Le secret d’une vie chrétienne heureuse
Comment régner dans la vie intérieure

Chapitre 19 · 28 min de lecture

Comment régner dans la vie intérieure

Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit: « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Les expressions « royaume de Dieu » et « royaume des cieux » désignent la vie divine dans l’âme. On les trouve dans l’Écriture. Elles signifient simplement le lieu ou l’état où Dieu règne et où sa volonté est faite. C’est un royaume intérieur, non un royaume extérieur. Ses trônes ne sont pas faits pour la pompe et la gloire humaines. Ils sont faits pour la domination sur les choses du temps et des sens. Ses rois ne portent pas de robes royales de pourpre et de fin lin. Ils portent plutôt les vêtements intérieurs de la pureté et de la vérité. Et son règne ne consiste pas en éclat extérieur, mais en puissance intérieure.

Il ne se trouve pas non plus en un lieu plutôt qu’en un autre, ni dans une forme de choses plutôt que dans une autre. Nous ne devons pas chercher Christ sur cette montagne ou à Jérusalem. Ce n’est pas là qu’on le trouve et qu’on entre dans son royaume. Ce n’est nullement une question de lieu, mais une question d’état. En tout lieu, sous tout nom et sous toute forme, tous ceux qui cherchent Dieu et font le bien trouveront son royaume au-dedans d’eux. Mais cela est bien peu compris. Notre littéralisme enfantin nous a fait croire qu’un royaume doit se trouver en un lieu précis. Nous nous attendions à ce que le royaume des cieux signifie une victoire extérieure du ciel sur la terre, en quelque endroit particulier. Nous pensions que s’asseoir sur un trône avec Christ voudrait dire être publiquement élevé en puissance et en gloire.

Mais à mesure que le sens intérieur de l’Écriture se dévoile, nous voyons que ce ne serait là qu’un accomplissement pauvre et superficiel du sens réel de ces symboles. Et la vision de leur vraie signification grandit devant « les yeux qui voient ». Nous savons enfin que les paroles de notre Seigneur étaient plus vraies que nous ne l’avions jamais rêvé. « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au-dedans de vous. »

Daniel 2:44 annonce le royaume: « Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et qui ne passera point sous la domination d’un autre peuple; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement. » Ésaïe 9:5-6 annonce le Roi: « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l’appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. Donner à l’empire de l’accroissement, Et une paix sans fin au trône de David et à son royaume, L’affermir et le soutenir par le droit et par la justice, Dès maintenant et à toujours: Voilà ce que fera le zèle de l’Éternel des armées. »

Ce royaume a le droit de détruire tous les autres. La loi veut que l’intérieur gouverne l’extérieur. S’il y a la paix au-dedans, aucun tumulte ne peut atteindre l’âme. Mais la paix extérieure ne peut apaiser une tempête intérieure. Un cœur heureux peut traverser, indifférent, une mer de tribulations. Mais une angoisse intérieure ne peut trouver de joie dans le meilleur des cadres. C’est l’être intérieur d’un homme qui fait ou défait sa joie, non ses biens. Quelqu’un dit un jour à Diogène: « Le roi t’a dégradé. » « Oui, répondit Diogène d’un air triomphant, mais moi, je ne suis pas dégradé! » Aucun acte de roi ou d’empereur ne peut dégrader une âme qui garde sa propre dignité; aucun tyran ne peut asservir un homme intérieurement libre.

Ainsi, avoir en soi ce royaume divin signifie que toutes les autres puissances capables de vaincre ou d’asservir sont brisées. L’âme règne en triomphe sur elles toutes. Les hommes et les démons peuvent bien tenter de l’asservir. Mais ils sont impuissants devant la force de ce royaume intérieur. Ni la mode, ni les convenances, ni la crainte des hommes ne gouverneront plus une âme élevée sur un trône dans ce royaume intérieur. L’amour du confort non plus. Les chrétiens rampent et s’inclinent devant bien des tyrans. Aucun péché, aucune tentation ne peut vaincre, aucune douleur ne peut écraser, aucun découragement ne peut entraver.

Qu’un homme ou une femme ait été lié par les chaînes les plus tyranniques d’habitudes coupables, ce royaume les rendra libres. Les circonstances peuvent faire des hommes des rois dans le monde extérieur. Mais, dans la vie cachée, les hommes deviennent rois sur les circonstances. Et l’âme qui était autrefois esclave de mille choses se trouve désormais entièrement indépendante d’elles.

Car le Roi de ce royaume est quelqu’un que rien ne peut atteindre ni déconcerter. C’est lui qui fait les circonstances. Puisque la domination repose sur son épaule, nous ne pouvons douter qu’il gouverne avec une parfaite justice. Ses sujets ne manqueront de rien. La parole « la domination reposera sur son épaule » renferme le secret de ce merveilleux royaume. Sur son épaule, et non sur la nôtre. Le souci est le sien. Les fardeaux sont les siens. La responsabilité est la sienne. La protection est la sienne. Les plans, la provision, la direction et la conduite sont tous entre ses mains. Nul ne peut mettre en doute qu’il remplisse parfaitement chacune des exigences de sa royauté. Ainsi, ceux qui sont dans son royaume sont libres de l’inquiétude, des fardeaux et des tourments.

Et c’est par cette délivrance qu’ils deviennent rois. La domination ne repose pas sur leurs épaules, et ils n’ont pas à s’en mêler. Leur Roi a pris sur lui toute la responsabilité. S’il voit ses sujets heureux et prospères, il est content de porter tout le poids et tout le souci de la royauté. Nous parlons souvent des devoirs des rois de la terre. Nous les plaignons à cause des fardeaux de la royauté. Nous reconnaissons, même sur le plan terrestre, qu’être roi signifie, ou devrait signifier, porter les fardeaux même du plus humble de ses sujets.

En ce moment même, tandis que j’écris, bien des cœurs souffrent pour le nouveau tsar. Il a pris sur lui le lourd fardeau de l’immense Empire russe.

Chaque cœur humain peut nous apprendre ce que sont les devoirs de la royauté. Cela signifie être dans un royaume où Dieu est Roi. Il a déclaré que toutes choses seront réglées par le droit et par la justice, à toujours. Assurément, aucun souci, aucune inquiétude ne peut jamais entrer ici, si seulement le cœur connaît son royaume et son Roi! En Jean 18:36, notre Roi nous fait connaître la manière d’agir de son royaume: « Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. »

Les rois et les royaumes de la terre acquièrent la suprématie par la guerre. Le royaume de Dieu conquiert par une puissance intérieure.

Les rois de la terre soumettent leurs ennemis; Dieu soumet l’inimitié. Ses victoires doivent être intérieures avant de pouvoir être extérieures. Il ne subjugue pas, mais il conquiert. Nous-mêmes, sur notre plan terrestre, nous connaissons ce principe.

Nous n’attachons aucun prix à une victoire sur autrui qui n’atteint que le corps sans avoir soumis le cœur. Aucune vraie mère ne se contente d’une obéissance purement extérieure; rien ne la satisfera, sinon l’abandon intérieur.

Si le centre du cœur n’est pas conquis, la conquête paraît sans valeur. Et combien plus en est-il ainsi pour Dieu! Il nous est dit: « Et l’Éternel dit à Samuel: Ne prends point garde à son apparence et à la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté. L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16:7) Nous parlons de « gagner les cœurs ». Nous ne voulons pas dire forcer un abandon. Nous voulons dire que les cœurs sont gagnés et se donnent de plein gré à un autre. Et c’est de cette manière, et d’aucune autre, que Dieu soumet. De sorte que lire que « son règne domine sur toutes choses » signifie que tous les cœurs sont gagnés à son service dans un abandon joyeux et volontaire.

Car, je le répète, son règne doit être intérieur avant de pouvoir être extérieur. Et, à vrai dire, ce n’est pas un règne du tout s’il n’est pas au-dedans. Si nous y réfléchissons un instant, nous verrons qu’il doit en être ainsi. Il est impossible d’imaginer Dieu régnant sur un royaume où ses sujets ne seraient gouvernés que dans leurs actes extérieurs.

Son royaume n’est pas de ce monde. C’est un royaume spirituel. Sa puissance s’exerce sur les âmes, non sur les corps.

Aussi ne peut-il être établi qu’une fois l’âme conquise.

Vues sous ce jour, toutes ces déclarations et ces prophéties deviennent pleines d’amour et de bénédiction. Elles disent que Dieu soumettra ses ennemis et qu’il les gouvernera avec justice et puissance! Et combien la voix de cette foule nombreuse entendue par Jean retentit, glorieuse d’espérance, disant: « Alléluia! Car le Seigneur notre Dieu tout-puissant est entré dans son règne. » Pour confirmer tout cela, nous avons deux passages qui décrivent ce royaume, en Romains 14:17: « Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit », et en 1 Corinthiens 4:20: « Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. »

Non les choses extérieures, mais les choses intérieures. Non ce qu’un homme mange ou boit. Non l’endroit où il vit. Non sa nationalité ou les coutumes de sa race. Non pas même ses pensées ou ses paroles. Mais quels sont les traits intérieurs de sa nature?

Quelle est la puissance de son esprit? Car ce sont ces choses seules qui constituent ce royaume de Dieu.

Ce n’est pas ce que je fais, mais ce que je suis, qui décide si j’y appartiens ou non. Ce royaume ne peut être établi que lorsque nous possédons et éprouvons la justice, la paix, la joie et la puissance intérieures. Aussi aucune domination extérieure ne peut-elle produire de tels résultats. Seule le peut l’œuvre intérieure de l’Esprit de Dieu, qui soumet toutes choses.

J’ai beaucoup appris de l’histoire d’Ulysse et de son voyage, lorsqu’il longeait les îles des sirènes. Ces sirènes pouvaient charmer quiconque écoutait leurs chants. Elles l’attiraient à se jeter dans la mer. Pour écarter ce danger, Ulysse boucha avec de la cire les oreilles de son équipage. Il le fit pour qu’ils n’entendent pas la musique fatale. Puis il se fit attacher au mât par des cordes nouées. Ils passèrent l’île sains et saufs. Mais lorsque Orphée dut passer devant la même île, il remporta une victoire meilleure. Il fit une musique plus douce que celle des sirènes et enchanta son équipage par des chants plus séduisants encore. Ainsi passèrent-ils devant les dangereuses enchanteresses, non seulement sains et saufs, mais avec dédain. La cire et les cordes nouées empêchèrent Ulysse et son équipage de faire le saut fatal. Mais les délices intérieures permirent à Orphée et à son équipage de triompher de la tentation elle-même. Et il en est exactement ainsi du royaume dont nous parlons. Il n’a besoin d’aucune loi extérieure pour le lier, mais il règne en vertu de sa vie intérieure.

De sorte qu’il est dit de ceux qui y sont entrés: « La loi n’est pas contre ces choses. » Car c’est un royaume de rois. Le cantique que nous chanterons un jour, bien plus, que nous devrions chanter dès maintenant et ici, dans cette vie, le déclare: « et de la part de Jésus-Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, et le prince des rois de la terre! A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume, des sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui soient la gloire et la puissance, aux siècles des siècles! Amen » (Apocalypse 1:5-6)

Nous qui sommes entrés dans ce royaume, ou plutôt en qui ce royaume est établi, nous siégeons sur le trône avec notre Roi et partageons sa domination. Le monde était son marchepied, et il devient aussi notre marchepied. Il régnait au-dessus des choses du temps et des sens. Une vie vécue sur un plan plus élevé, supérieur, lui donnait cette puissance.

Ainsi pouvons-nous faire. Nous connaissons tous l’expression selon laquelle quelqu’un « s’élève au-dessus de son entourage ». Elle signifie qu’il y a en cette personne une puissance cachée. Cette puissance domine son entourage au lieu d’être dominée par lui. Notre Roi s’est élevé au-dessus de son entourage. Nous qui régnons avec lui, nous pouvons en faire autant.

Mais, de même qu’il n’était pas roi en apparence extérieure, mais seulement en puissance intérieure, ainsi en sera-t-il de nous. Il régnait, non parce qu’il possédait toutes les richesses du monde, mais parce qu’il n’en avait aucune et pouvait s’en passer.

Ainsi en sera-t-il de notre règne. Nous ne verrons pas tous les hommes s’incliner devant nous, ni toutes choses plier à notre volonté.

Tous les hommes auront beau s’opposer à nous et toutes choses nous être contraires, nous les traverserons dans un royal triomphe de l’âme.

Nous subirons la perte de toutes choses, et par cette perte nous serons à jamais affranchis de leur pouvoir de nous lier. Nous nous cacherons dans la volonté du Roi, forteresse imprenable. Là, nous régnerons dans un royaume perpétuel.

Tout cela est contraire à la pensée que l’homme se fait de la royauté. Le cœur humain ne peut saisir qu’une seule idée. La voici: les circonstances extérieures doivent plier devant l’âme qui est sur un trône avec Christ. Les amis doivent approuver, les ennemis doivent être réduits au silence, et les obstacles doivent être surmontés. Les affaires doivent prospérer, sans quoi il ne peut y avoir de règne. Si l’homme avait réglé l’affaire de Daniel, ou celle des trois Hébreux dans la fournaise ardente, il aurait dit que, pour vaincre, ils devaient faire changer d’avis les rois. Daniel n’aurait pas dû être jeté dans la fosse aux lions, et les jeunes Hébreux auraient dû être gardés hors de la fournaise.

Mais la voie de Dieu était infiniment plus grandiose. Il permit que Daniel soit jeté parmi les lions. Il voulait qu’il règne en triomphe sur eux, au milieu d’eux. Il permit que Schadrac, Méschac et Abed-Nego soient jetés dans une fournaise ardente. Il voulait qu’ils la traversent sans que même l’odeur du feu soit sur eux. Il ne nous dit pas que nous marcherons sur des chemins sans dragons ni aspics. Mais nous marcherons au milieu d’eux, et « nous les foulerons aux pieds ».

Et combien ce royaume est plus glorieux que ne pourrait l’être toute domination ou tout pouvoir extérieurs! Être roi au-dedans, mais esclave au-dehors, c’est un grand triomphe. C’est le plus haut que notre cœur puisse concevoir. Être dénués de tout, persécutés, maltraités. Être lapidés, sciés, tués par l’épée. Aller çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, errants dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre. Et pourtant, à travers tout cela, être rois dans un royaume de justice, de paix et de joie par le Saint-Esprit. C’est là un royaume que nul autre que Dieu ne pouvait donner, et que seules des âmes semblables à Dieu pouvaient recevoir.

Nous avons vu quelques rois de cette sorte, ou nous en avons entendu parler. Tous les cœurs ont reconnu l’influence qu’ils exerçaient sans le savoir. J’ai lu l’histoire d’un des membres du monastère de Saint-Cyr. Leur piété leur valut la haine des monastères et de leurs supérieurs. Ils furent chassés de leur communauté comme des malfaiteurs. L’un d’eux fut envoyé comme prisonnier dans un monastère où demeuraient ses ennemis. Là, il subit des traitements cruels et avilissants. Bien qu’il fût d’origine noble et qu’il eût été autrefois supérieur, il dut accomplir les tâches les plus humbles. On le força à porter un lourd fardeau sur son dos et à mendier avec, sur la poitrine, un écriteau le désignant comme le pire des pires. Mais, à travers tout cela, l’esprit du saint triompha. Rien ne troubla son calme ni n’aigrit sa douceur semblable à celle de Christ.

Pour ses persécuteurs, il n’eut jamais que des paroles de bonté et des sourires d’amour. À la fin, par la grande puissance du royaume divin, il gagna tous les cœurs. Il devint l’ami et le conseiller de confiance, et le chef bien-aimé de ses anciens ennemis, qui avaient autrefois pris plaisir à le persécuter. « Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre! » (Matthieu 5:5). Par sa douceur, il vainquit et devint roi. Un jour, un criminel dangereux fut envoyé au monastère pour y être enfermé. Il était si violent qu’aucun lien ne suffisait à l’attacher et qu’aucune force ne pouvait le maîtriser. On finit par le conduire dans la cellule d’un frère de Saint-Cyr. On les enferma ensemble. Même les moines, pourtant flegmatiques, reconnaissaient en ce frère une douceur divine. Elle avait, pour vaincre, une puissance qui surpassait tout ce qu’ils connaissaient. Le saint reçut l’homme violent comme un frère bien-aimé et lui sourit avec une bonté céleste.

Mais le criminel lui rendit injures et violences. Il brisa les meubles du moine et mit son lit en pièces, il lui donna des coups de pied, le battit, lui arracha les cheveux et lui cracha dessus. Il s’épuisa dans sa violence contre lui. Pendant tout ce temps, le moine ne résista à rien.

Il ne prononça que des paroles d’amour. Enfin, le criminel, épuisé par sa fureur, s’arrêta pour reprendre son souffle. L’homme battu et outragé sourit alors à son persécuteur avec un amour et une compassion profonds. C’était comme s’il voulait le consoler de sa misère. C’en était plus que le criminel ne pouvait supporter. La haine, la vengeance et la colère, il aurait su les rendre coup pour coup. Mais contre un tel amour et une telle douceur, il n’avait pas d’armes. Son cœur fut vaincu. Il tomba aux pieds du saint et les baigna de ses larmes, tout en implorant le pardon de sa cruauté, et il fit le vœu de se consacrer à son service toute sa vie.

Et dès ce moment, tout ennui avec ce criminel prit fin. Il suivait le saint partout comme un chien aimant et fidèle, avide de faire ou d’être tout ce que l’autre pourrait désirer. Lorsque sa peine prit fin, les portes s’ouvrirent. Mais on ne put le décider à partir, car il ne pouvait supporter de quitter l’homme qui l’avait sauvé par l’amour. Telle est la royauté dans ce royaume des cieux. Chaque âme peut en faire l’application pour elle-même, sans avoir besoin de mon commentaire.

Dans ce passage (Matthieu 5:6-7), le Roi de ce royaume en décrit les caractères et donne les lois de ses sujets: « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés! Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde! » Non pas les riches, ni les grands, ni les sages, ni les savants. Mais les pauvres en esprit, les débonnaires, les miséricordieux, les cœurs purs, ceux qui pleurent, et ceux qui ont faim et soif. Et aussi les persécutés, ceux qu’on insulte et qu’on calomnie. Tous ceux-là appartiennent à ce royaume. Ces rois sont doux, conciliants, débonnaires et charitables. C’est par cette puissance-là qu’ils règnent.

Un chrétien demanda à un autre: « Comment puis-je me faire respecter des gens? » « Moi, je commanderais leur respect », lui fut-il répondu. Cela ne voulait pas dire qu’il devait exiger: « Respectez-moi! » Mais qu’il devait agir, vivre et être de telle sorte que tous le respectent. Les hommes peuvent obtenir un semblant de respect en se montrant tyranniques. Mais pour régner sur les cœurs, il leur faut essayer d’autres méthodes.

Notre Seigneur développa cette pensée devant quelques-uns qui désiraient partager son trône. Il les appela et leur dit: « Vous savez que les chefs des nations les tyrannisent, et que les grands les asservissent. » (Matthieu 20:25). « Il n’en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur; et quiconque veut être le premier, qu’il soit le serviteur de tous. Car le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. »

Au point de vue humain, un seul homme règne: celui qui peut dominer sur ceux qui l’entourent.

Au point de vue divin, l’âme qui sert est l’âme qui règne.

Ce n’est pas celui qui exige le plus qui reçoit ce couronnement intérieur, mais celui qui renonce le plus. Peut-on imaginer une autorité plus grande que celle que le Christ enseigne dans le Sermon sur la montagne? « Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l’autre. » Si quelqu’un veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Si quelqu’un te force à faire un mille, fais-en deux avec lui. (Matthieu 5:39) Assurément, seule une âme en harmonie avec Dieu peut monter sur un tel trône de domination! Mais telle est notre destinée. Nous sommes faits pour cela. Nous sommes nés d’une race royale, et héritiers de ce royaume ineffable; « et si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers: héritiers de Dieu, et cohéritiers de Christ, si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être glorifiés avec lui. » (Romains 8:17) Oh, si seulement nous pouvions le comprendre, et voir dans chaque acte de service ou d’abandon un pas vers le haut! Il nous mènerait à notre royaume et à notre trône! Je l’entends dans un sens très pratique. Je veux dire que nos humbles tâches quotidiennes et nos petits sacrifices, s’ils sont bien accomplis, seront autant d’échelons d’une échelle qui monte jusqu’à nos trônes. Si nous sommes fidèles en « peu de chose » dans notre royaume terrestre, nous serons établis sur « beaucoup » dans le royaume céleste.

Celui qui sert et qui souffre pour Christ régnera avec lui. Il sera « le premier » dans son royaume d’amour. Sachant cela, qui hésiterait à tendre l’autre joue? C’est un royaume et un trône qu’il s’agit de gagner.

Joseph fut une figure de tout cela. Dans l’esclavage et en prison, il régna en roi, aussi véritablement que lorsqu’il était assis sur le trône de Pharaon ou monté sur le char de Pharaon. (Voir Genèse 39:6) « Il abandonna aux mains de Joseph tout ce qui lui appartenait, et il n’avait avec lui d’autre soin que celui de prendre sa nourriture. Or, Joseph était beau de taille et beau de figure. »

(Genèse 39:22-23) « Et le chef de la prison plaça sous sa surveillance tous les prisonniers qui étaient dans la prison; et rien ne s’y faisait que par lui. Le chef de la prison ne prenait aucune connaissance de ce que Joseph avait en main, parce que l’Éternel était avec lui. Et l’Éternel donnait de la réussite à ce qu’il faisait. » Il devint le plus grand en étant le plus petit, le premier en étant le serviteur de tous.

Cher lecteur, régnez-vous de cette manière, dans cette sorte de royaume? Êtes-vous le plus grand dans votre petit monde, à la maison, à l’église ou dans votre cercle d’amis? Alors soyez le plus petit. Soyez le serviteur de tous. Sinon, votre royaume n’est pas le royaume de Christ, et votre trône n’est pas partagé avec lui. Accéder aux secrets et à la puissance de ce royaume intérieur n’est pas une chimère. Ce n’est pas une simple victoire imaginaire. C’est une manière réelle et véritable de régner. Elle vous élèvera au-dessus du monde et de ses soucis. Vous le traverserez sans être atteint par ses louanges ni par ses critiques. Vous vivrez dans un lieu de paix et de victoire que le monde ne peut ni donner ni ôter.

« Car le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles, mais en puissance. » Ce n’est pas un discours, mais un fait, et ceux qui y sont reconnaissent leur royauté et la prouvent en régnant. Mais peut-être direz-vous: « Comment puis-je entrer dans ce royaume, si je n’y suis pas déjà? » Laissez notre Seigneur lui-même vous répondre: « En ce moment, les disciples s’approchèrent de Jésus, et dirent: Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux? » (Matthieu 18:1) « Jésus, ayant appelé un petit enfant, le plaça au milieu d’eux, et dit: Je vous le dis en vérité, si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. Quiconque se rendra humble comme ce petit enfant sera le plus grand dans le royaume des cieux. » (Matthieu 18:2-3) C’est un royaume de cœurs d’enfants, et seuls de tels cœurs peuvent y entrer. Être un « petit enfant », cela veut simplement dire en être un. Je ne saurais mieux le décrire. Nous connaissons tous les petits enfants.

Nous aimons leur simplicité, leur confiance et leur insouciance. Nous admirons leur obéissance sans question à l’autorité. Pour être le plus grand dans ce royaume divin, il faut avoir le plus de ce cœur d’enfant, confiant, tendre et obéissant. C’est un cœur sans détour, qui s’oublie lui-même.

« Ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur! N’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 7:21). Ce n’est pas le dire, mais le faire, qui nous servira ici. Il faut être un enfant, sinon nous ne pouvons pas nous asseoir sur le trône de l’enfant. Et être un enfant, c’est faire la volonté du Père, puisque l’essence même de la véritable enfance est l’esprit d’obéissance uni à l’esprit de confiance.

Devenez un petit enfant. Mettez de côté votre grandeur, votre affirmation de vous-même et votre sagesse. Renoncez à votre force et à votre dépendance de vous-même. Consentez à mourir à votre vieil homme. Naissez de nouveau dans le royaume de Dieu. Le seul moyen de passer d’une vie à une autre est de mourir à l’une et de naître à l’autre. C’est donc la vieille histoire, répétée si souvent et de tant de manières différentes: par la mort, à la vie. Mourez donc, afin de vivre. Perdez votre propre vie, afin de trouver la vie de Christ.

La chenille ne peut entrer dans le royaume du papillon qu’en mourant à sa vie de chenille pour devenir ensuite papillon. De même, nous ne pouvons entrer dans le royaume de Dieu qu’en mourant au royaume du moi, pour ressusciter ensuite à la vie en Christ. Lâchez tout ce qui est naturel: vos idées, vos projets, vos pensées. Acceptez à leur place les projets, les voies et les pensées de Dieu. Faites-le fidèlement et avec persévérance. Vous finirez par vous asseoir sur son trône et régner avec lui dans un royaume éternel. Il brisera et anéantira tous les autres royaumes, et lui-même subsistera éternellement.

Il n’y a pas d’autre chemin. On ne peut entrer dans ce royaume par l’orgueil, l’apparence ou la puissance. On ne peut y entrer que par la petitesse, l’impuissance, l’esprit d’enfance, la condition de tout-petit, et la mort. Car « quiconque s’abaisse sera élevé », et lui seul. Pour partager le trône de Christ, il faut d’abord le suivre dans la souffrance, la perte et la crucifixion. Si nous souffrons avec lui, nous régnerons aussi avec lui.

Non comme une récompense arbitraire de nos souffrances, mais comme le résultat qui découlera de la nature même des choses. La perte de Christ doit amener le gain de Christ. Sa mort doit amener sa résurrection. Le suivre jusqu’au renouvellement de toutes choses conduira infailliblement l’âme qui le suit à sa couronne et à son trône. Dans un recueil de sermons pour enfants, j’ai trouvé une vivante illustration de ce royaume royal: – Un jeune garçon, pensionnaire de l’un des refuges d’Angleterre, avait risqué sa vie pour sauver son ami. La reine d’Angleterre lui avait fait remettre une médaille par l’un de ses comtes. Ses amis le poussèrent en avant pour la recevoir, car il était timide et nerveux et tentait de s’esquiver.

Regardez l’honorable président. Il venait de la Chambre des lords, où étaient réunis des comtes, des ducs et des hommes éminents: juristes, juges, hommes d’État et guerriers. Des princes du sang y étaient aussi. Pourtant, tout pair du royaume qu’il était, il fut ému. Il murmura: « J’ai l’honneur », et épingla la médaille de sauvetage sur la veste de l’enfant. Son cœur était plein. Il s’arrêta pour ravaler quelque chose qui lui montait à la gorge avant de pouvoir continuer.

Il y a la « gloire et l’honneur » des hommes d’État, des guerriers et des juristes. Mais la gloire du sauvetage désintéressé les surpasse tous. Telle était la gloire merveilleuse qu’avait gagnée ce garçon. Il s’était jeté dans le courant et avait partagé le danger d’un garçon qui se noyait. Cette petite main, regardez-la là, qui le soutient en s’appuyant à la table, était ressortie de l’eau en tenant celui qu’il avait sauvé.

« Pourquoi l’oubli de soi a-t-il une si grande puissance? Comment un garçon de douze ans a-t-il pu faire s’incliner devant lui une assemblée d’hommes faits? Qu’est-ce qui donnait à ce front, avec sa courte couronne de cheveux roux, une gloire et un honneur plus grands que l’éclat de l’or et des joyaux?

Pourquoi ce petit corps, dans sa petite culotte et sa petite veste, essuyant ses larmes sur sa petite manche rugueuse, saisissait-il des milliers de cœurs? Pourquoi en faisait-il, pour un temps, les sujets fidèles de son royaume?

Pourquoi en était-il ainsi? Il en était ainsi parce que ce petit garçon avait été semblable à Christ, dans son esprit de sacrifice désintéressé pour les autres. » Il avait quelque chose de la beauté que nous sommes appelés à adorer. C’est la gloire qui fait pousser aux anges des cris de joie. Le ciel tout entier se prosterne et adore. « Ils disaient d’une voix forte: L’agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire, et la louange. » (Apocalypse 5:12). L’Agneau qui a été immolé est le plus puissant Roi qui fut jamais. Tous ceux qui partagent son esprit sont dans son royaume. Ce royaume n’est pas un lieu, mais un caractère. Ceux qui n’ont pas ce caractère ne peuvent donc pas y être.

Nous prions chaque jour: « Que ton règne vienne. » Savons-nous ce que nous demandons? Comprenons-nous le changement que cela opérera en nous, s’il vient en nous? Sommes-nous disposés à être ainsi changés? Qu’est-ce que le royaume de Dieu, sinon le règne de Dieu? Et qu’est-ce que le règne de Dieu, sinon la volonté de Dieu? C’est pourquoi, lorsque nous prions: « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel », nous touchons au secret de tout. Une bande de sauvages pourrait s’emparer d’un royaume par la force, mais pour en maîtriser vraiment la civilisation, elle devrait en suivre les règles. Il en est de même du royaume des cieux. Il n’accorde sa puissance qu’à ceux qui obéissent à ses lois. « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » (Apocalypse 3:21) « Celui-là règne toujours, qui se range du côté de Dieu », dit un ancien auteur. Et encore: « Celui qui accepte parfaitement la volonté de Dieu habite dans un royaume perpétuel. »

Régnez-vous de cette manière et dans cette sorte de royaume? Êtes-vous le plus grand parce que vous êtes le serviteur de tous? Êtes-vous roi sur vos circonstances, ou vos circonstances règnent-elles sur vous?

Triomphez-vous de vos tentations, ou vos tentations triomphent-elles de vous? Pouvez-vous siéger sur un trône intérieur au milieu de la défaite et de la perte extérieures?

Pouvez-vous vaincre en cédant, et devenir le plus grand en étant le plus petit? Si vous ne pouvez répondre oui à toutes ces questions, alors vous ne pouvez pas entrer dans son royaume. « Quels que soient votre sort ou l’opinion des hommes, vous êtes de ceux que notre Seigneur appelle “le plus grand dans le royaume des cieux”. »

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