Jusqu’à ce qu’il vienne
La vigne du Bien-Aimé

Chapitre 9 · 19 min de lecture

La vigne du Bien-Aimé

ALLOCUTION À UN PETIT GROUPE DE CROYANTS,

DANS LA CHAMBRE MÊME DE M. SPURGEON, À MENTON.« Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. »—Ésaïe 5:1.

LA VIGNE DU BIEN-AIMÉ.

NOUS reconnaissons aussitôt que c’est de Jésus qu’il s’agit ici. Qui d’autre que lui pourrait être désigné par « mon bien-aimé »? Voici un mot de possession et un mot d’affection: il est à moi, et il est mon Bien-Aimé. Il est la beauté même, le plus aimant et le plus aimable de tous les êtres; et nous l’aimons personnellement de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme et de toute notre force: il est à nous, celui que nous aimons, notre Bien-Aimé; nous ne saurions dire moins.

La relation délicieuse de notre Seigneur envers nous s’accompagne de paroles qui nous rappellent notre relation envers lui: « Mon bien-aimé avait une vigne »; et quelle est cette vigne, sinon notre cœur, notre nature, notre vie? Nous sommes à lui, et nous sommes à lui pour la même raison que toute autre vigne appartient à son propriétaire. C’est lui qui a fait de nous une vigne. Par nature, nous ne produisions que des épines et des ronces; mais il nous a rachetés à un grand prix, il nous a entourés d’une haie, il nous a mis à part pour lui-même, puis il nous a plantés et cultivés. Tout ce qui, en nous, peut porter de bon fruit est de sa création, de ses soins et de sa garde; de sorte que, si nous sommes des vignes, nous ne pouvons être que ses vignes. Nous consentons avec joie qu’il en soit ainsi. Je demande à Dieu de n’avoir pas un cheveu sur la tête qui n’appartienne à Christ, et vous demandez tous que chaque battement de votre cœur et chacun de vos souffles soient au Seigneur.

En cet heureux après-midi, je voudrais que vous remarquiez que cette vigne est située, nous est-il dit, « sur un coteau fertile ». J’ai réfléchi aux avantages de ma propre position à l’égard du Seigneur, et je me suis lamenté, tout couvert de confusion, de ne pas porter pour lui le fruit que ma position exige. Quand nous considérons nos privilèges, nos avantages et les occasions qui nous sont données, je crains que beaucoup d’entre nous n’aient besoin de sonder profondément leur cœur. Peut-être le texte sera-t-il utile à ceux-là, et il ne sera sans profit pour aucun de nous, si le Seigneur veut bien bénir notre méditation.

I. Notre première pensée, en considérant ces paroles, c’est que notre position, en tant que vigne du Seigneur, est très favorable: « Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. » Nul peuple ne saurait être mieux placé que nous pour servir Christ. Je ne crois guère qu’aucun homme soit mieux situé que moi pour glorifier Dieu. Je ne crois pas que des femmes puissent occuper, pour servir Christ, de meilleures positions que celles où se trouvent maintenant certaines d’entre vous, chères sœurs. Notre Père céleste nous a placés exactement là où il peut faire le plus pour nous, et où nous pouvons faire le plus pour lui. La sagesse infinie s’est appliquée à choisir avec soin le sol, l’emplacement et l’exposition de chaque cep de la vigne. Nous différons beaucoup les uns des autres, et il nous faut des situations différentes pour porter du fruit: la place qui conviendrait à l’un serait peut-être trop éprouvante pour un autre. Ami, le Seigneur t’a planté au bon endroit: ta condition n’est peut-être pas la meilleure en elle-même, mais elle est la meilleure pour toi. Nous sommes, en ce moment même, dans la meilleure position possible pour quelque service présent; la providence de Dieu nous a placés sur un terrain avantageux pour notre devoir immédiat: « Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. »

Songeons que l’époque où nous vivons nous appelle à porter beaucoup de fruit, quand nous la comparons aux années d’autrefois. Il fut un temps où nous n’aurions pu nous réunir ainsi paisiblement dans notre propre chambre: si l’on nous avait surpris à rompre le pain ou à lire la Parole de Dieu, on nous aurait traînés en prison, et peut-être mis à mort. Nos pères osaient à peine élever la voix pour chanter un psaume de louange, de peur que l’ennemi ne tombe sur eux. En vérité, le sort nous est échu en des lieux délicieux; oui, un bel héritage nous est accordé, sur un coteau fertile.

Nous ne vivons même pas en un temps où l’erreur soit assez envahissante pour dominer tout. Il n’y en a que trop dans le monde; mais, à considérer les choses dans leur ensemble, j’ose dire qu’il n’y eut jamais de temps où la vérité ait exercé un empire plus étendu qu’aujourd’hui, où l’Évangile ait été prêché plus pleinement, où il y ait eu plus d’activité spirituelle. De noirs nuages d’erreur planent au-dessus de nous; mais, en même temps, nous nous réjouissons de ce que, de John o’ Groat’s House jusqu’à Land’s End, Christ soit prêché par dix mille voix, et de ce que, même dans les lieux ténébreux de la terre, le nom de Jésus brille comme une lampe dans la maison. S’il nous avait été donné de choisir, parmi tous les siècles, celui où nous voudrions vivre, nous n’aurions pu trouver meilleur temps pour porter du fruit que celui qui s’écoule maintenant: notre époque est « un coteau fertile ».

Qu’il en soit ainsi, certains d’entre nous le savent de science certaine, car nous avons porté du fruit. Regardez en arrière, frères et sœurs, vers les temps où vos cœurs étaient chauds, où votre zèle était fervent, où vous serviez le Seigneur avec joie. Je m’unis à vous dans ces heureux souvenirs. Alors nous pouvions courir avec les plus rapides, combattre avec les plus braves, travailler avec les plus forts, souffrir avec les plus patients. La grâce de Dieu a reposé sur certains d’entre nous d’une manière si évidente que nous avons porté tous les fruits de l’Esprit. Peut-être regardons-nous aujourd’hui en arrière avec un profond regret, parce que nous ne sommes plus aussi féconds qu’autrefois: s’il en est ainsi, il est bon que nos regrets se multiplient, mais il nous faut changer chacun d’eux en une prière pleine d’espérance. Souvenez-vous-en: la vigne a pu changer, mais le sol est le même. Nous avons toujours les mêmes motifs de porter du fruit, et même plus que nous n’en avions jadis. Pourquoi ne sommes-nous pas plus utiles? Quelque phylloxéra spirituel s’est-il emparé des ceps, ou bien avons-nous été frappés par le gel, ou brûlés par le soleil? Qu’est-ce qui retient la vendange? Assurément, si nous avons été féconds autrefois, nous devrions l’être davantage aujourd’hui. Le coteau fertile n’est pas épuisé; qu’avons-nous donc, pour que nos raisins soient si peu nombreux?

Nous sommes plantés sur un coteau fertile, car nous sommes appelés à l’œuvre la plus féconde de toutes. Béni et heureux l’homme qui est appelé au ministère chrétien; car ce service a apporté à Christ plus de gloire qu’aucun autre. Vous, chers amis bien-aimés, n’êtes pas appelés à gouverner des nations, ni à inventer des machines, ni à enseigner les sciences, ni à tuer des hommes; mais nous sommes des gagneurs d’âmes, notre œuvre est de conduire les hommes à Jésus. De tous les emplois du monde, le nôtre est le plus fécond en bienfaits pour les hommes et en gloire pour Dieu. Si nous ne servons pas Dieu dans l’Évangile de son Fils de toute notre force et de toute notre capacité, une lourde responsabilité pèse sur nous. « Notre Bien-Aimé a une vigne sur un coteau fertile »: il n’y a pas, hors de la terre d’Emmanuel, de parcelle de sol plus riche que le saint ministère auprès des âmes. Certains d’entre nous sont enseignants, et rassemblent les jeunes autour d’eux pour leur parler de Jésus. C’est là aussi une terre de choix. Bien des moniteurs ont recueilli une magnifique vendange parmi les petits, et ne sont restés en rien en arrière des pasteurs et des évangélistes dans la gloire de gagner des âmes. Chers moniteurs, vos vignes sont plantées sur un coteau fertile. Mais je ne me borne pas aux prédicateurs et aux moniteurs; car nous tous, dans la mesure où nous avons l’occasion de parler pour le Seigneur Jésus-Christ, et de nous entretenir en particulier avec tel ou tel, nous avons aussi un sol fertile où croître. Si nous ne glorifions pas Dieu en gagnant des âmes, nous serons grandement à blâmer, puisque, de toutes les formes de service, c’est la plus féconde en louange à Dieu.

Bien plus, les circonstances mêmes qui nous entourent tendent toutes à rendre notre position extrêmement favorable pour porter du fruit. Dans ce petit groupe, nous n’avons pas un seul ami qui soit dans une extrême pauvreté; mais s’il s’en trouvait parmi nous, je dirais la même chose. Christ a cueilli quelques-unes de ses plus belles grappes dans la vallée de la pauvreté. Bien des saints éminents n’ont jamais possédé un pied de terre, mais ont vécu de leur salaire de la semaine, et encore y trouvaient-ils une maigre pitance. Oui, par la grâce de Dieu, la vallée de la pauvreté a fleuri comme la rose. Il se trouve toutefois que la plupart d’entre nous, ici, jouissent d’une honnête aisance: nous avons tout ce qu’il nous faut, et quelque chose de reste pour donner aux pauvres et à la cause de Dieu. Assurément, nous devrions être féconds en aumônes, dans le soin des malades, et en toutes sortes d’influences douces et odorantes. « Ne me donne ni pauvreté, ni richesse », voilà une prière qui a été exaucée pour la plupart d’entre nous; et si maintenant nous ne rendons pas honneur à Dieu, quelle excuse pourrons-nous donner de notre stérilité? Je parle à quelques-uns qui jouissent d’une santé singulièrement robuste, que jamais douleurs ni souffrances n’entravent; et à d’autres qui ont prospéré dans leurs affaires vingt années d’affilée: grande est votre dette envers votre Seigneur; dans votre cas, « mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile ». Donne à Dieu ta force et tes richesses, mon frère, tant qu’elles durent: veille à ce que tous les soins qu’il a pris de toi ne soient pas perdus. D’autres parmi nous connaissent rarement plusieurs mois de suite de santé, et ont souvent eu à souffrir cruellement dans leur corps; cela devrait nous rendre féconds, car le labour de l’affliction rapporte beaucoup. Le Maître n’a-t-il pas obtenu le plus riche de tous les fruits de vignes qui saignaient? Ses grappes les plus lourdes ne viennent-elles pas de ceps qui ont été taillés sévèrement et rabattus jusqu’au sol? Les saveurs de choix, les sucs délicats et les arômes exquis proviennent surtout de l’emploi du couteau bien affilé de l’épreuve. Certains d’entre nous sont au meilleur d’eux-mêmes pour porter du fruit quand, à d’autres égards, ils sont au plus mal. Ainsi pourrais-je dire en vérité que, quelle que soit notre condition, pauvres ou riches, en bonne santé ou dans l’affliction, chacun de nos cas a ses avantages, et que nous sommes plantés « sur un coteau fertile ».

De plus, quand je considère notre état spirituel, je dois dire pour moi-même, et je pense aussi pour vous: « Mon bien-aimé avait une vigne, sur un coteau fertile. » Car qu’est-ce que Dieu a fait pour nous? Ou, pour poser la question autrement: qu’est-ce que Dieu n’a pas fait pour nous? Que pourrait-il nous dire de plus que ce qu’il nous a dit? Que pourrait-il faire de plus que ce qu’il a fait pour nous? Il a agi envers nous en Dieu. Son amour nous a tirés de la fosse, son amour nous a élevés jusqu’à la croix, et jusqu’aux portes du ciel; il nous a vivifiés, pardonnés et renouvelés; il habite en nous, il nous console, nous instruit, nous soutient, nous garde, nous guide, nous conduit, et assurément il nous rendra parfaits. Si nous ne portons pas de fruit à sa louange, comment nous excuserons-nous? Où cacherons-nous nos têtes coupables? Cette mer que voici suffirait-elle à nous prêter des larmes amères pour pleurer notre ingratitude?

II. Je fais un pas de plus, avec votre permission, et je dis que notre position, en tant que vigne du Seigneur, est favorable à la production du fruit qu’il aime le mieux. Je crois que ma propre position est la plus favorable à la production du fruit que le Seigneur aime le mieux en moi, et qu’il en est de même de la vôtre. Quel est ce fruit?

C’est d’abord la foi. Notre Seigneur se réjouit grandement de voir la foi chez son peuple. La confiance qui s’attache à lui avec l’assurance d’un enfant est agréable à son cœur plein d’amour. Notre position est telle que la foi devrait être pour nous la chose la plus facile du monde. Regardez les promesses qu’il nous a données dans sa Parole: ne pouvons-nous pas les croire? Regardez ce que le Père a fait pour nous en nous donnant son Fils bien-aimé: ne pouvons-nous pas nous confier en lui après cela? Toute notre expérience quotidienne tend à affermir notre confiance en Dieu. Chaque grâce demande: « Ne vous confierez-vous pas en lui? » Chaque besoin satisfait s’écrie: « Ne pouvez-vous pas vous confier en lui? » Chaque douleur envoyée par le grand Père met notre foi à l’épreuve, nous pousse vers celui sur qui nous nous reposons, et ainsi fortifie et affermit notre confiance en Dieu. Les grâces et les misères concourent également à la croissance de la foi. Certains d’entre nous ont été appelés à se confier en Dieu sur une grande échelle, et cette nécessité les a grandement aidés à porter du fruit. Plus nous avons d’épreuves, plus notre vigne est bêchée tout autour, et plus on met d’engrais à ses racines. Si la foi ne mûrit pas dans l’épreuve, quand mûrira-t-elle? Nos afflictions fertilisent le sol où la foi peut croître.

Un autre fruit de choix, c’est l’amour. Jésus prend plaisir à l’amour. Son cœur tendre se réjouit de voir son amour payé de retour. Ne suis-je pas, de tous les hommes, le plus obligé d’aimer le Seigneur? Je parle pour chaque frère et chaque sœur ici présents: n’est-ce pas là votre langage? Ne dites-vous pas tous: « Vit-il, sous ce ciel bleu, un seul être qui doive aimer Jésus plus que moi? » Chaque sœur se dit en elle-même: « Y eut-il jamais femme assise dans sa chambre qui eût plus de raisons que moi d’aimer Dieu? » Non, le péché qui nous a été pardonné devrait nous faire aimer extrêmement notre Sauveur. Le péché qui, en d’autres cas, a été prévenu devrait nous faire aimer beaucoup celui qui nous a gardés. Le secours que Dieu nous a envoyé aux heures de besoin, la direction qu’il nous a donnée dans les temps de difficulté, la joie qu’il a versée en nous aux jours de communion, et la paix qu’il a soufflée sur nous aux saisons d’épreuve, tout cela devrait nous le faire aimer. Le long du chemin de notre vie, les raisons d’aimer Dieu sont plus nombreuses que les feuilles des oliviers. Il nous a entourés de sa bonté, comme les montagnes et la mer entourent le lieu où nous nous reposons à présent. Regardez en arrière aussi loin que s’étend le temps, puis regardez bien au-delà, dans l’éternité passée, et vous verrez le grand amour du Seigneur posé sur nous: tout au long du temps et de l’éternité, se sont accumulées des raisons qui nous pressent d’aimer notre Seigneur. Maintenant, retournez-vous vivement, et regardez devant vous: tout au long de l’avenir, la foi peut voir des raisons d’aimer Dieu, bornes d’or sur le chemin qu’il nous reste à parcourir, qui toutes appellent notre joie aimante en Dieu.

Christ trouve aussi un grand plaisir au fruit de l’espérance, et nous sommes placés dans des circonstances telles que nous devrions en produire beaucoup. Les vieillards devraient regarder en avant, car ils ne peuvent s’attendre à voir encore beaucoup de choses sur la terre. Le temps est court, et l’éternité est proche; qu’elle est précieuse, une bonne espérance par la grâce! Nous qui ne sommes pas encore vieux, nous devrions être extrêmement pleins d’espérance; et les plus jeunes, qui commencent à peine la vie spirituelle, devraient abonder en une espérance toute fraîche et toute lumineuse. S’il est un homme dont l’attente soit plus grande que la mienne, j’aimerais le voir. Nous avons la plus grande des attentes. N’avez-vous jamais éprouvé ce que Miséricorde éprouva dans son songe, lorsqu’elle se mit à rire, et que, Christiana lui ayant demandé ce qui la faisait rire, elle répondit qu’elle avait eu une vision de choses encore à révéler?

Choisissez le fruit de l’Esprit que vous voudrez, et je soutiens que nous sommes placés dans des circonstances favorables pour le produire; nous sommes plantés sur un coteau fertile. Quel coteau fertile que celui où nous vivons, pour ce qui est de travailler pour Christ! Chacun de nous peut trouver de l’ouvrage pour le Maître; il y a autour de nous d’excellentes occasions. Il n’y eut jamais d’époque où un homme consacré à Dieu pût faire autant qu’il le peut aujourd’hui. Rien ne restreint le zèle le plus ardent. Nous vivons en des temps si heureux que, si nous nous plongeons dans une mer de travail, nous pouvons y nager sans que personne puisse nous en empêcher. Et puis, par la grâce de Dieu, notre travail nous est rendu si agréable! Aucun vrai serviteur de Christ n’est las de l’œuvre, bien qu’il puisse être las dans l’œuvre: ce n’est jamais de l’œuvre qu’il se lasse, car il voudrait pouvoir en faire dix fois plus. Et puis, notre Seigneur fait prospérer notre travail. Nous amenons une âme à Jésus, et celle-là en amène cent. Parfois, quand nous pêchons pour Jésus, il se peut qu’il y ait peu de poissons; mais, béni soit son nom, la plupart d’entre eux entrent dans le filet; et nous n’avons qu’à vivre en louant et en bénissant Dieu pour toute la faveur avec laquelle il regarde notre travail d’amour. Je crois vraiment avoir raison de dire que, pour porter le fruit que Jésus aime le mieux, notre position est extrêmement favorable.

III. Et maintenant, en cet après-midi, à cette table, notre position est favorable, dès maintenant, pour que nous produisions immédiatement, et sur place, pour notre Bien-Aimé, le fruit le plus riche, le plus mûr et le plus rare. Ici, à la table de communion, nous sommes au centre de la vérité, et à la source même de la consolation. Nous entrons maintenant dans le lieu très saint, et nous arrivons au lieu de rencontre le plus sacré entre nos âmes et Dieu.

Vue de cette table, la vigne est tournée vers le midi, car tout y regarde vers Christ, notre Soleil. Ce pain, ce vin, tout incline nos âmes vers Jésus-Christ, et il resplendit en plein sur nos cœurs, nos pensées et nos âmes, pour nous faire porter beaucoup de fruit. Ne sommes-nous pas plantés sur un coteau fertile?

Quand nous pensons à sa passion endurée pour nous, nous sentons qu’un mur est dressé autour de nous du côté du nord, pour arrêter tout souffle âpre qui pourrait détruire les tendres raisins. Nous ne redoutons plus aucune colère, car Jésus l’a portée pour nous; voici les signes de son sacrifice pleinement suffisant! Aucune colère du Seigneur n’atteindra nos esprits en repos, car le Seigneur dit: « Je jure de même de ne plus m’irriter contre toi et de ne plus te menacer. » Ici, sur cette table, sont les gages de son amour ineffable, et, comme un haut mur, ils arrêtent les vents rudes. Assurément, nous sommes plantés sur un coteau fertile.

De plus, le Bien-Aimé lui-même est au milieu de nous. Il ne nous a pas affermés à des vignerons, mais il se charge lui-même de prendre soin de nous; et nous sommes sûrs qu’il est ici, car voici sa chair, et voici son sang. Vous voyez les signes extérieurs; puissiez-vous sentir la réalité invisible! car nous croyons à sa présence réelle, mais non dans ce sens grossier et charnel dont les esprits mondains s’aveuglent eux-mêmes. Le Roi est venu dans son jardin: offrons-lui nos fruits. Celui qui, pour cette vigne, a répandu une sueur de sang, inspecte maintenant les ceps; ne vont-ils pas, en cet instant même, exhaler un bon parfum? La présence de notre Seigneur fait de cette assemblée un coteau fertile: là où il pose le pied, toutes les bonnes choses fleurissent.

Autour de cette table, nous sommes en un lieu où d’autres ont porté de beaux fruits. Notre littérature ne contient pas de paroles plus précieuses que celles qui ont été prononcées au moment de la communion. Peut-être connaissez-vous et appréciez-vous les discours de Willison, prononcés lors des célébrations de la cène. Les sermons de communion de Rutherford portent sur eux une onction sacrée. Les poèmes de George Herbert, je pense, furent pour la plupart inspirés par la vue de Christ dans cette ordonnance. Pensez aux cantiques du saint Bernard: comme ils brûlent de dévotion! Des saints et des martyrs ont été nourris à cette table de bénédiction. Cette ordonnance sacrée, j’en suis sûr, est un lieu où les espérances deviennent lumineuses, où les cœurs se réchauffent, où les résolutions s’affermissent, où les vies deviennent fécondes, et où toutes les grappes du fruit de notre âme mûrissent pour le Seigneur.

Béni soit Dieu, nous sommes là où nous avons souvent grandi nous-mêmes. Nous avons connu nos meilleurs moments en célébrant cette sainte eucharistie. Dieu veuille qu’il en soit encore ainsi! Que, dans une calme méditation et un recueillement intérieur, nous produisions maintenant de nos cœurs de doux fruits d’amour, de zèle, d’espérance et de patience; portons de grandes grappes comme celles d’Eschcol, toutes pour Jésus, et pour Jésus seul. Dès maintenant, livrons-nous à la méditation, à la gratitude, à l’adoration, à la communion, au ravissement; et passons le reste de notre vie à glorifier et à magnifier le nom à jamais béni de notre Bien-Aimé, dont nous sommes la vigne.

« Tandis qu’un tel spectacle de saintes joies

Occupe nos yeux et nos âmes ravis,

Nous pourrions demeurer ici à contempler

Un long, un éternel jour.

« Bientôt nous aurons franchi la nuit,

Vers les beaux rivages de la parfaite lumière;

Alors nos sens joyeux pourront errer

Sur le cher objet de notre amour.

« Là nous boirons à longs traits la félicité,

Et cueillerons la vie nouvelle aux arbres du ciel.

Mais de temps à autre, cher Seigneur, accorde

Une goutte du ciel aux vers d’ici-bas. »

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