Chapitre 21 · 22 min de lecture
Celui qui a porté le péché
MÉDITATION DE COMMUNION À MENTON. « Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »—1 Pierre 2:24, 25.
CELUI QUI A PORTÉ LE PÉCHÉ.
CE passage admirable fait partie de ce que Pierre adresse aux serviteurs; et de son temps, presque tous les serviteurs étaient des esclaves. Pierre commence au dix-huitième verset: « Serviteurs, soyez soumis en toute crainte à vos maîtres, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais aussi à ceux qui sont d’un caractère difficile. Car c’est une grâce que de supporter des afflictions par motif de conscience envers Dieu, quand on souffre injustement. En effet, quelle gloire y a-t-il à supporter de mauvais traitements pour avoir commis des fautes? Mais si vous supportez la souffrance lorsque vous faites ce qui est bien, c’est une grâce devant Dieu. Et c’est à cela que vous avez été appelés, parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple, afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude; lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement; lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. » Si notre condition est humble, nous trouverons notre meilleure consolation à penser à l’humble Sauveur portant nos péchés en toute patience et en toute soumission. Si nous sommes appelés à souffrir, comme les serviteurs l’étaient souvent au temps des Romains, nous serons soulagés par la vision de notre Seigneur souffleté, flagellé et crucifié, et pourtant silencieux dans la majesté de sa constance. Si ces souffrances sont entièrement imméritées, et que l’on nous calomnie grossièrement, nous serons consolés en nous souvenant de celui qui n’a point commis de péché, et dans la bouche duquel il ne s’est point trouvé de fraude. Notre Seigneur Jésus est à la tête de la confrérie de ceux qui souffrent: il a fait le bien, il en a souffert, et il l’a supporté avec patience. Sous la croix que nous sommes appelés à porter, notre soutien ne se trouve qu’en lui, « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois ».
Nous savons maintenant par expérience qu’il n’y a pas de lieu de consolation comme la croix. C’est un arbre dépouillé de tout feuillage, et mort en apparence; et pourtant nous nous asseyons à son ombre avec grand plaisir, et son fruit est doux à notre palais. Vraiment, en ce cas, « le semblable guérit le semblable ». Par la souffrance de notre Seigneur Jésus, notre souffrance devient légère. Le serviteur est consolé, puisque Jésus a pris sur lui la forme d’un serviteur; celui qui souffre est encouragé « parce que Christ aussi a souffert pour vous »; et celui que l’on calomnie est fortifié, parce que Jésus aussi a été injurié.
« N’est-il pas étrange que l’heure la plus sombre
Qui ait jamais lui sur la terre pécheresse
Touche le cœur d’un pouvoir plus doux
Pour consoler, que la joie d’un ange?
Que vers la croix l’œil de l’affligé se tourne
Plutôt que vers les étoiles qui brillent à Noël? »
Si nous espérons traverser les tribulations de ce monde, tenons-nous fermement près de la croix; car si elle venait à disparaître, elle s’éteindrait, l’étoile solitaire dont la lumière réjouit ceux que l’on foule aux pieds, luit sur ceux que l’on outrage, et apporte la lumière aux opprimés. Si nous perdons la croix,—si nous manquons le sacrifice substitutif de notre Seigneur Jésus-Christ, nous avons tout perdu.
Le verset sur lequel nous voudrions maintenant méditer avec recueillement parle de trois choses: nos péchés portés, notre condition changée, et nos maladies spirituelles guéries. Chacune d’elles mérite notre attention la plus soigneuse.
I. La première, c’est que notre Seigneur a porté nos péchés: « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois ». Ces paroles affirment dans les termes les plus clairs que notre Seigneur Jésus a réellement porté les péchés de son peuple. Que ce langage est littéral! Les mots ne signifient plus rien si la substitution n’est pas énoncée ici. Je ne sais pas ce que veut dire le cinquante-troisième chapitre d’Ésaïe, si ce n’est pas là son sens. Écoutez les paroles du prophète: « l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous »; « frappé pour les péchés de mon peuple »; « il se chargera de leurs iniquités »; « il a été mis au nombre des malfaiteurs, et il a porté les péchés de beaucoup d’hommes ».
Je ne puis imaginer que le Saint-Esprit eût employé un langage aussi expressif, s’il n’avait pas voulu nous enseigner que notre Sauveur a réellement porté nos péchés et souffert à notre place. Que peuvent signifier d’autre des textes comme ceux-ci: « Christ, qui s’est offert une seule fois pour porter les péchés de plusieurs » (Hébreux 9:28); « Celui qui n’a point connu le péché, il l’a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Corinthiens 5:21); « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous, car il est écrit: Maudit est quiconque est pendu au bois » (Galates 3:13); « Christ, qui nous a aimés, et qui s’est livré lui-même à Dieu pour nous comme une offrande et un sacrifice de bonne odeur » (Éphésiens 5:2); « maintenant, à la fin des siècles, il a paru une seule fois pour abolir le péché par son sacrifice » (Hébreux 9:26)? Je le dis avec modestie, mais avec fermeté: ou bien ces Écritures enseignent que notre Seigneur Jésus a porté nos péchés, ou bien elles n’enseignent rien. De nos jours, parmi bien des erreurs et des négations de la vérité, a surgi un enseignement de la « pensée moderne » qui vide de son sens la doctrine de la substitution et du sacrifice expiatoire offert à notre place. Un sage est allé jusqu’à dire que le transfert du péché ou de la justice est impossible, et une autre créature de la même école a flétri cette idée comme immorale.
« Il a porté sur le bois la sentence pour moi. »
Si la douleur avait été figurée, le péché porté aurait pu être mythique; mais l’un des faits va de pair avec l’autre. Il n’y a pas de figure dans notre texte; c’est un fait nu et littéral: « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois ». Oh! que les hommes renoncent à leurs chicanes! Questionner et disputer au pied de la croix, c’est un acte proche parent du crime des soldats, lorsqu’ils se partagèrent ses vêtements et tirèrent au sort sa tunique.
Remarquez combien les termes employés ici sont personnels! Avec quelle netteté parle le Saint-Esprit! « Lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps. » Ce ne fut pas par délégation, mais « lui-même »; et ce ne fut pas en imagination, mais « en son corps ». Observez aussi ce qu’il y a de personnel de notre côté de la question: il a « porté nos péchés », c’est-à-dire mes péchés et vos péchés. Il y a ici comme une cadence musicale,—« lui-même », « nos péchés ». Aussi sûrement que c’est Christ lui-même qui a souffert sur la croix, aussi vraiment ce sont nos propres péchés que Jésus a portés en son corps sur le bois. Notre Seigneur a comparu en justice pour nous, acceptant notre place au banc des accusés: « Il a été mis au nombre des malfaiteurs. » Bien plus, il a comparu pour nous au lieu de l’exécution, et il a subi la peine de mort sur le gibet infâme à notre place. In propria persona, notre Rédempteur a été traduit en jugement, bien qu’innocent; il est tombé sous la malédiction, lui qui est béni éternellement; et il a souffert jusqu’à la mort, bien qu’il n’eût rien fait qui méritât le blâme. « Il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. »
Ce péché porté par notre Seigneur l’a été continuellement. On a forcé le passage qui nous occupe au-delà de ce qu’il enseigne, en lui faisant affirmer que notre Seigneur Jésus n’a porté nos péchés nulle part ailleurs que sur la croix: ce n’est pas ce que disent les paroles. « Le bois » fut le lieu où, plus qu’en tout autre, nous voyons notre Seigneur porter le châtiment dû à nos péchés; mais avant cela déjà, il avait senti le poids de l’énorme fardeau. On a tort de fonder une grande doctrine sur la forme accidentelle d’un seul passage de l’Écriture, surtout quand ce passage de l’Écriture porte un autre sens.
La leçon marginale, qui est parfaitement exacte, est: « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps jusque sur le bois ». Notre Seigneur a porté le fardeau de nos péchés jusque sur le bois, et là, une fois pour toutes, il en a fini avec lui. Il portait ce fardeau depuis longtemps déjà, car Jean-Baptiste a dit de lui: « Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte » (le verbe est au présent: « qui ôte ») « le péché du monde » (Jean 1:29). Notre Seigneur portait donc déjà le péché du monde comme Agneau de Dieu. Dès le jour où il a commencé son divin ministère, je pourrais même dire avant, il a porté nos péchés. Il était l’Agneau « immolé dès la fondation du monde »; ainsi, lorsqu’il est monté au Calvaire, portant sa croix, il portait nos péchés jusque sur le bois. Cependant c’est spécialement, singulièrement, dans son agonie de mort qu’il s’est tenu à notre place, et que sur son âme et sur son corps a éclaté la tempête de la justice qui s’était amassée par nos transgressions.
Ce péché porté l’est de manière définitive. Il a porté nos péchés en son corps sur le bois, mais il ne les porte plus maintenant. Le pécheur et le Garant du pécheur sont libres tous les deux, car la loi a reçu satisfaction, l’honneur du gouvernement divin est sauf, le sacrifice substitutif est accompli. Il ne meurt plus; la mort n’a plus de pouvoir sur lui; car il a achevé son œuvre, et il s’est écrié: « Tout est accompli. » Quant aux péchés qu’il a portés en son corps sur le bois, on ne peut plus les trouver, car ils ont cessé d’être, selon cette antique promesse: « En ces jours, en ce temps-là, dit l’Éternel, On cherchera l’iniquité d’Israël, et elle n’existera plus, Le péché de Juda, et il ne se trouvera plus » (Jérémie 50:20). L’œuvre du Messie était « de faire cesser les transgressions et mettre fin aux péchés, pour expier l’iniquité et amener la justice éternelle » (Daniel 9:24). Or, si l’on a mis fin au péché, c’en est fini de lui; et si l’on a fait « cesser » la transgression, il n’y a plus rien à en dire.
Regardons en arrière avec une foi sainte, et voyons Jésus portant le prodigieux fardeau de nos péchés jusque sur le bois, et sur le bois; et voyons combien son sacrifice a été efficace pour acquitter la masse entière de notre dette morale, tant pour ce qui est de notre culpabilité aux yeux de Dieu que du châtiment qui en découle. C’est une loi de la nature qu’une chose ne peut être en deux lieux à la fois; et si le péché a été emporté par notre Seigneur, il ne peut plus reposer sur nous. Si, par la foi, nous avons accepté le Substitut que Dieu lui-même a accepté, il ne peut se faire que la peine soit exigée deux fois, d’abord du Garant, puis de ceux dont il a pris la place. Le Seigneur Jésus a emporté les péchés de son peuple, comme le bouc émissaire, dans la figure, emportait le péché d’Israël dans une terre inhabitée. Nos péchés ont disparu pour toujours. « Autant l’orient est éloigné de l’occident, Autant il éloigne de nous nos transgressions. » Il a jeté toutes nos iniquités au fond de la mer; il les a rejetées derrière son dos, où on ne les verra plus.
Chers amis, nous parlons de cette chose avec beaucoup de calme et de froideur, et pourtant c’est la plus grande merveille de l’univers; c’est le miracle de la terre, le mystère du ciel, la terreur de l’enfer. Si nous pouvions saisir pleinement la culpabilité du péché, le châtiment qui lui est dû, et la substitution littérale de Christ, il en naîtrait en nous un intense enthousiasme de gratitude, d’amour et de louange. Je ne m’étonne pas que nos amis méthodistes crient: « Alléluia! » Il y a de quoi nous faire tous crier et chanter, tant que nous vivrons: « Gloire, gloire au Fils de Dieu! » Quelle merveille que le Prince de gloire, en qui il n’y a point de péché, qui était vraiment incapable de mal, ait daigné entrer avec notre péché dans un contact tel que l’implique cette parole: Dieu l’a « fait devenir péché pour nous »! Notre Seigneur Jésus n’a pas manié le péché avec des pincettes d’or, mais il l’a porté sur ses propres épaules. Il ne l’a pas soulevé avec des barres d’or, comme les sacrificateurs portaient l’arche; mais il a lui-même porté l’affreux fardeau de notre péché en son corps sur le bois. C’est là le mystère de la grâce, dans lequel les anges désirent plonger leurs regards. Je voudrais le prêcher à jamais dans le langage le plus simple et le moins équivoque.
II. En second lieu, remarquez brièvement le changement de notre condition, que le texte présente comme découlant de ce que le Seigneur a porté nos péchés: « afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ». Ce changement est une mort et une vie nouvelle, un ensevelissement et une résurrection: nous sommes amenés de la vie à la mort, et de la mort à la vie.
Nous sommes désormais légalement morts à la peine du péché. Si j’étais condamné à mourir pour un crime, et qu’un autre mourût à ma place, alors je serais mort en celui qui est mort pour moi. La loi ne pourrait pas une seconde fois porter son accusation contre moi, me ramener devant le juge, me condamner et me conduire au supplice. Où serait la justice d’une telle procédure? Je suis déjà mort: comment pourrais-je mourir de nouveau? J’ai porté la colère de Dieu en la personne de mon glorieux Substitut, béni éternellement; comment donc pourrais-je la porter encore? À quoi aurait servi un Substitut, si je dois la porter moi aussi? Si Satan venait devant Dieu pour m’accuser, la réponse serait: « Cet homme est mort. Il a subi la peine, et il est « mort aux péchés », car la sentence prononcée contre lui a été exécutée sur un Autre. » Quelle merveilleuse délivrance pour nous! Mon âme, bénis l’Éternel!
Mais Pierre veut aussi nous rappeler que, par l’influence de la mort de Christ sur nos cœurs, le Saint-Esprit nous a maintenant rendus réellement « morts aux péchés »: c’est-à-dire que nous ne les aimons plus, et qu’ils ont cessé de dominer sur nous. Le péché n’est plus chez lui dans nos cœurs; s’il y entre, c’est en intrus. Nous ne sommes plus ses serviteurs volontaires. Le péché nous appelle par la tentation, mais nous ne lui répondons pas, car nous sommes morts à sa voix. Le péché nous promet une haute récompense, mais nous n’y consentons pas, car nous sommes morts à ses séductions. Nous péchons, mais notre volonté est de ne pas pécher. Ce serait le ciel pour nous que d’être parfaitement saints. Notre cœur et notre vie tendent à la perfection, mais le péché est en horreur à notre âme. « Et si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, c’est le péché qui habite en moi. » Notre moi le plus vrai et le plus réel a le péché en dégoût; et si nous y tombons, c’est une chute,—nous sommes hors de notre élément, et nous nous échappons du mal en toute hâte. La vie nouvelle qui est née en nous n’a aucun commerce avec le péché; elle est morte au péché.
Le mot grec employé ici ne peut être pleinement rendu en français; il signifie « étant non-nés aux péchés ». Nous sommes nés dans le péché, mais par la mort de Christ et l’œuvre du Saint-Esprit en nous, cette naissance est défaite: « nous sommes non-nés aux péchés ». Ce que le péché avait opéré en nous, dès notre naissance, est contrebalancé, par la mort de Jésus, au moyen de la vie nouvelle que son Esprit communique. « Nous sommes non-nés aux péchés. » J’aime cette expression, si inhabituelle qu’elle paraisse. Semble-t-il possible qu’une naissance soit renversée, que ceux qui sont nés deviennent non-nés? Il en est pourtant ainsi. Le vrai moi, le « je » le plus réel, est maintenant non-né aux péchés, car nous sommes « nés, non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu ». Nous sommes non-nés aux péchés, et nés à Dieu.
Mais le péché porté par notre Seigneur nous a aussi fait entrer dans la vie. Morts au mal selon la loi, nous vivons aussi en nouveauté de vie dans le royaume de la grâce. Le but de notre Seigneur est « que nous vivions pour la justice ». Non seulement notre vie doit être juste, et j’espère qu’elle l’est, mais nous sommes vivifiés, rendus sensibles et vigoureux pour la justice: par la mort de notre Seigneur, nous avons l’œil vif, la pensée vive, la parole vive et le cœur vif pour la justice. Assurément, si la doctrine de son sacrifice expiatoire ne nous vivifie pas, rien ne le fera. Quand nous péchons, c’est le triste reste de notre mort d’autrefois; mais quand nous pratiquons la justice, nous y mettons toute notre âme: « Nous vivons pour la justice. » Parce que notre divin Seigneur est mort, nous sentons que nous devons nous dépenser pour sa louange. Le bois qui a donné la mort à notre Sauveur est pour nous un arbre de vie. Asseyez-vous sous ce véritable arbor vitae, et vous secouerez la faiblesse et la maladie qui sont entrées par cet arbre de la connaissance du bien et du mal. Livingstone, en Afrique, employait certains remèdes connus sous le nom de « réveilleurs de Livingstone »; mais quels réveilleurs que ces glorieuses vérités extraites du bois amer de la croix! Ô mes frères, montrons dans notre vie quelles merveilles notre Seigneur Jésus a faites pour nous par son agonie et sa sueur de sang, par sa croix et sa passion!
III. L’apôtre parle ensuite de la guérison de nos maladies par la mort de Christ: « Lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. Car vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés vers le pasteur et le gardien de vos âmes. »
Nous avons été guéris, et nous le demeurons. Ce n’est pas une chose à faire dans l’avenir; elle a été opérée. Pierre décrit notre maladie dans les paroles qui forment le verset vingt-cinq. Quelle était-elle donc?
D’abord, c’était l’abrutissement. « Vous étiez comme des brebis. » Le péché nous a rendus tels que nous ne sommes plus bons qu’à être comparés à des bêtes, et à celles qui ont le moins d’intelligence. Parfois l’Écriture compare l’homme non régénéré à un âne. Il est dit de l’homme qu’il est « né comme le petit d’un âne sauvage ». Amos compare Israël aux « génisses de Basan », et il leur dit: « Vous sortirez par les brèches, chacune devant soi. » David se compare à behemoth: « J’étais stupide et sans intelligence, J’étais à ton égard comme les bêtes. » Nous ne valons pas mieux que des bêtes jusqu’à ce que Christ vienne à nous. Mais après cela nous ne sommes plus des bêtes: une nature vivante, céleste, spirituelle est créée en nous quand nous entrons en contact avec notre Rédempteur. Nous portons encore avec nous la vieille nature brutale, mais par la grâce de Dieu elle est assujettie et maintenue sous le joug; et maintenant notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Nous « étions comme des brebis », mais nous sommes maintenant des hommes rachetés pour Dieu.
Nous sommes guéris aussi de ce penchant à s’égarer, si remarquable chez les brebis. « Vous étiez comme des brebis errantes », toujours errantes, aimant à s’égarer, y prenant plaisir, jamais si heureuses que lorsqu’elles s’éloignent de la bergerie. Nous nous égarons encore, mais non comme s’égarent les brebis: nous cherchons maintenant le droit chemin, et nous désirons suivre l’agneau partout où il va. Si nous nous égarons, c’est par ignorance ou par tentation. Nous pouvons dire en vérité: « Mon âme est attachée à toi. » La croix de notre Seigneur nous a cloués solidement, pieds et mains: nous ne pouvons plus courir avidement après l’iniquité; nous disons plutôt: « Mon âme, retourne à ton repos, Car l’Éternel t’a fait du bien! »
« Mes égarements, Seigneur, ont pris fin,
Vers toi je suis revenu:
Sois mon Père et mon Ami,
Sois tout pour moi en toutes choses. »
Une autre de nos maladies était l’incapacité de revenir: « Vous étiez comme des brebis errantes. Mais maintenant vous êtes retournés. » Les chiens, et même les pourceaux, reviennent plus volontiers à la maison que les brebis égarées. Mais maintenant, bien-aimés, bien que nous nous soyons égarés, nous sommes revenus, et nous revenons encore à notre Pasteur. Comme la colombe de Noé, nous n’avons trouvé nulle part hors de l’arche aucun lieu pour poser la plante de notre pied, et c’est pourquoi nous revenons à lui, et il nous fait rentrer auprès de lui avec bonté. S’il nous arrive de nous égarer, nous bénissons Dieu de ce qu’il y a en nous un je ne sais quoi de sacré qui ne nous laisse pas en repos, et au-dessus de nous un je ne sais quoi de bien plus puissant qui nous ramène. Nous sommes comme l’aiguille de la boussole: touchez cette aiguille du doigt, forcez-la à pointer vers l’est, ou vers le sud, elle le fera peut-être un instant; mais retirez la pression, et en un instant elle revient vers le pôle. Ainsi devons-nous retourner à Jésus; nous devons revenir au gardien de nos âmes. Notre âme s’écrie: « Quel autre ai-je au ciel que toi! Et sur la terre je ne prends plaisir qu’en toi. » Ainsi, par la vertu de la mort de notre Seigneur, un amour immortel est créé en nous, qui nous porte à chercher sa face et à renouveler notre communion avec lui.
La mort de notre Seigneur nous a aussi guéris de notre empressement à suivre d’autres chefs. Si une brebis passe par une brèche de la haie, tout le troupeau la suivra. Nous avions l’habitude de suivre les meneurs dans le péché ou dans l’erreur: nous n’étions que trop prompts à suivre la coutume, et à faire ce que l’on juge convenable, respectable et ordinaire; mais maintenant nous sommes résolus à ne suivre personne d’autre que Jésus, selon sa parole: « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Elles ne suivront point un étranger; mais elles fuiront loin de lui, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. » Pour ma part, je suis résolu à ne suivre aucun chef humain. La foi en Jésus crée une sainte indépendance d’esprit. Nous avons appris une dépendance si entière envers notre Seigneur crucifié qu’il ne nous en reste plus à accorder aux hommes.
Enfin, chers amis, quand nous étions errants, nous étions comme des brebis exposées aux loups, mais nous en sommes délivrés en étant près du Pasteur. Nous étions en danger de mort, en danger face au diable, en danger face à mille tentations qui, comme des bêtes voraces, rôdaient autour de nous. Ayant mis fin à nos égarements, nous sommes maintenant en lieu sûr. Quand le lion rugit, nous sommes poussés plus près du Pasteur, et nous nous réjouissons de ce que sa houlette nous protège. Il dit: « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle; et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. »
Quelle merveilleuse œuvre de grâce a été opérée en nous! Nous devons tout cela, non à l’enseignement de Christ, bien qu’il nous ait beaucoup aidés; non à l’exemple de Christ, bien qu’il nous attire et nous entraîne à le copier avec diligence; mais nous le devons tout entier à ses meurtrissures: « par les meurtrissures duquel vous avez été guéris ». Frères, nous prêchons Christ crucifié, parce que nous avons été sauvés par Christ crucifié. Sa mort est la mort de nos péchés. Nous ne pourrons jamais abandonner la doctrine du sacrifice substitutif de Christ, car c’est la puissance par laquelle nous espérons être rendus saints. Non seulement nous sommes lavés de notre culpabilité dans son sang, mais par ce sang nous triomphons du péché. Jamais, tant qu’il nous restera un souffle ou un battement de cœur, nous ne pourrons taire cette bienheureuse vérité: il est celui « qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ». Que le Seigneur nous donne d’en connaître bien plus que je ne puis en dire, pour l’amour de Jésus-Christ! Amen.
Chapitre 21 terminé
Celui qui a porté le péché