Une vie de confiance
La foi fortifiée par l’exercice

Chapitre 16 · 25 min de lecture · 32 min d’écoute

La foi fortifiée par l’exercice

1841.

UN BESOIN COMBLÉ—DES RESSOURCES QUI DÉPASSENT LA DEMANDE—LE MAL DU CAUTIONNEMENT—LA PUISSANCE DE L’AMOUR CHRÉTIEN—LA PAROLE DE DIEU, NOURRITURE DE L’ÂME—PRÉPARATION POUR L’HEURE DE L’ÉPREUVE—LA PAUVRETÉ—NE DÉPENDRE QUE DU DIEU VIVANT.

1er janvier 1841. Pendant cette semaine, nous nous sommes réunis chaque jour pour prier, dans le but particulier de demander au Seigneur les moyens de faire imprimer le Rapport de l’année dernière. Il y a trois semaines qu’il aurait pu être envoyé à l’imprimeur. Nous sentions que la chose était maintenant d’une importance particulière, car, si le Rapport n’était pas bientôt imprimé, on saurait que le retard venait du manque de ressources. Grâce aux dons arrivés ces derniers jours pour les orphelins, et à dix livres données aujourd’hui pour les autres fonds, nous avons de quoi couvrir les frais d’environ les deux tiers de l’impression ; une partie du manuscrit a donc été envoyée, dans la confiance que le Seigneur voudrait bien envoyer d’autres ressources avant que deux feuilles soient tirées ; sinon, nous nous arrêterions jusqu’à ce que nous en ayons davantage. Soir. Il est encore arrivé cinq livres ; puis dix shillings et trois shillings.

11 janv. Lundi. Pendant la semaine dernière, non seulement le Seigneur nous a richement fourni tout ce dont nous avions besoin pour les orphelins, mais il nous a permis de mettre de côté plusieurs livres pour l’impression du Rapport. Samedi soir, il ne restait que trois shillings six pence. Aussi étais-je dans l’attente des réponses à mes prières pour obtenir des ressources, et le Seigneur ne m’a pas déçu. Il est entré hier, en tout, neuf livres seize shillings quatre pence. Nous avons maintenant assez, même pour la dernière partie du Rapport.

12 janv. Aujourd’hui, j’ai reçu la lettre d’un frère qui m’autorise à tirer sur ses banquiers, au cours de cette année, jusqu’à concurrence de mille livres, en faveur de frères qui auraient à cœur de se consacrer au service missionnaire aux Indes orientales, et que je jugerais appelés à ce service, autant que j’en puis juger. [Cette autorisation ne valut que pour cette année-là ; mais aucun frère qui parût convenir ne s’offrit pour ce service. C’est une nouvelle preuve qu’il est bien plus facile d’obtenir des ressources pécuniaires que des personnes qualifiées. En fait, dans toute mon expérience, j’ai constaté que, si seulement je pouvais m’assurer qu’une certaine chose à faire était conforme à la volonté de Dieu, les ressources pour l’exécuter étaient bientôt obtenues.]

13 janv. Ce soir, j’ai été appelé chez un frère et une sœur qui sont dans la plus profonde détresse. Le frère s’était porté caution pour les dettes de son fils, sans s’attendre le moins du monde à être jamais appelé à les payer ; mais, comme son fils n’a pas acquitté ses dettes, c’est au père qu’on les réclame ; et si l’argent n’est pas payé d’ici quelques jours, il sera emprisonné.

Qu’il est précieux, même pour cette vie, d’agir selon la Parole de Dieu ! Cette révélation parfaite de sa pensée nous donne des directions pour toutes choses, même pour les affaires les plus minimes de cette vie. Elle nous commande : « Ne sois pas parmi ceux qui prennent des engagements, Parmi ceux qui cautionnent pour des dettes. » Prov. 22:26. La manière dont Satan prend les gens au piège, pour les amener dans le filet et leur attirer des ennuis en les faisant se porter caution, c’est de chercher à présenter la chose comme s’il n’y avait aucun danger dans ce cas particulier, et comme si l’on pouvait être certain de n’être jamais appelé à payer ; mais le Seigneur, l’Ami fidèle, nous dit dans sa propre Parole que le seul moyen d’« être en sécurité » en pareille matière est de « craindre de s’engager ». Prov. 11:15. Les points suivants me paraissent d’une importance solennelle à considérer, si l’on me demandait de me porter caution pour un autre : 1. Qu’est-ce qui oblige la personne qui désire que je me porte caution pour elle à avoir besoin d’une caution ? Est-ce vraiment une bonne cause pour laquelle on me demande de me porter caution ? Je ne me souviens pas d’avoir jamais rencontré un cas où la chose se soit présentée dans une affaire claire, pieuse et en tous points conforme aux Écritures. Il s’y mêlait généralement quelque péché. 2. Si je me porte caution, malgré ce que le Seigneur m’a dit dans sa Parole, suis-je dans une situation telle que personne ne souffrira du fait que je serais appelé à remplir les engagements de celui dont je vais être la caution ? Dans la plupart des cas, cela seul devrait suffire à nous en détourner. 3. Si je me porte encore caution, la somme dont je deviens responsable doit être tellement en mon pouvoir que je sois en mesure de la produire dès qu’elle sera réclamée, afin que le nom du Seigneur ne soit pas déshonoré. 4. Mais s’il existe la possibilité d’avoir à remplir les engagements de la personne à la place de qui je dois me tenir, est-ce la volonté du Seigneur que je dépense mes ressources de cette manière ? N’est-ce pas plutôt sa volonté que mes ressources soient dépensées autrement ? 5. Comment puis-je passer outre à la Parole claire du Seigneur, qui dit le contraire, même si les quatre premiers points pouvaient être réglés de façon satisfaisante ?

4 mars. Du 22 février jusqu’à ce jour, nos besoins pour les écoles de jour ont été couverts par treize petits dons, et par un don de huit livres de Q. Q. Aujourd’hui, j’ai reçu quinze livres. Quand elles sont arrivées, il n’y avait pas un penny en caisse pour les écoles de jour, alors que deux jours plus tard il fallait environ sept livres. Cet argent venait de fort loin, et d’un frère qui n’avait jamais aidé cette œuvre auparavant ; par là, le Seigneur montre une fois de plus avec quelle facilité il peut susciter de nouveaux aides.

Pour l’encouragement des croyants qui sont éprouvés parce qu’ils ont des parents et des amis inconvertis, je vais raconter le fait suivant, dont je connais la vérité.

Le baron von K., qui résidait dans mon propre pays, le royaume de Prusse, était depuis bien des années un disciple du Seigneur Jésus. Déjà vers le commencement de ce siècle, alors que des ténèbres presque universelles, ou même une incrédulité déclarée, s’étendaient sur tout le continent européen, il connaissait le Seigneur Jésus ; et lorsque, vers l’année 1806, il y eut la plus grande détresse en Silésie parmi plusieurs milliers de tisserands, cet homme de Dieu béni fit la démarche suivante, pleine de grâce, pour son Seigneur et Maître. Comme les tisserands étaient sans travail, presque tout le continent étant dans l’instabilité à cause de la carrière de Napoléon, il lui sembla que c’était la volonté du Seigneur qu’il employât sa fortune très considérable à fournir du travail à ces pauvres tisserands, afin de les sauver du dénuement le plus extrême, bien qu’en agissant ainsi il n’eût non seulement aucune perspective de gain, mais la perspective certaine d’une perte immense. Il procura donc de l’ouvrage à environ six mille tisserands. Mais il ne s’en tint pas là. Tout en donnant le pain qui périt, il chercha aussi à pourvoir aux âmes de ces tisserands. Dans ce but, il s’efforça de placer des croyants comme surveillants à la tête de cette immense entreprise de tissage, et non seulement il veilla à ce que les tisserands fussent instruits dans les choses spirituelles, mais il leur exposa lui-même la vérité. Les choses allèrent ainsi pendant assez longtemps, jusqu’à ce qu’enfin, ayant perdu la plus grande partie de sa fortune, il fut obligé de songer à y renoncer. Mais à ce moment-là, cette œuvre précieuse de miséricorde s’était tellement recommandée au gouvernement que celui-ci la reprit et la poursuivit jusqu’à ce que les temps eussent changé. Le baron von K. fut toutefois nommé directeur de toute l’entreprise aussi longtemps qu’elle subsista.

Ce cher homme de Dieu ne s’en tint pas là. Il parcourut de nombreux pays pour visiter les prisons, afin d’améliorer la condition temporelle et spirituelle des prisonniers ; et parmi toutes les autres choses qu’il chercha à faire pour le Seigneur, il y eut en particulier celle-ci : il aidait les étudiants pauvres de l’université de Berlin, surtout ceux qui étudiaient la théologie, comme on l’appelle, afin d’avoir accès auprès d’eux et de les gagner au Seigneur. Un jour, un jeune homme des plus doués, dont le père habitait Breslau, où il y a aussi une université, entendit parler de la bonté du vieux baron envers les étudiants, et il lui écrivit donc pour lui demander de l’aider, car son propre père ne pouvait plus guère subvenir à ses besoins, ayant d’autres enfants à élever. Peu de temps après, le jeune T. reçut du baron une réponse des plus aimables, l’invitant à venir à Berlin ; mais, avant l’arrivée de cette lettre, le jeune étudiant avait entendu dire que le baron von K. était un piétiste ou un mystique, comme on appelle avec mépris les vrais croyants en Allemagne ; et comme le jeune T. avait l’esprit très philosophique, raisonnant sur tout, mettant en doute la vérité de la révélation, et même, avec le plus grand scepticisme, l’existence de Dieu, la perspective d’aller chez le vieux baron lui déplaisait fort. Il pensa toutefois qu’il pouvait toujours essayer, et que, si cela ne lui plaisait pas, il n’était pas tenu de rester en relation avec lui. Il arriva à Berlin un jour où il y avait une grande revue des troupes, et, tout plein de ce spectacle, il se mit à en parler à l’intendant du baron. Mais l’intendant, qui était croyant, amena la conversation, avant que le jeune étudiant s’en fût aperçu, sur les choses spirituelles ; et pourtant celui-ci ne pouvait pas dire qu’elle eût été forcée. Il aborda un autre sujet, puis un troisième, mais la conversation en revenait toujours bientôt aux choses spirituelles.

Enfin le baron arriva ; il reçut le jeune T. de la manière la plus affectueuse et la plus familière, comme s’il eût été son égal, et comme si c’était le jeune T. qui lui accordait une faveur, et non le baron qui l’obligeait. Le baron lui offrit une chambre dans sa propre maison et une place à sa propre table pendant ses études à Berlin, ce que le jeune T. accepta. Dès lors, il chercha de toutes les manières à traiter le jeune étudiant avec la plus grande bonté et la plus grande affection, à le servir autant que possible, et à lui montrer la puissance de l’Évangile dans sa propre vie, sans discuter avec lui, et même sans lui parler directement de son âme. Car, discernant chez le jeune T. un esprit très raisonneur et sceptique, il évitait par tous les moyens possibles d’entrer en discussion avec lui, tandis que le jeune étudiant se disait sans cesse : « Je voudrais bien pouvoir discuter avec ce vieux fou ; je lui montrerais sa folie. » Mais le baron l’évitait. Quand le jeune étudiant rentrait le soir, et que le baron l’entendait arriver, il allait lui-même à sa rencontre à son entrée dans la maison, lui allumait sa bougie, l’aidait et le servait de toutes les manières possibles, jusqu’à lui aller chercher le tire-botte et l’aider à retirer ses bottes. Ce disciple âgé et humble continua ainsi quelque temps, tandis que le jeune étudiant cherchait toujours une occasion de discuter avec lui, tout en se demandant néanmoins comment le baron pouvait le servir ainsi. Un soir, au retour du jeune T. chez le baron, comme celui-ci se faisait son serviteur comme d’habitude, il ne put se contenir plus longtemps et éclata en ces termes : « Baron, comment pouvez-vous faire tout cela ? Vous voyez bien que je ne me soucie pas de vous ; comment pouvez-vous continuer à être si bon pour moi et à me servir ainsi ? » Le baron répondit : « Mon cher jeune ami, je l’ai appris du Seigneur Jésus. Je voudrais que vous lisiez l’Évangile de Jean d’un bout à l’autre. Bonne nuit. » Alors, pour la première fois de sa vie, l’étudiant s’assit et lut la Parole de Dieu dans une disposition d’esprit prête à apprendre, alors que jusque-là il n’avait jamais lu les saintes Écritures que dans l’intention d’y trouver des arguments contre elles. Il plut à Dieu de le bénir. Dès ce moment, il devint lui-même un disciple du Seigneur Jésus, et il l’est resté depuis.

7 mai. Il a plu récemment au Seigneur de m’enseigner une vérité, indépendamment de tout instrument humain, autant que je sache, et dont je n’ai pas perdu le bienfait, bien que maintenant, au moment où je prépare la cinquième édition pour l’impression, plus de quatorze années se soient écoulées depuis. Voici de quoi il s’agit : je vis plus clairement que jamais que la première grande affaire, l’affaire primordiale dont je devais m’occuper chaque jour, était d’avoir mon âme heureuse dans le Seigneur. La première chose dont je devais me soucier n’était pas de savoir combien je pourrais servir le Seigneur, ni comment je pourrais glorifier le Seigneur, mais comment je pourrais amener mon âme dans un état de bonheur, et comment mon homme intérieur pourrait être nourri. Car je pouvais chercher à présenter la vérité aux inconvertis, chercher à faire du bien aux croyants, chercher à soulager les affligés, chercher de bien d’autres manières à me conduire comme il convient à un enfant de Dieu en ce monde ; et pourtant, si je n’étais pas heureux dans le Seigneur, si je n’étais pas nourri et fortifié jour après jour dans mon homme intérieur, tout cela risquait de n’être pas fait dans le bon esprit. Jusque-là, ma pratique avait été, depuis au moins dix ans, de me livrer habituellement à la prière le matin, après m’être habillé. Je vis alors que la chose la plus importante que j’eusse à faire était de m’adonner à la lecture de la Parole de Dieu et à la méditation de cette Parole, afin que mon cœur fût ainsi consolé, encouragé, averti, repris, instruit ; et qu’ainsi, par le moyen de la Parole de Dieu, pendant que je la méditais, mon cœur fût amené à une communion d’expérience avec le Seigneur.

Je commençai donc à méditer le Nouveau Testament depuis le commencement, de grand matin. La première chose que je faisais, après avoir demandé en quelques mots la bénédiction du Seigneur sur sa précieuse Parole, c’était de me mettre à méditer la Parole de Dieu, en fouillant pour ainsi dire chaque verset afin d’en tirer une bénédiction ; non pas en vue du ministère public de la Parole, non pas pour prêcher sur ce que j’avais médité, mais pour obtenir de la nourriture pour ma propre âme. Le résultat, je l’ai constaté presque invariablement, a été qu’au bout de très peu de minutes mon âme était amenée à la confession, ou à l’action de grâces, ou à l’intercession, ou à la supplication ; de sorte que, bien que je ne me fusse pas pour ainsi dire livré à la prière, mais à la méditation, celle-ci se changeait pourtant presque aussitôt, plus ou moins, en prière. Quand j’ai été ainsi occupé un moment à confesser, à intercéder, à supplier ou à rendre grâces, je passe aux mots ou au verset suivants, changeant tout, à mesure que j’avance, en prière pour moi-même ou pour d’autres, selon que la Parole y conduit, mais en gardant toujours devant moi que la nourriture de ma propre âme est le but de ma méditation. Il en résulte qu’il y a toujours beaucoup de confession, d’action de grâces, de supplication ou d’intercession qui se mêle à ma méditation, que mon homme intérieur est presque invariablement nourri et fortifié, d’une manière même sensible, et qu’à l’heure du déjeuner, à de rares exceptions près, je me trouve dans un état de cœur paisible, sinon heureux. Ainsi le Seigneur veut bien aussi me communiquer ce qui, soit très peu après, soit plus tard, est devenu, je l’ai constaté, une nourriture pour d’autres croyants, bien que ce ne fût pas en vue du ministère public de la Parole que je me livrais à la méditation, mais pour le profit de mon propre homme intérieur.

À cette manière de faire j’ai joint aussi celle de passer une heure, une heure et demie ou deux heures en plein air avant le déjeuner, en me promenant dans les champs, et, l’été, en m’asseyant un peu sur les échaliers, si je trouve trop fatigant de marcher tout le temps. Je trouve très bon pour ma santé de marcher ainsi en méditant avant le déjeuner, et j’ai maintenant tellement pris l’habitude d’employer ce temps à cet usage que, lorsque je suis en plein air, je sors généralement un Nouveau Testament en assez gros caractères, que j’emporte avec moi à cet effet en plus de ma Bible ; et je trouve que je puis employer avec profit mon temps en plein air, ce qui n’était pas le cas autrefois, faute d’habitude. Je considérais autrefois le temps passé à marcher comme perdu, mais je le trouve maintenant très profitable, non seulement à mon corps, mais aussi à mon âme. La promenade avant le déjeuner n’est évidemment pas nécessairement liée à cette question, et chacun doit en juger selon ses forces et ses autres circonstances.

Voici donc la différence entre ma pratique d’autrefois et ma pratique actuelle. Autrefois, en me levant, je commençais à prier aussitôt que possible, et je passais généralement tout mon temps jusqu’au déjeuner en prière, ou presque tout ce temps. En tout cas, je commençais presque invariablement par la prière, sauf lorsque je sentais mon âme plus aride que d’habitude ; dans ce cas, je lisais la Parole de Dieu pour y trouver de la nourriture, ou du rafraîchissement, ou un réveil et un renouvellement de mon homme intérieur, avant de me livrer à la prière. Mais quel en était le résultat ? Je passais souvent un quart d’heure, une demi-heure ou même une heure à genoux avant d’avoir conscience d’en avoir tiré consolation, encouragement, humiliation d’âme, etc. ; et souvent, après avoir beaucoup souffert de distractions d’esprit pendant les dix premières minutes, ou un quart d’heure, ou même une demi-heure, ce n’est qu’alors que je commençais réellement à prier. Je ne souffre presque plus jamais de cette manière à présent. Car mon cœur étant nourri par la vérité, étant amené à une communion d’expérience avec Dieu, je parle à mon Père et à mon Ami (si vil que je sois, et indigne de cette grâce) des choses qu’il a placées devant moi dans sa précieuse Parole. Je m’étonne souvent maintenant de n’avoir pas vu plus tôt ce point. Je n’en ai jamais rien lu dans aucun livre. Aucun ministère public n’a jamais attiré mon attention sur cette question. Aucun entretien particulier avec un frère ne m’y a poussé. Et pourtant maintenant, depuis que Dieu m’a enseigné ce point, il est pour moi aussi clair que quoi que ce soit que la première chose que l’enfant de Dieu ait à faire, matin après matin, c’est d’obtenir de la nourriture pour son homme intérieur. De même que l’homme extérieur n’est pas en état de travailler longtemps si nous ne prenons pas de nourriture, et que c’est l’une des premières choses que nous faisons le matin, ainsi devrait-il en être pour l’homme intérieur. Nous devrions prendre de la nourriture pour lui, comme chacun doit le reconnaître. Or, quelle est la nourriture de l’homme intérieur ? Non pas la prière, mais la Parole de Dieu ; et ici encore, non pas la simple lecture de la Parole de Dieu, de sorte qu’elle ne fasse que traverser notre esprit, comme l’eau coule dans un tuyau, mais la réflexion sur ce que nous lisons, la méditation de ce que nous lisons, et son application à notre cœur. Quand nous prions, nous parlons à Dieu. Or, la prière, pour être poursuivie un certain temps d’une autre manière que formellement, requiert, en général, une certaine mesure de force ou de désir pieux ; et le moment où cet exercice de l’âme peut être accompli le plus efficacement est donc celui où l’homme intérieur a été nourri par la méditation de la Parole de Dieu, dans laquelle nous trouvons notre Père qui nous parle, pour nous encourager, nous consoler, nous instruire, nous humilier, nous reprendre. Nous pouvons donc méditer avec profit, avec la bénédiction de Dieu, si faibles que nous soyons spirituellement ; bien plus, plus nous sommes faibles, plus nous avons besoin de la méditation pour fortifier notre homme intérieur. Il y a ainsi beaucoup moins à craindre les distractions de l’esprit que si nous nous livrons à la prière sans avoir eu auparavant le temps de méditer. J’insiste si particulièrement sur ce point à cause de l’immense profit spirituel et du rafraîchissement dont j’ai conscience d’avoir moi-même bénéficié, et je supplie affectueusement et solennellement tous mes frères en la foi de réfléchir à cette question. Par la bénédiction de Dieu, j’attribue à cette manière de faire le secours et la force que j’ai reçus de Dieu pour traverser en paix des épreuves plus profondes, de diverses sortes, que je n’en avais jamais connu auparavant ; et après avoir maintenant éprouvé cette voie pendant plus de quatorze ans, je puis, dans la crainte de Dieu, la recommander de la manière la plus complète. En outre, je lis généralement, après le culte de famille, de plus longues portions de la Parole de Dieu, en poursuivant toujours ma pratique de lire régulièrement d’un bout à l’autre les saintes Écritures, tantôt dans le Nouveau Testament, tantôt dans l’Ancien ; et depuis plus de vingt-six ans j’en ai éprouvé la bénédiction. Je prends aussi, soit à ce moment-là, soit à d’autres moments de la journée, du temps plus spécialement consacré à la prière.

Quelle différence, quand l’âme est rafraîchie et rendue heureuse de grand matin, avec ce qu’il en est lorsque, sans préparation spirituelle, le service, les épreuves et les tentations du jour fondent sur nous !

1er oct. Comme je n’avais de nouveau pas un penny en caisse pour les besoins de ce jour, on m’a apporté ce matin dix shillings pour les orphelins, envoyés de Kensington. Sur le papier qui contenait l’argent était écrit : « Votre Père céleste sait que vous avez besoin de ces choses. » « Confie-toi en l’Éternel. » Cette parole de notre Seigneur a pour moi plus de valeur que bien des billets de banque. Environ cinq minutes plus tard, j’ai reçu dix livres d’une sœur irlandaise, par l’intermédiaire de son banquier à Londres. Je mentionne ici, comme un point particulièrement digne de remarque, qu’après la fin de la période de relative abondance, en septembre, le Seigneur ne nous a pas tout de suite laissés être aussi durement éprouvés que nous l’avons été ensuite. Il avait agi avec nous de la même manière douce trois ans plus tôt, lorsque les épreuves de la foi commencèrent dans cette partie de l’œuvre.

2 nov. Au moment de la plus grande pauvreté, une dame de Birmingham a envoyé une livre. Environ une demi-heure après, j’ai reçu dix livres d’un frère qui avait économisé cent cinquante livres et les avait placées à la caisse d’épargne, mais qui voit maintenant que consacrer cet argent à l’avancement de l’œuvre de Dieu sert davantage la gloire du nom de Jésus que de le garder à la caisse d’épargne, à intérêt, en vue de la maladie ou de la vieillesse ; car il est assuré que, si de tels temps venaient, le même Seigneur qui a jusqu’ici pris soin de lui pendant qu’il était en bonne santé, plein de force et capable de travailler, prendra soin de lui alors aussi. Ce même frère m’a donné trois livres il y a quinze jours. Ces dix livres sont arrivées fort à propos ; car, bien que nous eussions pu pourvoir aux nécessités absolues d’aujourd’hui, il y avait cependant du manque à bien des égards, d’autant plus qu’un garçon est sur le point de partir en apprentissage et a besoin d’outils et d’un trousseau.

13 nov. Samedi. Ce matin, j’ai retiré un shilling du tronc qui est dans ma maison. Ce shilling était tout ce que nous avions pour les besoins d’aujourd’hui. Arrêtez-vous, cher lecteur, quelques instants ! Considérez qu’il y a plus de cent personnes à qui il faut fournir tout ce dont elles ont besoin ; considérez qu’il n’y a pas d’argent en caisse ; et considérez aussi que ce n’est pas le cas une ou deux fois dans l’année, mais très fréquemment. N’est-il pas précieux, en de telles circonstances, d’avoir le Dieu vivant comme un père vers qui aller, lui qui est toujours capable et toujours disposé à secourir, selon le besoin réel ? Et à ce privilège a droit quiconque croit au Seigneur Jésus, étant, comme tel, un enfant de Dieu. Galates 3:26. Car si tous les croyants au Seigneur Jésus ne sont pas appelés à fonder des maisons d’orphelins, des écoles pour les enfants pauvres, etc., et à se confier en Dieu pour les ressources, tous les croyants pourtant, selon la volonté de Dieu à leur égard en Jésus-Christ, peuvent et doivent se décharger sur lui de tous leurs soucis, lui qui prend soin d’eux, et n’ont à s’inquiéter de rien, comme on le voit clairement par 1 Pierre 5:7, Philippiens 4:6, Matthieu 6:25-34. Dans ces circonstances de besoin, une montre en argent, qui hier après-midi seulement était devenue la propriété du fonds des orphelins, a été vendue, ce qui nous a permis de faire face aux dépenses d’aujourd’hui. Le charbon est presque épuisé dans chacune des maisons. Toutes les provisions, etc., sont aussi fort réduites. En vérité, nous sommes extrêmement pauvres ; néanmoins, nous avons les provisions nécessaires jusqu’à lundi matin, et nous voici ainsi amenés à la fin d’une autre semaine. Cet après-midi, tous les ouvriers se sont réunis pour prier.

14 nov. Quand nous nous sommes de nouveau réunis pour prier cet après-midi, nous avions sujet de louer, car le Seigneur avait envoyé des ressources. Ce matin, on m’a donné cinq livres, et six shillings étaient entrés par la vente d’objets.

15 nov. Vendredi dernier, le frère Craik et moi avons eu une réunion pour les âmes en quête et les candidats à la communion. Nous en avons vu huit, et nous avons dû en renvoyer dix que nous n’avons pu recevoir, nos forces étant tout à fait épuisées après avoir vu les huit, l’un après l’autre. Ce soir, nous en avons vu sept, et nous avons dû en renvoyer trois.

16 nov. Ces quatre derniers jours, nous nous sommes réunis chaque jour pour prier, n’ayant aucune ressource pour payer les maîtres des écoles de jour. En outre, il nous faut un poêle dans l’une des salles de classe, ainsi que des Bibles et des traités. Aujourd’hui, j’ai reçu deux livres d’un frère d’Exmouth.

9 déc. Nous voici arrivés à la fin de la sixième année de cette partie de l’œuvre, n’ayant en caisse que l’argent mis de côté pour le loyer ; mais pendant toute cette année, nous avons reçu tout ce qui était nécessaire.

Pendant les trois dernières années, nous avions clos les comptes ce jour-là, et nous avions eu, quelques jours après, des réunions publiques où, pour le profit des auditeurs, nous exposions comment le Seigneur avait agi envers nous pendant l’année ; et l’essentiel de ce qui avait été dit à ces réunions était ensuite imprimé pour le profit de l’Église en général. Cette fois, cependant, il nous a paru préférable de différer pour un temps les réunions publiques ainsi que la publication du Rapport. Par la grâce, nous avions appris à nous appuyer sur le Seigneur seul, assurés que, même si nous ne devions plus jamais dire ni écrire un seul mot sur cette œuvre, nous serions pourtant pourvus de ressources aussi longtemps qu’il nous rendrait capables de ne dépendre que de lui seul. Mais si nous n’avions jamais tenu ces réunions publiques dans le but d’exposer notre besoin, ni fait publier le récit des voies du Seigneur envers nous pour agir par là sur les sentiments des lecteurs et les amener ainsi à donner de l’argent, mais uniquement afin de faire profiter d’autres saints de notre expérience, il aurait pu sembler à certains qu’en faisant connaître notre situation nous étions mus par quelque motif de ce genre. Quelle meilleure preuve pouvions-nous donc donner que nous dépendions du Dieu vivant seul, et non de réunions publiques ou de rapports imprimés, que celle-ci : au milieu de notre profonde pauvreté, au lieu de nous réjouir de voir venu le moment où nous pourrions faire connaître notre situation, nous avons continué tranquillement encore quelque temps, sans rien dire ? Nous avons donc résolu, puisque nous cherchions et cherchons encore dans cette œuvre à agir pour le profit des saints en général, de différer de quelques mois les réunions publiques et les Rapports. Naturellement, nous aurions été, bien entendu, aussi heureux que quiconque de faire connaître notre pauvreté à ce moment-là ; mais spirituellement, nous avons été rendus capables de nous réjouir, même alors, à la perspective du profit accru que l’Église en général pourrait retirer de notre manière d’agir.


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