Chapitre 14 · 29 min de lecture
Le cantique mémorable
LE CANTIQUE MÉMORABLE.
L’OCCASION à laquelle ces paroles furent prononcées était le dernier repas que Jésus prit en compagnie de ses disciples avant de les quitter pour aller à son procès infamant et à sa mort ignominieuse. C’était son souper d’adieu, à la veille d’une séparation amère, et pourtant il fallait qu’ils chantent. Il était au bord de ce gouffre de misère où il allait plonger, et pourtant il voulut qu’ils chantent « un cantique ». Il est merveilleux qu’il ait chanté, et, à un second degré, il est remarquable qu’ils aient chanté. Nous examinerons ces deux faits singuliers.
I. Arrêtons-nous un moment sur ce fait: Jésus chanta à une heure pareille. Que nous enseigne-t-il par là? Ne dit-il pas à chacun de nous, ses disciples: « Ma religion est une religion de bonheur et de joie; moi, votre Maître, je veux par mon exemple vous apprendre à chanter même lorsque la dernière heure solennelle est venue et que toutes les ténèbres de la mort s’amassent autour de vous. Ici, à cette table, je suis votre maître de chant, et je vous donne des leçons de musique où ma voix mourante vous conduira: malgré toutes les douleurs qui accablent mon cœur, je serai pour vous le chef des chantres, et le chantre agréable d’Israël »? S’il y eut jamais un moment où il eût été naturel, et conforme à la solennité de l’occasion, que le Sauveur courbât la tête sur la table en fondant en larmes; ou s’il y eut jamais une heure où il aurait pu à bon droit se retirer de toute compagnie et pleurer en soupirs et en gémissements le combat qui l’attendait, ce fut bien celle-là. Mais non; ce cœur vaillant veut chanter « un cantique ». Notre glorieux Jésus se montre homme plus que tous les autres hommes. Le plus hardi des fils des hommes, il ne faiblit pas à l’heure de la bataille, mais accorde sa voix à la plus haute psalmodie. Le génie de ce christianisme dont Jésus est le Chef et le Fondateur, son objet, son esprit et son dessein, c’est le bonheur et la joie, et ceux qui le reçoivent peuvent chanter jusque dans la gueule même de la mort.
Cette remarque, toutefois, n’est que secondaire au regard de la suivante: l’accomplissement parfait de la loi par notre Seigneur mérite plus encore notre attention. Il était d’usage de chanter lors de la célébration de la Pâque, et c’est la raison principale pour laquelle le Sauveur le fit. Pendant la Pâque, on avait coutume de chanter le psaume cent treizième et les cinq suivants, que l’on appelait le « Hallel ». Le premier commence, vous le remarquerez, dans notre version, par « Louez l’Éternel! », ou « Alléluia! ». Le cent quinzième et les trois suivants se chantaient d’ordinaire comme cantique final de la Pâque. Or notre Sauveur ne voulait rien ôter à la splendeur du grand rite juif, bien que ce fût la dernière fois qu’il le célébrait. Non; il y aura la sainte beauté et les délices de la psalmodie; rien n’en sera retranché; le « Hallel » sera entier et complet. Nous pouvons croire sans crainte que le Sauveur chanta, ou plus probablement psalmodia, la totalité de ces six psaumes; et mon cœur me dit que nul à cette table ne chanta plus pieusement ni plus joyeusement que notre Seigneur béni. Certains passages du psaume cent dix-huitième, en particulier, nous frappent comme ayant dû résonner avec une grandeur singulière en sortant de ses lèvres bénies. Remarquez les versets 22, 23 et 24. Observez surtout ces paroles, vers la fin du psaume, et imaginez que vous entendez le Seigneur lui-même les chanter: « L’Éternel est Dieu, et il nous éclaire. Attachez la victime avec des liens, Amenez-la jusqu’aux cornes de l’autel! Tu es mon Dieu, et je te louerai; Mon Dieu! Je t’exalterai. Louez l’Éternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure à toujours! »
Parce que c’était donc la coutume établie d’Israël de réciter ou de chanter ces psaumes, notre Seigneur Jésus-Christ fit de même; car il ne voulait rien laisser d’inachevé. De même que, lorsqu’il descendit dans les eaux du baptême, il dit: « Il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste », de même il semblait dire, assis à table: « Il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste; chantons donc au Seigneur, comme l’a fait le peuple de Dieu dans les siècles passés. » Bien-aimés, contemplons avec une sainte admiration la rigueur de l’obéissance du Sauveur à la volonté de son Père, et efforçons-nous de marcher sur ses traces en toutes choses, cherchant à obéir à la Parole du Seigneur dans les petites choses comme dans les grandes.
Ne pouvons-nous pas nous risquer à suggérer une autre raison, plus profonde encore? Le fait de chanter « un cantique » pendant le souper ne montrait-il pas la sainte absorption de l’âme du Sauveur dans la volonté de son Père? Si, bien-aimés, vous saviez que ce soir — disons à dix heures — vous seriez emmenés pour être moqués, méprisés et flagellés, et que le soleil de demain vous verrait faussement accusés, pendus comme des criminels condamnés, pour mourir sur une croix, pensez-vous que vous pourriez chanter ce soir, après votre dernier repas? Je suis sûr que non, à moins qu’avec un courage et une résignation plus que terrestres votre âme ne puisse dire: « Attachez la victime avec des liens, Amenez-la jusqu’aux cornes de l’autel! » Vous chanteriez si votre esprit était semblable à l’esprit du Sauveur; si, comme lui, vous pouviez vous écrier: « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux »; mais s’il demeurait en vous le moindre égoïsme, le moindre désir d’être épargnés par l’amertume de la mort, vous ne pourriez pas entonner le « Hallel » avec le Maître. Jésus béni, comme tu t’es entièrement livré! comme tu t’es parfaitement consacré! si bien que, là où les autres hommes chantent quand ils marchent vers leurs joies, toi, tu chantais sur le chemin de la mort; là où les autres hommes élèvent une voix joyeuse quand l’honneur les attend, toi, tu avais sur les lèvres un chant vaillant et saint quand la honte, les crachats et la mort devaient être ton partage.
Ce chant du Sauveur nous enseigne aussi que le Maître se donnait de tout son cœur à l’œuvre qu’il allait accomplir. Le guerrier patriote chante en courant à la bataille; c’est aux accents de la musique martiale qu’il s’avance à la rencontre de l’ennemi; et c’est ainsi que le cœur de notre Champion tout glorieux lui fournit un chant jusque dans l’heure terrible de son agonie solitaire. Il voit la bataille, mais il ne la redoute pas; bien que dans le combat son âme doive être « triste jusqu’à la mort », il est, avant ce combat, comme le cheval de guerre de Job: « Quand la trompette sonne, il dit: En avant! Et de loin il flaire la bataille ». Il a un baptême dont il doit être baptisé, et il lui tarde qu’il soit accompli. Le Maître ne s’en va pas à l’agonie du jardin l’esprit abattu et tremblant, tout courbé et écrasé dans la poussière; mais il s’avance au combat comme un homme en possession de toute sa force — conduit au sacrifice (si je puis employer cette image), non comme un bœuf épuisé qui a longtemps porté le joug, mais comme le premier-né du taureau, dans la plénitude de sa force. Il s’en va à la boucherie, son esprit glorieux et intrépide ferme et inébranlable en lui, heureux de souffrir pour l’amour de son peuple et pour la gloire de son Père.
« Car, comme au premier jour ton regard pénétrant
Plongeait du sein de ton Père jusqu’à l’abîme,
Mesurant d’un calme présage
L’infinie descente;
Ainsi jusqu’au bout, quoique héritier désormais
Des angoisses mortelles, un temps dépouillé de ta gloire,
D’un regard qui ne se détourne pas
Tu affrontes tout l’orage. »
Apprenons, ô cohéritiers du salut, à chanter quand vient le temps de notre souffrance, quand approche notre saison de rude labeur; oui, faisons monter un cantique de félicité, profond et mystérieux, quand l’heure de notre mort est proche! Courage, frère! Les eaux sont glacées; mais la peur ne diminuera en rien les terreurs du fleuve. Courage, frère! La mort est une œuvre solennelle; mais faire le lâche ne la rendra pas moins solennelle. Sors la trompette d’argent; que tes lèvres se souviennent de la musique longtemps aimée, et que les notes soient claires et éclatantes tandis que tu trempes tes pieds dans le Jourdain: « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. » Chers amis, que le souvenir des mélodies de cette chambre haute vous accompagne demain dans vos affaires; et si vous vous attendez à une grande épreuve et craignez de ne plus pouvoir chanter après elle, alors chantez avant qu’elle n’arrive. Achevez votre saint ouvrage de louange avant que l’affliction ne gâte la mélodie. Remplissez l’air de musique pendant que vous le pouvez. Tant qu’il y a encore du pain sur la table, chantez, même si la famine menace; tant que l’enfant court encore en riant dans la maison, tant que l’éclat de la santé colore encore votre joue, tant que vos biens vous sont encore épargnés, tant que votre cœur est encore entier et sain, élevez votre chant de louange au Dieu Très-Haut; et que votre Maître, le Sauveur qui chante, soit en cela votre bel et réconfortant exemple.
Il y aurait bien davantage à dire sur le doux chant du cygne de notre Seigneur, mais il n’est pas nécessaire qu’une pensée en chasse une autre; vos heures de loisir seront bien employées à méditer un sujet si fécond.
II. Considérons maintenant le chant des disciples. Ils s’unirent dans le « Hallel »—en vrais Juifs, ils se joignirent au chant national. Israël avait de bonnes raisons de chanter à la Pâque, car Dieu avait fait pour son peuple ce qu’il n’avait fait pour aucune autre nation sur la face de la terre. Tout Hébreu devait sentir son âme élevée et réjouie en la nuit pascale. Il était « citoyen d’une ville qui n’est pas sans importance », et la lignée sur laquelle il pouvait jeter les yeux était telle qu’en comparaison rois et princes n’étaient que d’hier.
Au souvenir de l’événement que commémorait le souper pascal, Israël pouvait bien se réjouir. Ils chantaient leur nation dans la servitude, foulée sous le pied tyrannique de Pharaon; ils commençaient le psaume avec grande tristesse, en pensant aux briques faites sans paille et à la fournaise de fer; mais bientôt le chant s’élevait des notes graves et commençait à gravir la gamme, tandis qu’ils chantaient Moïse, le serviteur de Dieu, et l’Éternel lui apparaissant dans le buisson ardent. Ils se rappelaient la verge mystérieuse, qui devint un serpent et engloutit les verges des magiciens; leur musique disait les plaies et les prodiges que Dieu avait accomplis dans les campagnes de Tsoan, et cette nuit redoutable où les premiers-nés de l’Égypte tombèrent sous l’épée vengeresse de l’ange de la mort, tandis qu’eux-mêmes, se nourrissant de l’agneau immolé pour eux et dont le sang avait été aspergé sur le linteau et sur les deux poteaux de la porte, avaient été préservés par grâce. Puis le chant montait au sujet de l’heure où toute l’Égypte fut humiliée aux pieds de Jéhovah, tandis que, quant à son peuple, il les conduisit comme un troupeau, par la main de Moïse et d’Aaron, et ils s’en allèrent par le chemin de la mer, de la mer Rouge. Le chant s’élevait plus haut encore lorsqu’ils entonnaient le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’agneau. Ils chantaient avec allégresse la mer Rouge, et les chars de Pharaon qui descendirent au milieu d’elle, et les flots les couvrirent, si bien qu’il n’en échappa pas un seul. C’était vraiment un chant glorieux lorsqu’ils célébraient Rahab mis en pièces et le dragon blessé près de la mer par la droite du Très-Haut, pour la délivrance du peuple élu.
Mais, bien-aimés, si j’ai dit qu’Israël pouvait à si juste titre chanter, que dirai-je de ceux d’entre nous qui sont les rachetés spirituels du Seigneur? Nous avons été affranchis d’un esclavage pire que celui de l’Égypte: c’est « la main levée et à bras étendu » que Dieu nous a délivrés. Le sang de Jésus-Christ, l’Agneau de la Pâque de Dieu, a été aspergé sur nos cœurs et sur nos consciences. Par la foi nous célébrons la Pâque, car nous avons été épargnés; nous avons été tirés d’Égypte; et quoique nos péchés se soient autrefois dressés contre nous, ils ont tous été noyés dans la mer Rouge du sang expiatoire de Jésus: « les flots les ont couverts, il n’en est pas échappé un seul ». Si le Juif pouvait chanter un « grand Hallel », notre « Hallel » doit être plus ardent encore; et si chaque maison dans « l’heureux pays de Judée » était pleine de musique lorsque le peuple mangeait la fête pascale, nous avons bien plus de raisons de remplir chaque cœur d’une sainte harmonie ce soir, tandis que nous nous nourrissons de Jésus-Christ, qui a été immolé et qui nous a rachetés pour Dieu par son sang.
III. Le moment est venu de vous dire combien je désire ardemment que vous « chantiez un cantique ».
Je ne vous demande pas d’user de votre voix, mais que vos cœurs débordent de l’essence même de la louange. Chaque fois que nous nous rendons à la table du Seigneur, qui nous représente la Pâque, nous ne devrions pas y venir comme à des funérailles. Choisissons des cantiques solennels, mais non des chants funèbres. Chantons doucement, mais non moins joyeusement. Ce ne sont pas ici des repas d’enterrement; ce ne sont pas des gâteaux funéraires qui reposent sur cette table, et cette belle nappe de lin blanc n’est pas un linceul. « Ceci est mon corps », dit Jésus, mais le corps ainsi représenté n’était pas un cadavre: nous nous nourrissons d’un Christ vivant. Le sang que figure ce vin est le sang frais et vivant de notre Roi immortel. Nous ne considérons pas le corps de notre Seigneur comme une chair froide comme l’argile, percée de blessures, mais comme glorifié à la droite du Père. Nous célébrons une fête heureuse lorsque nous rompons le pain le premier jour de la semaine. Nous ne venons pas ici en tremblant comme des esclaves, rampant à genoux comme de misérables serfs condamnés à manger à genoux; nous nous approchons en hommes libres du banquet de notre Seigneur, comme ses apôtres, pour nous étendre à table ou nous asseoir à notre aise; non seulement pour manger le pain, qui peut être le lot des plus affligés, mais pour boire le vin, qui appartient aux hommes dont l’âme est dans la joie. Reconnaissons la légitimité, oui, le devoir de la joie à ce souper commémoratif; et, par conséquent, « chantons un cantique ».
Ce point étant réglé, vous demandez peut-être: « Quel cantique chanterons-nous? » Bien des sortes de cantiques se chantaient autrefois: parcourez-en la liste, et vous n’en trouverez guère un seul qui ne puisse nous convenir aujourd’hui.
L’un des plus anciens chants de la terre fut le chant de guerre. On chantait autrefois un chant en l’honneur du vainqueur, lorsqu’il revenait de la bataille. « Saül a frappé ses mille, Et David ses dix mille. » Les femmes prenaient leurs tambourins et se réjouissaient en dansant quand le héros revenait de la guerre. C’est ainsi qu’autrefois le peuple de Dieu l’exaltait pour ses hauts faits, chantant à pleine voix avec les cymbales retentissantes: « Chantez à l’Éternel, car il a fait éclater sa gloire . . . L’Éternel est un vaillant guerrier; L’Éternel est son nom. » Mes frères, élevons ce soir un chant de guerre! Pourquoi pas? « Qui est celui-ci qui vient d’Édom, De Botsra, en vêtements rouges, En habits éclatants, Et se redressant avec fierté dans la plénitude de sa force? C’est moi qui ai promis le salut, Qui ai le pouvoir de délivrer. » Venez, louons notre Emmanuel, en voyant la tête de notre ennemi dans sa main droite; en le contemplant qui emmène des captifs et monte en haut au son joyeux des trompettes, entonnons le péan; poussons le chant de guerre: « Io Triumphe! » Voici, il revient de la guerre, tout glorieux: tandis que nous nous rassemblons à cette table de fête, qui nous rappelle à la fois son combat et sa victoire, saluons-le d’un psaume de joyeux triomphe, qui ne sera que le prélude du chant que nous espérons chanter quand nous serons montés là-haut—
« Où se retrouvent tous les chantres. »
Une autre forme ancienne de chant était la pastorale. Lorsque les bergers s’asseyaient parmi les brebis, ils accordaient leurs pipeaux et modulaient des airs doux et suaves, en harmonie avec la tranquillité champêtre. Tout alentour était calme et paisible; le soleil brillait, et les oiseaux faisaient entendre leur mélodie parmi les branches feuillues. Paraîtrai-je trop fantaisiste si je dis: unissons-nous ce soir dans une pastorale? Assis autour de la table, pourquoi ne chanterions-nous pas: « L’Éternel est mon berger: je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, Il me dirige près des eaux paisibles »? S’il est un lieu sous les étoiles où l’on puisse se sentir parfaitement en repos et à l’aise, c’est assurément à la table du Seigneur. Ici donc, chantons à notre grand Berger une pastorale de délices. Que le bêlement des brebis soit à nos oreilles tandis que nous nous souvenons du bon Berger qui a donné sa vie pour son troupeau.
Vous n’avez pas besoin qu’on vous rappelle que les anciens aimaient beaucoup les chants de fête. Lorsqu’ils se rassemblaient pour leurs grandes fêtes, conduits par les ménestrels de leur choix, ils chantaient avec une joie débordante, dans une gaieté bruyante. Que d’autres chantent la louange du vin, mon âme exaltera le sang précieux de Jésus; que d’autres célèbrent le blé et l’huile, riches produits de la moisson, mon cœur chantera le Pain qui est descendu du ciel, dont celui qui mange n’aura jamais faim. Vous parlez de banquets royaux, et d’une musique digne de l’oreille d’un monarque? Notre fête est plus noble, et notre chant bien plus doux. Il y a place ce soir, à cette table, pour toute la poésie et toute la musique de la terre, car ce lieu mérite des chants plus éclatants de délices, plus étincelants des joyaux d’une sainte allégresse, que tous ceux que les anciens pouvaient concevoir.
« Chantons un air de haute louange
Au Fils, égal du grand Jéhovah!
Éveille-toi, ma voix, en chants célestes,
Redis les merveilles éclatantes qu’il a faites! »
Nous ne devons pas oublier le chant d’amour, car c’est tout particulièrement le chant de ce soir. « Je chanterai à mon bien-aimé un cantique. » Son amour pour nous est un thème immortel; et tandis que notre amour, attisé par le souffle du ciel, éclate en une flamme ardente, nous pouvons chanter, oui, et nous chanterons parmi les lis, un chant d’amour.
Dans l’Ancien Testament, nous trouvons de nombreux psaumes qui portent ce titre: « Cantique des degrés ». Certains pensent que ce « Cantique des degrés » se chantait lorsque le peuple gravissait les marches du temple, ou se rendait en pèlerinage au lieu saint. L’air change souvent: tantôt il est douloureux, tantôt il est joyeux; à un moment, les notes sont longues et lourdes, à un autre, elles sont allègres et triomphantes. Nous chanterons ce soir un « Cantique des degrés ». Nous pleurerons d’avoir percé le Seigneur, et nous nous réjouirons du pardon acheté par le sang. Notre chant devra varier selon que nous parlerons du péché, en ressentant son amertume et en le déplorant, puis du pardon, en nous réjouissant de sa glorieuse plénitude.
David a écrit un nombre considérable de psaumes qu’il a intitulés « Maschil », ce qu’on pourrait rendre en français par « psaumes d’instruction ». Où donc, bien-aimés, trouverons-nous un enseignement plus riche qu’à la table de notre Seigneur? Celui qui comprend le mystère de l’incarnation et de la substitution est un maître en théologie biblique. Il y a plus d’enseignement dans le corps du Sauveur et dans le sang du Sauveur que dans tout le reste du monde. Ô vous qui désirez apprendre le chemin de la consolation, et comment suivre la route royale qui mène à la sagesse céleste, venez à la croix, et voyez le Sauveur souffrir et répandre le sang de son cœur pour le péché des hommes!
Quelques-uns des psaumes de David sont intitulés « Michtam », ce qui signifie « psaume d’or ». Assurément, il nous faut en chanter un. Nos psaumes doivent être d’or quand nous chantons le Chef de l’Église, dont la tête est de l’or pur. Plus précieux que l’argent ou l’or est le prix inestimable qu’il a payé pour notre rançon. Oui, fils de l’harmonie, apportez ici vos hymnes les plus mélodieux, et donnez à votre Sauveur vos psaumes d’or!
Certains psaumes de l’Ancien Testament portent le titre « Sur Schoschannim », c’est-à-dire « Sur les lis ». Ô âmes vierges, dont les cœurs ont été lavés dans le sang et rendus blancs et purs, prenez vos instruments de louange:
« Apportez donc ici votre musique,
Faites vibrer chaque corde joyeuse! »
Que vos cœurs, quand ils sont dans leur meilleur état, quand ils sont le plus purs et le plus purifiés des scories de la terre, donnent à Jésus leur gloire et leur excellence.
Il y a encore d’autres psaumes qui portent en titre: « Des fils de Koré ». Si la conjecture est juste, la raison pour laquelle nous trouvons ce titre, « Des fils de Koré » — « Chant d’amour » —, doit être celle-ci: lorsque Koré, Dathan et Abiram furent engloutis, les fils de Dathan et d’Abiram furent engloutis eux aussi; mais les fils de Koré ne périrent point. Pourquoi ils ne furent pas détruits, nous ne saurions le dire. Peut-être la grâce souveraine épargna-t-elle ceux que la justice aurait pu condamner; et « les fils de Koré » devinrent à jamais les doux chantres du sanctuaire; et chaque fois qu’il y avait un « chant d’amour » particulier, c’est toujours à eux qu’il était dédié. Ah! nous aurons ce soir, autour de la table, un de ces chants d’amour, car nous aussi, nous sommes sauvés par une grâce qui fait distinction. Nous chanterons le céleste Bien-Aimé, et les grandes eaux qui n’ont pu éteindre son amour.
« Amour si vaste que rien ne le borne;
Amour trop profond pour que la pensée le sonde
Amour qui fit boire au Seigneur de tout
L’absinthe et le fiel.
« Amour qui le mena jusqu’à la croix,
Y portant une perte indicible;
Amour qui le conduisit dans l’ombre
Du tombeau froid et ténébreux.
« Amour qui le fit s’élever d’ici-bas
Bien au-dessus des cieux étoilés,
Pour y partager, avec un tendre et aimant souci,
Toutes les peines de son peuple.
« Amour qui ne lui laissera point de repos
Que tous ses élus ne soient bénis;
Que tous ceux pour qui il est mort
Ne vivent, joyeux, à ses côtés. »
Nous n’avons pas épuisé la moitié de la liste, mais il est clair que, assis à la table du Seigneur, nous ne manquerons pas de psaumes appropriés. Peut-être aucun cantique ne répondra-t-il tout à fait aux sentiments de tous; et, sans vouloir vous écrire un cantique, nous prierons le Saint-Esprit d’écrire maintenant l’esprit de louange sur vos cœurs, afin qu’assis ici, vous puissiez, « après avoir soupé », chanter « un cantique ».
IV. Pendant une ou deux minutes, demandons-nous: « Quel sera l’air? » Ce doit être un air étrange, car si nous devons chanter « un cantique » ce soir, autour de la table, l’air doit comporter toutes les voix de la musique. Ce croyant, là-bas, a le cœur lourd à cause de nombreuses afflictions, de deuils et de veilles au chevet des malades. Il aime son Seigneur, et voudrait bien le louer, mais son âme refuse de déployer ses ailes. Frère, nous aurons un air auquel vous pourrez vous joindre, et c’est vous qui tiendrez la basse. Vous chanterez votre communion avec votre Bien-Aimé dans ses souffrances; comment lui aussi a perdu un ami; comment il a passé des nuits entières sans sommeil; comment son âme était triste jusqu’à la mort. Mais l’air ne doit pas être tout entier à la basse, sinon il ne conviendrait pas à certains d’entre nous ce soir, car nous pouvons atteindre la note la plus haute. Nous avons vu le Seigneur, et notre esprit s’est réjoui en Dieu, notre Sauveur. Nous voulons élever bien haut le chœur; oui, il y a ici de vrais cœurs qui sont parfois si remplis de joie qu’il leur faudra une musique écrite exprès pour eux. « Si ce fut dans son corps je ne sais, si ce fut hors de son corps je ne sais », disait Paul, et d’autres l’ont dit depuis, quand Christ était avec eux. Ah! alors ils ont été obligés de monter jusqu’aux notes les plus hautes, jusqu’au registre le plus élevé du chant.
Souvenez-vous, bien-aimés, que le même Sauveur qui acceptera les cris de joie des forts recevra aussi les notes plaintives des faibles et de ceux qui pleurent. Vous, les petits, vous, les enfants dans la grâce, vous pouvez crier « Hosanna », et le Roi ne vous fera pas taire; et vous, hommes forts, avec toute la puissance de votre foi, vous pouvez crier « Alléluia! », et vos notes seront acceptées, elles aussi.
Venez donc, ayons un air auquel nous puissions tous nous unir; mais hélas! nous ne pouvons en composer aucun qui convienne aux morts — aux morts, veux-je dire, « par leurs offenses et par leurs péchés » — et il y en a de tels ici. Oh! que Dieu leur ouvre la bouche et délie leur langue; mais quant à ceux d’entre nous qui sont vivants pour Dieu, apportons tous, en venant à la table, notre propre part de la musique, et formons ainsi un chant d’harmonie mêlée, à plusieurs voix, un seul grand chant de louange uni à Jésus notre Seigneur!
Nous ne devrions pas choisir pour la table de communion un air qui ne soit pas très doux. Ce ne sont pas des thèmes bruyants que ceux dont nous avons à traiter quand nous nous attardons ici. Un Sauveur qui saigne, revêtu d’un vêtement teint de sang — c’est là un thème qu’il faut traiter avec une tendre délicatesse, car tout ce qui est grossier est ici déplacé. Si l’air est doux, il doit aussi être suave. Silence, doutes; taisez-vous, craintes; paix, soucis! Pourquoi venez-vous ici? Ma musique doit être suave et douce quand je chante de lui. Mais oh! elle doit aussi être puissante; il faut que ma louange s’enfle pleinement. Tirez les registres, et que l’orgue fasse gronder tout son diapason! Que son roulement d’harmonie tonnante monte à pleine puissance jusqu’au ciel; que chaque note résonne de toute sa force. « Louez-le avec les cymbales sonores, avec les cymbales retentissantes, aux sons de la harpe! » Douce, suave et puissante, telle doit être la musique.
Hélas! vous vous plaignez que votre âme soit désaccordée. Demandez alors au Maître d’accorder les cordes du cœur. Ces « Sélah » que nous trouvons si souvent dans les psaumes signifient, selon beaucoup de savants, « Accordez les cordes de la harpe »: en vérité, il nous faut bien des « Sélah », car nos cœurs se désaccordent sans cesse. Oh! que ce soir le Maître rende chacun de nous capable d’offrir cette prière mélodieuse que nous chantons si souvent:
« Enseigne-moi quelque mélodieux sonnet,
Chanté là-haut par des langues de flamme:
Louer la montagne — oh! fixe-moi sur elle,
Montagne de l’immuable amour de Dieu! »
V. Nous terminons en demandant: qui chantera ce cantique?
Assis autour de la table du Père, nous élèverons un chant joyeux; mais qui le fera? « Moi », dit l’un; « et nous aussi », disent d’autres. Pourquoi tant de gens sont-ils disposés à s’y joindre? La raison se trouve dans le verset que nous chantions tout à l’heure:
« Quand c’est lui le sujet du chant,
Qui pourrait refuser de chanter? »
Quoi! un chrétien muet quand d’autres louent son Maître? Non; il faut qu’il se joigne au chant. Satan cherche à rendre muet le peuple de Dieu, mais il n’y parvient pas, car le Seigneur n’a pas, dans toute sa famille, un seul enfant à la langue liée. Tous peuvent parler, et tous peuvent crier, même s’ils ne peuvent pas tous chanter; et je pense qu’il y a des moments où tous peuvent chanter; oui, ils le doivent, car vous connaissez la promesse: « Alors la langue du muet chantera. » Assurément, quand Jésus entonne l’air, s’il se trouvait dans la famille du Seigneur quelques muets, ils doivent se mettre à louer le nom du Seigneur. Après qu’on eut coupé la tête du Géant Désespoir, Christiana, M. Grand-Cœur et tous les autres sortirent le meilleur de leurs provisions et firent un festin; et M. Bunyan dit qu’après avoir festoyé, ils dansèrent. Dans cette danse, il y avait un danseur remarquable, à savoir M. Prêt-à-boiter. Or, M. Prêt-à-boiter marchait d’ordinaire avec des béquilles, mais pour une fois il les posa. « Et, dit Bunyan, je vous garantis qu’il dansa fort bien! » C’est là une manière pittoresque de nous montrer que parfois les plus affligés, les Prêt-à-boiter, quand ils voient la tête du Géant Désespoir coupée, quand ils voient la mort, l’enfer et le péché menés captifs en triomphe, attachés aux roues du char victorieux de Christ, sentent qu’eux aussi doivent, pour une fois, se laisser aller à un chant d’allégresse. Ainsi, lorsque je pose ce soir la question: « Qui chantera? », j’espère que Prêt-à-boiter promettra: « Moi. »
Vous n’avez peut-être pas beaucoup de bien-être chez vous; ce peu, vous le gagnez par un travail très dur. Le dimanche est pour vous un jour de vrai repos, car on vous fait travailler très cruellement toute la semaine. Ces joues, pauvre fille, deviennent bien pâles, et qui sait si les vers touchants de Hood ne sont pas vrais de vous?
« Pique, pique, pique,
Dans la misère, la faim et la crasse,
Cousant à la fois, d’un double fil,
Un linceul aussi bien qu’une chemise. »
Mais, ma sœur, vous pouvez sûrement vous réjouir ce soir malgré tout cela. Il y a peut-être peu de chose sur la terre, mais il y a beaucoup dans le ciel. Il n’y a peut-être ici-bas que bien peu de consolation pour vous en dehors de Christ; mais oh! quand, par la foi, vous montez dans sa gloire, votre âme est dans la joie. Vous serez ce soir aussi riche que le plus riche, si seulement le Saint-Esprit vous amène à la table et vous rend capable de vous nourrir de votre Seigneur et Maître. Peut-être êtes-vous venue ici ce soir alors que vous n’auriez pas dû le faire. Le médecin vous aurait dit de garder le lit, mais vous vous êtes obstinée à monter à la maison où le Seigneur vous a si souvent rencontrée. J’espère que nous entendrons votre voix dans le chant. Il semble qu’au temps de David il y ait eu bien des choses pour faire taire la louange de Dieu, mais David était un homme qui voulait chanter. J’aime cette expression de lui, où le diable semble s’approcher, lui mettre la main sur la bouche et lui dire: « Tais-toi. » « Non, dit David, je chanterai. » De nouveau le diable essaie de le faire taire, mais David ne se laisse pas réduire au silence, car il le dit par trois fois: « Je chanterai, oui, je chanterai les louanges de l’Éternel. » Que le Seigneur vous fasse résoudre, cette nuit même, de louer le Seigneur Jésus de tout votre cœur!
Hélas! il y a ce soir beaucoup d’entre vous que je ne pourrais pas inviter à cette fête de chant, et qui, même invités, ne pourraient pas vraiment y venir. Vos péchés ne sont pas pardonnés; vos âmes ne sont pas sauvées; vous ne vous êtes pas confiés en Christ; vous êtes encore dans les ténèbres de la nature, encore dans un fiel amer et dans les liens de l’iniquité. Faut-il qu’il en soit toujours ainsi? Voulez-vous vous perdre vous-mêmes? Avez-vous fait une alliance avec la mort, un pacte avec le séjour des morts? La miséricorde s’attarde! La longanimité se prolonge! Jésus attend! Souvenez-vous qu’il a été suspendu à la croix pour des pécheurs tels que vous, et que si vous croyez en lui maintenant, vous serez sauvés. Un seul acte de foi, et tout le péché que vous avez commis est effacé. Un seul regard de l’œil de la foi vers les plaies du Messie, et votre fardeau d’iniquité est roulé au fond de la mer, et vous êtes pardonnés en un instant!
« Oh! dit quelqu’un, plût à Dieu que je puisse croire! » Pauvre âme, que Dieu t’aide à croire maintenant! Dieu a pris sur lui notre chair; Christ est né parmi les hommes, et il a souffert à cause de la culpabilité humaine, ayant dû souffrir, « lui juste pour des injustes, afin de nous amener à Dieu ». Christ a été puni à la place et au lieu de tout homme et de toute femme qui croira en lui. Si vous croyez en lui, il a été puni pour vous; et vous ne serez jamais puni. Vos dettes sont payées, vos péchés sont pardonnés. Dieu ne peut pas vous punir, car il a puni Christ à votre place, et il ne punira jamais deux fois pour une seule offense. Croire, c’est se confier. Si maintenant vous vous en remettez entièrement à lui pour votre âme, vous êtes sauvé, car il vous a aimé et s’est livré lui-même pour vous. Quand vous saurez cela, et que vous le sentirez vrai, alors venez à la table du Seigneur, et joignez-vous à nous lorsque, après avoir soupé, nous chanterons notre cantique:
« “Tout est accompli!” — Oh! quelle joie
Nous donnent ces paroles ravissantes!
Des bénédictions célestes sans mesure
Coulent vers nous de Christ le Seigneur:
“Tout est accompli!”
Saints, retenez ces paroles du mourant.
« Accordez de nouveau vos harpes, séraphins,
Unissez-vous pour chanter ce thème si doux;
Tous sur la terre, et tous dans le ciel,
Unissez-vous pour louer le nom d’Emmanuel!
Alléluia!
Gloire à l’Agneau qui saigna! »
Chapitre 14 terminé
Le cantique mémorable