Le chemin du lieu très saint
Dieu, un feu dévorant

Chapitre 33 · 12 min de lecture · 16 min d’écoute

Dieu, un feu dévorant

« Notre Dieu est aussi un feu dévorant. » — Hébreux 12:29.

C’EST l’un des textes les plus courts de la Bible. Il prend rang avec ces trois autres brèves sentences qui déclarent la nature de Dieu : Dieu est lumière, Dieu est amour, Dieu est vie. Mais pour beaucoup, c’est l’une des paroles les plus redoutables de toute l’Écriture. Elle s’attache à la mémoire comme une épine ; elle revient sans cesse à la conscience inquiète ; elle fait retentir son tocsin sauvage à l’oreille de celui qui cherche avec angoisse. Et pourtant, il est un aspect sous lequel on peut la considérer qui en fera l’un des passages les plus consolants et les plus précieux de tout le domaine de l’inspiration.

Le feu est assurément un mot chargé d’horreur. Être arraché au sommeil par ce seul cri terrible suffit à faire trembler la chair et à arrêter le cœur. Un berceau d’enfant enveloppé de flammes ; un être aimé soudain pris dans une fournaise ardente ; un navire en feu au milieu de l’immensité sauvage de l’océan sans abri, brûlant lentement jusqu’au ras des vagues — chacune de ces images éveille une horreur presque sans égale.

Et pourtant, malgré tout cela, quel réconfort, quelle douceur de foyer, quelle bienfaisante chaleur dans la lueur amicale d’un feu ! Il n’est pas de signe plus certain de la misère la plus profonde qu’une grille sans feu. Et si chaudes que soient les pièces en Russie ou en France, le voyageur soupire avidement après la flambée de la cheminée ouverte de son pays natal. D’ailleurs, que ferions-nous sans ce géant puissant et débonnaire qui peine pour nous avec tant de vigueur ? Il tire nos voitures sur la voie de métal. Il fait marcher les machines de nos usines. Il sépare le précieux minerai de sa gangue rocheuse. Il donne pour un instant de la souplesse à nos métaux les plus durs, afin que nous puissions les façonner à notre gré. Les arts de la vie civilisée seraient impossibles sans ce travailleur titanesque.

Il est donc évident que si le feu est synonyme d’horreur et d’effroi, il est aussi plein de bénédiction et de bienveillance. Il n’est le premier que lorsqu’on viole ses lois nécessaires. Il est le second lorsque ces lois sont observées avec rigueur et avec respect. Oui, la destruction et la ruine ne sont-elles pas l’œuvre étrange et contre nature du feu ? tandis que sa mission propre est de bénir, d’embellir et d’enrichir, ne consumant que les scories, les épines et les déchets, afin que se révèlent plus clairement les réalités durables sur lesquelles il n’a aucun pouvoir.

Lors donc que notre Dieu est comparé au feu, est-ce seulement à cause des aspects les plus terribles de sa nature, que les transgresseurs ont à redouter ? N’y a-t-il pas aussi, et peut-être plus largement encore, l’évocation de ces qualités bienfaisantes dont nous avons besoin pour notre pureté et notre consolation ? Assurément, ces traits se font fortement sentir dans l’assurance que nous donne le prophète Ésaïe : « La lumière d’Israël deviendra un feu, Et son Saint une flamme, Qui consumera et dévorera ses épines et ses ronces, En un seul jour » (Ésaïe 10:17).

Le feu, dans la Parole de Dieu, n’est pas toujours terrible. Lorsque Dieu descendit autrefois sur le Sinaï, ses sommets étaient voilés de replis de fumée impénétrables, comme la fumée d’une fournaise. Et au cœur de la fumée paraissait un feu dévorant. Il y a là de quoi trembler ! Des limites avaient été fixées pour tenir le peuple à distance ; et il fallut encore lui envoyer un message exprès pour l’avertir de ne pas les franchir afin de regarder, de peur que le feu ne s’élançât sur lui. Mais il n’y avait aucun mal tant qu’on restait en deçà des barrières ; et lorsque Moïse entra au cœur même du feu, celui-ci ne roussit pas un cheveu de sa tête, et ne lui fit pas plus de mal qu’à l’acacia fragile autour duquel il avait joué, ce buisson qui était tout en feu sans se consumer, sans qu’une feuille se flétrît ni qu’une brindille fût roussie. Il est bien vrai que, durant le pèlerinage du désert, le feu divin eut souvent un caractère punitif ; ainsi lorsqu’un feu sortit d’auprès de l’Éternel, et consuma les deux cent cinquante hommes qui, l’encensoir à la main, s’étaient joints à la révolte de Koré et avaient parlé avec mépris des serviteurs oints de Dieu ; mais, d’autre part, il ne fit de mal à aucune autre âme ; et ceux-là périrent, d’une manière terrible sans doute, mais presque trop soudainement pour sentir la vive morsure de la douleur. Et assurément, ce feu accomplit une œuvre bienfaisante en arrêtant les progrès du mal, qui aurait miné la nation tout entière et l’aurait conduite à sa perte en tant que peuple.

Aux jours d’Élie le feu de Dieu consuma deux chefs avec leurs cinquante hommes ; mais ces chefs et leurs troupes étaient pleins d’une insolence gratuite. Il ne fut fait aucun mal à celui qui s’agenouilla au pied de la montagne, suppliant l’homme de Dieu avec respect et humilité. Et lorsque, peu après, le grand prophète dut s’en retourner chez lui, ce fut dans un char de feu qu’il prit place, comme dans un élément ami et familier, pour être emporté vers sa demeure.

Et au jour de la Pentecôte, lorsque chaque tête s’inclina sous le bruit comme celui d’un vent impétueux, un instant après chacune était ceinte de feu. Apôtres, disciples et femmes reçurent également cette investiture sacrée ; mais elle ne leur fit aucun mal. Ils étaient loin d’être des caractères parfaits ; et pourtant il n’y avait manifestement rien à craindre dans la descente de ce baptême de feu. Ils furent baptisés du Saint-Esprit, mais ils ne furent pas consumés.

Ces exemples n’éclairent-ils pas notre texte ?

NOTRE DIEU EST UN FEU DÉVORANT ; ET IL Y A DE LA TERREUR DANS CE SYMBOLE. Mais la terreur est réservée à ceux qui, sans relâche et avec persistance, violent ses lois et méprisent son amour. Pour ceux qui suivent volontairement les voies du péché, après avoir reçu la connaissance de la vérité, il reste sans aucun doute une attente terrible du jugement et l’ardeur d’un feu. Sur ceux qui ne veulent pas obéir à l’Évangile du Seigneur Jésus, qui leur a été clairement présenté, la vengeance sera exercée au milieu d’une flamme de feu. Aucune parole ne saurait exagérer la terreur, l’angoisse, l’horreur de leur sort. Le péché n’est pas chose légère. Même en ce monde, il est terriblement châtié. Parcourez certaines salles de nos hôpitaux, et dites-moi si quelque chose pourrait surpasser l’horreur, l’agonie de la peine infligée à ceux qui ont violé de manière flagrante les lois de la nature. Et, autant que nous pouvons en juger, les peines physiques qui suivent les mauvaises actions ne mènent pas à la vie et au rétablissement, mais à la mort et à la destruction. Il est nécessaire que ces souffrances soient voilées aux yeux des hommes ; mais assurément il faut en tenir compte quand nous jugeons de la manière dont Dieu traite le péché. Et si une telle douleur, vive comme le feu, consume ceux qui violent la loi physique, nous devons bien reconnaître qu’un sort plus terrible encore attend ceux qui violent les lois de l’amour de Dieu, de sa grâce et de sa miséricorde suppliante.

À Dieu ne plaise que nous disions un seul mot pour diminuer la crainte que les hommes ont des conséquences pénales du péché. Il y a un grand danger que, à mesure que grandit notre conception de l’amour de Dieu, nous en venions à penser qu’il est entièrement tel que nous sommes enclins à être nous-mêmes envers nos enfants : mou, facile et indulgent. Dieu est amour ; et pourtant il permet que le petit enfant se brûle, s’il joue avec la flamme sans prendre garde. Dieu est amour ; mais il permet que des corps pourrissent d’une maladie repoussante, sans espoir de guérison, si les hommes outragent obstinément sa loi. Dieu est amour ; mais il permet que le cours entier d’une vie soit flétri pour avoir une seule fois cédé à la transgression et au péché. Et ainsi, bien que Dieu soit amour, il est possible que des péchés soient punis par des souffrances amères comme le ver qui ronge, vives comme le feu qui ne s’éteint point.

Si une fois nous comprenions ces choses (et nous les comprendrions si nous voulions considérer paisiblement les déclarations claires de la Parole de Dieu sur ces sujets), nous saisirions beaucoup mieux la nature désespérée du péché ; et nous éprouverions une compassion plus profonde pour ceux qui résistent obstinément à la grâce de Dieu, soit qu’ils suivent les voies mauvaises que leur suggère leur propre cœur, soit qu’ils soient tenus captifs par le diable, qui s’est emparé d’eux pour les soumettre à sa volonté.

Ô âme désobéissante, qui as lu ces lignes jusqu’ici, arrête-toi et considère ton danger ! Prends garde d’être comme la paille ou les épines que le Seigneur lui-même brûle dans un feu qui ne s’éteint point. Hâte-toi de te tourner vers lui, et vis. Mais si tu subis une ruine irréparable, souviens-toi que tu n’auras à t’en prendre qu’à toi-même ; car tu as enfreint les lois élémentaires de ta nature, et tu t’es dressé contre le Dieu qui t’aime et qui voudrait te racheter, mais que tu as refusé et défié. Si seulement tu voulais courber ton cou rebelle et consentir à chercher ton abri dans la personne et l’œuvre de Jésus, la parfaite sainteté de Dieu t’apporterait, non du mal, mais bénédiction et secours.

NOTRE DIEU EST UN FEU DÉVORANT ; ET IL Y A DANS CETTE PENSÉE CONSOLATION ET BÉNÉDICTION. Lorsque nous cédons à l’amour de Dieu et que nous lui ouvrons notre cœur, il entre en nous, et devient au-dedans de nous un feu dévorant ; non pour nous-mêmes, mais pour le mal qui est en nous. De sorte que, dans un sens très profond et très béni, on peut dire que nous restons auprès d’un feu dévorant, et que nous marchons au milieu des flammes éternelles.

Le feu est chaleur. Nous parlons de désir ardent, d’émotion chaleureuse, de la flamme et du feu de l’enthousiasme ; et quand nous disons que Dieu est en nous comme un feu, nous voulons dire qu’il produira en nous une affection forte et constante pour lui-même. Désirez-vous plus d’amour ? C’est en réalité de plus de Dieu que vous avez besoin : car Dieu est amour ; et quand il habite dans le cœur, l’amour y habite avec puissance. Et il n’y a aucune difficulté à l’aimer, ou à aimer les hommes, de l’amour qui est entré en majestueux cortège avec l’entrée de Dieu. Vivez en Dieu, faites place à Dieu pour qu’il vive en vous ; et l’amour ne manquera pas pour mettre en pratique, dans les actions de chaque jour, chaque précepte du saint cantique de l’amour (1 Corinthiens 13).

Le feu est lumière. Nous sommes assez ténébreux dans notre état naturel ; mais quand Dieu entre dans le tabernacle de notre être, la shekina commence à briller dans le lieu très saint, et répand ses flots de gloire dans l’être tout entier : si bien que le visage est inondé d’un saint rayonnement, et qu’il y a dans l’esprit une élasticité et un entrain manifestes qu’aucune joie du monde ne peut produire ni même imiter. La lumière qui brillait sur le visage de Moïse était différente de celle qui brillait sur le visage de Jésus. L’une y était projetée du dehors ; l’autre jaillissait du dedans. Mais c’est la seconde plutôt que la première qui est le vrai type de l’effet béni produit sur la nature qui devient le temple du Dieu qui l’habite.

Le feu est pureté. « Combien de temps faudrait-il, pensez-vous, à un ouvrier armé d’un marteau et d’un ciseau pour extraire le minerai des roches où il est si étroitement enchâssé ? Mais qu’on les jette dans le grand cylindre, qu’on attise les feux jusqu’à une chaleur torride, que le tirage gronde à travers la masse embrasée, et à la tombée de la nuit le flot incandescent du métal pur et fluide, séparé de toutes ses scories et de tous ses déchets, coule dans le moule qui l’attend. » C’est là une parabole de ce que Dieu fera pour nous. Bien plus : il brûlera du bois, du foin, du chaume, le gravier et les scories, l’égoïsme et le mal de notre nature ; de sorte qu’à la fin il ne restera que l’or, l’argent et les pierres précieuses. Les liens qui nous entravent seront consumés ; mais pas un cheveu de notre tête ne tombera à terre.

« Il s’assiéra, fondra et purifiera l’argent. » Il est celui qui purifie, et il est le feu. Le contact avec Dieu, le fait d’être baigné dans son Saint-Esprit, l’abandon perpétuel de notre nature à lui, opéreront en nous un changement merveilleux. Au début, la surface du métal en fusion pourra être sombre et blafarde — d’un rouge orangé profond, que parcourt une flamme vacillante ; mais, à mesure que l’opération se poursuit, la couleur s’éclaircira, les fumées sombres se dissiperont, et le métal prendra l’aspect d’un miroir parfaitement poli, reflétant le visage de celui qui le regarde. L’opération peut être longue ; mais le résultat est certain.

Le feu n’est-il pas douloureux et terrible, même appliqué par un amour infini ? Peut-être ; mais il ne nous éprouvera pas au-delà de ce que nous pouvons supporter, et il nous rendra capables d’endurer. Et ce sera plus qu’une compensation, quand nous verrons l’un après l’autre les anciens maux perdre leur pouvoir. Jamais, en cette vie, nous ne serons libérés d’une tendance au péché, qui semble faire partie de notre nature humaine. Jamais non plus, de ce côté-ci du ciel, nous ne serons parfaits ; mais nous pouvons nous attendre à être de plus en plus transformés à l’image du Fils de Dieu.

Ô Dieu, qui es comme un feu, sois un feu dévorant pour nos péchés innés ; brûle profondément jusqu’au fond de nos cœurs, jusqu’à ce que tout ce qui t’attriste soit contraint de céder à la sainte intensité de ta grâce, et que tout notre être, affranchi du péché, commence à te servir dans la sainteté et dans la justice, par Jésus-Christ, qui est venu allumer ton Feu sacré sur la terre !

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