Jusqu’à ce qu’il vienne
Communion avec Christ et avec son peuple

Chapitre 20 · 24 min de lecture

Communion avec Christ et avec son peuple

ALLOCUTION PRONONCÉE LORS D’UN SERVICE DE COMMUNION À MENTON. « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain. »—1 Corinthiens 10:16, 17.

COMMUNION AVEC CHRIST ET AVEC SON PEUPLE.

JE vais vous lire le texte tel qu’il est rendu dans la Version révisée: « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas une communion au sang de Christ? » C’est-à-dire: n’est-elle pas l’une des manières d’exprimer la communion au sang de Christ? « Le pain », ou, comme le porte la marge, « la miche que nous rompons, n’est-elle pas une communion au corps de Christ? puisque nous, qui sommes plusieurs, sommes une seule miche, un seul corps: car nous participons tous à cette seule miche. » Le mot « miche » aide à faire ressortir plus clairement l’idée d’unité que l’apôtre entend mettre en lumière.

C’est un fait déplorable que certains se soient imaginé que cette simple ordonnance de la cène du Seigneur possède une sorte de pouvoir magique, ou du moins physique, en sorte que, par le seul fait de manger ce pain et de boire ce vin, les hommes pourraient être rendus participants du corps et du sang de Christ. Il est étonnant qu’un symbole si clair ait été à ce point compliqué de génuflexions, d’ornements et de termes techniques. Quelqu’un peut-il voir la moindre ressemblance entre le Maître assis à table avec les douze et la messe de la communion romaine? Le rite primitif s’est perdu sous le rituel qu’on y a superposé. La superstition a produit un sacrement là où Jésus voulait une communion fraternelle. Trop de gens, qui n’iraient pas aussi loin que Rome, parlent pourtant de ce simple repas comme s’il était un mystère sombre et obscur. Ils emploient toutes sortes de mots savants pour changer en pierre le pain des enfants. Ce n’est plus la cène du Seigneur, mais l’Eucharistie; nous n’avons plus devant nous une assiette, mais une « patène »; la coupe devient un « calice », et la table un « autel ». Ce sont là des incrustations de la superstition, par lesquelles la bienheureuse ordonnance de Christ risque d’être une fois de plus envahie et pervertie.

Que signifie cette cène? Elle signifie communion: communion avec Christ, et communion les uns avec les autres.

Qu’est-ce que la communion? Le mot se décompose aisément en union et en son préfixe com, qui signifie avec: union avec. Il nous faut donc d’abord jouir de l’union avec Christ et avec son Église, sans quoi nous ne pouvons jouir de la communion. L’union est le fondement de la communion. Nous devons être un avec Christ de cœur, d’âme et de vie; baptisés en sa mort; vivifiés par sa vie, et ainsi devenus membres de son corps, un avec l’Église tout entière dont il est la Tête. Nous ne pouvons avoir communion avec Christ tant que nous ne sommes pas unis à lui; et nous ne pouvons avoir communion avec l’Église tant que nous ne sommes pas dans une union vivante avec elle.

I. L’enseignement de la cène du Seigneur est précisément celui-ci: bien que nous ayons bien des voies de communion avec Christ, recevoir Christ dans notre âme comme notre Sauveur est la meilleure manière d’être en communion avec lui.

J’ai dit, chers amis, que nous avons bien des voies de communion avec Christ; laissez-moi vous montrer qu’il en est ainsi.

La communion nous est donnée par un commerce personnel avec le Seigneur Jésus. Nous lui parlons dans la prière, et il nous parle par la Parole. Certains d’entre nous parlent plus souvent avec Christ qu’avec leur femme ou leur enfant, et notre communion avec Jésus est plus profonde et plus entière que notre intimité avec notre ami le plus proche. Dans la méditation, et dans l’action de grâces qui l’accompagne, nous parlons avec notre Seigneur ressuscité, et par son Saint-Esprit il nous répond en faisant naître dans notre esprit des pensées et des émotions nouvelles. J’aime parfois, dans la prière, quand je ne me sens pas capable de rien dire, rester simplement assis en silence et lever les yeux; alors la foi aperçoit spirituellement le Bien-Aimé, et entend sa voix dans le silence solennel de l’âme. Ainsi nous avons avec Jésus un commerce plus intime que des paroles ne pourraient jamais l’exprimer. Notre âme se fond sous la chaleur de l’amour de Jésus, et lui renvoie en retour, comme une flèche, son propre amour. Ne croyez pas que je rêve, ou que je me laisse emporter par le souvenir de quelque transport inhabituel: non, j’affirme que l’âme pieuse peut s’entretenir avec le Seigneur Jésus tout le jour, et avoir avec lui une communion aussi réelle que s’il habitait encore corporellement parmi les hommes. Cela ne me vient pas par ouï-dire, mais par mon expérience personnelle: je sais avec certitude que Jésus se manifeste aux siens comme il ne se manifeste pas au monde.

Ah! quelle douce communion existe souvent entre le saint et le Bien-Aimé, alors qu’il n’y a sur la table ni pain ni vin, car l’Esprit lui-même attire le cœur de celui qui est régénéré, et ce cœur court après Jésus, tandis que le Seigneur lui-même se montre à l’âme qui soupire après lui! Vraiment, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Jouissez-vous de ce délicieux entretien?

Ensuite, nous avons communion avec Christ dans ses pensées, ses vues et ses desseins; car ses pensées sont nos pensées, dans la mesure de notre capacité et de notre sainteté. Les croyants voient les choses comme Jésus les voit; ce qui lui plaît leur plaît, et ce qui l’afflige les afflige aussi. Considérez, par exemple, le plus grand sujet de nos pensées, et voyez si nos pensées ne ressemblent pas à celles de Christ. Il fait ses délices du Père, il aime à glorifier le Père: n’en est-il pas de même de nous? Le Père n’est-il pas le centre des délices de notre âme? Ne nous réjouissons-nous pas au seul son de son nom? Notre esprit ne crie-t-il pas: « Abba! Père! »? Il est donc clair que nous éprouvons envers le Père ce que Jésus éprouve, et ainsi nous avons avec lui la plus vraie des communions. Ce n’est là qu’un exemple; vos méditations feront passer devant vous une grande variété de sujets sur lesquels nous pensons avec Jésus. Or, l’identité de jugement, d’opinion et de dessein est la grande route de la communion; bien plus, elle est la communion même.

Nous avons aussi communion avec Christ dans nos émotions. N’avez-vous jamais ressenti une sainte horreur en entendant un blasphème dans la rue? C’est ce que Jésus ressentait quand il voyait le péché, et qu’il le portait en sa propre personne: seulement, il le ressentait infiniment plus que vous. N’avez-vous jamais senti, en regardant des pécheurs, qu’il vous fallait pleurer sur eux? Ce sont là de saintes larmes, faites des mêmes éléments que celles que Jésus versa lorsqu’il se lamenta sur Jérusalem. Oui, dans notre zèle pour Dieu, notre haine du péché, notre horreur du mensonge, notre pitié pour les hommes, nous avons une vraie communion avec Jésus.

De plus, nous avons eu communion avec Christ dans beaucoup de nos actions. Avez-vous jamais essayé d’instruire les ignorants? Jésus l’a fait. L’avez-vous trouvé difficile? Jésus aussi l’a trouvé difficile. Vous êtes-vous efforcé de ramener celui qui s’était égaré? Alors vous étiez en communion avec le bon Berger qui se hâte dans le désert pour trouver la brebis perdue, la trouve, la met sur ses épaules et la ramène avec joie à la maison. Avez-vous jamais veillé sur une âme nuit et jour avec larmes? Alors vous avez eu communion avec celui qui a porté tous nos noms sur son cœur brisé, et qui en porte le mémorial sur ses mains percées. Oui, dans les actes de renoncement, de libéralité, de bienfaisance et de piété, nous entrons en communion avec celui qui allait de lieu en lieu faisant du bien. Chaque fois que nous tâchons de démêler les nœuds de la discorde et de rétablir la paix entre des hommes qui sont en inimitié, nous faisons ce que fit le grand Artisan de paix, et nous avons communion avec le Seigneur qui donne la paix. Partout, en vérité, où nous coopérons avec le Seigneur Jésus dans ses desseins d’amour envers les hommes, nous sommes en communion vraie et active avec lui.

Il en est de même de nos douleurs. Certains d’entre nous ont eu une large communion avec le Seigneur Jésus dans l’affliction. « Jésus pleura »: il avait perdu un ami, et nous aussi. Jésus s’affligeait de la dureté du cœur des hommes: nous connaissons ce chagrin. Jésus fut extrêmement attristé de voir le jeune homme plein de promesses se détourner et retourner au monde: nous connaissons cette tristesse. Ceux qui ont un cœur compatissant, et qui vivent pour les autres, entrent aisément dans l’expérience de « l’Homme de douleur ». Les blessures de la calomnie, les outrages des orgueilleux, le venin des sectaires, la trahison des faux et la faiblesse des vrais, nous les avons connus dans notre mesure; et en cela nous avons eu communion avec notre Seigneur Jésus.

Et ce n’est pas tout: nous avons été avec notre divin Maître dans ses joies. Je pense qu’il n’a jamais vécu d’homme plus heureux que le Seigneur Jésus. On l’a appelé à juste titre « l’Homme de douleur »; mais on aurait pu, avec une vérité irréprochable, l’appeler aussi « l’Homme de joie ». Il a dû se réjouir lorsqu’il appelait ses disciples et qu’ils venaient à lui; lorsqu’il accordait guérison et soulagement; lorsqu’il donnait le pardon aux pénitents et soufflait la paix sur les croyants. À lui était la joie de retrouver la brebis, et de tirer de la poussière la pièce d’argent. Son œuvre était sa joie: une joie telle que, à cause d’elle, il a souffert la croix, méprisé l’ignominie. L’exercice de la bienfaisance est une joie pour les cœurs aimants: plus il coûte de peine, plus il donne de joie. Les actes de bonté nous rendent heureux, et dans une telle joie nous trouvons la communion avec le grand cœur de Jésus.

Je vous ai ainsi donné une liste de fenêtres d’agate et de portes d’escarboucle par lesquelles vous pouvez parvenir jusqu’au Seigneur; mais l’ordonnance de la cène du Seigneur présente une voie qui les surpasse toutes. C’est le moyen de communion le plus accessible et le plus efficace. C’est ici que nous avons communion avec le Seigneur Jésus en le recevant comme notre Sauveur. Nous, qui sommes coupables, acceptons son expiation comme notre purification par le sacrifice, et en signe de cela nous mangeons ce pain et buvons cette coupe. « Oh! » dit quelqu’un, « je ne sens pas que je puisse m’approcher de Christ. Il est si élevé et si saint, et moi je ne suis qu’un pauvre pécheur. » Justement. C’est précisément pour cette raison que vous pouvez avoir communion avec Christ dans ce qui tient le plus à son cœur: il est un Sauveur, et pour être un Sauveur il faut qu’il y ait un pécheur à sauver. Soyez ce pécheur-là, et Christ et vous serez aussitôt en union et en communion: il sauvera, et vous serez sauvé; il sanctifiera, et vous serez sanctifié; et les deux ne feront ainsi plus qu’un. Cette table place devant vous son grand sacrifice. Jésus l’a offert; voulez-vous l’accepter? Il ne vous demande de rien apporter,—pas une goutte de sang, pas une souffrance de la chair; tout est ici, et votre part est de venir y prendre part, comme autrefois celui qui offrait le sacrifice prenait part au sacrifice de prospérités qu’il avait apporté, et festoyait ainsi avec Dieu et avec le prêtre. Si vous travaillez pour Christ, ce sera certainement une forme de communion avec lui; mais je vous le dis, la communion qui consiste à le recevoir au plus profond de votre âme est la communion la plus proche et la plus intime qui soit possible à l’homme mortel. La communion du service est extrêmement honorable, quand Christ et nous travaillons ensemble aux mêmes fins; la communion de la souffrance est extrêmement instructive, quand notre cœur porte, gravés sur lui, les mêmes caractères qui furent gravés sur le cœur de Christ: mais la communion de l’âme qui reçoit Christ, et qui est reçue par Christ, est plus intime, plus vitale, plus essentielle que toute autre.

Une telle communion est éternelle. Aucune puissance sur la terre ne peut désormais m’ôter le morceau de pain que je viens de manger; il est allé là où il sera transformé en sang, en nerfs, en muscles et en os. Il est en moi, et il est de moi. Cette goutte de vin a couru dans mes veines, et fait partie intégrante de mon être. De même, celui qui, par la foi, prend Jésus pour son Sauveur a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. Il a reçu le Christ au-dedans de lui, et tous les hommes de la terre et tous les démons de l’enfer ne sauraient arracher Christ de lui. Jésus dit: « Celui qui me mange vivra par moi. » Par notre réception sincère de Jésus dans nos cœurs, une union indissoluble s’établit entre nous et le Seigneur, et elle se manifeste par une communion mutuelle. À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné cette communion, à ceux qui croient en son nom.

II. J’ai maintenant à considérer un autre aspect de la communion,—à savoir, la communion des vrais croyants les uns avec les autres. Nous avons bien des manières d’être en communion les uns avec les autres, mais il n’en est aucune qui vaille la réception commune du même Christ de la même manière. J’ai dit qu’il y a bien des voies par lesquelles les chrétiens sont en communion les uns avec les autres, et je voudrais m’arrêter assez longuement sur ces portes de la communion.

Laissez-moi parcourir à peu près le même terrain que tout à l’heure. Nous sommes en communion par de saints entretiens. Je voudrais que nous en eussions davantage. Il fut un temps où ceux qui craignaient l’Éternel se parlaient souvent l’un à l’autre; je crains qu’aujourd’hui ils ne parlent plus souvent l’un contre l’autre. C’est une chose affligeante que, bien souvent, l’amour gise ensanglanté sous la main d’un frère. Là où nous n’en sommes pas tout à fait à ce point, nous restons pourtant souvent réservés et silencieux, et nous manquons ainsi des entretiens profitables. Notre réserve insulaire a souvent fait qu’un chrétien reste assis à côté d’un autre dans un isolement complet, alors que chacun aurait été charmé de la compagnie de l’autre. Les enfants d’une même famille n’ont pas besoin d’attendre d’être présentés l’un à l’autre: ayant mangé de ce même pain, nous avons donné et reçu le signe de la fraternité; agissons donc en accord avec notre parenté, et engageons une sainte conversation la prochaine fois que nous nous rencontrerons. Je crains que, dans bien des cas, la fraternité chrétienne ne commence et ne finisse à l’intérieur du lieu de culte. Qu’il n’en soit pas ainsi parmi nous. Faisons nos délices de chercher notre société dans le cercle dont Jésus est le centre, et faisons nos amis de ceux qui sont les amis de Jésus. Par la prière et la louange fréquemment partagées, et en nous communiquant les uns aux autres les choses que nous avons apprises par l’Esprit, nous aurons communion les uns avec les autres en notre Seigneur Jésus-Christ.

Je suis sûr que tous les chrétiens ont communion ensemble dans leurs pensées. Sur les points essentiels de l’Évangile, nous pensons de même: dans nos pensées sur Dieu, sur Christ, sur le péché, sur la sainteté, nous marchons du même pas; dans notre ardent désir de faire avancer le royaume de notre Seigneur, nous ne sommes qu’un. Toute vie spirituelle est une. Les pensées que l’Esprit de Dieu fait naître dans l’âme des hommes ne sont jamais contraires les unes aux autres. Je ne dis pas que les pensées de tous ceux qui font profession de foi s’accordent, mais j’affirme bien que les esprits des vrais régénérés, dans toutes les dénominations et dans tous les siècles, sont en harmonie les uns avec les autres,—une harmonie qui suscite souvent une surprise ravie chez ceux qui la perçoivent. Les marques qui séparent un groupe de chrétiens de nom d’un autre groupe sont très profondes et très larges pour ceux qui n’ont de la religion que le nom; mais les croyants vivants les remarquent à peine. Les clôtures qui séparent le bétail des champs ne sont pas une division pour les oiseaux du ciel. Nos esprits, nos pensées, nos désirs et nos espérances sont un en Jésus-Christ, et en cela nous avons communion.

Bien-aimés amis, nos émotions sont une autre voie royale de communion. Vous vous asseyez pour raconter votre expérience, et je souris en pensant que c’est la mienne que vous racontez. Parfois, un jeune croyant s’étend sur la triste histoire de ses épreuves et de ses tentations, s’imaginant que personne n’a jamais eu à soutenir un si grand combat, alors qu’il ne fait que décrire les aventures ordinaires de ceux qui vont en pèlerinage, et que nous sommes tous en communion avec lui. Quand nous parlons ensemble de notre Seigneur, ne sommes-nous pas d’accord? Quand nous parlons de notre Père, et de toutes ses dispensations envers nous, ne sommes-nous pas un? Et quand nous pleurons, quand nous soupirons, quand nous chantons, quand nous nous réjouissons, ne sommes-nous pas tous parents? Des doigts célestes, touchant comme des cordes au-dedans de nos cœurs, en tirent les mêmes notes, car nous sommes l’ouvrage du même Créateur, et accordés pour la même louange. Une réelle harmonie existe entre tous les vrais enfants de Dieu: les chrétiens sont un en Christ.

Nous avons aussi communion les uns avec les autres dans nos actions. Nous nous unissons pour tâcher de sauver les hommes: je l’espère du moins. Nous nous joignons les uns aux autres pour instruire, avertir, inviter et persuader les pécheurs de venir à Jésus. Le ministère de notre vie est le même: nous sommes ouvriers avec Dieu. Nous vivons pour un seul et même désir: « Que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »

Assurément, nous avons beaucoup de communion les uns avec les autres dans nos souffrances. Il n’y a pas sur la terre un pauvre saint malade ou découragé avec qui nous ne sympathisions en ce moment, car nous sommes membres les uns des autres, et participants des souffrances de Christ. J’espère que nous pouvons dire:

« Est-il dans tout ton troupeau un agneau

Que je dédaigne de nourrir?

Est-il un ennemi devant la face duquel

Je craigne de plaider ta cause? »

Non, nous souffrons les uns avec les autres, nous portons les fardeaux les uns des autres, et nous accomplissons ainsi la loi de Christ. Si nous ne le faisons pas, nous avons lieu de mettre en doute notre propre foi; mais si nous le faisons, nous avons communion les uns avec les autres.

J’espère que nous avons communion dans nos joies. L’un de nous est-il heureux? Nous ne voudrions pas l’envier, mais nous réjouir avec lui. Peut-être cela n’est-il pas aussi général qu’il le devrait parmi ceux qui font profession de foi. Sommes-nous aussitôt joyeux de la prospérité d’un autre? Si une autre étoile brille plus que la nôtre, faisons-nous nos délices de son éclat? Quand nous rencontrons un frère qui a dix talents, nous félicitons-nous qu’un tel homme nous soit donné pour nous aider, ou le rabaissons-nous autant que nous le pouvons? Telle est la dépravation de notre nature que nous ne nous réjouissons pas volontiers des progrès des autres s’ils nous laissent en arrière; mais il nous faut nous exercer à cela. Un homme s’assiéra bien vite pour compatir aux peines d’un ami; mais s’il le voit honoré et estimé, il est enclin à le regarder comme un rival, et ne se réjouit pas si volontiers avec lui. Cela ne devrait pas être; sans effort, nous devrions être heureux du bonheur de notre frère. Si nous sommes malades, que ce soit notre consolation que beaucoup sont en pleine santé; si nous sommes défaillants, réjouissons-nous que d’autres soient forts dans le Seigneur. Ainsi jouirons-nous d’une heureuse communion, semblable à celle des bienheureux parvenus à la perfection là-haut.

Quand j’ai rassemblé toutes ces formes de communion chrétienne, aucune d’elles n’est aussi sûre, aussi forte, aussi profonde que la communion qui consiste à recevoir le même Christ comme notre Sauveur, et à se confier dans le même sang pour être purifié en vue de la vie éternelle. Ici, sur la table, vous avez les signes de la communion la plus large et la plus pleine. C’est une communion que vous et moi ne pouvons ni choisir ni rejeter: si nous sommes en Christ, elle est et doit être à nous. Certains frères restreignent leur communion dans l’ordonnance extérieure, et ils pensent avoir de bonnes raisons pour le faire; mais je ne parviens pas à voir la force de leur raisonnement, car je constate avec joie que ces frères sont en communion avec d’autres croyants dans la prière, dans la louange, dans l’écoute de la Parole, et de bien d’autres manières: le fait est que la communion réelle échappe très largement au contrôle humain, et qu’elle est pour le corps spirituel ce que la circulation du sang est pour le corps naturel, un processus nécessaire qui ne dépend pas de la volonté. En parcourant un livre de dévotion profondément spirituel, vous avez été charmé et édifié, et pourtant, en regardant la page de titre, il se peut que vous ayez découvert que l’auteur appartenait à l’Église de Rome. Et alors? Eh bien, il est arrivé que la vie intérieure a brisé toutes les barrières, et que vos esprits ont été en communion. Pour ma part, en lisant certains ouvrages précieux, j’ai eu en horreur leur romanisme, et pourtant j’ai eu une étroite communion avec leurs auteurs, pleurant avec eux sur le péché, adorant avec eux au pied de la croix, et me réjouissant avec eux de la glorieuse intronisation de notre Seigneur. Le sang est plus épais que l’eau, et aucune communion n’est plus inévitable ni plus sincère que la communion dans le sang précieux et dans la vie ressuscitée de notre Seigneur Jésus-Christ. Ici, dans la réception commune du seul pain, nous rendons témoignage que nous sommes un; et dans la participation effective de tous les élus à la même rédemption, cette unité est réellement manifestée et amenée à maturité de la manière la plus substantielle. Lavés dans le même sang, nourris du même pain, fortifiés par la même coupe, toutes les différences s’effacent, et « nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres ».

Maintenant donc, chers amis, si cette sorte de communion est la meilleure, ayons soin d’en jouir. Profitons-en à cette heure même.

Ayons soin de voir Christ dans le miroir de cette ordonnance. Quelqu’un d’entre vous a-t-il mangé le pain sans voir Christ? Alors vous n’en avez tiré aucun profit. Avez-vous bu le vin sans vous souvenir du Seigneur? Hélas! je crains que vous n’ayez mangé et bu un jugement contre vous-mêmes, sans discerner le corps du Seigneur. Mais si vous avez vu à travers les emblèmes, comme les personnes âgées voient à travers leurs lunettes, alors vous avez été reconnaissants de tels secours pour la vue. Mais à quoi servent des lunettes s’il n’y a rien à regarder? et à quoi sert la communion si Christ n’est pas dans nos pensées et dans nos cœurs?

Si vous avez discerné le Seigneur, alors ayez soin, en outre, de l’accepter. Dites-vous à vous-même: « Tout ce que Christ est pour qui que ce soit, il le sera pour moi. Sauve-t-il les pécheurs? Il me sauvera. Change-t-il le cœur des hommes? Il changera le mien. Est-il tout en tous pour ceux qui se confient en lui? Il sera tout en tous pour moi. » J’ai entendu des gens dire qu’ils ne savent pas comment prendre Christ. Que dit l’apôtre? « La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. » Si vous avez dans la bouche quelque chose que vous désirez manger, que faut-il faire de mieux? Ne l’avalerez-vous pas? C’est exactement ce que fait la foi. La parole de grâce de Christ est tout près de vous, elle est sur votre langue; laissez-la descendre jusqu’au plus profond de votre âme. Dites à votre Sauveur: « Je sais que je ne suis pas digne de te recevoir, ô Jésus, mais puisque tu viens à moi dans ta grâce comme le pain vient à celui qui a faim, je te reçois avec reconnaissance, heureux de me nourrir de toi! Puisque tu viens à moi comme le fruit de la vigne vient à l’homme altéré, Seigneur, je te prends de bon cœur, et je te rends grâces de ce que cette réception est tout ce que tu exiges de moi. Ton Esprit ne l’a-t-il pas ainsi exprimé: ‹ À tous ceux qui l’ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ›? »

Bien-aimés amis, quand vous aurez ainsi reçu Jésus, ne manquez pas de vous réjouir en lui comme l’ayant reçu. Combien y en a-t-il qui ont reçu Christ, et qui parlent et agissent comme s’ils ne l’avaient jamais reçu! C’est un pauvre dîner que celui dont un homme dit, après l’avoir mangé, qu’il a l’impression de n’avoir pas dîné; et c’est un pauvre Christ que celui dont quelqu’un peut dire: « Je l’ai reçu, mais je n’en suis ni plus heureux, ni plus en paix. » Si vous avez reçu Jésus dans votre cœur, vous êtes sauvé, vous êtes justifié. Murmurez-vous: « Je l’espère »? Est-ce tout? Ne le savez-vous pas? Espérer à demi, avancer à cloche-pied: c’est une pauvre façon de marcher que celle de tant de gens; posez les deux pieds à terre, et dites: « Je sais en qui j’ai cru, et je suis persuadé qu’il a la puissance de garder mon dépôt jusqu’à ce jour-là. » Vous êtes ou sauvé ou perdu; il n’y a pas d’état intermédiaire entre les deux. Vous êtes ou pardonné ou condamné; et vous avez de bonnes raisons d’éprouver le plus grand bonheur, ou bien vous avez de graves motifs de la plus terrible anxiété. Si vous avez reçu l’expiation, soyez aussi joyeux que vous pouvez l’être; et si vous êtes encore incrédule, ne vous donnez pas de repos jusqu’à ce que Christ soit à vous.

Oh! la joie d’entrer continuellement en communion avec Christ, de telle sorte que vous ne perdiez jamais sa compagnie! Que cette joie soit la vôtre, bien-aimés, chaque jour, et tout le jour! Que son ombre tombe sur vous quand vous vous reposez au soleil, ou que vous flânez dans les jardins! Que sa voix vous réjouisse quand vous vous étendez sur le rivage pour écouter le murmure des vagues; que sa présence glorifie la solitude des montagnes quand vous gravissez les collines! Que Jésus soit pour vous une présence qui vous environne de toutes parts, illuminant la nuit, parfumant le jour, réjouissant tous les lieux et sanctifiant toutes les occupations! Notre Bien-Aimé n’est pas un Ami pour les seuls jours du Seigneur, mais aussi pour les jours de la semaine; il est le Compagnon inséparable de ses disciples qui l’aiment. Ceux qui ont eu communion avec son corps et son sang à cette table peuvent avoir le Seigneur comme Hôte habituel à leur propre table; ceux qui ont rencontré leur Maître dans cette chambre haute peuvent s’attendre à ce qu’il illumine leur propre chambre de sa présence royale. Que la communion avec Jésus et avec la fraternité des élus soit désormais l’atmosphère de notre vie, la joie de notre existence. Cela nous donnera un ciel ici-bas, et nous préparera pour le ciel là-haut.

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