Chapitre 5 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute
Madame Guyon — La prisonnière dont l’esprit ne put être enfermé
Qui elle était
Jeanne-Marie Bouvier de la Motte-Guyon naquit le 13 avril 1648 à Montargis, en France, dans une famille aisée. Mariée à quinze ans à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, elle dirigea sa maison au long de douze années d’une vie conjugale difficile, jusqu’à la mort de celui-ci en 1676. Dès sa petite enfance, elle avait connu une vie intérieure de prière intense ; après la mort de son mari, elle se consacra entièrement à Dieu, parcourant la France et la Savoie pour enseigner une forme de prière contemplative qu’elle appelait « oraison de quiétude » ou « pur amour ». Son influence fut immense : elle attira des disciples dans l’aristocratie française et jusque dans les plus hauts rangs du clergé catholique, mais son enseignement suscita aussi une farouche opposition de la part de l’Église. Elle fut emprisonnée à la Bastille de 1698 à 1703 — dont quatre années à l’isolement — et c’est de sa cellule qu’elle écrivit quelques-unes de ses œuvres les plus lumineuses. Libérée en 1703, elle passa ses dernières années dans un paisible exil à Blois, où elle écrivit jusqu’à sa mort, en 1717, à soixante-huit ans.
Son enseignement essentiel sur la prière
Au cœur de l’enseignement de Madame Guyon se trouvait l’oraison de simplicité — une forme de prière intérieure dans laquelle l’âme cesse son activité dirigée par elle-même pour se reposer en Dieu, non en vidant l’esprit, mais en tournant avec amour toute son attention vers la présence divine qui habite déjà en elle. Elle la distinguait de la prière d’effort, dans laquelle l’âme peine à produire les bonnes paroles, les bons sentiments ou les bonnes pensées. La prière pure, enseignait-elle, n’était pas produite par l’âme, mais reçue — le débordement naturel d’un cœur qui avait appris à se reposer en Dieu plutôt qu’à lutter pour L’atteindre.
La grande découverte de la vie de prière de Madame Guyon fut que les circonstances de la vie extérieure — y compris l’emprisonnement, la perte et la souffrance — n’avaient aucun pouvoir sur la vie intérieure d’une âme véritablement abandonnée à Dieu. Elle trouva dans les paroles de Paul son propre témoignage : « J’ai appris à être content de l’état où je me trouve. Je sais vivre dans l’humiliation, et je sais vivre dans l’abondance » (Philippiens 4:11-12). La Bastille pouvait emprisonner son corps, mais elle ne pouvait atteindre son esprit. Elle écrivit dans son autobiographie que ses années de captivité comptèrent parmi les plus joyeuses de sa vie, car dans le silence et la solitude imposés, elle avait trouvé une profondeur de communion avec Dieu que la liberté affairée de ses jeunes années n’avait jamais produite. « L’âme qui est vraiment soumise à Dieu, écrivit-elle, trouve un paradis dans toute prison. »
Son livre, le Moyen court et très facile de faire oraison — écrit en quelques jours seulement, selon son propre témoignage, comme sous la dictée de l’Esprit —, apprenait aux lecteurs à aborder l’Écriture et la prière non par l’examen analytique, mais par une attention réceptive et aimante. Elle comparait cette démarche au fait de manger : lire l’Écriture dans la prière n’avait pas pour but d’accumuler des informations, mais d’être nourri. Les paroles de Jésus à Ses disciples exprimaient sa conviction la plus profonde sur le fondement de cette vie de prière : « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père » (Jean 15:15). L’âme qui prie n’était pas une suppliante s’efforçant d’obtenir audience auprès d’un souverain réticent, mais une amie admise dans la confidence la plus intime de Dieu. Cette amitié était le sol où croissait toute prière authentique.
L’enseignement de Madame Guyon sur la souffrance, creuset où la prière s’épure, avait une profondeur née de son expérience personnelle. Elle perdit sa beauté à cause de la variole, sa liberté par l’emprisonnement, sa réputation dans la controverse et son influence sous la condamnation ecclésiastique — et à travers chacune de ces pertes, elle trouva non une vie de prière amoindrie, mais une vie de prière purifiée. Elle s’attacha à la grande promesse d’Ésaïe : « Si tu traverses les eaux, je serai avec toi; Et les fleuves, ils ne te submergeront point; Si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, Et la flamme ne t’embrasera pas » (Ésaïe 43:2). Pour Madame Guyon, ce n’étaient pas des paroles de consolation à recevoir avec gratitude, de loin. C’était la description exacte de sa propre biographie, éprouvée et vérifiée dans les eaux et les feux de sa vie réelle.
Elle insistait sur le fait que la prière la plus profonde exigeait l’abandon le plus complet de soi-même. L’âme qui s’approchait de Dieu en serrant encore son propre programme, ses propres projets, son propre confort — et même ses propres ambitions spirituelles — trouverait l’accès aux profondeurs de Dieu barré par les choses mêmes qu’elle portait. Elle trouva dans les paroles extraordinaires de Paul aux Philippiens la paix qui découle de cet abandon : « Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ » (Philippiens 4:7). Cette paix qui dépasse tout n’était pas la paix des circonstances favorables, mais celle d’une volonté pleinement livrée — d’une âme qui avait cessé de discuter avec Dieu des conditions de sa vie et qui avait accepté, avec amour, tout ce qu’Il lui envoyait.
Son ultime héritage fut la preuve qu’elle apporta — par sa propre vie extraordinaire — qu’aucune puissance extérieure ne peut véritablement enfermer l’âme qui a appris à prier de l’intérieur. La prison la mieux gardée du monde ne put réduire au silence la prière de Madame Guyon ni amoindrir sa joie. Elle était libre, au sens le plus plein du terme — comme Paul en témoigna depuis sa propre captivité : « Or, le Seigneur c’est l’Esprit; et là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2 Corinthiens 3:17).
Là où est l’Esprit du Seigneur, toute prison devient un sanctuaire.
Une prière
Seigneur de toute liberté, enseigne-nous la prière qu’aucune circonstance ne peut interrompre. Quand les conditions extérieures sont dures, attire-nous dans la chambre intérieure où tu es toujours présent et toujours proche. Délivre-nous de l’esclavage qui nous fait dépendre de circonstances confortables pour prier, et montre-nous plutôt la joie de l’âme qui a trouvé sa demeure en toi seul. Amen.
Chapitre 5 terminé
Madame Guyon — La prisonnière dont l’esprit ne put être enfermé