La Pratique de la présence de Dieu
Quinzième lettre

Chapitre 19 · 2 min de lecture · 2 min d’écoute

Quinzième lettre

À la même.

Dieu sait mieux que personne ce qu’il nous faut, et tout ce qu’il fait est pour notre bien. Si nous savions combien il nous aime, nous serions toujours prêts à recevoir également et avec indifférence de sa main le doux et l’amer : tout ce qui viendrait de lui nous plairait. Les afflictions les plus cruelles ne paraissent jamais insupportables que lorsque nous les voyons sous un faux jour. Quand nous les voyons dispensées par la main de Dieu, quand nous savons que c’est notre Père plein d’amour qui nous abaisse et nous afflige, nos souffrances perdent leur amertume et deviennent même un sujet de consolation.

Que toute notre occupation soit de connaître Dieu : plus on le connaît, plus on désire le connaître. Et comme la connaissance est d’ordinaire la mesure de l’amour, plus notre connaissance sera profonde et étendue, plus grand sera notre amour ; et si notre amour pour Dieu était grand, nous l’aimerions également dans les peines et dans les plaisirs.

Ne nous contentons pas d’aimer Dieu pour les seules faveurs sensibles, si élevées qu’elles soient, qu’il nous a faites ou qu’il pourra nous faire. Ces faveurs, si grandes qu’elles soient, ne peuvent nous approcher de lui autant que le fait la foi par un seul acte simple. Cherchons-le souvent par la foi. Il est au-dedans de nous : ne le cherchons pas ailleurs. Si nous l’aimons lui seul, ne sommes-nous pas grossiers, et ne méritons-nous pas d’être blâmés, si nous nous occupons de bagatelles qui ne lui plaisent pas et qui peut-être l’offensent ? Il est à craindre que ces bagatelles ne nous coûtent cher un jour.

Commençons à être à lui pour de bon. Chassons de nos cœurs tout le reste : il veut les posséder seul. Demandez-lui cette grâce. Si nous faisons de notre côté ce que nous pouvons, nous verrons bientôt s’opérer en nous ce changement auquel nous aspirons. Je ne puis assez le remercier du soulagement qu’il vous a accordé. J’espère de sa miséricorde la grâce de le voir dans peu de jours.* Prions les uns pour les autres.

Je suis, en notre Seigneur, votre, etc.


* Il s’alita deux jours plus tard et mourut dans la semaine.

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