Jusqu’à ce qu’il vienne
Âmes rachetées affranchies de la crainte

Chapitre 10 · 15 min de lecture

Âmes rachetées affranchies de la crainte

ENTRETIEN AVEC QUELQUES AMIS À MENTON. « Ne crains rien, car je t’ai racheté. » — Ésaïe 43:1.

ÂMES RACHETÉES AFFRANCHIES DE LA CRAINTE.

JE me lamentais ce matin sur mon incapacité à remplir ma tâche, et surtout à livrer le combat auquel je suis appelé. Un sentiment d’accablement s’empara de moi, mais le soulagement vint très vite, et j’en rends grâces au Seigneur. J’étais en effet lourdement chargé, mais le Seigneur m’a secouru. Le premier verset lu au culte du dimanche matin répondait exactement à mon cas. Il se trouve en Ésaïe 43:1: « Ainsi parle maintenant l’Éternel, qui t’a créé, ô Jacob! Celui qui t’a formé, ô Israël! Ne crains rien. » Je me suis dit: « Je suis tel que Dieu m’a créé, je suis tel qu’il m’a formé; je dois donc, après tout, être l’homme qu’il faut à la place où il m’a mis. » Nous ne pouvons blâmer notre Créateur, ni le soupçonner d’avoir manqué son but en façonnant un instrument pour son œuvre. Ainsi nous vient une consolation nouvelle. Ce ne sont pas seulement les opérations de la grâce dans le monde spirituel qui nous consolent: nous trouvons du réconfort jusque dans ce que le Seigneur a fait dans la création. Il nous est dit de cesser de craindre; et nous le faisons, puisque nous voyons que c’est l’Éternel qui nous a faits, et non pas nous-mêmes, et qu’il justifiera son propre art de Créateur en accomplissant par nous les desseins de son amour. Priez, je vous en supplie, pour moi, le plus faible des serviteurs de mon Seigneur, afin que je sois à la hauteur de la tâche écrasante qui m’est imposée.

La phrase suivante du chapitre est d’ordinaire la plus consolante pour mon âme, bien qu’en cette occasion-ci la première phrase m’ait été un cordial particulièrement vivifiant. Le verset poursuit:

« Ne crains rien, car je t’ai racheté. »

Arrêtons-nous quelques minutes sur la merveilleuse profondeur de consolation que renferme ce fait. Nous avons été rachetés par le Seigneur lui-même, et c’est là une puissante raison pour ne plus jamais être assujettis à la crainte. Oh! si la logique de ce fait pouvait passer dans la pratique, en sorte que désormais nous soyons dans la joie, ou du moins que nous goûtions la paix de Dieu!

Ces paroles peuvent s’entendre, tout d’abord, des nombreuses occasions où le Seigneur a racheté son peuple de la détresse. Maintes et maintes fois notre Seigneur pourrait dire à chacun de nous: « Je t’ai racheté. » De six, oui, de six mille épreuves, il nous a tirés par la droite de sa puissance. Il nous a délivrés de nos afflictions, et nous a fait sortir dans l’abondance. Au souvenir de toutes ces rédemptions, le Seigneur semble nous dire: « Ce que j’ai fait autrefois, je le ferai encore. Je t’ai racheté, et je te rachèterai encore. Je t’ai soustrait à la main de l’oppresseur; je t’ai délivré de la langue du calomniateur; je t’ai soutenu sous le fardeau de la pauvreté, et fortifié dans les douleurs de la maladie; et je puis encore faire de même: pourquoi donc crains-tu? Pourquoi aurais-tu peur, puisque déjà, tant et tant de fois, je t’ai racheté? Prends courage, et sois confiant; car jusqu’à la vieillesse, et jusqu’à la mort même, je continuerai d’être ton puissant Rédempteur. »

Je suppose qu’il y a ici une allusion à la grande rédemption hors d’Égypte. Cette parole s’adresse au peuple de Dieu captif à Babylone, et nous savons que le Seigneur pensait à la rédemption d’Égypte, car il dit au troisième verset: « Je donne l’Égypte pour ta rançon. » L’Égypte était un grand pays, et un pays riche, puisqu’il est parlé de « tous les trésors de l’Égypte »; mais Dieu les a donnés pour ses élus: il donnerait toutes les nations de la terre pour son Israël. Ce fut pour le peuple de Dieu un merveilleux appui: ils revenaient sans cesse à l’Égypte et à la mer Rouge, et ils en firent leur chant national. Dans tous ses temps de désastre, de calamité et d’épreuve, Israël se souvenait avec joie que le Seigneur l’avait racheté lorsqu’il n’était qu’une troupe d’esclaves, sans secours et sans espérance, sous un tyran qui jetait leurs premiers-nés dans le Nil, un tyran dont la puissance était si formidable que toutes les armées du monde n’auraient pu les arracher à sa main de fer. Aux yeux des habitants de l’Égypte, un simple signe de tête de Pharaon semblait tout-puissant; c’était un bâtisseur de pyramides, un maître de toutes les sciences de la paix et de tous les arts de la guerre. Que pouvaient les Israélites contre lui? L’Éternel vint à leur secours dans leur extrême détresse. Ses plaies se succédèrent coup sur coup. Les terribles salves de l’artillerie du Seigneur confondirent ses ennemis. Enfin il frappa tous les premiers-nés de l’Égypte, les prémices de toute leur vigueur. Alors l’Égypte se réjouit du départ d’Israël, et le Seigneur fit sortir son peuple avec de l’argent et de l’or. Toute la chevalerie de l’Égypte fut renversée et anéantie à la mer Rouge, et les tambourins des filles d’Israël retentirent joyeusement sur ses rivages. Cette rédemption hors d’Égypte est si remarquable qu’on en fait mémoire jusque dans le ciel. Le cantique de l’Ancien Testament s’entrelace à celui de la Nouvelle Alliance; car là-haut ils « chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’agneau ». La première rédemption fut une figure et une prophétie si merveilleuses de l’autre qu’elle n’altère en rien l’or de l’hymne de la gloire éternelle, mais se fond aisément dans le même chant céleste. D’autres figures pourront tomber dans l’oubli, mais celle-ci fut un fait autant qu’une figure, si bien qu’on en gardera le souvenir aux siècles des siècles. Tout Israélite aurait dû avoir confiance en Dieu après ce qu’il avait fait pour le peuple en le rachetant d’Égypte. Pour chacun des descendants de Jacob, c’était un puissant argument à l’appui du précepte: « Ne crains rien. »

Mais je pense que ces paroles visent principalement la rédemption qui a été accomplie pour nous par celui qui nous a aimés, et qui nous a délivrés de nos péchés par son sang. Arrêtons-nous-y une minute ou deux avant de rompre le pain et de boire à la coupe de la communion.

Le souvenir de cette rédemption qui surpasse tout devrait nous consoler en tout temps de perplexité. Quand nous ne voyons pas notre chemin, ou que nous ne savons que faire, nous n’avons pas à nous en troubler le moins du monde; car le Seigneur, l’Éternel, voit une issue à tout enchevêtrement. Il n’y eut jamais de problème aussi difficile à résoudre que celui auquel répond la rédemption. Voici quelle était la redoutable difficulté: comment Dieu peut-il être juste, et pourtant le Sauveur des pécheurs? Comment peut-il accomplir ses menaces, et néanmoins pardonner le péché? Si ce problème avait été laissé aux anges et aux hommes, ils n’auraient jamais pu le résoudre de toute l’éternité; mais Dieu l’a résolu en livrant librement son propre Fils. Dans le glorieux sacrifice de Jésus, nous voyons la justice de Dieu magnifiée; car il a mis le péché sur le Seigneur béni, qui s’était fait un avec ses élus. Jésus s’est identifié à son peuple, c’est pourquoi leur péché a été mis sur lui, et l’épée de l’Éternel s’est réveillée contre lui. Il n’a pas été pris arbitrairement pour victime: il a souffert de son plein gré. Son lien avec son peuple allait jusqu’à ne faire qu’un avec lui dans l’alliance, et « il fallait que le Christ souffrît ». Il y a là une sagesse qui doit suffire, et bien au-delà, à toutes les perplexités de moindre importance. Écoute donc ceci, ô pauvre âme dans l’incertitude! Le Seigneur dit: « Je t’ai racheté. Je t’ai déjà fait sortir du labyrinthe où le péché t’avait égaré; je te tirerai donc des mailles du filet de la tentation, et je te conduirai à travers le dédale de l’épreuve; je ferai marcher les aveugles sur un chemin qu’ils ne connaissent pas, je les conduirai par des sentiers qu’ils ignorent. Je les ramènerai de Basan, je les ramènerai du fond de la mer. » Remettons notre voie à l’Éternel. La mienne est particulièrement difficile, mais je sais que mon rédempteur est vivant, et il me conduira par le droit chemin. Il sera notre guide jusqu’à la mort; et après la mort, il nous guidera par les sentiers inconnus de cette région mystérieuse, et nous fera reposer avec lui pour toujours.

De même, s’il nous arrive d’être dans une grande pauvreté, ou fort à court de ressources pour l’œuvre du Seigneur, et de craindre, pour cette raison, que nos besoins ne soient jamais pourvus, rejetons ces craintes en écoutant la musique de ces paroles: « Ne crains rien, car je t’ai racheté. » Dieu lui-même a regardé du haut du ciel, et il a vu qu’il n’y avait pas un homme qui pût lui donner la rançon de son frère, et que chacun, pour sa part, était désespérément insolvable; et alors, malgré notre mendicité spirituelle, il a trouvé le moyen de notre rédemption. Et quoi donc? Écoutons l’usage que le Saint-Esprit fait de ce fait: « Lui, qui n’a point épargné son propre Fils, mais qui l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? » Nous ne pouvons avoir aucun besoin que le Seigneur ne comble. Puisque Dieu nous a donné Jésus, il nous donnera, non pas quelques choses, mais « toutes choses ». En vérité, toutes choses sont à nous en Jésus-Christ. Aucune nécessité de notre vie ne peut être comparée un seul instant à cette terrible nécessité à laquelle le Seigneur a déjà pourvu. Le don infini du propre Fils de Dieu est bien plus grand que tout ce que peut renfermer l’expression « toutes choses »: c’est donc un puissant argument pour le pauvre et l’indigent: « Ne crains rien, car je t’ai racheté. » La perplexité et la pauvreté trouvent ainsi une réponse efficace.

Nous sommes parfois troublés par le sentiment de notre insignifiance personnelle. Il nous semble trop beau d’espérer que la pensée infinie de Dieu s’occupe de nos humbles affaires. Bien que David ait dit: « Je suis pauvre et indigent; mais le Seigneur pense à moi », nous ne sommes pas toujours tout à fait prêts à en dire autant. Nous grossissons nos chagrins, dans la vaine idée qu’ils sont trop petits pour que le Seigneur y prenne garde. Je crois que nos plus grandes misères naissent de ces petits tracas que nous hésitons à porter à notre Père céleste. Notre Dieu plein de grâce met fin à toutes ces pensées en disant: « Ne crains rien, car je t’ai racheté. » Vous n’êtes pas d’aussi peu de prix que vous le supposez. Le Seigneur ne dépenserait jamais en pure perte un prix aussi sacré.

Il vous a achetés à un grand prix, c’est pourquoi il fait grand cas de vous. Écoutez ce que dit le Seigneur: « Parce que tu as du prix à mes yeux, parce que tu es honoré et que je t’aime, je donne des hommes à ta place, et des peuples pour ta vie. » Il est étonnant que le Seigneur fasse si grand cas de nous qu’il donne Jésus pour nous. « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui? » Et pourtant la pensée de Dieu est remplie de pensées d’amour envers l’homme. Ne savez-vous pas que son Fils unique est entré dans ce monde, et s’est fait homme? Jésus-Christ homme porte un nom devant lequel tout genou fléchira, et il est si cher au Père qu’à cause de lui ses élus sont agréés, et jouissent du plus libre accès auprès de lui. Nous chantons avec vérité:

« Si près, si tout près de Dieu,

Plus près nous ne saurions l’être,

Car dans la personne de son Fils

Nous sommes aussi près que lui. »

Et maintenant les cheveux mêmes de notre tête sont tous comptés, et nous pouvons remettre au Seigneur le moindre fardeau. Les soucis que nous ne devrions pas avoir peuvent bien cesser, car « il prend soin de nous ». Celui qui nous a rachetés ne nous oublie jamais: ses plaies nous ont gravés sur les paumes de ses mains, et ont écrit nos noms profondément dans son côté. Jésus s’abaisse à notre niveau, car il s’est abaissé jusqu’à porter la croix pour nous racheter. Ne craignez donc plus à cause de votre insignifiance. « Pourquoi dis-tu, Jacob, pourquoi dis-tu, Israël: Ma destinée est cachée devant l’Éternel, mon droit passe inaperçu devant mon Dieu? Ne le sais-tu pas? Ne l’as-tu pas appris? C’est le Dieu d’éternité, l’Éternel, qui a créé les extrémités de la terre; il ne se fatigue point, il ne se lasse point; on ne peut sonder son intelligence. Il donne de la force à celui qui est fatigué, et il augmente la vigueur de celui qui tombe en défaillance. » Le souvenir du Seigneur se tourne vers les petits d’Israël. Il porte les agneaux dans son sein.

Nous sommes enclins à nous inquiéter un peu quand nous pensons à notre instabilité. Si vous me ressemblez tant soit peu, vous êtes bien loin d’être toujours les mêmes; je suis parfois élevé jusqu’aux cieux, puis je descends dans les abîmes; tantôt je rayonne de joie et de confiance, tantôt je suis sombre comme minuit, plein de doutes et de craintes. Élie lui-même, si courageux, eut ses défaillances. Nous sommes à blâmer pour cela, et pourtant le fait demeure: notre expérience est comme un jour d’avril, où l’averse et le soleil alternent. Au milieu de nos tristes changements, nous nous réjouissons d’entendre la voix même du Seigneur qui dit: « Ne crains rien, car je t’ai racheté. » Tout n’est pas vague changeante; il y a quelque part un rocher. La rédemption est un fait accompli.

« La croix demeure ferme. Alléluia! »

Le prix est payé, la rançon acceptée. Cela est fait, et ne peut jamais être défait. Jésus dit: « Je t’ai racheté. » Un changement de sentiment intérieur ne change rien au fait que le croyant a été acheté à un grand prix, et qu’il est devenu la propriété du Seigneur par le sang précieux de Jésus. Le Seigneur Dieu a déjà tant fait pour nous que notre salut est assuré en Jésus-Christ. Commencerait-il à bâtir pour ne pas achever? Poserait-il le fondement dans l’alliance éternelle? Consacrerait-il les murailles par le sacrifice infini de l’Agneau de Dieu? Donnerait-il le trésor le plus précieux qu’il ait jamais eu, l’élu de Dieu, le précieux, pour en faire la pierre angulaire, et puis n’achèverait-il pas l’œuvre qu’il a commencée? C’est impossible. S’il nous a rachetés, il nous a, par cet acte même, donné le gage de toutes choses.

Voyez comme les dons de Dieu sont liés à cette rédemption. « Je t’ai racheté. Je t’ai appelé. » « Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l’image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères. Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés. » Voici une chaîne dont chaque anneau est joint à tous les autres, si bien qu’on ne peut l’en séparer. Si Dieu était seulement allé jusqu’à faire une promesse, il ne s’en serait pas dédit; s’il était allé jusqu’à jurer par lui-même, il n’aurait pas manqué de tenir son serment; mais puisqu’il est allé au-delà de la promesse et du serment, que la victime a été réellement immolée et l’alliance ratifiée, ce serait un blasphème d’imaginer qu’il puisse ensuite l’annuler, et revenir sur son gage solennel. Il n’y a pas de retour en arrière de la part de Dieu; par conséquent sa rédemption rachètera, et en rachetant elle nous assurera toutes choses. « Qui nous séparera de l’amour de Christ? » Avec la marque du sang sur nous, nous pouvons bien cesser de craindre. Comment pourrions-nous périr? Comment pourrions-nous être abandonnés à l’heure du besoin? Nous avons été achetés à un trop grand prix pour que notre Rédempteur nous laisse échapper. Marchons donc avec confiance, en entendant notre Rédempteur nous dire: « Si tu traverses les eaux, je serai avec toi; et les fleuves, ils ne te submergeront point; si tu marches dans le feu, tu ne te brûleras pas, et la flamme ne t’embrasera pas. » Au sujet de ses rachetés, le Seigneur dira à l’ennemi: « Ne touchez pas à mes oints, et ne faites pas de mal à mes prophètes! » Les étoiles, de leurs sentiers, combattent pour les rachetés du Seigneur. Si leurs yeux étaient ouverts, ils verraient la montagne pleine de chevaux et de chars de feu autour d’eux. Oh! combien mon cœur las chérit l’amour rédempteur! Sans lui, je me coucherais pour mourir. Des amis m’abandonnent, des ennemis m’environnent, je suis abreuvé de mépris, et torturé par une ruse que je ne puis déjouer; mais comme le Seigneur de toutes choses a ramené d’entre les morts le grand pasteur des brebis, par le sang d’une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus, ainsi, par le sang de son alliance, il délivre ses captifs, et soutient le cœur de ceux qui tremblent à sa parole. « Ô mon âme, tu as foulé aux pieds la force », car le Seigneur t’a dit: « Ne crains rien, car je t’ai racheté. »

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