Sermon · 37 min de lecture· 1859 · Modéré

Christ précieux pour les croyants

Portrait de Charles H. Spurgeon Charles H. Spurgeon

Texte

1 Pierre 2:7

En bref

Le texte sur lequel Spurgeon prêcha pour la première fois à seize ans, dans une chaumière devant une poignée de pauvres gens, alors qu’il n’aurait pu parler sur aucun autre — et qu’il pose comme un fait tout simple avant toute exhortation : pour ceux qui croient, Christ est tout simplement précieux. À la fin, cela se change en une question, et en un avertissement pour l’auditeur qui découvre qu’il ne peut y répondre.

« L’honneur est donc pour vous, qui croyez. » — 1 Pierre 2:7.

CE TEXTE RAPPELLE à mon souvenir le commencement de mon ministère. Il y a environ huit ans, tout jeune homme de seize ans, je me suis levé pour la première fois de ma vie afin de prêcher l’Évangile dans une chaumière, devant une poignée de pauvres gens réunis pour le culte. Je sentais ma propre incapacité à prêcher, mais je me hasardai à prendre ce texte : « L’honneur est donc pour vous, qui croyez. » Je ne crois pas que j’aurais pu dire quoi que ce soit sur un autre texte, mais Christ était précieux à mon âme, et j’étais dans l’élan de mon amour de jeunesse, et je ne pouvais me taire lorsque le précieux Jésus était le sujet. Je venais à peine d’échapper à la servitude de l’Égypte, je n’avais pas oublié la chaîne brisée ; je me souvenais encore de ces flammes qui semblaient brûler autour de mon sentier, et de ce gouffre dévorant qui ouvrait la bouche comme prêt à m’engloutir. Toutes ces choses étant fraîches dans mon cœur d’enfant, je pouvais dire combien il était précieux, lui qui avait été mon Sauveur, qui m’avait arraché comme un tison du feu, m’avait placé sur un rocher, avait mis dans ma bouche un cantique nouveau et affermi mes pas. Et maintenant, en ce jour, que dirai-je ? « Quelle est l’œuvre de Dieu ! » Comment le petit est-il devenu mille, et le faible un peuple nombreux ? Et que dirai-je de ce texte, sinon que si le Seigneur Jésus était précieux alors, il est aussi précieux aujourd’hui ? Et si je pouvais déclarer alors que Jésus était l’objet du désir de mon âme, que pour lui j’espérais vivre et que pour lui je serais prêt à mourir, ne puis-je pas dire, Dieu m’étant témoin, qu’il m’est plus précieux aujourd’hui qu’il ne le fut jamais ? Au souvenir de sa miséricorde sans pareille envers le premier des pécheurs, je dois de nouveau me consacrer à lui, et abandonner encore une fois mon cœur à celui qui est Seigneur et Roi.

Cette remarque est prononcée en guise d’introduction ; elle peut sembler égotiste, mais je n’y puis rien. Je dois rendre gloire à Dieu au milieu de la grande assemblée, et m’acquitter de mes vœux envers le Seigneur maintenant, au milieu de tous ses saints, au milieu de toi, ô Jérusalem.

Mon texte énonce un fait positif, à savoir que Christ est précieux pour les croyants. Ce sera la première partie de notre discours ; puis, dans la seconde, nous essaierons de répondre à la question : pourquoi Jésus-Christ est-il si précieux pour son peuple croyant ? Et nous conclurons en énonçant l’épreuve par laquelle vous pourrez vous examiner vous-mêmes, pour savoir si vous êtes croyants ou non ; car si vous êtes croyants en Christ, alors Christ vous est précieux, et si vous faites peu de cas de lui, soyez assurés que vous n’avez pas en lui une foi véritable et salvatrice.

I. Premièrement, c’est un fait positif : POUR LES CROYANTS, JÉSUS-CHRIST EST PRÉCIEUX. En lui-même, il est d’une préciosité inestimable, car il est vrai Dieu de vrai Dieu. Il est de plus homme parfait, sans péché. Le précieux bois de gopher de son humanité est recouvert de l’or pur de sa divinité. Il est une mine de joyaux et une montagne de pierres précieuses. Il est tout aimable ; mais, hélas ! ce monde aveugle ne voit pas sa beauté. Les prostitutions fardées de celle-là — cette Madame Bulle — que le monde peut voir, et tous les hommes s’émerveillent après elle. Cette vie, ses joies, ses convoitises, ses gains, ses honneurs — voilà ce qui a de la beauté aux yeux de l’homme non régénéré ; mais en Christ il ne voit rien qu’il puisse admirer. Il entend son nom comme un mot ordinaire, et regarde sa croix comme une chose qui ne l’intéresse en rien ; il néglige son Évangile, méprise sa Parole, et, peut-être, décharge une rage furieuse sur son peuple. Mais il n’en est pas ainsi du croyant. L’homme que l’on a amené à savoir que Christ est le seul fondement sur lequel l’âme puisse bâtir sa demeure éternelle, celui à qui l’on a enseigné que Jésus-Christ est le premier et le dernier, l’alpha et l’oméga, l’auteur et le consommateur de la foi, celui-là ne pense pas légèrement de Christ. Il l’appelle tout son salut et tout son désir, le seul qui soit glorieux et aimable.

Or, c’est là un fait qui a été prouvé à tous les âges du monde. Regardez le commencement de l’apparition de Christ sur la terre. Bien plus, nous pourrions remonter plus loin encore et remarquer combien Christ était précieux, par anticipation, à ceux qui vécurent avant son incarnation ; mais, dis-je, depuis qu’il est venu dans le monde, quelles preuves abondantes n’avons-nous pas qu’il est précieux pour son peuple ! Il s’est trouvé des hommes qui n’ont pas hésité à se séparer de leurs maisons, de leurs terres, de leur épouse, de leurs enfants, de leur patrie, de leur réputation, de leur honneur et de leur richesse, oui, de la vie elle-même, pour l’amour de Christ. Tel était le charme que Christ avait pour les chrétiens des temps anciens que, s’il leur fallait renoncer à leur patrimoine et à leur richesse terrestre pour lui, ils le faisaient joyeusement et sans un murmure. Bien plus, ils pouvaient dire que ce qui était pour eux un gain, ils le regardaient comme une perte à cause de Christ, et ne l’estimaient que comme de la boue et de l’ordure, pourvu qu’ils pussent gagner Christ et être trouvés en lui.

Nous parlons à la légère de ces choses, mais ce n’étaient pas là de médiocres sacrifices. Qu’un homme quitte la compagne de son cœur, qu’il soit méprisé par celle qui devrait l’honorer, qu’il soit couvert de crachats par ses propres enfants, chassé par ses concitoyens, et que son nom soit prononcé comme un objet de dérision, d’opprobre et de sarcasme : voilà qui n’est pas aisé à supporter ; et pourtant les chrétiens des premiers âges ont pris cette croix, et non seulement l’ont portée patiemment, mais l’ont portée joyeusement, se réjouissant dans les tribulations, lorsque ces tribulations tombaient sur eux à cause de Christ et de l’Évangile. Bien plus, il a été permis à Satan d’étendre la main et de toucher le peuple de Christ, non seulement dans ses biens et dans sa famille, mais dans ses os et dans sa chair. Et remarquez comment les disciples de Christ n’ont rien compté pour une perte, pourvu qu’ils gagnassent Christ. Étendus sur le chevalet, leurs nerfs tendus ne les faisaient chanter que plus fort, comme s’ils étaient des cordes de harpe, seulement accordées lorsqu’on les tire jusqu’à leur extrême longueur. Ils ont été torturés au fer rouge et avec les tenailles ; leur dos a été labouré par les fouets ; mais quand avez-vous vu l’un des vrais disciples de Christ fléchir à l’heure de la douleur ? Ils ont tout enduré, et ont défié leurs persécuteurs d’en faire davantage, d’inventer des arts et des procédés nouveaux, des cruautés nouvelles, et de les mettre à l’épreuve. Christ était si précieux que toute la douleur du corps ne pouvait les amener à le renier ; et lorsqu’enfin ils étaient menés à une mort infâme — que la hache et le billot, que la croix du supplice, que la lance, que le feu et le bûcher, que le cheval sauvage et le désert en témoignent : le croyant a toujours été un homme prêt à souffrir tout cela, et bien davantage, mais qui ne renoncerait jamais à sa confiance en Christ. Regardez Polycarpe devant les lions, quand on l’amène au milieu de l’assemblée et qu’on exige de lui qu’il renie son Dieu. Des milliers d’yeux féroces s’abaissent sur lui, et il se tient là, homme débile, seul dans l’arène ; mais il leur dit qu’« il connaît son Seigneur depuis bien des années, qu’il ne lui a jamais fait le moindre déplaisir, et qu’il ne le reniera pas à la fin ». « Aux lions ! » crient-ils, « Aux lions ! » et les lions se ruent sur lui, et il est aussitôt dévoré ; mais il aurait tout supporté cela sous la gueule de mille lions, s’il avait eu mille vies, plutôt que de penser quoi que ce fût contre la Majesté de Jésus de Nazareth. Toute l’histoire de l’ancienne Église de Christ prouve que Jésus a été l’objet de la plus haute vénération de son peuple ; qu’ils ne mettaient rien en rivalité avec lui, mais que, joyeusement et de bon gré, sans un murmure ni une pensée, ils abandonnaient tout pour Jésus-Christ, et s’en réjouissaient.

Et cela est tout aussi vrai aujourd’hui qu’alors. Si demain le bûcher pouvait être dressé à Smithfield, le peuple chrétien est prêt à servir d’aliment à la flamme. Si de nouveau le billot était fixé sur la colline de la Tour, et la hache tirée de sa cachette, les têtes du peuple de Christ seraient données de bon cœur, pourvu qu’elles pussent couronner la tête de Jésus et défendre sa cause. Ceux qui déclarent que l’antique vaillance de l’Église a disparu ne savent ce qu’ils disent. L’Église professante a peut-être perdu sa vigueur virile ; les professants de ce jour ne sont peut-être que des nains efféminés, la progéniture de pères glorieux ; mais la véritable Église, les élus tirés de l’Église professante, le reste que Dieu a choisi, sont aussi épris de Jésus que ses saints d’autrefois, et sont aussi prêts à souffrir et à mourir. Nous défions l’enfer et son représentant incarné, la vieille Rome elle-même ; qu’elle bâtisse ses cachots, qu’elle ranime ses inquisitions, qu’elle obtienne encore une fois le pouvoir dans l’État pour tailler, mutiler et brûler : nous sommes encore capables de posséder nos âmes dans la patience. Nous sentons parfois que ce serait une bonne chose si les jours de persécution revenaient, pour éprouver l’Église une fois de plus, chasser la balle et la rendre semblable à un beau tas de froment, pur et net. Les branches pourries de la forêt peuvent trembler devant l’ouragan, car elles seront emportées ; mais celles qui ont la sève au-dedans ne tremblent pas. Nos racines sont entrelacées avec le Rocher des âges, et la sève de Christ coule en nous, et nous sommes les sarments du cep vivant, et rien ne nous séparera de lui. Nous savons que ni la persécution, ni la faim, ni la nudité, ni le péril, ni l’épée ne nous sépareront de l’amour de Christ ; car, en toutes ces choses, nous serons comme l’Église l’a été : plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.

Quelqu’un pense-t-il que j’exagère ? Remarquez donc : si ce que j’ai dit n’est pas vrai, alors Christ n’a pas d’Église du tout ; car l’Église qui n’est pas prête à souffrir, à saigner et à mourir pour Christ n’est pas l’Église de Christ. Car que dit-il ? « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui ne prend pas sa croix, et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. » — Matthieu 10:37-38. Bien que Christ ne nous mette peut-être pas pleinement à l’épreuve, néanmoins, si nous sommes véritables, nous devons être prêts pour l’épreuve ; et si nous sommes sincères, quoique nous puissions trembler à cette pensée, nous ne tremblerons pas dans l’endurance. Bien des hommes qui disent en leur cœur : « Je n’ai pas la foi d’un martyr » possèdent réellement cette noble vertu ; qu’ils en viennent seulement une fois à l’extrémité, et le monde verra la grâce qui était cachée se lever comme un géant de son sommeil. La foi qui endure le relâchement du soleil du monde endurerait aussi le gel mordant de la persécution du monde. Nous n’avons pas à craindre : si nous sommes véritables aujourd’hui, nous le serons toujours.

Ce n’est pas là pure fiction : nombreuses sont les preuves que Christ est encore précieux. Vous parlerai-je des souffrants silencieux pour Christ, qui, en ce jour, endurent un martyre dont nous n’entendons rien, mais qui est vrai et réel ? Combien de jeunes filles suivent Christ au sein d’une famille impie ! Leur père les réprimande, se moque d’elles, tourne en dérision leur sainteté et leur perce le cœur de ses sarcasmes ! Leurs frères et sœurs les traitent de « puritaines », de « méthodistes » et ainsi de suite, et elles sont tourmentées jour après jour par ce que l’apôtre nomme « les moqueries ». Mais elles supportent tout cela, et bien que la larme leur soit parfois arrachée de l’œil, quand même elles pleureraient du sang, elles voudraient « résister jusqu’au sang, en luttant contre le péché ». Ces souffrants ne sont point consignés, on ne les met pas dans un Livre des Martyrs. Nous n’avons pas de Foxe pour écrire leur martyrologe ; ils n’ont pas la satisfaction charnelle de savoir qu’ils seront publiquement honorés ; mais ils souffrent seuls et ignorés, priant encore pour ceux qui se rient d’eux, se prosternant devant Dieu sur leurs genoux dans l’angoisse — non à cause de la persécution, mais dans l’angoisse de l’âme pour les persécuteurs eux-mêmes, afin qu’ils soient sauvés. Combien y a-t-il de ces jeunes gens dans les ateliers, employés dans de grandes maisons, qui plient le genou le soir au bord de leur lit, dans une grande salle où se trouvent bien des moqueurs ! Certains d’entre nous l’ont connu dans leurs jeunes années, et ont eu à l’endurer ; mais Christ est précieux aux souffrances silencieuses de son peuple : ces martyres sans honneur prouvent que son Église n’a pas cessé de l’aimer, ni de l’estimer précieux.

Combien y en a-t-il aussi — combien de milliers d’ouvriers pour Christ, invisibles et inconnus, dont les noms ne peuvent être déclarés ici ! Ils peinent du matin au soir toute la semaine, et le jour du sabbat devrait être pour eux un jour de repos ; mais ils travaillent plus le jour du sabbat que tout autre jour. Ils visitent le chevet des malades ; leurs pieds sont las, et la nature réclame le repos, mais ils s’enfoncent dans les plus bas taudis et repaires de la ville pour parler aux ignorants et s’efforcer de répandre le nom et l’honneur de Jésus là où ils n’ont pas été connus. Beaucoup ainsi travaillent dur pour Christ, quoique l’Église ne le sache guère. Et combien y en a-t-il aussi qui prouvent leur amour pour Christ par la libéralité continuelle de leurs offrandes ! Nombreux sont les pauvres gens que j’ai découverts, qui se sont privés de ceci et de cela parce qu’ils voulaient servir la cause de Christ. Et il en est beaucoup aussi — de temps à autre nous les découvrons — dans les rangs moyens de la société, qui donnent cent fois plus à la cause de Christ que bien des riches et des fortunés ; et si vous saviez à quelles petites épreuves ils sont soumis, à quels expédients ils sont réduits pour servir Christ, vous diriez : « L’homme qui peut faire cela prouve clairement que Christ lui est précieux. » Et remarquez ceci : la raison pour laquelle l’Église n’est pas plus laborieuse, ni plus généreuse dans ses dons à l’offertoire du Sauveur, la voici : c’est que l’Église d’aujourd’hui n’est pas, dans sa masse et son ensemble, l’Église de Christ. Il y a au-dedans d’elle une Église de Christ, mais l’Église visible, telle qu’elle se tient devant vous, ne doit pas être considérée comme l’Église de Christ ; il nous faut la faire passer par le feu, et faire traverser la flamme au tiers d’entre eux ; car c’est le jour où la scorie est mêlée à l’or. Comment l’or si fin s’est-il terni ; comment la gloire s’est-elle retirée ! Sion est sous un nuage. Mais remarquez : bien que vous ne le voyiez pas, il existe une Église, une Église cachée, un centre immobile au milieu de la croissance de la profession ; il y a une vie au-dedans de ce champignon extérieur d’un christianisme qui croît ; il y a une vie qui est au-dedans, et pour cette armée cachée, cette compagnie élue, Christ est précieux — ils le prouvent chaque jour par leurs souffrances patientes, par leurs efforts laborieux, par leurs offrandes constantes à l’Église de Christ. « L’honneur est donc pour vous, qui croyez. »

Je vous dirai une chose qui prouve — qui prouve jusqu’à l’évidence — que Christ est encore précieux pour son peuple, et la voici : envoyez l’un du peuple de Christ entendre le prédicateur le plus renommé de l’époque, quel qu’il soit ; il prêche un sermon très savant, très beau et magnifique, mais il n’y a pas un mot au sujet de Christ dans ce sermon. Supposez qu’il en soit ainsi : l’homme chrétien sortira et dira : « Je n’ai pas fait le moindre cas du discours de cet homme. » Pourquoi ? « Parce qu’on a enlevé mon Seigneur, et je ne sais où on l’a mis. Je n’ai rien entendu au sujet de Christ. » Envoyez ce même homme, un matin de sabbat, entendre quelque prédicateur de haies et de fossés, quelqu’un qui écorche l’anglais du roi on ne peut plus mal, mais qui prêche Jésus-Christ : vous verrez les larmes rouler sur le visage de cet homme, et lorsqu’il sortira il dira : « Je n’aime pas la mauvaise grammaire de cet homme ; je n’aime pas les nombreuses fautes qu’il a commises, mais oh ! cela a fait du bien à mon cœur, car il a parlé de Christ. » Voilà, après tout, l’essentiel pour le chrétien : il veut entendre parler de son Seigneur, et s’il l’entend magnifier, il fermera les yeux sur cent défauts. En fait, vous trouverez que les chrétiens sont tous d’accord : le meilleur sermon est celui qui est le plus rempli de Christ. Ils n’aiment jamais entendre un sermon à moins qu’il n’y ait quelque chose de Christ dedans. Un ministre gallois qui prêchait sabbat dernier à la chapelle de mon cher frère Jonathan George disait que Christ était la somme et la substance de l’Évangile, et il se lança dans cette histoire : Un jeune homme avait prêché en présence d’un vénérable théologien, et après avoir fini il alla trouver le vieux ministre et lui dit : « Que pensez-vous de mon sermon ? » « Un bien pauvre sermon, en vérité », dit-il. « Un pauvre sermon ? » dit le jeune homme, « il m’a fallu longtemps pour l’étudier. » « Certes, je n’en doute pas. » « Comment, n’avez-vous pas trouvé mon explication du texte fort bonne ? » « Oh oui, dit le vieux prédicateur, fort bonne en vérité. » « Eh bien, alors, pourquoi dites-vous que c’est un pauvre sermon ? N’avez-vous pas trouvé les métaphores appropriées et les arguments concluants ? » « Oui, ils étaient fort bons pour ce qui est de cela, mais c’était tout de même un bien pauvre sermon. » « Voulez-vous me dire pourquoi vous le jugez pauvre ? » « Parce que, dit-il, il n’y avait pas de Christ dedans. » « Eh bien, dit le jeune homme, Christ n’était pas dans le texte ; nous n’avons pas à prêcher Christ toujours, nous devons prêcher ce qui est dans le texte. » Alors le vieil homme dit : « Ne savez-vous pas, jeune homme, que de chaque ville, de chaque village et de chaque petit hameau d’Angleterre, où que ce soit, il y a une route qui mène à Londres ? » « Oui », dit le jeune homme. « Ah ! dit le vieux théologien, et de même, de chaque texte de l’Écriture il y a une route qui mène à la métropole des Écritures, c’est-à-dire Christ. Et, mon cher frère, votre affaire, lorsque vous arrivez à un texte, est de dire : “Or, quelle est la route vers Christ ?” puis de prêcher un sermon en courant le long de la route vers la grande métropole — Christ. Et, dit-il, je n’ai encore jamais trouvé de texte qui n’eût une route vers Christ ; et si jamais j’en trouve un qui n’ait pas de route vers Christ, je m’en ferai une ; je passerai par-dessus haies et fossés, mais je rejoindrais mon Maître, car le sermon ne peut faire aucun bien à moins qu’il n’ait une saveur de Christ. » Or, puisque vous dites amen à cela, et que vous déclarez que ce que vous voulez entendre, c’est Jésus-Christ, le texte est prouvé : « L’honneur est donc pour vous, qui croyez. »

Mais si vous voulez en faire de nouveau l’épreuve et le prouver, allez voir quelques-uns de nos amis malades et mourants ; allez leur parler du projet de loi de réforme, et ils vous regarderont en face et diront : « Oh, je quitte cet état passager : il m’importe fort peu que le projet de loi de réforme soit adopté ou non. » Vous ne les trouverez guère intéressés par cette affaire. Eh bien, alors, asseyez-vous et parlez-leur du temps qu’il fait, et de la façon dont poussent les récoltes : « Voyons, la perspective est bonne pour le froment cette année. » Ils diront : « Ah, ma moisson mûrit dans la gloire. » Introduisez le sujet le plus intéressant que vous puissiez trouver, et un croyant, couché au bord de l’éternité, n’y trouvera rien de précieux ; mais asseyez-vous au chevet de cet homme — il peut être bien près de partir, presque sans connaissance — et mettez-vous à parler de Jésus, prononcez ce nom précieux qui ranime l’âme et la fortifie, le nom de Jésus, et vous verrez son œil s’illuminer, et sa joue blême s’empourprer de nouveau : « Ah, dira-t-il, précieux Jésus, voilà le nom qui apaise mes craintes et fait cesser mes chagrins. » Vous verrez que vous avez donné à cet homme un puissant cordial, et que tout son être se raffermit pour un instant. Même lorsqu’il meurt, la pensée de Jésus-Christ et la perspective de le voir le rendront vivant au milieu de la mort, fort au milieu de la faiblesse, et sans peur au milieu du tremblement. Et cela prouve, par l’expérience du peuple de Dieu, que pour ceux qui croient en lui, Christ est, et doit toujours être, un précieux Christ.

II. La seconde chose est celle-ci : POURQUOI CHRIST EST-IL PRÉCIEUX POUR LE CROYANT ? Je remarque — et je parcourrai ces détails très brièvement, quoiqu’ils fussent dignes d’un long, très long sermon — que Jésus-Christ est précieux pour le croyant parce qu’il est intrinsèquement précieux. Mais permettez-moi ici de vous faire faire un exercice de grammaire ; voici un adjectif, parcourons-le. Il est précieux positivement ; il est plus précieux que toute chose comparativement ; il est le plus précieux de toutes choses, et le plus précieux quand même toutes choses seraient réunies en une seule et mises en concurrence avec lui : il est ainsi précieux superlativement. Or, il est peu de choses que l’on puisse traiter de la sorte. Vous dites qu’un homme est bon : il est bon positivement, et vous dites qu’il vaut beaucoup mieux que bien d’autres : il est bon comparativement ; mais vous ne pourrez jamais dire en vérité d’aucun homme qu’il est bon superlativement, car là il se trouverait encore en deçà de la perfection. Mais Christ est bon positivement, comparativement et superlativement.

Est-il bon positivement ? L’élection est une bonne chose : être choisi de Dieu, et précieux ; mais nous sommes élus en Jésus-Christ. L’adoption est une bonne chose : être adopté dans la famille de Dieu est une bonne chose — ah, mais nous sommes adoptés en Jésus-Christ et faits cohéritiers avec lui. Le pardon est une bonne chose — qui ne le dira ? — oui, mais nous sommes pardonnés par le sang précieux de Jésus. La justification — n’est-ce pas une noble chose que d’être revêtu d’une parfaite justice ? — oui, mais nous sommes justifiés en Jésus. Être préservé — n’est-ce pas une chose précieuse ? — oui ; mais nous sommes préservés en Jésus-Christ, et gardés par sa puissance jusqu’à la fin. La perfection — qui dira qu’elle n’est pas précieuse ? Eh bien, mais nous sommes parfaits en Jésus-Christ. La résurrection, n’est-ce pas une chose glorieuse ? Nous sommes ressuscités avec lui. Monter en haut, n’est-ce pas précieux ? Mais il nous a ressuscités et nous a fait asseoir ensemble avec lui dans les lieux célestes en Jésus-Christ — de sorte que Christ doit être bon positivement, car il est toutes les meilleures choses en une seule. Et si toutes ces choses sont bonnes, assurément celui-là doit être bon en qui, par qui, à qui et par le moyen de qui sont toutes ces choses précieuses.

Mais Christ est bon comparativement. Amenez ici quoi que ce soit et comparez-le à lui. L’un des joyaux les plus brillants que nous puissions posséder, c’est la liberté. Si je ne suis pas libre, que je meure ! Mettez la corde à mon cou, mais ne mettez pas le fer à mon poignet : je dois être un homme libre tant que je vis. Le patriote ne dira-t-il pas qu’il donnerait son sang pour acheter la liberté, et qu’il en trouverait le prix modique ? Oui, mais placez la liberté côte à côte avec Christ, et je porterais le fer pour Christ et me réjouirais dans la chaîne. L’apôtre Paul lui-même pouvait dire : « plaise à Dieu que vous deveniez tels que je suis » — et il aurait pu ajouter : « à l’exception de ces liens » ; mais, bien qu’il exceptât les liens pour les autres, il ne les exceptait pas pour lui-même, car il se réjouissait dans la chaîne et la comptait comme une marque d’honneur. Outre la liberté, quelle chose précieuse que la vie ! « Peau pour peau ! Tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. » Mais qu’un chrétien — un vrai chrétien — ait une fois le choix entre la vie et Christ : « Non, dit-il, je puis mourir, mais je ne puis renier ; je puis brûler, mais je ne puis me détourner. Je confesse Christ et péris dans la flamme ; mais je ne puis renier Christ, quand même vous m’élèveriez sur un trône. » Il n’y aurait entre les deux aucun choix. Et alors, quelque bien terrestre qu’on puisse mettre en comparaison avec Christ, le témoignage du croyant tend à prouver que Christ est précieux comparativement, car il n’est rien qui puisse l’égaler.

Et puis, pour monter plus haut encore — Christ est bon superlativement. Le superlatif de toutes choses, c’est le ciel ; et s’il était possible de mettre Christ en concurrence avec le ciel, le chrétien ne s’arrêterait pas un instant dans son choix : il préférerait être sur la terre avec Christ qu’au ciel sans lui. Bien plus, je ne sais s’il n’irait pas presque aussi loin que Rutherford, qui disait : « Seigneur, je préférerais être en enfer avec toi qu’au ciel sans toi ; car si j’étais au ciel sans toi, ce serait pour moi un enfer, et si j’étais en enfer avec toi, ce serait pour moi un ciel. » Nous pouvons le dire ainsi, et tout chrétien y souscrira. Maintenant, venez, messagers du monde, et prenez sur vos épaules tous ses trésors. César, verse ton or en un monceau étincelant ; César, dépose ici tes honneurs en un tas somptueux ; ici, Tibère, apporte toutes les joies de la luxure et du vice de Caprée ; Salomon, apporte ici tous les trésors de la sagesse ; Alexandre, apporte tous tes triomphes ; Napoléon, apporte ton vaste empire et ta renommée ; mettez-les tous ici, tout ce que la terre appelle bien ; et maintenant viens, toi, Agneau de Dieu ensanglanté, toi, Sauveur meurtri et sans pareil, viens ici et foule tout cela sous tes pieds ; car que sont toutes ces choses comparées à toi ? Je les couvre toutes de mépris. Maintenant je suis mort à tout le monde, et tout le monde est mort pour moi. Le règne entier de la nature est petit en comparaison de toi, comme une goutte d’eau dans un seau comparée à un océan sans bornes. Jésus-Christ est donc précieux superlativement.

2. Que pouvons-nous dire de plus ? Pour répondre encore à cette question : pourquoi Christ est-il plus précieux au croyant qu’à tout autre homme ? Eh bien, c’est le besoin du croyant qui lui rend Christ précieux. Voilà une réponse. Nous avons eu dernièrement une petite ondée de pluie, et j’ose dire qu’il en est fort peu parmi vous qui lui en aient su gré, puisqu’elle vous a un peu mouillés en venant ici. Mais supposez que cette ondée fût tombée sur le désert d’Arabie : quelle chose précieuse c’eût été ! Oui, chaque goutte de pluie eût valu une perle ; et quant à l’averse, eût-il plu de la poussière d’or, le riche dépôt n’aurait pas été comparable à ce flot descendu d’en haut. Mais quelle est la raison pour laquelle l’eau y est si précieuse ? Simplement parce qu’elle y est si rare. Supposez que je sois en Angleterre : il y a de l’eau en abondance et je ne puis la vendre ; l’eau est si commune, et par conséquent si bon marché. Mais placez un homme dans le désert, laissez son outre se dessécher, laissez-le venir au puits où il espérait trouver de l’eau, et voilà qu’elle lui a manqué : ne pouvez-vous concevoir que cette petite goutte d’eau pût valoir la rançon d’un roi ? Bien plus, qu’un homme pût la thésauriser et la cacher à tous ses compagnons, parce que de cette petite goutte d’eau dépendait sa vie ? La manière d’apprécier l’eau, c’est de l’estimer avec une langue comme un tison et une bouche comme un four. Alors puis-je en estimer la valeur, quand j’en connais le besoin. Il en est ainsi de Christ. L’homme du monde ne se soucie pas de Christ, parce qu’il n’a jamais eu faim ni soif de lui ; mais le chrétien a soif de Christ ; il est dans une terre aride et desséchée, où il n’y a point d’eau, et son cœur et sa chair soupirent après Dieu, oui, après le Dieu vivant ; et comme l’âme assoiffée et mourante crie : de l’eau, de l’eau, de l’eau ! ainsi le chrétien crie : Christ, Christ, Christ ! Voilà la seule chose qui me soit nécessaire, et si je ne l’ai pas, cette soif me fera périr.

Remarquez aussi que le croyant peut se trouver sous bien des aspects, et vous découvrirez toujours que ses besoins lui rendront Christ précieux. Voici un homme sur le point d’être jugé pour sa vie. Avant d’avoir commis le méfait, il avait coutume de dire : « Les avocats, les avoués, les défenseurs, qu’on les chasse ! à quoi servent-ils ? » Maintenant qu’il est en prison, il pense tout autrement. Il dit : « Je voudrais pouvoir m’attacher un bon défenseur pour plaider ma cause » ; et il parcourt la liste pour trouver le meilleur homme qui plaidera pour lui. Enfin il dit : « Voici un homme ; s’il pouvait plaider ma cause, je pourrais espérer m’en tirer, mais je n’ai pas d’argent pour l’engager » ; et il dit à sa femme : « Femme, il nous faut vendre notre maison » ; ou bien : « Il nous faut de l’argent d’une manière ou d’une autre, car je suis jugé pour ma vie, et il me faut un avocat. » Et que ne fera pas une femme pour procurer un avocat à son mari ? Mais elle engagera jusqu’au dernier haillon qu’elle possède pour en obtenir un. Or, le croyant ne se sent-il pas dans une position toute semblable ? C’est un pauvre pécheur jugé pour sa vie, et il lui faut un avocat ; et chaque fois qu’il contemple Christ plaidant sa cause devant le trône du Père, il dit : « Ô quel précieux Christ il est pour un pauvre pécheur perdu par le péché, car il plaide sa cause devant le trône ! »

Mais supposez un autre cas, celui d’un homme tiré au sort pour être soldat. En de tels temps, les hommes cherchent toujours des remplaçants. Je me souviens, quand approchait le tirage au sort pour la milice, comment chacun s’affiliait à une caisse de remplacement afin que, s’il était tiré, il n’eût pas à partir lui-même. Or supposez qu’un homme eût été tiré : combien un remplaçant eût été précieux — car nul homme de bon sens n’aime être de la chair à canon ; il aimerait mieux qu’un homme sans cervelle aille faire pareille besogne, mais quant à lui, il s’estime à trop haut prix. Mais supposez qu’il ne soit pas seulement tiré comme soldat, mais condamné à mourir. Voyez ce pauvre misérable montant les marches de la potence ; quelqu’un lui murmure : « Que donneriez-vous maintenant pour un remplaçant ? Que donneriez-vous pour que quelqu’un vienne porter ce châtiment ? » Voyez son œil rouler la folie à cette pensée. « Un remplaçant, dit-il, je ne pourrais en acheter un pour le monde entier. Qui voudrait être remplaçant pour moi, pour être précipité dans l’éternité au milieu des hurlements d’une foule ? » Mais supposez — et nous ne supposons que ce qui est réellement arrivé — supposez que cet homme voie non seulement la potence et la trappe, mais le feu de l’enfer devant lui, et qu’on lui dise : « Tu dois brûler là-dedans pour toujours, à moins que tu ne trouves un remplaçant » : ne serait-ce pas un remplaçant précieux ? Or, remarquez-le, telle est justement notre position. Le chrétien sent que l’enfer est devant lui, n’était qu’il a un glorieux remplaçant. Jésus s’est avancé et a dit : « Je porterai ce châtiment ; verse l’enfer sur moi, mon Père, laisse-moi boire la damnation jusqu’à la lie » ; et il l’a fait ; il a enduré toutes ces peines, ou un équivalent ; il a souffert à la place du rebelle ; et maintenant, par lui, le remplaçant, nous sommes absous et libres. Oh, ne doit-il pas être un précieux Christ ?

Mais pensez encore à Christ, puis pensez aux besoins du croyant. Je vais essayer d’en parcourir un certain nombre. Le croyant est une brebis stupide. Quelle chose précieuse qu’un berger, et combien précieux les verts pâturages et les eaux paisibles ! Le croyant est comme une femme désolée. Quelle chose précieuse qu’un époux qui pourvoira à ses besoins, qui la consolera et la chérira ! Le croyant est un pèlerin, et le soleil ardent le frappe. Quelle chose précieuse que l’ombre d’un grand rocher dans une terre altérée ! Le croyant est, par nature, un esclave. Quelle chose précieuse que la trompette du jubilé et le prix de la rançon qui l’affranchit ! Le croyant est, par nature, un homme qui sombre et se noie. Combien lui est précieuse cette planche de la grâce gratuite, la croix de Christ, sur laquelle il pose sa pauvre main tremblante et s’assure la gloire ! Mais que dirai-je de plus ? Le temps me manquerait pour dire tous les besoins du croyant, et tous les fleuves surabondants et toujours jaillissants d’amour qui coulent de Christ, la source qui remplit le croyant jusqu’aux bords. Ô dites, enfants de Dieu, ne vous est-il pas, tandis que vous êtes dans ces basses terres du besoin et de la souffrance, inconcevablement, indiciblement, superlativement précieux ?

3. Mais encore une fois. Considérez le croyant non seulement dans ses besoins, mais dans son état terrestre le plus élevé. Le croyant est un homme qui était autrefois aveugle et qui maintenant voit. Et quelle chose précieuse que la lumière pour un homme qui voit ! Si moi, comme croyant, j’ai un œil, combien j’ai besoin que le soleil brille ! Si je n’ai pas de lumière, mon œil devient un supplice, et j’aurais aussi bien fait d’être aveugle. Et lorsque Christ donne la vue aux aveugles, il fait de son peuple un peuple qui voit. C’est alors qu’ils découvrent quelle chose précieuse est la vue, et combien il est agréable pour un homme de contempler le soleil. Le croyant est un homme qui a été vivifié. Un cadavre n’a besoin d’aucun vêtement, car il ne sent pas le froid. Qu’un homme soit une fois vivifié, et il se trouve nu, et a besoin d’être vêtu. Du fait même que le chrétien est un homme vivifié, il apprécie la robe de justice dont on le revêt. Christ touche les oreilles de son peuple et les ouvre ; mais il vaudrait mieux pour l’homme être sourd que d’entendre à jamais de lugubres gémissements et des sifflements. Or tel il eût dû être, entendant cela sans cesse, n’était que Christ lui joue chaque jour une douce musique et déverse des flots de mélodie dans ses oreilles par ses promesses. Oui, je le dis, les facultés mêmes nouvellement nées du chrétien seraient autant de canaux de misère, n’était Christ. Même dans son état le plus élevé, le chrétien doit sentir que Christ lui est nécessaire, et alors il doit conclure que Christ lui est précieux.

Mais, croyant, combien Christ t’est précieux à l’heure de la conviction du péché, lorsqu’il dit : « Tes péchés, qui sont nombreux, te sont tous pardonnés. » Combien précieux à l’heure de la maladie, lorsqu’il vient à toi et dit : « Je referai tout ton lit dans ta maladie. » Combien précieux au jour de l’épreuve, lorsqu’il dit : « Toutes choses concourent à ton bien. » Combien précieux quand des amis sont mis en terre, car il dit : « Je suis la résurrection et la vie. » Combien précieux dans ta vieillesse aux cheveux gris : « jusque dans ta vieillesse je suis avec toi, et jusqu’à tes cheveux blancs je te porterai. » Combien précieux dans la chambre solitaire de la mort, car « je ne crains aucun mal, tu es avec moi : ta houlette et ton bâton me rassurent ». Mais, en dernier lieu, combien Christ sera précieux quand nous le verrons tel qu’il est. Tout ce que nous connaissons de Christ ici-bas n’est rien en comparaison de ce que nous connaîtrons plus tard. Croyant, quand tu vois maintenant le visage de Christ, tu ne le vois qu’à travers un voile — Christ est si glorieux que, comme Moïse, il est contraint de mettre un voile sur sa face, car son pauvre peuple, tant qu’il est ici, est si faible qu’il ne pourrait le contempler face à face. Et s’il est aimable ici, alors qu’il est meurtri et couvert de crachats, combien aimable doit-il être quand il est adoré et servi ! S’il est précieux sur sa croix, combien plus précieux quand il siège sur son trône ! Si je puis pleurer devant lui, l’aimer et vivre pour lui, alors que je le vois comme l’homme méprisé de Nazareth, oh ! combien mon esprit sera-t-il uni à lui, combien mon cœur sera-t-il absorbé d’amour pour lui, quand je verrai sa face et contemplerai sa couronne de gloire, quand je remarquerai les harpes des harpistes sans fin qui chantent sa louange ! Attends un peu, chrétien. S’il est précieux au croyant maintenant, quand la foi sera changée en vue il sera plus précieux encore. Sors de cette salle et crie : « Ô Seigneur Jésus, il faut que je t’aime, que je te serve mieux, que je vive pour toi ; il faut que je sois prêt à mourir pour toi — car

“Tu es précieux à mon âme,

Mon ravissement et ma confiance.” »

Ceci m’amène à conclure — et ici je réclame votre attention solennelle et sérieuse, tandis que chacun pour soi répondra à cette question : mon auditeur, Christ t’est-il précieux ? Mon jeune frère, toi qui as le même âge que moi, Jésus t’est-il précieux dans ta jeunesse ? Comment le jeune homme rendra-t-il pur son sentier ? Uniquement en y prenant garde selon la parole de Christ, et en marchant sur ses traces. Vous, hommes et femmes d’âge mûr, Christ vous est-il précieux ? Souvenez-vous que ce monde n’est qu’un songe, et si vous n’avez rien de plus satisfaisant que cela, vous serez déçus, quand même vous réussiriez au-delà de vos plus hauts souhaits. Et vous, hommes aux cheveux gris, qui vous en allez chancelant vers vos tombeaux, dont la vie est comme un lumignon près de s’éteindre, comme une lampe dont l’huile est épuisée : Christ vous est-il précieux, vous à la tête chauve et à la mèche blanchie, Jésus est-il précieux à votre âme ? Souvenez-vous que de votre réponse à cette question dépend votre condition. Vous croyez, s’il vous est précieux ; mais s’il ne vous est pas précieux, alors vous n’êtes pas croyants, et vous êtes déjà condamnés, parce que vous ne croyez pas au Fils de Dieu. Or, qu’en est-il ? Oh, il me semble que certains d’entre vous éprouvent comme l’envie de bondir de vos sièges et de dire : « Oui, il m’est précieux, je ne puis le nier. » Il y avait autrefois un bon ministre qui catéchisait sa classe, et il dit aux jeunes gens : « La question que je vais poser est telle que je ne veux qu’aucun de vous y réponde, sinon ceux qui peuvent répondre du fond du cœur. » L’assemblée était réunie, et il leur posa cette question au sujet de Christ : « Supposez que Christ soit ici, et qu’il dise : “M’aimes-tu ?” quelle serait votre réponse ? » Il regarda autour de lui, promena les yeux sur tous les jeunes gens et toutes les jeunes filles, et dit : « Jésus vous parle une première fois et dit : “M’aimes-tu ?” Il parle une seconde fois et dit : “M’aimes-tu ?” » Il y eut une pause solennelle et nul ne répondit ; et l’assemblée regardait la classe, et enfin le ministre dit encore une fois : « Jésus parle par moi une troisième fois et dit : “M’aimes-tu ?” » Se leva alors une jeune femme, qui ne pouvait plus rester assise, et, fondant en larmes, dit : « Oui, Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime. » Or, combien y en a-t-il ici qui pourraient dire cela ? Ne pourriez-vous pas maintenant, si c’en était l’heure — quoique vous fussiez intimidés au milieu de tant de monde — ne pourriez-vous pas, si Christ vous posait la question, dire hardiment, fût-ce au milieu d’ennemis : « Oui, Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t’aime » ? Eh bien, si vous pouvez donner une telle réponse, rentrez chez vous et priez que d’autres soient amenés à l’aimer, car vous-mêmes êtes sauvés ; mais si vous êtes contraints de vous taire devant une telle question, ô que Dieu vous conduise à chercher Christ, que vous soyez, vous aussi, poussés vers la croix, que vous y voyiez ses chères plaies saignantes, que vous contempliez son côté ouvert, et que, tombant à ses pieds, vous disiez : « Je me confie en toi, je m’appuie sur toi, je dépends de toi » ; et il dira : « Je t’ai sauvé » ; et alors vous bondirez sur vos pieds et direz : « Seigneur, je t’aime, parce que tu m’as aimé le premier. » Puisse telle être la fin de ce sermon, et à Dieu soit toute la gloire.

L’Écriture dans ce sermon 1 Pierre 2:7

Domaine public. Texte source de l’édition originale.