Chapitre 36 · 13 min de lecture · 17 min d’écoute
La prière finale
« Que le Dieu de paix, qui a ramené d’entre les morts le grand pasteur des brebis, par le sang d’une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus, vous rende capables de toute bonne œuvre pour l’accomplissement de sa volonté, et fasse en vous ce qui lui est agréable, par Jésus-Christ, auquel soit la gloire aux siècles des siècles! » Hébreux 13:20, 21.
TOUT au long de cette épître, l’écrivain inspiré en a appelé à l’homme. De paragraphe en paragraphe, il a répandu un torrent brûlant d’arguments, de remontrances ou d’appels ; tantôt faisant éclater le plein grondement des tonnerres du Sinaï, tantôt la plainte du cœur brisé du Calvaire, et convoquant enfin les noms les plus honorés de l’histoire hébraïque pour appuyer ses paroles.
Tout cela est fini maintenant. Il ne peut en dire davantage. Le labour, les semailles et le hersage sont également achevés. Il doit se tourner de la terre vers le ciel, de l’homme vers Dieu, et laisser ses convertis et son œuvre à cet Être glorieux dont il s’était efforcé de plaider la cause avec tant de fidélité, et qui seul pouvait couronner ses travaux de succès. Il y a dans ces épîtres bien des élans de prière magnifiques ; mais parmi tous, il est impossible d’en trouver un plus saisissant ou plus beau que celui-ci.
L’OBJET DE CETTE PRIÈRE est que ces chrétiens hébreux soient rendus capables de faire la volonté de Dieu. Le mot traduit par « rendre capables » — littéralement « rendre parfaits » — signifie remettre en place une articulation, ajuster. Par nature, nous sommes déboîtés, ou, au mieux, nous fonctionnons avec raideur ; mais l’idéal de la vie chrétienne est d’être si parfaitement « remis en place » que les desseins de Dieu puissent se réaliser en nous facilement et complètement.
Il n’y a pas de but plus élevé dans la vie que de faire la volonté de Dieu. Ce fut l’objet suprême pour lequel notre Sauveur vécut. C’est ce qui l’amena du ciel. C’est ce qui détermina chacune de ses actions. C’est ce qui nourrit sa vie intérieure d’une nourriture cachée. C’est ce qui éclaira et illumina son jugement. C’est ce qui le conduisit, avec une décision inébranlable, dans la vallée de la mort. Ce fut l’appui et la consolation de son esprit quand il but la coupe amère de l’agonie. Tout au long de sa vie mortelle, son unique cri joyeux d’assurance et de victoire fut : « Je veux faire ta volonté, mon Dieu! Et ta loi est au fond de mon cœur. » Et les vies humaines montent des basses terres vers les hauteurs dans la mesure exacte où elles font la volonté de Dieu sur la terre comme au ciel. Si chaque lecteur de ces lignes décidait dès cet instant de faire la volonté de Dieu dans les plus petites choses — avec un soin scrupuleux, ne tenant rien pour insignifiant, ne reculant devant aucun sacrifice, n’éludant aucun commandement —, la vie prendrait un aspect entièrement nouveau. Il pourrait y avoir un moment de souffrance et de douleur ; mais il serait suivi de la lumière de la résurrection et du cantique nouveau du ciel, se glissant comme le matin à travers les chambres de l’âme.
Dieu est amour ; faire sa volonté, c’est répandre l’amour à pleines mains en bénédictions sur un monde fatigué. Dieu est lumière ; faire sa volonté, c’est fouler un sentier dont l’éclat va croissant jusqu’au milieu du jour. Dieu est vie ; faire sa volonté, c’est manger de l’arbre de vie et vivre éternellement, et boire à longs traits la vie plus abondante que Jésus donne. Dieu est le Dieu de l’espérance ; faire sa volonté, c’est être rempli de toute joie et de toute paix, et abonder en espérance. Dieu est le Dieu de toute consolation ; faire sa volonté, c’est être consolé dans toutes nos afflictions par le tendre amour d’une mère. Dieu est le Dieu de paix ; faire sa volonté, c’est apprendre le secret du calme intérieur, qu’aucun orage ne peut atteindre, qu’aucune tempête ne peut troubler. Dieu est le Dieu de vérité ; faire sa volonté, c’est être du côté des vainqueurs, et être assuré du temps où il fera paraître notre justice comme la lumière, et notre droit comme le soleil à son midi.
Pourquoi donc, mes lecteurs, vous qui avez suivi ces chapitres jusqu’au dernier, ne décideriez-vous pas dès cet instant que votre volonté dira désormais « Oui » à la volonté de Dieu, et que vous mettrez en pratique ce qu’il veut et opère au-dedans de vous ? Probablement, dès le début, vous serez mis à l’épreuve par votre attitude à l’égard d’une chose précise. N’essayez pas de répondre à toutes les suggestions ou à toutes les questions qui pourront s’élever tumultueusement au-dedans de vous, mais réglez immédiatement et résolument ce point unique. Osez dire à son égard : « Je veux ta volonté, mon Dieu. » Et aussitôt la porte s’ouvrira sur le ravissement d’une vie nouvelle. Mais souvenez-vous que sa volonté doit être faite dans toute œuvre à laquelle vous mettez la main ; et alors toute œuvre sera bonne.
Nous ne pouvons dire comment les impulsions mystérieuses de notre volonté parviennent à s’exprimer dans nos membres. Nous savons seulement que ce que nous voulons en nous-mêmes s’exécute instantanément par le merveilleux mécanisme des nerfs et des muscles. Et nous nous apercevons vite quand, par suite de quelque blessure ou de quelque luxation, l’ordre de la volonté cesse d’être exécuté instantanément et complètement. Et nous n’avons pas de repos que la communication entière ne soit rétablie.
Or il y a en tout cela une profonde analogie spirituelle. Nous sommes, par la grâce, membres du corps de Christ. La volonté réside en lui ; et si nous vivions comme nous le devrions, nous aurions sans cesse conscience de ses saintes impulsions, qui nous détournent de ceci ou nous poussent à cela. Notre volonté ne serait pas anéantie, mais elle choisirait d’agir dans une obéissance et une subordination perpétuelles à la volonté de son Roi. Hélas ! tel n’est pas notre cas. Nous sommes trop peu sensibles à ces saintes impulsions. En de rares occasions, nous les discernons et nous y cédons. Mais combien d’entre elles ne parviennent pas à nous atteindre ou à nous mouvoir, parce que nous sommes déboîtés ! Quelle prière conviendrait mieux à nos lèvres que celle-ci : que le Dieu de paix, le vrai chirurgien des âmes, nous remette en place, pour faire sa volonté avec une exactitude, une promptitude et une plénitude sans défaut !
VOYEZ LES GARANTIES QUE CETTE PRIÈRE SERA EXAUCÉE. L’appel est adressé au Dieu de paix. Lui dont la nature n’est jamais balayée par les orages du désir ou de l’inquiétude ; dont l’unique but est de faire entrer la paix dans le cœur et dans la vie ; dont l’amour pour nous ne souffrira pas d’être déçu dans l’accomplissement de notre plus haute félicité, c’est lui qui doit se charger de cet office ; il le fera avec la plus grande tendresse et la plus grande délicatesse ; et il n’aura point de repos que l’obstacle à l’afflux de sa nature ne soit ôté, et qu’il n’y ait une parfaite harmonie entre les impulsions de sa volonté et notre réponse immédiate et joyeuse.
Il a ramené d’entre les morts le grand pasteur des brebis, notre Seigneur Jésus. Nous avoir donné un pasteur, c’était beaucoup ; mais nous avoir donné un si grand pasteur, c’est merveilleux. Il est le grand pasteur qui est mort, comme il est le bon berger qui connaît son troupeau, et le souverain pasteur qui revient. Il est grand, à cause de la dignité intrinsèque de sa nature ; à cause de ses qualités personnelles pour nous sauver et nous bénir ; à cause de la grandeur de ses souffrances inconnues ; et à cause de la hauteur de gloire à laquelle le Père l’a élevé. Les mots « a ramené » sont très expressifs. Ils contiennent l’idée de « faire remonter ». Ils signifient plus que le retour à la vie du corps mort de Christ. Ils comprennent aussi son exaltation, quand Dieu l’a élevé par sa droite comme Prince et Sauveur. Et assurément, si notre Dieu nous a donné un tel pasteur, et l’a élevé à une telle gloire afin qu’il puisse nous aider avec plus d’efficacité, nous avons toutes les raisons de compter avec assurance qu’il fera tout ce qui peut être nécessaire en nous, comme il a fait tout ce qui était nécessaire pour nous.
Il respectera certainement l’alliance éternelle, qui a été scellée par le sang. Dieu est entré avec nous dans une alliance éternelle, pour être notre Dieu et notre Ami. Cette alliance, qui ne dépend de rien en nous, mais repose sur sa propre nature immuable, a été ratifiée par le sang précieux de son Fils. Comme la première alliance fut scellée par le sang des bêtes immolées, répandu par aspersion, ainsi la seconde fut scellée par le sang précieux de Christ. « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. » Ainsi parla notre Sauveur à la veille de sa mort, avec un poids de signification qu’il fallait cette épître pour expliquer. Et est-il vraisemblable que celui qui est entré dans une telle alliance avec nos âmes — une alliance si éternelle, si divine, si solennelle — revienne jamais sur elle, ou laisse inachevé quoi que ce soit qui puisse être nécessaire pour en assurer le fonctionnement parfait et efficace ? Cela ne se peut ! Nous pouvons compter, sans la moindre hésitation, que le Dieu de paix fera tout ce qui est nécessaire pour nous rendre capables de toute bonne œuvre pour l’accomplissement de sa volonté.
LA MÉTHODE DIVINE sera d’agir en nous. Il faut d’abord que nous soyons ajustés, afin qu’il n’y ait ni perte ni détournement de l’énergie divine. Cela fait, elle commencera à passer en nous et à travers nous en marées puissantes. « Dieu agissant en vous. » C’est une expression merveilleuse ! Nous savons comment la vapeur agit puissamment dans le cylindre, faisant monter et descendre le lourd piston. Nous savons comment la sève agit puissamment dans les branches, se frayant un passage en bourgeons, en feuilles et en fleurs. Nous lisons qu’il y eut un temps où des hommes et des femmes étaient tellement possédés de démons qu’ils parlaient et agissaient selon les impulsions intérieures qui les menaient. Ce sont là des approximations de la conception du texte, qui les dépasse infiniment.
N’avons-nous pas tous eu conscience de quelques-unes de ces opérations ? Elles n’agissent pas en nous puissamment comme dans l’apôtre Paul, parce que nous ne leur avons pas cédé comme lui. Pourtant, nous les avons connues quand le souffle d’une sainte résolution a passé sur notre nature ; ou quand nous avons conçu quelque noble dessein ; ou quand nous avons été poussés à quelque acte de sacrifice de nous-mêmes pour les autres. Ce sont là les opérations de Dieu dans le cœur, non seulement dans l’ouragan, mais dans le zéphyr ; non seulement dans le tonnerre, mais dans le murmure doux et léger. Chaque soupir après une vie meilleure, chaque résolution forte et sérieuse, chaque décision de quitter les filets et les barques de pêche pour suivre Jésus, chaque faim de communion, chaque aspiration vers le ciel — tout cela est le fruit de l’opération de Dieu au-dedans de nous.
Avec quel soin nous devrions recueillir chaque impulsion divine, et la traduire en action ! Nous devons mettre en œuvre au-dehors ce qu’il opère au-dedans. Nous devons travailler selon sa force, qui agit puissamment en nous. Nous devons être prompts à saisir l’expression fugitive et passagère, pour l’incarner dans l’acte durable.
Il ne paraît pas si difficile de vivre et de travailler pour Dieu quand on comprend que le Dieu éternel déploie en nous son énergie. Vous ne pouvez être assez patient envers ce malade grincheux, votre patience est à bout ; mais Dieu fait naître sa patience en vous : laissez-la se manifester par vous. Vous ne pouvez rassembler assez de force pour accomplir ce devoir chrétien évident ; mais Dieu produit ce fruit au plus intime de votre nature ; consentez à le laisser se manifester par vous. Vous êtes incapable de soutenir cette œuvre chrétienne, avec ses multiples exigences ; mais retirez-vous, et laissez le Dieu éternel agir en vous et par vous, pour faire par sa force ce que vous ne pouvez faire dans votre faiblesse.
Le chrétien est l’atelier de Dieu. Dans cette nature mortelle mais renouvelée, le divin Artisan est à l’œuvre, élaborant des ouvrages d’une beauté exquise et d’une habileté merveilleuse. Puissions-nous être moins empressés à donner au monde notre propre personne, et plus résolus à ce que se manifeste, par toutes les portes de notre être, la merveilleuse opération intérieure du Dieu de paix ! Alors nous pourrions dire, en approchant quelque peu des paroles de notre Seigneur, à ceux qui demandent des preuves de sa résurrection et de sa vie : « Comment dis-tu : Prouve-moi la résurrection de Jésus ? Les paroles que je dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais mon Sauveur, qui demeure en moi, c’est lui qui fait les œuvres. »
LE RÉSULTAT sera que nous serons agréables à ses yeux, par Jésus-Christ. Nos bonnes œuvres ne peuvent jamais être le fondement de notre acceptation ou de notre justification. Les meilleures d’entre elles ne peuvent plaire à Dieu que par Jésus-Christ. Nos larmes les plus pures ont besoin d’être lavées de nouveau dans son sang. Nos actions les plus saintes ont besoin d’être purifiées avant de pouvoir être regardées par un Dieu saint. Nos meilleures prières et nos meilleurs dons ont besoin d’être déposés sur l’autel qui sanctifie tout ce qu’il touche. Nous ne pourrions subsister un seul instant devant Dieu, si ce n’est par ce seul sacrifice suffisant et substitutif, offert une fois pour toutes par Jésus sur la croix, et maintenant invoqué par lui devant le trône.
En même temps, notre Père prend plaisir à notre fidèle obéissance à sa volonté. Il nous rend ce témoignage, que nous lui sommes agréables, comme Énoch, qui marchait avec lui avant le déluge. Et ce devrait être l’ambition constante de notre vie de marcher de manière à lui plaire, et d’obtenir de lui un faible écho de ces paroles mémorables qui saluèrent notre Sauveur quand il posa le pied dans les eaux du baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. »
À lui soit la gloire aux siècles des siècles ! Dès que l’âme est en règle avec Dieu, elle devient un instrument pour Dieu ; et ainsi commence à s’amasser pour Dieu un revenu de gloire, qui ne cesse pas, mais s’accroît à mesure que les années s’écoulent. Et le temps ne viendra jamais où l’esprit cessera de répandre ses joyeuses louanges à la gloire de celui à qui est due la louange de tous.
Si votre vie n’apporte pas de gloire à Dieu, appliquez-vous sans délai à en découvrir la cause. Quand vous l’aurez trouvée, qu’elle soit réglée sur-le-champ. Livrez-vous à Dieu, pour qu’il vous rende tel que vous devez être et vous y maintienne. Et commencez ainsi un cantique d’amour et de louange, qui s’élèvera à travers tous les âges à venir, au Père qui vous a élus en Christ, au Sauveur qui vous a rachetés par son sang, et à l’Esprit qui sanctifie le cœur ; une seule adorable Trinité, à qui soit la gloire aux siècles des siècles, Amen.
Chapitre 36 terminé
La prière finale