Jusqu’à ce qu’il vienne
Le vin parfumé de ma grenade

Chapitre 8 · 30 min de lecture

Le vin parfumé de ma grenade

OU, LA COMMUNION DE COMMUNICATION. « Je te ferai boire du vin parfumé, Du moût de mes grenades. »—Cantique des cantiques 8:2. « Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce. »—Jean 1:16.

LE VIN PARFUMÉ DE MA GRENADE.

LA base immuable de la communion ayant été posée dès les temps anciens dans l’union éternelle qui subsistait entre Christ et ses élus, il ne lui fallait plus qu’une occasion propice pour se manifester dans un développement actif. Le Seigneur Jésus avait de tout temps fait ses délices des fils de l’homme, et il se tenait toujours prêt à révéler et à communiquer ces délices à son peuple; mais ceux-ci étaient incapables de répondre à son affection ou de jouir de sa communion, car ils étaient tombés dans un état si vil et si dégradé qu’ils étaient morts pour lui et sans souci de lui. Il fallait donc que quelque chose fût fait pour eux, et en eux, avant qu’ils pussent s’entretenir avec Jésus ou se sentir en accord avec lui. Cette préparation étant une œuvre de la grâce et le fruit d’une union antérieure, Jésus résolut que, jusque dans la préparation à la communion, il y aurait communion. S’il fallait qu’ils fussent lavés avant de pouvoir pleinement s’entretenir avec lui, il communierait avec eux dans le lavage même; et s’il fallait qu’ils fussent enrichis de dons avant d’avoir plein accès auprès de lui, il communierait avec eux dans le don. Il a donc établi une communion dans l’acte de dispenser sa grâce, et dans celui d’y avoir part.

Cet ordre de communion, nous l’avons appelé « la communion de communication », et nous pensons que quelques remarques montreront que nous n’allons pas au-delà de ce qu’autorise l’Écriture.

Le mot koinônia, ou communion, est souvent employé par les écrivains inspirés au sens de communication ou de contribution. Lorsque nous lisons, dans notre version: « Car la Macédoine et l’Achaïe ont bien voulu s’imposer une contribution en faveur des pauvres parmi les saints de Jérusalem » (Romains 15:26), il est intéressant de savoir que c’est le mot koinônian qui est employé, comme pour montrer que les dons généreux de l’Église d’Achaïe à son Église sœur de Jérusalem étaient une communion. Calvin veut que nous le remarquions, parce que, dit-il, « le mot ici employé exprime bien le sentiment dans lequel il nous faut subvenir aux besoins de nos frères, car il doit y avoir entre nous un égard commun et mutuel, à cause de l’union du corps ». Il n’aurait pas forcé le texte s’il avait dit qu’il y avait dans cette contribution l’essence même de la communion. Gill, dans son commentaire sur ce verset, remarque fort à propos: « Contribution, ou communion, comme le mot le signifie; car c’est une part de la communion des Églises et des saints que de soulager leurs pauvres en leur faisant part de leurs biens. » Le même mot est employé en Hébreux 13:16, où notre version anglaise le rend par le verbe « communicate », faire part de ses biens: « Et n’oubliez pas la bienfaisance et la libéralité, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir. » On le retrouve en 2 Corinthiens 9:13: « la libéralité de vos dons envers eux et envers tous »; et dans de nombreux autres passages, l’étudiant attentif remarquera ce mot sous diverses formes, présentant le service mutuel des saints comme un acte de communion. D’ailleurs, à la cène du Seigneur, qui est l’incarnation même de la communion, nous avons toujours eu coutume de faire une collecte particulière pour les pauvres du troupeau, et nous croyons qu’il y a dans cette collecte un élément de communion aussi vrai et aussi réel que dans la participation au pain et au vin. Celui qui donne est en communion avec celui qui reçoit lorsqu’il accorde son bienfait pour l’amour du Seigneur, et à cause de la fraternité qui existe entre lui et ses amis dans le besoin. Le maître est en communion avec le jeune disciple lorsqu’il s’applique à l’instruire dans la foi, poussé à cela par un esprit d’amour chrétien. Celui qui intercède pour un saint, parce qu’il désire son bien comme membre de l’unique famille, entre en communion avec son frère dans l’offrande de la prière. Le service aimant et mutuel des membres de l’Église est une communion d’un haut degré. Et souvenons-nous que celui qui reçoit communie avec son bienfaiteur: la communion ne se limite pas à celui qui donne; au cœur débordant de libéralité répond le cœur rempli de gratitude, et l’amour manifesté dans le don trouve sa réponse dans l’accueil. Quand la main nourrit la bouche ou soutient la tête, les divers membres sentent leur union et sympathisent les uns avec les autres; il en est de même des diverses parties du corps de Christ, car elles communient par des actes mutuels d’amour.

Or, ce sens du mot communion nous instruit beaucoup, puisqu’il indique la manière dont la communion reconnue avec Jésus commence et se maintient, à savoir en donnant et en recevant, par la communication et par la réception. La cène du Seigneur est la représentation divinement instituée de la communion; c’est pourquoi on y rompt le pain et on y verse le vin, pour figurer le don gratuit que le Sauveur nous fait de son corps et de son sang; et l’on y mange l’un et l’on y boit l’autre, pour représenter la réception, par nous, de ces dons inestimables. De même que, sans pain et sans vin, il ne saurait y avoir de cène du Seigneur, de même, sans les dons pleins de grâce que Jésus nous a légués, il n’y aurait eu aucune communion entre lui et nos âmes; et comme il faut y participer pour que les éléments représentent vraiment le sens de l’ordonnance du Seigneur, ainsi faut-il que nous recevions ses largesses et que nous nous nourrissions de sa personne avant de pouvoir communier avec lui.

C’est une branche de cette communication mutuelle que nous avons choisie pour sujet de cette allocution. « Ayant les regards sur Jésus », qui nous a délivrés de notre état d’inimitié et nous a introduits dans la communion avec lui-même, nous demandons le riche secours du Saint-Esprit, afin d’être rafraîchis en esprit et encouragés à puiser plus largement dans le trésor de l’alliance de Jésus-Christ le Seigneur.

Nous prendrons un texte, et nous nous mettrons aussitôt à notre délicieuse tâche. « Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce. » (Jean 1:16.)

Comme la vie de la grâce est d’abord engendrée en nous par le Seigneur Jésus, elle est aussi constamment entretenue par lui. Nous puisons sans cesse à cette source sacrée, nous tirons sans cesse notre sève de cette racine divine; et puisque Jésus communie avec nous en nous dispensant ses bienfaits, c’est notre privilège d’être en communion avec lui en les recevant.

Il y a cette différence entre Christ et nous: il ne donne jamais sans manifester sa communion, mais nous recevons souvent de si mauvaise manière que la communion ne lui est pas rendue, et nous manquons ainsi l’occasion céleste d’en jouir. Souvent nous recevons la grâce sans nous en apercevoir; autrement dit, l’huile sacrée coule dans le conduit et entretient notre lampe, tandis que nous ne prenons pas garde à cette influence secrète. Nous pouvons aussi avoir part à bien des bienfaits que, dans notre torpeur, nous ne reconnaissons même pas comme des bienfaits; et d’autres fois, nous reconnaissons bien pour ce qu’elles sont des bénédictions familières, mais nous sommes lents à remonter jusqu’à leur source, l’alliance conclue avec Jésus-Christ.

Pour suivre l’idée de notre préface explicative, nous pouvons bien croire que, lorsque les pauvres parmi les saints reçurent la contribution de leurs frères, beaucoup d’entre eux reconnurent sincèrement la communion qu’exprimait cette offrande généreuse; mais il est probable que certains ne virent que la matière du don, sans discerner l’esprit qui l’animait. Chez quelques-uns de ceux qui reçurent, des pensées charnelles ont pu, au moment où la contribution fut distribuée, nuire fâcheusement à l’exercice de la vie spirituelle; car il est possible qu’après une période de pauvreté, ils aient été enclins à faire plus de cas de ce que leur besoin était comblé que du sentiment de communion avec leurs frères compatissants. Ils se seraient réjouis de la famine écartée plutôt que de la communion manifestée. Nous ne doutons pas que, dans bien des cas, les bienfaits mutuels de l’Église ne parviennent pas à révéler notre communion à nos frères pauvres, et ne produisent en eux aucun sentiment de communion avec ceux qui donnent.

Or, ce triste fait illustre la déclaration plus affligeante encore que nous avons faite. Nous affirmons de nouveau que, de même que beaucoup de ceux qui reçoivent les aumônes de l’Église ne sont pas sensibles à la communion qu’elles renferment, de même le peuple du Seigneur n’est jamais assez attentif à la communion avec Jésus lorsqu’il reçoit ses dons: beaucoup oublient entièrement leur privilège, et tous en ont trop peu conscience. Bien plus, combien de fois le croyant ne pervertit-il pas les dons de Jésus pour en faire l’aliment de son péché et de sa licence! Nous ne sommes pas exempts de l’inconstance de l’ancien Israël, et notre Seigneur pourrait bien nous adresser le même langage:

« Je passai près de toi, je te regardai, et voici, ton temps était là, le temps des amours. J’étendis sur toi le pan de ma robe, je couvris ta nudité, je te jurai fidélité, je fis alliance avec toi, dit le Seigneur, l’Éternel, et tu fus à moi. Je te lavai dans l’eau, je fis disparaître le sang qui était sur toi, et je t’oignis avec de l’huile. Je te donnai des vêtements brodés, et une chaussure de peaux teintes en bleu; je te ceignis de fin lin, et je te couvris de soie. Je te parai d’ornements: je mis des bracelets à tes mains, un collier à ton cou, je mis un anneau à ton nez, des pendants à tes oreilles, et une couronne magnifique sur ta tête. Ainsi tu fus parée d’or et d’argent, et tu fus vêtue de fin lin, de soie et d’étoffes brodées. La fleur de farine, le miel et l’huile, furent ta nourriture. Tu étais d’une beauté accomplie, digne de la royauté. Et ta renommée se répandit parmi les nations, à cause de ta beauté; car elle était parfaite, grâce à l’éclat dont je t’avais ornée, dit le Seigneur, l’Éternel. Mais tu t’es confiée dans ta beauté, et tu t’es prostituée, à la faveur de ton nom. » (Ézéchiel 16:8-16.)

La masse de ceux qui professent la foi ne doit-elle pas reconnaître la vérité de cette accusation? La plupart d’entre nous ne se sont-ils pas bien tristement éloignés de la pureté de leur amour? Nous nous réjouissons cependant de voir un reste d’âmes d’élite, qui vivent près du Seigneur et connaissent la douceur de la communion. Celles-là reçoivent la promesse et la bénédiction, et les assimilent si bien qu’elles deviennent un sang généreux dans leurs veines; et elles se nourrissent si bien de leur Seigneur qu’elles croissent en lui. Imitons ces esprits élevés, et goûtons leurs hautes délices. Il n’y a aucune raison pour que le plus humble d’entre nous ne soit pas comme David, et David comme le serviteur de l’Éternel. Nous ne sommes peut-être encore que des nains, mais la croissance est possible; visons donc une plus haute stature. Suivons les conseils que voici, et, avec l’aide du Saint-Esprit, nous y parviendrons.

Faites de chaque moment de besoin un moment où vous embrassez votre Seigneur. Ne quittez pas le propitiatoire avant de l’avoir serré dans vos bras. En tout temps de besoin, il a promis de vous donner la grâce pour être secourus; et qu’est-ce qui vous empêche d’obtenir une douce communion, précieux surcroît au secours promis? Ne soyez pas comme le mendiant qui se contente de l’aumône, si chichement qu’on la lui jette; mais, puisque vous êtes un proche parent, cherchez un sourire et un baiser avec chaque bienfait qu’il vous accorde. Ne vaut-il pas mieux que ses bienfaits? Que sont-ils sans lui? Criez à lui à haute voix, et que votre requête parvienne à ses oreilles: « Ô mon Seigneur, il ne me suffit pas d’avoir part à tes largesses, il me faut toi-même aussi; si tu ne te donnes pas toi-même avec tes faveurs, elles me sont de peu d’utilité! Oh! souris-moi quand tu me bénis, sinon je reste sans bénédiction! Tu mets le parfum dans toutes les fleurs de ton jardin, et l’arôme dans tes aromates; si tu te retires, ils ne me sont plus agréables. Viens donc, mon Seigneur, et donne-moi ton amour avec ta grâce. » Prenez bien garde, chrétien, que votre cœur soit bien accordé, afin que, lorsque les doigts de la miséricorde en touchent les cordes, elles résonnent des pleines notes de la communion. Qu’il est triste de recevoir une faveur sans s’en réjouir! Tel est pourtant souvent le cas du croyant. Le Seigneur jette à nos portes ses largesses prodigues, et nous, comme des rustres, c’est à peine si nous regardons dehors pour le remercier. Nos cœurs ingrats et nos langues oublieuses de rendre grâces gâtent notre communion, en nous faisant manquer mille occasions de l’exercer.

Si vous voulez jouir de la communion avec le Seigneur Jésus en recevant sa grâce, efforcez-vous de puiser toujours en lui, consciemment, vos provisions. Proclamez vos besoins dans les rues de votre cœur, et quand la provision est accordée, que toutes les puissances de votre âme soient présentes pour la recevoir. Qu’aucun bienfait n’entre dans votre maison sans être chanté. Inscrivez dans votre mémoire la liste des bienfaits de votre Maître. Pourquoi les largesses du Seigneur seraient-elles emportées à la hâte dans l’obscurité, ou ensevelies dans l’oubli? Tenez toujours ouvertes les portes de votre âme, et asseyez-vous au bord du chemin pour guetter les trésors de grâce que Dieu l’Esprit apporte d’heure en heure dans votre cœur de la part de Jéhovah—Jésus, votre Seigneur.

Ne laissez jamais passer une heure sans tirer sur la banque du ciel. Si tous vos besoins semblent satisfaits, regardez attentivement jusqu’à ce que l’instant suivant apporte un nouveau besoin; alors ne tardez pas, mais, muni de ce mandat de la nécessité, hâtez-vous de retourner à votre trésor. Vos nécessités sont si nombreuses que vous ne manquerez jamais d’une raison de recourir à la plénitude de Jésus; mais si jamais pareil cas devait se présenter, élargissez votre cœur, et alors il faudra plus d’amour pour remplir l’espace agrandi. Mais ne permettez à aucune prétendue richesse qui vous serait propre de suspendre ce que vous recevez chaque jour du Seigneur Jésus. Vous avez constamment besoin de lui. Vous avez besoin de son intercession, de son soutien, de sa sanctification; vous avez besoin qu’il accomplisse en vous toutes vos œuvres, et qu’il vous garde jusqu’au jour de son apparition. Il n’y a pas un seul moment de votre vie où vous puissiez vous passer de Christ. Soyez donc toujours à sa porte, et les besoins dont vous gémissez vous seront autant de rappels pour tourner votre cœur vers votre Sauveur. La soif fait soupirer le cœur après des courants d’eau, et la douleur fait penser l’homme au médecin. Que vos besoins vous conduisent à Jésus, et que le bienheureux Esprit vous le révèle, tandis qu’il vous dispense avec amour les riches provisions de son amour! Allez, pauvre saint, que votre pauvreté soit la corde qui vous tire vers votre riche Frère. Réjouissez-vous de la faiblesse qui fait place à la grâce pour qu’elle repose sur vous, et soyez heureux d’avoir des besoins constants qui vous obligent à être perpétuellement en communion avec votre adorable Rédempteur.

Étudiez-vous vous-même, recherchez vos besoins, comme la ménagère cherche des chambres où serrer ses fruits d’été. Regardez vos besoins comme des pièces à remplir d’une plus grande mesure de la grâce de Jésus, et ne laissez aucun coin inoccupé. Soupirez après plus de Jésus. Soyez avide de lui. Que tout le passé vous pousse à rechercher de plus grandes choses. Chantez le chant du cœur élargi,—

« Tout cela ne suffit pas: je me sens devenir

Plus avide en jouissant; ce que j’obtiens

Ne sert qu’à rendre

Plus vif mon appétit;

Et tous tes dons appellent

Mes prières pour plus encore. »

Criez au Seigneur Jésus qu’il remplisse les lits desséchés de vos rivières jusqu’à ce qu’elles débordent; puis videz les canaux qui jusqu’ici étaient remplis de votre propre suffisance, et suppliez-le de les remplir, eux aussi, de sa grâce surabondante. Si vos lourdes épreuves vous enfoncent plus profondément dans le flot de ses consolations, réjouissez-vous-en; et si votre navire devait sombrer jusqu’à ses pavois, n’ayez pas peur. Je serais heureux de sentir la tête de mât de mon âme à vingt brasses sous la surface d’un tel océan; car, comme le disait Rutherford: « Oh! être plongé par-dessus les oreilles dans ce puits! Je ne voudrais pas que l’amour de Christ entre en moi, mais je voudrais entrer en lui, et être englouti par cet amour. » Cultivez une faim insatiable et une soif inextinguible de cette communion avec Jésus par ce qu’il communique. Que votre cœur crie à jamais: « Donne! Donne! » jusqu’à ce qu’il soit rempli dans le Paradis.

« Vaincu par l’amour condescendant de Jésus,

Admis dans la communion de lui et des siens,

Et festoyant avec lui dans sa maison du vin,

Je suis malade d’amour,—et pourtant j’aspire à plus

De communications de mon Seigneur plein d’amour.

Soutiens-moi de coupes pleines du meilleur vin,

Pressé de son cœur sur le mont Calvaire,

Pour réjouir et consoler mon âme vaincue d’amour.

C’est toi que je désire!

Ta présence est ma vie, ma joie, mon ciel,

Et tout, sans toi, est mort pour moi.

Soutiens-moi de coupes, Sauveur, entends mon cri,

Que tes promesses, comme des pommes, me fortifient;

Applique-moi le sang expiatoire et l’amour de l’alliance,

Jusqu’à ce que je voie ta face parmi les convives

Qui festoient dans le royaume de ton Père. »

(Nymphas, par JOSEPH IRONS.)

C’est là la seule convoitise qui soit permise; mais celle-ci n’est pas seulement à l’abri de tout reproche, elle est digne d’éloge. Ô saints, ne soyez pas à l’étroit dans vos propres entrailles, mais élargissez vos désirs, et recevez ainsi davantage de la plénitude sans mesure de votre Sauveur! Je te l’ordonne, mon âme: sois ainsi en communion continuelle avec ton Seigneur, puisqu’il t’invite et te commande à prendre ainsi part à ses richesses.

Réjouis-toi des bienfaits reçus. Que le contentement de ton esprit déborde en torrents de joie. Lorsque le croyant place toute sa confiance en Christ et fait de lui ses délices, il y a là un exercice de communion. S’il oublie son livre de psaumes et qu’au lieu de chanter on le trouve à se lamenter, les grâces du jour ne lui apporteront aucune communion. Éveille-toi, ô musique! réveille-toi, ô mon âme, réjouis-toi dans le Seigneur, et tressaille d’allégresse! Contemple ses faveurs, riches, gratuites et incessantes; seront-elles ensevelies dans l’oubli? Seront-elles couvertes du linceul de l’ingratitude? Non! Je le louerai. Il faut que je l’exalte. Doux Seigneur Jésus, laisse-moi baiser la poussière de tes pieds, laisse-moi me perdre dans la reconnaissance, car tes pensées envers moi sont précieuses, que le nombre en est grand! Voici, je t’embrasse dans les bras de la joie et de la gratitude, et en cela je sens mon âme attirée vers toi!

C’est là une manière bénie d’entrer en communion. C’est baiser la lèvre divine qui bénit avec la lèvre sanctifiée de l’affection. Oh! que nous ayons davantage la grâce de nous réjouir, davantage de cantiques du cœur, davantage de mélodie de l’âme!

Applique-toi à reconnaître que la source de tes grâces se trouve en celui-là seul qui est notre Chef. Imite le poulet qui, chaque fois qu’il boit au ruisseau, lève la tête vers le ciel, comme pour rendre grâces de chaque goutte. Si nous possédons quelque chose de louable et de gracieux, cela doit venir du Saint-Esprit, et cet Esprit est d’abord donné à Jésus, puis, par lui, à nous. L’huile fut d’abord répandue sur la tête d’Aaron, et de là elle descendit sur ses vêtements. Regarde les gouttes de grâce, et souviens-toi qu’elles découlent du Chef, Jésus-Christ. Tous tes rayons sont engendrés par ce Soleil de la justice, toutes tes pluies tombent de ce ciel, toutes tes sources jaillissent de cet abîme immense et insondable. Oh! que nous ayons la grâce de voir la main de Jésus sur chaque faveur! Ainsi la communion sera-t-elle exercée constamment et fermement. Que le grand Maître nous dirige sans cesse vers Jésus, en faisant des grâces de l’alliance les poteaux indicateurs de la route qui mène à lui. Heureux le croyant qui sait trouver la retraite secrète de son Bien-Aimé en suivant les traces de sa providence pleine d’amour: il y a là une sagesse que ne pourra jamais atteindre l’observateur superficiel qui ne voit que les causes secondes. Travaille, ô chrétien, à suivre jusqu’au bout chaque fil que la grâce de ton Maître te présente!

Travaille à garder le sentiment de ton entière dépendance à l’égard de son bon vouloir et de son bon plaisir pour la continuation de tes plus riches jouissances. N’essaie jamais de vivre de la vieille manne, et ne cherche pas de secours en Égypte. Tout doit venir de Jésus, sinon tu es perdu pour toujours. Les onctions d’autrefois ne suffiront pas à communiquer l’onction à notre esprit; il faut que ta tête reçoive une huile nouvelle, répandue de la corne d’or du sanctuaire, sinon elle perdra sa gloire. Aujourd’hui tu peux être sur le sommet de la montagne de Dieu; mais celui qui t’y a placé doit t’y garder, sinon tu descendras bien plus vite que tu ne l’imagines. Ta montagne ne demeure ferme que lorsqu’il l’affermit à sa place; s’il cache sa face, tu seras bientôt troublé. S’il plaisait au Sauveur, il n’est pas une seule fenêtre par laquelle tu vois la lumière du ciel qu’il ne puisse obscurcir en un instant. Josué commanda au soleil de s’arrêter, mais Jésus peut l’envelopper de ténèbres totales. Il peut retirer la joie de ton cœur, la lumière de tes yeux et la force de ta vie; tes consolations sont dans sa main, et à sa volonté elles peuvent s’éloigner de toi. Oh! qu’elle est riche, la grâce qui pourvoit à nos besoins si continuellement, et qui ne se retient pas à cause de notre ingratitude! Ô Seigneur Jésus, nous voulons nous prosterner à tes pieds, conscients de notre entière incapacité à rien faire sans toi, et, dans chaque faveur que nous avons le privilège de recevoir, nous voulons adorer ton nom béni et reconnaître ton amour inépuisé!

Quand tu as beaucoup reçu, admire la pleine suffisance qui demeure encore intacte; ainsi tu communieras avec Christ, non seulement dans ce que tu obtiens de lui, mais aussi dans la surabondance qui demeure en réserve en lui. Souvenons-nous toujours que donner n’appauvrit pas notre Seigneur. Lorsque les nuées, ces citernes errantes des cieux, ont versé des torrents sur la terre desséchée, il reste une abondance dans les réservoirs de la pluie: de même il y a toujours en Christ une provision sans limite, bien que les plus généreuses averses de grâce soient tombées depuis la fondation de la terre. Le soleil est aussi brillant que jamais après avoir tant brillé, et la mer est tout aussi pleine après que toutes les nuées y ont puisé: ainsi notre Seigneur Jésus est-il toujours la même source débordante de plénitude. Tout cela est à nous, et nous pouvons en faire le sujet d’une communion joyeuse. Viens, croyant, parcours le pays dans sa longueur et dans sa largeur, car aussi loin que l’œil peut atteindre, le pays est à toi, et bien au-delà des dernières limites de ton regard il est à toi aussi, don gracieux de ton gracieux Rédempteur et Ami. N’y a-t-il pas ici un vaste espace pour la communion?

Regarde chaque grâce spirituelle comme une assurance de la communion du Seigneur avec toi. Quand le jeune homme offre des joyaux à la vierge à laquelle il est fiancé, elle les regarde comme des gages du plaisir qu’il trouve en elle. Croyant, fais de même avec les précieux présents de ton Seigneur. Les bienfaits ordinaires de la providence sont partagés par tous les hommes, car le bon Père de famille pourvoit d’eau ses pourceaux aussi bien que ses enfants: ces choses ne sont donc pas une preuve de la complaisance divine. Mais toi, tu as une nourriture plus riche; « le pain des enfants » est dans ta besace, et l’héritage des justes t’est réservé. Regarde donc chaque mouvement de la grâce dans ton cœur comme un gage et un signe du mouvement du cœur de ton Sauveur vers toi. Son cœur tout entier se trouve dans les entrailles de chaque grâce qu’il t’envoie. Il a imprimé un baiser d’amour sur chaque don, et il veut que tu croies que chaque joyau de sa miséricorde est un gage de son amour sans bornes. Regarde ton adoption, ta justification et ta préservation comme de douces invitations à la communion. Que chaque note de la promesse résonne à tes oreilles comme le carillon des cloches de la maison de ton Seigneur, qui t’invitent à venir aux festins de son amour. Joseph envoya à son père des ânes chargés de ce qu’il y avait de meilleur en Égypte, et le bon vieux Jacob les regarda sans doute comme des gages de l’amour du cœur de son fils: garde-toi bien d’estimer moins les bontés de Jésus.

Applique-toi à connaître la valeur de ses faveurs. Ce ne sont pas des choses ordinaires, ni des joyaux de pacotille, ni de l’or de mosaïque: chacune d’elles est d’un si grand prix que, si l’on avait épuisé tous les trésors du ciel, en dehors de la précieuse offrande du Rédempteur, on n’aurait pu acheter même le moindre de ses bienfaits. Quand tu vois ton pardon, considère quel immense bienfait il renferme! Songe que l’enfer aurait été ta part éternelle si Christ ne t’avait arraché du feu! Quand il t’est donné de te voir revêtu de la justice imputée de Jésus, admire la profusion des choses précieuses dont ta robe est faite. Pense combien de fois l’Homme de douleur s’est fatigué à ce métier de l’obéissance sur lequel il a tissé ce vêtement incomparable; et compte, si tu le peux, combien de mondes de mérite ont été jetés dans l’étoffe à chaque passage de la navette! Souviens-toi que tous les anges du ciel n’auraient pu lui fournir un seul fil assez riche pour être tissé dans la trame de sa parfaite justice. Considère ce que coûte ton entretien pendant une heure; souviens-toi que tes besoins sont si grands que tous les greniers de grâce que tous les saints pourraient remplir ne sauraient te nourrir un seul instant.

Quelle personne coûteuse à entretenir tu es! Le roi Salomon pourvoyait merveilleusement à sa maison (1 Rois 4:22), mais tous ses bœufs et toute sa fleur de farine seraient comme une goutte d’un seau auprès de tes besoins quotidiens. Des torrents d’huile, et dix mille béliers ou bêtes grasses, ne suffiraient pas à pourvoir aux nécessités de ton âme affamée. Le moindre de tes besoins spirituels exige l’infini pour être satisfait; que doit donc être la somme prodigieuse de tes emprunts sans cesse renouvelés auprès de ton Seigneur! Lève-toi donc, et bénis ton Emmanuel plein d’amour pour les richesses inestimables dont il t’a doté. Vois quelle dot ton Époux a apportée à sa pauvre épouse sans le sou. Il connaît la valeur des bénédictions qu’il t’apporte, car il les a payées du sang le plus riche de son cœur; ne sois pas assez peu généreux pour les dédaigner comme si elles n’avaient que peu de valeur. Les pauvres connaissent mieux la valeur de l’argent que ceux qui ont toujours nagé dans l’abondance des richesses. Ta pauvreté d’autrefois ne devrait-elle pas t’apprendre combien est précieuse la grâce que Jésus te donne? Car souviens-toi qu’il fut un temps où tu aurais donné mille mondes, s’ils avaient été à toi, pour obtenir la moindre de ses abondantes grâces.

Souviens-toi combien il t’aurait été impossible de recevoir une seule bénédiction spirituelle si tu n’avais été en Jésus. L’amour de Dieu ne peut se fixer sur aucun membre de la race d’Adam, à moins qu’il ne soit vu en union avec son Fils. Aucune exception n’a jamais été faite à la malédiction universelle qui pèse sur ceux de la postérité du premier Adam qui n’ont point de part au second Adam. Christ est le seul Tsoar où les Lot de Dieu puissent trouver un abri contre la destruction de Sodome. Hors de lui, le souffle desséchant de la fournaise ardente de la colère de Dieu consume toute herbe verte, et ce n’est qu’en lui que l’âme peut vivre. Ainsi, quand la prairie est en feu, les hommes voient les cieux enveloppés de nappes de flammes, et ils fuient en toute hâte devant l’élément dévorant. Ils n’ont qu’une seule espérance. Il y a au loin un lac. Ils l’atteignent, ils s’y plongent, et ils sont sauvés. Bien que les cieux soient en fusion sous la chaleur, le soleil obscurci par la fumée, et la terre entièrement consumée par le feu, ils savent qu’ils sont en sûreté tant que l’onde rafraîchissante les enveloppe. Jésus-Christ est le seul refuge du pécheur poursuivi par la colère ardente de Dieu, et nous voudrions que le croyant s’en souvienne. Nos propres œuvres n’auraient jamais pu nous abriter, car elles se sont révélées n’être que des refuges de mensonge. Eussent-elles été mille fois plus nombreuses et meilleures, elles n’auraient été que comme la toile de l’araignée, trop fragile pour y suspendre des intérêts éternels. Il n’y avait qu’un seul nom, un seul sacrifice, un seul sang, par lequel nous pouvions échapper. Toutes les autres tentatives de salut furent un échec lamentable. Car, « quand même un homme pourrait faire couler de son corps, à coups de fouet, des fleuves de sang, et, dans l’oubli de lui-même, jeûner plus longtemps que Moïse ou Élie; quand même il userait ses genoux dans la prière et tiendrait ses yeux cloués sur le ciel; quand même il bâtirait des hôpitaux pour tous les pauvres de la terre et épuiserait les mines des Indes en aumônes; quand même il marcherait comme un ange de lumière et éblouirait les yeux de tous ceux qui le regardent par l’éclat d’une sainteté extérieure; bien plus (s’il était possible de le concevoir), quand même il vivrait mille ans dans une observation parfaite et perpétuelle de toute la loi de Dieu, si la seule exception à sa perfection était le plus petit écart de la loi, un tel homme ne pourrait pas plus comparaître devant le tribunal de la justice de Dieu que le chaume devant un feu dévorant. » Comment donc, avec tes péchés innombrables, aurais-tu pu échapper à la damnation de l’enfer, et bien moins encore recevoir des bienfaits si riches et si abondants? Bienheureuse fenêtre du ciel, doux Seigneur Jésus, que ton Église t’adore à jamais comme le seul canal par lequel les grâces peuvent couler jusqu’à elle. Mon âme, donne-lui une louange continuelle, car sans lui tu aurais été plus pauvre qu’un mendiant. Souviens-toi, ô héritier du ciel, que tu n’aurais pu avoir un seul rayon d’espérance, ni une seule parole de consolation, si tu n’avais été en union avec Jésus-Christ! Les miettes qui tombent de ta table sont plus que la grâce elle-même ne t’aurait donné, si tu n’avais été aimé et agréé en Jésus.

Tout ce que tu as, tu l’as en lui: en lui élu, en lui racheté, en lui justifié, en lui agréé. Tu es ressuscité en lui, mais sans lui tu serais mort de la seconde mort. Tu es en lui élevé dans les lieux célestes, mais hors de lui tu aurais été damné éternellement. Bénis-le donc. Demande aux anges de le bénir. Éveille tous les siècles à une harmonie de louange pour l’amour condescendant avec lequel il a pris de pauvres néants coupables dans l’unité de sa personne toute adorable. C’est là un moyen béni d’entretenir la communion, s’il plaît au Consolateur sacré de prendre de ce qui est à Christ et de nous le révéler comme étant à nous, mais à nous seulement en tant que nous sommes en lui. Trois fois béni Jésus, ne nous laisse jamais oublier que nous sommes membres de ton corps mystique, et que c’est pour cette raison que nous sommes bénis et préservés.

Médite les actes de grâce qui t’ont procuré tes bénédictions. Considère les pesants travaux que ton Seigneur a endurés pour toi, et les souffrances prodigieuses par lesquelles il a acquis les grâces qu’il accorde. Quelle langue humaine pourrait exprimer l’indicible détresse de son cœur, ou décrire ne serait-ce qu’une seule des angoisses qui se pressaient sur son âme? Combien moins une intelligence finie parviendra-t-elle à se faire une idée de la somme immense de sa douleur! Mais toutes ses souffrances étaient nécessaires pour ton bien, et sans elles pas une seule de tes innombrables grâces n’aurait pu t’être accordée. N’oublie pas que—

« Il n’est pas un don que sa main accorde

Qui n’ait coûté à son cœur un gémissement. »

Regarde le sol glacé de Gethsémané, et vois la sueur de sang qui a taché la terre! Tourne-toi vers la salle de Gabbatha, et vois la victime de la justice poursuivie par ses ennemis vociférants! Entre dans le corps de garde des prétoriens, et contemple les crachats et les cheveux arrachés! puis achève ta revue sur Golgotha, la montagne du jugement, où la mort mit le comble à ses tortures; et si, avec l’aide divine, il t’est donné d’entrer, dans quelque humble mesure, dans les profondeurs des souffrances de ton Seigneur, tu seras mieux préparé à entrer en communion avec lui la prochaine fois que tu recevras ses dons inestimables. Ta capacité de jouir de l’amour qui s’y concentre sera à la mesure du sentiment que tu auras de leur prix.

Par-dessus tout, et avant toute chose, n’oublie jamais que Christ est à toi. Au milieu de la profusion de ses dons, n’oublie jamais que le don suprême, c’est lui-même, et n’oublie pas que, après tout, ses dons ne sont que lui-même. Il te revêt, mais c’est de lui-même, de sa propre justice et de son propre caractère sans tache. Il te lave, mais c’est son être le plus intime, le sang de son propre cœur, qui est le flot dont déborde la source. Il te nourrit du pain du ciel, mais n’oublie pas que ce pain, c’est lui-même, son propre corps qu’il donne pour être la nourriture des âmes. Ne te contente jamais d’une communication moindre qu’un Christ tout entier. Une épouse ne se laissera pas payer d’entretien, de joyaux et de parures: tout cela ne sera rien pour elle, à moins qu’elle ne puisse appeler siens le cœur et la personne de son mari. C’est de l’agneau pascal que l’Israélite d’autrefois se nourrissait en cette nuit qui ne devait jamais être oubliée. Nourris-toi de même de Jésus, et de rien de moins que Jésus, car tout ce qui est moindre serait un aliment trop léger pour rassasier ton âme. Oh! prends garde à manger sa chair et à boire son sang, et à le recevoir ainsi en toi d’une manière réelle et spirituelle, car rien de moins ne sera la preuve de la vie éternelle dans ton âme!

Qu’ajouterons-nous encore aux règles que nous avons données ici? Il ne reste qu’une grande exhortation, qu’il ne faut pas omettre. Recherchez l’abondant secours du Saint-Esprit, afin qu’il vous rende capables de mettre en pratique ce que nous avons dit, car sans son aide tout ce que nous avons dit ne ferait que tourmenter le boiteux par des règles pour marcher, ou le mourant par des prescriptions pour conserver la santé. Ô divin Esprit, tandis que nous jouissons de la grâce de Jésus, conduis-nous dans la retraite secrète de notre Seigneur, afin que nous soupions avec lui, et lui avec nous, et accorde-nous à chaque heure la grâce de demeurer dans la compagnie de notre Seigneur du lever du soleil jusqu’à son couchant! Amen.

Page 1 / 1 · 30 min restantes dans le chapitre