Toute Écriture est inspirée de Dieu
John Calvin

Sermon · 23 min de lecture · Modéré

Toute Écriture est inspirée de Dieu

Portrait de John Calvin John Calvin

Texte

2 Timothée 3:16-17

En bref

L’Écriture est notre épée spirituelle, et Calvin ne nous permet pas de la trier et d’en choisir à notre fantaisie. Parce que Dieu y parle, elle règne sur toute tradition humaine ; parce qu’elle est utile, elle enseigne, convainc, corrige et instruit, réformant notre vie plutôt que de nous rendre « éloquents et subtils ».

Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre.

Puisque la parole de Dieu est appelée notre épée spirituelle, il nous faut en être armés : car en ce monde le diable combat sans cesse contre nous, s’efforçant de nous tromper et de nous entraîner dans le péché. C’est pourquoi saint Paul dit que la parole de Dieu mérite une telle révérence que nous devons nous y soumettre sans contredit. Il nous apprend aussi quel profit nous en recevons ; ce qui est une raison de plus pour l’embrasser avec révérence et obéissance. Il y a eu en tout temps des esprits fantasques qui voudraient révoquer en doute l’Écriture sainte, bien qu’ils eussent honte de nier que la parole de Dieu doive être reçue sans contradiction. Il y a toujours eu des méchants qui ont franchement confessé que la parole de Dieu porte en elle une telle majesté que le monde entier doit s’incliner devant elle ; et pourtant ils ne cessent de blasphémer et de médire de Dieu.

Où trouver la parole de Dieu, sinon dans la loi, dans les prophètes et dans l’Évangile ? C’est là que Dieu nous a déclaré sa pensée. Afin donc que les hommes ne puissent s’excuser, saint Paul nous montre clairement que, si nous voulons rendre hommage à Dieu et vivre dans la sujétion à son égard, nous devons recevoir ce qui est contenu dans la loi et les prophètes. Et afin que nul ne prenne la liberté de choisir ce qui lui plaît, et d’obéir ainsi à Dieu en partie seulement, il dit que l’Écriture tout entière a cette majesté dont il parle, et qu’elle est tout entière utile. Bref, saint Paul nous apprend que nous ne devons pas trier et éplucher l’Écriture au gré de notre fantaisie, mais la recevoir tout entière sans exception. Nous voyons ainsi quelle est la pensée de saint Paul en ce passage ; car lorsqu’il parle de l’Écriture sainte, il n’entend pas ce qu’il écrivait alors, ni ce qu’ont écrit les autres apôtres et évangélistes, mais l’Ancien Testament.

Nous comprenons donc que sa pensée était que la loi et les prophètes fussent toujours prêchés dans l’Église de Christ ; car c’est une doctrine qui doit demeurer, et qui demeurera, à jamais. Il ne faut donc tenir aucun compte de ceux qui voudraient qu’on mît la loi de côté et qu’on n’en parlât plus jamais. Ils en ont fait un proverbe courant dans leurs synagogues et dans leurs tavernes, disant : « nous n’avons plus besoin ni de la loi ni des prophètes » ; et cela est aussi commun parmi eux que parmi les Turcs.

Mais saint Paul tient le chrétien en bride, et nous dit que, si nous voulons faire preuve de notre foi et de notre obéissance envers Dieu, la loi et les prophètes doivent régner sur nous ; que nous devons régler notre vie sur eux ; que nous devons savoir que c’est une vérité permanente et immortelle, ni passagère ni changeante ; car Dieu n’a pas donné une doctrine temporelle qui ne servît que pour un temps : sa pensée était qu’elle fût en vigueur en nos jours, et que le monde périsse et que le ciel et la terre défaillent plutôt que son autorité ne vienne à manquer. Nous voyons ainsi que la pensée de saint Paul est que nous nous laissions gouverner par l’Écriture sainte, et que nous ne cherchions la sagesse nulle part ailleurs.

Il nous faut remarquer (comme il a déjà été dit) qu’il ne nous donne pas la liberté de choisir ce que bon nous semble, mais qu’il veut que nous soyons obéissants à Dieu en toutes choses, approuvant ce qui est contenu dans l’Écriture sainte. Considérons maintenant les deux points qui sont ici exposés. Il dit d’abord : Toute Écriture est inspirée de Dieu ; puis il ajoute : et utile. Saint Paul fait ces remarques sur l’Écriture sainte pour nous inciter à l’aimer, et pour montrer qu’elle est digne d’être reçue avec une grande humilité. Quand il dit qu’elle est inspirée de Dieu, c’est afin qu’aucun homme mortel ne s’efforce de contrôler sa toute-puissance. De misérables créatures feront-elles la guerre à Dieu et refuseront-elles d’accepter l’Écriture sainte ? Quelle en est la cause ? Elle n’a pas été forgée par les hommes (dit saint Paul), il n’y a rien de terrestre en elle.

Quiconque ne veut pas se montrer rebelle à Dieu et le mépriser doit se soumettre à l’Écriture sainte. Saint Paul ajoute en second lieu qu’outre la révérence que nous devons à Dieu en lui rendant hommage, il nous faut confesser de plus qu’il a cherché notre profit et notre salut lorsqu’il lui a plu de nous enseigner par l’Écriture sainte : car il ne veut pas que nous nous occupions de choses inutiles. Si donc nous sommes diligents à lire l’Écriture sainte, nous apercevrons qu’il n’y a rien en elle qui ne soit bon et convenable pour nous, et dont nous ne puissions tirer quelque bien.

Combien nous sommes ingrats si nous n’acceptons pas les bienfaits que Dieu nous offre si gratuitement ! Après avoir magnifié l’Écriture sainte, en montrant que la majesté de Dieu y apparaît, saint Paul voulait aussi nous en donner quelque goût, afin que nous y venions avec l’affection et le désir d’en profiter, sachant que c’était là le dessein de Dieu et le but qu’il visait. Souvenons-nous toujours que l’Écriture sainte ne nous servira jamais de rien, à moins que nous ne soyons persuadés que Dieu en est l’auteur. Quand nous lisons Moïse, ou quelqu’un des prophètes, comme l’histoire d’hommes mortels, sentons-nous une vivacité de l’Esprit de Dieu qui nous enflamme ? Non, non ; il s’en faut de beaucoup.

C’est pourquoi l’Écriture sainte sera sans vie et sans force jusqu’à ce que nous sachions que c’est Dieu qui parle en elle, et qui par elle révèle sa volonté à l’homme ; car saint Paul dit que l’Écriture sainte est inspirée de Dieu. Le pape se vantera que tout ce qu’il a mis en avant vient de Dieu : ainsi voyons-nous qu’en se servant du nom de Dieu comme d’un manteau et d’une couverture, on a trompé le monde et on l’a tenu dans l’ignorance dès le commencement. Car il n’y eut jamais de poison de fausse doctrine qui n’ait été versé dans une coupe d’or, c’est-à-dire qui n’ait été caché sous ce titre honorable : que Dieu a parlé à l’homme.

Si nous consentons à être gouvernés par la volonté de Dieu, notre foi sera bien scellée, en sorte que nous pourrons apercevoir que ce n’est point une illusion de Satan, ni une fable inventée par les hommes : j’entends les choses contenues dans l’Écriture sainte, qui ont été dites par Dieu, lequel en est l’auteur. Considérons la bonté infinie de notre Dieu, en ce qu’il lui a plu de sceller sa vérité dans nos cœurs et de nous en faire sentir la vertu, tandis que les incrédules sont laissés dans leur ignorance, à mépriser l’autorité de l’Écriture sainte.

Nous pouvons recueillir de ce que dit saint Paul qu’il n’y a dans l’Église de Dieu d’autre autorité que celle qui est reçue de lui. Si donc nous admettons une doctrine, elle ne doit pas être empruntée à l’autorité ou à la sagesse des hommes, mais nous devons savoir qu’elle est venue de Dieu. C’est là un point notable ; car Dieu éprouvera par là si nous sommes son peuple ou non. Il est vraiment notre roi, parce que nous n’avons ni lois ni ordonnances qui ne viennent de lui ; nos âmes ne sont pas conduites au hasard, car il règne sur nous, et nous sommes soumis à son joug. S’il n’en est pas ainsi, nous ne montrons pas que Dieu nous gouverne, quelques prétentions solennelles que nous affichions : ce ne sont que de fausses apparences.

Pour prouver que l’Écriture sainte est une vérité indubitable, saint Paul ne nous apprend pas que Moïse était un homme excellent ; il ne dit pas qu’Ésaïe était fort éloquent ; il ne déclare rien d’eux par quoi il puisse rehausser le crédit de leurs personnes ; mais il dit qu’ils étaient des instruments entre les mains de Dieu : leurs langues étaient conduites par le Saint-Esprit ; ils n’ont rien dit d’eux-mêmes, mais c’était Dieu qui parlait par eux. Nous ne devons pas les considérer comme des hommes sans inspiration, mais comme des serviteurs du Dieu vivant, comme de fidèles dispensateurs des trésors qui leur étaient confiés.

Si l’on avait observé ces choses, les hommes ne seraient pas tombés dans une si horrible confusion que celle où sont aujourd’hui les papistes. Car sur quoi leur foi est-elle fondée, sinon sur des hommes ? Il n’y a qu’hypocrisie dans tout ce qu’ils font. Il est vrai qu’ils mettent en avant le nom de Dieu, mais cependant ils observent leurs propres cérémonies. Or saint Paul exige que nous nous en tenions à l’Écriture sainte, parce que c’est Dieu qui y parle, et non l’homme. Nous voyons ainsi qu’il exclut toute autorité humaine : Dieu doit avoir la prééminence au-dessus de toutes les créatures quelles qu’elles soient ; elles doivent se soumettre à lui, et ne pas présumer d’empiéter sur sa souveraineté. Quand nous montons en chaire, nous devons être assurés que c’est Dieu qui nous a envoyés, et que nous apportons le message qu’il nous a confié.

Si quelqu’un parle, que ce soit comme annonçant les oracles de Dieu : c’est-à-dire, qu’il montre qu’il ne s’ingère pas témérairement, ni ne rapièce rien de son propre cru, mais qu’il présente la vérité de Dieu dans sa pureté ; il doit rendre sa doctrine édifiante pour le peuple, afin que Dieu en soit honoré. Puisque la doctrine des hommes est ici abattue, bannissons-la de l’Église de Christ, afin qu’elle n’y soit plus jamais admise. Prenons donc garde, et tenons-nous fermes dans la simplicité de l’Évangile : car notre Seigneur a été si bienveillant qu’il nous a révélé sa volonté par la loi et les prophètes ; retenons donc fermement ce que nous avons reçu, et ne souffrons pas que les hommes lient nos consciences et forgent pour nous des articles de foi selon leurs propres idées.

Saint Paul dit que toute Écriture est utile. Si donc l’Écriture sainte est utile, nous sommes bien ingrats de ne pas nous appliquer à l’étudier. Qui d’entre nous ne désire le profit et le salut ? Et où les trouver, sinon dans l’Écriture sainte ? Malheur à nous donc si nous n’écoutons pas la parole de Dieu, qui ne cherche que notre bonheur. De plus, nous ne devons pas lire l’Écriture sainte pour appuyer nos propres idées et nos opinions favorites, mais nous soumettre à la doctrine qu’elle contient, conformément à tout son contenu ; car elle est tout entière utile.

Quand j’expose l’Écriture sainte, je dois toujours me mesurer à elle, afin que ceux qui m’entendent puissent profiter de la doctrine présentée et en recevoir de l’édification. Si je n’ai pas cette affection, si je n’édifie pas ceux qui m’écoutent, je commets un sacrilège et je profane la parole de Dieu. Ceux aussi qui lisent l’Écriture sainte, ou qui viennent entendre le sermon, s’ils y cherchent de folles spéculations, s’ils viennent ici pour se divertir, sont coupables de profaner l’Évangile. Si nous détournons l’Écriture sainte de son véritable usage, et que nous y cherchions des questions sans nous efforcer d’en profiter, nous la souillons.

Saint Paul nous a enseigné que nous devons venir à Dieu avec d’ardents désirs, puisqu’il ne cherche que notre profit et notre salut. Il nous montre aussi que nous ne devons pas souiller l’Écriture sainte en la faisant servir à notre fantaisie ; mais, sachant que la pensée de Dieu est qu’elle nous soit profitable, nous devons y venir pour être enseignés : oui, et enseignés en ce qui sera profitable à notre salut. Il nous reste maintenant à examiner, chacun pour notre part, quel est ce profit : si saint Paul n’avait prononcé que ce seul mot, le sens aurait pu être quelque peu obscur ; mais il l’explique si clairement que nous ne pouvons nous méprendre sur sa pensée ; car il dit que l’Écriture est « utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. »

Saint Paul ne présente pas un seul usage de l’Écriture sainte ; mais, après avoir parlé de la doctrine, il ajoute : pour convaincre, corriger et instruire. Et pourquoi cela ? Il ne suffit pas que Dieu nous montre ce qui est bon, parce que nous sommes si froids que nous l’apercevrions à peine : il faut donc qu’il nous éveille à l’ardeur ; nous devons savoir que c’est lui qui nous parle, et que nous sommes tenus d’obéir. Nous voyons ainsi qu’il n’y a point de doctrine morte dans l’Écriture sainte, mais qu’il y a des répréhensions et des corrections pour nous éveiller, afin que nous venions à Dieu.

Saint Paul dit que toute Écriture est utile pour enseigner ; puis il ajoute : pour convaincre, pour corriger, etc. Pourquoi commence-t-il par ce mot, enseigner ? Parce que c’est l’ordre naturel ; car si nous ne sommes pas instruits à dire : Ceci est la vérité, l’exhortation ne servira de rien. Il faut donc, avant toutes choses, que nous soyons bien persuadés que ce qui nous est enseigné est bon, vrai et droit. Ainsi le mot enseigner signifie que nous devons être instruits dans la vérité, que nous devons y être pleinement résolus, et tellement édifiés par elle que nous ne doutions point de son authenticité. Saint Paul nous apprend que cette doctrine consiste à connaître Jésus-Christ et à mettre en lui toute notre confiance ; à vivre selon la sagesse, la justice et la piété.

Quand nous invoquons Dieu par prières et supplications, il faut que nous mettions notre confiance en lui et que nous regardions à la vie céleste à laquelle il nous appelle ; il faut que nous mortifiions toutes nos mauvaises affections et que nous nous conformions à sa justice. La doctrine de l’Évangile, en peu de mots, est celle-ci : connaître Dieu et mettre en lui toute notre confiance ; et savoir par quel moyen il est notre Sauveur, à savoir en la personne de notre Seigneur Jésus-Christ, son Fils unique, qui est mort pour notre justification. C’est là le chemin par lequel nous sommes réconciliés avec Dieu et purifiés de tout péché ; et de là procède l’assurance que nous avons de l’invoquer, sachant qu’il ne nous rejettera point quand nous venons au nom de celui qui a été établi notre avocat.

Quand nous considérons qu’il n’y a en nous que péché et méchanceté, nous devons apprendre à nous déplaire à nous-mêmes et à servir Dieu avec ferveur, d’un cœur pur : telle est la doctrine contenue dans la sainte Écriture. Il nous faut entendre ce que veut dire saint Paul quand il dit : pour convaincre ; c’est-à-dire que, si nous voulons être bien instruits à l’école de Dieu, il faut que nous nous confessions coupables ; il faut que nous soyons touchés jusqu’au cœur ; il faut que nous soyons repris de nos fautes. Quand la parole de Dieu est droitement exposée, non seulement les fidèles sont édifiés, mais si un incrédule entre dans l’église et entend la doctrine de Dieu, il est convaincu et jugé. Par là nous comprenons que, bien que l’incrédule soit enveloppé de ténèbres et se complaise dans sa propre ignorance, toutefois, quand Dieu l’éclaire de telle sorte qu’il voit la misère et la méchanceté dans lesquelles il a vécu, quand il voit sa déplorable condition, tandis qu’il prête l’oreille à la parole de Dieu, il aperçoit pour ainsi dire les cieux ouverts, et que l’homme n’a pas été fait pour cette vie seulement, mais pour être élevé à une plus haute condition. C’est ainsi que les incrédules sont convaincus.

Et pour le rendre plus clair, saint Paul ajoute que les secrets du cœur sont alors dévoilés ; car nous savons que, tant que la parole de Dieu demeure ensevelie, nul ne prend garde à soi ; nos cœurs sont dans les ténèbres. Que devons-nous donc faire ? Il nous faut appliquer la parole de Dieu à notre usage et être réveillés de notre sommeil : nous ne devons plus oublier Dieu, ni le salut de nos propres âmes ; nous devons sonder le fond même de nos cœurs et examiner toute notre vie, afin que nous ayons honte de nos souillures et que nous devenions nos propres juges, pour échapper à la condamnation qui est toute prête en la main de Dieu. Ainsi nous comprenons ce que saint Paul entend par ce mot : convaincre.

Il ne suffit pas que les hommes nous mettent devant les yeux les bénédictions de Dieu et disent : Telle est la volonté de Dieu ; mais il faut que nous soyons réveillés pour y penser à bon escient et pour regarder de près à nous-mêmes ; oui, et pour nous approcher de Dieu, comme s’il nous avait cités à comparaître devant son tribunal : il nous faut tout mettre en lumière, afin que nous ayons honte de nos mauvaises actions ; et quand nous respirons cet air céleste, nous devons prendre garde à ne point nous détourner du droit chemin.

Il ne suffit pas d’être ainsi repris ; il faut encore y ajouter la correction : il faut que nous soyons châtiés, pour ainsi dire, par la parole de Dieu, afin que nous soyons réformés. Il nous faut abandonner nos péchés ; il faut qu’on use envers nous de rigueur, afin qu’ils soient arrachés jusqu’à la racine et séparés de nous. Ainsi, quand nous avons été réveillés pour penser à Dieu, nous nous sentons condamnés devant lui, tandis que nos péchés sont mis à découvert, et nous devenons coupables aux yeux de Dieu et des hommes. De plus, il faut que nous y soyons amenés de force ; si nous nous sommes enivrés de délices, si nous nous sommes abandonnés à la folie et à la vanité et avons été par là séduits, il faut que les corrections soient promptes et sévères, afin que nous rendions honneur à Dieu, que nous le laissions nous réformer et nous assujettir à sa volonté.

Quand un père voit ses enfants se conduire mal et vicieusement, il ne lui suffit pas de dire : Pourquoi faites-vous cela ? mais il dira : Misérables que vous êtes, vous ai-je élevés et nourris jusqu’à présent pour que vous me récompensiez ainsi ? Vous convient-il de me faire ce déshonneur, après que je vous ai traités avec tant de douceur ? Vous méritez d’être livrés aux mains du bourreau. Il en est de même pour nous : quand Dieu voit que nous sommes plus rebelles envers lui que des enfants désobéissants ne le sont envers leurs parents terrestres, n’a-t-il pas sujet d’être irrité contre nous ? Non qu’il y ait en lui aucune passion désordonnée ; mais il use de cette véhémence afin que nous soyons assujettis et que nous apprenions à lui obéir.

Maintenant nous pouvons juger s’il suffirait à un homme, quand il veut exposer la sainte Écriture, d’en discourir comme si ce n’était qu’une simple histoire ; car s’il en était ainsi, ce que saint Paul en dit serait inutile : il lui aurait suffi de dire que, pour prêcher l’Évangile, il n’est besoin que de dire : Ainsi a parlé Dieu. L’office d’un bon et fidèle pasteur n’est pas seulement d’exposer l’Écriture ; mais il doit user de véhémence et d’âpreté, pour donner force et vertu à la parole de Dieu. Saint Paul dit en un autre endroit que les pasteurs de l’Église doivent être pressants, jusqu’à être importuns, et non seulement montrer au peuple ce qui est bon, mais aussi le reprendre.

Il est vrai qu’il dit que cela doit se faire avec douceur, avec mansuétude et avec patience ; mais quoi qu’il en soit, il faut user de corrections. Qu’on ne dise point : Ceci est trop dur à supporter, vous ne devez pas agir de la sorte ; que ceux qui ne peuvent souffrir d’être repris cherchent un autre maître que Dieu, car ils ne sont pas dignes d’entendre sa parole. Le monde voudrait bien être épargné ; et nous en voyons beaucoup qui sont prêts à crever de rage quand on les menace et qu’on les corrige. Ils disent qu’ils veulent être gagnés par la douceur. Qu’ils aillent donc à l’école du diable ; il les flattera, oui, et il les perdra.

Mais quant aux fidèles, après avoir reçu la doctrine, ils doivent s’humilier et accepter de bon gré d’être repris : il faut qu’ils soient exhortés quand ils ont mal fait ; il faut qu’ils soient repris de leurs péchés et de leurs offenses, afin d’être purifiés de toute iniquité. C’est ainsi que nous devons nous conduire, si nous voulons être instruits dans la doctrine de Dieu. Saint Paul ajoute que l’Écriture est utile pour instruire dans la justice, afin que l’homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. Quand il dit que la sainte Écriture est utile pour instruire dans la justice, il exclut tout ce que l’homme pourrait apporter, montrant que nous ne deviendrons pas justes en observant les œuvres introduites par les hommes.

Nous voyons comment les papistes se tourmentent en vain, observant tout ce que les hommes leur enjoignent. En quoi consiste leur justice ? Sur quoi est-elle fondée ? Elle est fondée sur ceci : l’Église le commande ainsi. Mais saint Paul montre qu’il n’y a ni religion ni doctrine, sinon en ce qui est contenu dans la sainte Écriture ; oui, et qu’en cela seul se trouve la justice. Suivent-ils donc ce que Dieu a commandé ? Non ; car ils vont tout à l’opposé. C’est pourquoi, si nous voulons que notre vie soit bien réglée, ne nous fondons pas sur les œuvres des hommes, mais suivons ce que Dieu nous enjoint.

Si nous réglons notre vie selon les instructions contenues dans la sainte Écriture, nous en serons justifiés ; mais la doctrine des hommes n’est que folie et abomination devant Dieu. Souvenons-nous donc que ce n’est pas sans cause que saint Paul dit : pour instruire dans la justice. De plus, il nous donne à entendre que, pour être de bons théologiens, il nous faut mener une vie sainte. La parole de Dieu ne nous est pas donnée pour nous apprendre à parler, pour nous rendre éloquents et subtils, mais pour réformer notre vie, afin que le monde connaisse que nous sommes les serviteurs de Dieu. Si nous voulons savoir si un homme profite de l’Évangile ou non, regardons à sa vie : les hommes peuvent savoir bien parler, ils peuvent faire une belle profession de piété, et pourtant leur vie ne pas répondre à la parole écrite de Dieu.

Saint Paul nous apprend que nous devons prendre la parole de Dieu pour conseillère, afin de marcher droitement et de former notre vie selon elle : c’est ainsi que l’homme de Dieu pourra être accompli et propre à toute bonne œuvre. C’est de cette manière que nous devons être instruits dans la justice et rejeter les inventions des hommes, car Dieu n’y prend point plaisir. Les hommes veulent servir Dieu selon leurs propres idées, et c’est pourquoi ils font entrer leurs propres œuvres en ligne de compte ; mais Dieu ne les admet point. Saint Paul, voyant chez les hommes une audace si effrontée qu’ils ne peuvent se tenir dans les bornes que Dieu leur a fixées, montre le mal, afin qu’il soit guéri : il dit que, si nous avons la parole de Dieu dans nos cœurs, nous serons droits dans notre vie et propres à toute bonne œuvre.

Les hommes peuvent se vanter tant qu’il leur plaira que leurs œuvres sont vertueuses et saintes ; mais quand ils comparaîtront devant le Juge céleste, tout ne sera que paille.

Quand nous mêlons nos inventions à ce que Dieu a commandé, nous gâtons tout : c’est pourquoi nous pouvons conclure que tout ce qui est forgé par les hommes n’est que corruption. Les papistes appellent bonnes œuvres : jeûner la veille d’un saint ; ne point manger de viande le vendredi ; garder le carême ; servir les saints ; aller d’autel en autel et de chapelle en chapelle pour entendre la messe ; aller en pèlerinage, etc. Ils ont forgé tant de lois et de statuts qu’un homme n’y peut rien comprendre. Mais il nous faudra enfin comparaître devant le grand Juge, pour rendre compte de toutes nos actions.

Il est dit ici que nous serons propres à toute bonne œuvre, si nous profitons de la sainte Écriture. Mais que deviendront les traditions et les inventions des papistes, dans lesquelles la parole de Dieu semble ensevelie ? Ils ne font pas de la parole de Dieu la centième partie du cas qu’ils font des traditions des hommes. Ne nous abusons donc pas volontairement, puisque nous aurons la mesure de notre perfection : Dieu exclut tout ce qui est ajouté à la sainte Écriture, et montre que cela ne sera ni compté ni reçu par lui ; c’est donc en vain que les hommes dressent leurs articles ; cela ne fera que doubler leur condamnation.

Quelqu’un pourrait demander : À quoi sert l’Évangile, puisqu’il y a tant de droiture dans la loi et les prophètes ? On peut aisément y répondre : l’Évangile n’a pas été donné pour ajouter quoi que ce soit à la loi ou aux prophètes ; lisons le Nouveau Testament, nous n’y trouverons pas une syllabe ajoutée ni à l’une ni aux autres ; il ne fait que mettre en lumière plus clairement ce qui avait été enseigné auparavant. Il est vrai que Dieu a été plus gracieux envers nous qu’envers les pères qui ont vécu avant la venue de notre Seigneur Jésus-Christ, les choses nous étant exposées plus clairement, bien que rien n’y soit ajouté. Ainsi donc, quand saint Paul dit que nous trouverons la droiture et la parfaite justice dans la loi et dans les prophètes, cela ne diminue en rien l’Évangile.

Il y a un accord dans toute la sainte Écriture, de l’Ancien comme du Nouveau Testament. La doctrine qui était contenue dans la loi nous a été exposée si familièrement par les apôtres depuis Jésus-Christ que nous ne pouvons dire qu’il nous faille faire ceci ou cela ; mais nous devons nous en tenir à ce qui a été commandé dès le commencement. Dieu a fait connaître sa volonté en des termes si clairs, et nous a donné tant de raisons de la croire, que nous devons être convaincus de sa vérité, à moins d’être des monstres de méchanceté. C’est pourquoi, si nous voulons profiter de la sainte Écriture, il nous faut nous appliquer à la sainteté de vie, sachant que Dieu ne veut pas être servi à notre fantaisie ; car il nous a donné une règle certaine selon laquelle nous devons régler notre vie, et une règle telle qu’on n’y peut rien trouver à redire. Dirigeons donc nos cœurs, nos pensées et nos affections vers ce qui est contenu dans la sainte Écriture, et alors le Juge céleste nous recevra. Nous devons être d’autant plus portés à prendre garde à ces choses que notre bon Dieu s’approche si près de nous et nous expose sa volonté d’une manière si claire que nous ne pouvons nous excuser, à moins de nous attacher entièrement à lui.

L’Écriture dans ce sermon 2 Timothée 3:16-17

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