon Maître ? Sortiras-tu de cette maison encore une fois endurci ? Peut-être n’auras-tu plus jamais des sentiments tels que ceux qui sont éveillés dans ton âme. Viens maintenant, reçois sa miséricorde ; ploie maintenant ton cou docile sous son joug ; et alors je sais que tu t’en iras goûter son fidèle amour, et enfin chanter dans le ciel le cantique des rachetés : « À celui qui nous a aimés, et qui nous a lavés de nos péchés dans son propre sang, à lui soit la gloire aux siècles des siècles. Amen. »

« Ô toi, grand Jésus éternel,

Prince de la Paix, haut et puissant,

Comme tes merveilles brillent, resplendissantes,

Dans les merveilles de ta grâce :

Ton riche Évangile dédaigne les conditions,

Il respire un salut libre comme l’air ;

Il ne respire qu’une miséricorde triomphante,

Déjouant la faute et tout désespoir. »

« Ô la grandeur de l’Évangile,

Comme il proclame le sang qui purifie ;

Il montre les entrailles d’un Sauveur,

Il montre le cœur tendre de Dieu.

Il ne traite que d’un amour éternel,

Il enfle la grâce surabondante,

Il ne connaît que la vie et le pardon,

Pleine rédemption, paix sans fin. »

L’Écriture dans ce sermon Ézéchiel 36:32

Domaine public. Texte source de l’édition originale.