Sermon · 25 min de lecture· 1733 · Modéré

La circoncision du cœur

Portrait de John Wesley John Wesley

Texte

Romains 2:29

En bref

Le plus ancien sermon universitaire de Wesley, et l’un de ceux qu’il n’a jamais reniés : la vraie religion n’est pas la marque extérieure, mais le cœur circoncis — l’humilité, la foi, l’espérance et l’amour. Il les parcourt tour à tour et conclut sur l’amour qui accomplit la loi. Prêché à Oxford cinq ans avant Aldersgate, il fait pourtant déjà entendre la note de toute sa vie : la sainteté du cœur.

« La circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre. »

1. C’est la triste remarque d’un homme excellent, que celui qui prêche aujourd’hui les devoirs les plus essentiels du christianisme court le risque d’être tenu, par une grande partie de ses auditeurs, pour « un prôneur de doctrines nouvelles ». La plupart des hommes ont si bien dissipé la substance de cette religion dont ils gardent encore la profession, qu’à peine leur propose-t-on quelqu’une de ces vérités qui distinguent l’Esprit de Christ de l’esprit du monde, qu’aussitôt ils s’écrient : « Tu nous fais entendre des choses étranges ; nous voudrions savoir ce que cela peut être » ; — quoiqu’il ne leur prêche que « Jésus et la résurrection », avec la conséquence qui en découle nécessairement : — si Christ est ressuscité, vous devez donc mourir au monde et vivre tout entiers pour Dieu.

2. Voilà une parole dure pour l’homme naturel, qui est vivant au monde et mort à Dieu ; et il ne se laissera pas aisément persuader de la recevoir comme la vérité de Dieu, à moins qu’on ne l’atténue dans l’interprétation au point de lui ôter tout usage et toute signification. Il « ne reçoit pas » la parole « de l’Esprit de Dieu », prise en son sens clair et évident ; « elles sont une folie pour lui : et il ne peut » vraiment « les connaître, parce que c’est spirituellement qu’on en juge » : — elles ne se perçoivent que par ce sens spirituel qui, en lui, ne s’est jamais encore éveillé ; faute de quoi il lui faut rejeter, comme de vaines imaginations des hommes, ce qui est tout ensemble la sagesse et la puissance de Dieu.

3. Que « la circoncision, c’est celle du cœur, selon l’esprit et non selon la lettre » ; — que la marque distinctive du vrai disciple de Christ, de celui qui est dans un état d’acceptation auprès de Dieu, n’est ni la circoncision extérieure, ni le baptême, ni aucune autre forme extérieure, mais un juste état de l’âme, une intelligence et un esprit renouvelés selon l’image de Celui qui l’a créé ; — voilà l’une de ces vérités importantes que l’on ne peut discerner que spirituellement. Et c’est ce que l’Apôtre lui-même laisse entendre dans les mots qui suivent : — « dont la louange ne vient pas des hommes, mais de Dieu ». Comme s’il avait dit : « N’attends pas, qui que tu sois, toi qui suis ainsi ton grand Maître, que le monde, ceux qui ne le suivent pas, te disent : “C’est bien, bon et fidèle serviteur !” Sache que la circoncision du cœur, le sceau de ta vocation, est une folie aux yeux du monde. Contente-toi d’attendre tes applaudissements jusqu’au jour de l’avènement de ton Seigneur. En ce jour-là tu recevras la louange de Dieu, dans la grande assemblée des hommes et des anges. »

Je me propose, Premièrement, de rechercher en particulier en quoi consiste cette circoncision du cœur ; et, Deuxièmement, de présenter quelques réflexions qui naissent naturellement d’une telle recherche.

I. 1. Je dois, Premièrement, rechercher en quoi consiste cette circoncision du cœur qui recevra la louange de Dieu. En général, nous pouvons observer que c’est cette disposition habituelle de l’âme que les saintes Écritures nomment sainteté ; et qui implique directement d’être purifié du péché, « de toute souillure de la chair et de l’esprit » ; et, par suite, d’être revêtu de ces vertus qui étaient aussi en Jésus-Christ ; d’être tellement « renouvelés dans l’esprit de notre intelligence » que nous soyons « parfaits, comme notre Père céleste est parfait ».

2. Pour préciser davantage : la circoncision du cœur implique l’humilité, la foi, l’espérance et la charité. L’humilité, juste jugement que nous portons sur nous-mêmes, purifie nos esprits de ces hautes idées de notre propre perfection, de cette opinion excessive de nos propres capacités et de nos acquis, qui sont le fruit authentique d’une nature corrompue. Elle retranche entièrement cette vaine pensée : « Je suis riche, et sage, et je n’ai besoin de rien » ; et elle nous convainc que nous sommes par nature misérables, pauvres, malheureux, aveugles et nus. « Elle nous convainc que, dans notre meilleur état, nous ne sommes de nous-mêmes que péché et vanité ; que la confusion, l’ignorance et l’erreur règnent sur notre entendement ; que des passions déraisonnables, terrestres, sensuelles, diaboliques, usurpent l’autorité sur notre volonté ; en un mot, qu’il n’y a rien de sain dans notre âme, que tous les fondements de notre nature sont hors de leur cours. »

3. En même temps, nous sommes convaincus que nous ne suffisons pas de nous-mêmes pour nous aider nous-mêmes ; que, sans l’Esprit de Dieu, nous ne pouvons rien faire que d’ajouter péché sur péché ; que c’est Lui seul qui opère en nous, par sa puissance toute-puissante, le vouloir et le faire de ce qui est bien ; car il nous est aussi impossible de concevoir même une bonne pensée, sans le secours surnaturel de son Esprit, que de nous créer nous-mêmes, ou de renouveler nos âmes tout entières dans la justice et la vraie sainteté.

4. Un effet assuré de ce juste jugement que nous avons formé sur le caractère pécheur et impuissant de notre nature, c’est le mépris de « la gloire qui vient des hommes », que l’on rend d’ordinaire à quelque excellence supposée en nous. Celui qui se connaît lui-même ne désire ni n’estime les applaudissements qu’il sait ne pas mériter. C’est pourquoi « il lui importe fort peu d’être jugé par un tribunal humain ». Il a tout lieu de penser, en comparant ce que le monde a dit, pour ou contre lui, avec ce qu’il éprouve dans son propre sein, que le monde, aussi bien que le dieu de ce monde, a été « un menteur dès le commencement ». Et même à l’égard de ceux qui ne sont pas du monde : bien qu’il souhaitât, si telle était la volonté de Dieu, qu’ils le tinssent pour un homme désireux d’être trouvé fidèle intendant des biens de son Seigneur, si par là il pouvait devenir plus utile à ses compagnons de service, cependant, comme c’est là l’unique fin de son désir de leur approbation, il ne s’y appuie nullement : car il est assuré que, quoi que Dieu veuille, Il ne manquera jamais d’instruments pour l’accomplir ; puisqu’il peut, de ces pierres mêmes, susciter des serviteurs pour faire son bon plaisir.

5. Voilà cette humilité d’esprit qu’ont apprise de Christ ceux qui suivent son exemple et marchent sur ses traces. Et cette connaissance de leur mal, par laquelle ils sont de plus en plus purifiés d’une part de celui-ci, l’orgueil et la vanité, les dispose à embrasser d’un cœur bien disposé la seconde chose qu’implique la circoncision du cœur, — cette foi qui seule est capable de les rendre entièrement sains, qui est l’unique remède donné sous le ciel pour guérir leur maladie.

6. Le meilleur guide de l’aveugle, la plus sûre lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, le plus parfait instructeur des insensés, c’est la foi. Mais il faut que ce soit une foi « puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses », — pour abattre tous les préjugés de la raison corrompue, toutes les fausses maximes révérées parmi les hommes, toutes les mauvaises coutumes et habitudes, toute cette « sagesse de ce monde qui est une folie devant Dieu » ; une foi qui « renverse les imaginations », les raisonnements, « et toute hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amène toute pensée captive à l’obéissance de Christ ».

7. « Tout est possible à celui qui » ainsi « croit ». « Les yeux de son cœur étant illuminés », il voit quelle est sa vocation : glorifier Dieu, qui l’a racheté à si haut prix, dans son corps et dans son esprit, qui sont désormais à Dieu par rédemption aussi bien que par création. Il ressent quelle est « l’infinie grandeur de cette puissance », de Celui qui, ayant ressuscité Christ d’entre les morts, peut aussi nous rendre la vie, à nous morts dans le péché, « par son Esprit qui habite en nous ». « La victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi » ; cette foi qui n’est pas seulement un assentiment inébranlable à tout ce que Dieu a révélé dans l’Écriture, — et en particulier à ces vérités importantes : « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs » ; « il a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » ; « il est une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » ; — mais aussi la révélation de Christ dans nos cœurs ; une preuve ou conviction divine de son amour, de son amour libre et immérité pour moi, pécheur ; une ferme confiance en sa miséricorde qui pardonne, opérée en nous par le Saint-Esprit ; une confiance par laquelle tout vrai croyant est rendu capable de rendre ce témoignage : « Je sais que mon rédempteur est vivant », que j’ai « un avocat auprès du Père », et que « Jésus-Christ le juste » est mon Seigneur, et « la victime expiatoire pour mes péchés », — je sais qu’il m’a « aimé, et livré lui-même pour moi », — il m’a réconcilié, moi aussi, avec Dieu ; et j’ai « la rédemption par son sang, la rémission des péchés ».

8. Une telle foi ne peut manquer de manifester clairement la puissance de Celui qui l’inspire, en délivrant ses enfants du joug du péché, et en « purifiant leur conscience des œuvres mortes » ; en les fortifiant tellement qu’ils ne sont plus contraints d’obéir au péché dans ses convoitises ; mais, au lieu de lui livrer leurs membres comme des « instruments d’iniquité », ils « se donnent » désormais tout entiers « eux-mêmes à Dieu, comme étant vivants de morts qu’ils étaient ».

9. Ceux qui sont ainsi nés de Dieu par la foi ont aussi une puissante consolation par l’espérance. C’est là la chose suivante qu’implique la circoncision du cœur ; à savoir le témoignage de leur propre esprit, joint à l’Esprit qui rend témoignage dans leur cœur qu’ils sont enfants de Dieu. En effet, c’est le même Esprit qui opère en eux cette confiance claire et joyeuse que leur cœur est droit envers Dieu ; cette bonne assurance qu’ils font désormais, par sa grâce, les choses qui sont agréables à ses yeux ; qu’ils sont maintenant dans le chemin qui mène à la vie, et qu’ils y persévéreront, par la miséricorde de Dieu, jusqu’à la fin. C’est Lui qui leur donne une vive attente de recevoir tous les biens de la main de Dieu ; une joyeuse perspective de cette couronne de gloire qui leur est réservée dans les cieux. Par cette ancre, le chrétien est tenu ferme au milieu des vagues de ce monde plein de troubles, et préservé de se briser sur l’un ou l’autre de ces écueils funestes, — la présomption ou le désespoir. Il n’est ni découragé par la sévérité mal comprise de son Seigneur, ni ne méprise les richesses de sa bonté. Il ne juge pas les difficultés de la course placée devant lui plus grandes que la force qu’il a pour les vaincre, ni ne les attend si petites qu’il puisse céder dans le combat avant d’avoir déployé toute sa force. L’expérience qu’il a déjà acquise dans la guerre chrétienne, de même qu’elle l’assure que son « travail n’est pas vain » s’il fait « tout ce que sa main trouve à faire… avec sa force », lui interdit d’entretenir une pensée aussi vaine que celle de pouvoir gagner autrement quelque avantage, ou que quelque vertu puisse se montrer, quelque louange s’obtenir, par des cœurs défaillants et des mains débiles ; ni, en vérité, par nul autre que ceux qui suivent la même route que le grand Apôtre des Gentils : — « Moi, dit-il, je cours, non pas comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air ; mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur, après avoir prêché aux autres, d’être moi-même rejeté. » 10. C’est par la même discipline que tout bon soldat de Christ doit s’aguerrir à supporter les épreuves. Affermi et fortifié par elle, il pourra renoncer non seulement aux œuvres des ténèbres, mais à tout appétit aussi, et à toute affection qui n’est pas soumise à la loi de Dieu. Car « quiconque », dit saint Jean, « a cette espérance en lui se purifie, comme lui-même est pur ». C’est son souci quotidien, par la grâce de Dieu en Christ et par le sang de l’alliance, de purger les replis les plus intimes de son âme des convoitises qui auparavant la possédaient et la souillaient ; de l’impureté, de l’envie, de la malice et de la colère ; de toute passion et de tout penchant qui est selon la chair, qui procède de sa corruption native ou l’entretient : sachant bien que celui dont le corps même est le temple de Dieu ne doit y admettre rien de souillé ni d’impur, et que la sainteté convient à jamais à cette maison où l’Esprit de sainteté daigne habiter. 11. Pourtant, il te manque une seule chose, qui que tu sois, toi qui, à une profonde humilité et à une foi inébranlable, as joint une vive espérance, et as par là, en bonne mesure, purifié ton cœur de sa souillure innée. Si tu veux être parfait, ajoute à tout cela la charité ; ajoute l’amour, et tu as la circoncision du cœur. « L’amour est l’accomplissement de la loi, le but du commandement. » On dit de l’amour des choses très excellentes ; il est l’essence, l’esprit, la vie de toute vertu. Il n’est pas seulement le premier et le grand commandement, mais il est tous les commandements en un seul. « Tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable », ou honorable ; « ce qui est vertueux et digne de louange » : tout cela est compris en ce seul mot, — l’amour. En lui est la perfection, la gloire et le bonheur. La loi royale du ciel et de la terre est celle-ci : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force. » 12. Non que cela nous interdise d’aimer autre chose que Dieu : cela implique que nous aimions aussi notre frère. Cela ne nous interdit pas non plus (comme quelques-uns l’ont étrangement imaginé) de prendre plaisir à quoi que ce soit sinon Dieu. Le supposer, ce serait supposer que la Source de la sainteté est directement l’auteur du péché ; puisqu’il a inséparablement attaché le plaisir à l’usage de ces créatures qui sont nécessaires pour soutenir la vie qu’il nous a donnée. Tel ne peut donc jamais être le sens de son commandement. Quel en est le sens réel, notre Seigneur béni et ses Apôtres nous le disent trop souvent et trop clairement pour qu’on s’y méprenne. Tous, d’une seule bouche, rendent témoignage que le vrai sens de ces diverses déclarations : « Le Seigneur, ton Dieu, est l’unique Seigneur » ; « Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face » ; « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de toute ta force » ; « Tu t’attacheras à lui » ; « Ton âme soupirera après son nom » ; — n’est autre que celui-ci : le seul Bien parfait sera votre unique fin dernière. Une seule chose vous désirerez pour elle-même, — la jouissance de Celui qui est tout en tous. Un seul bonheur vous proposerez à vos âmes, à savoir l’union avec Celui qui les a faites ; le fait d’avoir « la communion avec le Père et avec son Fils » ; le fait d’être joints au Seigneur en un seul esprit. Un seul dessein vous devez poursuivre jusqu’à la fin des temps, — la jouissance de Dieu dans le temps et dans l’éternité. Désirez les autres choses dans la mesure où elles tendent à cela. Aimez la créature en tant qu’elle conduit au Créateur. Mais à chaque pas que vous faites, que ce soit là le point glorieux qui borne votre regard. Que toute affection, toute pensée, toute parole et toute œuvre soient subordonnées à cela. Quoi que vous désiriez ou craigniez, quoi que vous recherchiez ou fuyiez, quoi que vous pensiez, disiez ou fassiez, que ce soit en vue de votre bonheur en Dieu, la seule Fin, aussi bien que la Source, de votre être. 13. N’ayez d’autre fin, d’autre fin dernière, que Dieu. Ainsi notre Seigneur : « Une seule chose est nécessaire » ; et si ton œil est uniquement fixé sur cette seule chose, « tout ton corps sera éclairé ». Ainsi saint Paul : « Je fais une chose : je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. » Ainsi saint Jacques : « Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. » Ainsi saint Jean : « N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde. » Chercher le bonheur dans ce qui gratifie soit la convoitise de la chair, en frappant agréablement les sens extérieurs ; soit la convoitise des yeux, de l’imagination, par sa nouveauté, sa grandeur ou sa beauté ; soit l’orgueil de la vie, que ce soit par le faste, la grandeur, la puissance, ou, ce qui en est la conséquence habituelle, les applaudissements et l’admiration ; — cela « ne vient point du Père », ne procède pas du Père des esprits et n’est pas approuvé par lui, « mais du monde » : c’est la marque distinctive de ceux qui ne veulent pas qu’Il règne sur eux.

II. 1. J’ai ainsi recherché en particulier ce qu’est cette circoncision du cœur qui obtiendra la louange de Dieu. Je dois, en Second lieu, présenter quelques réflexions qui naissent naturellement d’une telle recherche, comme une règle claire par laquelle chacun peut se juger soi-même, et savoir s’il est du monde ou de Dieu. Et, Premièrement, il ressort clairement de ce qui a été dit que nul n’a droit à la louange de Dieu, si son cœur n’est circoncis par l’humilité ; s’il n’est petit, bas et vil à ses propres yeux ; s’il n’est profondément convaincu de cette « corruption de sa nature » innée, « par laquelle il s’est fort éloigné de la justice originelle », étant enclin à tout mal, opposé à tout bien, corrompu et abominable ; ayant « l’affection de la chair, qui est inimitié contre Dieu, et ne se soumet pas à la loi de Dieu, et ne le peut même pas » ; s’il ne sent continuellement, au plus intime de son âme, que, sans l’Esprit de Dieu reposant sur lui, il ne peut ni penser, ni désirer, ni dire, ni faire rien de bon, ni rien qui plaise à ses yeux. Nul, dis-je, n’a droit à la louange de Dieu tant qu’il ne sent pas son besoin de Dieu ; ni même tant qu’il ne recherche pas « la gloire qui vient de Dieu seul » ; et qu’il ne désire ni ne poursuit celle qui vient des hommes, sinon dans la seule mesure où elle tend à cela.

2. Une autre vérité, qui découle naturellement de ce qui a été dit, c’est que nul n’obtiendra la gloire qui vient de Dieu, si son cœur n’est circoncis par la foi ; par une « foi qui est de l’opération de Dieu » : à moins que, refusant de se laisser plus longtemps conduire par ses sens, ses appétits ou ses passions, ou même par ce guide aveugle des aveugles, tant idolâtré du monde, la raison naturelle, il ne vive et ne marche par la foi ; qu’il ne dirige chacun de ses pas « comme voyant celui qui est invisible » ; qu’il « regarde, non point aux choses visibles, qui sont passagères, mais à celles qui sont invisibles, qui sont éternelles » ; et qu’il ne gouverne tous ses désirs, ses desseins et ses pensées, toutes ses actions et ses entretiens, comme un homme entré au-dedans du voile, où Jésus est assis à la droite de Dieu.

3. Il serait à souhaiter qu’ils connussent mieux cette foi, ceux qui emploient une grande part de leur temps et de leur peine à poser un autre fondement ; à fonder la religion sur l’éternelle convenance des choses, sur l’excellence intrinsèque de la vertu et la beauté des actions qui en découlent ; sur les raisons, comme ils les nomment, du bien et du mal, et les relations des êtres les uns avec les autres. Ou bien ces explications des fondements du devoir chrétien s’accordent avec celles de l’Écriture, ou bien non. Si elles s’accordent, pourquoi des hommes bien intentionnés sont-ils déconcertés, et détournés des choses les plus importantes de la loi, par une nuée de termes qui expliquent les vérités les plus faciles en les rendant obscures ? Si elles ne s’accordent pas, alors il leur faut considérer qui est l’auteur de cette doctrine nouvelle ; s’il est probable qu’il soit un ange du ciel, qui prêche un autre évangile que celui de Christ Jésus ; encore que, s’il l’était, ce serait Dieu, et non nous, qui aurait prononcé sa sentence : « qu’il soit anathème ».

4. Notre évangile, de même qu’il ne connaît d’autre fondement des bonnes œuvres que la foi, ni d’autre fondement de la foi que Christ, nous apprend aussi clairement que nous ne sommes pas ses disciples tant que nous nions soit qu’il soit l’Auteur, soit que son Esprit soit l’Inspirateur et le Consommateur, l’un et l’autre, de notre foi et de nos œuvres. « Si quelqu’un n’a pas l’Esprit de Christ, il ne lui appartient pas. » Lui seul peut vivifier ceux qui sont morts à Dieu, peut leur insuffler le souffle de la vie chrétienne, et prévenir, accompagner et suivre de sa grâce, de manière à porter leurs bons désirs à bon effet. Et « tous ceux qui sont ainsi conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu ». Voilà le récit bref et simple que Dieu donne de la vraie religion et de la vraie vertu ; et « personne ne peut poser un autre fondement ».

5. De ce qui a été dit, nous pouvons, Troisièmement, apprendre que nul n’est véritablement « conduit par l’Esprit », à moins que cet « Esprit ne rende témoignage à son esprit qu’il est enfant de Dieu » ; à moins qu’il ne voie devant lui le prix et la couronne, et ne « se glorifie dans l’espérance de la gloire de Dieu ». Combien se sont grandement trompés ceux qui ont enseigné que, en servant Dieu, nous ne devions pas avoir en vue notre propre bonheur ! Bien au contraire, Dieu nous enseigne souvent et expressément à avoir « les regards fixés sur la rémunération » ; à contrebalancer la peine par « la joie qui nous est réservée », ces « légères afflictions » par « un poids éternel de gloire ». Oui, nous sommes « étrangers aux alliances de la promesse », nous sommes « sans Dieu dans le monde », jusqu’à ce que Dieu, « selon sa grande miséricorde, nous ait régénérés pour une espérance vivante, pour un héritage qui ne se peut ni corrompre, ni souiller, ni flétrir ».

6. Mais s’il en est ainsi, il est grand temps que ces personnes traitent fidèlement avec leur propre âme, elles qui, si loin de trouver en elles-mêmes cette joyeuse assurance d’accomplir les conditions et d’obtenir les promesses de cette alliance, en viennent à quereller l’alliance elle-même et à en blasphémer les conditions ; à se plaindre qu’elles sont trop sévères, et que jamais homme ne les a observées ni ne les observera. Qu’est-ce là, sinon faire reproche à Dieu, comme s’il était un Maître dur, exigeant de ses serviteurs plus qu’il ne leur donne d’accomplir ? — comme s’il avait raillé l’œuvre impuissante de ses mains, en les liant à des impossibilités ; en leur commandant de vaincre là où ni leur propre force ni la grâce ne leur suffisaient ?

7. Ces blasphémateurs pourraient presque persuader de se croire innocents ceux qui, dans l’excès contraire, espèrent accomplir les commandements de Dieu sans se donner aucune peine. Vain espoir ! qu’un enfant d’Adam s’attende jamais à voir le royaume de Christ et de Dieu, sans s’efforcer, sans lutter à l’agonie, pour d’abord « entrer par la porte étroite » ; — que celui qui fut « né dans l’iniquité, et conçu dans le péché », et dont « le cœur est rempli de malice », entretienne un jour la pensée d’être « purifié comme son Seigneur est pur », sans marcher sur ses traces et « se charger chaque jour de sa croix » ; sans « couper sa main droite », et « arracher son œil droit et le jeter loin de lui » ; — qu’il rêve jamais de se défaire de ses vieilles opinions, passions et humeurs, d’être « sanctifié tout entier dans l’esprit, l’âme et le corps », sans un cours constant et continuel de renoncement général à soi-même !

8. Que pouvons-nous conclure de moins que cela des paroles de saint Paul citées plus haut, lui qui, vivant « dans les faiblesses, dans les outrages, dans les calamités, dans les persécutions, dans les détresses » pour l’amour de Christ ; — lui qui, étant rempli de « signes, de prodiges et de miracles », — lui qui avait été « ravi jusqu’au troisième ciel » ; — estimait pourtant, comme le dit fortement un auteur récent, que toutes ses vertus seraient sans sûreté, et son salut même en danger, sans ce constant renoncement à soi-même ? « Je cours », dit-il, « non pas comme à l’aventure ; je frappe, non pas comme battant l’air » : par où il nous enseigne clairement que celui qui ne court pas ainsi, qui ne se renonce pas ainsi chaque jour, court à l’aventure, et combat d’aussi peu d’effet que celui qui « bat l’air ».

9. C’est avec aussi peu de fruit que parle de « combattre le bon combat de la foi », et espère en vain obtenir la couronne incorruptible (comme nous pouvons, En dernier lieu, le conclure des observations précédentes), celui dont le cœur n’est pas circoncis par l’amour. L’amour, retranchant tout ensemble la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie, — engageant l’homme tout entier, corps, âme et esprit, dans l’ardente poursuite de ce seul objet, — est si essentiel à un enfant de Dieu que, sans lui, quiconque vit est compté pour mort devant Lui. « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j’aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, si je n’ai pas la charité, je ne suis rien. » Bien plus : « quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien ».

10. Voici donc le résumé de la loi parfaite ; voici la vraie circoncision du cœur. Que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné, avec tout le cortège de ses affections. « Vers le lieu d’où tous les fleuves sont venus, qu’ils s’en retournent couler. D’autres sacrifices, il n’en voudrait pas de nous ; mais le sacrifice vivant du cœur, voilà celui qu’il a choisi. Qu’il soit continuellement offert à Dieu par Christ, en flammes d’un saint amour. Et qu’aucune créature ne soit admise à le partager avec lui : car il est un Dieu jaloux. Il ne partagera pas son trône avec un autre : il régnera sans rival. Qu’aucun dessein, aucun désir n’y soit admis, sinon celui qui L’a pour objet dernier. Voilà la voie où marchèrent jadis ces enfants de Dieu qui, étant morts, nous parlent encore : ne désire pas vivre, mais louer son nom ; que toutes tes pensées, tes paroles et tes œuvres tendent à sa gloire. Attache fermement ton cœur à lui, et aux autres choses seulement en tant qu’elles sont en lui et procèdent de lui. Que ton âme soit remplie d’un amour de lui si entier que tu n’aimes rien que pour l’amour de lui. » « Aie une pure intention du cœur, un regard constant vers sa gloire en toutes tes actions. » « Fixe ton regard sur la bienheureuse espérance de ta vocation, et fais que toutes les choses du monde y servent. » Car alors, et pas avant, sont en nous ces « sentiments qui étaient aussi en Jésus-Christ » ; quand, en chaque mouvement de notre cœur, en chaque parole de notre langue, en chaque œuvre de nos mains, nous « ne poursuivons rien que par rapport à lui, et dans la soumission à son bon plaisir » ; quand nous aussi, nous ne pensons, ne parlons ni n’agissons pour accomplir « notre propre volonté, mais la volonté de celui qui nous a envoyés » ; quand, soit que nous mangions, soit que nous buvions, ou quoi que nous fassions, nous « faisons tout pour la gloire de Dieu ».

L’Écriture dans ce sermon Romains 2:29

Domaine public. Texte source de l’édition originale.