Les choses telles qu’elles sont
Trois objections

Chapitre 33 · 18 min de lecture

Trois objections

« Puissé-je avoir la grâce de vivre au-dessus de tout mobile humain; simplement avec Dieu et pour Dieu, sans me laisser influencer, surtout dans l’œuvre missionnaire, par l’opinion de gens qui ne connaissent pas l’état des choses et dont le jugement peut être contraire au mien. »

Henry Martyn, Inde.


CES lettres ont été rassemblées pour aider nos compagnons d’armes restés au pays à se rendre compte de la nature des forces rangées contre nous, afin qu’ils puissent opposer le Surhumain au surhumain, et prier avec une intelligence et une intensité impossibles à une foi mal informée. Nous avons assez longtemps sous-estimé la puissance du Réel. Il nous faut davantage de la foi d’Abraham, qui, sans faiblir, regarda les faits en face, puis, les yeux fixés sur la promesse, ne douta point, mais fut fortifié. Une foi ignorante ne nous aide guère. Il y a quelques années, lorsque vint la première jeune convertie, des amis nous écrivirent pour se réjouir de ce que le mur de la Caste allait désormais céder; ils s’attendaient à apprendre bientôt qu’il était tombé. Comme si un grain de poussière tombant de l’une des briques de ce mur pouvait en quoi que ce soit ébranler le mur lui-même! Une telle foi est aimable, mais elle s’arrête là. Elle parle de ce qu’elle ne connaît pas.

Et puis, en ce qui concerne le peuple lui-même, certaines idées fausses ont la vie dure. Nous lisions l’autre jour, dans un journal de chez nous, que c’était un fait bien connu que « les femmes indiennes ne sourient jamais ». Nous avons été surprises de l’apprendre. Nous ne l’avions pas remarqué. Peut-être, si elles étaient toutes, sans exception, aussi anormalement abattues, les trouverions-nous moins réticentes à accueillir la Bonne Nouvelle. Ailleurs, nous lisons que l’on peut distinguer les païens des chrétiens à la merveilleuse lumière qui brille sur le visage des chrétiens, par contraste avec « l’expression triste qui se lit sur le visage des pauvres païens plongés dans les ténèbres ». Il est vrai que certains chrétiens sont réellement illuminés, mais, dans l’ensemble, les païens sont si remarquablement gais que la différence n’est pas aussi tranchée qu’on pourrait le croire. Ailleurs encore, nous lisons dans des articles descriptifs sur l’Inde que l’aspiration lasse et désespérée du peuple est des plus émouvantes. Mais nous constatons que notre principale difficulté est de leur faire croire qu’il existe quoi que ce soit à quoi aspirer. Nous les décririons plutôt comme des gens qui croient n’avoir besoin de rien, sans savoir qu’ils ont besoin de tout. Et, encore et encore, nous lisons des descriptions saisissantes des femmes de l’Inde debout, les mains tendues vers Dieu. Elles le font peut-être dans des visions; dans la réalité, elles ne le font pas. Et c’est l’absence totale de tout cela qui fait de votre aide une nécessité pour nous.

Mais aucun de vous ne peut prier comme nous voudrions que vous priiez, si l’esprit n’est pas convaincu que la chose pour laquelle on demande une telle prière est entièrement juste et bonne; et il nous semble que beaucoup de ceux qui ont suivi l’histoire de cette guerre ont peut-être des doutes sur son bien-fondé — sur le droit, par exemple, qu’ont des convertis de quitter leur foyer à cause de Christ et de son Évangile. Tous sont de cœur avec nous lorsque nous essayons de sauver de petits enfants, mais peut-être certains ne le sont-ils plus lorsque nous faisons ce qui aboutit à la douleur et à l’incompréhension — « non pas la paix, mais l’épée ». Aussi nous proposons-nous maintenant de regrouper en trois quelques-unes des nombreuses objections souvent opposées à ceux qui sont engagés dans ce genre d’œuvre, car nous estimons qu’elles doivent être regardées en face et, si possible, réfutées, de peur que nous ne perdions la prière victorieuse de quelqu’un.

Le premier groupe d’objections peut se résumer en une question: avons-nous, ou non, le droit d’« imposer notre religion » à ceux qui n’en veulent pas? On nous rappelle que l’œuvre est des plus décourageantes, que les conversions sont rares et que, lorsqu’elles se produisent, elles semblent semer la plus grande confusion. Il est assez évident que ni nous ni notre Évangile ne sommes désirés; et ce n’est pas étonnant, puisque les conditions pour être disciple impliquent tant de choses. « Nous n’aimerions pas que des étrangers viennent se mêler de notre religion, écrivent les amis qui font objection, et nous enlever nos enfants; nous en serions profondément indignés. Pas étonnant que les hindous le soient! » Et une lectrice de ces lettres écrivait qu’elle se demandait comment les jeunes filles qui avaient quitté leur foyer pouvaient jamais être heureuses un seul instant après avoir commis un acte aussi mauvais et aussi dénué de cœur que de désobéir à leurs parents. « Elles méritent amplement tout ce qu’elles souffrent, écrivait-elle. C’est une honte et un déshonneur absolus pour une jeune fille que d’abandonner les siens! »

On se détourne de la lecture de cette lettre pour regarder les visages de celles qui l’ont fait; et, sachant combien elles ont besoin de tout le secours de prière que l’on peut obtenir pour elles, on sent qu’il vaut la peine d’essayer de montrer à ceux qui les blâment pourquoi elles le font, et comment il se fait qu’elles ne peuvent agir autrement si elles veulent être fidèles à Christ.

Cette objection sur le bien-fondé ou non de l’œuvre dans son ensemble en amène une autre, relative au baptême. C’est une chose grave que de penser à des familles divisées par des questions de religion; ne vaudrait-il pas mieux, assurément, qu’une convertie mène chez elle une vie chrétienne conséquente, même sans baptême, plutôt que de rompre la paix de la maison en quittant tout à fait son foyer? Ou, une fois baptisée, ne devrait-elle pas retourner chez elle et y vivre en chrétienne?

Enfin — et ceci nous vient dans des lettres de ceux qui, plus que tout autre, sont de cœur avec nous —, pourquoi ne pas consacrer nos forces à une œuvre plus fructueuse? On nous rappelle le type d’œuvre des mouvements de masse, où « les nations naissent en un jour »; et souvent aussi les chrétiens de nom, qui ont grandement besoin de plus de lumière. Pourquoi ne pas travailler dans la direction de la moindre résistance, là où la conversion à Dieu ne signifie pas nécessairement le feu et l’épée, et où nous pourrions gagner en une semaine plus d’âmes qu’en des années de cette œuvre sans résultats?

Nous reconnaissons franchement que ces objections et ces propositions sont naturellement raisonnables, et que ce qu’elles affirment est parfaitement vrai. Il est vrai que l’œuvre parmi les hindous de haute caste, dans toute l’Inde (comme parmi les musulmans dans le monde entier), est très difficile. Il est vrai que la confession ouverte de Christ crée dans les familles des divisions désastreuses. Il est vrai qu’il y a d’autres œuvres à accomplir.

Nous ressentons tout particulièrement la force de la deuxième objection. Nous reconnaissons pleinement que ce qui est juste, c’est que la convertie vive parmi les siens et laisse sa lumière briller dans son propre foyer; et nous déplorons le terrible arrachement qu’implique ce que l’on appelle « sortir ». Pour un peuple aussi attaché à la coutume que le sont les Indiens, pour une nature aussi affectueuse que l’est la nature indienne, cette rupture de tous les liens du foyer est une chose très cruelle.

Et maintenant, uniquement pour ne pas manquer votre prière, nous nous mettons à essayer de vous répondre. Et, avant tout, saisissons bien ce fait: il n’est ni juste ni sage de comparer l’œuvre, et le succès de l’œuvre, d’un peuple à l’autre, parce que les conditions dans lesquelles cette œuvre s’accomplit sont différentes, et que les forces invisibles qui s’y opposent diffèrent en nature et en puissance. Il y a parfois plus de « résultats » consignés dans une seule colonne d’un hebdomadaire religieux que l’on n’en trouve dans les 646 pages de l’un des plus nobles livres missionnaires de notre temps, On the Threshold of Central Africa. Ou prenez deux vies typiques et opposées, celle de Moody et celle de Gilmour. Moody vit gagner plus d’âmes en un jour que Gilmour en vingt et un ans. Ce n’est pas que les hommes différaient. Tous deux connaissaient le baptême de puissance, tous deux vivaient en Christ et aimaient. Mais ce sont là des extrêmes de comparaison; prenez-en deux, missionnaires l’un et l’autre, frères jumeaux par l’esprit, Brainerd en Amérique du Nord et Henry Martyn en Inde. Brainerd en vit beaucoup venir à Jésus; Martyn, à peine un seul. Chacun fut un missionnaire pionnier, chacun fut une flamme de feu. « Maintenant, que je me consume pour Dieu », écrivait Henry Martyn, et c’est ce qu’il fit. Mais les conditions dans lesquelles chacun travaillait différaient autant sur le plan spirituel que sur celui du climat. Pouvons-nous comparer leur œuvre, ou la mesurer à ses résultats visibles? Dieu l’a-t-il fait? Cessons de comparer ceci avec cela — nous n’en savons pas assez pour comparer. Cessons de peser les choses éternelles et de mettre des âmes en balance sur des plateaux terrestres. Seule la balance de Dieu est assez sensible pour un travail aussi délicat.

Nous reprenons les objections une à une. D’abord: « Pourquoi allez-vous là où l’on ne veut pas de vous? »

Nous y allons parce que nous croyons que notre Maître nous a dit d’y aller. Il a dit « par tout le monde » et « à toute la création ». Notre ordre de marche nous est bien familier: « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » « Par tout le monde » veut dire partout dans le monde, « toute la création » veut dire chacun de ceux qui l’habitent. Cet ordre est si explicite qu’il ne laisse aucune place au doute sur son sens.

Tous les missionnaires de tous les temps ont compris ainsi ces mots « tout » et « toute ». Il y a près de sept cents ans, le premier missionnaire auprès des musulmans ne trouva aucun accueil, seulement une prison; mais il ne douta jamais d’avoir été envoyé vers eux. « Dieu le veut », dit-il, et il y retourna. Ils le lapidèrent alors, et il mourut — il mourut, mais sans jamais douter d’avoir été envoyé.

Notre Maître lui-même alla non seulement vers le petit peuple, qui l’écoutait avec plaisir, mais aussi vers les classes sacerdotales et politiques, qui n’avaient aucun désir de la vérité. « Vous ne voulez pas venir à moi pour avoir la vie », disait-il, et pourtant il leur donna l’occasion de venir en allant vers eux. Les paroles: « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive », furent prononcées devant un auditoire qui n’avait pas soif de l’Évangile.

Saint Paul aurait volontiers dépensé ses forces à prêcher la Parole en Asie, surtout en Galatie, où le peuple l’aimait beaucoup; mais il était sous les ordres, et il alla en Europe, à Philippes, où il fut jeté en prison; à Thessalonique, où l’opposition fut si forte qu’il dut s’enfuir de nuit; à Athènes, où il fut la risée des philosophes. Mais Dieu lui donna des âmes en chacun de ces lieux; quelques-unes seulement, en comparaison de la grande foule indifférente, mais il vous dirait que ces quelques âmes valaient la peine qu’il y aille. Auriez-vous voulu qu’il manque une Lydie, une Damaris? Et surtout, auriez-vous voulu qu’il désobéisse à l’ordre de son Seigneur?

Ainsi, que notre message soit bien accueilli ou non, le fait demeure: nous devons aller vers tous; et plus ils sont mauvais et endurcis, plus il est évident que, voulu ou non, il leur est nécessaire.

M. Coillard fut dépouillé par le peuple qu’il avait parcouru de si longues distances pour trouver. « Vous voyez, écrit-il, que nous ne nous étions pas trompés en portant l’Évangile au Zambèze. »

La deuxième objection est celle-ci: « Pourquoi briser des familles en exigeant le baptême comme condition sine quâ non pour être disciple? »

Et de nouveau nous répondons: Parce que nous croyons que notre Maître nous le dit. Il a dit: « Les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Quel droit avons-nous, nous ses serviteurs, de nous arrêter en deçà d’une pleine obéissance? Ne connaissait-il pas les conditions de la vie des hindous de haute caste en Inde lorsqu’il donna ce commandement? Ignorait-il l’éclatement des familles qu’impliquerait l’obéissance à cet ordre? « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. » Puis viennent des paroles que nous avons vues vécues à la lettre dans le cas de chaque converti de haute caste qui est venu. « Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois. Le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » Ce sont là des versets vraiment terribles; personne ne sait mieux que le missionnaire combien ils sont terribles. Il y a des moments où nous pouvons à peine supporter la douleur que cause le spectacle de cette division. Mais sommes-nous plus tendres que Celui qui est la Tendresse même? Notre compassion est-elle plus vraie que la sienne? Pouvons-nous lever les yeux vers les siens et lui dire: « Cela leur coûte trop, Seigneur; cela nous coûte trop de t’obéir pleinement en ceci »?

Mais, à supposer que le commandement demeure, pourquoi le converti baptisé ne retournerait-il pas chez lui pour y vivre? Parce qu’on ne veut pas de lui là-bas, en tant que chrétien. Les exceptions à cette règle sont rares (nous parlons des hindous de caste), et s’expliquent généralement par quelque circonstance atténuante.

La femme de haute caste qui nous disait: « Je ne peux pas vivre ici et rompre ma Caste; si je la romps, il faut que je parte », disait la vérité. Garder sa Caste comprend en soi l’observance de certaines coutumes qui, de par leur nature même, sont idolâtres. Rompre sa Caste signifie passer outre à ces coutumes; et quelqu’un qui mépriserait et enfreindrait habituellement des règles tenues pour obligatoires et faisant autorité par tout le reste de la maisonnée ne serait pas toléré dans un foyer hindou orthodoxe. Ce n’est pas une question de persécution ou de mort, ni de vouloir ou de ne pas vouloir être là; c’est une question de ne pas être voulue là, à moins, bien sûr, qu’elle n’accepte le compromis. Le compromis est la seule porte ouverte pour revenir dans l’ancien foyer, et Dieu seul sait ce qu’il en coûte lorsque le choix est fait et que cette unique porte se ferme.

Ce rappel sans cesse répété de la puissance et de l’esclavage de la Caste peut sembler presque lassant, mais ce mot, et ce qu’il recouvre, est la seule grande réponse à mille questions, c’est pourquoi il revient encore et encore. Dans le sud de l’Inde surtout, et plus encore dans cette petite parcelle du sud, ainsi que dans les royaumes voisins de Travancore et de Cochin, le sentiment de caste est si fort que l’on dit parfois que la Caste est la religion de l’Inde du Sud. Mais partout, dans toute l’Inde, elle est, pour tout hindou orthodoxe, une partie de son être même. Lui arracher sa Caste? Le pouvez-vous? Il vous faudrait d’abord le vider de son sang.

C’est la force de cet esprit de caste qui, dans l’Inde du Sud, le pousse à prendre la forme d’une détermination à ramener le converti. On promet qu’ils pourront vivre chez eux en chrétiens. « Nous t’enverrons en bandy à l’église tous les dimanches! » — promesses faites pour être rompues. Si le converti est un garçon, il se peut qu’il reparaisse. Si c’est une jeune fille — j’allais dire jamais; mais je me souviens d’avoir entendu parler de l’une d’elles qui reparut, après dix-sept ans d’emprisonnement — une épave. Les renvoyer, dites-vous? Pensez aux lignes de pointillés de certains chapitres que vous avez lus; méditez sur ce qu’elles recouvrent; puis renvoyez-les, si vous le pouvez.

La troisième objection se divise en deux moitiés. La première est: « Pourquoi n’allez-vous pas vers les chrétiens? » À quoi nous répondons: nous y allons, et exactement pour la même raison que celle que nous avons déjà donnée deux fois, parce que notre Maître nous a dit de le faire. Notre ordre de marche est triple, un ordre pour chacune des formes de service que touchent les trois objections. Le troisième ordre touche celle-ci: « Enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. » Nous y allons donc, et nous essayons de leur enseigner ce « tout »; et certains l’apprennent, et vont l’enseigner à d’autres, et ainsi le message d’un Évangile complet se répand, et l’Épouse se prépare pour l’Époux.

La seconde moitié de cette dernière objection est: « Pourquoi ne pas faire une œuvre plus facile? Il y en a tant qui sont plus accessibles, pourquoi ne pas aller vers eux? » Et la suggestion semble en effet pertinente: s’il y a des portes ouvertes, mieux vaudrait peut-être y entrer, plutôt que de continuer à frapper à des portes fermées.

Nous cherchons bien à entrer par les portes dites ouvertes, mais nous ne les trouvons jamais si grandes ouvertes lorsqu’on sait que nous n’apportons rien de tangible avec nous. Les choses spirituelles ne comptent pour rien aux yeux de la plupart. Pourtant, l’œuvre parmi ceux-là est infiniment plus facile, et beaucoup, toutes proportions gardées, s’y consacrent.

Ici, le plus grand nombre travaille parmi les chrétiens, le nombre suivant parmi les Masses, et toujours, partout, le plus petit nombre parmi les Classes, où la conversion entraîne de si terribles combats contre le Malin que tout ce qu’il y a d’humain en soi défaille et succombe devant le prix de chaque victoire.

Mais une vraie conversion, où que ce soit, coûte. Par conversion, nous entendons quelque chose de plus qu’une réforme; celle-ci soulève moins de tempêtes. Le genre d’œuvre, cependant, qui semble fasciner plus que tout autre les amis restés au pays est ce que l’on appelle le « mouvement de masse », et bien que nous l’ayons déjà évoqué, peut-être ferions-nous mieux d’expliquer plus complètement ce qu’il est en réalité. On s’étend souvent avec le plus grand ravissement sur ce mouvement, ou plutôt sur son résultat visible. Je cite un Visiteur d’hiver: « Des Églises chrétiennes qui se comptent par milliers, leurs membres par millions; des districts entiers sont chrétiens, des communautés entières sont transformées. » Et nous nous regardons les uns les autres, et nous nous demandons: « Où cela? »

Mais à cette question certains répondraient joyeusement: « Ici! » Il existe en Inde des missions dont la politique avouée est de baptiser les gens « dès le départ, et non sur la preuve de ce qu’on appelle communément la conversion. . . . Nous les baptisons “en vue” du baptême du Saint-Esprit, et non parce que nous avons des raisons de croire qu’ils ont reçu le baptême de l’Esprit » — nous citons un dirigeant du mouvement, et il poursuit en disant que, si l’on exige « que nous attendions que ce changement (la conversion) soit accompli avant de les baptiser, nous répondons que dans la plupart des cas nous devrions attendre longtemps, et souvent voir ces pauvres créatures mourir sans ce changement ».

Bien entendu, tous les efforts sont faits, par des réunions de réveil et des camps de réveil, pour amener ces chrétiens baptisés à une vraie connaissance de Christ, et l’on estime que cette politique porte plus de fruit que l’autre, qui place la conversion en premier et le baptême en second. Elle est assurément plus riche en « résultats », car parmi les classes opprimées et certaines des Castes intermédiaires, les seules parmi lesquelles ce système puisse être appliqué, il ne fait aucun doute que beaucoup se montrent prêts à embrasser le christianisme, comme on dit, parfois parce qu’ils sentent sincèrement que c’est la vraie religion et désirent la comprendre, parfois pour ce qu’ils peuvent en obtenir.

Il faut reconnaître — car nous voulons exposer le cas loyalement — qu’un mouvement de masse offre une magnifique occasion de prêcher Christ et d’enseigner son Évangile jour après jour. Et la puissance qui s’y trouve saisit bel et bien certains; nous avons aujourd’hui des hommes et des femmes fervents qui travaillent et en gagnent d’autres, fruit du mouvement de masse d’il y a bien des années.

Mais, dans l’ensemble, nous le redoutons, et nous ne l’encourageons pas ici. Le poids mort du paganisme est assez lourd, mais quand on empile par-dessus le fardeau écrasant d’un christianisme mort — car une chose purement nominale est morte —, on est alors terriblement alourdi et entravé, lorsqu’on essaie d’aller de l’avant pour défricher une terre nouvelle.

Ainsi, bien que nous sympathisions avec tout ce qui tend vers la vie et la lumière en Inde, et que nous nous réjouissions avec nos frères qui lient des gerbes, croyant que, si tout n’est pas du vrai blé, une partie l’est, nous nous sentons cependant contraintes de nous consacrer principalement à une œuvre d’un caractère qui, de par sa nature même, ne peut jamais être populaire, et ne sera peut-être jamais couronnée de succès d’un point de vue statistique, jamais, jusqu’à ce que vienne le Roi, dont la Venue est notre espérance.


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