Jusqu’à ce qu’il vienne
Aromates des montagnes de la myrrhe

Chapitre 6 · 32 min de lecture

Aromates des montagnes de la myrrhe

AROMATES DES MONTAGNES DE LA MYRRHE.« Tu es toute belle, mon amie, Et il n’y a point en toi de défaut. »—Cantique des cantiques 4:7.

AROMATES DES MONTAGNES DE LA MYRRHE.

QUE ces paroles sont merveilleuses! « Tu es toute belle, mon amie, Et il n’y a point en toi de défaut. » Le glorieux Époux est charmé de son épouse, et il chante de doux cantiques d’admiration. Que l’épouse exalte son Seigneur, il n’y a là rien d’étonnant, car il le mérite bien, et en lui la louange trouve toute sa place sans que la flatterie soit possible. Mais celui qui est plus sage que Salomon daigne-t-il louer cette Sulamite brunie par le soleil? Il en est bien ainsi, car ce sont ses propres paroles, et elles sont sorties de ses propres lèvres si douces. Non, n’en doutez pas, ô jeune croyant, car nous avons d’autres merveilles encore à vous révéler! Il y a dans les choses célestes des profondeurs plus grandes que vous n’avez jusqu’ici osé l’espérer. Non seulement l’Église est toute belle aux yeux de son Bien-Aimé, mais, en un sens, elle l’a toujours été.

« Dans son décret, il vit ses traits;

Toute belle à ses yeux elle parut,

Présentée par le Nom éternel,

Fiancée dans l’amour, et sans reproche.

« Non telle qu’en la chute d’Adam,

Quand faute et ruine couvraient tout;

Mais telle qu’elle sera un jour,

Plus belle que l’éclat du plein midi. »

Il prenait en elle ses délices avant qu’elle eût une existence naturelle ou spirituelle, et dès le commencement il pouvait dire: « Trouvant mon bonheur parmi les fils de l’homme. » (Proverbes 8:31.) Ayant pris l’engagement, par alliance, d’être le Garant des élus, et ayant résolu d’accomplir chacune des clauses de cette alliance, il se plaisait, de toute éternité, à contempler l’acquisition de son sang, et se réjouissait de voir son Église, dans le dessein et dans le décret, comme déjà délivrée du péché par lui, et élevée à la gloire et au bonheur.

« Ô grâce glorieuse, plan mystérieux

Trop grand pour qu’un ange le sonde,

Nos pensées se perdent, nos chants défaillent;

Salut, amour rédempteur, salut! »

Maintenant, avec joie et allégresse, abordons ce sujet: les délices que Christ trouve en son Église, telles que les déclare celui que l’Esprit a scellé dans nos cœurs comme le témoin fidèle et véritable.

Notre premier bouquet de myrrhe repose dans la main ouverte du texte.

I. Christ a une haute estime pour son Église. Il n’admire pas aveuglément ses fautes, et ne se les cache pas même à lui-même. Il connaît son péché, dans toute l’énormité de sa culpabilité et tout le châtiment qu’il mérite. Ce péché, il ne craint pas de le reprendre. Ses propres paroles sont: « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime. » (Apocalypse 3:19.) Il a le péché en horreur chez elle autant que dans le monde impie, et même davantage, car il voit en elle un mal qui ne se trouve pas dans les transgressions des autres: le péché contre l’amour et contre la grâce. Elle est noire à ses propres yeux; combien plus aux yeux de son Seigneur qui sait tout! Et pourtant la parole est là, écrite sous l’inspiration du Saint-Esprit et sortie des lèvres de l’Époux: « Tu es toute belle, mon amie, Et il n’y a point en toi de défaut. » Comment donc cela se peut-il? N’est-ce qu’une exagération de l’amour, un cantique d’enthousiasme, que la main sobre de la vérité devrait dépouiller de ses fables ardentes? Oh, non! Le Roi est plein d’amour, mais il n’en est pas vaincu au point d’oublier sa raison. Ces paroles sont vraies, et il veut que nous les comprenions comme l’expression sincère de son jugement impartial, rendu après qu’il l’a patiemment examinée en chacune de ses parties. Il ne voudrait pas que nous en retranchions rien, mais que nous estimions l’or de son opinion à l’éclat étincelant de ses expressions; aussi, afin qu’il n’y ait aucune méprise, l’affirme-t-il positivement: « Tu es toute belle, mon amie », et le confirme-t-il par une négation: « il n’y a point en toi de défaut. »

Quand il parle positivement, que son admiration est entière! Elle est « belle », mais ce n’est pas là une description complète; il la dit « toute belle ». Il la voit en lui-même, lavée dans son sang qui expie le péché, et revêtue de sa justice méritoire, et il la juge pleine d’agrément et de beauté. Rien d’étonnant à cela, puisque ce ne sont que ses propres perfections qu’il admire: la sainteté, la gloire et la perfection de son Église sont ses propres vêtements posés sur les épaules de sa propre épouse bien-aimée, et elle est « os de ses os et chair de sa chair ». Elle n’est pas simplement pure, ou bien proportionnée; elle est positivement aimable et belle! Elle possède un mérite réel! Les difformités du péché lui ont été ôtées; mais plus encore, elle a obtenu par son Seigneur une justice méritoire par laquelle une beauté réelle lui est conférée. Les croyants reçoivent une justice positive lorsqu’ils deviennent « agréés dans le Bien-Aimé ». (Éphésiens 1:6.)

L’Église n’est pas non plus simplement aimable; elle l’est au suprême degré. Son Seigneur l’appelle: « ô la plus belle des femmes ». (Cantique des cantiques 1:8.) Elle a une valeur et une excellence réelles que toute la noblesse et toute la royauté du monde ne sauraient égaler. Si Jésus pouvait échanger son épouse élue contre toutes les reines et impératrices de la terre, ou même contre les anges du ciel, il ne le ferait pas, car il la place en tout premier lieu: « la plus belle des femmes ». Et ce n’est pas là une opinion dont il ait honte, car il invite tous les hommes à l’entendre. Il la fait précéder d’un « voici », signe particulier d’exclamation, qui invite et arrête l’attention. « Voici, tu es belle, mon amie; voici, tu es belle. » (Cantique des cantiques 4:1.) Son opinion, il la publie partout dès maintenant, et un jour, du trône de sa gloire, il en proclamera la vérité devant l’univers assemblé. « Venez, vous qui êtes bénis de mon Père » (Matthieu 25:34), telle sera son affirmation solennelle de la beauté de ses élus.

Remarquons bien les déclarations répétées de son approbation.

« Voici, tu es belle! voici, tu es belle!

Deux fois belle, je le dis;

Ma justice et mes grâces sont

Ta double et brillante parure.

« Mais puisque ta foi peine à croire

Ma beauté mise sur toi;

Voici! voici! qu’on le sache deux fois:

Tu es toute belle pour moi! »

Il revient à son sujet, contemple une seconde fois ces yeux de colombe qui sont les siens, et écoute ses lèvres qui distillent le miel. Il ne lui suffit pas de dire: « Voici, tu es belle, mon amie »; il fait tinter de nouveau cette cloche d’or, et chante encore, et encore: « Voici, tu es belle. »

Après avoir parcouru toute sa personne avec un ravissement plein de délices, il ne peut être satisfait qu’il ne lui ait jeté un second regard et n’ait recompté ses beautés. Ne faisant guère de différence entre sa première description et la dernière, il y ajoute des expressions d’amour extraordinaires pour manifester son plaisir accru. « Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa, Agréable comme Jérusalem, Mais terrible comme des troupes sous leurs bannières. Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent. Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres, Suspendues aux flancs de Galaad. Tes dents sont comme un troupeau de brebis, Qui remontent de l’abreuvoir; Toutes portent des jumeaux, Aucune d’elles n’est stérile. Ta joue est comme une moitié de grenade, Derrière ton voile. . . . Une seule est ma colombe, ma parfaite; Elle est l’unique de sa mère, La préférée de celle qui lui donna le jour. » (Cantique des cantiques 6:4-7, 9.)

La beauté qu’il admire est universelle: il est aussi enchanté de ses joues que de son sein. Tous ses offices, toutes ses pures dévotions, tous ses labeurs ardents, toutes ses souffrances constantes sont précieux à son cœur. Elle est « toute belle ». Son ministère, sa psalmodie, ses intercessions, ses aumônes, ses veilles, tout lui est admirable, lorsque cela s’accomplit dans l’Esprit. Sa foi, son amour, sa patience, son zèle sont également à ses yeux comme des « rangées de perles » et des « colliers ». (Cantique des cantiques 1:10.) Il l’aime et l’admire partout. Dans la maison de servitude ou dans le pays de Canaan, elle est toujours belle. Au sommet du Liban, son cœur est ravi par l’un de ses regards, et dans les champs et les villages il reçoit avec joie son amour. Il l’estime plus que l’or et l’argent aux jours où il se manifeste dans sa grâce, mais il ne l’apprécie pas moins lorsqu’il se retire; car c’est aussitôt après avoir dit: « Avant que le jour se rafraîchisse, Et que les ombres fuient, J’irai à la montagne de la myrrhe Et à la colline de l’encens » (Cantique des cantiques 4:6), qu’il s’écrie, dans les paroles de notre texte: « Tu es toute belle, mon amie. » En toute saison, les croyants sont tout près du cœur du Seigneur Jésus; ils sont toujours comme la prunelle de son œil et le joyau de sa couronne. Notre nom est toujours sur son pectoral, et nos personnes sont toujours présentes à son souvenir plein de grâce. Il ne fait jamais peu de cas de son peuple; et assurément, dans toute l’étendue de sa Parole, il n’y a pas une syllabe qui ressemble à du mépris envers lui. Ils sont le trésor de choix et la part particulière du Seigneur des armées; et quel roi dédaignera son propre héritage? Quel mari aimant méprisera sa propre femme? Que d’autres appellent l’Église comme il leur plaira, Jésus ne chancelle pas dans son amour pour elle, et ne varie pas dans son jugement sur elle, car il s’écrie encore: « Que tu es belle, que tu es agréable, O mon amour, au milieu des délices! » (Cantique des cantiques 7:7.)

Souvenons-nous que celui qui déclare l’Église, et chaque croyant en particulier, « toute belle », n’est autre que le glorieux Fils de Dieu, qui est « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Sa déclaration est donc décisive, puisque c’est l’infaillibilité qui l’a prononcée. Il ne peut y avoir d’erreur là où Jéhovah, qui voit tout, est le Juge. S’il l’a déclarée incomparablement belle, elle l’est, sans aucun doute; et bien qu’il soit difficile à notre pauvre foi chétive de le recevoir, c’est néanmoins une vérité aussi divine que n’importe laquelle des doctrines incontestées de la révélation.

L’ayant ainsi déclarée positivement pleine de beauté, il confirme maintenant sa louange par une précieuse négation: « Il n’y a point en toi de défaut. » Comme s’il était venu à la pensée de l’Époux que le monde chicaneur insinuerait qu’il n’avait mentionné que ses traits gracieux, en omettant à dessein ceux qui étaient difformes ou souillés, il résume tout en la déclarant universellement et entièrement belle, et absolument sans tache. Un défaut, une simple tache, peut vite être ôté, et c’est la moindre chose qui puisse gâter la beauté; mais même de cette petite imperfection l’Église est délivrée aux yeux de son Seigneur. S’il avait dit qu’il n’y a en elle aucune cicatrice hideuse, aucune difformité horrible, aucun ulcère immonde, nous aurions pu déjà nous en émerveiller; mais lorsqu’il atteste qu’elle est exempte du moindre défaut, toutes ces choses y sont comprises, et la profondeur de l’émerveillement s’en accroît. S’il avait seulement promis d’ôter tous ses défauts, nous aurions eu une raison éternelle de nous réjouir; mais lorsqu’il en parle comme d’une chose déjà faite, qui peut retenir les plus intenses émotions de contentement et de délices? Ô mon âme, voici pour toi de la moelle et de la graisse; rassasie-toi, et réjouis-toi abondamment!

Le Christ Jésus n’a aucun grief contre son épouse. Elle s’éloigne souvent de lui et attriste son Saint-Esprit, mais il ne permet pas que ses fautes atteignent son amour. Il la reprend parfois, mais toujours de la manière la plus tendre, avec les intentions les plus bienveillantes: même alors, c’est encore « mon amie ». Il ne garde aucun souvenir de nos folies, il ne nourrit contre nous aucune mauvaise pensée, mais il pardonne, et il aime aussi bien après l’offense qu’avant. Heureusement pour nous qu’il en est ainsi, car si Jésus gardait le souvenir des torts comme nous le faisons, comment pourrait-il communier avec nous? Bien des fois un croyant se fâchera contre le Seigneur pour quelque léger détour de la providence; mais notre précieux Époux connaît trop bien nos cœurs insensés pour s’offenser de nos mauvaises manières.

S’il se laissait irriter aussi facilement que nous, lequel d’entre nous pourrait espérer un regard bienveillant ou une salutation affectueuse? Mais il est « prêt à pardonner » et « lent à la colère ». (Néhémie 9:17.) Il est comme les fils de Noé: il marche à reculons et jette un manteau sur notre nudité; ou bien nous pouvons le comparer à Apelle qui, peignant Alexandre, posa le doigt sur la cicatrice de sa joue, afin qu’elle ne se vît pas sur le tableau. « Il n’aperçoit point d’iniquité en Jacob, Il ne voit point d’injustice en Israël » (Nombres 23:21); c’est pourquoi il peut communier avec les fils des hommes, tout égarés qu’ils sont.

Mais la question revient: comment cela se peut-il? Peut-on l’expliquer sans heurter ce fait si évident que le péché demeure même dans le cœur des régénérés? Nos propres lamentations quotidiennes sur le péché admettent-elles quoi que ce soit qui ressemble à une perfection déjà atteinte? Le Seigneur Jésus le dit, et c’est donc vrai; mais en quel sens faut-il l’entendre? Comment sommes-nous « tout beaux », alors que nous sentons nous-mêmes que nous sommes noirs, parce que c’est le soleil qui nous a brûlés? (Cantique des cantiques 1:6.) La réponse est toute prête, si nous considérons l’analogie de la foi.

1. Pour ce qui est de la justification, les saints sont complets et sans péché. Comme le dit Durham, ces paroles sont prononcées « à l’égard de l’imputation de la justice de Christ, dont ils sont parés et qu’ils ont revêtue, ce qui les rend très glorieux et très aimables, de sorte qu’ils sont beaux par-dessus tous les autres, grâce à sa beauté mise sur eux ».

Et le docteur Gill exprime excellemment la même idée lorsqu’il écrit: « bien que tout péché soit vu de Dieu, in articulo providentiae, en matière de providence, où rien n’échappe à son œil qui voit tout, cependant, in articulo iustificationis, en matière de justification, il ne voit aucun péché en son peuple, de manière à le lui imputer ou à le condamner pour cela; car ils se tiennent tous “saints, irrépréhensibles et sans reproche” devant lui. » (Colossiens 1:22.) Le sang de Jésus ôte toute tache, et sa justice confère une beauté parfaite; c’est pourquoi, dans le Bien-Aimé, le vrai croyant est, à cette heure même, aussi pleinement accepté et approuvé aux yeux de Dieu qu’il le sera lorsqu’il se tiendra devant le trône, dans le ciel. La beauté de la justification est dans sa plénitude dès l’instant où une âme est reçue par la foi dans le Seigneur Jésus. C’est là une justice si transcendante que nul ne saurait en exagérer le glorieux mérite. Puisque cette justice est celle de Jésus, le Fils de Dieu, elle est donc divine, et elle est, en vérité, la sainteté de Dieu; aussi Kent n’a-t-il pas été trop audacieux lorsque, dans un hardi élan de ravissement, il a chanté:

« En ton Garant tu es libre,

Ses chères mains pour toi percées;

De sa robe sans tache revêtu,

Saint comme le Saint lui-même.

« Ô hauteurs, profondeurs de grâce,

Brillant d’un éclat de plein midi;

Ici les saintes pages montrent

Des pécheurs noirs, mais beaux aussi! »

2. Mais peut-être vaut-il mieux entendre ces paroles comme se rapportant au dessein de Christ à leur égard. Il se propose de les présenter « sans tache, ni ride, ni rien de semblable ». (Éphésiens 5:27.) Ils seront saints, irrépréhensibles et sans reproche aux yeux du Dieu qui sait tout. Dans cette perspective, l’Église est considérée comme étant virtuellement ce qu’elle sera bientôt effectivement. Et ce n’est pas là une manière frivole d’anticiper son excellence; car qu’on se souvienne toujours que le Représentant, en qui elle est acceptée, est effectivement complet en toutes perfections et en toutes gloires en ce moment même. Comme le Chef du corps est déjà sans péché, n’étant autre que le Seigneur venu du ciel, il est tout à fait convenable que le corps entier soit déclaré gracieux et beau par la gloire du Chef. Le fait de sa perfection future est si certain qu’on en parle comme s’il était déjà accompli; et en vérité il l’est dans la pensée de celui pour qui mille ans ne sont que comme un jour. « Christ interprète souvent un croyant sincère d’après son propre cœur, son propos et son dessein; et à cet égard, les croyants reçoivent bien des titres qui ne conviendraient pas autrement à leur condition présente. » (Durham.) Magnifions le nom de notre Jésus, qui nous aime tant qu’il franchira d’un bond les années qui nous séparent du terme de notre pèlerinage, afin de nous donner dès maintenant la louange qui semble ne convenir qu’à la perfection du Paradis. Comme le chante Erskine:

« Mon amie, tu parais un ver odieux:

Mais telles sont tes beautés,

Que je n’ai dit que moitié de tes charmes;

Tu es toute belle pour moi.

« Toute justifiée, en parfaite parure;

Ni la justice, ni la loi

Ne peuvent en ta robe de justice

Discerner le moindre défaut.

« Oui, sanctifiée en chaque part,

Tu es parfaite dans le dessein:

Et je te juge par ce que tu es

Dans ton intention et la mienne.

« Belle amie, par grâce accomplie en moi,

Plus que toutes les belles épouses;

Chaque tache qui jamais te souilla,

Ma robe de pourpre la cache. »

II. L’admiration de notre Seigneur est adoucie par l’amour. Il appelle l’épouse « mon amie ». Les jeunes filles l’appelaient « la plus belle des femmes »; elles voyaient et admiraient, mais il était réservé à son Seigneur de l’aimer. Qui peut dire pleinement l’excellence de son amour? Oh, comme son cœur se porte vers ses rachetés! Quant à l’amour de David et de Jonathan, il est de loin surpassé en Christ. Jamais époux tendre ne fut aussi épris que lui. Aucune image ne peut pleinement exprimer l’affection de son cœur, car elle surpasse tout l’amour dont homme ou femme ait jamais entendu parler ou qu’ils aient jamais conçu. Notre bienheureux Seigneur lui-même, lorsqu’il voulut en déclarer la grandeur, fut contraint de comparer une chose inconcevable à une autre, afin d’exprimer sa propre pensée. « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aussi aimés. » (Jean 15:9.) Toute l’éternité, toute la ferveur, toute l’immutabilité et toute l’infinité qui se trouvent dans l’amour de Jéhovah le Père envers Jéhovah-Jésus le Fils sont reproduites à la lettre dans l’amour du Seigneur Jésus envers ses élus. Avant la fondation du monde il a aimé son peuple, dans toutes leurs errances il les a aimés, et jusqu’à la fin il demeurera dans son amour. (Jean 13:1.) Il leur a donné la meilleure preuve de son affection en se donnant lui-même pour mourir pour leurs péchés, et il leur a révélé un pardon complet comme fruit de sa mort. La manière volontaire dont il est mort confirme encore son amour sans bornes. Comme Christ prenait plaisir à l’œuvre de notre rédemption! « Voici, je viens Avec le rouleau du livre écrit pour moi. Je prends plaisir à faire ta volonté, mon Dieu! » (Psaumes 40:8-9.) Lorsqu’il vint dans le monde pour sacrifier sa vie pour nous, ce fut une offrande volontaire. « Il est un baptême dont je dois être baptisé. » (Luc 12:50.) Christ devait être, pour ainsi dire, baptisé dans son propre sang, et comme il avait soif de cette heure! « Combien il me tarde qu’il soit accompli! » Il n’y eut aucune hésitation, aucun désir d’être délié de son engagement. Il alla à sa crucifixion sans jamais s’arrêter en chemin pour délibérer s’il devait achever son sacrifice. La masse prodigieuse de notre effroyable dette, il la paya d’un seul coup, sans demander ni délai ni réduction. Dès le moment où il dit: « Que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22:42), sa course fut rapide et sans détour, comme s’il se hâtait vers une couronne plutôt que vers une croix. La plénitude des temps fut son seul rappel; il ne fut pas contraint par des huissiers d’acquitter les obligations de son Église, mais joyeusement, alors même qu’il était plein de tristesse, il affronta la loi, satisfit à ses exigences, et s’écria: « Tout est accompli. »

Qu’il est difficile de parler de l’amour de manière à faire passer ce qu’on veut dire! Combien de fois nos yeux se sont-ils remplis de larmes quand nous avons saisi cette pensée que Jésus nous aime! Combien de fois notre esprit s’est-il fondu en nous à l’assurance qu’il pense à nous et qu’il nous porte sur son cœur! Mais nous ne pouvons pas allumer la même émotion chez les autres, ni donner de vive voix ne serait-ce qu’une faible idée de la félicité que renferme cette exclamation: « Oh! comme il aime! » Allons, lecteur, pouvez-vous dire de vous-même: « Il m’a aimé »? (Galates 2:20.) Alors plongez vos regards dans cette mer d’amour, et essayez d’en deviner la profondeur. Votre foi ne chancelle-t-elle pas à la pensée qu’il vous aime? Ou, si votre confiance est ferme, dites-moi: cela n’enveloppe-t-il pas votre esprit d’une flamme de gratitude émerveillée et adorante? Ô anges, un amour pareil, vous ne l’avez jamais connu! Jésus ne porte pas vos noms sur ses mains, il ne vous appelle pas son épouse. Non! cette communion suprême, il la réserve à des vers de terre qui n’ont à lui rendre que des actions de grâces mêlées de larmes, venues du cœur, et de l’amour.

III. Remarquons que Christ aime à penser à son Église et à contempler sa beauté. Comme l’oiseau revient souvent à son nid, et comme le voyageur se hâte vers sa maison, ainsi l’esprit poursuit sans cesse l’objet de son choix. Nous ne pouvons regarder trop souvent le visage que nous aimons; nous désirons avoir toujours sous les yeux ce qui nous est précieux. Il en est de même de notre Seigneur Jésus. De toute éternité, « il trouvait son bonheur parmi les fils de l’homme »; ses pensées se portaient en avant vers le temps où ses élus naîtraient dans le monde; il les voyait dans le miroir de sa prescience. « Sur ton livre, dit-il, étaient inscrits tous mes membres, qui se formaient de jour en jour, alors qu’aucun d’eux n’existait encore. » (Psaumes 139:16.) Quand le monde fut posé sur ses colonnes, il était là, et il fixa les limites des peuples d’après le nombre des enfants d’Israël. Bien des fois, avant son incarnation, il descendit sur cette terre sous la forme d’un homme; dans les plaines de Mamré (Genèse 18), près du torrent de Jabbok (Genèse 32:24-30), sous les murs de Jéricho (Josué 5:13), et dans la fournaise ardente de Babylone (Daniel 3:19-25), le Fils de l’homme visita son peuple. Parce que son âme trouvait en eux son plaisir, il ne pouvait demeurer loin d’eux, car son cœur soupirait après eux. Jamais ils n’étaient absents de son cœur, car il avait écrit leurs noms sur ses mains et les avait gravés sur son cœur. Comme le pectoral qui portait les noms des tribus d’Israël était l’ornement le plus éclatant du souverain sacrificateur, ainsi les noms des élus de Christ étaient ses joyaux les plus précieux, qu’il suspendait toujours tout contre son cœur. Il nous arrive souvent d’oublier de méditer les perfections de notre Seigneur, mais lui ne cesse jamais de se souvenir de nous. Il ne tient pas moitié autant à la plus glorieuse de ses œuvres qu’à ses enfants. Bien que son œil voie tout ce qui renferme beauté et excellence, il ne fixe nulle part son regard avec l’admiration et le plaisir qu’il répand sur ceux qu’il a acquis. Il donne à leur sujet des ordres à ses anges, et il invite ces saints êtres à se réjouir avec lui de sa brebis perdue. (Luc 15:4-7.) Il parlait d’eux en lui-même, et même sur le bois du supplice il ne cessa de s’entretenir d’eux. Il a vu le fruit du travail de son âme, et il en a été pleinement rassasié.

« Ce jour aigu d’ignominieuse douleur,

Fut pourtant, en un sens parfait,

“Le jour de la joie de son cœur”, car la joie

De voir ses rachetés enfin ramenés chez lui

(Apprêtés comme en robes nuptiales blanches),

Était vivement placée devant lui,—il regarda;—

Et pour ce bonheur anticipé,

L’endurance de toute torture, de tout opprobre,

Parut légère peine à son cœur plein d’amour. »

Comme une tendre mère, Jésus-Christ, notre Seigneur trois fois béni, voit chaque aube d’excellence et chaque bourgeon de bonté en nous; il fait grand cas de nos petites choses et se réjouit des commencements de nos grâces. De même qu’il doit être notre cantique sans fin, ainsi nous sommes sa prière perpétuelle. Quand il est absent, il pense à nous, et dans les plus noires ténèbres il a une fenêtre par laquelle il nous regarde. Quand le soleil se couche dans une partie de la terre, il se lève ailleurs, au-delà de notre horizon visible; de même Jésus, notre soleil de la justice, ne fait que répandre sa lumière sur son peuple d’une autre manière, quand il nous semble s’être couché dans les ténèbres. Son œil est toujours sur la vigne, qui est son Église: « Moi l’Éternel, j’en suis le gardien, Je l’arrose à chaque instant; De peur qu’on ne l’attaque, Nuit et jour je la garde. » (Ésaïe 27:3.) Il ne s’en remet pas à ses anges pour cela, car il met son plaisir à tout faire de ses propres mains. Sion est au centre de son cœur, et il ne peut l’oublier, car chaque jour ses pensées sont fixées sur elle. Quand l’épouse, par sa négligence envers lui, s’est dérobée à sa vue, il ne peut trouver de repos qu’il ne l’ait de nouveau contemplée. Il l’appelle à sortir par les paroles les plus tendres: « Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher, Qui te caches dans les parois escarpées, Fais-moi voir ta figure, Fais-moi entendre ta voix; Car ta voix est douce, et ta figure est agréable. » (Cantique des cantiques 2:14.) Elle se juge indigne de tenir compagnie à un tel Prince, mais il l’attire hors de sa cachette; et comme elle s’avance en tremblant et, toute confuse, cache son visage sous son voile, il lui demande de découvrir son visage et de laisser son Époux la contempler. Elle a honte de le faire, car elle est noire à ses propres yeux; c’est pourquoi il insiste: elle est belle pour lui.

Il ne se contente pas non plus de regarder: il lui faut nourrir ses oreilles aussi bien que ses yeux; c’est pourquoi il loue sa parole et la supplie de lui faire entendre sa voix. Voyez combien notre Seigneur se réjouit véritablement en nous. N’est-ce pas là un amour sans pareil! Nous avons entendu parler de princes épris de la beauté d’une fille de paysan; mais qu’est-ce que cela? Voici le Fils de Dieu qui chérit tendrement un ver de terre, qui regarde avec des yeux pleins d’admiration un pauvre enfant d’Adam, et qui écoute avec joie les balbutiements d’une pauvre chair et d’un pauvre sang. Ne devrions-nous pas être ravis au-delà de toute mesure par une condescendance aussi incomparable? Et nos cœurs ne devraient-ils pas trouver en lui autant de délices qu’il en trouve en nous? Ô vérité surprenante! Jésus-Christ se réjouit au sujet de son pauvre peuple, tenté, éprouvé et sujet à l’erreur.

IV. Il ne faut pas oublier que le Seigneur Jésus confie parfois à son peuple ses pensées d’amour. « Il ne lui suffit pas de le dire derrière son dos; mais en sa présence même, il déclare: “Tu es toute belle, mon amie.” Il est vrai que ce n’est pas sa manière ordinaire; c’est un amant plein de sagesse, qui sait quand retenir l’aveu de son amour et quand le laisser paraître; mais il est des moments où il n’en fait aucun secret; des moments où il le met au-dessus de toute contestation dans l’âme de son peuple. »

Il plaît souvent au Saint-Esprit, de la manière la plus gracieuse, de rendre témoignage à notre esprit de l’amour de Jésus. Il prend de ce qui est à Christ et nous le révèle. Aucune voix ne se fait entendre des nuées, aucune vision n’apparaît dans la nuit, mais nous avons un témoignage plus sûr que l’une et l’autre. Si un ange volait du ciel pour venir informer personnellement le saint de l’amour que le Sauveur lui porte, cette preuve ne serait pas plus satisfaisante d’un iota que celle que le Saint-Esprit rend dans le cœur. Interrogez ceux d’entre le peuple du Seigneur qui ont vécu le plus près des portes du ciel, et ils vous diront qu’ils ont connu des saisons où l’amour de Christ envers eux était un fait si clair et si sûr qu’ils ne pouvaient pas plus en douter que mettre en question leur propre existence.

Oui, croyant bien-aimé, vous et moi avons connu des temps de rafraîchissement venus de la présence du Seigneur, et alors notre foi est montée jusqu’aux plus hauts sommets de l’assurance. Nous avons eu l’assurance de reposer notre tête sur le sein de notre Seigneur, et nous n’avons pas eu plus de doute sur l’affection de notre Maître que Jean n’en avait dans cette bienheureuse posture, non, pas même autant; car la sombre question: « Seigneur, est-ce moi qui te trahirai? » a été écartée bien loin de nous. Il nous a donné les baisers de son amour, et il a tué nos doutes par l’étroitesse de son étreinte. Son amour a été plus doux que le vin pour nos âmes. Nous sentions que nous pouvions chanter: « Sa main gauche est sous ma tête, et sa droite m’embrasse. » (Cantique des cantiques 8:3.) Alors toutes les épreuves terrestres étaient légères comme la balle de l’aire, et les plaisirs du monde aussi fades que le blanc d’un œuf. Nous aurions accueilli la mort comme le messager qui nous introduirait auprès de notre Seigneur, vers qui nous avions hâte de partir; car son amour avait éveillé en nous le désir d’avoir davantage de lui, jusqu’à sa présence immédiate et glorieuse. Il m’est arrivé parfois, quand le Seigneur m’assurait de son amour, de sentir que je ne pouvais contenir davantage de joie et de délices. Mes yeux ruisselaient de larmes de reconnaissance. Je tombais à genoux pour le bénir, mais je me relevais en hâte, sentant que je n’avais plus rien à demander et qu’il me fallait me tenir debout pour le louer; alors j’élevais les mains vers le ciel, brûlant de le serrer dans mes bras, soupirant après le moment de m’entretenir avec lui comme un homme parle à son ami, et de le voir en sa propre personne, pour lui dire combien il avait rendu heureux son indigne serviteur, et pour tomber sur ma face et baiser ses pieds dans une reconnaissance et un amour inexprimables. J’ai fait un tel festin d’une seule parole de mon Bien-Aimé, « tu es à moi », que j’aurais voulu, comme Pierre, dresser des tentes sur cette montagne et y demeurer pour toujours. Mais, hélas! nous n’avons pas encore tous appris à conserver cette bienheureuse assurance. Nous réveillons notre Bien-Aimé et le tirons de son sommeil; alors il quitte notre chambre agitée, et nous le cherchons à tâtons, et nous faisons maint pénible voyage pour tenter de le retrouver.

Si nous étions plus sages et plus vigilants, nous pourrions conserver bien plus longtemps le parfum des paroles de Christ; car elles ne sont pas comme la manne ordinaire, qui se gâtait bientôt, mais on peut les comparer à cet omer de manne qui fut placé dans le vase d’or et conservé pendant de nombreuses générations. On a vu le doux Seigneur Jésus écrire ses pensées d’amour sur le cœur des siens d’une manière si claire et si profonde qu’ils ont joui pendant des mois, et même pendant des années, d’un sentiment constant de son affection. Quelques doutes ont passé dans leur esprit comme de légers nuages devant le soleil d’été, mais la chaleur de leur assurance est demeurée la même pendant bien des jours heureux. Leur sentier a été uni; ils ont reposé dans de verts pâturages, près des eaux paisibles, car sa houlette et son bâton les ont rassurés et sa droite les a conduits. Je suis porté à croire qu’il y a plus de cela dans l’Église que certains ne voudraient l’admettre. Nous avons bon nombre de chrétiens qui demeurent sur les collines et contemplent la lumière du soleil. Il y a des géants de nos jours, bien que les temps ne leur laissent pas l’espace de déployer leur force de géants; dans mainte humble chaumière, dans maint atelier bondé, dans maint presbytère de village, on trouve des hommes de la maison de David, des hommes selon le cœur de Dieu, oints de l’huile sainte. C’est pourtant une triste vérité que des rangs entiers de l’armée de notre Seigneur sont composés de chétifs Petite-Foi. On voit partout des hommes à l’esprit craintif et au cœur abattu. Pourquoi cela? Est-ce la faute du Maître, ou la nôtre? Assurément, on ne peut le blâmer. N’y a-t-il donc pas lieu de nous interroger en notre âme: Ne puis-je pas devenir plus fort? Faut-il que je sois dans le deuil tous les jours de ma vie? Comment me débarrasser de mes doutes? La réponse doit être: oui, vous pouvez être consolé, mais seule la bouche du Seigneur peut le faire, car rien de moins ne saurait vous satisfaire.

Je ne doute pas qu’il existe des moyens par lesquels ceux qui sont maintenant faibles et tremblants peuvent parvenir à la hardiesse dans la foi et à la confiance dans l’espérance; mais je ne vois pas comment cela peut se faire, à moins que le Seigneur Jésus-Christ ne leur manifeste son amour et ne leur parle de leur union avec lui. C’est ce qu’il fera, si nous le lui demandons. Celui qui plaide avec insistance ne manquera pas de sa récompense. Hâtez-vous vers lui, âme timide, et dites-lui que rien ne vous contentera qu’un sourire de sa propre face et une parole de ses propres lèvres! Parlez-lui, et dites: « Ô mon Seigneur Jésus, je ne puis trouver de repos si je ne sais que tu m’aimes! Je désire avoir la preuve de ton amour signée de ta main et scellée de ton sceau.

Je ne puis vivre de conjectures et de suppositions; rien que la certitude ne satisfera mon cœur tremblant. Seigneur, regarde-moi, si vraiment tu m’aimes, et bien que je sois moins que le moindre de tous les saints, dis à mon âme: “Je suis ton salut!” » Quand cette prière est exaucée, le château du désespoir ne peut que chanceler; il n’en est pas une pierre qui puisse rester sur une autre, si Christ murmure son amour. Même Découragement et Grande-Crainte se mettront à danser, et Prêt-à-Boiter sautera sur ses béquilles.

Oh! que nous ayons davantage de ces visites de Béthel, des visitations plus fréquentes du Dieu d’Israël! Oh! qu’il est doux de l’entendre nous dire, comme il le dit à Abraham: « Abram, ne crains point; je suis ton bouclier, et ta récompense sera très grande. » (Genèse 15:1.) Être interpellé comme Daniel le fut autrefois: « Ô homme bien-aimé » (Daniel 10:19), vaut mille âges des joies de ce monde. Que faut-il de plus à une créature, de ce côté-ci du ciel, pour être en paix et heureuse, qu’un aveu clair de l’amour de son Seigneur, de sa propre bouche? Fais-moi toujours entendre ta voix, parle avec miséricorde à mon âme, et, ô mon Seigneur, je ne demande rien de plus tant que je demeure ici-bas dans le pays de mon pèlerinage!

Frères, efforçons-nous d’obtenir une ferme assurance du plaisir que le Seigneur prend en nous; car cette assurance, en lui permettant d’être en communion avec nous, sera l’un des moyens les plus prompts de faire naître dans nos cœurs un sentiment semblable envers lui. Christ prend plaisir en nous; approchons-nous de lui avec une sainte familiarité; ouvrons-lui nos pensées, car le plaisir qu’il prend en nous nous assurera une audience. L’enfant peut se tenir loin de son père quand il a conscience d’avoir provoqué son mécontentement; mais pourquoi resterions-nous à distance quand Jésus-Christ nous sourit? Non! puisque ses sourires nous attirent, entrons dans ses parvis et touchons son sceptre d’or. Ô Saint-Esprit, aide-nous à vivre dans une heureuse communion avec celui dont l’âme est liée à la nôtre!

« Ô Jésus! que d’éternelles bénédictions reposent

Sur ton nom qui ravit. * * *

Que je sois tout à toi dès cette heure bénie.

Que ta chère image me soit toujours présente;

Que toutes mes pensées soient de toi, et que ma langue

Soit sanctifiée par ce thème céleste.

Demeure sur mes lèvres, ô nom le plus cher, le plus doux!

Demeure sur mes lèvres jusqu’au dernier soupir!

Alors laisse-moi mourir, et porter ce son charmant

En triomphe jusqu’aux cieux. En d’autres accents,

En un langage tout divin, je te louerai alors;

Tandis que toute la Divinité s’ouvrira au regard

De l’amour d’un Rédempteur. Ici laisse-moi contempler,

Contempler à jamais; l’éclatante diversité

Donnera sans fin la joie et l’admiration.

Que je sois tout à toi dès cette heure bénie.

Fuyez de mon âme, images des sens,

Laissez-moi en silence posséder mon Seigneur:

Ma vie, mes plaisirs découlent de lui seul,

Ma force, mon grand salut et mon espérance.

Ton nom est toute ma confiance; ô nom divin!

Sois gravé au plus profond de mon âme,

Et que je t’avoue jusqu’à mon dernier souffle,

Que je te confesse face à toute horreur

Que la mort menaçante ou l’enfer jaloux peut susciter;

Jusqu’à ce que, toute leur force domptée, mon âme au départ

Lance un défi à la rage infernale,

Et chante le salut à l’Agneau pour toujours. »

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