Chapitre 2 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute
Monique d’Hippone — La mère dont les larmes ébranlèrent le ciel
Qui elle était
Monique naquit en 331 à Thagaste, en Afrique du Nord romaine — la région qui correspond aujourd’hui à l’Algérie —, dans un foyer chrétien dont elle absorba dès l’enfance la foi profonde. Elle épousa un fonctionnaire romain païen nommé Patricius, à qui elle donna trois enfants ; le plus célèbre d’entre eux, Aurelius Augustinus, allait devenir saint Augustin d’Hippone, l’un des plus grands théologiens de l’histoire de l’Église. Pendant dix-sept ans, Monique intercéda sans relâche pour la conversion de ce fils brillant, égaré et moralement dissolu ; elle le suivit d’Afrique du Nord à Rome, puis à Milan, et le poursuivit de ses prières bien après qu’il eut fui sa présence.
Ses larmes étaient si persévérantes et sa foi si visible qu’un évêque lui adressa ces paroles restées célèbres : « Il est impossible que le fils de tant de larmes périsse. » Il avait raison. Augustin se convertit en 386, et Monique mourut l’année suivante à Ostie, en paix, la grande œuvre de sa vie accomplie.
Son enseignement essentiel sur la prière
Monique n’écrivit pas de traités de théologie et ne prêcha pas de sermons. Son enseignement sur la prière fut celui de sa vie : une démonstration vivante, poursuivie pendant deux décennies, de ce que signifie porter devant Dieu un fardeau impossible et refuser de le lâcher. La leçon qu’elle enseigne à chaque génération est celle de l’intercession persévérante : l’amour et la foi, unis, peuvent soutenir la prière bien au-delà du point où l’espérance semble encore raisonnable, et le Dieu qui tarde n’est pas un Dieu qui a oublié.
Le fondement scripturaire de l’intercession de Monique n’était pas un verset isolé, mais le caractère tout entier de Dieu, ce Père qui accueille les cris de ses enfants. La parabole de la veuve persévérante racontée par Jésus n’était pas pour Monique une simple image : c’était un appel. Sa manière de prier incarnait l’impératif selon lequel « qu’il faut toujours prier, et ne point se relâcher » (Luc 18:1). Dix-sept ans, c’est long pour prier pour l’âme d’une seule personne. Monique pria à travers des saisons où Augustin, loin de se rapprocher de Dieu, s’en éloignait davantage : il rejoignit les manichéens, prit une concubine, rechercha la gloire universitaire à Carthage, à Rome et à Milan. Chaque nouvel épisode mettait sa foi à l’épreuve, et chaque fois elle retournait à genoux avec la même requête, les mêmes larmes et la même attente intacte.
Ambroise, l’évêque de Milan, qui allait finalement être l’instrument de la conversion d’Augustin, reconnut en Monique quelque chose de rare. Sa vie de prière n’était pas l’accomplissement d’un devoir religieux, mais l’épanchement d’un cœur entièrement consacré à Dieu et au fils que Dieu lui avait donné. L’image du psalmiste était sa réalité : « Tu comptes les pas de ma vie errante; Recueille mes larmes dans ton outre: Ne sont-elles pas inscrites dans ton livre? » (Psaume 56:9). Monique ne le croyait pas comme un sentiment poétique, mais comme un fait littéral. Chaque larme versée pour Augustin était une prière que Dieu avait entendue et consignée. Rien n’en était perdu. Le compte s’accumulait en vue d’une réponse.
Son intercession persévérante reflétait une profonde théologie de la compassion de Dieu envers ceux qui sont perdus. Les paroles de Paul dans la première épître à Timothée exprimaient exactement son fardeau : « J’exhorte donc, avant toutes choses, à faire des prières, des supplications, des requêtes, des actions de grâces, pour tous les hommes, pour les rois et pour tous ceux qui sont élevés en dignité, afin que nous menions une vie paisible et tranquille, en toute piété et honnêteté. Cela est bon et agréable devant Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. » (1 Timothée 2:1-4). Monique avait compris que la prière d’intercession pour les perdus n’était pas un complément facultatif de la vie chrétienne, mais une obligation centrale, enracinée dans le cœur d’un Dieu qui désire sincèrement que toute âme soit sauvée.
Augustin lui-même évoqua avec émerveillement, dans ses Confessions, la vie de prière de sa mère : il raconte que ses pleurs devant Dieu à son sujet étaient plus ardents que ceux de la plupart des mères devant la mort physique d’un enfant. Elle mesurait l’enjeu. Une âme en route vers l’enfer représentait une urgence plus grave que n’importe quelle catastrophe temporelle. Les Lamentations exprimaient parfaitement son état d’esprit : « Lève-toi, pousse des gémissements à l’entrée des veilles de la nuit! Répands ton cœur comme de l’eau, en présence du Seigneur! » (Lamentations 2:19). Monique se répandit tout entière — complètement, sans cesse — et Dieu recueillit chaque goutte.
La justification de la longue intercession de Monique ne fut pas seulement la conversion d’un homme brillant, même si cela seul aurait suffi à justifier toute une vie de prière. Ce fut le retournement que sa persévérance démontra possible : la preuve qu’aucun cœur n’est trop endurci, aucune vie trop perdue, aucun péché trop enraciné pour le Dieu qui exauce la prière. La promesse du psalmiste se vérifia dans sa vie : « Ceux qui sèment avec larmes Moissonneront avec chants d’allégresse. Celui qui marche en pleurant, quand il porte la semence, Revient avec allégresse, quand il porte ses gerbes. » (Psaume 126:5-6). Monique sema dans les larmes pendant dix-sept ans.
La moisson qu’elle récolta — la conversion d’un homme dont les écrits allaient façonner la théologie chrétienne pendant quinze siècles — dépassa infiniment tout ce qu’elle aurait pu demander ou imaginer.
Une prière
Seigneur Dieu, tu es un Père qui ne se lasse jamais de nous entendre. Enseigne-nous la sainte obstination de Monique : présenter devant toi la même âme, le même fardeau, le même besoin, jour après jour, année après année, jusqu’à ce que ta réponse arrive. Quand nous sommes tentés d’abandonner, renouvelle notre foi. Quand nous pleurons sur ceux qui sont perdus, rappelle-nous que tu recueilles chaque larme. Et accorde-nous de vivre assez longtemps pour voir les moissons que nos prières sont en train de semer. Amen.
Chapitre 2 terminé
Monique d’Hippone — La mère dont les larmes ébranlèrent le ciel