Chapitre 12 · 19 min de lecture
Cordages d’amour, ou l’union avec Christ
CORDAGES D’AMOUR; OU, L’UNION AVEC CHRIST.
LES théologiens systématiques ont d’ordinaire envisagé l’union avec Christ sous trois aspects: naturel, mystique et fédéral; et peut-être ces trois termes suffisent-ils à embrasser tout le sujet. Mais, comme nous visons la simplicité, qu’on nous pardonne si nous paraissons prolixes en suivant une méthode moins concise.
1. Dès le commencement, les saints ont été unis à Christ par les liens d’un amour éternel. Avant qu’il eût pris leur nature, ou qu’il les eût amenés à jouir consciemment de lui, son cœur était fixé sur leurs personnes, et son âme trouvait en eux ses délices. Bien avant que les mondes fussent créés, son regard, qui voit d’avance, contemplait ses élus et les considérait avec joie. Qu’ils étaient forts, les liens indissolubles de l’amour qui unissaient dès lors Jésus aux âmes qu’il avait résolu de racheter! Des barres d’airain ou un triple acier n’auraient pu former des attaches plus réelles et plus efficaces. De toutes les choses de l’univers, l’amour véritable est celle qui a la plus grande force de cohésion; c’est lui qui supporte la plus forte tension et résiste à la plus lourde pression: qui dira quelles épreuves l’amour du Sauveur a endurées, et avec quelle fermeté il les a soutenues? Jamais union ne fut plus vraie que celle-là. De même que l’âme de Jonathan fut attachée à l’âme de David, en sorte qu’il l’aima comme son âme, ainsi notre glorieux Seigneur s’est uni et attaché à nous par les liens d’un amour ardent et fidèle. L’amour a une puissance souveraine pour créer et maintenir l’union, mais jamais il ne déploie si bien sa force que lorsque nous le voyons amener le Créateur à ne faire qu’un avec la créature, et le divin à s’allier avec l’humain. Voilà donc ce qu’il faut regarder comme l’aurore de l’union: l’amour de Christ embrassant dans ses replis toute la famille des élus.
2. Il y a, de plus, une union de dessein aussi bien que d’amour. Par la première, nous l’avons vu, les élus sont faits un avec Jésus par l’acte et la volonté du Fils; par la seconde, ils lui sont unis par l’ordonnance et le décret du Père. Ces actes divins sont également éternels. Le Fils a aimé et choisi son peuple pour qu’il soit son épouse; le Père a fait le même choix et a décrété que les élus seraient à jamais un avec son Fils tout glorieux. Le Fils les a aimés, et le Père les lui a assignés pour sa part et son héritage; le Père les a destinés à être ce que le Fils lui-même a fait d’eux.
Dans le dessein de Dieu, ils ont été éternellement associés, comme les parties d’un seul plan. Le salut était le plan arrêté d’avance par lequel Dieu voulait se glorifier, et, dans ce plan, un Sauveur se trouvait nécessairement associé aux personnes choisies pour être sauvées. L’économie de la grâce les embrassait les uns et l’autre; le cercle de la sagesse comprenait dans une même circonférence le Rédempteur et les rachetés. Ils ne pouvaient être séparés dans la pensée et la volonté de l’Éternel qui a tout conçu.
« “Que Christ soit mon premier élu”, dit-il,
Puis il choisit nos âmes en Christ, notre Chef. »
Le Livre même qui contient les noms des héritiers de la vie contient aussi le nom de leur Rédempteur. Il ne pouvait être Rédempteur sans que des âmes lui eussent été données à racheter; et elles n’auraient pu être appelées les rachetés du Seigneur s’il ne s’était engagé à les acquérir. La rédemption, lorsque le Dieu du ciel l’a résolue, comprenait à la fois Christ et son peuple; aussi, dans le décret qui l’a fixée, ont-ils été placés dans une alliance étroite et intime.
La prévision de la chute a conduit la pensée divine à pourvoir à la catastrophe dans laquelle les élus auraient péri, si une intervention de la grâce n’avait prévenu leur ruine. De là découlèrent, comme partie de l’ordonnance divine, d’autres formes d’union qui, outre leur but immédiat dans le salut, avaient sans doute encore pour dessein d’illustrer l’alliance pleine de condescendance que Jésus avait contractée avec ses élus. Les points qui suivent sont de cette nature.
3. Jésus est un avec ses élus fédéralement. De même que tout héritier de la chair et du sang a une part personnelle en Adam, parce qu’il est le chef de l’alliance et le représentant de la race considérée sous la loi des œuvres, de même, sous la loi de la grâce, toute âme rachetée est une avec le Seigneur venu du ciel, puisqu’il est le second Adam, le Répondant et le Substitut des élus dans la nouvelle alliance d’amour. L’apôtre Paul déclare que Lévi était dans les reins d’Abraham lorsque Melchisédek alla au-devant de lui: il est tout aussi vrai que le croyant était dans les reins de Jésus-Christ, le Médiateur, lorsque, dans l’éternité passée, les dispositions de l’alliance de grâce furent décrétées, ratifiées et assurées à jamais. Ainsi, tout ce que Christ a fait, il l’a accompli pour le corps entier de son Église. Nous avons été crucifiés en lui et ensevelis avec lui (lisez Colossiens 2:10-13), et, ce qui est plus merveilleux encore, nous sommes ressuscités avec lui et sommes même montés avec lui jusqu’aux sièges d’en haut (Éphésiens 2:6). C’est ainsi que l’Église a accompli la loi et qu’elle est « agréée dans le Bien-Aimé ». C’est ainsi que le juste Jéhovah la regarde avec complaisance, car il la voit en Jésus et ne la considère pas comme séparée de son Chef dans l’alliance. En tant que Rédempteur oint d’Israël, le Christ Jésus n’a rien qui soit distinct de son Église: tout ce qu’il a, il le possède pour elle. La justice d’Adam était nôtre aussi longtemps qu’il la conserva, et son péché fut nôtre dès l’instant où il le commit; de la même manière, tout ce que le second Adam est ou fait est à nous aussi bien qu’à lui, puisqu’il est notre Représentant. Voilà le fondement de l’alliance de grâce. Ce système plein de grâce de la représentation et de la substitution, qui arrachait à Justin Martyr ce cri: « Ô bienheureux échange! Ô douce permutation! », ce système, dis-je, est le fondement même de l’Évangile de notre salut, et il faut le recevoir avec une foi ferme et une joie ravie. En tout lieu, les saints sont parfaitement un avec Jésus.
« Un avec lui au tombeau, un quand il se leva,
Un quand de ses ennemis il triompha,
Un quand au ciel il prit sa place,
Tandis que les séraphins chantaient l’enfer vaincu.
« Ce lien sacré bannit leurs craintes,
Car tout ce qu’il est ou possède est à eux;
Avec lui, leur Chef, ils tiennent ou tombent,
Lui, leur vie, leur Garant et leur tout. »
4. Pour accomplir les grandes œuvres de l’expiation et de l’obéissance parfaite, il fallait que le Seigneur Jésus prît sur lui « une chair semblable à celle du péché ». Il est ainsi devenu un avec nous dans notre nature, car dans la sainte Écriture tous ceux qui participent à la chair et au sang sont considérés comme une seule famille. Du fait de leur commune descendance d’Adam, tous les hommes sont d’une seule race, puisque Dieu « a fait que tous les hommes, sortis d’un seul sang, habitassent sur toute la surface de la terre ». C’est pourquoi, dans la Bible, l’homme est partout désigné comme « ton frère » (Lévitique 19:17; Job 22:6; Matthieu 5:23, 24; Luc 17:3; Romains 14:10, etc., etc.) et comme « ton prochain » (Exode 20:16; Lévitique 19:13-18; Matthieu 5:43; Romains 13:9; Jacques 2:8), celui envers qui, en raison de la nature et de la descendance, nous sommes tenus de montrer bonté et bienveillance. Or, bien que notre grand Melchisédek soit, dans sa divinité, sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie, et qu’il soit, par son essence comme par son rang, infiniment éloigné de l’humanité déchue, il doit pourtant, quant à son humanité, être compté comme l’un de nous. Il est né d’une femme, il a été allaité à son sein et bercé sur ses genoux; il a grandi de l’enfance à la jeunesse, et de là à l’âge d’homme, et à chaque étape il a véritablement et réellement participé à notre humanité. Il est aussi certainement de la race d’Adam qu’il est divin. Il est Dieu, sans fiction ni métaphore, et il est homme, sans doute ni contestation possible. La divinité n’a pas été humanisée, et par là affaiblie; et l’humanité n’a pas été changée en divinité, et par là rendue plus qu’humaine. Jamais homme n’a appartenu plus pleinement à son espèce que le Fils de l’homme, l’Homme de douleur, familier de la souffrance. Il est le Frère de l’homme, car il a porté la nature humaine tout entière. « La parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous. » Celui qui était vrai Dieu de vrai Dieu s’est abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges; il a pris une forme de serviteur et il est devenu semblable aux hommes.
Cela s’est fait dans un dessein excellent à l’égard de notre rédemption, puisqu’il fallait, l’homme ayant péché, que l’homme souffrît; mais il y avait sans doute encore un autre motif: honorer l’Église et rendre son Seigneur capable de compatir avec elle. L’apôtre le dit avec une grande douceur: « Ainsi donc, puisque les enfants participent au sang et à la chair, il y a également participé lui-même, afin que, par la mort, il anéantît celui qui a la puissance de la mort, c’est-à-dire le diable, et qu’il délivrât tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude » (Hébreux 2:14, 15); et encore: « Car nous n’avons pas un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos faiblesses; au contraire, il a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché » (Hébreux 4:15). Ainsi, par les liens du sang, Jésus, le Fils de l’homme, est un avec tous les héritiers du ciel: « C’est pourquoi il n’a pas honte de les appeler frères » (Hébreux 2:11). Quel sujet de puissante consolation et de joie nous avons là, puisque « celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés sont tous issus d’un seul »! Nous pouvons dire de notre Seigneur ce que la pauvre Naomi disait du généreux Boaz: « Cet homme est notre parent, il est de ceux qui ont sur nous droit de rachat. » Confondus par la libéralité de notre bienheureux Seigneur, nous sommes souvent amenés à nous écrier avec Ruth: « Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux, pour que tu t’intéresses à moi, à moi qui suis une étrangère? » Et ne sommes-nous pas près de mourir d’émerveillement lorsque, en réponse à une telle question, il nous dit qu’il est notre Frère, os de nos os et chair de notre chair?
Si, dans toutes nos détresses et nos angoisses, nous gardions toujours précieusement dans notre esprit le souvenir de l’humanité de notre Rédempteur, nous ne nous plaindrions jamais de l’absence d’un cœur compatissant, puisque nous aurions toujours pour notre consolation son abondante compassion. Il n’est pas un étranger; il peut entrer dans l’amertume du cœur, car il a lui-même goûté l’absinthe et le fiel. Ne doutons jamais de son pouvoir de compatir à nos infirmités et à nos douleurs.
Il est un aspect de ce sujet de notre union naturelle avec Christ qu’il ne conviendrait pas de passer sous silence, car il est très précieux au croyant. Tandis que le Seigneur Jésus prend sur lui notre nature (2 Pierre 1:4), il restaure en nous cette image de Dieu (Genèse 1:27) qui avait été ternie et défigurée par la chute d’Adam. Il nous élève de l’avilissement du péché à la dignité de la perfection. De sorte que, en un double sens, la Tête et les membres sont d’une même nature, et ne ressemblent pas à cette statue monstrueuse que Nebucadnetsar vit en songe. La tête était d’or pur, mais le ventre et les cuisses étaient d’airain, les jambes de fer, et les pieds en partie de fer et en partie d’argile. Le corps mystique de Christ n’est pas un assemblage absurde de contraires: la Tête est immortelle, et le corps aussi est immortel, car voici ce qui est écrit: « Car je vis, et vous vivrez aussi. » « Tel est le céleste, tels sont aussi les célestes. » « De même que nous avons porté l’image du terrestre, nous porterons aussi l’image du céleste »; et cela nous sera plus pleinement manifesté dans peu d’années, car « il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l’immortalité ». Telle est la Tête, tel est le corps, et chaque membre en particulier: une Tête élue et des membres élus; une Tête agréée et des membres agréés; une Tête vivante et des membres vivants. Si la Tête est d’or pur, toutes les parties du corps sont aussi d’or pur. Il y a donc une double union de nature, qui sert de base à la communion la plus intime.
Arrête-toi ici, et vois si tu peux contempler sans une stupeur extasiée la condescendance infinie du Fils de Dieu, qui élève ta misère jusqu’à une union bienheureuse avec sa gloire. Tu es si vil que, te souvenant de ta condition mortelle, tu peux dire à la corruption: « Tu es mon père », et au ver: « Tu es ma sœur »; et pourtant, en Christ, tu es tellement honoré que tu peux dire au Tout-Puissant: « Abba! Père! », et au Dieu incarné: « Tu es mon Frère et mon Époux. » Assurément, si la parenté avec des familles anciennes et nobles fait que les hommes ont d’eux-mêmes une haute opinion, nous avons de quoi nous glorifier au-dessus de tous. Saisis ce privilège; ne laisse pas une indolence insensée te rendre négligent à suivre cette généalogie, et ne souffre pas qu’un fol attachement aux vanités présentes occupe tes pensées au point d’en exclure ce glorieux privilège, cet honneur céleste de l’union avec Christ.
Il nous faut maintenant revenir sur nos pas vers les montagnes antiques, et contempler cette union sous l’une de ses formes les plus anciennes.
5. Le Christ Jésus est aussi uni à son peuple par une union mystique. Empruntant une fois encore à l’histoire de Ruth, nous remarquons que Boaz, bien qu’il fût un avec Ruth par la parenté, n’eut point de repos qu’il ne fût entré avec elle dans une union plus étroite encore, celle du mariage; de la même manière, à l’union naturelle de Christ avec son peuple s’ajoute une union mystique, par laquelle il prend la place d’Époux, tandis que l’Église est reconnue comme son épouse. Dans son amour, il se l’est fiancée comme une vierge pure, bien avant qu’elle tombât sous le joug de la servitude. Plein d’une ardente affection, il a peiné comme Jacob pour Rachel, jusqu’à ce que tout le prix de son acquisition fût payé; et maintenant, l’ayant recherchée par son Esprit et amenée à le connaître et à l’aimer, il attend l’heure glorieuse où leur félicité mutuelle sera consommée au festin des noces de l’Agneau. Le glorieux Époux n’a pas encore présenté sa fiancée, parfaite et accomplie, devant la Majesté des cieux; elle n’est pas encore entrée effectivement dans la jouissance de ses dignités d’épouse et de reine; elle est encore errante dans un monde de misère, habitante des tentes de Kédar; mais dès à présent elle est l’épouse, la bien-aimée de Jésus, chère à son cœur, précieuse à ses yeux, et unie à sa personne. Avec amour et tendresse, il lui dit:
« T’oublier, je ne le veux ni ne le puis; ton nom,
Gravé sur mon cœur, demeure à jamais:
Sur les paumes de mes mains, quand je les regarde, je vois
Les blessures reçues en souffrant pour toi. »
Il remplit envers elle tous les offices affectueux d’un époux. Il pourvoit richement à ses besoins, paie toutes ses dettes, lui permet de prendre son nom et de partager toutes ses richesses. Et jamais il n’agira autrement envers elle. Le mot de divorce, il ne le prononcera jamais, car « il hait la répudiation ». La mort doit rompre le lien conjugal entre les mortels les plus aimants, mais elle ne peut briser les chaînons de ce mariage immortel. Au ciel, on ne se marie point, mais on est comme les anges de Dieu; et pourtant il y a à cette règle une merveilleuse exception, car c’est dans le ciel que Christ et son Église célébreront leurs joyeuses noces. Et cette alliance, étant plus durable que l’union terrestre, est aussi plus étroite. Que l’amour d’un mari soit aussi pur et aussi ardent qu’on voudra, il n’est qu’une faible image de la flamme qui brûle dans le cœur de Jésus. Elle surpasse toute union humaine, cette mystique attache à l’Église, pour laquelle Christ a quitté son Père et est devenu une seule chair avec elle.
Si telle est l’union qui existe entre nos âmes et la personne de notre Seigneur, qu’il est profond et large, le canal de notre communion! Ce n’est pas un tuyau étroit où ne peut serpenter qu’un filet d’eau; c’est un canal d’une profondeur et d’une largeur étonnantes, dans toute la largeur et la longueur duquel un puissant volume d’eau vive peut rouler sa force. Voici, il a mis devant nous une porte ouverte; ne tardons pas à entrer. Cette cité de la communion a bien des portes de perle, chaque porte est d’une seule perle, et chacune est ouverte toute grande, afin que nous puissions entrer, assurés d’être bien accueillis. S’il n’y avait qu’une petite meurtrière par où parler à Jésus, ce serait un grand privilège que de glisser un mot de communion par cette étroite ouverture; combien nous sommes bénis d’avoir une si large entrée! Si le Seigneur Jésus avait été loin de nous, avec bien des mers orageuses entre lui et nous, nous aurions désiré lui envoyer un messager pour lui porter notre amour et nous rapporter des nouvelles de la maison de son Père; mais voyez sa bonté: il a bâti sa maison tout à côté de la nôtre; bien plus, il vient loger chez nous, et il dresse sa tente dans de pauvres cœurs humbles, afin d’avoir avec nous des rapports continuels. Oh! quelle serait notre folie si nous ne vivions pas avec lui dans une communion habituelle! Quand la route est longue, dangereuse et difficile, il ne faut pas s’étonner que des amis se rencontrent rarement; mais quand ils vivent ensemble, Jonathan oubliera-t-il son David? Une épouse peut, lorsque son mari est en voyage, passer bien des jours sans s’entretenir avec lui; mais elle ne supporterait jamais d’être séparée de lui si elle le savait dans l’une des chambres de leur propre maison. Cherche ton Seigneur, car il est proche; embrasse-le, car il est ton Frère; tiens-le ferme, car il est ton Époux; presse-le sur ton cœur, car il est de ta propre chair.
6. Jusqu’ici nous n’avons considéré que les actes de Christ en notre faveur, par lesquels il établit et prouve son union avec nous; nous devons maintenant en venir à des formes plus personnelles et plus sensibles de cette grande vérité.
Ceux qui sont mis à part pour le Seigneur sont, au temps marqué, retranchés de la masse impure de l’humanité déchue et, par la grâce souveraine, greffés sur la personne du Seigneur Jésus. Cette union, que nous appelons vitale, est une affaire d’expérience plutôt que de doctrine; c’est par le cœur, et non par la tête, qu’il faut l’apprendre. Comme toute autre œuvre de l’Esprit, l’implantation effective de l’âme en Jésus-Christ est une opération mystérieuse et secrète, que la raison charnelle ne peut pas plus comprendre que la nouvelle naissance qui l’accompagne. Néanmoins, l’homme spirituel la discerne comme une chose tout à fait essentielle au salut de l’âme, et il voit clairement qu’une union vivante avec Christ est la conséquence certaine de l’action vivifiante du Saint-Esprit, et même, à certains égards, qu’elle ne fait qu’un avec elle.
Lorsque le Seigneur, dans sa miséricorde, passa près de nous et nous vit baignés dans notre sang, il nous dit avant tout: « Vis »; et il le fit en premier lieu parce que, sans la vie, il ne peut y avoir ni connaissance, ni sentiment, ni mouvement spirituels. La vie est l’une des choses absolument essentielles dans le domaine spirituel; et tant qu’elle n’est pas donnée, nous sommes incapables d’avoir part aux choses du royaume. Or, la vie que la grâce confère aux saints au moment où ils sont vivifiés n’est autre que la vie de Christ, qui, comme la sève du cep, coule en nous, les sarments, et établit une communication vivante entre nos âmes et Jésus. La foi est la grâce qui perçoit cette union, et qui en procède comme son premier fruit. Elle est, pour emprunter une image au Cantique, le cou qui joint le corps de l’Église à sa Tête toute glorieuse.
« Ô Foi! toi, lien d’union avec le Seigneur,
Cet office n’est-il pas le tien? et ton juste nom,
Dans l’économie des figures de l’Évangile
Et des symboles appropriés — le cou de l’Église;
Toi qui l’unis, en volonté comme en œuvre,
À celui qui est monté au ciel? »
La foi saisit le Seigneur Jésus d’une étreinte ferme et résolue. Elle connaît son excellence et son prix, et nulle tentation ne peut l’amener à placer sa confiance ailleurs; et le Christ Jésus prend tant de plaisir à cette grâce céleste qu’il ne cesse jamais de la fortifier et de la soutenir par l’étreinte aimante et l’appui tout-suffisant de ses bras éternels. Ici donc s’établit une union vivante, sensible et délicieuse, d’où jaillissent des flots d’amour, de confiance, de sympathie, de complaisance et de joie, auxquels l’épouse et l’Époux aiment à boire. Quand l’œil est clair et que l’âme peut percevoir avec évidence cette unité entre elle-même et Christ, on sent le pouls battre pour l’un et pour l’autre, et l’on sait qu’un même sang coule dans les veines de chacun. Alors le cœur est rempli d’une joie extrême; il est aussi près du ciel qu’il peut l’être sur la terre, et il est préparé à goûter la communion la plus sublime et la plus spirituelle. Cette union peut être tout aussi réelle quand nous sommes troublés de doutes à son sujet, mais elle ne peut apporter de consolation à l’âme que si elle est incontestablement prouvée et sûrement ressentie; alors elle est vraiment un rayon de miel qui distille la douceur, un joyau précieux étincelant de lumière. Veillez bien à cela, vous, saints du Très-Haut!
Chapitre 12 terminé
Cordages d’amour, ou l’union avec Christ