Jusqu’à ce qu’il vienne
Sous le pommier

Chapitre 4 · 27 min de lecture

Sous le pommier

SOUS LE POMMIER.« Je me suis assise sous son ombre avec grand délice, et son fruit est doux à mon palais. »—Cantique des cantiques 2:3.

SOUS LE POMMIER.

Christ connu doit être Christ employé. L’épouse savait que son Bien-Aimé était semblable à un arbre chargé de fruits, et aussitôt elle s’assit sous son ombre et se nourrit de son fruit. Quel dommage que nous sachions tant de choses sur Christ, et que nous jouissions si peu de lui! Que notre expérience marche du même pas que notre connaissance, et que cette expérience consiste à faire de notre Seigneur un usage pratique! Jésus projette une ombre: asseyons-nous dessous. Jésus porte du fruit: goûtons-en la douceur. Soyez-en sûrs, le moyen d’en apprendre davantage est de mettre en pratique ce que vous savez; et, de plus, le moyen d’apprendre à fond une vérité est de l’apprendre par l’expérience. Vous connaissez une doctrine hors de toute crainte de contradiction quand vous l’avez éprouvée vous-même, par l’épreuve et l’essai personnels. L’épouse du Cantique dit en somme: « Je suis certaine que mon Bien-Aimé projette une ombre, car je me suis assise dessous; et je suis persuadée qu’il porte un fruit doux, car j’en ai goûté. » La meilleure manière de démontrer la puissance de Christ pour sauver, c’est de se confier en lui et d’être sauvé soi-même; et, de tous ceux qui sont sûrs de la divinité de notre sainte foi, nul n’en est aussi certain que ceux qui en sentent sur eux-mêmes la puissance divine. Vous pouvez, à force de raisonnements, vous amener à croire l’Évangile, et, par d’autres raisonnements encore, vous maintenir dans l’orthodoxie; mais l’épreuve personnelle et la connaissance intime de la vérité sont, de loin, les meilleures preuves. Si Jésus est comme un pommier au milieu des arbres de la forêt, ne vous tenez pas loin de lui, mais asseyez-vous sous son ombre et goûtez son fruit. Il est un Sauveur: ne croyez pas ce fait pour rester pourtant non sauvés. Autant Christ vous est connu, autant faites usage de lui. N’est-ce pas là le simple bon sens?

Nous ferons encore remarquer que nous avons toute liberté de faire de Christ tous les usages possibles. On peut jouir à la fois de l’ombre et du fruit. Christ, dans son infinie condescendance, existe pour les âmes indigentes. Oh! redisons-le: c’est une parole hardie, mais elle est vraie,—en tant que Christ Jésus, notre Seigneur existe pour le bien de son peuple. Un Sauveur n’existe que pour sauver. Un médecin vit pour guérir. Le bon Berger vit, oui, il meurt, pour ses brebis. Notre Seigneur Jésus-Christ nous a enveloppés dans son cœur; nous sommes intimement mêlés à toutes ses fonctions, à tous ses honneurs, à tous les traits de son caractère, à tout ce qu’il a fait et à tout ce qu’il lui reste à faire. L’Ami des pécheurs vit pour les pécheurs, et les pécheurs peuvent l’avoir et user de lui jusqu’à l’extrême. Il nous est aussi libre d’accès que l’air que nous respirons. À quoi servent les fontaines, sinon à ce que ceux qui ont soif puissent boire? À quoi sert le port, sinon à ce que les barques battues par la tempête y trouvent un refuge? À quoi sert Christ, sinon à ce que de pauvres coupables comme nous puissent venir à lui, regarder et vivre, puis voir tous leurs besoins comblés de sa plénitude?

La porte nous est ainsi ouverte, et nous demandons que le Saint-Esprit nous aide à entrer, tandis que nous relevons dans le texte deux choses dont nous prions que vous jouissiez pleinement. D’abord, le repos du cœur en Christ: « Je me suis assise sous son ombre avec grand délice. » Ensuite, le rafraîchissement du cœur en Christ: « Son fruit est doux à mon palais. »

I. Pour commencer, nous avons ici le repos du cœur en Christ. Pour le mettre en lumière, remarquons le caractère de la personne qui a prononcé cette parole. Celle qui disait: « Je me suis assise sous son ombre avec grand délice », avait connu auparavant ce que signifie un voyage harassant, et c’est pourquoi elle appréciait le repos; car l’homme qui n’a jamais travaillé ne sait rien de la douceur du repos. Le fainéant qui a mangé un pain qu’il n’a jamais gagné, et dont le front n’a jamais laissé perler une goutte de sueur honnête, ne mérite pas le repos et ne sait pas ce que c’est. C’est au travailleur que le repos est doux; et lorsque enfin, épuisés par de longs milles de marche pénible, nous arrivons à un lieu ombragé où nous pouvons nous asseoir à notre aise, alors nous sommes remplis de délice.

L’épouse avait cherché son Bien-Aimé, et, en le cherchant, elle avait demandé où elle avait chance de le trouver. « Dis-moi, dit-elle, ô toi que mon cœur aime, où tu fais paître tes brebis, où tu les fais reposer à midi. » La réponse lui fut donnée: « Sors sur les traces des brebis. » Elle sortit donc; mais, au bout de quelque temps, elle en vint à cette résolution: « Je m’assiérai sous son ombre. »

Beaucoup d’entre vous se sont cruellement lassés à suivre leur chemin pour trouver la paix. Quelques-uns ont essayé des cérémonies et s’y sont confiés, et le prêtre est venu à votre aide; mais il s’est moqué de la détresse de votre cœur. D’autres ont cherché, par divers systèmes de pensée, à trouver un mouillage; mais, ballottés de vague en vague, vous n’avez trouvé aucun repos sur la mer bouillonnante de la spéculation. Un plus grand nombre encore ont essayé, par leurs bonnes œuvres, de procurer le repos à leur conscience. Vous avez multiplié vos prières, vous avez versé des torrents de larmes, vous avez espéré, par l’aumône et par d’autres choses semblables, acquérir quelque mérite, afin que votre cœur se sente agréé de Dieu et trouve ainsi le repos. Vous avez peiné et peiné encore, comme les hommes qui étaient dans le navire avec Jonas, quand ils ramaient pour gagner la terre, mais ils ne le purent, parce que la mer s’agitait toujours plus contre eux. Il n’y avait pour vous aucune issue de ce côté-là, et ainsi vous avez été poussés vers un autre chemin, qui est de vous reposer en Jésus. Mon cœur se reporte au temps où j’étais sous le sentiment du péché, et où je cherchais de toute mon âme à trouver la paix, sans pouvoir la découvrir, ni en haut ni en bas, en aucun lieu sous le ciel; mais quand « je vis quelqu’un pendu au bois », comme le Substitut pour le péché, alors mon cœur s’assit sous son ombre avec grand délice. Mon cœur raisonnait ainsi en lui-même: Jésus a-t-il souffert à ma place? Alors je ne souffrirai pas. A-t-il porté mon péché? Alors je ne le porte plus. Dieu a-t-il accepté son Fils comme mon Substitut? Alors il ne me frappera jamais. Jésus a-t-il été agréé de Dieu comme mon Sacrifice? Alors ce qui contente le Seigneur peut bien me contenter aussi; je n’irai donc pas plus loin, mais je vais « m’asseoir sous son ombre » et jouir d’un repos délicieux.

Celle qui disait: « Je me suis assise sous son ombre avec grand délice », savait apprécier l’ombre, car elle avait été brûlée par le soleil. Ne lisions-nous pas tout à l’heure son exclamation: « Ne prenez pas garde à mon teint noir: c’est le soleil qui m’a brûlée »? Elle savait ce qu’est la chaleur, ce qu’est un soleil brûlant; et c’est pourquoi l’ombre lui était agréable. Vous ne savez rien des délices de l’ombre tant que vous n’avez pas voyagé dans un pays vraiment chaud; alors elle vous ravit. Avez-vous jamais senti la chaleur de la colère divine? Le grand Soleil—ce Soleil chez lequel il n’y a ni changement ni ombre de variation—a-t-il jamais dardé sur vous ses rayons les plus ardents, les rayons de sa sainteté et de sa justice? Vous êtes-vous tapis sous les rayons brûlants de cette grande Lumière, en disant: « Nous sommes consumés par ta colère »? Si vous avez jamais senti cela, vous avez trouvé bien béni de venir sous l’ombre du sacrifice expiatoire de Christ. Une ombre, vous le savez, est projetée par un corps qui s’interpose entre nous et la lumière et la chaleur; et le corps très béni de notre Seigneur s’est interposé entre nous et le soleil brûlant de la justice divine, de sorte que nous sommes assis sous l’ombre de sa médiation avec grand délice.

Et maintenant, si quelque autre soleil commence à nous brûler, nous fuyons vers notre Seigneur. Si une épreuve domestique, ou un souci d’affaires, ou une tentation de Satan, ou la corruption intérieure nous accablent, nous nous hâtons vers l’ombre de Jésus, pour nous cacher sous lui, et là nous « asseoir » dans la fraîcheur qui restaure, avec grand délice. L’interposition de notre Seigneur béni est la cause de notre paix intérieure. Le soleil ne peut me brûler, car il l’a brûlé, lui. Mes peines n’ont pas à me troubler, car il a pris ma peine, et je l’ai laissée entre ses mains. « Je me suis assise sous son ombre. »

Notez bien ces deux choses concernant l’épouse. Elle savait ce que c’est que d’être lasse, et elle savait ce que c’est que d’être brûlée par le soleil; et c’est dans la mesure exacte où vous connaissez, vous aussi, ces deux choses, que Christ grandira dans votre estime. Vous qui n’avez jamais langui sous la colère de Dieu, vous n’avez jamais estimé le Sauveur à son prix. L’eau a peu de valeur dans ce pays de ruisseaux et de rivières, si bien qu’on en arrose communément les routes; mais je vous garantis que, si vous faisiez une journée de marche sur un sable brûlant, une coupe d’eau froide vaudrait la rançon d’un roi; ainsi Christ est précieux aux âmes altérées, mais à nulles autres.

Or, tandis que l’épouse était assise, reposée et ravie, elle était couverte d’ombre. Elle dit: « Je me suis assise sous son ombre. » Je ne connais pas de disposition d’esprit plus délicieuse que de se sentir entièrement couvert de l’ombre de notre Seigneur bien-aimé. Voici mon noir péché; mais voilà son sang précieux qui couvre mon péché de son ombre et le cache pour toujours. Voici ma condition par nature: ennemi de Dieu; mais celui qui m’a réconcilié avec Dieu par son sang a couvert cela aussi de son ombre, si bien que j’oublie que j’ai été autrefois un ennemi, dans la joie d’être maintenant un ami. Je suis très faible; mais il est fort, et sa force couvre de son ombre ma faiblesse. Je suis très pauvre; mais il possède toutes les richesses, et ses richesses couvrent de leur ombre ma pauvreté. Je suis tout à fait indigne; mais il est si digne que, si je me sers de son nom, je recevrai autant que si j’étais digne: sa dignité couvre de son ombre mon indignité. Il est bien précieux de tourner la vérité dans l’autre sens et de dire: S’il y a en moi quelque chose de bon, cela n’est pas bon quand je me compare à lui, car sa bonté l’éclipse et le couvre entièrement de son ombre. Puis-je dire que je l’aime? Oui, je l’aime, mais j’ose à peine appeler cela de l’amour, car son amour le couvre de son ombre. Ai-je cru que je le servais? Je le voudrais bien; mais mon pauvre service ne mérite pas d’être mentionné en comparaison de ce qu’il a fait pour moi. Ai-je pensé avoir quelque degré de sainteté? Je ne dois pas nier ce que son Esprit opère en moi; mais quand je pense à sa vie immaculée et à toutes ses perfections divines, où suis-je? Que suis-je? N’avez-vous pas senti cela quelquefois? N’avez-vous pas été si bien couverts de l’ombre de votre Seigneur et cachés sous lui que vous êtes devenus comme rien? Je sais moi-même ce que c’est que de sentir qu’il importe peu que je meure à l’hospice des pauvres, pourvu que mon Seigneur soit glorifié. Les mortels peuvent rejeter mon nom comme infâme, s’il leur plaît; mais qu’importe, puisque son nom bien-aimé sera un jour écrit en étoiles à travers le ciel? Qu’il me couvre de son ombre: je me réjouis qu’il en soit ainsi.

L’épouse nous dit que, lorsqu’elle fut entièrement couverte d’ombre, elle éprouva alors un grand délice. Le grand « moi » n’éprouve jamais de grand délice, car il ne peut supporter de reconnaître plus grand que lui; mais le croyant humble trouve son délice à être couvert de l’ombre de son Seigneur. À l’ombre de Jésus, nous avons plus de délice que dans aucune lumière imaginaire qui viendrait de nous. L’épouse avait un grand délice. J’espère que vous, chrétiens, vous avez un grand délice; sinon, vous devriez vous demander si vous êtes vraiment le peuple de Dieu. J’aime voir un visage joyeux; oui, et entendre parler de ravissements dans le cœur de ceux qui sont les saints de Dieu! Il y a des gens qui semblent penser que la religion et la tristesse sont mariées et ne doivent jamais divorcer. Baissez les stores le dimanche et assombrissez les pièces; si vous avez un jardin, ou une rose en fleur, tâchez d’oublier qu’il existe de telles beautés: ne devez-vous pas servir Dieu aussi lugubrement que possible? Mettez votre livre sous le bras et traînez-vous jusqu’à votre lieu de culte d’un air aussi lamentable que si l’on vous menait au poteau du fouet. Agissez ainsi si vous le voulez; mais donnez-moi la religion qui réjouit mon cœur, embrase mon âme et me remplit d’enthousiasme et de délice,—car c’est probablement là la religion du ciel, et elle s’accorde avec l’expérience du Cantique inspiré.

Bien que j’espère que nous savons ce que signifie le délice, je me demande si nous en avons assez pour pouvoir nous décrire comme assis à en jouir. Vous accordez-vous assez de temps pour vous asseoir aux pieds de Jésus? C’est là le lieu du délice: y demeurez-vous? Asseyez-vous sous son ombre. « Je n’ai pas de loisir », s’écrie quelqu’un. Essayez d’en ménager un peu. Dérobez-le à votre sommeil, si vous ne pouvez l’obtenir autrement. Accordez du loisir à votre cœur. Ce serait bien dommage qu’un homme ne passe jamais cinq minutes avec sa femme, mais soit obligé d’être toujours au travail. Eh quoi, ce serait de l’esclavage, n’est-ce pas? N’aurons-nous donc pas le temps de communier avec notre Bien-Aimé par excellence? Assurément, d’une manière ou d’une autre, nous pouvons arracher un petit moment où nous n’aurons rien d’autre à faire que de nous asseoir sous son ombre avec grand délice! Quand je prends ma Bible et que je veux m’en nourrir pour moi-même, je me mets d’ordinaire à penser à prêcher sur le texte, et à ce que je vous en dirais. Cela ne va pas; il faut que je m’arrache à cela et que j’oublie qu’il existe un Tabernacle, afin de m’asseoir personnellement aux pieds de Jésus. Et, oh! quel intense délice il y a à être couvert de son ombre! Il est près de vous, et vous le savez. Sa chère présence est aussi certainement avec vous que si vous pouviez le voir, car son influence vous environne.

Souvent j’ai senti comme si Jésus se penchait sur moi, comme un ami pourrait regarder par-dessus mon épaule. Bien qu’aucune ombre fraîche ne passe sur votre front, vous pouvez sentir son ombre tout autant que si c’était le cas, car votre cœur s’apaise; et si vous avez été lassés par la famille, ou troublés par l’Église, ou irrités contre vous-mêmes, vous descendez de la chambre où vous avez vu votre Seigneur, et vous vous sentez affermis pour le combat de la vie, prêts pour ses épreuves et ses tentations, parce que vous avez vu le Seigneur. « Je me suis assise, dit-elle, sous son ombre avec grand délice. » Combien grand était ce délice, elle ne pouvait le dire; mais elle s’assit comme quelqu’un qui en est accablé, ayant besoin de rester tranquille sous le poids de la félicité. Je n’aime pas beaucoup parler des délices secrets des chrétiens, parce qu’il y a toujours autour de nous des gens qui ne comprennent pas ce que nous voulons dire; mais je me hasarderai à dire ceci: si les mondains pouvaient seulement deviner quelles sont les joies secrètes des croyants, ils donneraient leurs yeux pour les partager avec nous. Nous avons des épreuves, nous l’avouons, nous nous attendons à en avoir; mais nous avons des joies qui sont souvent débordantes. Nous n’aimerions pas que d’autres soient témoins du délice qui, de temps à autre, soulève notre âme en une véritable tempête de joie. Vous savez ce que cela veut dire, n’est-ce pas? Quand vous avez été tout seul avec l’Époux céleste, vous avez voulu raconter aux anges le doux amour de Christ pour vous, pauvre indigne. Vous avez même souhaité enseigner aux harpes d’or une musique nouvelle, car les séraphins ne connaissent pas les hauteurs et les profondeurs de la grâce de Dieu comme vous les connaissez.

L’épouse a goûté une grande joie, et nous le savons pour cette seule raison qu’elle ne l’a pas oubliée. Ce verset, et le Cantique tout entier, sont le souvenir de ce dont elle avait joui. Elle dit: « Je me suis assise sous son ombre. » Il y avait peut-être un mois, peut-être des années; mais elle ne l’avait pas oublié. Les joies de la communion avec Dieu sont écrites dans le marbre. « Gravés comme dans l’airain éternel », tels sont les souvenirs de la communion avec le Christ Jésus. « Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans », dit l’apôtre. Ah, cela valait la peine de s’en souvenir toutes ces années! Il n’avait pas raconté ses délices, mais il les avait gardées en réserve. Il dit: « Je connais un homme en Christ, qui fut, il y a quatorze ans (si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais) », tant ses délices avaient été grandes. Quand nous regardons en arrière, nous oublions les anniversaires, les jours de fête et les soirs de feux de joie que nous avons passés à la manière des hommes, mais nous nous rappelons sans peine nos moments de communion avec le Bien-Aimé. Nous avons connu nos Thabor, nos heures de communion transfigurée, et, comme Pierre, nous nous souvenons du temps où nous étions « avec lui sur la sainte montagne ». Notre tête s’est appuyée sur le sein du Maître, et nous ne pourrons jamais oublier cette joie intense; nous ne manquerons pas non plus de consigner, pour le bien des autres, les joies dont nous avons été comblés.

Je laisse maintenant cette première partie du sujet, en remarquant seulement combien elle est admirablement naturelle. Il y avait un arbre, et elle s’est assise à son ombre: rien de forcé, rien de guindé. Ainsi la vraie piété devrait-elle toujours s’accorder avec le bon sens, avec ce qui semble le plus convenable, le plus bienséant, le plus sage et le plus naturel. Christ est là, nous pouvons jouir de lui: ne méprisons pas ce privilège.

II. La seconde partie de notre sujet, c’est le rafraîchissement du cœur en Christ. Son fruit est doux à mon palais. Je ne m’étendrai pas ici, mais je vous donnerai en bref des pensées que vous pourrez développer ensuite. Elle ne s’est pas régalée du fruit de l’arbre avant d’être d’abord à son ombre. On ne peut connaître les excellentes choses de Christ avant de se confier en lui. Pas une seule pomme douce ne tombera en partage à ceux qui sont hors de l’ombre. Venez, confiez-vous en Christ, et alors tout ce qui est en Christ fera vos délices. Ô incrédules, de quoi vous privez-vous! Si seulement vous voulez vous asseoir sous son ombre, vous aurez toutes choses; mais si vous ne le voulez pas, aucun des biens de Christ ne sera non plus à vous.

Mais dès qu’elle fut sous l’ombre, le fruit fut tout entier à elle. « Je me suis assise sous son ombre », dit-elle, puis: « Son fruit est doux à mon palais. » Croyez-vous en Jésus, ami? Alors Jésus-Christ lui-même est à vous; et si l’arbre vous appartient, vous pouvez bien en manger le fruit. Puisqu’il devient lui-même entièrement vôtre, sa rédemption et le pardon qui en découle, sa puissance vivante, son intercession toute-puissante, les gloires de son second avènement, et tout ce qui lui appartient vous sont remis pour votre usage et votre jouissance, personnels et présents. Tout est à vous, puisque Christ est à vous. Veillez seulement à imiter l’épouse: quand elle a découvert que le fruit était à elle, elle l’a mangé. Imitez-la de près en cela. C’est un grand défaut chez beaucoup de croyants, de ne pas s’approprier les promesses et de ne pas s’en nourrir. Ne vous égarez pas comme eux. Sous l’ombre, vous avez le droit de manger le fruit. Ne vous refusez pas ce festin sacré.

Or, il semble, à la lecture du texte, qu’elle ait obtenu ce fruit sans effort. Le proverbe dit: « Qui veut avoir le fruit doit grimper à l’arbre. » Mais elle n’a pas grimpé, car elle dit: « Je me suis assise sous son ombre. » Je suppose que le fruit est tombé jusqu’à elle. Je sais qu’il en est ainsi pour nous. Nous ne pesons plus notre argent pour ce qui ne nourrit pas, ni notre travail pour ce qui ne rassasie pas; mais nous nous asseyons à l’ombre de notre Seigneur, nous mangeons ce qui est bon, et notre âme se délecte de mets succulents. Venez, chrétien, entrez dans le calme repos de la foi en vous asseyant au pied de la croix, et vous serez nourri jusqu’à satiété.

L’épouse se reposait tout en festoyant: elle était assise et elle mangeait. Ainsi, ô vrai croyant, reposez-vous pendant que vous vous nourrissez de Christ! L’épouse dit: « Je me suis assise, et j’ai mangé. » Ne nous avait-elle pas dit, au chapitre précédent, que le Roi était assis à sa table? Voyez combien l’Église ressemble à son Seigneur, et le croyant à son Sauveur! Nous aussi, nous nous asseyons, et nous mangeons, comme le fait le Roi. Nous sommes traités royalement. Sa joie est en nous, et sa paix garde nos cœurs et nos pensées.

De plus, remarquez qu’en se nourrissant de ce fruit, l’épouse le savourait. Tous les palais n’aiment pas tous les fruits. Ne disputez jamais avec autrui des goûts, quels qu’ils soient, car l’accord est impossible. Le mets qui paraît à l’un le plus délicieux est pour un autre écœurant; et s’il y avait un concours pour savoir quel fruit l’emporte sur tous les autres, il y aurait probablement presque autant d’avis que de fruits. Mais heureux celui qui trouve sa saveur au Christ Jésus! Cher auditeur, vous est-il doux? Alors il est à vous. Il n’y eut jamais de cœur qui savourât Christ sans que Christ appartînt à ce cœur. Si vous vous êtes nourri de lui, et s’il vous est doux, continuez de vous rassasier, car celui qui vous en a donné le goût se donne lui-même à vous pour satisfaire votre appétit.

Quels sont les fruits qui viennent de Christ? Ne sont-ce pas la paix avec Dieu, le renouvellement du cœur, la joie dans le Saint-Esprit, l’amour pour les frères? Ne sont-ce pas la régénération, la justification, la sanctification, l’adoption, et toutes les bénédictions de l’alliance de grâce? Et ne sont-ils pas, chacun et tous, doux à notre palais? Quand nous nous en sommes nourris, n’avons-nous pas dit: « Oui, ces choses sont vraiment délicieuses. Il n’y a rien de semblable. Vivons-en à jamais »? Maintenant, asseyez-vous, asseyez-vous et mangez. Il semble étrange qu’on doive persuader les gens de faire cela, mais dans le monde spirituel les choses sont bien différentes de ce qu’elles sont dans le monde naturel. Pour la plupart des hommes, si vous placez devant eux un rôti, avec un couteau et une fourchette, il ne faut pas beaucoup d’arguments pour les persuader de s’y mettre. Mais je vais vous dire quand ils ne le feront pas: c’est quand ils sont rassasiés; et je vais aussi vous dire quand ils le feront: c’est quand ils ont faim. De même, si votre âme languit après Christ le Sauveur, vous vous nourrirez de lui; sinon, il est inutile que je vous prêche ou que je vous invite à venir. Mais vous qui êtes là, assis sous son ombre, vous pouvez l’entendre prononcer ces paroles: « Mange, ô ami; bois, oui, bois abondamment. » Vous ne sauriez avoir trop de ces bonnes choses: plus il y a de Christ, meilleur est le chrétien.

Nous savons que l’épouse s’est rassasiée de bon cœur de cette nourriture tirée de l’arbre de vie, car plus tard elle en voulut davantage. Voulez-vous bien lire la suite, au quatrième verset? Le verset qui contient notre texte décrit, pour ainsi dire, son premier amour pour son Seigneur, son amour des champs, son amour rustique. Elle est allée dans le bois, elle l’y a trouvé semblable à un pommier, et elle a joui de lui comme on savoure une pomme mûre à la campagne. Mais elle a grandi dans la grâce, elle a appris à mieux connaître son Seigneur, et elle a découvert que son Bien-Aimé était un Roi. Je ne serais pas surpris qu’elle eût appris la doctrine du second avènement, car c’est alors qu’elle se mit à chanter: « Il m’a fait entrer dans la maison du vin. » Comme pour dire: Il ne s’est pas contenté de se faire connaître de moi, là-bas dans les champs, comme le Christ dans son humiliation, mais il m’a fait entrer dans le palais royal; et, puisqu’il est Roi, il a déployé une bannière portant ses fières armoiries, il l’a agitée au-dessus de moi tandis que j’étais assise à table, et la devise de cette bannière était l’amour.

Elle en fut toute remplie. Quelle chose magnifique que de trouver un grand Sauveur, un Sauveur triomphant, un Sauveur exalté! Mais c’en était trop pour elle, et son âme défaillit sous la gloire excessive de ce qu’elle avait appris; et voyez-vous ce que réclame son cœur? Elle soupire après ses premières joies toutes simples, ces délices campagnardes. « Fortifiez-moi avec des pommes », dit-elle. Rien que les anciennes joies ne saurait la ranimer. Avez-vous jamais éprouvé cela? J’ai été rassasié de délices dans l’amour de Christ, Sauveur glorieux et exalté, quand je l’ai vu monté sur son cheval blanc, partant en vainqueur et pour vaincre; j’ai été accablé quand je l’ai contemplé au milieu du trône, avec toute la brillante assemblée des anges et des archanges qui l’adorent, et ma pensée s’est portée vers le jour où il descendra avec toute la pompe de Dieu, et où tous les rois et tous les princes se réduiront à néant devant la majesté infinie de sa gloire. Alors j’ai senti qu’à sa vue je devais tomber à ses pieds comme mort; et j’ai désiré que quelqu’un vînt me redire « la vieille, vieille histoire », comment il est mort afin que je sois sauvé. Son trône m’accable: laissez-moi cueillir du fruit de sa croix. Apportez-moi de nouveau des pommes de « l’arbre ». Je suis saisi de crainte dans le palais: laissez-moi retourner dans les bois. Donnez-moi une pomme cueillie sur l’arbre, comme celles que j’ai distribuées aux garçons et aux filles de sa famille, une pomme comme celle-ci: « Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. » Ou celle-ci: « Cet homme accueille des gens de mauvaise vie. » Donnez-moi une promesse tirée de la corbeille de l’alliance. Donnez-moi la simplicité de Christ; laissez-moi être un enfant et me régaler encore de pommes, si Jésus est le pommier. Je voudrais revenir à Christ sur le bois à ma place, à Christ qui me couvre de son ombre, à Christ qui me nourrit. C’est l’état le plus heureux où l’on puisse vivre. Seigneur, donne-nous toujours de ces pommes! Vous vous souvenez de la vieille histoire que nous avons racontée il y a des années, celle de Jack le marchand ambulant, qui avait coutume de chanter:

« Je ne suis qu’un pauvre pécheur, un rien du tout,

Mais Jésus-Christ est mon tout en tout. »

Ceux qui le connaissaient s’étonnaient de sa sérénité constante. Eux avaient un monde de doutes et de craintes; aussi lui demandèrent-ils pourquoi il ne doutait jamais. « Eh bien, dit-il, je ne peux pas douter que je sois un pauvre pécheur, un rien du tout, car je le sais et je le sens chaque jour. Et pourquoi douterais-je que Jésus-Christ soit mon tout en tout? Car il dit qu’il l’est. » « Oh! dit son interlocuteur, moi, j’ai des hauts et des bas. » « Pas moi, dit Jack; je ne peux jamais monter, car je suis un pauvre pécheur, un rien du tout; et je ne peux pas descendre, car Jésus-Christ est mon tout en tout. » Il voulut se joindre à l’Église, et on lui dit qu’il devait raconter son expérience. Il répondit: « Toute mon expérience, c’est que je suis un pauvre pécheur, un rien du tout, et que Jésus-Christ est mon tout en tout. » « Bien, lui dit-on, mais quand vous vous présenterez devant l’assemblée de l’Église, le pasteur pourra vous poser des questions. » « Je n’y peux rien, dit Jack; tout ce que je sais, je vous le dirai; et voilà tout ce que je sais:

« “Je ne suis qu’un pauvre pécheur, un rien du tout,

Mais Jésus-Christ est mon tout en tout.” »

Il fut reçu dans l’Église, et il persévéra avec les frères, marchant dans la sainteté; mais c’était toujours là toute son expérience, et l’on ne pouvait le faire aller au-delà. « Voyez-vous, disait un frère, je me sens parfois si rempli de grâce, si avancé dans la sanctification, que je commence à être très heureux. » « Moi jamais, dit Jack; je suis un pauvre pécheur, un rien du tout. » « Mais ensuite, reprit l’autre, je retombe, et je pense que je ne suis pas sauvé, parce que je ne suis plus aussi sanctifié qu’auparavant. » « Mais moi, je ne doute jamais de mon salut, dit Jack, parce que Jésus-Christ est mon tout en tout, et qu’il ne change jamais. » Cette simple histoire est magnifiquement instructive, car elle présente la foi d’un homme simple en un salut tout simple; c’est l’image d’une âme sous le pommier, qui se repose à l’ombre et se régale du fruit.

À présent, je voudrais que vous pensiez à Jésus, non comme à un Prince, mais comme à un pommier; et, cela fait, je vous prie de vous asseoir sous son ombre. Ce n’est pas grand-chose. N’importe quel enfant, quand il fait chaud, sait s’asseoir à l’ombre. Je voudrais ensuite que vous vous nourrissiez de Jésus: le plus simple d’esprit sait manger des pommes quand elles sont mûres sur l’arbre. Venez donc, et prenez Christ. Vous qui n’êtes jamais venus, venez maintenant. Venez, et soyez les bienvenus. Vous qui êtes venus souvent, qui êtes entrés dans le palais et qui êtes étendus à la table du festin, vous, seigneurs et pairs du christianisme, venez dans le bois commun, au pommier commun, où les pauvres saints trouvent ombrage et nourriture. Vous feriez mieux de venir sous le pommier, comme de pauvres pécheurs tels que moi, et d’être une fois encore ombragés de ses branches et fortifiés avec des pommes; sinon, vous pourriez défaillir sous les gloires du palais. Les meilleurs des saints ne sont jamais meilleurs que lorsqu’ils mangent leur première nourriture et sont fortifiés avec les pommes qui furent leur premier festin d’Évangile.

Que le Seigneur lui-même produise pour vous son propre fruit si doux! Amen.

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