Jusqu’à ce qu’il vienne
Le Bien-Aimé

Chapitre 7 · 27 min de lecture

Le Bien-Aimé

ALLOCUTION DE COMMUNION À MENTON.« Oui, il est tout aimable. » — Cantique des cantiques 5:16.

LE BIEN-AIMÉ.

L’ÂME qui vit dans l’intimité du Seigneur l’adore dans le parvis extérieur de la nature: elle y admire ses œuvres, et chaque pensée de ce que doit être celui qui les a toutes faites la ravit. Quand cette âme entre dans le cercle plus proche de l’inspiration et lit les paroles merveilleuses de Dieu, elle est plus ravie encore, et son admiration grandit. Dans la révélation, nous voyons le même Seigneur tout glorieux que dans la création, mais la vision est plus claire, et l’amour qui en découle est plus ardent.

La Parole est comme un parvis intérieur au regard de la Création; mais il y a encore un sanctuaire plus intime, et bienheureux ceux qui y entrent et ont communion avec le Seigneur lui-même. Nous venons à Christ, et en venant à lui, nous venons à Dieu; car Jésus dit: « Celui qui m’a vu a vu le Père. » Quand nous connaissons le Seigneur Jésus, nous nous tenons devant le propitiatoire, d’où resplendit la gloire de l’Éternel. J’aime à penser que notre texte appartient à ceux qui sont comme des sacrificateurs pour Dieu et se tiennent dans le lieu très saint, tandis qu’ils disent: « Oui, il est tout aimable. » Ses œuvres sont merveilleuses, ses paroles sont pleines de majesté, mais lui-même est tout aimable.

Pouvons-nous entrer dans ce cercle intérieur? Tous n’y entrent pas. Hélas! beaucoup sont loin de lui et aveugles à ses beautés. Il était « méprisé et abandonné des hommes », et il l’est encore. Ils ne voient pas Dieu dans ses œuvres, mais s’imaginent que ces merveilles sont le fruit d’une évolution, et non la création de la grande Cause première. Quant à ses paroles, elles leur semblent des contes, ou, au mieux, inspirées seulement au sens où l’est la langue de Shakespeare ou de Spenser. Ils ne voient pas le Seigneur dans les nefs majestueuses de la sainte Écriture, et n’ont aucune vision de lui-même. Que celui qui ouvre les yeux des aveugles ait pitié d’eux!

D’autres se trouvent dans une situation un peu plus heureuse, car ils cherchent Christ. Ils ressemblent à ceux qui, au neuvième verset du chapitre, demandaient: « Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, O la plus belle des femmes? Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, Pour que tu nous conjures ainsi? » Ils veulent savoir qui est ce Jésus. Mais ils ne l’ont pas encore vu, et ne peuvent se joindre à l’épouse pour dire: « Il est tout aimable. »

Si nous entrons dans ce cercle intérieur et sacré, il nous faut devenir des témoins, comme celle qui parle de Christ: « Oui, il est tout aimable. » Elle sait ce qu’il est, car elle l’a vu. Les versets qui précèdent notre texte décrivent chacun des traits de l’Époux céleste; tous ses membres y sont dépeints avec toute la richesse des images de l’Orient. L’épouse dit ce qu’elle sait. Nous aussi, avons-nous vu le Seigneur? Sommes-nous de ses familiers? S’il en est ainsi, que le Seigneur nous aide à comprendre notre texte!

Si nous voulons connaître toute la joie de ce texte, il nous faut venir à notre Seigneur comme ses intimes. Il nous accorde ce grand honneur, puisque, dans cette ordonnance, il fait de nous ses commensaux. Il dit: « Je ne vous appelle plus serviteurs… mais je vous ai appelés amis. » Il nous invite à manger le pain avec lui; oui, à nous nourrir de lui-même, en mangeant sa chair et en buvant son sang. Oh! puissions-nous passer au-delà des signes extérieurs, jusqu’à l’intimité la plus étroite avec lui-même! Peut-être, une fois chez vous, examinerez-vous la description que l’épouse fait de son Seigneur. C’est une merveilleuse tapisserie. Elle a tissé dans sa chaîne et dans sa trame tout ce qui est charmant, doux et précieux. En lui, elle voit toutes les belles couleurs: « Mon bien-aimé est blanc et vermeil. » Comparés à lui, tous les autres pâlissent, car il « se distingue entre dix mille » chefs. Elle ne peut le comparer à rien de moins précieux que « l’or pur ». Elle voit voler dans les airs des oiseaux de plumages divers, et il faut qu’ils lui viennent en aide, que ce soit le corbeau ou la colombe. Les ruisseaux, les parterres d’aromates et les lis d’où découle la myrrhe doivent entrer dans le tableau, avec les fleurs odorantes et les cèdres majestueux. Toutes sortes de trésors sont en lui; car il est semblable à des anneaux d’or garnis de chrysolithes, à de l’ivoire poli couvert de saphirs, à des colonnes de marbre posées sur des bases d’or pur. Elle s’efforce de décrire sa beauté et son excellence, et pousse toutes les comparaisons jusqu’à leur extrême limite, et même un peu au-delà; et pourtant elle sent qu’elle n’y parvient pas, et c’est pourquoi elle résume tout par cette phrase lapidaire: « Oui, il est tout aimable. »

Si le Saint-Esprit veut bien m’aider, j’aimerais soulever le voile, afin que, dans une sainte contemplation, nous puissions regarder notre Bien-Aimé.

I. Nous voudrions le faire, d’abord, avec des sentiments de respect. Dans les paroles qui sont devant nous, « Oui, il est tout aimable », deux sentiments se manifestent, à savoir l’admiration et l’affection.

C’est l’admiration qui parle de lui comme étant « tout aimable », c’est-à-dire d’une beauté accomplie. Cette admiration s’élève au plus haut degré. L’épouse voudrait montrer que son bien-aimé est plus que tout autre bien-aimé; c’est pourquoi elle s’écrie: « Il est tout aimable. » Assurément, nul autre n’a atteint ce point. Beaucoup sont aimables, mais nul, hormis Jésus, n’est « tout aimable ». Nous voyons chez l’un quelque chose d’aimable, et chez un autre un autre trait aimable; mais tout ce qui est aimable se rencontre en lui. Notre âme ne connaît rien qui puisse rivaliser avec lui: il rassemble en lui toutes les formes de la grâce pour en faire une seule grâce parfaite. Il est le sommet de la beauté, la couronne de la gloire, le comble de l’excellence.

Notre admiration pour lui est aussi sans réserve. L’épouse osa dire, même en présence des filles de Jérusalem, qui étaient quelque peu envieuses: « Oui, il est tout aimable. » Elles ne connaissaient pas encore ses perfections; elles demandaient même: « Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre? » Mais elle ne se laissa pas aveugler par leur manque de sympathie, et elle ne retint pas non plus son témoignage par crainte de leurs critiques. Pour elle, il était « tout aimable », et elle ne pouvait dire moins. Notre admiration pour Christ est telle que nous voudrions dire aux rois de la terre qu’ils n’ont aucune majesté en sa présence, dire aux sages que lui seul est la sagesse, et dire aux grands et aux puissants qu’il est le bienheureux et seul souverain, le roi des rois, et le Seigneur des seigneurs.

Notre admiration pour notre Seigneur est inexprimable. Nous ne pourrons jamais dire tout ce que nous savons de notre Seigneur; et pourtant tout ce que nous savons est peu de chose. Tout ce que nous savons, c’est que son amour surpasse toute connaissance, que son excellence confond l’intelligence, que sa gloire est indicible. Nous pouvons l’étreindre par notre amour, mais à peine pouvons-nous l’effleurer par notre intelligence, tant il est élevé, tant il est glorieux. Quant à le décrire, nous nous écrions avec M. Berridge:

« Alors ma langue voudrait dire

Tout son amour et ses attraits;

Mais je balbutie et ne sais dire

Que des mots brisés, bien imparfaits.

« Dépité, j’essaie encore et encore,

Et tous mes efforts restent vains;

Les langues des vivants sont muettes;

Pour parler du Christ, il faut mourir. »

« Il est tout aimable. » N’éprouvons-nous pas pour lui une admiration inexprimable? Nul n’est semblable à toi, ô Fils de Dieu!

Pourtant, notre sentiment dominant n’est pas l’admiration, mais l’affection. « Il est tout » — non pas beau, ni admirable — mais « aimable ». Toutes ses beautés sont des beautés aimantes envers nous, des beautés qui attirent nos cœurs vers lui dans un humble amour. Il nous charme, non par une froide beauté, mais par une grâce vivante qui gagne nos cœurs. La sienne est une beauté accessible, qui non seulement nous subjugue par sa gloire, mais nous tient captifs par ses charmes. Nous l’aimons: nous ne pouvons faire autrement, car « il est tout aimable ». Il porte en lui-même une flamme d’amour inextinguible, qui embrase notre âme. Il est tout amour, et tout l’amour du monde est moindre que le sien. Réunissez tous les amours des maris, des épouses, des parents, des enfants, des frères, des sœurs: ils ne font qu’une goutte auprès des grandes profondeurs de son amour, inexplorées et inexplorables. Cet amour qui est le sien a un merveilleux pouvoir de faire naître l’amour dans des cœurs sans attrait, et de le nourrir jusqu’à en faire une force puissante. C’est un torrent qui emporte tout sur son passage quand ses sources jaillissent dans l’âme. C’est un Gulf Stream où fondent tous les icebergs. Quand notre cœur est rempli d’amour pour Jésus, ce qu’il y a d’aimable en lui devient la passion de l’âme, et le péché et le moi sont balayés. Puissions-nous l’éprouver maintenant!

Le voilà: nous le reconnaissons à la couronne d’épines, aux blessures, et au visage plus défiguré que celui d’aucun homme! Il a souffert tout cela pour nous. Ô Fils de l’homme! Ô Fils de Dieu! Avec l’épouse, nous sentons, dans les profondeurs les plus intimes de notre âme, que tu es « tout aimable ».

II. Je voudrais maintenant soulever le voile une seconde fois, avec une profonde gravité, non pas tant pour éveiller des sentiments que pour vous donner une assurance réfléchie de ce fait: « il est tout aimable ». Nous le disons avec une certitude absolue. L’épouse place un « Oui » devant sa déclaration enthousiaste, parce qu’elle en est sûre. Elle voit son bien-aimé, et voit qu’il est tout aimable. Ce n’est ni une fiction, ni un rêve, ni un caprice de l’imagination, ni un élan de partialité. L’amour le plus ardent pour Christ ne nous fait pas dire plus que la vérité; nous sommes aussi raisonnables, quand nous sommes remplis d’amour pour lui, que nous l’avons jamais été de notre vie; bien plus, nous ne sommes jamais plus raisonnables que lorsque nous sommes entièrement ravis par une claire perception de son excellence suprême.

Méditons sur la preuve de notre affirmation. « Il est tout aimable » dans sa personne. Il est Dieu. La gloire de la divinité, je dois la laisser dans un humble silence. Pourtant notre Jésus est aussi homme, plus pleinement homme que quiconque est présent ici cet après-midi, car nous sommes anglais, américains, français, allemands, hollandais, russes; mais Christ est l’homme, le second Adam, le chef de la race: aussi véritablement qu’il est vrai Dieu de vrai Dieu, il est homme, de la substance de sa mère. Quelle union merveilleuse! Le miracle des miracles! Dans sa personne incomparable, il est tout aimable; car en lui nous voyons comment Dieu descend vers l’homme avec condescendance, et comment l’homme monte vers Dieu dans une étroite relation. Il n’y en a point d’autre semblable à lui, à tous égards, même dans le ciel: dans sa personne, il demeurera toujours unique, aux yeux de Dieu comme des hommes, « tout aimable ».

Quant à son caractère, le temps nous manquerait pour aborder ce vaste sujet; mais plus nous connaissons le caractère de notre Seigneur, et plus nous devenons semblables à lui, plus il nous paraîtra aimable. Sous tous ses aspects, il est aimable; dans toutes ses minuties et tous ses détails, il est parfait; et dans son ensemble, il est le modèle même de la perfection. Prenez n’importe laquelle de ses actions, examinez-en la manière, l’esprit, le motif, et tout ce qu’un examen au microscope peut révéler, et elle est « tout aimable ». Considérez sa vie dans son ensemble, dans ses rapports avec Dieu, avec les hommes, avec ses amis, avec ses ennemis, avec ceux qui l’entouraient, et avec les siècles à venir, et vous la trouverez absolument parfaite. Plus encore: il existe une perfection froide, à laquelle on ne peut trouver aucun défaut, et qui pourtant n’inspire aucun amour; mais en Christ, notre Bien-Aimé, chaque trait de son caractère attire. Pour un cœur sincère, la vie de Christ est un objet d’amour autant que de révérence: « Il est tout aimable. » Nous ne pouvons qu’aimer ce que nous voyons en lui: admiration n’est pas le mot. Quand de froids critiques font son éloge, leur louange est à moitié une insulte: que savent ces cœurs glacés de notre Bien-Aimé? Quant à une parole contre lui, elle nous blesse jusqu’à l’âme. Même l’omission de sa louange est pour nous une torture. Si nous entendons un sermon où Christ n’est pas, il nous lasse. Si nous lisons un livre qui contient une seule syllabe dédaigneuse à son égard, nous l’avons en horreur. Lui-même est maintenant devenu tout pour nous, et ce n’est que dans l’atmosphère d’un ardent amour pour lui que nous pouvons nous sentir chez nous.

Passons de son caractère à son sacrifice: c’est là surtout qu’« il est tout aimable ». Vous avez peut-être lu les « Lettres de Rutherford »; je l’espère. Qu’il écrit merveilleusement, lorsqu’il décrit son Seigneur dans des vêtements rougis par sa sueur de sang, et les mains ornées de ses blessures comme de joyaux! Quand nous contemplons son corps descendu de la croix, tout pâle et sans vie, et enveloppé dans les linceuls du tombeau, nous voyons en lui une étrange beauté. Il ne nous est jamais plus aimable que lorsque nous lisons, dans le blanc et le vermeil de notre Bien-Aimé, que son sacrifice est accompli, et qu’il s’est rendu obéissant jusqu’à la mort pour nous. En lui, en tant que sacrifice offert une fois pour toutes, nous voyons notre pardon, notre vie, notre ciel, notre tout. Christ est si aimable dans son sacrifice qu’il est à jamais très agréable au grand Juge de tous; oui, il est si aimable aux yeux de son Père qu’il nous rend, nous aussi, aimables à Dieu le Père, et que nous sommes « agréés dans le Bien-Aimé ». Son sacrifice a tant de mérite et de beauté aux yeux du ciel que Dieu a mis en lui toute son affection, et que des hommes coupables deviennent, en lui, agréables au Seigneur. Son sacrifice ne nous est-il pas infiniment doux? Ici, notre conscience coupable trouve la paix; ici, nous nous voyons rendus beaux de sa beauté. Nous ne pouvons nous tenir au Calvaire, voir le Sauveur mourir, et l’entendre s’écrier: « Tout est accompli », sans sentir qu’« il est tout aimable ». Pardonnez-moi de parler si froidement! Je n’ose entrer pleinement dans un sujet qui ouvrirait toutes les vannes de mon cœur.

Rappelez-vous ce qu’il était lorsqu’il sortit du tombeau le troisième jour. Oh! l’avoir vu dans la fraîcheur de sa beauté de ressuscité! Et que sera-t-il dans sa gloire, quand il reviendra une seconde fois, avec tous ses saints anges, quand il s’assiéra sur le trône de sa gloire, et que la terre et le ciel s’enfuiront devant sa face? Pour son peuple, il sera alors « tout aimable ». Les anges l’adoreront, les saints parvenus à la perfection tomberont sur leur face devant lui; et nous-mêmes, nous sentirons qu’enfin notre ciel est complet. Nous le verrons, et, semblables à lui, nous serons rassasiés.

Chaque trait de notre Seigneur est aimable. Vous ne pouvez penser à rien de ce qui le touche qui soit indigne de notre louange. Notre Seigneur est tout glorieux. L’épouse parle de sa tête, de ses boucles, de ses yeux, de ses joues, de ses lèvres, de ses mains, de ses jambes, de son aspect, de son palais; et quand elle les a tous nommés, elle les résume tous en disant: « Oui, il est tout aimable. »

Il n’y a rien en lui qui ne soit aimable. Certaines personnes seraient belles, n’était une blessure ou une meurtrissure; mais notre Bien-Aimé n’en est que plus aimable à cause de ses blessures: son visage défiguré en a vu ses attraits rehaussés. Ses cicatrices sont, pour la gloire et pour la beauté, les joyaux de notre Roi. Il est aimable pour nous, même par ce côté que d’autres redoutent: son froncement de sourcils lui-même porte une consolation pour ses saints, puisqu’il ne fronce les sourcils que contre le mal. Ses pieds mêmes, qui sont « semblables à de l’airain ardent, comme s’il eût été embrasé dans une fournaise », sont aimables à nos yeux à cause de lui; ce sont ses pauvres saints, durement éprouvés, mais capables d’endurer le feu. Tout ce qui est de Christ, tout ce qui participe de Christ, tout ce qui a le goût ou le parfum de Christ, est aimable pour nous.

Rien ne manque à ce qui le rend aimable. Certains seraient très aimables s’il y avait de l’éclat dans leurs yeux ou de la couleur sur leur visage: mais quelque chose fait défaut. L’absence d’une dent ou d’un sourcil peut gâter un visage; mais en Jésus-Christ aucune excellence n’est omise. Tout ce qui doit être en lui est en lui; tout ce que l’on peut concevoir de parfait se trouve en lui à la perfection.

En lui, rien n’est excessif. Bien des visages ont un trait trop accusé; mais dans le caractère de notre Seigneur tout est équilibré et proportionné. Jamais vous ne trouvez sa bonté amoindrissant sa sainteté, ni sa sainteté éclipsant sa sagesse, ni sa sagesse diminuant son courage, ni son courage nuisant à sa douceur. Tout ce qui doit être en notre Seigneur s’y trouve, et chaque chose dans la juste mesure. Comme des aromates rares, mêlés selon l’art du parfumeur, la personne entière de notre Seigneur, son caractère et son sacrifice sont comme un parfum d’agréable odeur pour le Seigneur.

Il n’y a pas non plus en notre Seigneur quoi que ce soit qui détonne avec le reste. En chacun de nous, il y a pour le moins un petit quelque chose qui n’est pas à sa place. On ne pourrait nous décrire entièrement sans employer un « mais ». Si nous pouvions tous regarder au-dedans de nous et nous voir comme Dieu nous voit, nous remarquerions mille choses que nous tolérons aujourd’hui et que nous ne permettrions plus jamais. Mais dans le Bien-Aimé tout est d’une seule pièce, tout est aimable; et quand on fait la somme du tout, on arrive à la perfection absolue de ce qui est aimable: « Oui, il est tout aimable. »

Nous sommes certains que le Seigneur Jésus doit être lui-même extrêmement aimable, puisqu’il rend aimable son peuple. Bien des saints sont aimables dans leur vie; on lit des biographies d’hommes et de femmes pieux qui nous donnent le désir de leur ressembler; et pourtant tout ce qui rend aimables les plus saints d’entre les hommes est venu de Jésus, leur Seigneur, et n’est qu’une copie de sa beauté parfaite. Ceux qui écrivent bien le font parce qu’il leur donne le modèle.

Chose plus étrange et plus merveilleuse encore, notre Seigneur Jésus rend les pécheurs aimables. Dans leur état naturel, les hommes sont difformes et hideux aux yeux de Dieu; et comme ils n’ont point d’amour pour Dieu, il ne prend point plaisir en eux. Il est las d’eux, et il est affligé d’avoir fait l’homme sur la terre. Le Seigneur s’irrite chaque jour contre le méchant. Pourtant, quand notre Seigneur Jésus intervient, qu’il couvre ces pécheurs de sa justice et qu’en même temps il leur communique sa vie, le Seigneur prend plaisir en eux à cause de son Fils. Même dans le ciel, l’Éternel infini ne voit rien qui lui plaise autant que son Fils. Le Père a aimé de toute éternité son Fils unique, et à maintes reprises il a dit de lui: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection. » Quel éloge plus élevé pourrait-on faire de lui?

Si nous avions le temps de méditer ce sujet, nous dirions de notre Seigneur qu’il est aimable dans chacune de ses fonctions. Il est le Prêtre, le Roi et le Prophète le plus admirable qui ait jamais exercé ces fonctions. Il est l’aimable Berger d’un troupeau choisi, un aimable Ami, un aimable Époux, un aimable Frère: il est admirable dans chaque position qu’il occupe à cause de nous.

Ce qui rend notre Seigneur aimable paraît en toute circonstance: dans la crèche ou dans le temple; près du puits ou sur la mer; dans le jardin ou sur la croix; dans le tombeau ou dans la résurrection; dans son premier ou dans son second avènement. Il n’est pas comme l’herbe, qui ne fleurit qu’en une seule saison; ni comme l’arbre, qui perd ses feuilles en hiver; ni comme la lune, qui croît et décroît; ni comme la mer, qui a son flux et son reflux. En toute circonstance et en tout temps, « il est tout aimable ».

Il est aimable, de quelque côté que nous le regardions. Que nous le considérions dans le passé, concluant en notre faveur une alliance de paix; ou dans le présent, se donnant à nous comme Intercesseur, Représentant et Précurseur; ou dans l’avenir, venant, régnant et glorifiant son peuple: « il est tout aimable ». Contemplez-le du haut du ciel, regardez-le depuis les portes de l’enfer, considérez-le quand il marche devant nous, levez les yeux vers lui quand il siège en haut: il est aussi beau d’un point de vue que de l’autre; « Oui, il est tout aimable. » Où que nous soyons, il est le même dans sa perfection. Qu’il était aimable à mes yeux quand je sombrais dans le désespoir! Le voir souffrir pour mon péché sur le bois, ce fut pour mon âme enténébrée comme l’ouverture des portes du matin. Qu’il est aimable pour nous quand nous sommes malades et que les heures de la nuit semblent s’allonger en journées! « Il inspire des chants d’allégresse pendant la nuit. » Qu’il a été aimable pour nous quand le monde nous a été hostile, que les amis nous ont abandonnés et que les biens de ce monde se sont faits rares! Voir « le roi dans sa magnificence » est un spectacle qui suffit, quand même nous ne verrions jamais d’autre rayon de consolation. Quel bonheur, quand nous serons couchés sur notre lit de mort, de l’entendre dire: « Je suis la résurrection et la vie »! Remarquez cette parole: il ne dit pas: « Je vous donnerai la résurrection et la vie », mais: « Je suis la résurrection et la vie. » Heureux les yeux qui peuvent voir en Jésus ce qui est réellement en lui. Quand nous pensons que nous le verrons tel qu’il est et que nous lui serons semblables, comme le ciel se rapproche de nous! Nous contemplerons bientôt la vision bienheureuse, dont il sera le centre et le soleil. À cette pensée, notre âme prend son essor et notre imagination s’élève dans les hauteurs, tandis que notre foi, d’un œil d’aigle, contemple la gloire. Quand nous pensons à ce temps bienheureux où nous serons pour toujours avec notre Bien-Aimé, nous sommes près de défaillir de joie. Il est proche, bien plus proche que nous ne le pensons.

III. Le peu de temps que nous pouvons consacrer à cette méditation est écoulé; aussi je me hâte de conclure. Je vous ai invités à regarder notre Seigneur comme « tout aimable », avec des sentiments de respect et avec une certitude absolue. Maintenant, pour conclure, pensez à lui en vue de résultats pratiques. « Il est tout aimable. » Que ferons-nous pour celui qui se distingue entre dix mille?

D’abord, nous parlerons de lui aux autres. C’est dans ce but que notre texte a été prononcé. Les filles de Jérusalem avaient demandé à l’épouse: « Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre? » Voici sa réponse: « Il est tout aimable. » C’est une grande joie de louer notre Seigneur devant des esprits qui s’interrogent. Nous qui sommes prédicateurs, nous vivons des heures glorieuses quand nous exaltons notre Seigneur. Si nous n’avions rien d’autre à faire que de prêcher Christ, sans discipline à exercer, sans péché à combattre, sans doutes à dissiper, notre service serait céleste. Pour ma part, je voudrais être obligé de ne jouer que sur cette seule corde. Paul fit bien lorsqu’il se fit ignorant et résolut de ne savoir parmi les Corinthiens autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. De même que la harpe d’Anacréon ne voulait résonner que d’amour, ainsi je voudrais n’avoir qu’un seul et unique sujet pour mon ministère: l’amour de mon Seigneur et ce qui le rend aimable. Alors parler serait à soi-même sa propre récompense, et étudier et préparer des discours ne serait qu’une autre forme de repos. Je voudrais que mon ministère tout entier parle de Christ et de ce qui le rend incomparablement aimable.

Vous qui n’êtes pas prédicateurs, vous ne sauriez mieux faire que de parler beaucoup de Jésus, selon que l’occasion s’en présente. Faites de lui le sujet de vos conversations. Les gens parlent des pasteurs; mais nous vous supplions de parler de notre Maître. Nos voisins indécis parlent sans cesse des hypocrites et de ceux qui professent la foi sans la vivre; mais nous voudrions leur dire: « Ne vous occupez pas de ses disciples: parlez du Maître lui-même. » Ses disciples, considérés en eux-mêmes, n’ont jamais valu vos paroles; mais quel sujet que celui-ci: « Il est tout aimable »! Le peuple de notre Seigneur vaut bien mieux que le monde ne le pense; pour ma part, je me réjouis des nombreux caractères pleins de grâce et de beauté que je rencontre; mais quand même tous les mauvais bruits que nous entendons seraient vrais, cela n’ôterait rien à ce qui rend aimable notre Seigneur, qui est infiniment au-dessus de toute louange.

Le résultat pratique suivant de la contemplation de ce qui rend aimable notre Seigneur béni, c’est que nous nous l’approprions, que nous le saisissons de nos deux mains, la foi et l’amour, et que nous faisons nôtre la suite du verset: « Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, Filles de Jérusalem! » Puisqu’il est si aimable, il faut qu’il soit « mon bien-aimé »; mon cœur s’attache à lui. Puisqu’il est admirable, je me réjouis qu’il soit « mon ami »; mon âme se confie en lui. Le cœur qui apprécie le plus Jésus est le plus avide de se l’approprier. Celui qui contemple Jésus comme « tout aimable » n’aura point de repos avant d’être tout à fait sûr que Jésus est tout à fait à lui. Je crois pouvoir ajouter que l’estime qu’on a pour lui est dans une large mesure le sceau de sa possession; car l’âme qui estime le plus Christ est l’âme qui a pris le plus sûrement possession de Christ. Parfois un cœur fait très grand cas du Seigneur et soupire après lui en tremblant; mais j’ai la conviction que le fait même de l’estimer ainsi prouve qu’on le possède en quelque mesure. Jésus ne gagne jamais un cœur auquel il refuse son amour. Si tu l’aimes, il t’aime: sois-en sûr. Jamais une âme ne s’écrie: « Oui, il est tout aimable », sans ajouter tôt ou tard: « Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami. »

Ne vous reposez pas, qui que vous soyez, avant de savoir avec certitude que Jésus est à vous. Ne vous contentez pas d’une espérance; efforcez-vous d’atteindre la pleine assurance de la foi. Elle peut être obtenue, et vous ne devez pas vous contenter de moins. Votre cantique pourra être, toute votre vie: « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. » Vous n’avez pas besoin de languir dans l’ombre: le soleil brille, « marchez dans la lumière ». Loin de nous l’idée que nous ne pouvons savoir si nous sommes condamnés ou pardonnés, en Christ ou hors de lui! Nous pouvons savoir, nous devons savoir; et, dans la mesure où nous apprécions notre Seigneur, nous saurons. Ou bien Jésus est à nous, ou bien il ne l’est pas. S’il l’est, réjouissons-nous de ce trésor inestimable. S’il n’est pas à nous, saisissons-le tout de suite par la foi; car, dès l’instant où nous nous confions en lui, il est à nous. La joie de la religion réside dans l’assurance: une simple espérance est une maigre nourriture.

Encore un mot: c’est un beau fruit de notre joie en notre Seigneur que l’estime que nous avons pour lui devienne un lien d’union entre nous et les autres. L’épouse s’écrie: « Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, Filles de Jérusalem! » et elles répondent: « Où est allé ton bien-aimé, O la plus belle des femmes? De quel côté ton bien-aimé s’est-il dirigé? Nous le chercherons avec toi. » Ainsi, vous le voyez, elles lient compagnie par le moyen du Bien-Aimé. Peu d’entre nous, dans cette salle, se seraient jamais connus, n’eût été notre commune admiration pour le Seigneur Jésus. Nous aurions continué jusqu’à ce jour à nous croiser au bord de la mer, et nous aurions été privés de bien des heures de communion réconfortante. Notre Seigneur est devenu notre centre; nous nous rencontrons en lui, et nous sentons qu’en lui nous participons à une même vie. Nous cherchons ensemble notre Bien-Aimé, et autour de sa table nous le trouvons ensemble; et, en le trouvant, nous nous sommes trouvés les uns les autres, et le joyau perdu de l’amour chrétien brille sur chaque poitrine. Nous avons des vues différentes sur certaines parties de la vérité divine; et je ne sais s’il est mal pour nous de différer là où le Saint-Esprit a laissé la vérité sans la définir rigoureusement. Chacun de nous est tenu d’user pieusement de son jugement dans l’interprétation de la Parole sacrée; mais nous nous accordons tous en ce seul jugement clair: « Oui, il est tout aimable. » Voilà le point d’union. Ceux qui aiment avec ardeur la même personne sont en voie de s’aimer les uns les autres. C’est de plus en plus notre cas; et il en est de même pour tous les hommes spirituels. Ceux qui professent se querellent, mais ceux qui possèdent sont un. Nous entendons beaucoup discourir sur « l’unité de l’Église » comme sur une chose à désirer, et nous pouvons y souscrire de tout cœur; mais il serait bon de se rappeler aussi que dans la véritable Église de Christ l’union réelle existe déjà. Notre Seigneur a prié pour ceux que le Père lui avait donnés, afin qu’ils soient un, et le Père a exaucé cette prière: le propre peuple du Seigneur est un. Dans cette salle, nous avons un exemple de l’étroitesse de notre union en Christ. Quelques-uns d’entre vous se sentent plus chez eux dans cette assemblée, tirée de toutes les Églises, que dans les Églises auxquelles ils appartiennent de nom. Notre union en un seul corps comme épiscopaliens, baptistes, presbytériens ou indépendants n’est pas ce pour quoi notre Seigneur a prié; c’est notre union en lui-même. Cette union, nous en jouissons en ce moment même; et c’est pourquoi nous mangeons d’un seul pain, nous buvons d’une seule coupe, et nous sommes baptisés dans un seul Esprit, aux pieds de celui qui, pour chacun de nous et ainsi pour nous tous, est tout aimable.

« Blanc et vermeil est mon Bien-Aimé,

Toutes ses beautés célestes brillent;

La nature ne peut rien produire

D’aussi glorieux, d’aussi divin;

Il a tout entier

Ravi mon âme aux régions d’en haut.

« Adieu, vous toutes, viles créatures,

Car en lui sont tous les trésors;

Richesse, amis ou beauté chérie

Ne m’attireront plus jamais;

En mon Sauveur

J’ai trouvé un tout glorieux. »

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