L’Imitation de Jésus-Christ
L’aveu de notre faiblesse dans les misères de la vie

Chapitre 58 · 3 min de lecture · 3 min d’écoute

L’aveu de notre faiblesse dans les misères de la vie

Le disciple

JE PORTERAI témoignage contre moi-même de mon injustice, et c’est à toi, Seigneur, que je confesserai ma faiblesse.

Souvent c’est peu de chose qui m’abat et m’attriste. Je me propose d’agir avec courage, mais dès que survient une légère tentation, me voilà dans une grande détresse. Parfois c’est la plus mince bagatelle qui fait naître de graves tentations. Quand je me crois quelque peu en sûreté et que je ne m’y attends pas, je me trouve souvent presque renversé par un souffle léger. Regarde donc, Seigneur, ma bassesse et ma fragilité, que tu connais si bien. Aie pitié de moi et arrache-moi de la boue, afin que je n’y reste pas pris et que je ne demeure pas à jamais dans un total abattement.

Être si enclin à tomber et si faible à résister à mes passions, voilà ce qui souvent m’accable et me confond devant toi. Bien que je n’y consente pas pleinement, leur assaut m’est pourtant très pénible et douloureux, et je me lasse extrêmement de vivre ainsi dans une lutte de chaque jour. Et c’est justement à voir les imaginations abominables se jeter sur moi bien plus aisément qu’elles ne s’en vont que ma faiblesse m’apparaît clairement.

Oh ! si tu voulais, Dieu très puissant d’Israël, ardent Ami des âmes fidèles, considérer le labeur et la douleur de ton serviteur, et l’assister en tout ce qu’il entreprend ! Fortifie-moi d’un courage céleste, de peur que l’homme extérieur, cette misérable chair qui n’est pas encore soumise à l’esprit et contre laquelle il me faudra combattre tant que je respirerai en cette vie malheureuse, ne l’emporte et ne me domine.

Hélas ! quelle vie est-ce là, où ne manquent jamais les peines et les misères, où tout est plein de pièges et d’ennemis ? Car à peine une peine ou une tentation s’éloigne-t-elle qu’une autre survient. Bien plus, tandis que le premier combat fait encore rage, beaucoup d’autres commencent à l’improviste. Comment peut-on aimer une vie qui renferme de si grandes amertumes, qui est sujette à tant de calamités et de misères ? Et comment même peut-on l’appeler une vie, quand elle engendre tant de morts et de fléaux ? Et pourtant on l’aime, et beaucoup y cherchent leur délice.

Beaucoup reprochent souvent au monde d’être trompeur et vain, et pourtant ne le quittent pas aisément, tant les désirs de la chair ont de puissance. Certaines choses les entraînent à aimer le monde, d’autres à le mépriser. La convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie portent à l’aimer, tandis que les peines et les misères, qui en sont la juste suite, engendrent la haine et le dégoût du monde.

Le plaisir vicieux l’emporte sur l’âme livrée au monde. Elle croit qu’il y a des délices sous ces épines, parce qu’elle n’a jamais vu ni goûté la douceur de Dieu ni la joie intérieure de la vertu. Mais ceux qui méprisent entièrement le monde et s’appliquent à vivre pour Dieu sous la règle d’une sainte discipline n’ignorent pas la divine douceur promise à ceux qui renoncent vraiment au monde. Ils voient clairement combien gravement le monde s’égare, et de combien de manières il trompe.

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