Chapitre 34 · 22 min de lecture
Fais-moi voir ta gloire!
« Hier, on m’a appelé auprès d’une malade, une jeune femme qui souffrait atrocement depuis trois jours. C’était le cas le plus triste que j’aie vu de ma vie… J’ai dû la laisser mourir… L’épreuve a été si terrible que, tout vieux chirurgien endurci que je suis, j’en suis resté bouleversé depuis. Tant que je vivrai, le souvenir de cette scène me poursuivra. »
Un missionnaire en Chine.« Si nous refusons d’être des grains de blé qui tombent en terre et qui meurent; si nous ne voulons ni sacrifier nos perspectives d’avenir, ni exposer notre réputation, nos biens et notre santé, ni, lorsque nous sommes appelés, renoncer à notre foyer et rompre les liens de famille, à cause de Christ et de son Évangile, alors nous resterons seuls. »
Thomas Gajetan Ragland, Inde.« Ce n’est pas une simple pitié pour les âmes mortes, mais une passion pour la Gloire de Dieu, qui peut nous faire tenir jusqu’à la Victoire. »
Miss Lilias Trotter, Afrique.NOUS connaissons tous les faits et les chiffres qui signifient tellement plus que nous ne le comprenons. Nous savons répéter avec assez d’aisance qu’il y a près de quinze cents millions d’êtres humains dans le monde, et que, sur ce nombre, près d’un milliard sont païens ou mahométans. Peut-être savons-nous même diviser cette masse inconcevable en chiffres plus saisissables. Nous pouvons dire à quiconque veut bien l’entendre que, sur ce milliard, deux cents millions sont mahométans; deux cents millions encore sont hindous; quatre cent trente millions sont bouddhistes et confucianistes; et plus de cent cinquante millions sont Païens.
Mais nous sommes-nous jamais arrêtés pour laisser peser sur nous tout ce que ces affirmations ont d’effroyable? Comprenons-nous bien que nous parlons d’âmes immortelles?
Nous citons le calcul de quelqu’un selon lequel quatre-vingt-seize mille personnes meurent chaque jour sans Christ. Sommes-nous jamais restés assis une heure à y réfléchir? Y avons-nous pensé une demi-heure, un quart d’heure, cinq minutes sans interruption? Je vais plus loin, et je vous demande: vous êtes-vous jamais tenu tranquille une minute entière, à compter au tic-tac de votre montre, tandis qu’une âme après l’autre s’en va seule dans l’éternité?
… Je l’ai fait. C’est effroyable. Au calcul le plus bas, soixante-six âmes pour qui Christ est mort sont mortes depuis que j’ai écrit « éternité ».
« Ô mon Dieu! mon Dieu! Des hommes périssent, et je n’y prends pas garde! » …
Soixante-six autres s’en sont allées. Oh! comment peut-on rester si calme? La mort semble faire la course avec l’aiguille des minutes de ma montre. J’ai envie d’arrêter la course terrible de cette aiguille. Elle tourne, elle tourne, et chaque fois qu’elle fait le tour, soixante-six personnes meurent.
Je viens d’apprendre la mort de l’une de ces soixante-six. Nous la connaissions bien. C’était une veuve; elle n’avait pas de protecteurs, et une veuve sans protection, en Inde, se trouve dans une situation dangereuse. Nous le savions, et nous avons essayé de la persuader de se réfugier en Jésus. Elle a écouté, s’est presque décidée, puis a reculé; plus tard, nous avons découvert pourquoi. Vous avez vu l’image d’un homme entraîné sous la mer par une pieuvre; c’était cela. Vous vous êtes représenté la lutte à mort; c’était cela. Mais tout se passait sous la surface de l’eau, rien ne se voyait au-dessus, jusqu’à ce que peut-être une bulle monte lentement et crève; c’était cela. Un jour, en plein midi, une femme est tombée soudain dans la rue. Quelqu’un l’a portée dans une maison, mais elle était morte, et ceux qui ont vu ce corps y ont vu les marques de la lutte. La vie du village a continué comme avant; seuls quelques-uns de ceux qui la connaissaient savaient qu’elle avait assassiné son corps pour couvrir l’assassinat de son âme. Nous étions arrivés trop tard pour elle.
La semaine dernière, je me tenais dans une maison d’où une autre de ces soixante-six s’en était allée. Accroupie sur le sol, les genoux relevés et la tête sur les genoux, une femme s’est mise à me raconter. « C’était ma sœur cadette. Ma mère nous avait données à deux frères » — et elle s’est arrêtée. Je savais qui étaient ces frères. Je les avais vus la veille — deux beaux hindous de haute caste. Nous avions visité leurs femmes, sans rien savoir. La femme n’en a pas dit davantage; elle ne le pouvait pas. Elle a seulement frissonné et caché son visage dans ses mains. Une voisine a achevé l’histoire. Quelque chose n’allait pas chez la jeune femme. On a fait venir la femme du barbier — le seul médecin pour femmes connu dans ces parages. Elle a fait son office dans l’ignorance. La jeune femme est morte dans d’affreuses souffrances. Les femmes hindoues sont endurcies aux spectacles les plus écœurants, mais la mort de cette jeune femme a été si terrible que la sœur aînée ne s’est jamais remise du choc d’en avoir été témoin. Elle reste assise là, me dit-on, toute la journée, accroupie sur le sol, muette.
Toutes ne s’en vont pas ainsi; certaines partent très paisiblement, rien ne les tourmente jusqu’à leur mort; et certaines sont d’innocents enfants — Dieu soit loué pour cette consolation! Mais il ne faut jamais oublier que les païens pèchent contre la lumière qu’ils ont; leur vie témoigne contre eux. Ils savent qu’ils pèchent, et ils craignent la mort. Un médecin chrétien indien, qui exerce dans l’une de nos villes hindoues, m’a dit qu’il ne pouvait pas parler de ce qu’il avait vu et entendu au chevet de certains de ses patients mourants.
Une jeune fille est entrée il y a un instant, et je lui ai dit ce que je faisais. Puis je lui ai montré le diagramme du Coin: le grand disque noir pour le monde païen, et l’étroite fente blanche pour les convertis gagnés. Elle l’a regardé, stupéfaite. Puis, lentement, elle a fait le tour du disque du bout du doigt, elle a montré l’étroite fente, et ses larmes sont tombées dessus goutte à goutte. « Oh! que doit éprouver Jésus! » a-t-elle dit. « Oh! que doit éprouver Jésus! » Ce n’est qu’une simple fille de village, chrétienne depuis un an seulement; mais cela l’a touchée au vif de voir cette grande tache noire.
Je sais qu’il y en a, au pays, qui s’en soucient; mais tous ceux qui s’en soucient s’en soucient-ils assez profondément? Éprouvent-ils ce qu’éprouve Jésus? Et s’ils l’éprouvent, donnent-ils les leurs? Ils aident à envoyer d’autres, peut-être; mais donnent-ils les leurs?
Oh! se donnent-ils vraiment eux-mêmes? Il faut que nous nous donnions nous-mêmes davantage, si ce coin doit s’élargir dans le disque. Parmi ceux qui s’en soucient, certains sont jeunes, toute la vie est devant eux, et la question pressante est maintenant celle-ci: Où cette vie doit-elle se dépenser? D’autres sont trop âgés pour venir, mais ils ont des êtres chers qu’ils pourraient envoyer, si seulement ils voulaient se dépouiller pour l’amour de Jésus.
Mères et pères, votre cœur bat-il avec celui de Jésus? Êtes-vous prêts à connaître la solitude pendant quelques brèves années, afin que, tout au long des âges éternels, il ait davantage d’âmes sur qui se réjouir, et vous avec lui? Il revient peut-être très bientôt, et le court intervalle qui reste contient à coup sûr notre dernière occasion de souffrir pour lui, et peut-être notre dernière occasion de gagner des joyaux pour sa couronne. Oh! les mines de joyaux inexploitées du monde païen! Oh! la joie que manqueront les siens s’ils perdent cette dernière occasion!
Nous pensons parfois que, si le besoin était vu plus clairement, on ferait davantage. On trouverait des moyens; deux ou trois personnes de même esprit vivraient ensemble, pour réduire les dépenses, et libéreraient ainsi un enfant qui, autrement, devrait rester à cause de l’une des trois. Les ouvriers à l’étranger savent vivre ensemble, faisant taire le moi, avec ses goûts et ses dégoûts, pour l’amour de la Cause qui passe avant tout. Mais si une telle innovation est impossible au pays, on imaginera autre chose, grâce à quoi l’on pourra en laisser partir davantage, quand ceux qui aiment notre Dieu l’aimeront assez pour faire passer ses intérêts en premier. « Digne est l’Agneau de recevoir! » Oh! nous le disons, et nous le prions! Agissons-nous comme si nous le pensions? Pères et mères, n’est-il pas digne? Vous qui avez donné votre Tout, ne l’avez-vous pas trouvé digne?
« Les simples chiffres m’ont accablé », disait l’un d’eux en racontant comment il avait été conduit à venir; « j’ai été littéralement atterré en lisant que, rien qu’en Inde, vingt-huit mille personnes par jour vont à la mort sans Christ. Et je me suis demandé: Le croyons-nous? Le croyons-nous vraiment? Quel narcotique Satan a-t-il injecté dans nos veines pour que ce fait effroyable, lamentable, immense, ne nous arrache pas à notre léthargie, à notre effrayante négligence des âmes humaines? »
Une rivière traverse ce District. Elle prend sa source dans les Ghauts occidentaux et coule, la plus grande partie de l’année, en un cours paisible et peu profond. Mais quand les pluies de la mousson font déborder les lignes de partage des eaux, elle se remplit d’un élan soudain et magnifique; on l’entend à un mille de distance.
Dans le lit sablonneux de la rivière, on a construit plusieurs hautes plates-formes de pierre, dont les voyageurs se servent comme lieux de repos quand la rivière est basse. Il y a quelques années, un groupe de journaliers, surpris par la nuit, décida de dormir sur l’une de ces plates-formes; car, bien que la saison des pluies fût proche, la rivière était très basse. Mais dans la nuit, la rivière monta. Elle leur fit lâcher prise sur la pierre. Elle les emporta en tourbillonnant dans l’obscurité jusqu’à la mer.
Supposez que, sachant, ce qu’eux ignoraient, que la pluie avait commencé à tomber sur les collines et que la rivière allait sûrement se remplir, vous soyez passé par hasard au moment où ces journaliers s’installaient pour la nuit: auriez-vous, auriez-vous pu, passer votre chemin, satisfait, sans faire un effort pour les avertir? Auriez-vous, auriez-vous pu aller vous coucher et dormir dans une parfaite tranquillité, pendant que ces hommes et ces femmes que vous aviez vus étaient là-bas, dans le lit de la rivière?
Si vous l’aviez fait, le tonnerre de la rivière vous aurait réveillé, et à jamais votre cœur même aurait été glacé d’un froid plus froid que l’eau de la rivière, glacé à la pensée de ceux que vous aviez osé laisser se noyer!
Vous ne pouvez pas les voir, dites-vous. Vous le pouvez. Dieu a donné des yeux à l’esprit. Réfléchissez, et vous verrez. Puis écoutez. C’est Dieu qui parle. « Si tu refuses de délivrer ceux qu’on traîne à la mort, ceux qu’on va égorger; si tu dis: Ah! Nous ne savions pas!… Celui qui pèse les cœurs ne le voit-il pas? Celui qui veille sur ton âme ne le connaît-il pas? Et ne rendra-t-il pas à chacun selon ses œuvres? »
Oh! par la pensée de tous ceux qu’on traîne à la mort, de tous ceux qu’on va égorger, par la pensée de la douleur de Jésus qui les aime, considérez ces choses!
Mais tous ne sont pas appelés à venir! Nous le savons. Nous ne l’oublions pas. Mais est-ce là un fait si oublié au pays qu’un missionnaire doive y insister? Ce qu’on oublie, assurément, c’est que le champ, c’est le monde.
Vous ne voudriez pas dégarnir l’Angleterre! L’Angleterre serait-elle dégarnie? Un seul siège au banc des évêques, une seule paroisse ou une seule salle de mission resterait-il vide pour toujours, si l’homme qui l’occupe maintenant partait pour la place que personne n’occupe — cette brèche au bord du précipice?
Mais supposons qu’elle reste vide: serait-ce si terrible, après tout? Ne resterait-il pas un seul vrai chrétien pour montrer le chemin qui mène à Christ? Et, au pire, n’y aurait-il pas encore la Bible, et la capacité de la lire? Quelqu’un aurait-il besoin de mourir sans être sauvé, à moins d’être résolu à se détruire? Si seulement les chrétiens d’Angleterre savaient puiser leurs ressources directement en Dieu, si seulement ceux qui ne peuvent pas venir prenaient la responsabilité des inconvertis qui les entourent, pourquoi ne laisserait-on pas, ici et là, une paroisse vide pour un temps? Assurément, nous ne devrions pas délibérément laisser tant et tant d’âmes mourir de faim, parce que ceux qui ont le Pain de vie ont une forte envie de sucreries. Oh! toute la confiserie spirituelle consommée chaque année en Angleterre! Que Dieu nous ouvre les yeux pour voir si nous faisons ce qu’il voulait, et ce qu’il veut voir continuer! Mais certains hommes ont trop de valeur pour être gaspillés sur le champ de mission; ce sont des ouvriers qui ont tant de succès, des pasteurs, des évangélistes, des maîtres à penser. On ne saurait absolument pas se passer d’eux. Pensez au gaspillage qu’il y aurait à enterrer des cerveaux dans du sable improductif! Apparemment, oui; mais en est-il vraiment ainsi? Dieu le voit-il ainsi? Où serions-nous aujourd’hui s’il avait jugé que Jésus avait trop de valeur pour être gaspillé pour nous? Chaque heure de ces trente-trois années ne valait-elle pas davantage qu’une vie entière des nôtres?
Quelle est la définition que Dieu donne de ce mot doré, « succès »? Il regarde l’Europe catholique romaine, l’Amérique du Sud romaine et païenne, l’Afrique et l’Asie mahométanes et païennes, et maint lieu oublié en mainte grande terre. Puis il nous regarde, et je me demande ce qu’il pense. Ragland, Fellow du Corpus Christi College de Cambridge, après des années de ce gaspillage qu’est l’enfouissement d’un cerveau, a écrit que Dieu lui enseignait que « de tous les plans pour s’assurer le succès, le plus sûr est celui de Christ lui-même: devenir un grain de blé, tomber en terre et mourir ». Si partir à l’étranger signifie cela pour quelqu’un, est-ce trop demander? C’est ce qu’a fait notre cher Seigneur.
Cela nous amène à un autre plaidoyer. Je le trouve dans le verset qui, en deux traits, grave tout le résultat de deux vies. « Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste… Si l’œuvre de quelqu’un est consumée. » Le résultat net de l’œuvre de l’un, c’est de l’or, de l’argent, des pierres précieuses; le résultat net de l’œuvre d’un autre, c’est du bois, du foin, du chaume. Lequel vaut qu’on y dépense une vie?
Une ouvrière fervente, dans le domaine particulier où elle travaillait, considère son œuvre en arrière depuis le lieu où les choses apparaissent dans leur plus pure vérité, et elle dit: « Que Dieu nous soit en aide à tous! Quel bien fait une œuvre comme la mienne? “Si quelqu’un bâtit sur ce fondement… du bois, du foin, du chaume… Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu!” Une infinité de peines et de labeurs, et tout cela pour disparaître comme le chaume et le foin. »
Le succès — que vaut-il?
« J’étais tout échauffé de louanges,
Mais, m’arrêtant un instant pour reprendre haleine,
Je ne pus m’empêcher de murmurer en moi-même:
“Est-ce tout? Tout ce qui est fait? Tout ce qui est gagné?
Si c’est donc là le succès, il est plus lugubre
Que n’importe quel échec.” »
Tant l’éclat du succès est chose transparente pour les yeux clairvoyants du poète; et il éblouirait le chrétien, pour qui rien n’a de valeur hormis ce qui dure? Des arguments fondés sur des comparaisons entre le succès apparent de l’œuvre au pays et celui de l’œuvre à l’étranger devraient-ils nous influencer en quoi que ce soit? N’est-elle pas bien solennelle, cette exposition calme et claire d’une vérité qui touche chacun de nous? « L’œuvre de chacun sera manifestée; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun. » Et tandis que nous prenons conscience que toute œuvre est périssable, si grand qu’en soit le succès apparent, sauf l’unique œuvre accomplie de l’unique manière que Dieu veut, oh! cela ne nous pousse-t-il pas à chercher, avec une intensité de résolution qui ne se laissera pas éconduire, quelle est cette œuvre unique? La même pensée ressort du verset qui nous dit que les choses mêmes que nous devons faire ont été préparées d’avance, et que nous avons été « créés en Jésus-Christ » pour les faire. S’il en est ainsi, faire quoi que ce soit d’autre nous paraîtra-t-il en valoir la peine, quand nous regarderons en arrière et verrons la vie comme Dieu la voit?
Il se peut que les choses préparées se trouvent tout près de nous, au pays; mais il se peut aussi qu’elles soient à l’étranger. Si elles sont au pays, il y aura une paix durable à les accomplir là; mais si elles sont à l’étranger, et que nous ne voulions pas venir les accomplir? — Oh! alors nos prières mêmes tomberont comme tombent les feuilles fanées, quand tombe le vent qui les agitait; oui, plus encore, car les feuilles fanées ont une œuvre à faire, mais les prières qu’agite quelque brise passagère d’émotion ne font rien, rien pour l’éternité. Dieu n’exaucera pas nos prières pour les païens s’il veut que nous soyons parmi eux au lieu de prier pour eux au pays, ou s’il veut que nous donnions un fils ou une fille, et que nous préférions prier.
Seigneur, garde-nous de l’hypocrisie et du faux-semblant! « Dessèche le mensonge » en nous, si nous disons que nous t’aimons sans t’obéir! Restons-nous au pays à prier pour les missions, quand tu nous as dit: « Va »? Retenons-nous quelque chose dont tu as dit: « Délie-le, et laisse-le aller »? Seigneur, sommes-nous entièrement, de part en part, vrais? Seigneur, Dieu de vérité, garde-nous du faux-semblant! Rends-nous parfaitement vrais!
Je me tourne vers vous, frères et sœurs du pays! Savez-vous que, si Dieu vous appelle et que vous refusiez d’obéir, vous saurez à peine comment supporter ce qui arrivera ensuite? Tôt ou tard vous saurez — oui, cela brûlera chaque partie de votre être — que vous avez désobéi, et perdu votre occasion, perdue pour toujours. Car c’est là le plus terrible. Il est rarement donné à quelqu’un de revenir en arrière et de ramasser l’occasion qu’il a sciemment laissée tomber. L’express de notre vie a dépassé l’aiguillage, et l’on ne peut pas revenir en arrière; les voies divergent.
« Certains d’entre nous frémissent presque aujourd’hui en pensant combien il s’en est fallu de peu que nous restions au pays », écrit un missionnaire. « Ne laissez pas, je vous en supplie, cette grande affaire aller à la dérive. Ne marchez pas dans l’incertitude. Ne vous laissez pas détourner. Vous en seriez éternellement plus pauvres. »
Peut-être ne voyez-vous pas clairement quelle est la volonté de Dieu pour vous. Vous êtes dans le doute, vous êtes sincère, mais mille questions vous embarrassent. Voulez-vous aller à Dieu à ce sujet, et obtenir directement la réponse?
Si vous êtes perplexe au sujet de choses qu’un missionnaire franc peut expliquer, voulez-vous acheter un exemplaire de Do Not Say (« Ne dites pas »), et le lire seul avec Dieu? Permettez-moi d’insister sur ce mot: « seul ». « Lève-toi, va dans la vallée, et là je te parlerai. » « Il y avait une Voix… lorsqu’ils s’arrêtaient et laissaient tomber leurs ailes. »
Oh! par la pensée du Jour qui vient, où le feu éprouvera tout ce que nous faisons, et où seul ce qui est vrai subsistera, je plaide pour que l’on regarde honnêtement la question en face avant qu’il soit trop tard!
Mais ce n’est pas là notre plus fort plaidoyer. Nous pourrions les entasser, plaidoyer sur plaidoyer, sans épuiser le nombre de ceux qui pressent et poussent à écrire. Nous les laissons tous de côté, et nous allons là où attend le plus fort: la Gloire de Dieu est donnée à un autre. C’est là le plaidoyer le plus solennel, l’appel suprême et impératif. « Ce n’est pas une simple pitié pour les âmes mortes, mais une passion pour la Gloire de Dieu, qui peut nous faire tenir jusqu’au bout, jusqu’à la victoire. »
« Je suis l’Éternel, c’est là mon nom; Et je ne donnerai pas ma gloire à un autre, Ni mon honneur aux idoles. » Mais les hommes qu’il a créés pour le glorifier lui ravissent sa Gloire, la donnent à un autre; cela, le péché de cela, la honte de cela, appelle d’un appel sourd et profond, par-dessous tous les autres appels. La Gloire de Dieu est donnée à un autre. L’aimons-nous assez pour nous en soucier? Ou bien mesurons-nous ce qu’il nous en coûterait personnellement pour que ces âmes lointaines soient gagnées, et, le trouvant considérable, cessons-nous d’y penser et de nous en soucier? « N’est-ce rien pour vous, vous tous qui passez ici? Regardez et voyez » — « Ils prirent donc Jésus, et l’emmenèrent. Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne… C’est là qu’il fut crucifié. » … « En ceci est l’amour. » … « Car Dieu a tant aimé le monde. » … Sommes-nous pétrifiés au point de ne plus rien sentir? Pouvons-nous rester là à mesurer, maintenant? « Je sais que seul l’Esprit, qui a compté chaque goutte tombée du front déchiré de Christ comme plus précieuse que toutes les portes de joyaux du Paradis, peut élever l’Église au-dessus de l’estime qu’elle a pour le monde — le monde tel qu’il flatte ses propres convoitises égoïstes — jusqu’à l’estime du monde tel qu’il parle au cœur de Dieu. » Ô Esprit, viens et élève-nous dans cet amour, inspire-nous par cet amour. Puissions-nous regarder la vision de la Gloire de notre Dieu avec des yeux qui ont contemplé son amour!
Nous ne voudrions fonder aucun plaidoyer sur rien de plus faible que des faits solides. Le sentiment ne résiste pas à l’effort de la véritable lutte; mais est-ce un fait, oui ou non, que Jésus a estimé que vous et moi, et les autres habitants du monde, valions réellement la peine qu’il meure pour nous? Si c’est vrai, l’aimons-nous assez pour nous soucier, de toute la force de notre être, de ce qu’aujourd’hui, presque partout dans le monde, sa Gloire soit donnée à un autre? Si cela ne nous émeut pas, est-ce parce que nous ne l’aimons pas beaucoup, ou bien parce que nous n’avons jamais prié avec un désir sincère, comme pria Moïse: « Je t’en supplie, fais-moi voir ta gloire »? Il n’en vit qu’un peu. « Voici un lieu près de moi; tu te tiendras sur le rocher. Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que j’aie passé. » Et la Gloire du Seigneur passa, et Moïse en perçut quelque chose tandis qu’elle passait, mais « ma face ne pourra pas être vue ». Et pourtant ce peu suffit à le marquer comme un homme qui vivait pour un seul but, qui en rayonnait la lumière, qui en brûlait du feu — il était jaloux de la Gloire de son Dieu.
Et nous — « Nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père, pleine de grâce et de vérité »; et nous — nous avons vu « resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ ».
« Quand ma gloire passera… je te couvrirai… ma face ne pourra pas être vue. » « Mais nous tous qui, le visage découvert, reflétons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés » — Le sommes-nous? La reflétons-nous? En savons-nous quoi que ce soit? Avons-nous jamais saisi ce pour quoi nous avons été saisis par Jésus-Christ? Avons-nous vu la Vision céleste qui nous brise et nous humilie jusqu’à entendre la Voix du Seigneur demander: « Qui marchera pour nous? », qui nous fortifie pour répondre: « Me voici, envoie-moi », et qui nous garde fermes dans l’obéissance si nous l’entendons dire: « Va »?
« Je t’en supplie, fais-moi voir ta gloire! » Le prierons-nous, en le pensant maintenant, jusqu’au bout? Ce « jusqu’au bout » peut contenir des choses dures; mais, facile ou dur, il n’y a pas d’autre chemin pour parvenir au lieu où nos vies peuvent recevoir une impulsion qui leur donnera du poids pour l’éternité. La force motrice, c’est l’amour de Christ. Non pas seulement notre amour pour lui, mais son amour même. C’est le flot puissant et irrésistible de cet amour glorieux qui poussa le premier missionnaire à se répandre en libation sur le sacrifice et le service. Et la joie qu’il en éprouve retentit triomphalement: « Et même si je sers de libation… je m’en réjouis, et je me réjouis avec vous tous! »
Oui, la Gloire de Dieu est notre plaidoyer, le plus élevé, le plus fort, le plus pressant et le plus durable de tous les plaidoyers. Mais oh! par la pensée des multitudes qui s’en vont, par la pensée de la Venue du Seigneur, par les réalités infinies de la vie et de la mort, du ciel et de l’enfer, par la croix et la Passion de notre Sauveur, nous supplions tous ceux qui l’aiment, mais qui n’ont pas encore considéré ces choses: considérez-les maintenant!
Qu’il nous montre la vision de la Gloire, et nous amène au bout même du moi; qu’il touche nos lèvres avec la pierre ardente, et nous embrase pour brûler pour lui, oui, brûler pour lui d’un amour dévorant, avec un but dont nul ne puisse nous détourner, et une passion semblable à une pure flamme blanche, « une passion pour la Gloire de Dieu! »
Oh! que cette passion nous consume! qu’elle brûle le moi en nous, qu’elle grave au feu l’amour en nous — c’est pour la Gloire de Dieu que nous le demandons. Amen.
« L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange… À lui soient la louange, l’honneur, la gloire, et la force. »
Chapitre 34 terminé
Fais-moi voir ta gloire!