La Pratique de la présence de Dieu
Premier entretien

Chapitre 1 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute

Premier entretien

La première fois que je vis le Frère Laurent, ce fut le 3 août 1666. Il me dit que Dieu lui avait fait une grâce singulière dans sa conversion, à l’âge de dix-huit ans.

Que, pendant l’hiver, voyant un arbre dépouillé de ses feuilles, et considérant que dans peu de temps ces mêmes feuilles renaîtraient, et qu’ensuite paraîtraient les fleurs et les fruits, il reçut une haute vue de la Providence et de la Puissance de Dieu, qui ne s’est jamais effacée depuis de son âme. Que cette vue l’avait parfaitement détaché du monde, et avait allumé en lui un tel amour pour Dieu qu’il ne pouvait dire si cet amour avait augmenté pendant les plus de quarante années qu’il avait vécu depuis.

Qu’il avait été laquais de M. Fieubert, le trésorier, et qu’il était un grand maladroit qui brisait tout.

Qu’il avait désiré être reçu dans un monastère, pensant qu’on l’y ferait souffrir à cause de sa maladresse et pour les fautes qu’il commettrait, et qu’ainsi il sacrifierait à Dieu sa vie avec tous ses plaisirs ; mais que Dieu avait trompé son attente, car il n’avait trouvé dans cet état que de la satisfaction.

Que nous devions nous établir dans le sentiment de la présence de Dieu, en conversant continuellement avec lui. Que c’était une chose honteuse de quitter sa conversation pour penser à des bagatelles et à des sottises.

Que nous devions nourrir et entretenir nos âmes de hautes pensées de Dieu, ce qui nous donnerait une grande joie à être tout à lui.

Que nous devions vivifier, c’est-à-dire ranimer notre foi. Qu’il était déplorable que nous en eussions si peu, et qu’au lieu de prendre la foi pour règle de leur conduite, les hommes s’amusaient à de petites dévotions qui changeaient tous les jours. Que la voie de la foi était l’esprit de l’Église, et qu’elle suffisait pour nous conduire à un haut degré de perfection.

Que nous devions nous abandonner à Dieu, tant pour les choses temporelles que pour les spirituelles, et ne chercher notre satisfaction que dans l’accomplissement de sa volonté, qu’il nous conduise par la souffrance ou par la consolation, car tout serait égal à une âme vraiment abandonnée. Qu’il fallait de la fidélité dans ces sécheresses, ces insensibilités et ces dégoûts dans l’oraison, par lesquels Dieu éprouve notre amour pour lui ; que c’était alors le moment de faire de bons et efficaces actes d’abandon, dont un seul ferait souvent beaucoup avancer notre progrès spirituel.

Que, quant aux misères et aux péchés dont il entendait parler chaque jour dans le monde, bien loin de s’en étonner, il était au contraire surpris qu’il n’y en eût pas davantage, vu la malice dont les pécheurs étaient capables ; que, pour sa part, il priait pour eux, mais que, sachant que Dieu pouvait remédier quand il lui plairait aux maux qu’ils faisaient, il ne s’en mettait pas davantage en peine.

Que, pour parvenir à l’abandon que Dieu demande, nous devions veiller attentivement sur toutes les passions qui se mêlent aussi bien aux choses spirituelles qu’à celles d’une nature plus grossière ; que Dieu donnerait la lumière sur ces passions à ceux qui désirent véritablement le servir. Que si tel était mon dessein, à savoir de servir Dieu sincèrement, je pouvais venir le voir (le F. Laurent) aussi souvent qu’il me plairait, sans aucune crainte de l’importuner ; mais que, sinon, je ne devais plus lui rendre visite.

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