Chapitre 22 · 19 min de lecture
Défaillir et revivre aux pieds de Christ
ALLOCUTION PRONONCÉE À LA CLÔTURE DE L’UNE DES CONFÉRENCES DU COLLÈGE PASTORAL. « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite, en disant: Ne crains point! Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Amen; et je tiens les clefs de l’enfer et de la mort. »—Apocalypse 1:17, 18.
DÉFAILLIR ET REVIVRE AUX PIEDS DE CHRIST.
NOUS n’avons plus maintenant à penser qu’à notre Seigneur. Nous venons à lui pour qu’il nous fasse oublier tout le reste. Nous ne sommes pas ici en tant que pasteurs, accablés par les multiples soins du service; nous voici plutôt assis à ses pieds avec Marie, ou penchés sur son sein avec Jean. Le Seigneur lui-même nous donne notre mot d’ordre, tandis que nous rassemblons notre troupe pour cette dernière réunion. « Souvenez-vous de moi », tel est son ordre plein d’amour. Nous le supplions de remplir tout le cercle de notre mémoire, comme le soleil remplit de lumière les cieux et la terre. Nous ne devons penser qu’à Jésus, et c’est de lui seul que je parlerai. Oh! qu’un charbon ardent nous touche, venu de celui qui est notre Autel aussi bien que notre Sacrifice!
Mon texte se trouve dans les paroles de Jean, au premier chapitre de l’Apocalypse, aux dix-septième et dix-huitième versets:—
« Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. Il posa sur moi sa main droite, en disant: Ne crains point! Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Amen; et je tiens les clefs de l’enfer et de la mort. »
Jean était, de tous les hommes, le plus intime avec Jésus, et son Seigneur n’avait jamais eu besoin de lui demander: « M’aimes-tu? » Il me semble que si un homme avait pu se tenir debout en présence du Sauveur glorifié, c’eût été ce disciple que Jésus aimait. L’amour nous permet de grandes libertés: l’enfant grimpe sur les genoux de son père royal, et personne ne l’accuse de présomption. Jean avait un tel amour, et pourtant lui-même ne put regarder la face du Seigneur de gloire sans être terrassé par une sainte crainte. Tant qu’il est encore dans son corps, Jean lui-même doit défaillir, s’il lui est accordé une vision prématurée du Bien-Aimé dans sa majesté. S’il nous était donné de voir le Seigneur avant que nos corps aient subi ce merveilleux changement par lequel nous sommes rendus semblables à Jésus, afin de le voir tel qu’il est, nous trouverions ce spectacle au-dessus de nos forces. Une claire vision de la splendeur céleste de notre Seigneur, tandis que nous sommes ici-bas, ne serait pas à sa place, car il ne nous serait pas profitable d’être sans cesse étendus, évanouis, aux pieds de notre Rédempteur, alors qu’il y a tant d’ouvrage à faire.
Permettez-moi, chers frères, de détacher mon texte de son contexte, et de nous l’appliquer à nous-mêmes, en le faisant descendre du trône, là-haut, jusqu’à cette table-ci. Il se peut, et j’ai confiance qu’il en sera ainsi, qu’en voyant Jésus, même ici, nous tombions avec Jean à ses pieds comme morts. Nous ne nous évanouirons pas, mais nous serons morts dans un autre sens, morts d’une mort très douce, tandis que notre vie se révélera en lui. Après avoir médité sur ce point, nous en viendrons à ce que mon texte sous-entend: nous pourrons alors revivre avec Jean, car s’il n’avait pas repris ses sens, il n’aurait jamais pu nous raconter sa défaillance. Ainsi nous connaîtrons la mort avec Christ, et la résurrection en lui. Oh! que nous en fassions l’un et l’autre une expérience profonde, par la puissance du Saint-Esprit!
I. S’il nous est donné de voir Christ dans les signes simples et instructifs qui se trouvent maintenant sur cette table, nous tomberons, en un sens bienheureux, à ses pieds comme morts.
Car, premièrement, nous voyons ici ce qui a été prévu pour ôter notre péché, et cela nous rappelle ce péché. Voici le pain rompu, parce que nous avons enfreint la loi de Dieu, et que nous aurions dû être brisés pour toujours s’il n’y avait eu un Sauveur meurtri. Dans ce vin, nous voyons le signe du sang par lequel nous devons être purifiés, faute de quoi nous serions des choses immondes, bonnes à être jetées dans les feux de Topheth, parce qu’abominables aux yeux de Dieu. Puisque nous avons devant nous le mémorial de l’expiation du péché, il nous rappelle notre mort dans le péché, où nous serions encore restés, sans cette grâce qui nous a appelés, par sa parole, à la vie et au salut. Êtes-vous en train de vous grandir? Redevenez petits, en voyant que vous n’êtes rien d’autre que des esclaves rachetés. « Affranchis de Dieu », voilà toujours votre véritable rang. Commencez-vous à penser que, parce que vous êtes sanctifiés, vous avez moins besoin d’être purifiés chaque jour? Écoutez cette parole: « Si nous marchons dans la lumière, comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion », et pourtant, même alors, « le sang de Jésus son Fils nous purifie de tout péché ». Nous péchons même au sein de la communion la plus haute et la plus divine, et nous avons toujours besoin du sang qui purifie. Comme cela nous humilie devant le Seigneur! Nous sommes appelés à gagner les pécheurs, et pourtant nous sommes nous-mêmes encore des pécheurs, ayant besoin du Pain de vie tout aussi réellement que ceux à qui nous le distribuons.
Ah! et quelques-uns d’entre nous ont été des pécheurs tout particuliers; c’est pourquoi, si nous aimons beaucoup, c’est qu’il nous a été beaucoup pardonné. Nous avons erré depuis que nous connaissons le Sauveur, et c’est là une sorte de condition pécheresse extrêmement douloureuse; nous avons péché depuis que nous sommes entrés dans l’état le plus élevé de la joie spirituelle, depuis que nous avons été avec lui sur la montagne sainte et que nous avons contemplé sa gloire! Voilà qui fait naître une sainte confusion. Nous pouvons bien tomber aux pieds de Jésus, bien qu’il ne se révèle à nous que dans le pain et le vin, car ces signes nous donnent le sentiment de notre état de pécheurs, tout en nous rappelant comment notre Seigneur a fait face à notre péché et l’a ôté.
Ici, nous tombons aussi bas que les morts. Où est le « moi »? Où est la gloire que l’on tire de soi-même? Vous en reste-t-il quelque chose en présence du Sauveur crucifié? Tandis qu’en esprit vous mangez sa chair et buvez son sang, pouvez-vous vous glorifier de votre propre chair, ou ressentir l’orgueil du sang et de la naissance? Honte à nous s’il se mêle une teinte d’orgueil à notre ministère, ou une souillure de louange de soi à nos succès! Quand nous voyons Jésus, notre Sauveur, le Sauveur des pécheurs, assurément le moi s’effondrera, et l’humilité tombera à ses pieds. Quand nous pensons à Gethsémané et au Calvaire, à toute la douleur et à toute l’agonie de notre grand Rédempteur, assurément, par le Saint-Esprit, la gloire de soi, la recherche de soi et la volonté propre doivent tomber comme frappées d’une blessure mortelle. « Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort. »
Ici encore, nous apprenons une seconde leçon. Jésus a placé sur cette table de la nourriture. Le pain représente tout ce qui est nécessaire, et la coupe tout ce qui est délice: de quoi pourvoir à tous nos besoins et à tous nos désirs légitimes, tout ce qu’il nous faut pour la subsistance et pour la joie. Quelle âme misérable suis-je donc, moi qui ne puis même pas me fournir de pain! Quant aux douceurs, je n’ose même pas y penser; il faut qu’elles me soient données, sinon je n’y goûterai jamais. Frères, nous sommes des commensaux entretenus par la libéralité de notre grand Parent: nous venons à sa table pour notre subsistance, nous n’avons pas de maison à nous. Celui qui nourrit les passereaux nourrit nos âmes; dans les choses spirituelles, nous n’amassons pas plus dans des greniers que ne le font ces oiseaux bénis; notre Père céleste nous nourrit de cette « toute plénitude » qu’il lui a plu de mettre en réserve pour nous en Jésus. Nous ne pourrions pas vivre une heure, spirituellement, sans celui qui est non seulement le pain, mais la vie; non seulement le vin qui réjouit, mais la consolation même. Notre vie dépend de Jésus; il est notre Chef aussi bien que notre nourriture. Nous ne cesserons jamais d’avoir besoin du pain naturel, et spirituellement nous ne dépasserons jamais le besoin d’un Christ présent; bien au contraire, nous éprouverons pour lui une faim plus forte et une passion plus pressante. Regardez là-bas cet homme vaniteux. Il se sent un grand personnage, et vous reconnaissez qu’il vous est supérieur par les dons; mais quel imposteur, quelle sotte créature, de rêver qu’il est quelqu’un! Le voilà maintenant trouvé léger; car, comme nous, il n’est pas même capable de concevoir quelque chose comme venant de lui-même. Un mendiant qui doit vivre d’aumônes, manger le pain de la dépendance, recevoir la coupe de la charité,—de quoi aurait-il à se vanter? C’est lui, le Grand, qui nous nourrit, qui nous donne tout ce dont nous jouissons, qui est notre tout en tous; et quant à nous, nous sommes des suppliants,—j’allais presque dire des mendiants,—une communauté de Frères mendiants, aussi morts à toute richesse spirituelle personnelle que les guerriers tombés à Marathon. L’esclave noir pouvait du moins revendiquer son propre souffle, mais nous ne pouvons pas même revendiquer cela. Il faut que l’Esprit de Dieu nous donne le souffle spirituel, sinon notre vie s’éteindra. Quand nous pensons à cela, assurément la vue de Christ dans ce pain et ce vin, bien que ce ne soit qu’une vision obscure en comparaison de celle qui ravit le cœur de Jean, nous fera tomber aux pieds du Rédempteur comme morts.
Le « moi » ne peut pas vivre, car notre Seigneur n’a prévu aucune nourriture pour l’Ego vaniteux et pour ses airs de grand seigneur. Il a pourvu à tout pour le nécessaire, mais à rien pour la vantardise. Oh! bienheureux sentiment de l’anéantissement de soi! Nous l’avons éprouvé plusieurs fois cette semaine, quand certaines de ces études nous ont été lues par nos frères; et, de plus, nous nous sommes entièrement consumés dans l’éclat de la joie dont notre Maître nous a favorisés. J’espère que cette heureuse assemblée et ses célestes exercices ont fondu l’Ego au-dedans de nous, et l’ont fait, pour un temps, s’écouler en larmes. Mourir à soi-même est un sentiment bienheureux. Puissions-nous tous le connaître! Quand nous sommes faibles jusqu’à l’extrême, dans la conscience de notre mort à nous-mêmes, alors nous sommes forts jusqu’à la plénitude de la puissance. En défaillant jusqu’à la mort de soi, et en perdant tout sentiment de notre force propre, nous sommes introduits dans l’infini, et nous vivons en Dieu.
II. Considérons maintenant comment nous revenons à la vie, et apprenons ainsi à connaître le Seigneur comme la résurrection et la vie. Jean reprit bien ses sens, et il nous dit comment cela se fit. Il dit de celui qui est béni éternellement:—« Il posa sur moi sa main droite, en disant: Ne crains point! Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J’étais mort; et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. Amen; et je tiens les clefs de l’enfer et de la mort. »
Tous les flots de vie de notre être couleront avec une force renouvelée si, tout d’abord, nous sommes mis en contact avec Jésus: « Il posa sur moi sa main droite. » Merveilleuse patience, qu’il ne pose pas le pied sur nous pour nous fouler comme la boue des rues! J’ai été étendu à ses pieds comme mort, et s’il m’avait repoussé du pied comme une chose souillée de corruption, je n’aurais pu mettre en cause sa justice. Mais il n’est pas question ici de son pied! Ce pied a été percé pour nous, et il est impossible que le pied qui a été cloué à la croix pour son peuple le foule jamais dans sa colère. Écoutez ces paroles: « Il posa sur moi sa main droite. » C’est la main droite de sa force et de sa gloire qu’il posa sur son serviteur défaillant. C’était la main d’un homme. C’est la main droite de celui qui, dans toutes nos détresses, a été lui-même dans la détresse, de celui qui est un frère né pour le jour du malheur. Aussi tout, dans sa main, a-t-il une vertu vivifiante. Les paroles de sympathie, mes frères, sont souvent trop peu concrètes, et c’est pourquoi elles sont trop faibles pour ranimer celui qui défaille; le toucher de la sympathie est bien plus efficace. Vous vous rappelez cette belle histoire de la petite esclave noire, farouche, que personne ne pouvait gagner, jusqu’au jour où la petite demoiselle s’assit auprès d’elle et posa la main sur elle. Eva gagna la pauvre Topsy par ce tendre toucher. La langue avait échoué, mais la main remporta la victoire. Ainsi en fut-il de notre adorable Seigneur. Il nous montra qu’il était os de nos os et chair de notre chair; il se mit en contact avec nous, il nous fit sentir la réalité de son amour pour nous, et alors il devint plus que vainqueur de nos cœurs.
Ainsi nous avons senti qu’il n’était pas une fiction, mais un Christ réel, car sa main était là, et nous en avons senti la douce pression. L’imposition de la main droite du Seigneur avait apporté la guérison aux malades, la vue aux aveugles, et même la vie aux morts, et il n’est pas étrange qu’elle ranime un disciple défaillant. Puissiez-vous tous la sentir en ce moment même, dans toute sa puissance vivifiante! Puisse-t-il découler de la main droite du Seigneur, non seulement sa sympathie, parce qu’il est un homme comme nous, mais autant de la puissance de sa divinité que l’homme en peut recevoir, en sorte que nous soyons remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu! Cela est possible à cet instant même. La cène du Seigneur représente le don du corps entier de Christ qui nous est fait, pour entrer en nous comme nourriture; assurément, si nous entrons dans son véritable sens, nous pouvons nous attendre à être ranimés et vivifiés; car nous avons ici plus qu’un simple toucher de la main: c’est le Christ tout entier qui entre spirituellement en nous, et qui se met ainsi en contact avec le plus intime de notre être. Je crois à « la présence réelle »: n’y croyez-vous pas? La présence charnelle est autre chose: celle-là, nous ne la désirons même pas. Seigneur Jésus, viens maintenant nous toucher comme de mille mains, en demeurant en nous, et nous en toi!
Pourtant, il fallait encore autre chose, car notre Seigneur Jésus, après le toucher, donna la parole: « Ne crains point! Je suis le premier et le dernier. » Que dit-il? Dit-il: « Tu es »? Ouvrez votre Nouveau Testament, et voyez. S’écrie-t-il: « Ne crains point; tu es le disciple bien-aimé, Jean l’apôtre et le théologien »? Je ne trouve rien de tel. Il n’invita pas son serviteur à se regarder lui-même, mais à se souvenir du grand JE SUIS, son Sauveur et son Seigneur. La consolation vivante de tout enfant de Dieu qui défaille, de quiconque a conscience d’une blessure mortelle infligée au « moi » naturel, se trouve dans ce « Je » majestueux, qui seul peut dire « Je suis ». Vous vivez parce qu’il y a un « Je suis » qui a la vie en lui-même, et qui possède cette vie pour vous.
« Je suis le premier. » « Je vous ai précédés, et j’ai préparé votre chemin; je vous ai aimés avant que vous m’aimiez; j’ai réglé toute la course de votre vie avant que vous fussiez venus à l’existence. Dans toute œuvre de grâce faite pour vous et en vous, je suis le premier. Comme la rosée qui vient de l’Éternel, je n’ai pas compté sur l’homme, je n’ai pas dépendu des enfants des hommes. Et je suis aussi le dernier, achevant ce qui vous concerne, et vous gardant jusqu’à la fin. Je suis pour vous l’alpha et l’oméga, et toutes les lettres qui sont entre les deux; j’ai commencé avec vous, et je finirai avec vous, si l’on peut concevoir une fin. Je marche à l’avant-garde, et je ferme la marche. Votre persévérance finale vient de moi tout autant que votre heureux commencement. » Frère, une crainte s’élève-t-elle en vous au sujet de cette heure sombre qui menace d’arriver bientôt? Quelle est cette heure? Jésus le sait, et il sera avec vous pendant la nuit, et jusqu’à ce que le jour paraisse. Si Jésus est pour nous le commencement et la fin, que reste-t-il d’autre? Qu’avons-nous à craindre, sinon ces inventions profanes de notre défiance, ces excès de malice qui se façonnent en incrédulités, en doutes et en pensées sans amour? Christ exclut tout ce qui pourrait nous nuire, car il embrasse tout le temps et tout l’espace; il est au-dessus des hauteurs et au-dessous des abîmes; et partout il est Amour.
Lisez encore:—« et le vivant. » « Car je vis, et vous vivrez aussi; aucune mort réelle ne vous atteindra, car la mort n’a plus de pouvoir sur moi,—votre Chef, votre Vie. » Tant qu’il y a dans le ciel un Christ vivant, aucun croyant ne verra jamais la mort: il s’endormira en Jésus, et c’est tout, car même alors il sera « toujours avec le Seigneur ».
Lisez encore:—« J’étais mort. » « C’est pourquoi, même si vous mourez, vous ne descendrez pas plus bas que je ne suis descendu; et vous serez ramenés à la vie, comme je suis moi-même revenu du tombeau. » Pensez à Jésus comme à celui qui a traversé la région de l’ombre de la mort, et vous ne craindrez pas de suivre ses traces. Où les membres mourants reposeraient-ils, sinon sur la même couche que leur Chef, qui lui aussi a connu la mort?
« Et voici, je suis vivant aux siècles des siècles. » Oui, contemplez-le, et ne cessez jamais de le contempler: nous servons un Seigneur éternellement vivant. Frères, retournez chez vous, au sortir de cette conférence, dans la puissance de cette grande parole! Le cher enfant peut tomber malade, ou l’épouse bien-aimée peut être rappelée à la maison du Père; mais Christ dit: « Je suis vivant aux siècles des siècles. » Le cœur qui croit ne peut jamais être veuf, car son Époux est le Dieu vivant. Notre Seigneur Jésus ne nous laissera pas orphelins, il viendra à nous. Voici donc notre joie: non pas en nous-mêmes, mais dans le fait qu’il vit toujours pour accomplir en nous et pour nous le bon plaisir du Père. En avant, soldats de la croix, car notre Capitaine immortel ouvre la marche.
Lisez encore une fois:—« et je tiens les clefs de l’enfer. » En méditant ces paroles, je me suis émerveillé de la pauvreté et de la bassesse de la cause du mal; car son prince, le diable, n’a pas les clefs de sa propre maison; on ne peut les lui confier; elles pendent à la ceinture de Christ. Assurément je n’irai jamais en enfer, car mon Seigneur Jésus a fermé à clef, depuis longtemps, la porte qui m’en aurait livré l’entrée. Les portes de l’enfer ont été verrouillées pour moi quand il est mort à ma place. Je l’ai vu fermer la porte à clef, et, bien plus, je l’ai vu suspendre la clef à sa ceinture, et elle y est encore aujourd’hui. Christ a les clefs de l’enfer; il peut donc, quand il le veut, mettre en cage le lion dévorant, et réprimer sa puissance pour le mal. Oh! que ce jour soit venu! Il vient, car le dragon est animé d’une grande colère, sachant qu’il a peu de temps. N’allons pas seuls au combat contre ce terrible adversaire; parlons-en à celui qui l’a vaincu, et supplions-le de raccourcir sa chaîne. J’admire les paroles énergiques d’une femme mourante à quelqu’un qui lui demandait ce qu’elle faisait quand le diable la tentait au sujet de son péché. Elle répondit: « Le diable ne me tente plus maintenant; il est venu à moi il y a quelque temps, et il ne m’aime pas assez pour revenir! » « Pourquoi donc? » « Eh bien, il s’en est allé parce que je lui ai dit: Élue, élue! » « Que vouliez-vous dire par là? » « Ne vous souvenez-vous pas de ce qui est dit dans l’Écriture: “Que l’Éternel te réprime, Satan! Que l’Éternel te réprime, lui qui a choisi Jérusalem!” » Le texte de cette vieille femme était bien choisi, et l’ennemi ne connaît que trop la réprimande qu’il renferme. Quand Josué, le souverain sacrificateur, vêtu d’habits sales, se tenait devant l’ange, Satan se tenait à sa droite pour l’accuser, mais il fut réduit au silence quand on lui rappela l’élection de Dieu: « Que l’Éternel te réprime, lui qui a choisi Jérusalem! » Ah! frères, quand la main droite de Christ est sur nous, le malin s’en va! Il ne connaît que trop le poids de cette main droite.
Achevez le verset:—« et de la mort. » Notre Seigneur a les clefs de la mort, et ce sera pour nous une réalité joyeuse quand nos dernières heures arriveront. Si nous lui disons: « Maître, où vais-je? » il répond: « J’ai la clef de la mort et du monde des esprits. » Ne répondrons-nous pas: « Nous sommes pleinement confiants d’aller partout où tu voudras nous conduire, ô Seigneur »? Nous suivrons alors ses traces en sa compagnie. Nos corps descendront dans ce que les hommes appellent un charnier, bien que ce soit en réalité le vestiaire des saints, le vestibule du ciel, la garde-robe où notre vêtement sera purifié et rendu parfait. Nous avons un vêtement spirituel qui convient pour l’intervalle, mais nous attendons que nos corps ressuscitent à la ressemblance du « Seigneur venu du ciel ». Quel gain sera le nôtre, quand nous reprendrons les vêtements que nous avions déposés, et que nous les trouverons si glorieusement changés, rendus propres à être portés même en la présence de notre Seigneur! Ainsi, même si la pire crainte qui vous traverse venait à se réaliser, et que vous deviez littéralement mourir aux pieds de votre Seigneur, il n’y a pas lieu de redouter quoi que ce soit, car aucun ennemi ne peut vous faire de mal, puisque la main droite divine s’est engagée à vous délivrer jusqu’à la fin. Rendons au Bien-Aimé la louange la plus pieuse et la plus fervente, tandis que nous prenons part maintenant à ce festin royal. Le Roi est assis à sa table: que notre nard exhale son plus doux parfum.
Chapitre 22 terminé
Défaillir et revivre aux pieds de Christ