L’Imitation de Jésus-Christ
Le Corps du Christ et la sainte Écriture sont tout à fait nécessaires à l’âme fidèle

Chapitre 108 · 5 min de lecture · 7 min d’écoute

Le Corps du Christ et la sainte Écriture sont tout à fait nécessaires à l’âme fidèle

Le disciple

Ô TRÈS doux Seigneur Jésus, quel grand bonheur pour l’âme dévote qui se nourrit de toi à ton banquet, où ne lui est servie d’autre nourriture que toi seul, son unique Bien-Aimé, le plus désirable de tout ce que son cœur peut désirer !

Ce serait pour moi un vrai bonheur de verser des larmes en ta présence, du plus profond de l’amour, et, comme la pieuse Madeleine, de t’en laver les pieds. Mais où est maintenant cette dévotion, cette abondante effusion de saintes larmes ? Assurément, sous ton regard, devant tes saints anges, tout mon cœur devrait s’embraser et pleurer de joie. Car, tout caché que tu sois sous une autre apparence, je t’ai vraiment présent dans le sacrement.

Mes yeux ne pourraient soutenir la vue de ta propre clarté divine, et le monde entier ne pourrait subsister devant la splendeur de la gloire de ta majesté. C’est donc par égard pour ma faiblesse que tu te voiles dans le sacrement.

En vérité, je possède et j’adore celui que les anges adorent dans le ciel : moi encore par la foi, eux face à face et sans voile. Je dois me contenter de la lumière de la vraie foi et marcher en elle jusqu’à ce que se lève le jour de l’éternelle clarté et que passe l’ombre des figures. Quand ce qui est parfait sera venu, l’usage des sacrements cessera, car les bienheureux, dans la gloire céleste, n’ont plus besoin du sacrement qui guérit. Se réjouissant sans fin en la présence de Dieu, contemplant sa gloire face à face, transformés de leur propre clarté en la clarté de l’ineffable Divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu’il était au commencement et tel qu’il demeurera dans l’éternité.

Quand je songe à ces merveilles, toute consolation spirituelle me devient pesante, car, tant que je ne vois pas clairement le Seigneur dans sa gloire, je tiens pour peu de chose tout ce que j’entends et vois sur la terre.

Tu m’es témoin, ô Dieu, que rien ne peut me consoler, qu’aucune créature ne peut me donner le repos, hors de toi, mon Dieu, que je désire contempler éternellement. Mais cela n’est pas possible tant que je demeure dans cette vie mortelle ; c’est pourquoi je dois être très patient et te soumettre chacun de mes désirs.

Tes saints eux-mêmes, Seigneur, qui se réjouissent maintenant avec toi dans le royaume des cieux, ont attendu durant leur vie la venue de ta gloire avec foi et grande patience. Ce qu’ils ont cru, je le crois. Ce qu’ils ont espéré, je l’espère, et là où ils sont parvenus, j’ai confiance que j’arriverai par ta grâce. En attendant, je marcherai dans la foi, fortifié par l’exemple des saints. J’aurai de plus, pour ma consolation et pour la conduite de ma vie, les Livres saints, et, par-dessus tout, ton Corps très saint comme mon port et mon refuge singuliers.

Je sens que deux choses me sont particulièrement nécessaires en cette vie, sans lesquelles ses misères me seraient insupportables. Enfermé ici dans la prison du corps, j’ai besoin, je l’avoue, de ces deux choses : la nourriture et la lumière. C’est pourquoi tu m’as donné, à moi faible, ta Chair sacrée pour restaurer mon âme et mon corps, et tu as placé ta parole comme une lumière pour guider mes pas. Sans elles je ne pourrais vivre comme il faut, car la parole de Dieu est la lumière de mon âme, et ton sacrement est le Pain de vie.

On peut aussi les appeler les deux tables, placées l’une ici, l’autre là, dans le trésor de la sainte Église. L’une est la table du saint autel, qui porte le Pain saint, c’est-à-dire le Corps précieux du Christ. L’autre est la table de la loi divine, qui contient la sainte doctrine, enseigne à tous la vraie foi et les conduit sûrement au-delà du voile, jusqu’au Saint des saints.

Grâces te soient rendues, Seigneur Jésus, Lumière de l’éternelle lumière, pour la table de ta sainte doctrine que tu nous as préparée par tes serviteurs, les prophètes, les apôtres et les autres docteurs.

Grâces te soient rendues, Créateur et Rédempteur des hommes, qui, pour manifester ton amour au monde entier, as préparé un grand festin où tu nous as donné en nourriture, non l’agneau qui te figurait, mais ton propre Corps et ton Sang très précieux, réjouissant tous les fidèles à ton banquet sacré et les enivrant au calice du salut, où se trouvent toutes les délices du paradis ; et les saints anges festoient avec nous, mais avec plus de bonheur et de douceur.

Oh ! qu’elle est grande et honorable, la fonction du prêtre, à qui il est donné de consacrer par les paroles saintes le Seigneur de majesté, dont les lèvres le bénissent, dont les mains le tiennent, dont la langue le reçoit, et dont le ministère est de le porter aux autres !

Oh ! qu’elles doivent être pures, les mains, qu’elles doivent être pures, les lèvres, qu’il doit être sanctifié, le corps, qu’il doit être immaculé, le cœur du prêtre que l’Auteur de toute pureté visite si souvent. Aucune parole qui ne soit sainte, aucune qui ne soit bonne et utile ne doit sortir des lèvres du prêtre qui reçoit si souvent le sacrement du Christ. Simples et modestes doivent être les yeux habitués à contempler le Corps du Christ. Pures et élevées vers le ciel, les mains habituées à toucher le Créateur du ciel et de la terre. C’est aux prêtres avant tout qu’il est dit dans la loi : « Soyez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu. »

Que ta grâce, Dieu tout-puissant, nous assiste, afin que nous qui avons reçu la charge du sacerdoce, nous puissions te servir dignement et avec dévotion, en toute pureté et avec une bonne conscience. Et si nous ne pouvons vivre avec autant d’innocence que nous le devrions, accorde-nous du moins de pleurer comme il convient le mal que nous avons commis, et, dans un esprit d’humilité et avec le ferme propos d’une bonne volonté, de te servir à l’avenir avec plus de ferveur.

Chapitre 108 terminé

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