Chapitre 78 · 3 min de lecture · 4 min d’écoute
L’homme n’a aucun bien de lui-même et ne peut se glorifier de rien
Le disciple
SEIGNEUR, qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l’homme, pour que tu le visites ? Qu’a mérité l’homme, pour que tu lui donnes ta grâce ? Quel sujet ai-je, Seigneur, de me plaindre si tu me délaisses, ou que puis-je objecter si tu ne fais pas ce que je demande ? Voici ce que je puis penser et dire en toute vérité : « Seigneur, je ne suis rien ; de moi-même je n’ai rien de bon ; je manque de tout, et je tends sans cesse vers le néant. Et si je n’ai ton secours et si tu ne me fortifies intérieurement, je deviens tout tiède et relâché. »
Mais toi, Seigneur, tu es toujours le même. Tu demeures éternellement, toujours bon, juste et saint, faisant toutes choses avec droiture, justice et sainteté, et les disposant avec sagesse. Mais moi, plus prompt à reculer qu’à avancer, je ne demeure pas toujours dans le même état, car je change avec les saisons. Pourtant mon état s’améliore vite, quand il te plaît et que tu me tends ta main secourable. Car toi seul, sans aide humaine, tu peux me secourir et m’affermir si puissamment que mon cœur ne changera plus, mais se convertira et se reposera en toi seul. C’est pourquoi, si je savais bien rejeter toute consolation terrestre, soit pour acquérir la dévotion, soit à cause de la nécessité qui, faute de réconfort humain, me contraint à ne chercher que toi, alors je pourrais à bon droit espérer ta grâce et me réjouir du don d’une consolation nouvelle.
Grâces te soient rendues, à toi de qui tout vient, chaque fois que tout va bien pour moi. Devant toi je ne suis que vanité et néant, un homme faible et inconstant. De quoi donc puis-je me glorifier, et comment puis-je désirer qu’on m’estime ? Serait-ce parce que je ne suis rien ? Cela aussi est tout à fait vain. En vérité, la plus grande vanité est cette peste mauvaise de la vaine gloire, car elle détourne de la vraie gloire et dépouille de la grâce céleste. Car l’homme qui se complaît en lui-même te déplaît ; celui qui soupire après la louange humaine est privé de la vraie vertu. Mais c’est la vraie gloire et la sainte allégresse que de se glorifier en toi et non en soi-même, de se réjouir en ton nom plutôt qu’en sa propre vertu, et de ne se délecter en aucune créature, sinon pour l’amour de toi.
Que ton nom soit loué, et non le mien. Que ton œuvre soit exaltée, et non la mienne. Que ton saint nom soit béni, mais qu’aucune louange humaine ne me soit donnée. Tu es ma gloire. Tu es la joie de mon cœur. En toi je me glorifierai et me réjouirai tout le jour ; et de moi-même je ne me glorifierai pas, sinon de mes infirmités.
Que les Juifs cherchent la gloire qui vient les uns des autres. Moi, je chercherai la gloire qui vient de Dieu seul. Toute gloire humaine, tout honneur temporel, toute grandeur du monde n’est vraiment que vanité et folie auprès de ta gloire éternelle. Ô ma Vérité, ma Miséricorde, mon Dieu, ô Trinité bienheureuse, à toi seule louange et honneur, puissance et gloire, dans les siècles des siècles sans fin.
Chapitre 78 terminé
L’homme n’a aucun bien de lui-même et ne peut se glorifier de rien