Jusqu’à ce qu’il vienne
Christ et ses compagnons de table

Chapitre 17 · 28 min de lecture

Christ et ses compagnons de table

CHRIST ET SES COMPAGNONS DE TABLE « L’heure étant venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. »—Luc 22:14.

CHRIST ET SES COMPAGNONS DE TABLE.

LES ordonnances extérieures de la religion chrétienne ne sont que deux, et toutes deux sont d’une extrême simplicité; pourtant aucune d’elles n’a échappé aux retouches des hommes, et, hélas! ces misérables altérations ont causé bien du mal et fait perdre bien des enseignements précieux. Ainsi, l’ordonnance du baptême, telle que les apôtres l’administraient, figurait l’ensevelissement du croyant avec Christ, et sa résurrection avec son Seigneur pour une vie nouvelle. Il a fallu que les hommes remplacent l’immersion par l’aspersion, et le croyant intelligent par un enfant inconscient, et ainsi l’ordonnance a été mise à mort. L’autre institution sacrée, la cène du Seigneur, est, comme le baptême des croyants, la simplicité même. Elle consiste en du pain rompu et du vin versé, que l’on mange et que l’on boit au cours d’un repas de fête — admirable image des souffrances de Christ pour nous, et de la communion que les saints ont les uns avec les autres et avec lui. Mais cette ordonnance, elle aussi, a été falsifiée par les hommes. Les uns ont entièrement retiré la coupe, ou l’ont réservée à une caste sacerdotale; et le simple pain a été changé en une hostie consacrée. Quant à la table, emblème même de la communion chez toutes les nations — car qu’est-ce qui exprime mieux la communion que de s’asseoir autour d’une table pour manger et boire ensemble? — il a fallu, s’il vous plaît, la faire disparaître et dresser un autel à sa place; le pain et le vin, qui devaient nous aider à nous souvenir du Seigneur Jésus, ont été changés en un « sacrifice non sanglant », et ainsi le tout est devenu une célébration contraire aux Écritures, au lieu d’une sainte institution de communion. Que ces erreurs d’autrui nous avertissent de ne jamais ajouter à la Parole de Dieu ni en retrancher un seul iota ou un seul trait de lettre. Tenez-vous sur le fondement des Écritures, et vous serez en sûreté; vous aurez une réponse pour ceux qui vous interrogent, oui, et une réponse que vous pourrez donner devant le tribunal de Dieu; mais dès que vous laissez votre caprice, votre fantaisie, votre goût, ou votre idée de ce qui est convenable et juste, vous gouverner à la place de la Parole de Dieu, vous vous êtes engagés dans une voie dangereuse, et, à moins que la grâce de Dieu ne vous retienne, il peut en résulter un mal sans bornes. La Bible est notre autorité souveraine; nul ne doit s’en détourner. Le sage dit, dans l’Ecclésiaste: « Observe les ordres du roi »; nous voudrions répéter son conseil, et y ajouter le sage précepte de la mère de notre Seigneur, à Cana, lorsqu’elle dit: « Faites ce qu’il vous dira. »

Nous allons maintenant vous inviter à contempler la première célébration de la cène du Seigneur. Vous remarquez aussitôt qu’il n’y avait point d’autel dans cette grande chambre haute. Il y avait une table, une table avec du pain et du vin, mais point d’autel; et Jésus ne s’agenouilla pas — rien ne l’indique — mais il se mit à table, à la manière orientale sans doute, c’est-à-dire à demi couché; il se mit à table avec ses apôtres. Or, celui qui a institué cette cène savait comment elle devait être observée, et, puisque sa première célébration a servi de modèle à toutes les autres, nous pouvons être assurés que la vraie manière de venir à cette communion est de nous réunir autour d’une table, et d’être assis ou étendus pendant que nous mangeons ensemble le pain et buvons le vin en mémoire de notre Seigneur.

Tandis que nous voyons le Sauveur assis à table avec ses douze apôtres, demandons-nous, premièrement: qu’est-ce que cela faisait d’eux? Deuxièmement: qu’est-ce que cela impliquait? Et troisièmement: que pouvons-nous légitimement en déduire encore?

I. Premièrement, donc, nous voyons le grand Maître, le Seigneur, le Roi en Sion, assis à table pour manger et boire avec ses douze apôtres — qu’est-ce que cela faisait d’eux?

Remarquez ce qu’ils étaient au commencement. Par le premier appel qu’il leur adressa, ils devinrent ses suivants, car il leur dit: « Suivez-moi. » C’est-à-dire qu’ils furent convaincus, par divers signes et indices, qu’il était le Messie, et c’est pourquoi ils se mirent à le suivre. Des suivants peuvent se tenir fort loin de leur chef et n’avoir avec lui que peu ou point de relations, car le chef peut être trop grand pour que les simples membres de sa troupe l’approchent. Dans le cas des disciples, ils le suivaient de singulièrement près, car leur Maître était plein de condescendance; pourtant leurs relations ne furent pas d’emblée des plus intimes, et c’est pourquoi ce n’est pas au commencement qu’il les convia à une fête comme cette cène. Ils commencèrent par le suivre, et c’est par là que nous devons commencer. Si nous ne pouvons encore entrer dans une union plus étroite avec notre Seigneur, nous pouvons du moins connaître sa voix par son Esprit, et le suivre comme les brebis suivent le berger. La manière la plus importante de le suivre est de se confier en lui, puis d’imiter diligemment son exemple. C’est un bon commencement, et il finira bien, car ceux qui marchent avec lui aujourd’hui se reposeront avec lui plus tard; ceux qui marchent sur ses traces s’assiéront sur son trône.

Étant ses suivants, ils devinrent ensuite ses disciples. Un homme peut avoir suivi quelque temps sans être encore parvenu à être disciple. Celui qui suit peut suivre aveuglément, et entendre bien des choses qu’il ne comprend pas; mais quand il devient disciple, son Maître l’instruit et le conduit dans la vérité. Expliquer, exposer, résoudre les difficultés, dissiper les doutes, rendre la vérité intelligible: telle est la charge d’un maître au milieu de ses disciples. Or, ce fut une chose très bénie pour ceux qui le suivaient que de devenir disciples; mais des disciples ne sont pas nécessairement assez intimes avec leur maître pour s’asseoir et manger avec lui. Socrate et Platon connaissaient à l’Académie bien des gens qu’ils n’invitaient pas chez eux. Mes frères, si Jésus nous avait seulement appelés à être ses disciples, et rien de plus, nous aurions eu sujet d’une grande reconnaissance; s’il nous avait été permis de nous asseoir à ses pieds, sans jamais prendre part à un festin comme celui qui est devant nous, nous aurions dû lui être profondément reconnaissants; mais maintenant qu’il nous a favorisés d’une place plus élevée encore, ne soyons jamais infidèles à notre qualité de disciples. Apprenons chaque jour de Jésus, sondons la Bible pour voir ce qu’il nous a enseigné, puis, avec l’aide de son Saint-Esprit, obéissons scrupuleusement. Et pourtant il y a quelque chose au-delà.

Étant les disciples du Seigneur, les élus s’élevèrent ensuite au rang de ses serviteurs, ce qui est un pas de plus, puisque le disciple peut n’être qu’un enfant, tandis que le serviteur a quelque force, a reçu quelque formation, et rend quelque chose en retour. Leur Maître leur donna le pouvoir de prêcher l’Évangile et d’accomplir des missions de grâce, et ils étaient heureux d’être appelés à servir un tel Maître et à l’aider à établir son royaume. Mes chers frères et sœurs, êtes-vous tous consciemment serviteurs de Christ? Si oui, même si le service vous paraît parfois pesant parce que votre foi est faible, soyez pourtant très reconnaissants d’être seulement des serviteurs, car il vaut mieux servir Dieu que régner sur tous les royaumes de ce monde. Il vaut mieux être le plus humble des serviteurs de Christ que le plus grand des hommes, tout en restant esclave de ses propres convoitises, ou simple complaisant des hommes. Son joug est doux, et son fardeau léger. Le serviteur d’un tel Maître doit se réjouir de sa vocation; et pourtant il y a quelque chose au-delà.

Vers la fin de sa vie, notre Maître révéla la relation plus étroite encore de ses disciples, et prononça des paroles comme celles-ci: « Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître; mais je vous ai appelés amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai appris de mon Père. » C’est là un grand pas en avant. L’ami, si humble soit-il, jouit d’une grande familiarité avec son ami. On dit à l’ami ce que le serviteur n’a pas besoin de savoir. L’ami jouit d’une communion à laquelle le simple serviteur, le disciple ou le suivant ne sont pas parvenus. Puissions-nous connaître cette union plus haute, ce lien plus cher! Ne nous contentons pas de moins que de jouir de l’amitié de notre Maître! « Celui qui a des amis doit se montrer ami »; et si nous voulons avoir l’amitié de Christ, nous devons être les amis de sa cause, de sa vérité et de son peuple. Il est un Ami qui aime en tout temps; si vous voulez jouir de son amitié, prenez soin de demeurer en lui.

Or, remarquez que, la nuit qui précéda sa Passion, notre Seigneur fit franchir à ses amis un pas au-delà de l’amitié ordinaire. Le simple suivant ne s’assied pas à table avec son chef; le disciple ne prétend pas être le commensal de son maître; le serviteur est rarement reçu à la même table que son seigneur; celui qu’on honore de son amitié n’est pas toujours invité comme hôte; mais ici le Seigneur Jésus fit de ses élus ses compagnons de table; il les éleva jusqu’à s’asseoir avec lui à la même table, à manger du même pain et à boire à la même coupe que lui. De cette position, il ne les a jamais fait déchoir; ils étaient des hommes représentatifs, et là où le Seigneur les a placés, il a placé pour toujours tous ses saints. Tout le peuple croyant du Seigneur est assis, par un privilège et un appel sacrés, à la même table que Jésus, car véritablement, notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ. Il est entré dans nos cœurs, il soupe avec nous, et nous avec lui; nous sommes ses compagnons de table, et nous mangerons le pain avec lui dans le royaume de Dieu.

Compagnons de table, voilà donc la réponse à la question: « Qu’est-ce que cette fête faisait des apôtres? » Cette fête montre que tous les membres de l’Église de Christ sont, par la grâce divine, compagnons de table les uns des autres, et de Jésus-Christ leur Seigneur.

II. Passons maintenant, en second lieu, à cette question: qu’impliquait cette communauté de table?

Elle impliquait, avant tout, une fidélité mutuelle. Ce repas solennel pris ensemble était un gage de fidélité les uns envers les autres. Il devait être compris ainsi, sans quoi la plainte n’aurait eu aucune force: « Celui qui mange avec moi le pain A levé son talon contre moi. » Cela ne voulait-il pas dire que, parce que Judas avait mangé le pain avec son Seigneur, il était tenu de ne pas le trahir, et donc de ne pas lever le talon contre lui? C’était le sceau d’une alliance tacite; ayant mangé ensemble, ils étaient liés par l’engagement d’être fidèles les uns aux autres. Or, vous tous qui êtes réellement les serviteurs et les amis de Christ, sachez que le Seigneur Jésus, en mangeant avec vous à sa table, s’engage à vous être fidèle. Le Maître ne joue jamais le rôle de Judas — le Judas se trouve parmi les disciples. Il n’y a rien de traître dans le Seigneur; non seulement il a la puissance de garder ce que nous lui avons confié, mais il est fidèle, et c’est lui qui le fera. Il sera fidèle, non seulement quant à la grande et principale affaire, mais aussi quant à chaque promesse qu’il a faite. Sachez donc avec assurance que votre Maître ne vous aurait pas conviés à sa table pour manger le pain avec lui s’il avait l’intention de vous abandonner. Il vous a reçus comme ses hôtes d’honneur, il vous a nourris de ses mets les plus exquis, et par là il vous dit autant que ceci: « Je ne te délaisserai jamais, quoi qu’il arrive; dans tous les temps d’épreuve, d’abattement et de tentation, je serai à ta droite, et tu ne chancelleras pas; et jusqu’à la fin tu éprouveras ma fidélité et ma vérité. »

Mais, bien-aimés, vous ne comprenez pas cette cène si elle ne vous rappelle aussi la fidélité que vous devez, de votre côté, à votre Seigneur, car le festin est commun, et le gage mutuel. En mangeant avec lui, vous engagez votre foi au Crucifié. Bien-aimés, comment avez-vous tenu votre engagement pendant l’année écoulée? Vous avez mangé le pain avec lui, et j’espère que, dans votre cœur, vous ne vous êtes jamais égarés au point de lever le talon contre lui; mais l’avez-vous toujours honoré comme vous l’auriez dû? Vous êtes-vous conduits comme des hôtes auraient dû le faire? Pouvez-vous vous souvenir de son amour pour vous, et placer à côté votre amour pour lui, sans avoir honte? Dès maintenant, que le Saint-Esprit opère dans nos âmes une fidélité jalouse envers le Bien-Aimé, qui ne permette pas à nos cœurs de s’éloigner de lui, ni à notre zèle pour sa gloire de décliner!

De plus, souvenez-vous qu’il y a dans ce repas solennel pris ensemble un gage de fidélité entre les disciples eux-mêmes, aussi bien qu’entre les disciples et leur Seigneur. Judas aurait été un traître s’il avait livré Pierre, ou Jean, ou Jacques: ainsi, lorsque vous venez à la même table, mes frères, vous devez désormais être fidèles les uns aux autres. Que toutes les querelles et toutes les jalousies cessent, et qu’un esprit généreux et affectueux règne dans chaque cœur. Si vous entendez quelqu’un parler contre ceux avec qui vous avez communié, dites-vous que, puisque vous avez mangé le pain avec eux, vous êtes tenus de défendre leur réputation. Si une accusation injurieuse s’élève contre quelque frère en Christ, dites-vous que sa réputation vous est aussi chère que la vôtre. Qu’une franc-maçonnerie sacrée soit maintenue parmi nous, s’il m’est permis de comparer une union bien plus haute et plus spirituelle à quelque chose qui appartient à la vie ordinaire. Vous êtes membres les uns des autres; veillez à vous aimer ardemment les uns les autres, d’un cœur pur. En buvant à la même coupe, en mangeant du même pain, vous présentez au monde un signe qui, je l’espère, n’est pas destiné à être un mensonge. De même qu’il montre véritablement la fidélité de Christ envers vous, qu’il figure aussi réellement votre fidélité envers Christ, et les uns envers les autres.

Ensuite, manger et boire ensemble était un signe de confiance mutuelle. En étant assis là ensemble, ils déclaraient de leur plein gré leur confiance les uns envers les autres. Ces disciples se fiaient à leur Maître; ils savaient qu’il ne les égarerait ni ne les tromperait. Ils se fiaient aussi les uns aux autres, car lorsqu’on leur dit que l’un d’eux trahirait leur Seigneur, ils ne se soupçonnèrent pas les uns les autres, mais chacun dit: « Est-ce moi, Seigneur? » Ils avaient une grande confiance les uns dans les autres, et le Seigneur Jésus, comme nous l’avons vu, leur avait accordé une grande confiance en les traitant comme ses amis. Il leur avait même confié le grand secret de ses souffrances et de sa mort prochaines. C’était une compagnie pleine de confiance qui était assise à cette table de la cène. Maintenant, bien-aimés, lorsque vous vous réunissez autour de cette table, venez dans un esprit de confiance sans réserve dans le Seigneur Jésus. Si vous souffrez, ne doutez pas de son amour, mais croyez qu’il fait concourir toutes choses à votre bien. Si vous êtes tourmentés par les soucis, prouvez votre confiance en les laissant entièrement entre les mains de votre Rédempteur. Ce ne sera pas pour vous une fête de communion si vous venez ici avec des soupçons à l’égard de votre Maître. Non, montrez votre confiance en mangeant le pain avec lui. Qu’il y ait aussi entre vous une confiance fraternelle. Il serait affligeant de voir parmi vous un esprit de soupçon et de défiance. Le soupçon est la mort de la communion. Dès l’instant où un chrétien s’imagine qu’un autre le juge durement, quand même il n’y aurait pas la moindre vérité dans cette pensée, aussitôt la racine d’amertume est plantée. Croyons à la sincérité les uns des autres, car nous pouvons être assurés que chacun de nos frères mérite plus que nous qu’on se fie à lui. Tournez vos soupçons vers l’intérieur, et s’il vous faut soupçonner, soupçonnez votre propre cœur; mais quand vous rencontrez ceux qui ont communié avec vous à cette table, dites en vous-mêmes: « Si de tels hommes peuvent me tromper, et hélas! ils le peuvent, j’aime mieux consentir à être dupé que d’entretenir une perpétuelle défiance envers mes frères chrétiens. »

Une troisième signification du rassemblement autour de la table est celle-ci: une fraternité cordiale. Notre Seigneur, en s’asseyant à table avec ses disciples, s’est montré un avec eux, un vrai Frère. Nous ne lisons nulle part qu’un ordre de préséance ait réglé la place de chacun. Assurément, si le Grand Chambellan de Rome avait disposé la table, il aurait placé Pierre à la droite du Christ, et les autres apôtres à des rangs échelonnés selon la dignité de leurs futurs évêchés; mais tout ce que nous savons de leur disposition, c’est que Jean était assis tout près du Sauveur et reposait sur son sein, et que Pierre était assis assez loin,—nous en sommes certains, puisqu’il est dit qu’il « fit signe » à Jean; s’il avait été assis à côté de lui, il lui aurait parlé à l’oreille, mais il lui fit signe, et il devait donc se trouver assez loin au bas de la table, si toutefois il y avait un « haut » et un « bas » dans la disposition des convives. Nous croyons qu’en réalité ils étaient assis là dans une sainte égalité, le Seigneur Jésus, le Frère aîné, au milieu d’eux, et tous les autres placés selon cette parole: « Un seul est votre Maître, le Christ, et vous êtes tous frères. » Sentons donc, en revenant maintenant à la table, que nous sommes unis par les liens d’une parenté sacrée à Jésus-Christ, qui est élevé dans le ciel, et que, par lui, notre parenté avec nos frères chrétiens est très proche et très intime.

Oh! que la fraternité chrétienne soit plus réelle! Le mot même de « frère » en est venu à être tourné en ridicule comme une hypocrisie, et on le comprend, car il n’est le plus souvent qu’une formule convenue, et dans bien des cas il ne signifie pas grand-chose. Mais il devrait signifier quelque chose. Vous n’avez aucun droit de venir à cette table si vous ne sentez pas vraiment que ceux qui sont lavés dans le sang de Jésus ont droit à l’amour de votre cœur et à l’activité de votre bienveillance. Quoi! vous devez vivre ensemble pour toujours dans le ciel, et vous ne vous témoigneriez aucune affection ici-bas? C’est le commandement nouveau de votre Maître que vous vous aimiez les uns les autres; allez-vous n’en tenir aucun compte? Il a donné ceci comme l’insigne des chrétiens: « À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples »,—non pas si vous portez une croix d’or, mais—« si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Voilà l’insigne qui montre que le chrétien est, en toute vérité, un disciple de Jésus-Christ. Ici, à cette table, nous trouvons la fraternité. Quiconque mange de ce repas sacré déclare qu’il fait partie d’une fraternité en Christ, une fraternité qui lutte pour la même cause, unie par une sincère sympathie, dont les membres sont membres les uns des autres, et tous membres du corps de Christ. Que Dieu fasse que cela soit une réalité dans toute la chrétienté dès maintenant, et comme le monde s’émerveillera en s’écriant: « Voyez comme ces chrétiens s’aiment les uns les autres! »

Mais cette table signifie plus encore: elle signifie une jouissance commune. Jésus mange, et ils mangent, le même pain. Il boit, et ils boivent, à la même coupe. Il n’y a aucune distinction dans les mets. Qu’est-ce que cela veut dire? Cela ne nous dit-il pas que la joie du Christ est la joie de son peuple, lui qui a dit: « afin que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite »? La joie même qui fait les délices du Christ est celle qu’il prépare pour son peuple. Vous, si vous êtes un vrai croyant, vous avez part à la joie du Christ: vous prenez plaisir à voir son règne venir, la vérité progresser, les pécheurs sauvés, la grâce glorifiée, la sainteté avancer, Dieu exalté; c’est là aussi son plaisir. Mais, mes chers frères, vous qui avez fait profession de foi avec moi, êtes-vous sûrs que votre joie principale soit la même que celle du Christ? Êtes-vous certains que ce qui soutient votre vie soit ce qui était sa nourriture et son breuvage, à savoir faire la volonté du Père céleste? Sinon, je crains que vous n’ayez rien à faire à cette table; mais s’il en est ainsi, et que vous veniez à la table, alors je prie pour que vous partagiez la joie du Christ. Puissiez-vous vous réjouir en lui comme il se réjouit en vous, et qu’ainsi votre communion soit douce!

Enfin, sur ce point, le festin à une seule table exprimait une affection familière. C’est la place de l’enfant de s’asseoir à table avec ses parents, car là règne l’affection. C’est une place d’honneur d’être assis à table: « Marthe servait, et Lazare était un de ceux qui se trouvaient à table » avec lui. Mais cet honneur est de ceux que l’amour inspire, et non la crainte. C’est à table que les hommes découvrent souvent leur pensée plus pleinement qu’ailleurs. Si vous voulez comprendre un homme, vous n’allez pas le voir à la Bourse, ni ne le suivez au marché; car là, il se tient sur la réserve; mais vous allez à sa table, et là il ouvre son cœur. Or, le Seigneur Jésus-Christ s’est assis à table avec ses disciples. C’était un repas; c’était un repas simple et familier; une intimité sans contrainte régnait à cette heure-là. Oh! frères et sœurs, je crains que nous ne soyons venus quelquefois à cette table sans y trouver le Christ, et qu’alors ce n’ait été qu’une vaine formalité et rien de plus. Je rends grâces à Dieu de ce que, venant à cette table chaque jour du sabbat, comme certains d’entre nous le font et l’ont fait depuis bien des années, nous y avons pourtant, la plupart du temps, joui de la communion la plus intime avec le Christ que nous ayons jamais connue, et nous avons mille fois béni son nom pour cette ordonnance. Il est cependant possible de ne faire que manger le pain et boire le vin, en perdant toute leur signification sacrée. Priez donc le Seigneur de se révéler à vous. Demandez que ce ne soit pas pour vous une forme morte, mais que maintenant, en toute vérité, vous donniez votre cœur au Christ, tandis qu’il vous montrera ses mains et son côté, et vous fera connaître ses agonies et sa mort, par lesquelles il vous a rachetés de la colère à venir. Tout cela, et bien plus encore, voilà l’enseignement de la table à laquelle Jésus s’assit avec les douze. Je me suis souvent demandé pourquoi l’Église de Rome n’achète pas tous ces tableaux de l’un de ses peintres les plus renommés, Léonard de Vinci, où notre Seigneur est représenté assis à table avec ses disciples, car ils contredisent la doctrine papiste sur ce sujet. Aussi longtemps que cette peinture restera sur le mur, et que des copies en seront répandues partout, l’Église de Rome demeure convaincue d’aller contre l’enseignement de l’Église primitive en dressant un autel, alors qu’elle reconnaît elle-même qu’autrefois ce n’était pas considéré comme un autel de sacrifice, mais comme une table de communion, devant laquelle le Seigneur ne s’agenouillait pas et ne se tenait pas debout comme un prêtre officiant, mais à laquelle lui et ses disciples étaient assis. Nous du moins, nous n’avons à craindre aucun reproche de l’antiquité, car nous suivons, et nous entendons suivre, la pratique primitive. Notre Seigneur nous a commandé de faire ceci jusqu’à ce qu’il vienne,—non pas de le modifier, mais simplement: « faites ceci », et rien d’autre, de la même manière, jusqu’à ce qu’il vienne.

III. Nous allons conclure en demandant: que peut-on encore déduire du fait que le Christ s’est assis à table avec ses disciples?

Je réponds: d’abord, on peut en déduire l’égalité de tous les saints. Il y avait là douze apôtres. Leur apostolat, cependant, n’entre pas en ligne de compte. Quand la cène du Seigneur fut célébrée après que tous les apôtres furent partis pour le ciel, fallait-il y apporter quelque changement parce que les apôtres n’étaient plus là? Nullement. Les croyants doivent faire ceci en mémoire de leur Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. Aucun ordre ne prescrivait de changement quand les premiers apôtres eurent tous quitté l’Église: non, cela devait rester pareil,—le pain et le vin, et l’assemblée autour de la table, jusqu’à la venue du Seigneur. J’en conclus donc l’égalité de tous les saints. Il y a une différence de charge, il y a eu une différence de dons miraculeux, et il y a de grandes différences dans la croissance en grâce; mais, dans la maison de Dieu, tous les saints, qu’ils soient apôtres, pasteurs, docteurs, diacres, anciens ou simples membres, étant tous égaux, mangent à une même table. Il n’y a ici qu’un seul pain, il n’y a qu’un seul fruit de la vigne.

Ce n’est que dans l’Église de Dieu que ces mots, si chimériques en politique, peuvent jamais être plus qu’un rêve: « Liberté, Égalité, Fraternité ». Vous les trouvez là où est Jésus; non dans une république, mais dans le royaume de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, où toute autorité et toute domination lui appartiennent, où nous le reconnaissons tous de plein gré comme notre glorieux Chef, et où nous sommes tous frères. Ne tombez jamais dans l’idée que les croyants d’autrefois étaient d’une nature supérieure à la nôtre. Ne parlez pas de saint Paul, de saint Matthieu et de saint Marc, à moins d’être prêts à parler de saint William et de sainte Jane assis là-bas, car s’ils sont en Christ, ils sont des saints tout aussi véritablement que ces premiers saints, et j’ose croire qu’il y en a peut-être qui sont parvenus à une sainteté plus haute encore que beaucoup de ceux que la tradition a canonisés. Les hauteurs de la sainteté nous sont ouvertes à tous par la grâce, et le Seigneur nous invite à y monter. Ne pensez pas que ce que le Seigneur a opéré dans les premiers saints ne puisse pas être opéré en vous. C’est parce que vous le pensez que vous ne le demandez pas dans la prière, et c’est parce que vous ne le demandez pas que vous n’y parvenez pas. La grâce de Dieu a soutenu les apôtres; cette grâce n’est pas moindre aujourd’hui qu’alors. Le bras du Seigneur n’est pas raccourci; sa puissance n’est pas limitée. Si seulement nous croyons, et si nous sommes aussi ardents que l’étaient ces premiers saints, nous vaincrons encore des royaumes, et le jour viendra où les dieux de l’hindouisme, les faussetés de Mahomet et les mensonges de Rome seront renversés aussi sûrement que le furent les antiques philosophies et les idolâtries classiques de la Grèce et de Rome par l’enseignement des premiers ministres du Christ. La même table est là pour vous, la même nourriture y est présentée en emblème, et la grâce peut vous rendre semblables à ces saints hommes, car vous êtes rachetés par le même sang et vivifiés par le même Esprit. Croyez seulement, car tout est possible à celui qui croit.

Une autre conclusion, que je ne ferai qu’indiquer, est celle-ci: les besoins de l’Église seront les mêmes à tous les âges, et ce qui pourvoit aux besoins de l’Église ne variera jamais. Il y aura toujours la table, et la table avec les mêmes mets:—toujours du pain, rien de plus que du pain pour nourriture; toujours du vin, rien de moins que du vin pour boisson. L’Église aura toujours besoin de la même nourriture, du même Christ, du même Évangile. Arrière, traîtres, qui nous dites que nous devons façonner notre Évangile au goût de ce dix-neuvième siècle éclairé! Arrière, cœurs faux, qui voudriez nous faire atténuer la vérité éternelle, qui survivra au soleil, à la lune et aux étoiles, pour l’accommoder à votre culture tant vantée, qui n’est qu’une ignorance vernie! Non, cette vérité qui jadis était puissante, par la vertu de Dieu, pour renverser des forteresses, est puissante encore, et nous la maintiendrons jusqu’à la mort; l’Église a besoin aujourd’hui des doctrines de la grâce autant qu’au temps où Paul, Augustin ou Calvin les prêchaient; l’Église a besoin que la justification par la foi, l’expiation substitutive, la régénération et la souveraineté divine soient prêchées du haut de ses chaires autant qu’aux jours d’autrefois, et, par la grâce de Dieu, elle les aura aussi.

Enfin, il y a dans cette vérité, que le Christ a fait de tous ses disciples ses compagnons de table, une prophétie: telle sera la part de tout son peuple pour toujours. Il ne peut y avoir moins de privilège dans le ciel que sur la terre. Il ne se peut pas que, dans l’état céleste, les croyants soient déchus de ce qu’ils ont été ici-bas. Qu’étaient-ils donc ici-bas? Des compagnons de table. Que seront-ils là-haut dans le ciel? Des compagnons de table encore, et heureux celui qui prendra son repas dans le royaume de Dieu! « Plusieurs viendront de l’orient et de l’occident, et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume de Dieu », et le Seigneur Jésus sera au haut bout de la table. Or, que sera sa table de joie? Mettez votre imagination à l’œuvre, et pensez à ce que sera la fête de son âme quand sa récompense sera tout entière devant lui et son triomphe pleinement accompli. L’avez-vous imaginé? Pouvez-vous le concevoir? Quoi que ce soit, vous y aurez part. Je répète ces mots: quoi que ce soit, le plus petit croyant y aura part. Vous, pauvre ouvrière, oh! quel changement pour vous, de vous asseoir parmi les princes, près de votre Seigneur Jésus, toute votre peine et toute votre misère à jamais finies! Et vous, triste enfant de la souffrance, qui pouvez à peine monter à l’assemblée du peuple de Dieu, et qui retournez peut-être encore à ce lit de langueur, vous n’aurez plus de douleurs là-haut, mais vous serez toujours avec le Seigneur, et la joie du Christ sera votre joie aux siècles des siècles! Oh! ne pouvez-vous pas faire vôtres ces paroles du docteur Watts,—

« Oui, et avant que nous montions

Vers cet état immortel,

La pensée d’un si prodigieux bonheur

Devrait sans cesse créer la joie »?

Dans l’attente de la joie qui sera la vôtre, oubliez vos épreuves présentes, élevez-vous au-dessus des difficultés de l’heure, et si vous ne pouvez vous réjouir du présent, réjouissez-vous pourtant de l’avenir, qui sera si tôt le vôtre.

Nous terminons par une parole de profond regret,—le regret que beaucoup ici ne puissent comprendre ce dont nous avons parlé, et n’y aient aucune part. Il y en a parmi vous qui ne doivent pas venir à la table de communion, parce que vous n’aimez pas le Christ. Vous ne vous êtes pas confiés en lui; vous n’avez aucune part en lui. Il n’y a point de salut dans les sacrements. Croyez-moi, ils ne sont que des illusions pour ceux qui ne viennent pas au Christ de tout leur cœur. Vous ne devez pas venir au signe extérieur si vous n’avez pas la réalité qu’il signifie. Voici le chemin du salut: crois au Seigneur Jésus, et tu seras sauvé. Croire en lui, c’est se confier en lui; pour employer un vieux mot, c’est se laisser aller de tout son poids; c’est s’appuyer sur lui, se reposer sur lui. Ici, je m’appuie, je repose tout mon poids sur ce support devant moi; faites de même avec le Christ au sens spirituel: appuyez-vous sur lui. Vous avez un fardeau de péché: appuyez-vous sur lui, avec le péché et tout le reste. Vous êtes tout à fait indignes, et faibles, et peut-être malheureux; alors, rejetez sur lui la faiblesse, l’indignité, la misère et tout le reste. Prenez-le pour être tout en tous pour vous, et quand vous vous serez ainsi confiés en lui, vous serez devenus ceux qui le suivent; avancez alors, par l’humilité, pour être son disciple, par l’obéissance, pour être son serviteur, par l’amour, pour être son ami, et par la communion, pour être son compagnon de table.

Que le Seigneur vous conduise ainsi, pour l’amour de Jésus! Amen.

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